II
nouveau roi.
674 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — V* ÉPOQrE (1001-586).
nois d'israel :
§V. Aiuasias, roi de Jnda (831-»$03). — Joas î (832-819).
Jéroboam II (817>76G).
ATénemeut 45. Privé, comme Joram son aïeul, des honneurs de la sépulture >dr le trône daus le tombeau de David, Joas laissait une mémoire flétrie. Suivant
de Joda. , ,, , -, -, -w • ^ ., •
Sagesse du la remarque d un commentateur, le peuple de Jérusalem paraît avoi emprunté aux Egyptiens l'usage de juger les rois après leur mort, et d'infliger à leur mémoire, quand il y avait lieu, la tache la plus ignominieuse parmi les Juifs, en refusant de déposer iem-s restes dans le sépulcre des ancêtres *. Joas, qui avait outragé les lois sacrées de la reconnaissance, et donné l'ordre de lapider Zacharie, le fils du grand prêtre, auquel il devait le trône et la vie; le prince ingrat qui, élevé dans le sanctuaire et sous l'aile de Jéhovah, avait osé tourner contre son Dieu les bienfaits qu'il en avait reçus, et renouveler à Jérusalem les impiétés d'Athalie, méritait d'être jugé avec celte rigueur, et de subir l'ignominieuse exception dont il fut l'objet. Amasias, son fils et son successeur, parut d'abord profiter de cet enseignement solennel. «Il avait vingt-cinq ans, lorsqu'il monta sur le trône de Jérusalem. Il fit le bien en présence du Seigneur, mais son cœur n'était pas sincère comme celui de David, et il devait retomber plus tard dans les infidélités paternelles. Quand il eut aflermi son autorité, il songea h poursuivre les meurtriers de Joas, et les fit mettre à mort. On remarqua le soin avec lequel il observa," en cette circonstance, les préceptes de la loi mosaïque. Il ne vouhit point faire retomber sur les fils des conspirateurs, la respnnpabilité du crime, et ne renouvela point ces exécutions par famille, si communes en Orient. Le Seigneur avait dit, par la bouche de Moïse : Les pères ne mourront pas pour les fils , ni les fils pour
* Juris genus erat quoddum, vel licentiœ, quam s Un populiis in principes posi 9orum morlem servaverat, ui privaret illos avilœ sepuliurœ honore; quod probrom tissimum erat, si quid aliud muxitne, ut sci/icet ejus pœnœ 7)ietus- principes conti' ncret in ofpcio , ne suprema auctoritale obufereidur. Apud JEgijptios , fas erat principem posl ejus mortem accusare; qui s^reus criminis convinceretur, pro delicti '^ravitate, honore etiam sepulturœ privabatur. (D. Calmet, In IV lib, Ree.* cap, Zil. 20,1
d'Elisée.
CHAP. m. — amasiaS, roi de juda (831-803). GTo
les pères; chacun sera seul responsable de son péché*. Amasias se conforma à l'esprit et à la lettre de cette loi sacrée. Il s'occupa ensuite à réorganiser les forces mihtaires de son royaume, pour Je mettre en état de se défendre contre la tyrannie des Syriens, et ordonna un dénombrement général qui devait comprendre tous les ils de Juda en état de porter les armes -. » 46. Pendant que le fils de Joas inauourait à Jérusalem un rèerne Av^nemeni
^ ^ # ^ de Juas, 61s
qui donnait de si belles espérances, un autre Joas, fils et successeur de Joaohaz,
au Irùne
du dernier roi d Israël, montait sur le trône de Samarie. C'était lui disraëi.
Dernit-repr»
que le Seigneur destinait, dans sa miséricorde, à réparer les dé- phétie sastres du règne précédent. « L'année même de l'avènement de Joas sur le trône des tribus séparées, Ehsée, le grand prophète, fut atteint de la maladie qui devait terminer sa glorieuse carrière. Le jeune roi dlsraël vint le visiter. 0 mon père! lui dit-il, vous le guide et le char d'Israël, faudra-t-il donc me séparer de vous? — Apportez-moi un arc et des flèches, dit l'homme de Dieu. — Joas déposa sur le lit du vieillard un arc et un carquois. Etendez la main sur cet arc, dit encore Elisée au roi. — Joas étendit la main, et le prophète soulevant avec peine ses bras aflaiblis, superposa ses mains sur celle du roi. Après être resté quelques instants dans cette attitude , il dit à Joas : Ouvrez la fenêtre du côté de l'Orient. — Le jeune prince obéit. Ajustez maintenant une flèche sur la corde de l'arc, ajouta Elisée; et lancez-la devant vous. — Le roi banda l'arc, et au moment où il décochait le trait rapide, l'homme de Dieu s'écria : C'est la flèche de Jéhovah, c'est la flèche du saluf; contre la Syrie! 0 roi, vous renouvellerez contre les Syriens 1 triomphe d'Aphcc ^ et votre victoire sera complète. — Après cette prédiction, Elisée dit à Joas : Prenez une poignée de flèches. ■«- Joas obéit. Dirigez vos coups sur le sol, en face de vous, reprit le prophète. — Joas lança trois flèches sur la terre en face de lui, et s'arrêta. L'homme de Dieu s'écria avec un accent d'indignation : Si vous aviez lancé cinq, six, et même sept flèches, vous auriez
» Douter., cap. xxiv, 16. — ^ IV Reg., cap, xiv, 1-6; il Pnralip., cap. xxv, 1-5. » Voir au chapitre précédent la victoire d'Achab contre les Syriw^s dans les plaines d'Aphec.
676 niSTomE de l'église. — v' époque (1001-586).
remporté autant de victoij^s sur les Syriens. Mais vous vous êtes arrêté à la troisième, vos victoires ne dépasseront point ce nombre *. »
d'Eii^^e'^son ^"^ • l'cHo fut la dernière prophétie d'Elisée. L'homme de Dieu ^''îfvre'^ae^'^ mourut , et reçut la sépulture près de Samarie *. « L'année même *'*^Uque'.^" ^^ ^^ mort, un parti de Moabites vint désoler les environs de celte capitale. Un jour une famille samaritaine rendait les devoirs funèbres à un de ses membres. Le cortège était arrivé près du tombeau ' d'Elisée lorsqu'on aperçut les brigands moabircs. La terreur s'empara des assistants qui jetèrent le corps du délunt sur le tombeau du prophète , et prirent la fuite. Mais lorsque le mort eut touché le sol consacré par les ossements d'Elisée, il ressuscita 3. » Ainsi la vertu du miracle survit dans les reliques sacrées des saints; ainsi l'Eglise catholique, lorsqu'elle les entoure de sa vénération et de son culte, ne fait que suivre les indications bibliques, et l'idolâtrie que le protestantisme a cru voir dans les honneurs rendus aux reliques des Saints, n'est qu'une de ces vaines imaj^^inations dont Luther et Calvin ont eu le triste privilège. Les ossements d'Elisée ressuscitant un mort sont de plus le témoignage vivant du dogme de la résurrection, et, comme le dit le protestant Groiius. « l'espérance » toujours plus vive d'une autre vie. » Aucune gloire n'a manqué à Elisée, et le scepticisme des rationalistes muLlernes ne réussira point à etfacer l'éloge du grand prophète, dicté par l'Esprit saint. '* 5îie avait été enlevé dans un tourbillon de feu, dit l'auteur de
» IV Heg., cap. xni, 14-19.
' L'Ecriture ne désigne pas le lieu de la mort et de la sépulture d'Elisée, mais saiut Jérôme uous a conservé la tradition juive à ce sujet, dans l'Epîtra adressée à Eustochium pour la mort de sainte l-;iiile. « .l'ai Tisité, dit-il, la » ville de Sébasle, l'ancienne Samarie, décorée du titre grec des Augustes, » en l'honneur de l'empereur de ce nom, par une llatîeric du roi Ilérode f) C'est là que se trouvent les tombeaux J'Eliséo, du prophète Alidias et dt. I» Jean-Da[.liste, le plus grand des enfants nés d'une fMume. •■■ Saint Jérômt aj'jiile que le tombeau d'Elisée avait la vf-rtu de cli.irser les démons du corps di's possédés. Le Martyrologe romain fa7t mention du grand prppiiète, à la d.ite f!u 1 i juin. Samariœ in Palœsltna sancl' E/ixœi //l'ophctœ, cnjus sepulcrum (!ai!.07icy }jCr/iorrescere sancivs Ilieronymus scrihil : ul/i cl Ahdins propheln quies- *t/. {Mtultjr. nom., cum notis Baronii, pag. 2G2, 2G3.) — » lY P.eg., 20, 21.
