‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 21 sur 53 · H1LI)£B£RT · texte numérisé non relu

H1LI)£B£RT

les tours de Téglise cathédrale , sous prétexte qu'elles avaient servi aux soldats du comte Hélie et aux Manceaux pour attaquer les troupes normandes qui gardaient les forts voisins. Hildebert opposa un généreux refus à toutes les tentatives et à toutes les menaces du roi. Celui-ci, irrité de rencontrer tant d'opposition dans ce prélat, lorsque tout semMait céder devant lui , le déclara son prisonnier , et le contraignit de le suivre en Angleterre. Durant la tMverfsée, le vaisseau que montait Hildel)ert fut assailli par une tempête ; et la terre de l'exil fut pour lui sans aucune oopsolation. Cependant la pensée qu'il souffrait pour la liberté de son Église soutint son courage et conserva son âme dans la paix. On le voit par les poëmes qu'il conbposa en ce temps même. Dans Tune de ces pièces il décrit ses malbeurs en ces termes : « J'étais riche , fortuné et environné d'amis; et pendant longtemps ime heureuse destinée a pris plaisir à me favoriser. Né dans l'obscurité, j'0;ais étonné moi-même de ma fortune. Souvent je me sais dit : Quelle est donc cette prospérité dont je jotiisî Voii me vient une si grande et si subite affluence de richesses? Hélas! il ne faut point se fier aux choses humaines : elles n'ont nulle constance, ei découvrent leur néant par leur instabilité. Et les possessions des hommes^ et lès hommes eux-mêmes, sont le jouet d'un souffle léger qui les fait tourner à chaque instant ; et du plus haut degré d'élévation part la chute la plus cruelle. Tout ce qui se voit dans le monde, flotte et chancelle sous l'incertitude des événements , et par ses changements continuels annonce une fuite dernière. Ce que vous avez aujorn*dliui, demain vous abandonnera, ou même dans un clin d'oeil cessé de vous appartenir. Tels sont les jeux de là forfane : elle n'accorde une longue durée ni à l'orgueil des rois , ni à l'humiliation des esclaves. C'est une compagne trompeuse ; on ne peut compter que sur son infidélité. Elle ne favorise point impunément, elle ne persécute point non pkis sans relâche. Autrefois elle me c^ressait avtpc un doux sourire et un visage serein : mainteiianf >

i5i HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.

obscurcie d'un nuage , elle a changé ses caresses en rigueurs. Dans la ruine complète où elle m'a entraîné^ elle m'enlève jusqu'à la douceur de l'espérance. Employant contre moi toutes ses ruses , elle a renversé , ruiné, brûlé mes maisons^ mes moissons ^ mes vignes. Le nouveau tyran qui a détruit toute justice dans la cité du Mans, vient encore d'ajouter à ces désastres; protecteur de tous les crimes , il déshon(»re ses ancêtres ; par ses caprices et ses ruses il semble rivaliser avec la fortune elle-même. Je défendais les lois de la justice et de la patrie ^ et fl m'a chassé de mon pays. Je suis forcé de monter sur un vaisseau, et de coniier ma vie à l'empire des tempêtes; nous nous éloignons du rivage ^ mais le port est encore loin^ lorsqu'une horrible bourrasque soulève les fiLots , nous dérobe la lumière, nous jette sur des rochers et ne nous laisse apercevoir que de sinistres éclairs. Tout semble tourner au désespoir; le pilote lui-même p&lit, et craint de devenir la proie des poissons. Cependant un nouveau coup de vent enlève les flots jusqu'aux astres, et en miSme temps pousse au rivage notre nef privée de son gouve^ nail. Ainsi, heureux dans mon malheur même, j'échappe aux vents sm' un vaisseau brisé et dépouillé de tout* C'est là l'homme ; voilà le patrimoine dont il peut s'applaudir : tomber avec chaque instant de la durée et mourir sans cesse; naître nu, et s'en retourner nu à la mère commime; tomber en pourriture et descendre dans la poussière par des degrés de malheurs. Voilà la prospérité de l'homme; voilà les richesses dont il est assuré de jouir :.dans l'abondance le matin, le soir dans l'indigence. Nul mortel ne peut fixer son sort; c'est Dieu qui dispose de tous les changements, du sein de son éternelle immutabilité. Oui, il demeure immuable, pendant qu'il met tout en mouvement; et, plein de bonté pour les malheureux mortels, il leur montre ainsi le terme auquel ils doivent fixer leurs espérances. Il est tout-puissant ; il est la stabilité de tout ce qui change, et le lien de tout ce qui tend à se diviser. 0 fortune ! qu'es-tu autre chose que l'ordre qu'il a prescrit?

HILPEBEET.

Qu'il m'envoie donc tous les châtiments qu'il voudra : je suis à lui, et je lui demeurerai in violablemeni attaché (i).» Hildebert crut enfin devoir essayer de fléchir le courrpux du roi. Dans une lettre à un seigneur de la cour de ce prince 9 il le prie d'employer ses bons offices pour obtenir un changement dans sa destinée. Notre évéque se flatte que celui à qui il écrit n'est pas un de ces amis qui n'accordent leur protection que par des vues d'intérêts. Hildebert emploie encore dans cette circonstance, le langage de la poésie; et la beauté^ l'élégance continuelle de ses vers prouvent la sérénité d'esprit dont il jouissait au milieu de sa captivité. On croit que l'ami auquel s'adresse notre prélat est Roger, évêque de Salisbury , avec lequel il était très-lié, comme nous le verrons par la suite (2). Cependant les ennemis d'Hildebert n'étaient pas encore satisfaits de l'humiliation à laquelle ils le voyaient réduit. A leur instigation, Guillaume lui fit subir mille vexations nouvelles; mais le prélat n'en fut pas ébranlé. Le roi tenta un autre moyen pour parvenir à son but ; car il tenait extrêmement à voir détruire les tours de l'église cathédrale, et, malgré la violence de son caractère , il n'osait y porter la main , parce que les lois canoniques défendent , sous peine d'anathème , de rien entreprendre sur les biens ecclésiastiques, sans l'autorisation préalable des prélats. Il essaya de gagner Hiidebert par de séduisantes proiùesses , et s'engagea à lui fournir beaucoup d'or et d'argent pour orner le tombeau de saint Julien. Hildebert ne se laissa pas tromper pai* cette ruse, et répondit d'une manière fort adroite aux offices du roi :« Nous n'avons pas présentement, dans notre province du Maine, d'ouvriers capables d'une oeuvre aussi difficile et aussi importante : c'est à la munificence royale de.se charger de la dépense et du travail , surtout ayant dans son royaume des- artistes et des ciseleurs dont les

(1) Venerabilis Hildeberti opéra, col. 1344-1346. — (^ous avoas beau< coup abrégé ce poème , en omettant les redondances.

(2) lùfdemy col. 1346-1349. - Cfr. lib. HI, epist xil.

406 iiiâTOiRE DE l'Église du mans.

œuvres dont admiral)les (f). » L'avare Guillaume voulait tromper ré vôque, mais il n'entendait aucunement céderson argent. Aussi ^ à partir de cette entrevue , les mauvais traitements redoublèrent envers l'évAque captif. L'irritation du 1*01 faisait craindre à Hîldebert qu'il ne se portât à de noth veaux attentats contre les droits de l'Église; qu'il ne renversât de son autorité les tours de la cathédrale^ et que la situation du clergé ne devint plus intolérable encore. Afin de détourner ces malheurs, il supplia Guillaume de loi accorder un délais avec la permission de repasser en France , pour prendre conseil (avec son chapitre et le corps de ville) sm* le parti qu'il avait à embrasser. Ce fut ainsi que Hildebert reparut dans le Maine en l'année iiOO, sans avoir rien accordé ni il la séduction ni à la violence, et sans avoir rien cédé contre son honneur et les intérêts de son Église.

Les légats du Pape Paschal II, Jean et Benoit, qui avaient indiqué pour cette année un cx)ncile à Poitiers , invitèrent révoque du Mans à s'y rendre; mais le triste état de son diocèse ne lui permit pas de s'en éloigner. U s'excusa dans une lettre où il fit le tableau des afflictions que son Église avait souffertes depuis trois ans. a Souvent, dit Hildebert aux légats, les tribulations auxquelles nous sommes en proie nous portent à désirer de nous rendre aux sacrés conciles; présentement, elles sont pour moi un obstacle cpii m'empêche de m y trouver en personne. Les adversitésque j'ai subies ont tellement brisé toutes mes facultés, qu'il ne me reste qu une seule consolation , celle de pratiquer la patience (2). Voilà plus de trois ans que le cours de ces calamités a commencé, et chaque jour n'a fait qu'ajouter douleur sur doulem*. Dans ce court espace de temps notre ville a subi six maîtres (3) , qui , les uns et les autres , ^ sont arrogé par le fer et la flamme une puissance éphémère.

(1) D. MabiUon, Vetera analecta, t. lU, p. 308. (3) Ususipse patiendi, (9) CoQSiile».

hildebert; 457

Le peuple s'est soumis au tyran que lui imposait la nécessité (Guillaume le îloux), non au chef que la justice devait lui donner (le coïnte Hélie). Le joug de cenouveau maître s'est appesanti avec d'autant plus de fiopce , que son autorité semble devoir être de plus' courte durée. Sa soldatesque, sous le prétexte mal fondé d'outrages envers son maître , n'a jugé eiêmpts de crimes que ceux auxquels il ne restait plus rien qu'elle pût enlever, La dévastation ne s'est pas arrêtée devant le sanctuaire du Seigneur. Tout ce que je possédais hors des murs de la \ille a été réduit en cendres ou livré au pillage. Des maisons appartenant à révèché ont été ruinées pour la plupart; dans celles que la flamme a épargnées, on n'a respecté ni le denier du pauvi*e , ni les objets consacrés au culte. Tout a été brisé , Volé, souillé. Rien n'a échappé aux mains dé ces brigands, qui Courent au crime sans avoir même l'attrait du gain, et qui ne feraient le bien à aucun prix. Mes clercs, soumis aXà mêmes outrages, aux mêmes violences , estiment aujourd'hui posséder beaucoup , s'il lem' reste encore de quoi subvenir aux besoins les plus pressants de la nature : celui qui manque de tout borne ses vœux au nécessaire. La misère du clergé a augmenté la douleur que me causent mes propres infortunes; je souifre plus de ne pouvoir soulager ses besoins que de ressentir ceux que j'éprouve moimême. Il serait trop long de vous rapporter avec quelle persévérance le roi des Anglais a appesanti sa tyrannie sur moi; mettant de côté la modération qui convient à un soUveràîn, il a résolu de ne point pardonner à un évêque qu'il ne Tait contraint à commettre un sacrilège. Parce que je n*ai pas voulu détruire les tours de mon éghse cathédrale, H m'a emmené captif au delà de la mer, pour être jugé dans son royaume. Agité d'un si grand nombre de tempêtes, j'ai résolu de me rendre aux tombeaux des saints Apôtres; j*espère y trouver un remède puissant aux tribulations nouvelles que j'attends, si le Pontife Romain me vient en aide par ses conseils et son autorité. Veuillez donc accepter favorablement mon excuse , et considérer que les

458 HISTOIRE DE l'ÉÛLISE DU MANS.

ressources qui me restent ne suffiraient pas aux frais du voyage et du concile; tout ce que j'ai sauvé des ruines causées par l'incendie^ me laisserait au dépourvu au milieu même de la route (i). » ,

Ainsi; les chanoines de l'Église du Mans et les conseiUeis d'Hildebert s'étaient montrés aussi fermes que l'hérùlque prélat ; Guillaume le Roux n'avait pas obtenu la démoUtion des tours y objet de son ambition ^ et il ne cessait de poursuivre de ses vexations etl'évéqueet le clergé. Les ennemis d'Hildebert obsédaient sans cesse les oreilles du roi pour le pousser à de nouvelles violences , dont le pi^étexte habituel était le soulèvement général des Manceaux contre le gouvernement anglo-normand. Hildebert éprouvait de la sympathie pour la cause du comte Hélie; mais il n'avait point agi ouvertement dans la révolution : il offrit de prouver son innocence par les voies canoniques. Le roi ne lui accordait d'autre moyen de se justifier que l'épreuve du fer chaud. Cet usage superstitieux, trop fréquemment pratiqué au moyen âge, fut condamné de bonne heure par les Souverains Pontifes (2). Dans son désir de voir la paix rendue à son Église, Hildebert semble avoir hésité pour savoir s'il accepterait l'épreuve demandée par le roi; mais il ne voulut pas prendre de parti avant d'a\ oir consulté TévèqiKî de Chartres. Saint Yves lai répondit que défendre son innocence par cette voie, c'était la perdi^e ; que cette épreuve n'était ni reçue par l'Église , ni autorisée par les canons. Après avoir prouvé son sentiment par plusieurs autorités , il exhorte le prélat à la patience et à la fermeté; enfin, il l'engage à ne pas donner à ses contemporains et à la postérité un si dangereux exemple. Le saint évèque reconnaît hautement l'innocence de Hildebert, et parle avec indignation de la malice de ses ennemis et de la tyrannie du roi d^Angleterre (3).

(1) Fenerabiîis Hildeberti opéra, col. 87, et seq.

(2) Saint Nicolas I", en 867, Etienne V, vers 886 , et Alexandre 11 , vers 1070.

(3) Divi Ivonis, Camotensis episcopi , opéra, part. 2, p. S7,l&3,

HiLDEBEHT. 459

Hildebert suivit l'avis de Tévêcïue de Chartres ; il résista à toutes les instances qui lui furent faites par ses amis et ses ennemis, et aima mieux s'exposer à l'indignation du roi que de manquer à son devoir envers Dieu. Bientôt après , un événement imprévu, la mort du roi Guillaume le Roux, tué à la chasse le 2 août iiOO, permit à notre prélat d'espérer la fin de ses disgrâces (1). Le comte Hélie, mettant à profit les embarras d'un nouveau règne, rentra au Mans les armes à la main, en chassa la garnison anglo-normande et i^tablit en peu de temps ses affaires et celles de Tévêché. 11 était à craindre que Hemî I", dernier fils du conquérant de l'Angleterre, et successeur de son frère Guillaume le Roux, ne voulût essayer do reprendre le Maine; mais, loin delà, il ordonna à ses garnisons, qui d'abord avaient opposé de la résistance , d'évacuer toutes les forteresses de la province , jBt de les. rendre au comte Hélie, qui depuis jouit en paix de l'héritage de ses pères (2). Le nouveau roi d'Angleterre montra à l'évêque du Mans des dispositions epttèrement différentes de celles qui avaient animé son frère; il l'honora toujours de son amitié et de son estime, comme la suite le fera voir.

Hildebert profita du calme dont jouissait le Maine sous le gouvernement du comte Hélie , pour réparer les brèches que les troubles précédents avaient faites dans le spirituel et le temporel de notre Église. Déjà, à son retour d'Angleterre, il avait obtenu de quelque puissant protecteur deux cloches, une chape précieuse, deux bassins d'argent et d'autres ornements d'une grande richesse, dont on se servait encore à la cathédrale longtemps après sa mort (3).

epUt. Lxxjv. — Du Boulay, Hisforia Universitntis Parisien^s , t. I, p. 598. — Le P. FroDto a joint à la leUre de saint Yves de longuet notes mtr foutes les épreuves dont il y est parlé.

(1) D. Bouquet, t. XII, p. tt, 13, 798, et passim.

(3) Orderic Vital, hc. cit., p. 785. — D. Bouquet , t. XII , p. 680. — Selon Guillaume de Malmesbury, Historia novella, lib. I, le comte Hélie jouit du Maine sous là suzeraineté du roi d^Angleterre. Cfr. Venernlfilis Hildebe^Hi operoy p. lv.

(8) D. ïliMWon, Vetern anahcfa, t. III, p. 308 et 309.

460 HISTOIRE D£ l'£6LIS£ HU MANS.

DaDS Tœuvre de la rénovation spirituelle du diocèse , Hildebèrt fut puissamment secondé par les travaux apostoliques du bienheureux Robert d'Arbrissel et de ses compagnons. Né au village d'Arbrissel, près de la Guerche^ aa diocèse de Rennes, Robert, après avoir rempli avec le plus heureux succès les fonctions d'archiprètre dans son diocèse d'origine, se retira en Tannée 1096 dans la foiét de Craon. En peu de temps, le bruit des vertus qu'il pratiquait dans la solitude attira près de lui un grand nombre de pieux disciples. La force de ses exemples et de ses exhortations porta beaucoup de personnes à s'attacher à lui et à imiter la vie austère qu'il menait. Bientôt^ la forêt de Craon, alors fort étendue, fut toute remplie d'anachorètes qui reconnaissaient Robert pour leur chef et leur père. Parmi les premiers qui se rangèrent soùs sa conduite, on distinguait le bienheureux Vital de Mortain, fondateur de la célèbre abbaye de Savigny, en Normandie , sur fil frontière du Maine, et le bienheureux Raoul de la Fustaye, né dans le diocèse du Mans, en la paroisse de Saint-Mar»sur^la-Fustaye , et moine de l'abbaye de SainthJouin-de- Marnes, au diocèse de Poitiers (1). Les traditions de la vie érémitique , répandues dans le Maine dès les premiers temps de notre Église, ne s'y étaient jamais éteintes, comine nous avons eu plusieurs fois occasion de le constater ; l'élan donné par les bienheureux Robert , Vital et Raoul lui apportèrent une nouvelle vigueur. Bientôt la forêt de Craon , quelque vaste qu'elle fût alors, se trouva trop étroite pour contenir le grand nombre de solitaires qui s'y pressaient de toutes paris, et Robert fut obligé de les disperser dans les forêts voisines de Nid-de-Merle , de Fougères , de Savigny , de Concise et de Mayenne. Il les sépara en trois colonies, se réservant la conduite de la première; Raoul et Vital dirigèrent les deux autres. Les

(1) Acta Sanctorum, ad diem XXV februarii, de beato Roberio de Arbrisselio, prœvium commentarium , num. 31-38. — Du Boulay, Hi*toria Universitatis Parisiens is ^ t. ï» p. 464, 589 , 6«7; t, U, p. 5, et paMim.

HILDEBEKT. , i6i

solitaires qui habitaient le Passais^ le Sonnois , les borjds du Loir',, les montagnes des Coéverons et les déserts de Tancienne Gbarnie, entrèrent de bonne heure en relation avec ces fervents serviteurs de Dieu. Le bruit des vertus qui se pratiquaient dans nos forêts se répandait au loin. Le bienheureux Pierre de L'Estoile menait depuis longtemps la vie érépritique dans une grotte, sur les bords de la Creuse , au lieu nommé Fontgombauld; il y avait construit un petit oratoire en Thonneur de saint JuUen , premier évêque du M^s, dont le culte était depuis longtemps, célèbre à Bam*ges (i) , et une colonie de solitaires était venue se grouper autour de lui. Instruit des merveilles que Ton admirait dans les forêts du diocèse du Mans, il quitta un moment sa solitude du Berry et vint dans nos contrées pour y apprendre plus pai*faitement les règles de la perfection , qu'il fit ensuite pratiquer dans Fabbaye dont il devint le fondateur (2). On connaît peu les détails de sa vie pendant qu'il habita le Maine; mais son souvenir fut cause qae Ton donna à son abbaye de Fontgombault Téghse paroissiale d'Amné (3) , sous le patronage de saint Martin. Le prieuré de SaintrMarc et Sainte-Marie-Madeleine à Montlivoy, dans la même paroisse, dépendait aussi de cette abbaye (4). Enfin, le prieuré de Teilleau, dédié à saint Gifles, en la paroisse de Tassillé^ fut également donné au monastère fondé par le bienheureux Pierre de L'Estoile (5). La vie de saint Guillaume Firmat se rapporte plus intimement encore à notre sujet. Saint Guillaume était né à Tours d'une famille noble . et il fut d'abord chanoine de Sai^t-yenant (6). Il exerça avec réputation la profession de

(i) Gallia lûiristiana (nova), t. II, col. 168. ' {%) Pavillon , Vie du bienheureux Robert d*Arbrissel,^ Gallia christianaj t. Il, col. 168. — D. MabiUon, Annales 0, S. B., lib. LXXIII.

(3) Amniacus.

(4) te prieuré de Montlivoy était estimé 2000. livres, soit 4000 fi-ancs. (5] Le prieoré de Teilleau était porté à 800 livres , soit 1600 francs. ^

Bana les derniers temps, il fut réuni à la sacristie de Tàbbaye.

(^ Acta Sanctôrum^ ad diem XXI VapriHs, Vita Guillelmi Firmqti^ aactore Stéphane episcopo Redonensi, — Pavilton , Viff dt^ Ifienheureux

avertissements du serviteur de Dieu^ et devint aussi gênérei^ qu'elle avait été avare (4).

• Saint Guillaume Firmat mourut le 24 avril 1443 (3). Aussitôt que le bruit de son trépas fut répandu^ on accourut de toutes parts ; les habitants de Mayenne et de DomfiroDt vinrent pour enlever le corps du serviteur de Dieu. Les chanoines de Saint-Évroul de Mortain^ qui possédaient un petit établissement à Gorron ^ dépéchèrent promptement Josselin et Hubert y deux d'entre eux, pour s'emparer des saintes dépouilles ; les bourgeois de Mortain accourureaf égal^nent, et, appuyés du vieux comte Robert, firère de Guillaume le Conquérant, ils les transportèrent dans l'éghse collégiale de leur ville, dédiée à saint Ëvroul (3). Saint Guillaume Firmat fut canonisé en 4454^ et devint aussitôt le patron de l'église et de la ville de Mortain (4)*

Peu de temps après la première retraite de ce saint p^^ sonnage dans nos déserts , la Providence y dirigea aussi deux grands hommes qui en devinrent bientôt l'ornement, et qui ont enrichi la France chrétienne de monastères considérables. Le premier est le bienheureux Adelenne, nommé vulgairement saint AUeaume (5) , instituteur de Tabbaye d'Estival dans le Maine ; et le bienheureux Bernard , fondatem* de l'abbaye de Tyron , au pays du Perche (6).

(1) In diebus illis Grimoardus de Landevico, multis ditatus copiis, et Landeviensi vicins prsepositus, habebat uxorem, Delicatam nomine, iuhumanitatis amarissimse Vita sancti Guillelmi^ nuni. 18.

(3) Les Bollandistes rapportent sa mort à Tan 1090 environ. — Acta Sanctorum^ ad diem XXIV aprilis^ de sancto Guillelmo Pirmato, num. 1 et 2.

(3j Duo ex canonicis sancti Ebrulfi , Jocellinus et Hubertas, audito

beati Firraati transitu , de Goronno venientes — Undecima vero die

populus Donifrontensis in partibus suis et Meduanensis exercitus in suis convenerant ut cum \iolentia sancti Firmati corpus ad sua râpèrent casella Vita sancti Guillelmi Firmati, num. 26 et 27. — Cfr. Pavillon, Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel y p. 55S, n» 31.

(4) Guillois, loc. cit,

(5) Adelermus, Adelinus.

(6) Pavillon , loc, cit,, p. 22.

HiLDEBËRT. -MS

. Ce dernier était né sur le territoire d'Abbeville, au paysde Ponthieu, vers Tan 1046. Ses parents, dont la fortune était médiocre, relevèrent dams la vertu et dans les lettres ; et il montra de bonne heure la plus grande ardeur pour Tétude, et 8Ui?tout pour la piété. Il quitta son pays vers l^n 1066, et se retira, avec trois compagnons animés des mêmes sentiments que lui, dans Tabbaye de Saint-Cyprien, près de Poitiers (1). Ses mérites le firent élire, à l'âge d'environ trepte ans, pour prieur de Tabbaye de Saint-Savin. Il y rétablit, par ses efforts et sa constance, la discipline monastique dans sa perfection première (2).

n y avait vingt ans que Bernard remplissait les fonctions de prieur à Saint-Savin, lorsque la nouvelle de la mort de son abbé, qui avait été dévoré par un lion en Palestine, lui fournit Toccasion de suivre le penchant qui l'appelait à la vie érémitique. En eflPet, voyant que l'on songeait à l'élire pour abbé, il prit la fuite. A sa prière, le bienheui*eux Pierre de Lïstoile le conduisit dans les solitude» du Maine et de la Bretagne , pour le présenter à Robert d'Arbrissel , Vital de Mortain et Raoul de la Fustaye, guides et pères des anachorètes^^). Afin de n'être pas jeconmi, il se fit appeler Guillaume, et vécut quelque temps dans la plus rigoureuse austérité, sous la conduite principalement du bienheureux Vital. 11 se fixa dans le diocèse du Mans, et choisit ppui' habitation la pauvre cabane d'un vieil ermite nommé Pierre. Elle était construite sur les ruines d'une antique église dédiée à saiot Médard, que les injures de l'air avaient renvei^sée en partie. Quelques branchages et quelques

(I) Àcta Sanctorum, ad diem XlVaprilis^ Vitabeati Bemardi Tyronemii, auctore Gaufrido Grosso, monacho TyroDQOsi, num. 6 etseq.

(a) Vita beati Bemardi^ num. 13 et seq.

(B) Erant autem iu confînio Ccnomanicac Brftannitcquc regionis vastœ solîtudines , quîe tanc lemporis quasi allera ^gyptuà florebant HiuUitu^ dine eremitarum, per diversas ccllulas habitantium , virorum sanctorum ac proptcr excellenti'ara religionis famosorum ; iutcr quos erant principes et magistri,Robertus de Arbrissello, atqucVitalis de Mauritonio, Radulr phus quoque de Fusteia , qui postea fundatores extitcrunt multaruin

atqoe magnarujn coagrcgationuro Vita beaii Bemardi , nunj. 20.

'466 UiSTOIR£ D£ L'ji;GU8£ DU MANS.

écorces d'arlH*e8 mal jointes composaient cette kumble demeure; et dès les premiers jours de son arrivée^ Bernard fut obligé de les consolider par des liens nouveaux , parce que la tempête menaçait de tout détruire (1).

Pendant qu'il vivait ainsi caché j et uniquement occupé à la prière et à la pénitence , les moines de Saint-Savin k cherchaient de tous côtés pour Télever sur la chaire abbatiale. Après ti*ois ans de démarches, ils parvinrent à. le découvrir ; mais lui , pour éviter des honneurs qu'il redoutait, quitta secrètement le Maine et passa à l'extrémité de la Bretagne y dans la petite lie de Chaussey (^). •

Les services signalés que Bernard rendit aux matelots et aux pêcheurs de la côte septentrionale de l'Armorique, ffli les instruisant des vérités de la foi et les ramenant à une vie chrétienne, répandirent son nom, et l'empêchètentde demeurer aussi inconnu qu'il l'eût souhaité. Le bienhaiireux Pierre de L'Ëstoile persuada aux ermites de nos forêts de te rappeler au milieu d'eux; il se xshargea même, sur leurs instances^ de se rendre à Chaussey , et il ramenak saint solitaire à son premier ermitage de Saint-Mais. -Ce fut dans cette lie de Bretagne que Bernard reçut le don de prophétie et qu'il fut visité par saint AUeaume.

Alleaume était né dans les Flandres, d'une famille illii»tre. Sur le bruit des vertus pratiquées par les solitaires du Maine et des contrées voisines, il abandonna toutes les espérances du siècle et les joies de la famille , et se rendit dans notre pays, pressé du désir d'y pratiquer la vie anachorétique. Ce fut dans une forêt du Maine , sur les fro^itières dé la Bretagne et de la Normandie , qu'il s'arrêta. 11 y &t reçu par un vieil ermite nommé Albert , qui depuis de longues années sanctifiait ces solitudes par sa pénitence. Ce serviteur de Dieu avait reçu un don particulier d'abstinence et d'oraison; pour Alleaume, il excellait par sa douceur et son obéissance, en sorte que ces vertus le rendaient

(1) yita beati Bemco'di , num. 21 et seq.

(2) Ibid., num. 25 et s«q.

HItDEBËRT. 467

les délices de tous ceux qui vécurent avec lui (J). Ces deux anachorètes s'aimaient d'une cordiale affection. Cependant AUeaume, qui avait connu le bienheureux Bernard au moment où il habitait les solitudes du Maine ^ avait conservé une tendre mémoire de ce maître accompli de la perfection ; il entendait d'ailleurs de fois à autres raconter les actions de cet illustre solitaire ; il résolut donc d'aller le rejoindre, afin de se mettre sous sa conduite. 11 quitta Termitage de Saint-Nicolas, et se rendit dans l'ile de Chaujssey. Bernard reconnut aussitôt son ancien ami et lui prédit qu'il ne resterait pas longtemps avec lui dans l'île. Mais Alieaume , qui était résolu d'y finir ses jours j le pria de lui accorder uii logement dans l'une des grottes naturelles formées dans les rochers , et semblable à celle qui lui servait à lui-même de retraite; ils y vécurent ensemble pendant quelque temps. Le froid extrême qu'oij y ressentait obligea Alieaume à revenir dans nos forêts , pour y prendre des vêtements qu'il y avait laissés. Un sujet de profonde tristesse l'y attendait ; le saint vieillard Albert avait été si vivement pénétré de douleur à son départ, qull était devenu comme insensé. Craignant que dans l'excès de sa douleur il n'attentât à ses jours, les frères des ermitages voisiqs étaient venus successivement lui tenir compagnie,^ et ne l'avaient point laissé seul depuis le départ d'AUeaume. Celui-ci fut sensiblement touché de la peine de son vieux guide spirituel; il se prosterna à ses pieds, fondant en larmes, et lui protesta qu'il ne le quitterait fins désormais. En même tenjps, Robert d'Arbrissel, Vital de Mortain et Raoul de la Fustaye, informés de ce qui g'était passé dans la soUtude de Saint-Nicolas ^ envoyèrent au jeune religieux l'ordre de ne plus s'éloigner^e cet ermitag6j sous peine d'excommunication (2).

(1) Duo namque erant de nutnero eremitarum , qui illum susceperant, et diu in silvis concorditer cohabitaverant : quorum unus Albcrtus nomine , jam grandaevus , abstiueutiae et oratiouis studio infatigabiliter

iosistebat; alter Yero junior, Adelinus dictus Vita beati Bernardi,

nuni. 38. ^ Gfr. D. MabilloD , Annales 0, S. B., lib. LXXI , num. 83.

(2) Vita beati Bemardi, num. 38. — PaviUoo, loc, cit,, p. 88, çt suiv.

Ce lut peu de temps après avoir reçu la visite de saint Àlleaum?, (jue le bienheureux Bernard revint dans te désert île Raint-Mai*s. L'éclat de ses vertus et de ses miracles avait déjà tellement attiré les regards sur lui, que son retour fut bientôt connu dans Tabbaye de Saint-Cyprien , dont il était profès. L'abbé Raynaud, quoique cassé de vieillesse, se transporta jusque dans notre diocèse pour le revoir. Après quelques jours de pieux entretiens, il pria te saint de l'accompagner , et l'attira insensiblement jusque dans son monastère , où il le contraignit d'accepter h charge de prieur (!).

Uaynaud étant mort peu de temps après, les religieux, suivant ses dernières volontés, et avec le concours du bienheureux Pierre, évoque de Poitiers, forcèrent Bernard à recevoir la crosse abbatiale. A la tête de cette nombreuse communauté , le serviteur de Dieu remplit l'idée qu'tm avait conçue de lui. Il eut surtout une occasion de signaler sa doctrine et son zèle en l'année i 100, au concile de Poitiers. Il déploya une grande vigueur contre Je scandak donné par le roi Philippe !•' et les violences du confite de Poitou, qui avait entrepris d'empêcher le concile d'excommunier le monarque adultère (2). Bernard fit deux fois te voyage de Home pour maintenir les droits de son monastère. Le Pape Paschal H, appréciant les mérites de cet illustre abbé, lui ofirit la dignité de cardinal ; mais celui-ci la refusa par un sentiment d'humilité (3). Bernard sollicita une grâce bien dift'érente , celle de déposer le gouyernement do son abbaye , pour retourner dans le désert. Le Pape ne se rendit à ses vœux qu'en lui conférant la commission do prédicateur apostolique , afin qu'il continuât de travailler à la conversion des peuples et à la réformation des mœurs. La première solitude qne choisit Bernard fut l'ile de Chaussey , où il avait déjà demeuré.

(!) Vita beiïti Bemardi,num. 39-4Î.

(2) Ibid., nuin. 44-48.

(3) Cfr. Orderic Vital , Hisioria ecclesiastica , lib. VllI , p. 715, — D. Bouquet, t. XH, p. 660.

Plusieurs de ses religieux l'y avaient accompagné ; mais les pirates les en chassèrent, et le nombre de ses disciples augmentant peu à peu , il vint s'établir dans la forêt de Savigny, dans la Basse-Normandie, sur la limite du Maine. Pendant plusieurs années, il parcourut, en la compagnie des bienheureux Robert d'Arbrissel et Vital de Mortain, ainsi que de leurs religieux, les diocèses du Mans^ de Rennes, de Séez, de Coutances et d'Avranches , prêchant partout ocmtre les désordres invétérés des populations , mais surtout contre le concubinage des clercs. Ce vice était devenu presque général dans notre pays; et le zèle de nos missionnaires à le combattre leur attira de nombreuses persécutions. Leurs ennemis appelèrent à leur aide les sophismes et la violence; mais les pieux réformateurs se montrèrent inébranlables contre toutes les attaques. On conserva longtemps le souvenir de la manière dont le bienheui*eux Bernard avait confondu un archidiacre de Coutances , qui prétendait que les moines ne pouvaient exercer lesaiiit imnistère (1).

Après plusieurs années de travaux apostoliques, et après avoir plusieurs fois évangélisé le diocèse du Mans dans toutes ses parties , Bernard se retira dans la forêt de Tyron , sur la frontière du diocèse du Mans , mais dans cdui dé Chartres (2). Rotrou, comte du Perche et de Mortagne , dont nous aurons bientôt occasion de parler plus iQQguement^ lui donna un monastère nommé les Arcisses, voisin de son château de Nogent-le-Rotrou. Ce fut près de oe lieu que le saint missionnaire jeta les fondements d'ime ahbaye célèbre , qui devint bientôt chef d'une congrégation dans l'ordre de Saint-Benoît , et porta le nom de Tyron. Cette réforme se répandit avec tant de rapidité, qu'au bout de quelques années elle comptait jusqu'à cent abbayes ou prieurés. Plusieurs étaient situés dans le diocèse

(1) Vita beati Bernardi ^ num. 50-63.

(«) Orderic Vilal , Historia ecclesiastica , lib. VIH , p. 7!5, ^ Chro^ fiieon sancti Maccentii, nâann, \W, - .

470 HISTOIRE DE l'ÉOUSB DU MANS.

du Mans. Ce saint abbé fut honoré de plus en plus du don de prophétie et de celui des miracles ; de toutes perb les {Mrinces et les seigneurs s'empressaient de venir k visiter, et de lui donner des preuves du vif intérêt- qu'ib portaient à son institut. Le serviteur de Dieu mrârat le 14! avril iii7 (i). V\m de ses nombreux disûiples, Geoffroy surnommé le Gros, nous a lais^ une histoire de cet illustre personnage ; cV.st un des monimients les plus ceiv tains et les mieux écrits du xii* siècle. Il intéresse particulièrement notre pays > comme on- peut le vdr par. eè que nous en avons extrait (â).

L'abbaye de Tyron exerça une grande influence sur le diocèse du Mans; les abbayes de la Pelice et du-Gué46- Launay , dont nous raconterons bientôt la fondation^ lui étaient soumises; elle possédait encore dans notre pays huit prieurés et cinq cures , qui étaient Livet^-Arçonnay, Ternay, Montrouveau et Saint -Gosme -de -Vair. Il est probable qu'il y eut d'aboi*d un prieuré dans ehacane de ces paroisses; ceux qui subsistèrent jusqu'à la fin du xviii'' siècle furent ceux de Sainte- Marie -Madelmne de Beaulieu,- paroisse d'Auvers-sous-MontfaucoD,. fondé avant l'an H80 (3) ; Saint-Éloi et Saint-Jean, à Fyé , fondé vers le môme temps par Guillaume de Champfleur (4) ; Sainte-Marie-Madeieine-derCroinvai , à Ternày (5) ; Saint-

(1) Vita beati Betmardi, num. 63-142. — D. Mabinon , Armaits 0. S. B., lib. LXVII, num. 61; Hb. LXXt , num. 113; lib. LXXIl, num. 63, et passim. — D. Bouquet, t. XII, p. 406. — Gallia christiamit t. VIII , col. 1257 et 1759. — Chronicon sancti Maxentii, ad ann. 1117. — Ilélyot, Histoire des ordres monastiques et religieux , t. VI , p. 115- 121. — Pavillon , loc. cit., p. 40 et suiv.

(2) La Vie du bienheureux Bernard de Tyron a été publiée par Soucbet, chanoine de Chartres , à Paris, cliez Billaine, en 164d. Les Bollandistes Tout publiée de nouveau au 14 avril. Voir V Histoire littéraire de U France , t. XII , p. 163. — D. Liron , Singularités historiques j 1. 1, p. 45 cl suiv. — Baillet , Vies des Saints , au 14 avril.

(3) Ce prieuré était estime 1000 livres, soit 2000 francs.

(4) Estimé seulement 300 livres , soit 6(^0 francs.

(5) Estimé 1800 livres, ?oit 8600 francs.

Jean-Baptiste et Saint-Michel-de-Loudon, à ParignérÉvêque, fondé pour deux moines, par le bienheureux Geoffroy dé Loudon, évêque du Mans , vers le milieu du xiii* siècle (1) ; Saint-Pierre-de-f^uye , à la Fresnaye^ fondé avant 1180 (2); Saint-Miohel-du-Tertre, à Ancinnes (3); Saint-SuJpice-cles-Chèvres, à Gesvres (4); enfm Sainte-Marie- Madeleine-de-Montaîller, àMilesse, îondé par Albéric de Milesse , lorsque son fils Albert fit pro* fejBsion de la vie monastique à Tyron (5).