» l'Ecclésiastique; mais son esprit se reposa tout entier sur Elisée. 9 Dans les jours de sa vie, nul prince ne fit trembler Elisée; nuUe D puissance humaine ne triompha de son courage. Aucune menace » ne le détourna de sa route, et ses ossements eux-mêmes consert vèrent la vertu qn'avait eue le prophète. 11 sema sa vie de pro- » diges, et sa mort fut elle-même féconde en miracles *. »
48. La mort d'Hazaël, roi de Syrie, survtnue sur ces entrcfailes, Mo^ laissa le trône de Damas à son fils BenadaJ, iiiusi nommé sans deSyri';. doute en souvenir du fondateur de la monarcbie syrienne, et pour raëi.'n-prond
les vîiî6s (le
faire revivre les traditions glorieuses pour cette nation, des Bena- sonterrùuiie dad précédents. Mais le nouveau roi ne devait hériter que de leur conquises [.ar nom seul. « Joas lui reprit toutes les villes que Hazaëi avait enlevées à Joachaz et à Jéhu. Il le défit en trois batailles rangées, et délivra le royaume d'Israël du joug odieux de la Syrie 2. »
49. De son côté, Amasias, le jeune roi de Juda, signalait la puis- ErpMitiou
1 1 ., 1 . . . . , d'Am.isias,
sance de ses armes par un exploit glorieux. « Apres avoir reorga- roi de juda,
• ' T 1 • r 1. •!•• 1 . ,■!,., ... contre les
Dise la hiérarchie militaire de ses états, et rétabli les cbiliarques et idamceo».
Yîctoir6 fis
les centeniers dans toute l'étendue de Juda et de Benjamin, il se Jectétei. vit à la tète dune puissante armée. Pour la rendre plus formidable, il s'adresaa à Joas, roi d'Israël, et, au prix de cent talents d'argent, en obtint un renfort de cent mille guerriers. Cet armement était destiné à repousser les attaques que les Iduméens avaient dirigées sur les frontières méridionales du royaume de Juda. Amasias, à la tête de ces forces imposantes, allait se mettre en campagne, lorsqu'un prophète vint lui dire, de la part du Seigneur : 0 roi! ne menez point avec vous dans celte expédition les mercenaires d'Israël; Jéhovah n'est point avec eux, ni avec aucun des soldats d'Ephraïm qui se sont ralliés au royaume schismatique. Si vous ne comptez que sur le nombre des guerriers pour vaincre, le Seigneur vous livrera aux mains de vos ennemis. — Mais, répondit Amasias, que deviendront les cent talents d'argent que j'ai distribué" aux soldats .d'Israël ? — L'homme de Dieu lui dit alors : Jéhovah est assez puissant pour vous dédommager au centuple. — Amapias, do-
» Ecclesiastic.f cap. XLvni, 13-lS. — » IV Rea., cap. xiii, 24 ad ultim.
C73 lIISTOmE DE l'église. — V^ ÉPOQUE (IUUI-08O).
cile à la parole du Seigneur, renvoya tous les mercenaires d'Israël, et ne gardant avec lui que les guerriers de f=es étals, vint offrir le combat aux fils de Seïr dans la vallée des Salines. Dix mille IdumécTis restèrent sur le champ de bataille; dix mille autres furent précipités par les vainqueurs du haut d'une roclie escarpée sur laquelle ils avaient cherché un asile. Amasias donna à ce rocher le nom de Jectéhol (Grincement de dénis *). » ir.ndoiîiâ 50. Le succès a pour Jes âmes faibles des entraînemenls et des séduclious inexplicables. « On apporta <à Amasias les idoles des Iduméeus qu'il venait de vaincre. Il les fit déposer sur des autels, brûla de l'encens en leur honneur, et leur rendit un culte sacrilège. Le Seigneur, irrité de cette idolâtrie, lui envoya un prophète qui lui dit : Pourquoi as-tu prostitué tes hommages à des dieux qui n'ont pas même su défendre leurs adorateurs contre tes armes? — Amasias interrompit l"îomnie de Dieu et lui cria d'un ton de fureur : Tais-toi! Qui donc t'a établi conseiller royal? Prends garde que je n'étouffe tes paroles dans ton sang. — Le prophète se relira en disant : Je sais que le Dieu vivant a résolu votre perte, pour punir votre idolâtrie et le mépris avec lequel vous avez accueilli le message dont il m'avait chargé près de vous*. » insniiPi.i 51. L'orgueil d'Amasias ne connut plus de bornes, a Les merceparAnKisas nairos d'Israël qu'il avait renvovés de son armée, avant l'cxpédi-
àJoas, roi " ■ '■
d'israpi. Le tion dc la Vallée des Salines, s'étaient retirés la racre dans le creur.
cèdre cl le °
charfiun. Sur Icur passage, ils avaient dévasté les villes de Juda, depuis Bé-
CéfaitedA- l n 1 ,1
inasias. En- thoron jusqu'aux frontières du royaume de Samarie. Amasias vou-
trée triom-
jhaiedejoas lut rendre responsable de leur conduite Joas roi d'Israël. 11 lui
>. Jérusalem.
envoya donc un défi insultant. Viens, lui mandait-il. Nous avons à nous voir de plus près. — Joas lui fit répondre en ces termes : Le chardon au bas de la montagne envoya dire un jour au cèdi'e du Liban : Donne ta fille pour épouse à mon fils. Cependant les animaux sauvages sortirent de la forêt, ils passèrent sur le chardon et le foulèrent aux pieds. Cette parabole est ton image. Tu as dit r
» II Paralip., cap. xxv, 5-12; IV lieg., cap. xiv, 7. — * Il Paralip., cap. xxv, U-16.
«aAP. m. — AMASiAS, ROI DE JUDA (831-803). 679
J'ai vaincu les fils d'Edom, et ton cœur s'est gonflé d'orgueil. Reste paisiblement assis dans ton palais de Jérusalem. Pourquoi provoquer toi-même les calamités sur ta tête et sur celle du peuple de Juda *? » La forme orientale de ce conseil, et l'ingénieuse allégorie dont il était enveloppé , n'en atténuaient pas l'ironie et la force. «Amasias, plus irrité que jamais, y répondit par une déclaration de guerre. Les deux armées se rencontrèrent dans les campagnes de Betbsamès, et l'orgueilleux roi de Jérusalem put voir son rival de plus près, comme il l'avait souhaité. L'armée de Juda prit la fuite, et Joas fit prisonnier sur le champ de bataille l'imprudent Araasias. Le roi d'Israël victorieux pouvait anéantir le royaume de Juda. Il se contenta de ramener Amasias captif à Jérusalem, pour lui faire subir la honte de la défaite aux yeux du peuple de sa capitale. Une brèche de quatre cents coudées fut faite aux murailles de la ville sainte, depuis la Porte d'Ephraïm jusqu'à celle dite de -'Angle, pour l'entrée triomphale de l'armée d'Israël, traînant dans ses rangs le roi vaincu. Joas s'empara de l'or, de l'argent et des vases précieux déposés dans les trésors du Temple et dans ceux du palais. Il imposa un tribut à son prisonnier, consentant à lui laisser, à ce prix, une couronne hmniliée, et reprit le chemin de Samarie, en emmenant comme otages les fils des principales familles de Juda*. »
52. Joas ne survécut pas longtemps à sa victoire; il avait vu se ^gj^^^ réaliser en sa faveur toutes les prophéties d'Elisée. Les Syriens ''jg'.Y*)''* repoussés par ses armes, respectaient maintenant les frontières du royaume d'Israël. Jérusalem tributaire de Samarie n'existait encore comme capitale que pour attester la modération et la clémence de son vainqueur. Au milieu d'une prospérité qui contrastait si étrangement avec l'abaissement des dernières années de JoachaiJ son père, le roi d'ISraël n'eut pas plus que ses prédécesseurs, le courage de revenir franchement au culte de Jéhovah. C'était pourtant au Seigneur qu'il devait ses triomphes et la splendeur de sou règne. Mais l'absurde politique du schisme était plus forte que les événe-
» Il Parolip., cap. xxv, 13, 17-19; IV Rcg., cap. xiv, 8-11. * II Paralip., eaij. XXV, 20-24; iV Rcg., cap. xiv, 11-14.