Le bienheureux Alleaume^ dont on a déjà vu le début dam la vie érémitique, resta pendant plusieurs années près dô Termite Albert , qui reconnaissait lui - même pour son maître saint Guillaume Pirmat. Ce pieux vieillard désira aller finir ses jours^ auprès du bienheureux Raoul de la Plistaye; il demeura en effet encore quelques années dans la forêt de Nid -de -Merle, puis passa de là en Tabbaye de Saint-SuJpice, où il mourut en odeur de sainteté (6).

Aussitôt qu'Alieaume eut recouvré sa liberté , il chercha tme nouvelle retraite. Il ne sortit pas du diocèse du Mans, et se fixa dans la forêt de Gharnie, à neuf à dix lieues de eelle qu^il habitait précédemment. Raoul, vicomte de Beaumo^t, lui permit d'y bâtir une cellule pour y habiter désormais. Le lieu choisi par AUeaume était très-approprié à son dessein. Situé au centre d'une vaste forêt , près de la vieille forteresse celtique de Sainte-Suzanne, sur la rivière d'Erve, au lieu où Ton voyait alors la chapelle de Saint-Nicolas et les forges du Cours, il offrait une solitude profonde. AUeaume fiie séjourna pas longtemps dans cette retraite sans se voir environné d'une foule de disciples des deux sexes, ce qui

(1) Estimé 800 liYres, soit 1600 francs. (S) Estimé 900 livres , soit 1800 francs. (8) Estimé 500 livres, soit 1000 francs. (k) Estimé 500 livres.

(5) Cauviu, Géographie ancienne du diocèse du Âîans, p. 293.

(6) D. Morice, Vies des Saints de Bretagne , t. lï , p. 868v — Selon Pavillon, Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel , p. 48, Albert serait mort dans la forêt de- Nid-de-Merle.

4?i HISTOIRE DE L'ÉGUSE bv MANS.

lui donna occasion de fonder deux monastères^ comme nous allons le rapporter.

Jusque alors les ermites n^avaient pas vécu ^i commim; ils habitaient de pauvres cabanes séparées , quelquefois, comme nous Tavons dit^ des grottes naturelles (kns les rochers (i)^ se contentant de se visiter et. de se réunir en assemblées lorsqu'ils le jugeaient à propos. Robert d'Afbrissel, ayant reconnu que plusieurs de ses frères avai^t inclination à la vie cénobitique ^ entreprit de bâtir un monastère dans la forêt de Graon. Le seigneur de Graon, Renault , fils aine de Robert le Bourguignon ^ seigneur de Sablé ^ lui abandonna une partie considerable.de cette forêt. Ce baron et sa famille contribuèrent avec beaucoup de générosité au développement de cette abbaye , qui fat Mtie sous le nom de Notre-Dame-des-Bois^ et fut plos connue dans la suite sous le nom de Notre^Damerde-li- Roë(2). Quoique située en dehors des limites du diocèse du Mans^ ce monastère intéressa néannioins très-vivemâit, et dès les {»*emiers temps de son existence y la piété des IMaïQceaux. Guy lY de Laval donna aux religieux delà IU>ë un terrain dans la forêt de Laval ; et ce don fut ratifié par son fils Guy, sa mère Anne, et Gervais son oncle, U leur donna encore, en Tan UOO, le prieiu^ de Sainie- Marie -Madeleine du Plessis-Milcent (3), situé daos la paroisse d'Ollivet; et ces dons furent confirmés par Hugues, ëvêque du Mans, vers le miUeu du siècle suivant (4). La

(1) Les premiers disciples de saint Martin à Bîarmoutier habitaienides grottes semblables^ — D. Martène , Histoire de l'abbaye de Mamou' tier, Ms. — D. Mabillon, Annales 0. S. B. — De Mauléon ( Le Brun des Mareites) , Voyages liturgiques en France , p. 113. — Les grottes de Marmoutier ont été dénaturées ou détruites ; mais on en voit encore de semblables près de Tancienne abbaye de Fontgombaud. — D. Martèpe, Voyage littéraire, 1. 1, p. 17, et M. Albert Lenoir, Architecture moM' stique^ p. 7 , en ont fait graver des vues et des plans.

(2j Sancta Maria de Bosco. — Sancta Maria de Rota.

(3) Cûpella de Plesciaco Miiesendis,

(4) Bibliotb. Impér., collection D. Housseau , n»» 7548 et 7554. -- Bis. /lu cabinet de M. La Beauluère. -. Bourjoly^ Histoire des seigneurs de

HILBEfiERt. 473

(flXIre d'Olliyet resta unie au prieuré qui lui avait donné naissance (i). A une autre épioque, Hamon de Laval, père dé Guy le Chauve, fit une aumône considérable aii prieuré de Sainit-Avit, nonuné plus tard Tïsle, et aujourd'hui Saint- Isle (2) , près de Loiron , et Guy d'Étampes , évoque du Mans, confirma cette donation (3).

La charte de fondation de l'abbaye de Notre-Dame-dela-Roë fut d'abord rétiigée à Angers, au moment où la présetice d'Urbain II y attirait un concours prodigieux ; et Ho$l, évèque du Mans, y apposa sa signature. L'année sui- Tante, 1097 , l'évêque d'Angers fit une première inauguration de ce monastère, et -une partie de la noblesse du Maine et de l'Anjou se rendit à cette fête. On vit un plus Qombreux concours encore de seigneurs manceaux en ce lieu, lorsque, quelques années plus tard, Hugues II, archevêque de Tours, et Hildebert du Mans ,~ accompagnés des ëvêques d'Angers , de Rennes et de Saint-Malo , consacrèrent l'égUse de l'abbaye. Rivalisant de zèle pour avantager une communauté aussi fervente, et pour procurer l'édification de leurs vassaux , les barons du Maine donnèrent aux religieux de Notre-Dame-de-la-Roë, les prieurés-cures de Sain1rJean-du-Bois (4) , d'Avessé (5) , Saint-Ouen-en- Champagne (6) , Yille-Dieu-en-Champagne (7), Gosmes, la BaiTe-de-Cosmes (8) ; auxquels il faut joindre les deux prieurés-cures de Saint-Isle et du Plessis-Milcentdont nous

iaixU , t. I , p. 189. — Gau^in , Géographie ancienne du diocèse du ManSf p. iS4.

(1) Le prieuré et la cure étaient estimés 1300 libres 9 soit 2600 francs.

(S) Sanctus Angélus.

(5) Biblioth. Impér., collection D. Housseau, n» 7656. — Ms. di; cal)i» BeldeM.LaBeauluère. — La cure de Saint-Isle était estimée 600 livres, 8oit 1100 francs.

(4) Saint 'Jean -du -Bois, fondé après 1236, estimé 700 livres selon Cauvin, 560 selon Le Paige. — La cure estimée 600 livres.

(6) Avesseium , Avesium, — Estimé 1500 livres , soit 3000 francs.

(6) Sanctus Audœnus in Campania.— Estimé 800 livres, soit 1600 fr.

(7) Vilia Dei, — Estimée 400 liTres , soit 800 francs. {%) Ces doux prieurés sont indiqués par Barth. Roger.

474 HISTOIRE DE l'ÉGLISE D0 MANS.

avons parlé plus haut (i). Jusqu'à la fin du XTiîi^ siècle, ces prieurés y excepté ceux de Saint-4[)uen-en-Ghanipagne, Cosmes et la Barre-de-Cosmes , ftirent desservis p« deà religieux de Fabbaye de la Roë , auxquels le bienheureux Robert avait dofnné la règle des chanoines de Saini- Augustin.

Lorsque le Pape Urbain II eut entendu le bienheureux Robert prêcher, à la dédicace de Téglise abbatiale dé Saini^Nicolas à Angers , il le constitua missionnaire apo* stolique, et lui donna le pouvoir d'annoncer la parole sainte dans tout l'univers. La charge de missionnaire apostolique était alors très-peu commune et jouissait d'une grandft coiisidération. Le bienheureux Robert accompagna le Pape pendant tout le temps de son séjour dans le Maine et le suivit jusqu'à Tours. Aprf^s le concile célébré en cette ville, il commença d'exercer avec son zèle ordinaire la commission de prédicateur apostolique dans le monastèit de la Roë et dans les lieux circonvoisins. Le fruit que jfi^ duisaient ses prédications l'engagea bientôt à se démette du titre d'abbé , pour vaquer plus librement à la pêmie divine. Menant avec lui Émery, Seinfrède et quelque» autres de ses disciples, il se mit à parcourir les villes et

(1) Biblioth. Impér., collection D. Rousseau, n©» 7539, 7540, 7864, et passim. — Ms. du cabinet de M. La Beauluère. — Ménage , Histoire de Sable , part. 1, p. 129, 135, et passim. — Acta Sanctorum^ ad diem XXIX februarii ; Baldricus, Vita beati Roberti, num. 11-15. — Gdlia ehristiana (velus), t. IV, p. 796. — Balu«e, Miscellanea , t. H , p. îl*-

— Pavillon , Vie du bienheureux Robert d^Arbrissel y p. 50 et passim.

— D. Barth. Roger, Histoire de VAnjoUy p. 214. — Voici une liste, malheureusement incomplète , des abbés de la Roë : Robert d'Arbrissel, Quentin, Aubin, Thomas en 1107; Robert en 1 180; sous cet abbé, l'église de la Roë fut solennellement dédiée par Hugues II, archevêque <fe Tours, assisté des évoques du Mans, d'Angers , de Rennes et de Sainl- Malo; Michel, Guillaume, Gautier en 1189^ Robert de MontenaKâis, Philippe Le Poulchre de La Motte- Messemé, Guy Le Clerc en 1514; Louys-Marie- Armand de Simiane de Gordes , évoque de Langres , qui y établit les religieux réformés de la congrégation de Sainte-Geneviève; Gaston-Armand Sublet de Heudicourt, nommé en 1709 à Févêché de Lisieux , mort avant d'avoir été sacré.

le» campagnes des diocèses du Mans, d'Angers, de Rennes, et des Églises les plus voisines. Telle était la force de sa parole, que bientôt les populations entières, ravies de ses discours, s'attachaient à lui et Je suivaient partout où il allait. Pour donner un asile à cette foule de néophytes qui marchaient sur ses pas, sans distinction d'âge, de sexe, de condition, Robert leur fit construire des cabanes dans la forêt de Fontevraidt, en séparant les deux sexes, au moyen d'habitations différentes, et il jeta ainsi les fondements de l'une des plus célèbres abbayes de la France. C'était en iiOO (1). Après avoir formé les deux communautés de Fontevrault, qu'il mit sous la règle de Saint-Benoît, Robert d'Arbrissel continua , comme il avait fait précédemment, d'exercer ses fonctions de chef des ermites du Maine, de la Bretagne et de tout l'ouest de la France , et de prédicateur apostolique. ïl ôommença par visiter les déserts des diocèses du Mans et d'Angers; mais il ne put rester dans ces solitudes autant de temps qu'il Tàurait désiré. Afiti de remédier avec plus de soin aux désordres qui s'étaient glissés dans les Églises de nos contrées, et surtout dans notre province, par suite des guerres qui la ravagèrent au commencement de l'épiiscopat de Hildebert, il obligea les autres chefs des solitaires dont nous avons déjà parlé, saini Vital de Mortain, le bienheureux Bernard dé Tyron et le bienheureux Raoul de la Fustaye , à quitter leurs solitudes et à le suivre, pour travailler ensemble au salut des peuples. Il leur lit part de Tautorité qu'il avait reçue du Saint-Siège, et les associa à sa mission. Ils sortirent donc de leurs forêts

(I) fiaidricus , Vifa beati Roberti de Arbrisello , num. 16-19. .— — Pavillon, Vie du bienheureux Robert d'Ârbrissel , p. 74 et suiv. — D. B<)uquet, t. Xll, p. 119, 404, 442. — D. Jean Lardier, né à Château-» Gontier lo 23 novembre 1601, reçu dans Tordre de Fontcvranlt en 1696^ a composé 6 vol. in -fol. de recherches historiques sur son ordre. Ce précieux travail est conservé aux Archives de Maine-et-Loire ; il nous fournira plusieurs renseignements pour la suite. M. Hauréau est le premier et Tunique biographe qui ait parlé de ce savant religieux. — Voir Histoire littéraire du Maine ^ t. IV, p. 39.

470 HISTOIRE DE L^ÉGLISE DU !tfAlfS.

vêtus de leurs habits d'ermites, et se mirent à parcourir les villes, les bourgs et les châteaux , tantôt réunis , tantôt séparés, annonçant partout avec beaucoup de force les vérités de l'Évangile. Par leur zèle et par la grâce qu'ils reçurent, ils devinrent comme les restaurateurs de TÉglise, surtout dans les trois provinces du Maine, de la Bretagne et de la Normandie. La licence des mœurs, l'envahissement des biens ecclésiastiques et l'oppression des pauvres étaient montés au comble dans ces trois pays (1).

Mais le mal le plus dangereux qu'ils eurent à combattre fut l'hérésie. Le sophiste Roscelin , dont la funeste doctrine allait à détruire la toi au mystère de la Trinité, avait trouvé des partisans dans dos contrées (2). Dans le Maine en particulier , les Cathares avaient encore de nombreuses ramifications, et ils se réveillèrent alors avec un grand péril pour les âmes. Toutefois, le plus fort obstacle que rencontrèrent le bienheureux Robert et ses compagnons^ fut la susceptibilité de quelques pasteurs, jaloux de l'autorité que les ermites acquéraient sur l'esprit des populations. La simonie et le concubinage des clercs, contre lesquels ils durent élever la voix, leur firent aussi de nombreux ennemis. Pour se venger, tous les adversaires de nos saints prédicateurs réunirent leurs efforts afin de ternir leur réputation et surtout celle de leur chef (3). Dans les calomnies qu'ils inventèrent contre le bienheureux Robert

(1) Pavillon , Vie du bienheurevkx Robert d*Ârbri$sel , p. 96 , 546, el pasâim.

(2) Baldricus^ Vita heati tioherti, num. 60 et 61.

(3) Les calomnies contre les mœurs du bienheureux Robert d^Arbrissel 6*appttient uniquement sur deux lettres , Tune de Marbode , évéque de Rennes, et l'autre de Geoffroy, abbé de Vendôme. Les critiques sefisé& ont plusieurs fois répondu à ces calomnies , et démontré qu'elles n'ont aucun fondement ; ne pouvant entrer dans la discussion , il nous siiffin d'indiquer quelques-unes de ces apologies: D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne , 1. 1 , col. 988 et suiv. ; Fabbé Simon , Histoire de Vendôme, t. lli; J. de Pétigny, Robert d'Arùrissel et Geofft^oy rfe Vendôme , dans la Bibliothèque de l' École des Chartes ^ 8« génie, t. V, p. 1-31.

HTLDÈBERT. 477

d^\rbrissel, on reconnaît le même esprit qui avait cherché à flétrir lès mœurs du vénérable Hildebert et du vénérable Ébrard de Saint-Calais. Les populations ne s'y laissèrent pas tromper; l'action des serviteurs de Dieu, secondée par la grâce , n'en produisit pas moins des fruits admirables de salut partout où ils portèrent leurs pas.

Le séjour de ces apôtres dans le Maine eut encore pour résultat d'obliger beaucoup de laïques à restituer au clçrgé les dîmes, oblations et autres revenus des églises pai'oissiales, dont ils s'étaient emparés. Cette usiu-patioa était devenue si commune dans le diocèse, qu'ime partie du clergé était réduite à se livrer aux travaux manuels pom* pouvoir subsister. Le bienheureux Robert procura à cette époque à son abbaye de la Roë plusieurs des paroisses que nous avons désignées plus haut. En même temps le bienheureux Raoul de la Fustaye fit donner à l'abbaye de Saint- Jouin-de-Marne, qu'il reconnaissait toujours pour sa mère, plusieurs églises paroissiales. L'abbaye poitevine jouissait déjà de divers établissements dans le diocèse du Mans, surtout dans la contrée de Mayenne , comme nous l'avons vu; mais elle posséda encore , à partir des prédications du l)ienheureu^ Raoul, la cure de Reaulieu (1), près de Laval, de Saint-Cyr-le-Gra vêlais (2), dans le même canton, et de Landivy (3), près d'Ernée. Après avoir été quelque temps des priem'és desservis par des religieux de l'abbaye de Saint- Jouin-de-Màrne, lés églises de ces paroisses furent confiées ail clergé séculier; mais la présentation des cures resta entre les mains des religieux.

Par suite des succès obtenus dans leurs courses apostoliques, nos quatre missionnaires se trouvèrent chargés de nombreuses troupes de néophytes qui voulaient vivre sous leur conduite , et refusaient de se séparer de leurs maîtres. Leur nombre était tel, qu'il devint nécessaire de les

(1) Belius locus. — La cure était estimée 1000 livres, soit %000 franes.

(2) Sanctus Cyricus.

(3) Landiveium. — E^iinéç SOO livres , soit 1600 fraqç9t

478 HISTOIRE D£ l'ÉGLISS DU MANS.

partager; Robert d'Arbrissel en choisit une partie qu'il emmena à Fontevrault (I); le bienhem-eux Raoul de la Fustaye en conduisit une autre dans la forêt de Nid-de- Merle ; il Ty sépara en ,deux monastères, selon les gexes, et leur donna un institut qui avait beaucoup de rapport l celui de Fontevrault. Le reste fut confié au bienheureux Vital de Mortain, lequel en remplit deux vastes monastères qu'il édifia, l'un dans la forêt de Savigny , pour y loger seulement les hommes , et l'autre dans une solitude près de Mortain, où il réunit les femmes et les filles. Ce dernier monastère se nomma dans la suite les Blanche&-Dames {% Quant à saint Bernard de Tyron, d'autres soins lui furent confiés à la même époque. Les communautés que formèrent alors nos saints missionnaires étaient si nombreuses , qu'à Fontevrault seul on comptait plus de quatre mille personnes (3^ Ces missions et ces fondations s'accomplirent dans le court espace de quatre à ciïiq ans, de i099 à i 104 (4). Antérieurement même à Tan 1099, et sœis l'épiscopat de Hocl , nos pieux missionnaires avaient plusieurs fois parcouru le diocèse du Mans; mais alow ils s'occupaient presque exclusivement de la conduite des solitaires. Après avoir reçu la mission apostolique d'l> bain H , ils employèrent surtout leurs soins à la réforffljB des masses et du clergé séculier. "

Les longs et fréquents rapports que Robert d'Arbrissel dut entretenir avec le diocèse du Mans , par suite de ces différentes fonctions, augmentèrent l'estime et l'affecliûn réciproques qui existaient déjà entre lui et Hildeberl. Ils s'en donnèrent de nombreuses preuves en diverses

(1) Eremburge, fille du comte Hélie de la Flèche, fut une bienfaitrice signalée de Tabbaye de Fontevrault. — Bodin, Recherches sur V Anjou, t. I , p. 271 et passim.

(2) Gallia christiana, t. XI, col. 510 et 548. — Pavillon, Vie du bienheureux Robert cTArbrissel, p. Me.—Acta Sançtorum, ad diem XX octO' bris f de sancto Serlone, p. 1010 et suiv.

(3) Pavillon, loc. cit., p. 150.

(4) Idem, p. US.

UILDËBEKT. 479

circonstances. Il s'éleva en H11 une légère contestation entre Robert et saint Guillaume, abbé de Saint-Florent de Sai^mur^ au sujet d'une terre dont la propriété était équivoque ; les deux parties convinrent de remettre la décision delà cause à trois arbitres, et choisirent HiJdebert, évêque du Mans , Pierre , évêque de Poitiers , et Renaud , évêque d'Angers. L'accord se fit à Angers , en présence du comte d'Anjou (i). On verra plus loin les lettres que Hildebert écrivit en faveur de l'abbaye de Fontevrault, dont il parait avoir été établi protecteur , au sentiment d'auteurs graves (2) , et les discours qu'il prononça dans ce célèbre monastère.

. Peu de temps après le procès dont on vient de parler , Pildebert fut désigné par le Souverain Pontife pour juger avec Raoul II, archevêque de Tours, Marbeuf , évêque de Rennes , Geoffroy , abbé de Vendôme, Bernard, abbé de Saint-Serge d'Angers, ot le bienheureux Robert d'Arbrissel, un diflérend survenu entre deux religieux qui prétendaient à l'abbaye de Saint-Aubin (3).

Les commissions dont les prélats et les Souverains Pontifes eux-mêmes honorèrent à plusieurs reprises le bienheureux Robert, ne le détournèrent jamais de la conduite des ermites. A plusieurs reprises, et jusque dans ses dernières ' années , il parcourut les forêts du Maine , de l'Anjou , de la Bretagne et de la Normandie, encourageant h zèle de ses disciples, et répandant partout la joie et la . consolation. L'une de ses* plus célèbres visites fut celle qu'il fit en l'an 1112 (4). Il constata que les solitaires avaient fait de grands progrès, et que de toutes parts on élevait de vastes monastères. Le bienheureux Raoul de la Fustaye achevait de construire dans la forêt de Nid-de- Merle , aux frais d'Alain Fergent , duc de Bretagne , une grande et célèbre abbaye dédiée à saint Sulpice , et

(i) PaviUon,p. 160et603.

(2) D. Beaugendrc.

(3) Pavillon, p. 167.

{fi) Idem, p. 169.

iSO HISTOIRE DE l'eûLISE DU MANS.

dans laquelle plusieurs princesses de Bretagne prirent lé voile (1). •

L'abbaye de Saint-Sulpice fut établie sur le même plan que Tabbaye de Fontevrault, et soumise à des constitations semblables. Il y avait là aussi deux communautés^ Tune de religieux ^ et 4'autre de religieuses y toutes deux sons la conduite d^une abbesse. Peu de temps après sa fondation^ cette abbaye envoya une colonie dans le diocèse du Hans; c'est ce qui donna origine au prieuré de Notre-Dame de la Fontaine-Saini^Martin. Par une bulle de 1146 , le Pape Eugène lîl confii*me cette fondation (2). En établissant ce nouveau cloître^ le bienheureux Raoul lui imposa les mêmes constitutions qu'à Tabbaye-mère , c'estnà-dire que ce fut un monastère double (3). Foulques le Jeune , comte d'Anjou et du Maine^ et sa femme Eremburge, fill^ de notre comte Hélie de la Flèche, en furent les fondateurs. Ils lui donnèrent, outre le. lieu même où était situé lernonastère , les droits d'usage , chauffage et paccage en ht forêt de Longaunay, soixante livres (4) de revenu , et autres dons considérables (5). Il est vraisemblable que les premiers fondateurs de ce prieuré constituèrent sa féodalité , qui comprenait la seigneurie et patronage de la paroisse de la Fontaine-Saint-Martin. La prieure, souvent qualifiée du titre d'abbesse , y exerçait haute , moyenne et basse justice. Geoffroy, fils des fondateurs, Henri H, roi d'Angleterre, Jean, duc de Normandie, Charles, comte du Maine, et Philippe de Valois sont les principaux bienfalr teurs de cette maison. On compte encore parmi les barons

(1) Gaufridus Grossus , Vita beali Bernardin Tyronensis abbatis." Pavillon , loc, cit.y p. 172. — D. Morice, Histoire de Bretagne y t.I, col. 991 .

(2) In episcopatu Genomanensi , ecclesiam sanctae Maris, quœ dicitor Fons sancti Martini, cum pertinentiis suis. — Pavillon, loc, cit., p. 570.

(3) D. Morice, Histoire de Bretagne, 1. 1 , p. 102. - Ide^^ Mémoirts pour servir de preuves à r histoire de Bretagne, 1. 1 , col. 597.— Bilard, Analyse des documents historiques , etc., n® 730.

(4) Au pouvoir actuel de l'argent , cette somme équivaut à 38790 fr. (5} Bilard, Analyse. des, documents; historiques, etc., n« 729, 780.

. URBKBËKT. 481

qui augmeotèrent les revenus de cette maison, Robert de Samt-G(3terin"(l}, Guy de Lucé et ses ancêtres , Hugues de Vernie , Philippe Le Moyne , Mahot de BraeJay et Hueit son fils, Robert de Loudon, Guy de Boussin, ainsi que Jeanne de La Bucelière , veuve de Robert de Clermont et de GeofiFroy Buret , et Agnès ,• veuve de Pierre Buret et alors femme de Hubert Potard f2.). ■"

■ La série des prieures manque : on voit Jeanne en 1180; alôrB le prieur se nommait Hei^é , ce qui prouve que le monastère était encore double à la fin du xii® siècle (3) ; puis Catherine de Rabodange., qui résigna vers i092 en favem* de sa sœur; et enfin N. de Broc y nommée piîeure en 47-46 (4).

• Au centre même du diocèse s'élevait à cette époque le ihonafstère de Notre-Dame-d'Estival, dont il a déjà été question. Le bienheureux Alleaume le construisit pour servir de retraite à cette chaste troupe de vierges qui s'était réunie autour de son ermitage de Saint-Nicolas, et vivait sous sa conduite, dispersée dans la forêt de Chai'nie. Les grandes vertus de cet anachorète avaient attiré

"^ur lui les regards de toute la contrée. Raoul FI, vicomte de Beàumont , dans le dessein de fixer ce saint homme sur

. ses. terres, lui abandonna en toute propriété et toute franchise, pour lui et pom- ses successeurs, Termitage de Saîni-Nicolas (5). En peu de temps le nombre des solitaires qui vinrent se ranger sous la discipline d' Alleaume augmenta considérablement et remplit au loin la forêt. Comme il y avait parmi ces disciples beaucoup de femmes,

(1) Robertus de Sancto Serenico,

(9) Bilard, Analyse des documents historiques y etc.,iio 729-7iS.-

(8) Idem, t6ûf., no 730.

(4) Le Gorvaisier, p. 4Î0. — Le Paige , t: I, p. 889. — Pcsche , t; ÎI , p. 445. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. ^5; — D. Briant , Cenomania, Ms.. .

(5) -Et qui beus ncscicns abesse suis, în silva mea de Carneta^ ad locuni qai dicitur sancti Nicolai, destinaTit ipsum Dèi viruui, uhi. pcr plares

annos etdies in Dci scrvitio diuiissime loboravit Charte de fondation

de V abbaye d'Estivai, apud Pavillon, foo. ci/., p. 548.

iiu 81

482 UISTOIRE D£ L'ÉGLlSlfi DU UXSiS.

il sentit la nécessité de régulariser les exei*eices.de cette pieuse réunion^ eu fondant un autre monastère. Raoul de Beaumont vint encore à son secoui^s, et considéiunt qoA l'ermitage de Saint-Nicolas était peu convenable pour Vétip blissement d'une nombreuse communauté^ il ajouta à nés premières largesses le lieu d'Estival^ qui^ selon une traditioa fabuleuse , était uuc ancienne forteresse bâtie par Gaœ^ neveu de Chorlemagne^ si célèbre dans les épopées carloviih giennes et chevaler^ues {i)- AUeaume y fit aussitôt ooastruire un monastèi*e sous le patronage de Notre-Dame (i). Ck)mme Fontevrault, Saint-Sulpice^ les Blanches-DanieS) et les autres dont nous avons parlée il suivait la règle de saint Benoit, mais avec des constitutions analogues à celles données pai' le bienheureux Robert d'Arbrissel à son grand monastère. Cette fondation est de l'an 1109 (3). Hildebert l'approuva et fit cette année môme la dédicace de l'église abbatiale. Godechilde^ religieuse du monastèredu Roncerajf à Angers, et sœm* du vicomte de Beaumont, fiit établie première abbesse (4). Sous sa conduite, et celle des supérieures qui lui succédèrent^ l'abbjaye prit de rapides développements. Le fondateur^ gar une nouvelle largesse de Tannée dlSO, accordée au nom du bienheureux AUeaume, en augmenta encore les revenus (5). Toute la famille de Beaumont se montra très-affectionnée à cette abbaye ^ dans laquelle beaucoup de membres de cette illustre maison reçurent la

(1) On distinguait encore les restes de ce Tîeux châteaa il y a pin d'années. — Cau?in , Géographie ancienne du diocèse du Aîans^ p.. 199. — Pour les divers lieux du diocèse qui portent le nom de Gane , Yoir ibidem y p. 209.

(2) Quemdam atium locuoi aquaticum, ab eodem viro perliutra-

tum, et prxvisum in prœdicta mea sylva quse dicitur Ssiival pro amote Del dedi Pavillon , ibidem,

(8) Pièces justificatives, 'n<^ LUI.

(k) Lorsque Godechildc (GoJcholde) prit Thabit auRonceray,8onpèi«, RaoQl , vicomte de Sainte-Suzanne , donna à Tabbaye les terres de Cantineum et de Faé. - Cartuiarium beatœ Mariœ Caritalis Àndegaoeiuii,

(5) Pavillon , /o^. ci^, p. 549.

HiU)£B£RT. 483

«jpulture (4). En 1Î1», Thibaud VI , comte de Rloig, fonda p^ de (Siâteau-Renaud le prieuré du fioullay, h la nomination et 80Ufi Tobéissahce de Tabbesse d'Estival. Jeanne de ^e^ne , veuve de Guy YII de Laval, donna en 1310 aux i^ligieuses^ là seigneurie de Livetren-Charnie (^), ({ui^ réunie à eelle d'Eètival et à quelques autres fiefs , compo-* Bèkt tout le domaine féodal de ce monastère (3). L'abbesse présentait aux cures d'Estival et de Livet , et aux deux prieurés de Beaulieu, dans le diocèse de Gharti^es^ et de BouUay^ au diocèse de Tours.

Les principaux bienfaiteurs de Tabbaye d'Estival furent les Papes Célestiu lU et Urbain V; les évèques du Mans Hildebert^ Guillaume de Passavant^ Hamelin^ GeolTroy Fï^lon^ Geoifroy d'Assé , Guillaume Roland; enlin ; Jes seigneurs de Beaumont , Raoul 11 , fondateur , qui fut enterré dans l'église (4),- ainsi que Raoul III et ses deox fils Rich(ird et Guillaume ; Louis^ fils du roi Jean^ et Marguerite^ comtesse de Fif. On compte encore au nombre des personnes qui ajoutèrent à la dotation de l'abbayç, Héremburge du Buret, Isope de Boçay , Foulques leiliboul, Froger de Lavardin, Guillaume de Villeroy, Robert de ^hemiré> Geoffroy de La Motte, seigneur de Joué 6t de:SaintrBrice^ et .s#n fils Guillaume^ P. duBreuil^ EbMnma, dame de Laval. , Marguerite de Sablé ^ Raoul' Leroy, Éremburge sa femme, Robert d'Estival et Claneie sa femme,. Jacques d'Avessé et im grand nombre d'autres. Dès Fannée 1197, le Pape .Gélestin . III accorda une bulle ppu* laquelle il confirma tous les biens qui avaient été donnés jusque alors pour là fondation et la dotation de

(i} Le tombeau du fondateur se yoyait dans Vune des chapeUes de réîfUse abbatiale. Il était remarquable ; et D. Montfaucon Ta fait graver dans 809 Monuments de la niûnarchie française, t. U, p. 113.'

v{t) Soitant Le Paige, la seigndtirie de Livet-en^Cbarnte fut donnée par Matbilde, dame d'Amboise et de Montricbard, épouse de Ricbard, fils de Raônl ni de Beaumont.

(3], Armoiries : Chevronné d'or et de gueules de huit pièces. Go sont les ormes du, fondateur.

(h) Pavillon, w.cii.y Preuves ^ P* A^^*

4S4 UISTOia£ DE L EGLId^ D(j MANS.

l'abbaye d'Estival; on y compte jxisqu'à dix-sept églises ou chapelles. Ces églises ou chapelles étaient primitivement des prieuiîés dépendant de Tabbaye-mère , et cek seul peut nous faire juger de son importance pendant le xii» et une partie du, xni« siècle (i). Quelques-unes de ces églises devinrent paroissiales ; la plupart furent réduites à Tétat de simples chapelles, lorsque le nombre des it)fi» gieuses fut diminué. Dans sa bulle ^ Gélestin IIl défend à toute religieuse professe de Tabbaye d'Estival^ d'en mtir sans le consentement de Bon*^abbesse^ à moins que ce ne soit pour embrasser un ordre d'une observance plus étroite. Il ' permet à ces vierges de célébrer les sainb offices pendant la durée des interdits ; toutefois j» sans sobner les cloches , et à voix basse. Enfin il leur continue le droit de sépulture en leur cloître (2).

Le monastère des hommes fondé par le bienheuieiix Alleaume occupait la place de l'ermitage de SalnlrNicolas; il ne fut jamais aussi important que l'àbbaye de Noti^ Dame d'Estival, et son existence ne fut pas d'une Melongue durée. Le saint fondateur eut la consolatioïi de voir les développements rapides que prenait la commsnauté qu'il avait établie; une partie des dons qui lui furent faits sont accordés en son nom. 'Après avoir produit de nombreux fruits de sanctification dans le diocèse du Mans, où il vécut pendant plus d'un demi-siècle, et où il laissa la réputation d'un docteur et d'un grand prédicateur , il mourut le 27 avril H52, et son corps fut enterré dans l'église de l'abbaye d'Estival (3). Ce monastère fut presque constamment gouverné par des religieuses appartenant aux plus illustres familles de la province. Après Godechikle de Beaumont , on voit Éremburge I", de la maison de Neuvillette, Basilie de Poillé, fille de Geoffroy ; Julienne, ' qui gouverna l'abbaye de 1489 à 1218 , et qui obtint la

(i) Bilnrd, Analyse des documents historiques^ etc., n» 046 (2) Ideiii,i6irf., no 484»

(8) V kal. maii obiit Adelermus doctor, et auctor sanctœ Mariœ de Charnia PavUlon, op. cit,^ Prcuvei, p.- 549.

HIEDEBERT^ 48$

bulle de Gélesim lU dotit il a été parlé; Héi*emburge II; n^trbc , vers i249; Agnès Payea, i270 à 1300 , et Héloïse de Chemiré, vers 1304. Les familles. de ces religieuses figurent parmi celles qui montrèrent le plus de générosité enyers l'aibaye (1). La suite fournira Toccasion de parler des autres abbesses de ce monastère , sm* lesquelles on a ded renseignements plus complets.

. *pepui& les troubles politiques et religieux de la fin du XVIII* siècle, Tabbaye de NotrenDame-d'Estival a été presque entièrement détruite. On a découvert alors dans un i'aveau sous la sacristie de Téglise sept tombeaux eii pien^y sur lesquels étaient sculptées les statues en pied des personnages dont ils renlermaient les corps. C'étaient vraisemblablement les sépultures des seigneurs de BeaunkHït-le-Yicomte , fondateurs et principaux bienfaiteurs. Ce qui subsiste encore de Téglise abbatiale, c'est-â-dire là partie droite du transept, atteste la magnificence avec laquelle cet édifice fut consti'uit ; on y voit dés fenêti»es: byzantines avec leurs archivoltes , des colonnes monoeylindriques qui n'ont aux chapiteaux pour tout ornement que de grotesques serpents entrelacés. Les restes du mona- &\èaee lui-même, qui couvrent encore un vaste espace, semblent annoncer quHl fut reconstruit au xvii* siècle.

.l^endantque le sanctuaire d'Estival s'élevait. avec une bénédiction si visible du Ciel, le bienheureux Robert d'Arbrissel approchait du terme de sa carrière. 11 se sentit, néanmoins poussé par son zèle à pai'courir encore une fois le diocèse du Mans. 11 fit ce voyage en la compagnie de la bienheureuse Pétronille et de. la sœur Agnès, qui ne

(1) Le Conraisîer, p. 419. — D. Bondonnet , p. 4B7. — D. Colomb , p. 170. — Le Paige , 1. 1, p. 804. -*- Pcsche, t. Il, p. Î6Î. — D. Morice, Histoire de Bretagne , t. I, col. 991. — Idem, Vies des Saints de Bretagne > t. IT , p. 868. — Le P. Longueval ,. Histoire de l'Église gaiiicianei Hv. XXIU, à Tan 1109. — Guillois, Vies des Saints du Maine, 91 avril. — Bilard, Analyse des documents historiques, etc., n» 683 à 704. -^ Maucourt de Bourjoly, Histoire des seigneurs de Inval, Ms., t. 1, p. f si.

488 HISTOIRE 1)1^ r/éausE du mans.

f^igneur^ ^^.y souffrit quelque temps; mais comme il aimait passionnément la chasse , il craignit que ces Solitaires ne dégradassent sa forêt ^ et préféra leur abandoiir ner celle de Savigny, au diocèse d'Avrauches^ et sur la frontière du Maine. Ce fut là que Vital se fixa, et qu'il jeta les fondements du monastère de Savigny, en Tan 1405 (i). Cette abbaye obtint un succès extraordinaire^ et les barons manceaux furent au nombre de ses principaux bienfidteurs, comme la suite le fera voir. Ainsi les seigneurs de Landivy, qui l'enrichirent de leurs libéralités^ avaifflit leurs tombeaux dans la chapelle de Sainte-Catherine, arec lem*3 armes (2). Raoul [^ de La Hautonnière fut rtin dés principaux bienfaitem*s de Tabbaye de Savigny.; HobeH et Raoul If , .ses descendants > imitèrent sa générosité (3). Les seigneurs de Mayenne ne favorisèrent pas moins les religieux de Savigny (4) ; et Ton peut diife que jusqu'au X\^ siècle cette maison , avec celles de Marmoutier et du HontrSailit-Michel, exerça la plus gra.nde influence sur tout le Bas-Maine.

Comme le bienheureux Vital avait un talent remarqpaUc pour la parole, et un zèle admirable, il prêchait souvent, rt avec une entière liberté /reprenant les vices sans ménager personne. La vie pénitente et austère qu'il menait donnait un nouveau poids ù ses prédications; et il s'attira également l'estime et la vénération des peuples , des princes, des rois, des prélats et des Papes. On voit quel cas Callixte II faisait de cet homme apostolique, par une lettre qu'il écrivit en sa faveur aux évêques d'Avranches et du MsBQS , au comte de Mortain et aux seigneurs de Fougères , de Mayenne et de Saint-Hilaire (5).