680 HISTOIRE DE l'église. — V ÉPOQUE (1001-586).
menls eux-mêmes, et entraînait l'un après l'autre tous les souverains de Samarie. Joas laissa donc subsister les veaux d'or de Dan et de Béll)el. « II s'endormit du sommeil de ses pères, et reçut la sépulture à Samarie, sa capitale, dansle tombeau des rois d'Israël*. Le détail de ses actions et le récit de son expédition contre Amasias, roi de Jnda, ont été conservés dans le livre des Annales du royaume d'Israël '. »
Avènement 53. Si Amaslas put espérer que la mort de Joas son vainqueur >oamiian çliangcrail quelque chose à l'état d'humiliation où le royaume de
•One d'Israël ■" ,., .,,,». i-r>i . mi"- rti
(817). Juda était réduit depuis la défaite de Belhsames, son illusion lut ne courte durée. Le fils el successeur de Joas, Jéroboam II, en montant sur le trône d'Israël, annonça tout d'abordl'intention de suivre l'exemple de son père, et de consolider par de nouvelles victoires la puissance duroyaume de Samarie. a Le Seigneur avait vu l'amère affliction du peuple d'Israël, au temps de Joachaz, quand le Syrien Hazaël avait envahi toutes les frontières, emmenant en captivité les populations, et faisant de la Terre promise une province tributaire. Alors aucun homme ne se levait pour secourir les tribus infortunées d'Israël; mais touché par le repentir de Joachaz, le Seigneur avait eu pitié de ce malheureux peuple. Déjà Joas avait réparé une partie des désastres. » Jéroboam U, son fils, encouragé par la voix du prophète Jonas, de Geth-Héfer ^, acheva cette œuvre, il poussa ses conquêtes jusqu'à Damas, lui imposa le tribut qu'elle avait si longtemps fait peser sur le royaume d'Israël, et fit respecter les frontières de la Palestine depuis l'entrée d'Eraath (Syrie), jusqu'aux rivages de la mer de la Solitude (mer Morte).
Mort 54. Amasias, le roi vaincu de Juda, fut encore pendant douze
t'Atnasias, • % r\
Mde Juda ans témoin de la prospérité de Jéroboam II, son nvah On ne voit
point qu'il ait tenté aucune entreprise nouvelle pour sortir de l'humiliation où ses téméraires ambitions de jeune homme l'avaient
» IV Reg., cap. iv, 16; II Paralip. — * IV Reg., cap. xiv, 15. — » Voini comment saint Jérôme désigne la patrie du prophète Jonas : Geth, in sezwi'la miUiario,gu(B ftodie appellatu" Diocœmrea, euntibus Tiberiudem, haud grandis est, viculus, ubi et sepulcrurn ejus [Jonte] osteudilur. (Voir M. de Saulcy, Antiq. bel., pag. 341, et M»' Mialio, Les Lieux saints, ton». 111, pag. 447, édition de 1838.)
CHAP. IIL. — UZIAS, ROI DE JUDA (803-752).
réduit. Méprisé de ses propres sujets, sa vie se termina liouleusement. Une conspiration s'ourdit contre son autorité au sein même de Jérusalem. « Obligé de fuir sa capitale, il vint se réfugier à Lachis, petite ville de Juda à trente milles au sud-ouest de Jérusalem. Les conjurés l'y firent poursuivre. Ils envoyèrent des soldats qui le mirent à mort. Le corps du malheureux roi fut ensuite placé sur un cliar funèbre et ramené au tombeau de ses pères. Le prince qu'on avait chassé vivant était ainsi reçu mort dans sa capitale révoltée. Les autres actions du règne d'Amasias ont été écrites dan? le livre des Annales du royaume de Juda et d'Israël^. »
BOIS d'iSRAEL
Jéroboam II (819-9CG).
Zacharie (76G-965).
§ ¥1. Ozias S roi de Juda (803-95l(). — Sellum («G.>).
Klanabem (965-954).
Phaceïa (954-753).
55. Les conjurés qui venaient d'ôter au faible Amasias le trône Ayénerawit
d'Ozîas
et la vie, n'avaient point prétendu faire une révolution dynastique, autrinete
. Juda. Snccê«
«Us S empresseient de déposer la couronne sur la tête d Ozias, deseaime^ son fils, jeune prince âgé de seize ans, dont les heureuses dispositions promettaient au royaume de Juda un souverain accompli. 2^charie le Voyant, peut-être le petii-tils du grand prêtre Joïada, fut chargé de diriger le nouveau roi dans les premiers actes de son administration. Docile à sa direction intelligente, Ozias commença par réédifier les remparts d'Ailath sur la rive occidentale de la mer Rouge, pour opposer une barrière aux invasions de Tldumée. Cette ville, conquise autrefois par David, s'était soustraite au joug des rois de Juda sous le règne de Joram. Ozias la fit rentrer sous s? domination. Il tourna ensuite ses armes contre les Philistins. Aprèi
» IV Reg., cap. xiv, 17-20; II ParaXp., cap. xxv, 25 ad ultim. — * Ozias >8t indifféremment appelé tantôt de ce nom, tantôt de celui d'Azarias (IV Reg, . cap. XIV, 21 ; XV, i, 6, 7, 8; II Paralip., cap. XXVI, 1, 3, 8, 9, etc.). Nous avoa» adopté pour l'uniformité le nom d'Ozias, qui figure seul dans la généalogie da Notre Scijtneur Jésus-Christ, par saint Matlhieu {Matlh., i, 9).
dOz
Ic3 défaites infligées au prince syrien Benadad, par Joas, roi d'Israël et Jéroboam II, son fils, les Philistins s'étaient de nouveau rendus maîtres de la ville de Geth. Ozias la reprit sur eux, et pour éviter à l'avenir qu'elle pût reprendre aux mains de l'ennemi son importance militaire, il en ruina les fortifications. Il rasa de même les murailles de Jabnia et d'Azot, et se ménagea des points de défense sur toute cette frontière pour repousser les attaques des Philistins. Les Ammonites, sur la rive orientale de la mer Morte, les Arabes, habitants de Gurbaal*, aux pieds du mont Séir, éprouvèrent tour à tour l'effort de ses armes victorieuses. Les Ammonites lui payaient uu tribut annuel, et ses succès contre les tribus arabes portèrent sa réputation jusqu'en Egypte*. » Prospérité 56. La prospérité à l'intérieur suivait une marche parallèle.
in rovaume ^ . ,. . . t ^ i i i -i- -i
de juria. « Ozias lit construirc a Jérusalem des tours sur la porte dite de
Sage admi- ,
nisirniiori l'Auglc et sur Celle de la Vallée. H rétablit de ce côte la brèche ouverte par Joas roi d'Israël, et qui rappelait les souvenirs désastreux de la défaite subie par Amasias à Bethsamès. La ligne du désert d'Arabie fut couverte de fortifications, qui servaient à la fois de défense contre les tribus nomades, et de protection pour les nombreux troupeaux du roi. Il comprenait toute l'importance de la double production dont le sol de la Judée est susceptible : celle de la vie pastorale, et celle de la vie agricole. Il multiplia donc les troupeaux dans les pâturages de l'intérieur et sur les limites du désert, et fit creuser pour leur usage des citernes qui les abreuvaient. De concert avec le roi d'Israël Jéroboam II, il établit des plantations de vignes sur le Carmel , de même qu'il encourageait cette culture sur les collines de Juda qui offraient un site favorable. Les travaux de la paix ne lui faisaient point négliger les précautions militaires. Il donna le commandement général de ses troupes à trois ollicicrs distingués, Jéhéziel, Maasias etHananie; sousleura oxdres, deux mille six cents chefs supérieurs, choisis parmi les princes de Juda, étaient répartis dans tous les grades de l'armée,
* m C'est une ville de l'Arabie Pétrée, au sud de la Palestine, que saint B Jérôme iiiciitifie avec Gérara. Les Septante l'ideiitifleut avec Pélra. » (Da Saulcy, Did. chs anliq libL, pag. 314.) — * II Paralip., cap. xxvi, 1-8.
dont le nombre s'élevait à plus de trois cent mille hommes». Ozias pourvut aux éventualités d'un armement, en faisant fabriquer des boucliers, des lances, des casques, des cuirasses, des arcs et des frondes. Par ses soins, des machines de guerre de diverses sortes furent placées sur les tours de Jérusalem et aux angles des ren>parts. Au moyen de ces instruments, on pouvait lancer d'énormes rochers et couvrir d'une grêle de flèches une armée assaillante. Tous ces travaux rendu-ent le nom d'Ozias célèbre dans toutes les contrées de l'Orient; on savait que Jéhovah le favorisait dans ses entreprises et fortifiait son autorité*. »
57. Le rovaume d'Israël avait aussi retrouvé sa splendeur sous le [X°p^^^„*! gouvei nement de Jéroboam II, qui continuait à Samarie les glorieux -^^J»™ J« exploits de Joas, son père, tout en maintenant comme lui la barrière qui tenait les dix tribus éloignées du Temple de Jérusalem. Ce fut vers cette époque que s'accowplit la mission du prophète Jonas, fils d'Amathi, à Ninive. Le synchronisme des annales juives, càce point précis de l'histoire du monde, est important h étudier. Home ahait voir tracer sous la main de son fondateur la modeste enceinte qui devait se dilater au point de contenir le monde (753). Une fugitive Phénicienne, Didon, était sortie du port de Tyr, voisin delà Judée, pour élever à Carlhage, sur le htloral africain, les remparts que devait renverser Scipion (870-848). Lycurgue donnait à Lacédémone cette léç-lslation célèbre dont le souvenir se perpétua chez les Hellènes, entourée de traditions poétiques et de légendes fabuleuses (870). Athènes, ignorée du reste de l'univers, vivait sous le gouvernement obscur de ses archontes. Trois siècles la séparaient encore de Marathon. Cependant un petit roi d'EUde, Iphitus, dont le nom serait aujomdhui oublié sans une circonstance dont il ne prévoyait pas lui-même le letentissemeitT, rétablissait les jeux olympiques, institués, dit-on, primitivement par Hercule. Le retour périodique de
1 Inulile de rrp(Hcr ici une observation que nous avons déjà ^ûie pl«» d'une fois dans le cours de cette Histoire. Les chiffres des for.es uul.ta>res à cette époque représentaient, non point une armée régulière et pennat.ente n.ais la levée en innsse de la nation, qui s'armait intégralement en cas de guerre. — * II Faralip., cap. xxvi, 9-15.
6£4 iJiSTOiRE DE l'Église. -- v' époque (1001-586).
ces jeux solenneh à Olympia fut fixé à un intervalle de quatre années, qui prit le nom d'Olympiade. Or la première Olympiade dalc de 776; toute la chronologie positive de l'histoire grecque a celle d-ate pour point de départ. « C'est, dit Bossuet, le terme où » finissent les temps que Vairon nomme fabuleux '. » Le silence planait donc encore sur le b-rceau des cités qui devaient jouer un si grand lôh dans notre Europe, alors que les royautés de Jérasalcmel de Sainarie avaient déjà épuisé toutes les vicissitudes do l'apogée et de la décadence. Le mouvement humain était tout entier concentré dans les régions de l'Asie occidentale. L'empire assyrien avec ses deux capitales toujours ennemies, Babylone fondée par l'oppresseur Nemrod, et i\inive, fondée par le proscrit Assur 2, résumait depuis le déluge, l'idéal de la domination universelle, tel du moins qu'on pouvait le concevoir à une époque où la centralisation moderne était inconnue. Tous les groupes de nationalités asiatiques gravitaient autour de cet empire, non comme des sujets relevant immédiatement d\in roi, mais par un système de vassalités intermédiaires, qui descendaient par gradations successives jusqu'aux derniers échelons pour remonter an centre commun. On a pu le voir, dans la suite de l'histoire juive, les conquérants d'alors ne songeaient point cà organiser sous leur dépendance immédiate les territoires vaincus; ils passaient, commp la tempête, sur une contrée, quelquefois imposaient un tribut annuel, et la plupart du temps ne laissaient même pas ce souvenir de leur triomphe, et se contentaient du pillage, comme l'ouragan dont l'ambition semble satisfaite par les ruines qu'il a causée°s'. Tel était cet empire de Ninive à l'époque où Jouas lui fut envoyé. >Si!er*d, ^^- "^^"^^'s mission prophétique n'avait revêtu jusque-là un pareil 4eJont"à carac.ère. Elie et Elisée avaient visité Damas pour y porter l'ordre de Jéhovah. Mais Damas n'était qu'une cité vassale dans l'immense
' Bossuet, Disc. sur rHist. univ., Ire partie, VI» dpoque. - « Voyez tom I de cotte Histoire, p. 340, 341.-» Cette idée de féodalité gigantesque dont les premiers empires nous offrent la réalisation, est iu.Jiquée par Platon dans S'-n fameux dialogue des Lois. Il prétend que le royaume d'ilion, chanté par Homère, était une dépendance de l'empire des Assyriens (Plat., De I^gihus, lih 1II)
Ninlre.
CHAP. m. — oziAS, ROI DE JUDA (803-752). 685
système de l'empire assyrien, et d'ailleurs les deux prophètes y étaient appelés pour des intérêts purement internationaux, et qm concernaient spécialement le peuple d'Israël. Jonas est envoyé à Ninive pour un but plus élevé. Il va parler à cette capifale idolâtre au nom d'un Dieu qui lui est inconnu : c'est la prise de possession des empires humains par Jéhovah. Quand les juifs modernes s'étonnent que Jésus-Christ soit venu appeler toutes les nations à l'héritage d'Abraham, ils ne songent point que la mission de Jonas, dont la prophétie est au nombre de leurs livres canoniques, avait déjà ce caractère d'universalité qui leur répugne tant dans lEglisc catholique. Nous verrons plus tard Isaïe, Daniel, Ezéchiel et lef autres prophètes dominer de leur solennelle parole les empires des Mèdes et des Perses, des Grecs et des Romains. C'est que le grand Dieu qui a créé le monde et s'était réservé, parmi l'humanité déchue, un petit peuple tel que la nation juive, pour porter à travers les siècles l'espérance de la réhabilitation future, n'a cependant jamais abandonné son empire souverain sur les autres nations. Il les a dirigées, par les voies de sa providence, et avec cette douceur pleine de force qui sait atteindre le but sans contraindre ni violenter la liberté humaine; et ainsi il a préparé, à travers les révolutions des siècles et des trônes, le règne immortel de Jésus-Clirist, fils de Dieu et sauveur des hommes.
59. « La parole de Jéliovah se fit entendre à Jcnas, fils d'Ama- Mission da thi. Lève-toi, lui dit le Seigneur, et va à Ninive, la grande cité. Désobo-VaDc» Preche-lui la pénitence, parce que ses crimes sont montes jusqu a La tempête, moi. — Epouvanté d'une telle mission, Jonas se leva, courut à jetéàiamer. Joppé, trouva un navire phénicien qui faisait voile pour Tharsis, -, paya le prix de son passage et s'embarqua pour cette destination ' lointaine, fuyant ainsi devant l'ordre divin qu'il n'avait point le courage d'accomplir. Quand le vaisseau eut quitté le rivuge, le Seigneur déchaîna sur les flots un vent furieux; la tempête éclata dans toute sa violence, et le navire risquait d'être submergé. Les nautonniers, dans leur effroi, imploraient leurs dieux, et jetaient à la mer toute la cargaison du navire pour l'aUéger. Cependant Jonas, descendu dans l'intérieur du vaisseau aussitôt après son embarque-
68G uiSTOiRE DK l'Église. — v« époque (1001-586).