(1) Acta Sanctorum^ad diem XX octobriSy de sancio Serlone^ p. 1010, H* 11 et seq.

(2) LePaige, t. I, p. 459

(3) fbidem.p.US.

(4) Ce fut Gauthier de Mayenne qui fonda le prieuré de Desertînes.-* Tid. Pièces justificatives , n<> Liy.

((5) D. Martène, Ampliss. collect.y t. I, col. 659. — Cfr. Acta Sançto* rttw, ad diem XXocfoMs, de sancfo Serione , n» 3Î.

Ce même Pontife ayant entendu Vital prêcher dans le ODncile de Reims en iilO.^aveô^cette forée et cette indépendante qui lui étaient propres, déclara que personne jusqu^à ce jour ne lui avait si bien représenté lés devoirs du Souverain Pontificat. Le zèle du bienheureux Vital ne se renferma pas dans. les limites de la France^ il passa en Angleterre en Tan I lâO, et y prêcha avec un succès éton-* nant. Quoique ses discours fussent en langue romane , ou en français du temps, ceux mêmes qui nel- entendaient pas en étaient touchés (1). En 1118 ou H19ie roi d'Angletterre Henri 1«' lui donna le prieurédeDompierre(2), sur ' la paroisse de Mantilly (3) y dans le Passais ^ avec six cents arpents de terre et Tétang de Morette^l-un des plus beaux du diocèse (4). Vital y établit une cohiBfiunauté importante ; il aimait à s'y retirer souvent. Il se trouvait dans ce prieuré en H22, lorsqu'il fut atteint de k maladie dont il mourut. Il conserva Tamour des saintes observaiices jusqu'au dernier soupir. Après avoir reçu les sacrements, il se trouva le premier au chœur pour chanter matines^ et expira dans cet exercice, le 16 ou le 24 septembre (5). Il se^ fit plusieurs miracles pendant les ti*ois jours que son corps demeura exposé à la vénération du peuple. Les reH- ^eux donnèrent aussitôt avis de sa mort aux plus célèbres "Ëglises de France et d'Angleterre, dont ils reçurent dès réponses remplies deTélpge du saint abbé. Sa vie fut écrite par Etienne, évêque de Rennes (6). Cependant le corps

(1) D. Mabiilon, Annales 0. S. B., lib. LXX, num. 95.

(3) M^rdilioGus, . (4) GaiÏÏebotte , Essai Historique sur Dorhfl^ont

(5) Pagfi , ad ann. 1117, n*» 27,

(6) Orderic Vital, Historia ecclesiastica, lib. Vlll, p. 715.— i^eiw^iô piû, p. 676 et seq. — D; Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LXVIII, no 67 ; lib. h\Xj 11095, ctpassim. ^ D. Martène, Amplîss, collect,^ t. VI, Pfsefat., n« 60. — Chronicon Saviniacense , apudBnluze, Miscellaneàf l. II, p. 310. — . D. Bouquet, t. XII, p. 781. — Acta Sanctorum ad diem VII Januarii, de sàncto Vitali. — Bucelin, Menolvgium benedictinunt^ ad diem VII januarii. — Gallin christiana, t. XI, coK 548. — t). Rivet ^

i9Q HISTOIRE DE L^ÉGLISE DU MANS.

du bienheureux Vital ne fut pds enseveli au prieuré de Dompierre de Mantilly ; on le tratisporta dans l'abbaye de Savigny. Mais si le prieuré fondé par Henri I*' n'eut pas le bonbeur de conserver les préeieuses dépouilles du ser^ viteur de Dieu » il eut dans la suite la gloire de donner un martyr à TÉglise. On se rappelle que c'était ausei dans cette paroisse de Mantilly qu'était mort saint Guillaume Firraat (1). Quant au prieuré de Dompierre , premiàie fille de Savigny , il fut ruiné dans les guerres de religion, et à la fin il avait été cédé à l'abbaye de Manùoutier (2). Oo a. remarqué que les Manceauxse montrèrent jusqu'à 11 fin du xvHi* siècle les plus fervents dans le culte de saint Vital (3).

Pour le bienbeui*eux Raoul de la Fustaye^ il maorot le 16 août 1129 ^ dans le monastère de Saint-Sulpice^ qu'il avait fondé. 11 fut aui»si l'instituteur des monastères.deLoomai'ia (4)^ de Fougereuse (5) y et de plusieurs autres (6)* La vie de ce saint personnage n'a pas été écrite par de» contemporains^ ou elle est demeurée inconnue jusqu'à oe jour(7).

D'autres serviteurs de Dieu s'associèrent aux travatudd Robert d'Arbrissel, de Bernard de ïyron et de Raoul de la Fustaye; les plus célèbres furent le bienheureux Robert

Histoire littéraire de la France , t. X , p. 83Î. — CailleboUe , Essai historique sur Dom front. — <3uillois , Vies des Saints du Maine^ t. III, p. 57. - D. Moricc, Histoire de Bretagne, t. I , col. 990.

(i) Acta Sanctorum , ad diem XXIV apriiis y de sancto Guillelmo Firmato, nura. 1 et 2.

(2) Ce prieure était estimé, en 1777, 250 livres, soit 500 francs*

(3) Gallia christiana, t. XI, col. 511 B.

(4) Locus Mariœ. — (5) Fulgerosia,

(6) D. MoriCe , Mémoires pour servir à l'histoire de Bretagne , U I , col. 390.

(7) D. Lobineau,rie« des Saints de Bretagne, 1. 11, p. 367. — D. Morice, Histoire de Bretagne , 1. 1 , col. 991 , et passim. — Pavillon , op, cii.^ p, 561. — Souchct, Observations sur la vie de saint Bernard de Tyrou^ p. 187 et 681, — Acta Sanctorum, ad diem XXV februar.ii^ de beato Roberlo Arbrissello , iiuiD. 33. —DuBoulay, Historia Universitatis Pam/<?wm, t. ï , p. 634.

HODEBERT/ i9l

de LooRenan , qui fut élevé sur la chaire épiscopale de Cornouailies; le bienheureux Salomon, qui fonda Tabbaye de Nid-d'Oyseau, au diocèse* d'Angers; les bienheureux Hervé, Renaud, André et Angelgère, qui furent auteurs de quatre petites congrégations ; et enfin le bienheureux éiraud de Sales , qui établit grand nombre de monastères djins la Guyenne , le Périgord et le Poitou (1). Longtemps ^gffès-QïLe ces illustres solitaires , auxquels le diocèse du Hans doit u^ie si juste "reconnaissance , eurent reçu de Pieu la i^éôompense de leurs travaux , notre Église contitilla d^ètre édifiée par leurs disciples. Les traditions de la vîè éréiriitique ée conservèrent dans les forêts de Charnie, de Concise, de Lonlay , sur les bords de la Sarthe , de la Mayenne , de TErve , du Loir , et dans la plupart des lieux que la cfultufe n'avait pas encore atteints.

• (1) Pavillon, loc. cit.^ p. 44/Get historien (p. 172) range le bienheureux Renaud ou Regnaud , fondateur de Tabbaye de Méllnais , parmi les disciples du bienheureux Robert d'Arbrissel ; mais les traditions de notre iaifs le fout Tlffo prèi d*iui siècle plus tard.

492 HISTOIRE nS LÉOltOB no MANS.

SUITl DE L^iPISCOPAT DE HILDSBERT.

Hildebert se rend à Borne en 1107. — Il pûrcoart TlUlie et reçiÂi dei dons pour son Église. — Il sollicite la permission de se démettre de ré?êché et d*embrasser la vie monastique. — Son séjour à Tabbaye dé Lérins. — Désordres causés au Mans par Thérésiarque Henri et sèk disciples. — Idée de la prédication de H[ildebert. — Usage de la pénitence publique conservé dans le diocèse du Mans. -^ Autres pointfde discipline particuliers. à notre Église. — Hildebert précbe en d*antisi cités. — Solennité du dimanche des Rameaux au Mans et dans le diocèse. — Hildebert travaille à empêcher Télection de Raynaud de Mirtigné, choisi pour Tévéché d'Angers. — Discussion entre Hildebert eC Geoffroy de Vendôme. — Relations d*Hildebert avec saint AaseloMy saint Bernard , Guillaume de Ghampeaux , saint Yves de Cbarireflf Henri 1", roi d'Angleterre , et plusieurs autres grands personnages. — Hildebert écrit les vies de sainte B'adégonde et de saint Hugnes. — Su soumission envers le Saint-Siège.

Le désir de présenter sous un seul coup d^œil le tableaii des travaux entrepris par les solitaires qui , sous Tépiscopat de Hildebert, édifièrent l'Église du Mans, nous a contraint d'empiéter un peu sur Tordre des temps; il faut maintenant y rentrer. Après avoir travaillé durant plusieurs années à remédier aux maux de son diocèse, et à amasser dans son épargne de quoi fournir aux frais d'un long voyage, Hildebert partit pour Rome en 1107 (1). U y avait longtemps qu'il désiiait entreprendre ce pèlerinage ; cependant il ne se rendait pas dans la ville sainte uniquement pour vénérer les tombeaux des Apôtres ; il voulait aussi supplier le Pape de le décharger du fardeau de Tépiscopat, et de lui permettre de se consacrer à la vie

(1) Baronius, D. Beaugendrc, D. Rivet placent le voyage du vénérable Hildebert à Rome en M 07. Pagi le met en 1101. Loyauté , ^^appuyant sur les Gesta episcop. Cenom.y le place en 11 17. Mais Hildebert vit saint Hugues à Gluny avant son départ , et le grand abbé inourut en 1109; ce qui oblige à mettre le voyage de notre cvêque en 1107.

BILDEBERT. 493

xnonastique, comme il l'avait désiré depuis longtemps. Dans son humilité, Hildebértse persuadait que les persécutions essuyées par FÉglise du Mans depuis son gouvernement étaient attachées A sa personne (1). En traversant la Boiffgogne , il se rendit à l'abbaye de Gluny , pour y recommander le succès de son voyage aux prières des religieux et de Tabbé saint Hugues. Mais pendant qu'il se dirigeait vers Rome , le Souverain Pontife se rendait en France par une autre route; il venait présider le concile d€Troyes(2).

N'ayant pas rencontré le Pape à Rome , Hildebert parcourut l'Italie , afin d'y recueillir des secoiu^ pour son Église. Il fut bien accueilli à Naples par le duc de la Poûille (3) ; ayant ensuite passé le détroit de Messine , il fut reçu avec les marques du pluB profond respect par le comte Roger , fils de Robert Guiscard , comte de Sicile , et par tous les évoques et les grands de cette île. Déjà le culte de saint Julien notre premier apôtre était établi dans jce royamne; le comte Roger voulut donner Une marque éclatante de la piété qu'il avait pour ce pontife ; à cet effet ^ il remit à Hildebert trois cents livres d'un encens très-précieux préparé de ses propres mains, une graniie quantité de baume et de parfums, cinq ornements ecclésiastiques d'un grand prix „ des burettes d'argent doré et Im encensoir en argent d'un travail admirable. Le comte Roger donna encore c^nt onces d'or pour les réparations de l'église de Saint^Julien, et pour la mense des chanoines uûe rente de dix livres /monnaie du Mans (4).

(i) Lib. III, epist. vu.

(S) D. Beaugéndre , Vita venerabilis HitdeberH,

(8) XVI kal. Augùstij obiit Robertus Guiscardus, dox Apuliœ ; pro ciyiis anims remedio» Rogerius filius,- dax Apuilae, per Udebertum epi<scopiim , varia munera de Apnlia transmisit. Martyrologium capittUi Cenom.y Ms.

(4) Au pouvoir actuel de rargeoty cette somme équivaut à 11264 fr.~ vX Ical. juUi obiit Rogerius, cornes Siciliœ, qui ad faeieudumopus ecclesife JiiMti ifBàïani G uocias auri^ et capoDicis X iibras CeooipapMIsis monete^

qui' avait été lui-méfme arraché aux paisible^ travaux' du cloître pour être élevé au suprême pontificat^ n^acquieeça pas aux vœux de notre évèque. Hildebert se hâta donc de revenir dans son diocèse. Le voyage fiit accompagné de beaucoup de périls; on tendit plusieurs.fois des [Héges au prélat pour lui ravir les objets précieux dont il étiit chargé. Le vaisseau qu'il montait fut aussi accueilli de tempêtes dans lesquelles il courut les plus grands dangen.

Mais le séjour que Hildebert fit dans Tabbaye de Lérins faillit lui devenir fatal. Après y avoir demeuré quelque temps, il venait de quitter cette lie, le matin même du jour de la Pentecôte, lorsque des pirates, ennemis du nom chrétien, y firent une invasion. Ils renversèrent k monastère presque tout entier, et firent un massacre général de tous les moines qu'ils purent saisir. Un petit nombre de ces religieux se sauva en se cachant dans les trous de la. terre, et dans une tour dont les barbares ne purent s'emparer. Hildebert fut témoin de ces désastres, et il attribua aux prières des rdigieux de Cluny et de leur saint abbé le booheur qu'U eut d'échapper à un danger si immir nent. Dès qu'il fut rentré au Mans, il s'empressa d'écrire à saint Hugues pour le remercier de la protection qu'il lui avait accordée. Il lui rapporte tous les efforts qu'il a tentés auprès du Souverain Pontife pour obtenir la permission de se retirer à Cluny, et lui recommande Geoffroy de Mayenne, (jui venait d'abdiquer le siège épiscopal d'Angers pour se faire religieux dans cette abbaye (1).

De retour dans le Maine , Hildebert distribua les trésors qu'il avait reçus au delà des Alpes entre les églises les plus nécessiteuses du diocèse; il en réserva ime partie considérable pour relever les ruines de l'église cathédrale , et construire un nouveau palais épiscopal. La demeure des évèques était située à l'occident de l'église Saint-Julien,

(1) Lib. III, epist. vu. — Les historiens de TÉglise, de Tordre^e Saint- Benoit et de la Provence, toni remarquer que la lettre de Hildebert qui Tient d'être analysée, est le seul document qui fasse connaître les rayages subis à ce^ époque par Tile de hètmSf

il la transporta à Terient , et il H fit bâtir près de Tëglise du Saint-Sauyeur , dans un local qu'occupait autrefois la cour de Tévêque Gervais. Le domaine d'Yvré-rÉAiéque fut aussi agrandi par des acquisitions nouvelles 9 et un palais y fut construit (1).

Hildebert trouva à son retour de nouveaux désordres, auxquels il avait lionne lui-même occasion , par la trop grande facilité avec laquelle il avait permis à Henri, disciple de Pierre de Bruys , de prêcher dans son diocèse. Il y avait environ cent ans que les cathares avaient fait leurs premières tentatives pour implanter leurs erreurs dans notre pays; une prompte et énergique répression avait conti'aint ces h^^rétiques de rentrer dans l'ombre. Vers la Im du x« siècle, Thérésie se montrait, comme un nuage chargé de la foudre, au nord et au midi. A Paris, Abailard; à Bresse, son disciple ArnauM; en Flandi'e, Tanchelrn; dans la Bretagne Armorique , Eudes Ck)ulon , surnommé l'Enragé; en Provence , Pierre de Bruys; dans le Maine, puis dans l'Aquitaine , Henri et ses apôtres xPen-eiu*. Tous élevaient la voix contre Rome. Déjà l'abeille de la France avait silflé à l'abeille d'Italie, dit saitit Bernard (2); le signal de la guerre était donné. Oh attaquait le baptême des enfants , le purgatoire, la présence réelle. Sans s entendre sur un symbole commun , tous s'unissaient poui* attaquer l'Église. En effet, on a souvent confondu Pierre de Bruys et son disciple Henri avec les cathares; c'est une erreur réfutée par l'histoire et par la comparaison des doctrines. Ce qui est possible , ce qui est très-probable, au moins pour le Maine, c'est que le levain d'eiTeur déposé dans les masses parles cathares, et l'opposition que des fausses doctrines entretenaient contre le clergé cathoiîque j servirent de prétexte et d'occasion à la prédication de Pierre et de Henri. Mais ceux-ci connaissant mieux

(1) D. Mabiilon^ Vetera anûlecta, t. UI, p. 310.

(S) Sibilavit apis , quae erat in Francia , api de Italia Sanctus Bfir-

nardus , Epist. cxcix.

ni. 82

198 uisToïKË D£ l'Église du mans.

rÉcriture sainte, et ayant, comme disciples d'Abaiiard, uo esprit plus réellement philosophique, avaient recoqnu sans doute l'inconséquence du dualisme. Hs se bonnaient

combattre les prérogatives du Siège Apostolique*, la hk rarchie de l'Église, et affectaient de s'appuyer uniquement sur la Bible. Us ne niaient la vertu du baptême que pour les enfants, ne rejetaient pas le mariage et pennetr taient l'usage des viandes : différences essentielles entre leur doctrine et celle des cathares. Pierre de Bruys cornîmença à prêcher vers l'an 4106; mais déjà quelques années avant les premières prédications de cet imposteur, vers 1101 , les cathares étaient si nombreux dans TAgénois, et professaient si hautement leur duahsme, que Raoul Ardent, prédicateur de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, dut s'élever publiquement contre eux (1). Robert d'Arbri^^ sel, appelé à Toiilouse par Tévêque Amélius en 1114, ae rendit également à Agen , et par sa puissante éloquence réussit k ramener plusieurs hérétiques de leurs errairs^î). Cependant le Midi fut bientôt tout en feu , et ce que ron remarque , c'est que les seigneurs licencieux , les magistrats et les bourgeois fiers de leurs Ubartés municipales, témoignaient de jour en jour moins de disposition à se soumettre à l'autorité de l'Église ; ils se soulevèrent môme en armes contre les prélats , pour soutenir les hérétiques (3).

Instruit de l'état des esprits dans le Maine , par les correspondances secrètes que se transmettaient sans cesse d'un bout de l'Europe à l'autre tous les rameaux de l'association cathare, Pierre de Bruys y envoya, comme on vient de le rapporter, son disciple Henri pour implanter sa doctrine dans ce pays , en même temps qu'il s'efforçait

(1) D'Argentré, Collectiojudidorum de noms errorilms, 1. 1, p. I.

(2) Clypeus nascentis Fontebraldensis ordinis, t. I, p. 147.

. (3) Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares, 1. 1, p. 37 et suiv. — Voir, sur les doclrines d'Arnauld de Bresse , de Pierre de Bruys et de Henri, uae savante dissertation du (laron d'Eckstein, dans le Catholique, t. IX, p. 394-531.