ment, ne soupçonnait rien et dormait d'un profond sommeil. I^ pilote s'approcha de lui : Quoi, dit-il, tu dors au milieu de celle tempête! Lève-toi, et invoque sur nous la miséricorde du Dieu que tu adores. Peut-être daignera-t-il se souvenir de nous, car nous allons périr. — Cependant le danger croissait de minute en minute. » A celte époque, et en souvenir de Caïn, le premier meur trier, les hommes croyaient qu'un grand péril était le signe de h présence d'un grand coupable *. « Les matelots se dirent donc entre eux : Tirons au sort pour savoir quel est le criminel qui attire celte calamité sur nos têtes! — Le sort fut jeté, et il tomba sur Jonas. Qui es-tu? lui demandèrent les naulonniers; quelle est ta patrie? où ?as-tu? qu'as-tu fait enfin pour provoquer le courroux du ciel? — Je suis Hébreu, répondit Jonas. Jéhovah, le Dieu que j'adore, est celui qui a créé la terre et les flots, et ^'ai mérité sa colère. — 11 leur raconta ensuite la mission dont il avait été chargé par le Seigneur, et sa désobéissance. Pourquoi as-tu agi de la sorte? lui dirent-ils; que ferons-nous maintenant pour apaiser les flots furieux?— Caria mer grossissait toujours et les vagues passaient par-dessus le navire. Prenez-moi, leur dit Jonas, et jetez-moi à la mer, elle s'apaisera ensuite, car je sais que celte eflroyable tempête a été déchaînée contre moi. — Cependant les matelots ne pouvaient se résoudre à cette cruelle extrémité , ils se courbaient sur leurs rames et s'eflbrçaient de diriger le navire vers la côle. Mais ce fut en vain, la mer redoublait de fureur et l'ouragan soulevait les flots jusqu'au ciel. Alors les nautonniers firent au Seigneur celle prière : Jéhovah, nous vous en supplions, ne nous faites point périr à cause de ce coupable, et ne faites point retomber sur nous la responsiibihlé de sa mort! C'est vous qui l'avez Toulu I — Puis ils prirent Jonas et le lancèrent dans les flots. A
* Cette croyance se retrouve dans l'antiquité profane. C'est ainsi que Diagoras fut jeté à la mer dans une violente tempête, par les niatciot* qui accusaient sou impiété de leur malheur. Nous verrons plus tard saint Paul é'.iinjiiKj à une tempête et mordu par une vipère, dans l'île de Malle, passer aux yeux des indigènes pour un us?aïsin que la colère de8 dieux poursuivait eur terre et sur ilcT {Act. Apost., cap. xxvni, 4).
CHAP. Iir. — OZIAS, KOI DE JUDA (803-7o2). 687
l'instant même le vent tomba et la mer devint calme. Dans leur effroi, ces hommes immolèrent un sacrifice à Jébovab, et lui firent des vœux qu'ils devaient accomplir quand ils auraient touché la terre *. »
60. c( Cependant le Seigneur avait ménagé, près du navire, la imw
u i couservé ml
présence d'un énorme poisson, qui, au moment où Jonas tombait racuieuse-
ment danslt»
à la mer, ouvrit sa mâchoire gigantesque et l'engloutit tout vivant, flancs dua
poisson.
Trois jours et trois nuits Jonas demeura dans cette prison ambulante. Dans le ventre du monstre marin, il implorait la miséricorde du Dieu qu'il avait ofiensé. Seigneur, disait-il, les profondeurs de l'abîme se sont ouvertes pour me recevoir, vous m'avez plongé au cœur de l'Océan, et les gouffres des eaux m'environnent. J'ai mérité d'être effacé du nombre des vivants, et pourtant, j'en co'^serve l'espoir, je reverrai voire Temple saint. L'onde m'enveloppe comme un manteau, l'abîme sur ma tête, l'abîme au-desscus de moi, partout l'onde vengeresse. Je suis descendu plus profondément que les racines des montagnes, des barrières infranchissables me séparent du séjour des vivants, et pourtant, ô mon Dieu, vous me tirerez de ce cachot infect, et vous me rendrez le salut et la vie! — Ainsi pria Jonas, et le Seigneur ordonna au monstre marin d'approcher de la terre, et le poisson docile rejeta Jonas sur le rivage 2. »
61. « J'ai toujours remarqué, disait saint Augustin, que les païens L'incrédulité
,1 1 ■ i.r.TiiT.i- • ancienne
» accueident par un éclat de rire lepisode de la délivrance mira- et moderne
cq nréscncs
» culeuse de Jonas ^. » Ce qui n'empêchait pas le grand docteur du miracle d«
, , ., . Jonas.
de maintenir, sur ce point particulier, la véracité du texte bibhque. Les Juifs de son temps ne songeaient point encore à s'associer à l'incrédulité païenne, et leur historien Josèphe, avait enregistré dans son grand ouvrage, le récit du miracle de Jonas ^. Aujoiird'bui le rationalisme a hérité du rire païen, et le judaïsme actuel lui fait écho. 11 est curieux d'entendre M. Munk parler du miracle de Jonas, et chercher à se faire pardonner par les rationalistes I3.
^ Jonas, cap. i inlegr. — ^ Jon. , cap. 11 integr. — 3 Hoc genus quœstionis mulio cachinno a paganis graviter irrisum aiiimadverli {S . August., Epislol. 102. In quŒsiione 8 super Jonam, n» 30). — * Joseph., De Antiq. judaic, lib. IX, tao. XI.
mention qu'il a le courage d'en faire. « L'hypothèse dune fiction > poétique, dit-il, proposée par Herder ', a été adoptée avec cm- » pressement par la grande majorité des ciitiques, et les défeu- B seurs les plus ardents des opinions traditionnelles n'osent plus » soutenir la vérité historique du livre de Jonas; mais les opinions » varient sur le but du récit et sur sa tendance morale. Parmi les » dilTérentes hypothèses, nous préférons celle qui voit dans le" livre » de Jonas une parabole, et nous croyons y reconnaître quelques » doctrines morales qui s'adressent en même temps aux prophètes » et au peuple. L'auteur voulut montrer que les prophètes, fidèles » à leur \ocalion, devaient toujours llétiir les vices et annoncer B aux pécheurs le châtiment céleste, mais ils ne devaient pas » croire leur honneur compromis si la prophétie ne s'accomplissait » pas. En même temps l'auteur combat un préjugé national très- » répandu parmi les vrais adorateurs de Jéliovah, et il montre, par t l'exemple des marins païens et des Ninivites, que la clémence » divine n'est pas seulement réservée aux Hébreux, mais que Dieu » étend sa bonté sur tous les hommes, dès qu'ils l'invoquent et » qu'ils s'humilient devant lui. Les erreurs qui sont encore répau- » dues sur le livre de Jonas, et la popularité du sujet qu'il traite, » nous ont ohJigé d'entrer ici dans quelques détails, quoique, par » sa forme, cette parabole soit si peu digne de figurer parmi les » oeuvres poétiques des Hébreux ^. »
LinipossiMe g2. Voilà de quelle façon un iuif moderne donne un congé igno-
kt l« science. i "S J on
rationaliste, minieux à quatre des plus beaux cluipitres de la Bible ^, ù. un livre que ses ancêtres ont placé au catalogue de leurs Ecritures canouiquts. Qui soupçonnerait, en lisant cette page de M. Munk, que la prop^iétie de Jonas n'est pas le moins du monde une œuvre de
• Jl. Mnck aurait pu ajouter au nom de Heidcr, ceux de Grimin, de Goldhorn, Roscnniùller, Eichora et de la plupart des exégètes protestants de Ja D(5buleuso Germanie. Voir Rosenmûller, In Jonnm f'rolegomena.
* S. .Miink, Palcsline, p.'.g. 4oO, 451.— ' Nous traduisons en enli:jr les quatre chapitres de la projdiétie de Jonas. Tous les lecteurs pourront ju^er la singulière appié')iatiou de M. Muuk, et voir si, comme il le prétend « par ea » fornu'. (cltf parabole est si peu digne de figurer parmi les œuvres poétiques^ 9 des llcbreus. »
poésie dans le genre du Cantique des Cantiques. 11 n'en est rien
cependant. Ce livre est écrit en prose, et sauf la prière du prophète que nous venons de citer, et dont quelques expressions sont empruntées aux psaumes de David, rien n'est rhythmé dans ce récit. Aujourd'hui donc, comme au temps des pharisiens de l'Evangile, Notre Seigneur Jésus-Christ pourrait dire encore à la foule des rationalistes : «Cette génération demande un signe; il ne lui en » sera pas donné d'autre que celui du prophète Jouas. De même » que Jonas a été trois jours et trois nuits dans les flancs du pois- » son, ainsi Je Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans » le sein du tombeau. Les habitants de Ninive se lèveront, au juge- » ment, pour condamner l'incrédulité de ceux-ci, car les Ninivites » ont fait pénitence à la voix de Jonas, et il y a ici plus que Jonas K » Les Juifs modernes répondraient, il est vrai, qu'ils répudient l'histoire de Jonas, que « c'est une parabole, indigne par sa forme, de » figurer parmi les œuvres poétiques des Hébreux. » Mais s'ils ne croient plus ce que croyaient leurs pères, pourquoi s'appellent-ils encore les fils d'Abraham, d'Isaac et de Jacob? L'Eglise catholique a conservé intègre , vivante , immortelle , la foi biblique dont le judaïsme rougit actuellement : elle l'a maintenue en face des éclats de rire des païens, ce qui ne l'a pas empêchée de triompher du paganisme : elle l'a maintenue en face de l'immense éclat de rire inauguré par le sardonique Voltaire, ce qui ne l'a pas empêchée de survivre aux funérailles du philosophisme et de réparer les ruines sociales qu'il avait amoncelées : elle la maintient aussi ferme, aussi énergique et plus inébranlable que jamais en présence des hypothèses contradictoires du rationalisme et des terreurs du judaïsme défaillant. Les flancs d'un poisson n'ont pu, dites-vous, engloutir Jonas et le rejeter vivant. Ils n'ont pu! qu'en savez-vous? Vraiment, à entendre tous les impossibles qu'il vous plait de poser comme des barrières à la puissance de Dieu, on dirait que vous avez mesuré, dans l'angle de votre compas, les profondeurs de l'océan et la dimension des hôtes ignorés qui peuplent l'immensité de ses solitudes. Eh! que savez-vous donc de ces légions inexplo-
i Matth., cap. xil, 3941.