IlILDEBERT. 499

d'établir ses laux dogmes dans le Midi. L'opposition qui depuis Tépiscopat de Hoël s'était manifestée contre les prélats, et les troubles de la guerre préparaient à de nouvelles émotions; les sectaires pouvaient donc s'attendre à quelque succès dans leurs funestes desseins. Henri était originaire de Lausanne suivant les uns (1) , suivant d'autres il était né à Toulouse (2). Lorsqu'il se présenta au Mans pour y annoncer sa doctrine , il n'était pas encore connu pour un apôtre dé l'erreur (3) : car il sortait de la retraite où il s'était imbu des dogmes pervers des hérétiques; et Tévêque Hildebert se laissa surprendre à ses démarches feintes et à ses déguisements hypocrites (4). Henri était encore jeune > 4^une taille élevée ; il portait les cheveux noués et la barbe longue; quand il pi*êchait, sa voix avait un accent terrible, et ranimation de ses yeux, de son visage, produisait les effets les plus étonnants. Simple dans ses vêtements, acceptant un asile dans toutes les maisons qui s'ouvraient pour le >rece voir, il marchait nu-pieds sur la terre couverte de frimas. Il affectait en tout la plus grande austérité; mais, sous cet extérieur de mortification, il cachait les plus honteux dérèglements , comme la suite le fit voir (5). Pour inspirer une plus grande confiance aux masses, Henri et ses disciples se couvrirent de l'habit monastique, et ils cherchèrent, à se faire passer pour quelques-uns de ces saints ermites qui remplissaient alors les forêts du Maine. L'hérésiarque envoya d'abord devant lui deux de ses émissaires, qui commencèrent à prévenir le peuple et surtout les habitants des faubourgs. Pour tromper plus

(i) Ber. LuUenbûurg, Catahgus hœreticorum omnium. — J). Briant» Cenomania.

(2) Prateolus , Elenchus hœreticorum,

(8) Per idem fére tempus in adjacentium finibus regiouum surroxit quidam bypocrita Vetera analecta, t. III ,^ p. SI 3.

(4) D, Mabillon, De henricianis, aliisque hcpretids a Bernardo repres» sis, dans sa Préface générale des œuvres de saint Bernard , § vi.

(•] Matrones etiain atque impubères pueri (nam utriusque sexus ukêbatur lenocinio) pro varia ^ce huic accedentes , excessus sues profitentur... Vetera analecta, t. lll, p. 313.

500 HISTOIRE DE l'ÉOLISE DU MANS.

sùremeut ieè masses , ils arrivèrent au oommencement du carèiue , portant au bout de leurs bâtons des croix de fer, eux qui enseignaient à leurs adeptes à démolir les églises et à détruire les croix (i). Tl vint ensuite lui-même et obtint de Hildebert , qui se préparait à partir pour l'Italie^ la permission de prêcher dans le diocèse. La foule entoura bientôt cet homme, dont les dehors inspiraient autant de confiance que sa parole enthousiaste excitait d'applaudissements.

Lorsque les émissaires de l'erreur se furent assurés de Tascendant dont ils jouissaient ^ ils commencèrent à débiter leur doctrine. Ils enseignèrent que le baptême ne servait de rien aux enfants; que les adultes ne tiraient aucun avantage de leurs bonnes œuvres ; qu'il ne fallait point bètir d'églises, mais renverser les anciennes; que le culte et l'invocation des Saints étaient superflus; qu'on ne devait point chanter de psaumes ni d'hymnes dans les assemblées des fidèles ; qu'il fallait fouler aux pieds les images et les reliques des Saints, et bris^ les croix. Us syoutaient encore d'autres erreurs répandues autrefois par Vigilance et quelques anciens hérétiques. Tels étaient les dogmes qu'ils enseignaient publiquement ; mais ils avaient une doctrine secrète pom* les initiés , où l'extravagance et l'impiété éttiieut poussées beaucoup plus loin. Toutes les folies rêvées par le gnosticisme figuraient dans leur symbole , même les plus monstrueuses , comme la communauté des biens et des femmes. Dans les assemblées que Henri tint au Mans , surtout dans les deux faubom'gs de Saint-Vincent et de Saint-Germain, les femmes initiées à ses infâmes mystères brûlèrent leurs vêtements , et parurent aux assemblées de la secte dans un état complet de nudité. Les affreuses débauches inventées par les hérétiques, et reprochées par les païens aux premiers chrétiens,

(1) Gerebant ex doctoris coasuetudine baculos, vexillum cnicis in quorum verttce ferro fabricatum erai infiiom... Veiera analecta, t. III, p. 813 et 814.

fureiat prêchées et pratiquées dans ces conciliabules. Les choses furent poussées si loin, et le nombre des victimes de Terreur devint si grand , que ces malheureux cessèrent de rechercher les ténèbres pour couvrir leurs infamies, et osèrent les étafer au grand jour (i).

Ces honteuses saturnales ne soulevaient pas l'indignatton du peuple du Mans , dont Henri avait trouvé moyen de capter la faveur. Pour parvenir plus sûrement à son but , il se mit à prêcher publiquement le nivellement de toutes les conditions , doctrine déjà répandue à cette époque par les millénaires, les gnostiques et lesmaniehéens (2). Gagnant toujours du terrain, les hérétiques parvinrent à exciter une telle tempête contre le clergé, que la vie des prêtres fut menacée. A plusieurs reprises, la foule séduite se rua sur leurs mai^ns et sur leurs biens , et tout fut livré au pillage. Non contents de ces excès , les fanatiques avaient résolu de lapider tous les ecclésiastiques , et de les suspendre ensuite au gibet (3). Le comte et les magistrats comprirent enfin que leur autorité , aussi bien que celle de l'Église , edlait être compromise , et que les novateurs ne pouvaient être contenus que par la foi'ce. En même temps, trois clercs de la ville du Mans, Hugues d'Oisseau, Guillaume Boitvin (4) etTayen Aldric, formèrent Tentreprise courageuse de renverser Tidole populaire; ils se présentèrent un jour pour entrer en conférence publique'avec Henri; mais le peuple se jeta sur eux, ils furent cruellement frappés et traînés dans la boue. Ils durent leur salut, moins à une fuite rapide, qu'aux soldats du comte Hélie.

Le chapitre de la cathédrale r^ondit à toutes ces violences par une sentence d'excommunication. Le chanoine Guillaume La Mouche eut le courage d'aller notifier TMiathème en présence de Henri et de ses principaux adeptes,

(1) Vetera amlecta, t. III, p. 516 et 817.— D. Bouquet, t. XIT, p. 547.

(2) D'Eckstein, loc, cit., p. 406.

(8) Vetera amlecta , t. IIl, p. B14.

(4) Guillelmus qui non bibii aqnam,

502 HISTOIRE DE l'kGUSB DU MANS.

Mais il n'eût jamais pu se faire entendre^ et sa généreuse fermeté n'eût remporté (l'autre prix qu'un horrible supplice j s'il n'eût été protégé par l'un des principaux officiers du Icomte Hélie. Cette force militaire n'empêcha pas la foule de faire entendre des menaces terribles pendant toute la lecture de la sentence. Quant à Henri , il ne tint aucun compte de l'arrêt ecclésiastique. A toutes les accusations énoncées dans la lettre du chapitre y il ne répondit que par ces mots dédaigneusement adressés au chanoine Guillaume La Mouche : a Tu mens; » et il n'en continua pas moins de prêcher pubUquement dans les quartiers de Saint-Germain et de Saint-Vincent (1) .

L'hérésiarque fut encore assez longtemps arbitre souverain de la ville; et si le comte Hélie ^ qui ne se faisait plus d'illusion sur le but de ses prédications^ ne le bannit pas du territoire, c'est qu'il craignit de soulever les masses , en employant la force. Fanatisée par ce prophète de mensonge , la populace lui apportait tout ce qu'elle pouvait posséder, et venait le déposer à ses pieda; le plus souvent Henri aifectait un grand mépris pom* ces dons et ne voulait pas même les toucher , content de l'empire absolu qu'il avait usurpé sur les âme». A sofn instigation, le peuple ne voyait plus dans le clergé séculier que des publicains et des idolâtres, et ne voulait plus avoir aucun coramerce avec ses prêtres. « Que de maux l'hérétique a faits et fait encore chaque jour dans l'Église de Dieu ! s'écrie à cette époque saint Bernard; les temples n'ont plus de fidèles, les peuples n'ont plus de prêtres , les prêtres n'obtiennent plus le respect qui leur est dû; pour tout dire, les chrétiens n'ont plus de Chi'ist (2). »

Ces désordres régnèrent longtemps, et ne cessèrent qu'an moment où Hildebert rentra dans le diocèse , à son retour d'Italie. Dès que l'hérésiarque fut instruit de l'arrivée du prélat , il quitta la ville du Mans et se dirigea vers

(t) Vetcm analectn, t. III , p. 316. — D. Bouquet, Iqq. cit. (2) Bernardus, E^mf, ccxli.

UILBEBfiRT. 303

Saint -^.Calais y où il recommença à dogmatiser. Pendant œ temps-là y Hildebert faisait son entrée dans la cité; un nombreux cortège de clercs marchait à sa suite^ et le peuple s^était rassemblé selon la coutume. Mais lorsque^ suivant Tusage , le pieux évêque étendit la main poiu* donner la bénédiction pastorale , des imprécations violentes se firent étendre contre les calojnniateurs du céleste envoyé^ et contre le prélat lui-même, qui Tavait d'abord si favorablement accueilli. « Nous ne voulons pas, lui disait le peuple^ de ta bénédiction; bénis, s'il te plait, sanctifie cette vile poussière; pour nous, nous avons notre père, notice pontife, notre avocat, qui est au-dessus de toi par sa puissance, par ses moeurs, par son savoir ! » Dieu vengea aussitôt son ministre outragé : un incendie éclata au même iastant dans les faubourgs de la ville, là même oti Terrexu* s'était établie; et une partie considérable de ces quartiers fut soudainement réduite en cendres. Cette terrible leçon ne suffit pas néanmoins pour ouvrir les yeux d'un peuple séduit (1). Hildebert employa toutes ses ressources poxu* ramener eeux que l'erreur avait entraînés; mais il comprit que le meilleur moyen de déjouer les trames de l'ennemi de la vérité > était de la oonfcndre lui-même publiquement. , Peu de JQiars ajn^ès «ou retour au Mans, le prélat se rendit à Saint-Cl^Jais au-devant de l'agitateur, voulant œtrer en conférence publique avec lui, et . le démasquer aux yeux de ses adeptes. Il y réussit d'une manière fort ingénieuse : il lui demanda à quel ordi*e hiérarchique il avait été promu; Henri répondit qu'il était diacre. L'évêque voulut savoir s'il avait assisté ce jour -là aux saints mystères^ et sur sa réponse négative , il lui proposa de réciter avec lui les psalmodies du matin; mais l'hérétique fut contraint d'avouer qu'il ne les savait pas par cœur. Afin de le pousser à bout, Hildebert commença à réciter les psaumes de l'ofiBce de la sainte Vierge, et rignorance que Heiiri laissa paraître encore sur cet article,

(1) Vetera analecta, t. HI, p. 318. — D. Bouquet , îoc. cit.

ftÔi HlSTOtAË D£ L*iGUSÈ DO MANâ.

le couvrît de confusion aux yeux dé tout le monde (i). Tou? les clercs h cette époque , et surtout ceux qui étaient enrôlés dans la milice monastique^ devaient avant tout posséder de mémoire le psautier tout entier; et, par cet innocent stratagème, Hildebert avait pu faire comprendre atout le monde que Henri usurpait à tort la qualité de diacre et celle de moine. Convaincu de mensonge et dHgnorance, en présence d'une nombreuse assemblée, rimposteur s'enfuit hoi*s du diocèse. Le plus difficile restait à faire; il s'agissait de ramener le peuple que l'hérétique avait trompé par ses artifices, ses déguisements hypocrites et ses promesses décevantes. Après l'exil de Henri, un siècle même après sa mort, on comptait encore aii Mans plus d'un défenseur de ses opinions et de sa personne ; on leur donna le nom de henriciens (2). Hildebert entc>ependant la consolation de faire rentrer au sein de l'Église un assez grand nombre de ceux cjui s'étaient laissé séduire. Parmi eux étaient deux clercs nommés Cyprien et Pierre. Après s'être assuré de la sincérité de leur conversion , l'évêque en donna avis à tous les archevêques et évêques par une lettre circulaire, dans laquett il xÉeommande les deux coupables repentants à l'inétb^eiièe des prélats, avec une tendresse paternelle (3). Ce qui contribua beaucoup à ramener une partie de ceux qui étaient tombés, ce furent les mf^urs infâmes , les vols, les crimes de toute nature dont l'hérésiarque et ses disciples furent convaincus. Les malheureuses victimes de ces imposteurs, revenues à des sentiments plus chrétiens , et libres de la

l\) Vetera amlecto, t. III, p. 319. ~ D. Bouquet, t. Xlï , p. 547.

(2) Vetera analecta, loc. cit.

(3) Praesentiutn latores, Gyprianus scilicctet Petrus sccuti quidem

pseiidoproplictam Henricusis erat, roagnus diaboli laqucus , et celé-

bris armiger Antichristi. Huic et habitu rcligiooem et vérbis litteratoram simolanti tamdin praescripti fratresadhncserunt, donec eis et turpitiido in vita, et error innotuit in doctrina... . ad nos transierunt, cujus diœce« sim pestis ca sic infecerat, ut renilens ei clerus vix intra parietes Ecclesis suam tueretur libertatem. Post muUas autem tribulationes , serpens ille crepuil flpud nos Yen. Hildebertî opéra, lib. H, epist. x«iv, col. t19.

fascination qii^ils avaient exercée sur elle& , e^tvisageaient enfin rabime dans lequel elles s'étaient précipitées, et faisaient Taveu public de leur faute (4).

Ainsi Henri fut contraint de s'enfuir chargé de la malédiction presque universelle. Il répandit ses erreurs dans d'autres diocèseô ; ceux de Poitiers, de Bordeaux et autres dans le midi de la France , furent visités par lui et par les missionnaires de ses infâmes doctrines. C'est vers la Pentecôte de Tannée 1408 qu'il avait été contraint de s'enfuir du Maine , où il avait triomphé durant près <le quiatorze mois ; dix ans plus tard , il se trouvait en Pro* Tence , poursuivant ses projets contre l'Église ^ et venant «n iaide à son maître Pierre de Bruys. En vain, en 4419 , le deuxième concile de Toulouse s'était prononcé contre les novateurs ; ils n'en eurent que plus d'audace. Chassés de là Provence par les évêques , Pierre et Henri se rendirent à Saint-Gilles. Ce fut pour y brûler Jes croix et y violer publiquement l'abstinence du Vendredi-Saint. Le peuple, indigné de leurs profanations, accepta le défi : Pierre de Bruys mourut -sur un bûcher ; mais Henri se mit àcouvei^çpriH'fuite.

Pour préfiftûiif dé^ribuveaux scandales , saiiit Bernard se mit à parcMrir lé^ vflies du Languedoc. Dans l'intérêt de la foi et du saltiM|i^ peuples, ilécrivit au comte Alphonse dé Saint-Gilles, pour lui reprocher sa criminelle indifférence, et pour l'inviter à s'armer d'une légitime sévérité contre l'hérétique Henri. « Il est dans tes domaines , lui dit^il, couvert d'une peau de brebis, ce loup ravissant. Mais^ en vertu du signalement donné par le Seigneur, nous le reconnaissons à ses fruits Les églises ressemblent à des synagogues; on conteste, la sainteté au sanctuaire de Dieu; les sacrements n'ont plus rien de sacré; les fêtes sont dépourvues de solennité. Les hommes meurent dans leurs péchés; les âmes sont emportées au

(1) Ven. EiîdeberH opéra, loc. cit. — D. Mabillon, VeUra.€imtMa, t, III , p. 814, «Ï8. — D. Bouquet , t. Xtl , pi «47.

MO HISTOIRE I)E l'ÉOLIBB DU MANS.

tribunal redoutable-^ sans avoir été réconciliées pat la pénitence^ ni munies de la sainte communion. Aux enfants des chrétiens on ferme la voie du Christ^ en leur interdisant la grâce du baptême Non^ cet homme n'est pas de

Dieu , puisqu'il fait et enseigne des choses si contraires à Dieu« 0 douleur I il est pourtant suivi par la foule, il a un peuple de fid^es 1 malheureux peuple I A la voix d'un imd hérétique se sont tues toutes les voix des prophètes et des apôtres^ qui, dans lem* concert unanime de vérité , oot annoncé que de la réunion de toutes les nations en la foi du Christ surgirait une Église imique. Ainsi donc ils nous ont trompés ^ les oracles divins ; trompés sont nos yeux^ nos esprits qui voient pourtant l'accomplissement des prédictions qu'ils ont lues..... C'est ce qui m'a engagé , mat gré mon extrême faiblesse y à me diriger vei*s ces provinees plus particulièrement eu proie aux ravages du féroce

dévastateur Chassé de toute la France par sa médian-

ceté ^ il n'a trouvé d'asile que dans ces contrées. C'est là que, plein de confiance, sous ta domination, il exerce toute sa fureiu* sur le troupeau du Christ.. Vois , piriâoe illustre ^ si cela convient à ton honneof < Il n'esA pas étonnant que ce rusé serpent te trompe , ptdiqil'il présente- les dehors de la piété , dont il a complètement abdiqué le sentiment. Mais apprends qui il est. C'est un apostat qui» après avoir quitté Thabit religieux, car il était moine (1)^ est retourné aux souillures de la chair et du siècle, comni« le chien à son vomissement. La honte, ou plutôt la grandeur de son crime , ne lui permettant pas d'habiter parmi ceux qui le connaissaient , il a pris le bâton de voyageur, il a marché à l'aventure , errant et fugitif sur la terre» D'abord mendiant, il s'est mis à trafiquer de l'Ëvanjgile, car il était lettré, et, vendant la parole de Dieu, il a évangélisé pour manger. Alors, s'il pouvait extorquer des

(i) On a TU plus haut que Henri avait seulement pris Thabit religieux, mais n'avait jamais été moine. — Gfr. Yen, Hildeberti opéra , cel. 119. — D, Mabillon , Vefera anaiecta, t. TU , p. 31 4.

HIL9BBËKT* 507

simplet du peuple ou de quelque matrone plus qu'il ne lui fallait pour vivre > il Ifr mettait au jeu, ou il le dépensait plus honteusement encore. Souvent , après les applaudissements et les succès de la journée, la nuit on Ta trouvé avec des femmes, ce faux prédicateur. Tu pçuxt'informer, noble comte > de quelle manière il est sorti de Lausanne > du Mans, de Poitiers , de Bordeaux : Taccès lui est fermé partout , car partout derrière lui il a laissé de hideux vestiges. Eh quoil d'un tel arbre attendais-tu donc de bons fruits ? De la teire qui le porte rodeiu* pestilentielle s'est répandue par le monde; selon la parole du Seigneur, im laduvais arbre ne saurait produire de bons fruits (i). »

Plusieurs évêques et jusqu'au légat du Saint-Siège accompa^aient Tabbé de Clairvaux dans sa marche pour teriraseet l'hérésie, tant les efforts de Henri avaient semblé redoutables ! Comme cet apôtre de l'erreur 8'enorgueilli&fiait de sa science y Dieu suscita contre lui une jeune fille , qui après des extases de plusieurs joure , dans lesquelles la eainte Vierge et saint Pierre lui apparaissaient, afiFermiseait le peuple dans sa foi et réfutait Fhérétique (2).

D'autres hérétiques répandaient à la même époque leurs dogmes^stilentiels dans des diocèses éloignés de celui du Uatis. ComnMraiitanté de Hildebert était grande, ils chercbûierit à se couvrir de son nom. Instruit de cette imposture , notre prélat écrivit une lettre dans laquelle il donne Un démenti formel aux mensonges de l'hérésie , et prend Dieu à témointru'il n'a jamais ni dit ni pensé rien de semblable aux sentiments qui lui sont faussement attf ibués. Les erreurs débitées par le sectaire que réfute Hildebert, et qui semblent avoir été en partie celles de l'hérétique Vigilance, paraissent si insensées à notre évèque , qu'il ne prendrait pas même la pçine de les attaquer, s'il n'eût appris que quelques personnes en étaient infectées. Pour venir au secoui*s de ces âmes chancelantes, le saint prélat

(1) Bémardus, Epiét. ccxU.

(2) Raoul de Diceto, apud Du Boulay, Historia Vniversitatis Parisien' ^ç, t. II, p. 362.

démontre solidement la doctrine de rÉglisesur rinvoca^ tioa des Saints. Sa l.ettre ou traité e^t regardée avec justice comme Tun des plus beaux monuments du xii* siècle sor ces matières (t).

Si les disciples de Uenri se maintinrent encore longtemps dans le Maine , comme nous l'avons dit , oiï ne doit pas en être surpris. Les disciples de Bérenger^ de Roscelin et d'Abailard, tous imbus des maximes d'une ]^ losopbie rationaliste , dès qu'ils s'élevèrent contre la hiérarchie et les dogmes de l'Église , vinrent, à l'instar d'Arnauld de Bresse , se mêler au:;^ sectaires montanistés. Ils exploitèrent à la fois leurs propres doctrines et celles des nouveaux manichéens , s'efforçant de réunir et d'associer le tout ^ et de composer^ par des affiliations forcées, 'Un système unique ^ formé des sectes tbéosoj^qùes ^ mystiques les plus hétérogènes. Ce syncrétisme s'étendit encore plus loin; il embrassa des débris de ccHnmuniôDS ariennes, que nous pouvons appeler vaudoises, pour les comprendre sous la dénomination la plus générale, et qui s'étaient souvent confondues et amalgamées, soit«tvèc des fanatiques millénaires , soit avec des cathares pleins de finesse et sachant se voiler. Si les vues de Henri, de Pierre de Bruys et d'Arnauld de Bresse avaient eu leur plein succès , si cet immense mouvement des affiliations secrètes au moyen âge eût pu se régulariser, la réforme des Luther et des Calvin, étoufiee dans son germe, eût fait place à une autre réforme, moins fondée sur ^inte^ prétation de là Bible, et qui , dans son mélange de doctrines orientales, eût ofl'ert un chaos beaucoup plus confus encore (2).

(1) Lib. II , epist. xxiii. — D. Beaugendre pensé que les hérétiqiMs combattus par Hildebert en cette lettre senties henriciens ; il nous semble que , s'il en était ainsi, notre docteur n'eût pas manqué de dévoiler la conduite du. chef de ses adversaires. — Vener. Hildeberti opéra, col. 114-119. - Gfr. D. Geillier, t. XXII, p. U, ^Histoire mémrede la France, t. XI , p. Î95,

(î) D'Eckstein, ioc. cit , p. 415.

' Après tant d'épreuves pour la foi des peujiles , iî était nécessaire que la parole <le Dieu fût exposée avec force et avec une grande exactitude. Les solitaires dont nous* avons parlé précédemment vinrent au secours de Tévêque et de son clergé ; les exemples de leur vie pénitente ajoutaient à l'énergie de leur parole , et le peuple montrait une prédilection marquée pour leur enseignement. HUdcbert ne s'en reposa pas entièrement sur le dévouement des moines; dans des discours remplis d'une doctrine profonde et d'une onction pénétrante , il savait mettre à la portée de tous les esprits les dogmes les plus élevés de la religion. Il nous reste cent quarante sermons (i) de cet illustre évêque. Lé style en est clair , familier et rempli de citations des saints Pères et de TÉcriture , qui est prise ordioairement dans le sens allégorique (2).

Parmi les traits les plus intéressants sur la foi en Jésus^ Christ ; on doit remarquer les suivants : « Aucun des hommes nés avant la veoue dé Jésus-Christ n'a pu être sauvé sfims la foi en ce médiateur de Dieu et des hommes (3). Sorti du isein de Dieu , son père de toute éternité / c'est^à- <&re engendré de lui dans une égalité par&ite , il est venu en ce monde y non euishangeant'de lieu ^ parce qu'il était dans le monde par son immensité , mais en ëe revêtant de la chair pour se montrer aux hommes ^ sans aucun changement de sa nature (4). C'était le moyen le plus conye* nable pour le rachat du genre humain , qui était le motif de son incarnation. Le premier homme avait perdu tous

(1) Quelques critiques lui en attribuent un i>lus grand nombre.

(2) Quelqûes-uas des sermons de Hildebert paraissent obscurs et sans SBite ; mais des critiques habiles pensent que ceux-là ^e sont pas de notre érdque. D. Rivet , Histoire littéraire de la France^ t. XI , p. 354. — 0. Beaugendre et D. GeilUer, au contraire, les lui attribuent.— D. deillier, Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques , t. XXII , p. 25. — ^ Ellies Dupin n'avait lu que trois sermons de Hildebert, et il prononce que tous sent a faibles et languissants. » Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, XII* siècle, p. 501.

(8) Serm. lxxii , col. 595.

(4) Serm. yni , col. 246 et 247.

5iO HISTOIRE D£ L £GUSB BU 1£ANS.

ses descendants y il fallait que l'homme les délivrât de Tesclavage du démon. S'il eût été vaincu par tout autre que par un homme , la victoire n'eût pas été équitable^ il y aurait eu injustice à enlever de force au démon rhomme qui s'était assujetti volontairement à son empire; d'un autre côté ^ il fallait que cet homme rédempteur fût Dieu^ afin qu'il ne fût pas lui-même sujet au péché (i). »

Parlant du mystère de l'incarnation , Hildebert dit î a Voilà ce que Dieu a fait de nouveau sur la terre , Jésus- Christ est né de la chair sanctifiée d'une vierge par l'opération seule du Saint-Esprit* Né donc Fils de Dieu dans la vérité de la natui'e , il est né aussi fils de rhomnM dans la vérité de la nature, en sorte qu'il est vrai Dieu et vrai homme; mais un seul fils et un seul Christ par Tunioii des deux natures, sans confusion ni mélange. Nou&disooi que la sainte Vierge est la mère non*-sii)ulement de l'homme, mais de Dieu, parce que celui que le Père a engendré de tcùite éternité, la^ sainte Vierge l'a conçu et enianté dans le temps (2), »

Hildebert devait insister sur ces points fondamentaui du dogme chrétien. Les hérétiques manichéens, ariem, cathares, et autres sectaires qui pullulaient de toutes parts dans ces premières années du xii® siècle, attaquaient sans cesse ces vérités consolantes. Ardents propagateurs des troubles et des scandales, ils jetaient au milieu d'un peuple peu éclairé le doute et le mépris sur les questions les plus élevées do la croyance universelle. Les désolantes doctrines semées par ces apôtres de Terreur allaient toutes à nier le mystère adorable de nos autels , et d'ailleurs les enseignements de Bérenger avaient agité profondément les esprits , éomme on l'a vu sous les épiscopats d'Avesgaud et d'Arnai^d. Notre savent et zélé prélat ne manqua pas d'instruire son peuple sur ce mystère, ceatre et aliment de la: piété chrétienne. On compte jusqu'à

(1) Serm. ix, col. 254.

(2) f^ener, Hildeberti operuy col. 254-158.

vingt de ses sermons parmi ceux qui nous restent , tous consacrés à traiter de rincarnation ou de l'eucharistie. ' «La nature humaine, dit Hildebert à son peuple, la nature humaine, que Jésus-Qjirist venait racheter, était corrompue dans Tâmc comme .^ans le corps. Pour guérir l'un et l'autre, il a livré son corps et son àme; et c'est pour les représenter que nous mettons sur l'autel du pain et du vin , afin que , par le pain devenu corps et reçu dignement de nous , notre corps participe en quelque manière et à l'immortalité et à l'impassibilité de celui de Jéçusr Christ, ^t que par le vin changé en sang et reçu de nous, notre Ame devienne conforme à celle de Jésus-Christ, dèp ee monde comme dans la gloire. Il ne faut pas toutefois s'imaginer qu'en recevant le sang de Jésus-Christ nous nç Moevons quis son âme , et son corps seulement quand nous recevons son corps. Nous recevons Jésus -Christ tout ffiitier, vrai Dieu et vrai homme, soit en ne recevant que mm sang, soit en ne recevant que son corps. Et quoique nous recevons séparément le sang et le corps, nouç n^ recevons pas pour cela deux fois Jésus-Christ, mais une aeule fois. L'usage de recevoir séparément le corps et le sang s'est introduit dans l'ËgUse à l'exemple de Jépus- Ghrist, qui, dans la dernière cène, donna séparément son coFps et son sang à ses disciples. L'eau que l'on jnôle avep le vin dans le sacrement est pour représenter l'eau qui coula avçc le sang du côté de Jésus-Christ. Au reste, nous ne devons pas douter que le pain ne soit change au vrai œrps du Seigneur par les sacrées paroles de la béQédictio^ du prêtre, en sorte que la substance du pain ue demeure plusw Jésu&-Christ a voulu que la couleur et la saveur du pain demeurassent , et cacher sous cette espèce la vraie •ubslaqce de son corps, de peur qu'en se présentant à nous sous la qualité d'homme, nous n'eussions eu horreur de manger sa chah* (1). » Hildebert, pom* marquer le changement du pain et du vin au corps et au^hg du Seigneur,

(1) Serm. xxxviii , col. 422.

511 HISTOIRE D£ l'ÉGLISE BU MANS.

se seH déjà du terme de transsubstantiation (i) , et il est le premier qui ait employé cette expression; les autres tliéologiens^ comme Pierre de Celles et Etienne d'Autun^.ne s'en sont servis qu'à une ^oque postérieure. On sait que TÉglise a adopté ce mot ef^i^ Test rendu propre. HiMebert exige de tous les chrétiens la croyance que le corps de Jésus-Christ peut être consacré par tous les prêtres , soit bons soit mauvais, en prononçant les paroles de la consécration^ qu'il api)elle potentielles, et il atteste que le Saint- Esprit opère en cette consécration (2).

Il était à propos d'instruire aussi les peuples sur le dogme de la grâce, dans un temps où Thérésie des pi*édestinatiftnistes jetait le trouble dans TËglise. Hildebert dit^ en parlant de la prédestination , que le Fils de Dieu, quia préparé de toute éternité ce qui était nécessaire pour l'établissement de TEglise , a prévu aussi, par une. disposition et une élection étemelles , le nombre et le mérite des élus, afin que ce qu'il avait arrêté avant les siècles s'accomplit dans le temps, en la manière qu'il l'avait arrêté (3). S'adressant à l'homme déchu de son premier état par le péché originel , il lui dit : « Vous qui , créé dans le bien , et placé dans un lieu de félicité , avez vieilli dans la misère et le péché, étant fait membre du vieil homme, réparé ensuite et réconcilié par la grâce du nouvel homme , vous tombez tous les jours; et toutefois la grâce de secours ne vous fait pas défaut (4). » 11 enseigne en un autre endroit que la grâce de Dieu est très-oflBcieuse envers les hommes , et comme engagée par serment à les secourir (5). Si la créature n'est pas juste, c'est sa faute, et non celle de Dieu ; il veut que tous les hommes soient bons; et pour leur ôter toute excuse, il leur prépare sa grâce, qui les soutient; il distribue des moyens pour les

(1) Serra, xciii , col. 689.

(2) Serm. xciu , col. 689.

(3) Serra, lxxiy, col. 610.

(4) Serm. cxi, col. 772.

(5) i^ib. I , epist, XVI , col. 51.

HILPEBËKT. 5id

aider ; il ofifredes récompenses pour les anhner , il menace pour les intimider. Cette doctrine suppose de là part de Hildebert celle -de la transfusion du péché originel, qu'il établit en effet d'une manière très-expi^sse en plusieurs de ses discours (1).

. Hildebert avait fait une étude particulière des ouvrages de saint Augustin; ses sermons en partent partout la fcrace. Disciple du grand docteur d'Hippone , Tévêque du Mans reproduit partout les sentiments de son maître; il lui emprunte même souvent ses expressions; mais disciple intelligent et profond, il se maintient toujours en garde contre certaines exagérations que Tardëur de la controverse avec les pélagiens arracha au docteur africain. Les contestations survenues depuis, surtout au }xe siède, avaient porté la lumière sur beaucoup de points obscurs encore au v*. *

Notre prélat ala gloire de s'être prononcé Tun des premiers en Occident en favem* du privilège de l'immaculée conception de la sainte Vierge : « C'est avec raison , s'écrie Hildebei't , que Ton dit que Marie a couronné son fils (2); car elle ne Ta pas conçu de l'arbre de la concupiscence, elle ne l'a pas déshonoré par le péché originel comme font pour leurs enfants les autres femmes ; mais immaculée et intacte, exempte de tout péché, elle a mis au joiu* le Saint des saints (3). » Parlant de l'assomption de la sainte Vierge au ciel en corps et en âme , faveur qui n'est qu'une conséquence du privilège accordé à la Mère de Dieu^ Hildebert s^exprime formellement en faveur de cette croyance, et il appuie son sentiment sur la magnifique collecte qui se Ut dans le Sacramentaire grégorien , et que toutes les É^ses d'Occident , à peu d'exceptions près , chantaient alors au jour du triomphe de Marie (4),

(1) Serm. xxv, cxi , cxii , col. 216, 233 et 782.

(2) Videte regem Salomonem in diademate <|uo -^Cant. in , 11.

(3) Serm. lxi, col. 537 et 538.— Gfr. Serm. lxix, col. 580 ; Serm. ci , col. 731 ; et dans le Tractatus Théologiens, c. xiii , col. 1047.

(4) Hodierna . clamât oratio : Nec tamen mortis nexibus deprimi

S16 HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.

Les sermons de Hildeberi abondent aussi en traits de mœurs qui rappellent des usages depuis longtemps oubliés. Parlant de la nécessité de la confession , le prélat , après avoir exposé Tobligatioii indispensable de déclarer au piètre les fautes graves , ajoute : « S'il s'agit de ces péchés légers que nous commettons chaque jour^ nous pouveos nous les confesser les uns aux autres, parce qu'ils sont

lavés par ,1a prière de notre prochain Mais ce n'est pas

assez de confesser entre nous les péchés légers, et les péchA graves aux prêtres, nous devons encore travailler réciproquement au salut les uns dés autres Car, dit-il encore

plus loin, lorsque vous vous disposez à partir pour aller à Jérusalem , chacun de vous tâche de mener avec lui scm frère; à combien plus forte raison devez-vous faire tous vos efforts pour engager vos frères à être vos compagnons dans le voyage de la Jérusalem céleste (i). »

La fête de tous les Saints était suivie de la commémora^ tion des fidèles trépassés ; on jeûnait ce jour-là et on faisait d'autres bonnes œuvï-es, pour procurer aux âmes détenues dans le purgatoire ou leur délivrance , ou l'adoucissement à leurs peines (2). En considération des fatigues que souffraient les lidèJes qui venaient de tous côtés pour assister à la dédicace des églises, les Pères avaient décidé qu'on leur accorderait en ces solennités des indulgences (1). A la procession du dimanche des Rameaux, on portait des fleurs et des palmes que Ton bénissait ensemble (4). A celle du jour de la Purification , on portait des cierges, suivant le décret des Pères (5). Hildebert dit que de son temps on avait coutume dans l'Église de prier la sainte Vierge avec plus d'affection que les autres Saints , et que , lorsqu'on prononçait son nom, on fléchissait les genoux (6). L'habît

(1) Serra, liv, col. 495-500.

(2) Serm. lxxiy, col. 650.

(3) Serm. lxxxyii , col. 658.

. (4] Serm. xxxiii,col. 386.

(5) Serm. lvii , col. 517.

(6) Serm. lviii, col. 528.

ttftBEBERT. 6\ 1

ordinaire des clercs était une tunique qui descendait jusqu'aux talons (i).

Le célibat et la continence sont indispensables aux ministres sacrés, et Ton ne doit ordonner aucun prêtre qui ne s'y engage (2). Celui qui entre dans les dignités de l'Église par la raain des laïques , dit Hildebert , n'y entre pas par la porte : ce n'est pas aux laïques qu'a été confiée la dispensation des choses spiritxtelles ; c'est aux vicaires du Seigneur, c'est-à-dire à ceux qui tiennent la place dés apôtres (3). Être avare, c'est être indigne du nom dé prêtre (4). Ceux-là sont simoniaques qui vendent les sacrements, qui tirent de l'argent pour les messes, le baptême, les confessions, la prédication, la sépulture, comme le prix de ces fonctions sacrées (5). Hildebert a fait trois sermons contre la simonie, crime alors très-commun, et qu'il a combattu avec toute l'énergie de son zèle (6). On a vu précédemment combien Robert d'Arbrissel et ses disciples éprouvèrent de contradictions de la part du clergé simoniaque de notre diocèse. On trouve aussi beaucoup de traits propres à caractériser l'état du clergé manceau, à Tépckjue de Hildebert, dans les sermons que ce vigilant évêque prononça dans les assemblées synodales (7). Ces discours sont au nombre de huit; \m plus grand nombre s'est perdu; car l'on sait d'ailleurs, par une foule de chartes, que ces assemblées se tenaient régulièrement au Mans deux fois chaque année , à la Pentecôte et à la Toussaint (8). Dans l'un de ces discours, il exhorte ses prêtres à se rendre lès modèles de leiu* troupeau , et à l'édifier par la prédication et la régularité de leur vie, « Ceux qui ne le font pas

(1) Serm. xc , col. 677.

(S) Serm. lxxti , col. 615.

(9) Serm. xcii , col. 682.

(4) Serm. xcvi, col. 698.

(5) Ibidem,

(6) Serm. xcvi , cxxxiv, cxxxv, col. 697, 860 et 868.

(7) Surtout dftns le sermon cxxxx, col. 868.