rées de l'abîme? Le plus grand cétacé, étudié par vous, la baleine, pèF( Je soixante-dix à cent mille kilogrammes; il atteint une longueur de vingt à vingt-cinq mètres, sur une circonférence de dix n treize. Ces dimensions sont-elles suflSsantes pour donner, si Dieu \d veut, une retraite à un homme? a En 1759, dit le naturaliste » allemand Muller, un matelot, étant tombé à la mer, disparut » dans la gueule béante d'un requin qui suivait le navire. Les man rins restés à bord ajustèrent aussitôt leurs fusils sur le monstre, » qu'ils blessèrent à mort. Le poisson rendit immédiatement le s malheureux qu'il venait d'avaler, et qui en fut quitte pour quelt ques légères contusions '. » Prolongez le séjour de cet homme jians sa prison vivante, et vous avez Thistoire de Jonas. Voilà donc à quoi se réduit toute l'impossibiUté qui vous frappe dans ce récit, n était bien autrement impossible de créer l'homme, et pourtant l'homme existe ; de créer une baleine ou un requin, et pourtant la baleine et le requin existent.
Ltcnite 63. Ce n'est pas tout. La science véritable, dont la mission pro- *^n^°S^.e°° videntielle paraît être de renverser l'une après l'autre toutes les objections élevées contre le texte biblique par les préjugés de la fausse science, vient de découvrir que la prophétie de Jonas n'est pas le moins du monde a une parabole, » et qu'elle a tous les caractères des réalités historiques les mieux constatées. Déjà on savait que la Grèce avait conservé le souvenir du miracle de Jonas. «Neptune, disait la mythologie hellénique, envoya le chien de » Triton pour dévorer Hercule. Mais le héros sauta tout armé dans » la gueule du monstre marin. 11 resta trois jours dans ses lianes, » les déchira du fer de son armure et força le monstre à lui rendre D la liberté *. » Cet hommage rendu par la fable à la vérité biblique avait son importance. Mais c'était h Ninive même, sous le sable qui recouvre depuis tant de siècles l'antique reine de l'Orient, que
» Muller, Versuch einiger Unterhaliungstunden; Augsbourg, 1792. Voy. Aru( de philos'ijih. chrél., par M. BouueUy, toiu. III, pag. 309.
* Lyi'OplirOU. Tf,it<r-:jifcy >.'-c,\TOt, cv ttsts, yvotSsi; Tf/Tavoc \uk>.x-^f x»/j;^«foc
K-jter , etc., Ad quem locum Tzetzes. Aià to ï» xijn Tfth iuifan mo»rai. Et /Eneas
Gaz. Theophrosi. Qv-ntf nni 'n^aKhM; iti'nit , é'i^'ffa'^t'Krtit lîtf vfà-ç it' içiiXi, ùnà
xiTci/t KXTu-noT^iiyai khi i^nvùc^iT^m. Vide et Cyrill. hic , Grotium, Bocbarl, Deiaerlaiion sur le noiston de Jonas, Bible de Vence et D. CalmeU
devaient se rencontrer les souvenirs précis de .Ton;is et de sa mission prophétique. L'heure approche où toutes los paroles de la Bible trouveront un commentaire monumental, et où les pierres, selon la parole de l'Evangile, prendront une voix et rendront leu» témoignage en faveur des Livres saints. Nous dirons tout à l'heurt comment M. V. Place a pu constater, vivante encore, sur les ruines de Niuive, la tradition immémoriale de la prophétie de Jouas. Qu'il nous suffise, en ce moment, de signaler un fait extrê* moment curieux et qui nous paraît destiné dans l'avenir à apporter au poisson miraculeux de Jonas un témoignage tout à fait inat tendu. Parmi les sculptures que les monuments exluimés de Ninive offrent à l'étude de l'archéologie, « les figures religieuses, quoi'n qu'en petit nombre, dit M. Lenormand *, ont une importance capi- » taie. » Or le poisson est une des divinités dont la représentation est le plus souvent répétée sur les monuments de Ninive. C'est peut-être de là que sertit ce culte extraordinaire, pour se répandre dans la Babylonie. Dès l'an 1830, une pierre gravée trouvée dans les ruines de Babylone, fut rapportée par MM. Kcppel et Buckingham en Angleterre. Elle représente une ofiraude au dieu poisson. « L'autel ressemble à un trépied. Le poisson y est placé et surmonté » d'une grande étoile et d'un croissant indiquant l'époque précise » du sacrifice. A droite et à gauche, un prince et une princesse » sont assis sur une espèce de pliant, tenant à la main une coupe » qu'ils semblent offrir à la divinité ^. » Jusqu'ici les archéologues se contentaient d'assigner pour origine au culte du poisson, à Ninive et à Babylone, la fable bérosienne d'Oannès ^. Maintenant que de nouvelles découvertes prouvent incontestablement l'influence prolongée du souvenir de Jonas à Ninive, ils auront à examiner si le mythologique Oannès de la Babylonie, an corps de poisson et à tête d'homme, envoyé par les dieux pour enseigner la sagesse au^: mortels, n'est pas lui-même le Jonas de l'Ecriture, sauvé par un poisson miraculeux, envoyé par Jéhovah à Nitii\e, et transformé
» Voyez dans la collection du Correspondant, l'article de M. Lenormand, intitulé Ninive, tom. X, pag. 22.-2 Ann. de philosoph. chmL, [lar M. Bonnetty, toni. 111, pag. 364, 363. — » Voyez tom. I de cette Histoire, pag. 119.
par le génie idolâtrique de rOrient en la divinité du poisson, dont les
ruines de Rhorsabad nous offrent aujourd'hui l'authentique image'!
prédication 64. « Jonas venait d'être déposé sur Je rivaere, cuand la voix du
de Jonas „ . o ' i •
à NiDive. beigneur se fit de nouveau entendre. Lève-toi, répétait Jéhovab,
rcgilence de» j i i x •
NiaiYite». prends la route de ^inive, la grande cité, et accomplis près de ses habitants la mission dont je t'ai chargé. — Jonas se leva donc, et obéiss.int cette fois à l'ordre divin, il arriva à Ninive. Or, cette capitale étail une immense cité de trois journées de chemin. Le - Prophète y entra, en parcourut un tiers le premier jour, en criant sur sou passage : Encore quarante jours et Ninive sera détruite ! Les habitants crurent à la parole de Dieu et résolurent d'apaiser sa colère. Le roi de Ninive voulut entendre Jonas. Touché de ses avertissements et de ses menaces, il se leva de son trône, dépouilla les insignes de sa dignité, se revêtit du sac de la pénitence et s'assit sur la cendre. Par ses ordres, les princes de sa cour publièrent par toute la ville la proclamation d'un jeûne solennel. Que les iommes, ni les animaux ne prennent, durant ce jour, aucun aliment, dirent-ils; que les troupeaux ne soient menés ni aux pâturages ni aux fontaines. Que les hommes revêtent le sac de la pénitence; qu'ils implorent de tout leur cœur la miséricorde divine; qu'ils abandonnent le sentier du crime; qu'ils purifient leurs mams de toutes les œuvres d'iniquité ! Qui sait si Dieu ne daignera point pardonner à noire repentir, oublier ses rigueurs et nous laisser la vie? — Et Dieu vit leur pénitence, il agréa celte conversion sincère; sa clémence prévalut sur sa justice, et il ne voulut point infliger aux pénitents les châtiments qu'il avait annoncés aux coupables*. » L'arbrisseau ^^- " Cependant l'âme du Prophète était eu proie au plus proï's.Sorde' ^oi^d chagrin. Il voyait que sa prédiction ne serait point réalisée, '''""2- et, dans son désespoir, il disait au Seigneur : Grand Dieu! n'étaitce point là ce qui me faisait résister à votre ordre, alors que j'étais
' Nous avons précédemment (t. I, p. 118-121) rappelé la fable Rérosienne d'Oanuès. En indiquant ce nouveau rapprochement avec le récit biblique de Jonas, nous ne préteudons point imposer une théorie qui ne sera peut-être pas justifiée : mais simplement appeler l'attention sur une particularité que .69 déccuveiles ultérieures de l'archéologie niuivite auront à éclaircir.