(8) Serra, lxxxyiii à xcv, col. 669-697. ^^

5i8 HISTOIRE DE l'^GLISE DU MiLNS.

méritent, dit-il, d'être déposés. Lisez i^riture» ajoute-t-il, appliquez-vous à la lecture , pour y trouver de quoi vous édifier vous-mêmes, et des pâturages abondants pour fournira votre troupeau (1). » Le savant évêque revenait souvent sur l'obligation indispensable pour les pasteurs et les prêtres de lire et méditer l'Écriture sainte. On peutdijre que les Pères, saint Chrysostôme même et saint Jérôme i n'ont pas parlé avec plus de force et d'éloquence de cette lecture et des fruits qu'on en retire, a Vous trouverei, dit -il, mes très-chers frères, dans les livres saints, des fleurs et des fruits variés et en grand nombre pour la nourriture spirituelle des âmes dont le Seigneur vous a confié le soin. Ils vous fourniront abondamment ce qui est nécessaire pour guérir les brebis malades, «t pour rassasier celles qui sont afiTamées. Ici , vous verres la simplicité de l'histoire , et vous entrerez dans les mystères de Tallégorie ; là , vous découvrirez la douceur de la morale, d'où vous recueillerez des règles de modestie , des préceptes d'une religion véritable et pure, des exemples d'une vie irréprochable et sainte*. Vous y trouverez un fonds qui vous mettra en état d'enseigner les autres, de les persuader de la vérité de la foi catholique , de les instruire sur la pureté (les mœurs , de leur prescrire la manière de bien vivre. Vous y puiserez ce qui convient aux personnes, aux lieux, aux temps, aux circonstances, etc. (2). » Rien n'est plus solide et plus instructif sur les devoirs despasteim», que le discours auquel nous venons d'emprunter ce passage : il contient en abrégé tout ce que doivent faire les prêtres chargés du saint ministère , pour s'en acquitter, soit en instruisant, soit eu donnant le bon exemple. c< Car, dit-il y que sert à un pasteur d'instruire par la parole , s'il tue par l'exemple? (3) »

(1) Serm. xciv, col. 689.

(2) Vetier. Hildeherti opéra, serm. xvi, col. 7 36-739 .—Cfr. 885,1009, 1169, et passim.

(3) Quid prodest pascere verbo, si occidit exemplo? Serm. XYi, col. 736-739.

HPLDEBÏIRT. 54^

Les discours que prononça notre pieux prélat sur la sublimité et la dignité du sacerdoce chrétien ont reçu les plus grands éloges dans tous les temps; on les a comparés avec raison aux écrits de saint Jean Chrysostôme , de saint Grégoire de Nazianze et de saint Grégoire le Grand sur la même matière (1).

Les contemporains de Hildebert eux-mêmes surent apprécier son mérite; il lut souvent invité à prêcher dans deséglises éloignées de son diocèse , et il se rendit quelquefois à ces invitations. On le voit prononcer à Paris trois ei^cellents discours, Tun à la louange de sainte Geneviève (2), deux autres en l'honneur de saint Germain (3). On croit que ces discours furent prêches dans les abbayes .dont ces saints étaient les patrons (4). Notre évêque prononça à Angers, dans J'église abbatiale de Saint-Nicolas, un bel éloge de la vie monastique, vei*s laquelle se tournaient toujours les aspirations de son cœur ; dans ce même sermon il exhorte les fidèles à fréquenter les églises où Ton conserve les reliques deâ Saints. Ce qui doit^ ajoute-t-il, leur inspirer encore plus de respect pouf celle de Saint- Nicolas, cVst que le Pape l'a dédiée lui-même (5). Hildebert fit aussi entendre sa voix dans les abbayes de Cluny et de Fontevrault , avec lesquelles il avait contracté des liens particuliers (6). Gomme tous les docteurs de son temps, notre évêque se montre dans ses discours très-instruit de >ce qui concerne la vie monastique. Adressant la parole aux moines devant lesquels il parlait , il leur dit qu'ils ne doivent point regarder saint Benoit comme le premier instituteur de leur genre de vie; que ce saint patriarche n'a fait qu'ajouter certaines pratiques touchant la nounitore, les habits, les jeûnes, h ce qui s'était pratiqué dans

(1) D. Rivet , Histoire littéraire de la France, t. XI , p. 338. (3) Serm. lxii, col. 538-544. — Cfr. les notes de D. Beaugendre.

(3) Serm. lxiii , lxiy, col. 544-556.

(4) D. Beaugendre , loc. cit,

(5) Serm. lxxxvii , coL 657-662.

(6) Serm. ui, cd. 524. — • Cfr. les notes de D. Beaugendre, col. 148.

SiO HISTOIRE DE l'ÉGLIâE DU MANS.

la primitive Église ; qae les trois choses dans lesquelles consiste la sainteté de leur état^ savoir l'amour fraternel^ la communauté des biens , et Tobéissance^ ont été établies par Jésus-Christ mi^me , lorsqu'il a fondé l'Église (1).0n peut remarquer dans l'un des sermons que Hildebert prononça devant des moines , une sentence qui semide avrâ inspiré à saint Thomas Tune des plus belles strophes de l'hymne du Saint-Sacrement (2). Eians plusieurs conciles, i'évéque du Mans fit briller sa science et son éloquence, comme on le verra bientôt , mais son attentionprincipale était pour paître son troupeau de la parole qui donne la vie.

Hildebert prononça plusieurs sermons en la solennité du dimanche des Rameaux ; et quolr|ues-\ms de ces discouB sont venus jus<|u'à nous (3). Dans aucun il ne fait allusionà la pompe extraordinaire que la procession des Palmes avait cependant dès ]oi*s en la ville du Mans. Il serait impossible d'assigner l'époque précise à laquelle on commença à donner à cette fête un aussi grand développement; chaque âge, en se succédant, y ajouta sans doute de nouveaux usages , comme il est constamment arrivé pour toutes les fêtes populaires. Les Manceaux étaient naturellement conduits à entourer cette procossion d'une démonstration particulière, par la piété qu'ils ont toujours professée envers l'image du crucifix, ainsi que nous l'avons constaté au FX« siècle (4). 11 est probable que la grande pompe donnée

(1) Serm. cxvii, col. 804. — Cfr. Serm. cxviii, col. 805-808, et les <teuz suivants.

(3) In nra crucis fuit pretium; in altari forculum, sive poculura, in morte viaticum , in cœlo prœmium. — Voici Timitation de saint Thomas dans Thymne Verhum supernum :

Se uasccus dédit socium , Convescens in edulium , Se moriens in pretium .

Se regnans dat in prsemiam.

(8) Serra, xxix-xxxiii, col. 356-a69.

(4) Hi9tQire (jle l'Élise du Mam, t. Il , p. 157, et passim.

HILDEBËRT. 521

à cette procession , et les honneurs particuliers que Ton y rendait à l'image du Sauveur en croix, furent une protestation de la foi de nos aïeux contre les blasphèmes et les sacrilèges des henriciensi, qui biUlaient Tinstrument sacré de notre salut et vomissaient contre lui mille impiétés, yépiscopat de Hildebert fut d'ailleurs témoin d'une innovation qui donna à la fête des Palmes mi caractère particulier au Mans; nous en prendrons occasion de la décrire telle qu'elle a eu lieu jusqu'aux troubles religieux et politiques de la fin du xvnie siècle.

On exposait dans l'église cathédrale , le mercredi de la JPassion, une grande croix sur laquelle était attaché un . ébridt de grandeur naturelle. Le vendredi, vers dix heures, É^jïiévêque, le chapitre diocésain et celui de Saint-Pierre-de- ^>te-Cour conduisaient processionnellement à l'église abbatiale de Saint-Vincent ce crucifix, qui y restait exposé à la vénération des fi Jèles jusqu'au dimanche.

Douze chefs d'anciennes familles, appelés mézaigers ou mieux maiseliers (1), jouissant, en vertu de ce droit héréditaire, de j)lusieurs privilèges, portaient le crucifix couché et recouvert d'un voile; les deux curés du crucifix dans Féglise cathédrale, ceux de Gourdaine et de Saint-Ouen en aub^ avec Tétole, marchaient pieds nus, placés, les premiers à la tête et aux pieds du christ , les autres à l'extrémité des bras, accompagnant la croix jusqu'au haut de la nef de l'égUse de Saint-Yincent, où elle était déposée sur mi tapis. Lorsque les curés désiraient être dispensés de l'obligation de marcher pieds nus, à raison de la rigueur du froid ou pour d'autres motifs, ils devaient se présenter au chapitre pour en obtenir la faveur souhaitée; mais

'(i) Maiseliéi', ci par corruption messaiger, boucher, àe macellum, selon Borel. — Douze familles du Mans possédaient le droit de messaige, lequel se transmettait en ligne directe ot collatérale, et de l'épouse au mari. Les messaigers , ainsi que les francs bouchers , jouissaient de certaines exemptions de droits de prévôté , péages, etc., dans la ville, dans toute la province du Maine , et même en d^aiitrcs parties 4u royaume. Ils formaient communauté et en tenaient registre.

«^9St HISTOIRE b£ l'église DU MANS.

depuis Tannée 4630 environ, les chanoines leur acGotdèrent la permission générale d'user de chaussures.

Une compagnie d'hommes à cheval, nommés francs* bouchers, et vulgairement lanciers, couverts d'une cuirasse, portant heaume et casque de fer en tète , et armés d'une longue lancé de bois d'aune , ferrée, escortait la croix à son retour de Saint-Vincent à Saint-Julien. Us étaient , commandés par un capitaine , un lieutenant et un major, et accompagnés de trompettes, violons et haut-bois, qui marchaient en tête.

Le jour des Rameaux , à sept heures du matin , la procession, à laquelle assistaient le chapitre de Saint-Piewede-la-Gour, les ofiBciers du présidial et le ox)rp8 de ville, sortait de l'église cathédrale pour se rendre à l'abbaye de , Saint-Vincent. Aussitôt que le clergé et les compagnie» avaient pris leurs places respectives dans le chœur des moines, on chantait l'office de tierce, ensuite on bénissait les rameaux , qui étaient distribués au clergé séculier , aux religieux de Saint-Vincent et aux magistrats. Après l'adoration de la croix, le prédicateur de la station du carême à l'église cathédrale montait dans la chaire de Saint-Vincent. Pendant le sermon, le chapitre avec le présidial et l'hôtel de ville allaient prendre le modeste repas que l'abbaye devait leur servir, consistant en un échaudé pour chacun des convives, du pain, du beurre, de petites herbes, des raves et du vin. A ces mets obligés, les moines ajoutaient généreusement de petits pâtés.

Après le sermon fini , toutes les cloches de l'abbaye sonnaient pour annoncer le départ ; les maiseliers enlevaient la croix et la déposaient à la grande porte du monastère donnant sur la rue. Le christ était découvert, orné d'une couronne de fleurs naturelles , et placé debout sur un brancard, avec quatre bouquets aux angles du piédestal.

De leur côté , les lanciers , après s'être réunis chez leur capitaine , allaient chercher le guidon , et conduisaient le procureur du roi, revêtu d'une robe rouge, de son hôtel

à celui du lieutenant général de la sénéchaussée , où se trouvaient le grefiBer , les huissiers audienciers , tous en robes ; et les^ sergents fieffés avec les ménétriers. L'assemblée déjeunait^ et^ à huit heures et demie ^ le cortège à cheval^ excepté les ménétriers^ se rendait à là porte de Téglise de Saint>-Vincent, pour accompagner la croix.

Ordinairement la procession sortait avant neuf heures de Téglise, à moins que le prédicateur ne prolongeât son , discours^ auquel on cessait de prêter attention dès que œlte heure fatale approchait. Eu effets la multitude croyait^ et les maiseliers même partageaient cette opinion non fondée^ que si le crucifix restait après neuf heures dans l'église des bénédictins, il n'en sortirait plus et deviendrait la {H?opriété de Tabbaye ; que, par une conséquence naturelle, la procession n'aurait plus lieu, et que les privilèges des maiseliers et des lanciers demeureraient anéantis. Aussi, pour éviter toute siu*prise , les maiseliers se partageaient eiKl^ux corps; l'un dans Téglise gardait à vue le crucifix; l'autre, stationné devant la porte extérieure, pour entendre sonner l'heiu'e, entrait au premier coup de marteau ,. criant à haute voix : «Neuf heures sonnent. » I-.es premiers s'empressaient d'enlever la croix et de la porter dans la cour, où elle était placée sur le brancard. Les maiseliers attendaient alors sans inquiétude le clergé , à la suite duquel ils marchaient précédés des ménétriers; après eux venaient la compagnie du présidial , ayant la droite , et le corps de ville, la gauche ; les officiers de justice, à cheval, et les lanciers terminaient la procession.

JEn descendant la rue Saint-Vincent, le sergent porteguidon s'arrêtait devant la maison nommée l'Écu-de- Bretagne, pour réclamer les droits du comte, c'est-à-dire le quarteron de harengs que devait cette maisoq. Le sergent disait à haute voix : a La Bunèche à la cour? » Le propriétaire ou son locataire répondait de sa porte : e A la manière accoutumée.» Si personne ne paraissait, on interpellait encore deux fois le seigneur de la Bunêche , dé&ut était donné, et le propriétaire condamné h l'amende.

La Bunéche ou Beunêche était, une terre fietfée de la paroisse de Rouessé.

On s'arrêtait ensuite devant la porte du château, qpi se trouvait fermée. Des chantres, placés dans la galerie supérieure, chantaient l'hymne Gloria^ laus, et un môtet^ puis la porte , frappée trois fois par Tévêque ou par le chanoine officiant , avec les mêmes cérémonies et chants qui sont encore en usage aujourd'hui, s'ouvrait devant la procession, qui traversait et se rendait à l'église cathédrale. Le concierge de la porte du château était ofcligé de donner des échaudés aux enfants de chœur. Depuis l'année 1619, cette dernière cérémonie se fait à la porte de la cath^lrale. Un chanoine en aube montait sur le brancard lorsque la procession an»ivait à l'entrée delà nef de l'église Saint Julien , baisait le christ et y restait en adoration.

Lorsque la procession était entrée dans la cathédrale > les lanciers, revenant par la porte du château et la rue de l'Oratoire, se rendaient à la place des Halles pour y rompre leurs lances , en présence des officiers de justice. Le seigneur de la Bunêche, armé de toutes pièces, et monté sur un cheval ayant les quatre pieds blancs , devait s'y trouver. Le prieur de la Couture, nommé plus ordinairement le prévôt, le bailli et le procureur fiscal de l'abbaye, avec treize lanciers, y paraissaient aussi, avant d'aller occuper le poste de la Porte-Ferrée, nommée depuis Portede-la-Cigogne.

Après que le sergent fieffé avait, par trois secousses, essayé les armes, la joute commençait; chaque cavali^ devait, dans trois courses au plus, rompre sa lance contre le poteau dressé à cet effet.

Les courses terminées, le lieutenant général, le procurem* et les sergents avec les lanciers retournaient au palais en se dirigeant par la Porte-Ferrée, que gardaient le prévôt de la Couture, les officiers de la juridiction de cette abbaye, avec treize hommes armés de lances ou de hallebardeSi rangés du côté droit de la Grande-Rue en montant» Le seigneur de la Bunéche devait également garder ce poste,

UILBSBËRT. 52S

Lliuissier y criait aussi par trois fois : « La Bunéche à la cour? » On répondait : « A la manière accoutumée. » La chevauchée continuait sa marche, et la garde se retirait.

Arrivé au palais, le cortège, ayant mis pied à terre, entrait dans la salle d'audience, où le lieutenant général faisait procéder, par le grefQer, à Tappel des francs-bouchers et des sergents, ternis d'assister à la cérémonie. Ce magistrat donnait ensuite défaut au procureur du roi contre les absents et contre les cavaliers qui n'avaient pas rompu leur lance ; les uns et les autres étaient condamnés à une amende , consistant pour ces derniers dans la privation de la rétribution à laquelle ils auraient eu droit dans le cas contraire. Enfin le grefQer délivrait à chacun des autres lanciers vingt-cinq sous , et dressait procès-verbal de tout ce qui s'était fait dans la fête (i).

Telle était en substance cette cérémonie, autrefois si célèbre, et qui attirait au Mans un concours considérable. Gomme la fête du sacre pour les Angevins, elle tenait une grande place dans les habitudes religieuses du diocèse du Mans, et même des Églises voisines. L'importance qu'elle acquit contribua sans doute à diminuer l'éclat que la procesfidon du sacre avait eu d'abord dans la ville du Mans. L'origine de cette fête moitié religieuse, moitié féodale, est restée obscTire, ainsi que nous l'avons dit. Mais les traditions constantes de la province ont conservé le souvenir de l'événemeni qui donna occasion à l'établissement des lanciers, qui faisaient l'un des oniements les plus populaires delà solennité. Le comte Hélie, assistant à la procession des Rameaux, et se trouvant à la station que l'on faisait à

(i) Pierre Hennier, Cérémonial de r Église du Mans, Ms. — lie Cîorvaisier, Histoire des évéques du Mans, p. 7ô6. — Almanach ou Calen' drier du Maine, 1758, p. 46 et suiv. — Observations historiques sur la procession du dimanche des Rameaux au Mans, Almanach, 1763, p. 161-206. — Gauvin, ôsinsV Annuaire de la Sarthe , 18M, 1838. — Idem , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 637. — Pesche , Dictionnaire de la Sarthe, t. III , p. 382 ; t. IV, p. 632. — La Province du Maine, 1845, n« 10, et 1846, p. 118. — Le Brun des Marettes, Voyages liturgiques en France .

une seconde à Tévéque de Séez , le pressant d^empécher ce mariage , ou de le déclarer nul , si! était célébré (1).

Hildebert était déjà intervenu plusieurs fois dans les affaires de l'Église d'Angers; mais en ilOl , Geoffroy de Mayenne, évèque de cette ville, s'étant consacré à k vie religieuse dans Tabbaye de Cluny (2) , l'élection de son successeur fut. très- tumultueuse; et le peuple, nialgré les principaux du clergé, lit élire Raynaud des Prés , nommé encore Raynaud" de Martigné, d'une terre près de Laval appartenant à sa famille (3). Ce clerc tirait son origine du diocèse du Mans; il était de la famille de Mayenne, mais il n'avait pas l'âge compétent, et n'était pas encoie dans les ordres sacrés. Hildebert, Geoffroy, abbé <ie Vctdôme, les abbés de Saint-Serge, de Saint-Aubin et de Saint- Nicolas s'élevèrent contre l'élection; etl'évèque du Mans écrivit plusieurs lettres toutes remplies d'une vigueur épiscopale. A l'archevêque de Tours, il déclare qu'il ne peut assister à la consécration du jeune prélat, éhi contrairement aux canons, et il l'exhorté à la différer. Dans dent autres lettres adressées à Raynaud lui-même, Hildebert l'engage à renoncer à son élection , et il emploie des raisons très-solides. Quant à Geoffroy de Vendôme, il manifesta son opposition avec sa véhémence habituelle : « Vous avez été choisi par la populace seule , écrivait-il à Raynaud, laquelle a fait ime sédition plutôt qu'une élection La

(1) Lib. II, epist. let ii.

(2) Chronicon sancti Âlbini, ad an. 1093. ~ Labbe , Bibliotheca manusc, t. I, p. 282. — D. Bouquet, t. XII, p. 485. -r Vener. HildC' berti opéra, col. 178.

(3) La famille de Martigné , ou plutôt des Prés , branche de la maison de Mayenne, était alors très-puissante. *— Cfr. Ménage, Histoire de Sablé, part. 1 , p. 179. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 167. — Bilard , Analyse des documents historiques, etc^ n*» 88, 16Î, 374. — D. Martène, Ampliss. collect., t. t , col. 1059. — En 1185, Guillaume des Prés , Cartularium sancti Vincentii Cenom,, Ms., fol. il.— Les historiens de T Anjou prétendent que Raynaud de Martigné était originaire de leur province, et de l'ancienne famille de Marligué-Briand. •— Cfr, AlV^rt Lcmarchand , dans la Revue de l* Anjou, 1854 , p. 253.

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