• Jon., cap. m mte^i*/
CHAP. III. — OZIAS, ROI DE JUDA (803-7oi'). GO."!
incore en Judée, ma patrie? C'était pour cette raison qnp je voulus m'enfuir àTbarsis, car je sais que vous êtes le Diou dr l;i clémence et de la miséricorde. La patience et la bonté triomplîfiit flans vor conseils, et la malice des hommes ne sert qu'à vous procurer Ir. joie de pardonner. Maintenant donc, Seigneur, je vous prie, rap^ pelez à vous mon âme; la mort m'est devenue plus douce qu'une vie déshonorée. — Jébovah dit à son serviteur : Peuses-lu que ta plainte soit juste? — Et il n'ajouta rien à cette réponse. Cependant Jonas sortit de la cité et vint se reposer sur une éminence d'où il voulait observer quel serait le sort de Ninive. Il s'assit à l'umbre d'un arbuste dont le feuillage, ménagé par la bonté de Dieu, le protégeait contre les ardeurs du soleil ', Or Dieu permit qu'un ver piquât au matin la racine de l'arbuste, et le feuillage se dessécha. Le vent brûlant du midi et les rayons dévorants de l'astre du jour accablèrent bienlôt Jonas. Il se plaignit de cette chaleur intolérable et regrettait l'ombrage bienfaisant dont il avait joui la veille. Le Seigneur lui dit alors : Tu aurais voulu sauver la vie de cet arbuste que tu n'avais ni arrosé ni planté, qu'une nuit a vu naître et qu'une nuit a vu mourir. Et moi je n'aurais pas épargné Ninive, la grande cité, où respirent en ce moment plus de cent vingt mille enfants qui ne savent encore distinguer leur main droite de leur main gauche, sans compter d'innombrables troupeaux, créatures innocentes, qui tiennent de moi la vie *! »
66. Telle est cette prophétie de Jonas où M. Munk ne voit qu'une m.v. piafie, (( parabole indigne, par sa forme, de figurer parmi les œuvres des l^ncoàMo»-
rT M Ti i.. j »-i j • • 1 sOul,ounstat«
» Hébreux. » Il nous permettra de n être de son avis m pour le rexi^tence
ni. Il- . t p • 1 • 1 -L delatraditioB
fond qui est sublime, ni pour la lorme qui na rien de parabo- dcJonasà lique. Dieu seul, a dit Laharpe, pouvait témoigner cette sollici- Moni;ment
-, . . , de Jonas à
tude pom^ la conservation des animaux sans raison : un nomme NinUe.
* Le mot hébreu que la Vulgate traduit par hederam (lierre), doit s'eotendre d'rue plante grimpante (]iie saint Jérôme décrit ainsi : Est uutem genus virgulii vel arbusculœ, Irita hubens foiia in modnm jKimpùii et uinlirtmi densissimanit, suo trunco se sustitiens; qnœ in Palœstina creocrrime nascitur, et muxmeitiareno^is locis; mirumque in modum si sementem in terra jeceris, ciio coufoia surgit in urborem, et intra paucos dies quam /lerbam videras, arbuscularn sus/jiUi. (D. Cal* tmet, In Jonam Commentanum, cap. iv, 6.) — * Jonœ, cap. IV et uUim.
694 histoihe de l'église. — v' époque (IOOI-08G).
n'aurait pas en cette pensée, « mais elle ne surprend point dans D Celui qui a créé les animaux et qui s'est charfré de les nourrir '. » Voici mainten-iu comment la science moderne a constaté la réalité historique de ce que M. Munk appelle la parabole de Jonas. Le 12 mars 1853, M. V. Place datait de Ninive la lettre suivante : « Ce » pays est plein des souvenirs les plus curieux, et en voici u.n qui » vous surprendra sans doute. La semaine dernière, la ville de » Mossoul a célébré trois jours de jeune, suivis d'un jour de ré- » jouissance, m commémoration de la pénitence imposée aux Nini- » vîtes par Jonas. Comme le fait s'accomplit de temps immémorial » dans ce pays, on le trouve fort naturel, et l'année dernière on ne » m'en parla qu'assez longtemps après qu'il était passé. Mais, cette » année-ci, j'ai tenu à en être témoin par moi-même, et vous pou- » vez dire que vous tenez d'un consul présent sur les lieux, qu'une » ville entière consacre tous les ans un des faits les plus étranges » et les plus anciens de la Bible. Ce qu'il y a de plus frappant, c'est » que les Musulmans eux-mêmes respectent cette tradition, et font » la fête le même jour que les chrétiens. 11 est vrai que le Korau » renferme un chapitre entier (le dixième), consacré à Jonas, et » qu'en face de Mossoul il y a, sur un monticule artificiel, ime » mosquée très-véuérée qui passe pour recouvrir le tombeau de » Jonas. Elle est si vénérée que, bien que nous ayons la preuve » que ce monticule renferme les plus précieux restes de l'archéo- » logie assyrienne, il ne nous a pas été poss^iblo d'y faire des » fouilles. Toucher à la terre qui supporte le tombeau de Jonas, B ce serait s'exposer à faire éclater une révolution. Chaque ven- » dredi, à l'heure de la prière, on vient en foule de Mossoul y faire » un pèlerinage. Rapprochez ces faits du respect qui entoure eiip core le touîbeau de Daniel, à Suze, où les hommes de toutes les » religions vont piier, et qu'on ne violerait pas sans s'exposer à » être massacré, et dites-moi s'il y a un pays qui puisse intéresser D davantage un de vos anciens élèves *. » L'existence, sur l'empla-
Lahir[ie, Discours sur le style dei Prophètes et l'esprit des Livres saints. * Lettre '!e M. V. Pince, consul de France à Mossoul, à M. l'dbhé Le'véque. (Aim^ de philosojjà. chrét., par M. Bonnetty, tom. XLVi, pag. 379, 380.)
CHAP. m. — oziAs, ROI DE JUDA (803-732). 693
"îement de l'antique Ninive, d'un monument portant le nom du prophète Jonas, devait provoquer l'attention de la science européenne. « En face de Mossoul, sur le bord opposé du Tigre, dit ï> M. Flandin, s'élèvent deux monticules assez étendus, auxquels » se relient les extrémités d'une vaste enceinte, évidemment le » reste d'un rempart très-épais et encore très-élevé. De ces deux » éminences, l'une est factice, c'est-à-dire qu'elle porte partout la » trace de constructions anciennes, accusées d'ailleurs par sa forme » assez régulière. L'autre, qui est naturelle et rocailleuse, laisse » également apercevoir cà et là des vestiges de maçonnerie anti- » que, au-dessous des maisons d'un village arabe qui porte encore » le nom de Nebi-Ounas (Tombeau de Jonas), à cause d'un monu- » menl lapidaire, orné d'inscriptions, que les Musulmans conser- » vent religieusement dans une petite mosquée attenante au village. » Le fanatisme des habitants ne permet pas aux étrangers de voir » celte pierre, qu'ils disent être la pierre sépulcrale du Prophète, » et l'on ne peut vérifier si du moins elle porte des caractères as- » syriens *. » Un jour, nous l'espérons, il sera possible à nos archéologues de triompher des résistances du préjugé local, et les inscriptions de la fameuse pierre de Jonas seront déchitTrées. La Bible ne dit point que le Prophète soit mort à Ninive; elle n'indique nulle part le lieu de sa sépulture. Cependant une tradition juive, conservée par saint Epiphane, suivie par le Martyrologe romain et vivante encore en Palestine, place le tombeau de Jouas à Geth-Hefer, sa patrie 2. Nous ne doutons pas que le monticule qui porte son nom près de Ninive, ne soit le heu même où il s'était placé pour attendre le terme de quarante jours indiqué dans sa prédiction po::r la ruine de Ninive, et où il eut la touchante vision qui mit fin à sa mission en Assyrie.
67 Le récit biblique de la prophétie de Jonas n'est donc ni j„
, . o li. 1 u ■ « dccouverfe»
une « parabole, » ni « une fiction poétique, d Cette liypotnose, rAcenie.
1 Cours complet d'hist, ecclés. Henrion, tom. V, pag. o99.- « In terra Saar, sancti Jonœprophetœ, qui sepultus est in Geth [Martyrol. Rom. cum notis Baromi. pag. 427); S. Epiphan. Salainin., De Vita et interitu prophetarum, cap. xvi;Msr Misiin, L?s Lieux saints, pag. 447; M. de Sauliy, Dict, des antiq. bibl., pag. 341.
de» minet « adoplée avec empressement par la grande majorité des criti-
de Ninive i ^ r
•onfirment le » oues, » et par Ib ludaïsmc moderne comme un moyen de se de-
«écit biblique i ' r J ^ J
de Joaas. barrasser « des erreurs populaires accréditées au sujet de ce » livre, » tombe d'elle-même devant les constatations inattendues des voyageurs et des archéologues. L'étude des ruines de Ninive confirme chaque détail fourni par le Prophète hébreu. « C'était, » dit-il, une immense cité, il fallait trois journées de chemin pour » la parcourir. » Or les deux points extrêmes jusqu'ici explorés des ruines de cette immense capitale, le pont de Mossoul et Rorsabad, sont à une distance de quatorze kilomètres en ligne droite, et reliés l'un à Tautre par une suite de tumulus et de vestiges d'anciennes constructions qui cou-vTent toute la plaine sur la rive gauche de Tyr. « Ces tumulus offrent l'aspect de grandes masses » de terre envahies maintenant par la végétation spontanée du sol » et semblables aux fortifications d'un camp abandonné depuis des » siècles. Le pi us long de ces retranchements se prolonge du nord au » sud pendant quatre à cinq milles, sous la forme de petites chaînes » d'inégales hauteurs. Trois autres, près de la rivière, courent de D l'est à l'ouest. D'autres élévations semblables, mais moins carac- » térisées, se montrent pendant plusieurs milles. La plaine qui les » sépare est couverte de fragments de briques et d'autres débris » pareils à ceux que l'on aperçoit sur l'emplacement de toutes les » villes détruites '. » Ainsi parle le voyageur anglais J.-S. Buckingham. Strabon, avant lui, nous avait appris que Ninive était plus vaste que Babylone; mais l'incrédahté avait la ressource de répudier le témoignage du géographe grec, sous prétexte que, séparé par plus de cinq siècles de la destruction de Ninive, il avait pu n'enregistrer que les exagérations des récits populaires. Aujourd'hui les ruines de Ninive, mesurées par des voyageurs anglais et français, parlent comme Strabon et comme Jonas. a Déjà, écrivait > M. Lenormand, les monuments de cette grande capi'ale de l'Asie » occidentale, dont l'enceinte est reconnue et dont la pioche met
1 G. Keppel et J.-S. Biickingham, Voyage en Orient, Ann. de philosovh. chrét., iotû. lU, pog. 364.
» au jour les édifices, viennent par fractions enrichir les musées > Paris et de Londres, et prouver à ceux qui accusaient les Livr » saints d'exagération, que Jonas et les autres proplrète" pnt dlT » vrai, quand ils ont donné des proportions colossales ii Ninive '. » Au lieu donc d'accepter les nébuleuses hypothèses des savants Germains contre la véracité des Ecritures , on fera bien désormais d'aller étudier le texte bibhque sur place ^, et quand on trouvera, vivant encore à Ninive, le souvenir de Jonas, on comprendra que le miracle moral de la pénitence soudaine d'une cité aussi grande que Londres, à la voix d'un prophète inconnu, avait dû être préparé par un mir;icle dans l'ordre physique aussi frappant que celui du poisson de Jonas. « Chose admirable! dit M. Bonnetty, na- » guère on traitait de fable rhistoire de notre Bible , et voilà que » l'Egypte nous a donné les portraits de Sésac et de Roboam, » l'image des Juifs fabriquant les briques au temps de Moïse, peut- » être même le tombeau de l'inspecteur qui les présidait; voilà qua » Ninive exhumée va no as rendre probablement les portraits de » Tobie, d'Ozias, d'Ezéchias, de Nabuchodonosor, d'Holopherae » que la terre conservait depuis plus de deux mille ans. Qui peut » calculer les témoignages que Dieu se conserve encore caché? » dans ces immenses cryptes, vrais musées qui contiennent 1^ » titres de la Cdélité et de la véracité de ses récits? On ne dirt » point ici que l'histoire a été altérée et convertie en légendes, D que chaque copiste, chaque siècle y a ajouté quelque chose. » Voici des autographes lapidaires de deux , trois, quatre mille
i Voyez l'article du Correspondant déjà cité, tom. x, png. 22 et seq.
» La foi au texte biblique de l'Ancien Testament est restée invi.jlable ea Angleterre, pendant que, du fond de leur cabinet, les savants d'Allemagne semblent s'être donné le mot d'ordre pour ébranler cette fui sacrée. Nous n« doutons pas que cette ditTérence dans l'attitude religieuse des deux pays n» tienne à la difléreuce de leurs habitudes. Que les Allemands consentent, comme les Anglais, à étu.iier le commf>ntaire monumental de la Bible sur Ift théâtre même des événements, et au lieu de se perdre dans d'ingénieu^a imaginations, ils toucheront du doigt les réalités. Ms' Mislin, d?us son Uel ouvrage deb Lieux suints, nous a prouvé combien le génie alIeiuanJ est ricij* et fécond, lorsqu'il s'inspire aux sources de la vérité.
HISTOIRE DE L'ÉGUSE. — y* fPOQUE (IOOI-08G).
^ .^rts; ils sortent de la main de l'écrivain, ils sont plus autheii*[ » tiques quft tous les titres conservés dans des archives. Vous n'a- » vez qu'à vous approcher et à les lire, car la science moderne lira » ces inscriptions; elle les lira comme elle a lu le zend, le sanscrit, » le chinois ancien, c'est-à-dire beaucoup mieux que ne les lisent » les peuples qui ont conservé ces écritures. Attendons seulement, 1) attendons, Dieu ne manque ni à lui-même ni à ceux qui croient » à sa parole M » Et comme l'écrivait encore M. Lenormand : « Quand bien même il s'écoulerait entre les fouilles de Ninive et la » lecture des textes cunéiformes qu'on y découvre, autant d'années B qu'entre la grande expédition d'Egypte et la découverte des hié- » roglyphes par Champollion, ce serait peu de chose au prix de la D lenteur avec laquelle les sciences historiques ont marché en Eu- » rope jusqu'à la fin du xviii* siècle ^. » Lemoms gg. Pendant que docile aux avis de Jonas, Ninive fléchissait par
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des enfants ^ue pénitence sincère le courroux du Dieu qui règle les destinées
du prophète '^ .
Osée. l'ro- ^es empires et mesure aux Etats les iours de leur durée, le minis-
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action. tare prophétique était exercé en Israël par des voix éloquentes qui faisaient entendre à Jéroboam n et à son peuple les terribles menaces du Seigneur. L'infidélité permanente des dix tribus schismatiques, l'obstination des rois de Samarie dans la voie d'une grossière idolâtrie qui secondait leur politique étroite et fausse, avaient lassé la patience de Jéhovah. « Sa parole se fit entendre à Osée, fils de Bééri. Donne à ton fils, lui dit le Seigneur, le nom de Jezro.ël, parce que l'heure approche où je visiterai la maison de Jéhu, et ferai retomber sur sa race le sang versé à Jezraël; l'heure approche où le royaume d'Israël aura cessé d'être. L'arc de ses vaillants sera brisé dans les champs de Jezraël. Donne à ta fille le nom de Lo-ruchama (Sans miséricorde), parce que le temps de la miséricorde est passé pour Israël et son nom disparaîtra dans l'oubli.
* M. Bonnf tty, Ârm. de philosoph. chrét., tom. rxxi, pag. 122.
• Lenormand , Ninive, art. du Correspondant, déjà cité. — On verra bientôt que la prédiction de M. Bouuetty est réalisée, et que la science européeune a devancé les prévisions de M. Lenormand, en décLilfrant les inscriptions cunéiformes.