‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 23 sur 53 · III · texte numérisé non relu

III

530 HISTOIRE 1»E L*£GU8£ HU llA?fS.

à continuer ses combats pour la liberté de FÉglis^ (i). Pierre H, évéquede Poitiers, avait l'empli sa charge av«c une grande fermeté , et était mort en exil pour la jusïtioe; Hildebert composa deux épitaphes à sa louange (â).

C'était surtout par les conseils de Geofifroy , abbé de V«adôme , que Hildebert avait résisté si fortement à Félectioii de Raynaud des Prés (3). Ces deux illustres persc^mages furent longtemps unis d'une étroite amitié ; Tabbé de Vendôme , Tun des prélats les plus puissants de France à cette époque^ rendit plusieu]*s services à Tévèque du Mans ; mais cette bonne intelligence ne se maintint pas toujours sans nuage. Sut la demando de Hildebert, Geoffroy envoya au Mans Tun de ses religieiix nommé Jean, habile architecte , et, selon l'usage, il lui remit une obédience qui fixait répo(|ue à laquelle il devait rentrer au monastère. Mais ce religieux ne fut pas fidèle à observer l'oinlre de son supérieur; il resta au Mans , vivant dans la maison et dans la familiarité de l'évêque. Geoffroy écrivit <5inq Ou six lettres à celui-ci pour lui rappeler la promesse qu'il lui avait fute de lui rendre son religieux après que ses travaux seraietit achevés. L'abbé fit les mêmes démarches auprès du moine Jean; mais l'évêque et le moine artiste promettaient toujours et n'exécutaient jamais leurs promesses. Geoffroy se vit obligé de menacer Jean de rexcommunication. Hildebert lui répondit que ce religieux , qui avait déjà fait le pèlerinage de Jérusalem, était de nouveau parti pour les lieux saints , et il eut l'air dans sa lettre d'approuver une conduite aussi peu régulière. On ne sait si Jean exécuta en effet ce voyage à cette époque; ce qu'il y a de certain, c'est que ce moine était encore au Mans quelque temps après, travaJlant pour l'évêque, et dans un commerce

(1) Lib. II , epist. vu , col. 79 et SO.

(8) Ven^ Hildeherti opéra, col. 1320. — Cfr. Gallia chmtûma (nova), t. Il, col. 1167-1170.

(3) Hildebert et Geoffroy eurent quelques conférences à ce sujet à GhàteaiA-da^Loir et à la Ghartre. — Geoffroy de Vendôme, Ub. III, jepût. un et xiv.

intime avec ce prélat. Geoffroy, instruit de tout, écrivit une lettre à tous les évoques, et en particulier à Hildebert, par laquelle il déclara Jean excommimié jusqu'à ce qu'il fût rentré dans le cloître (i).

Ce fut peut-être alors que Hildebert écrivit une lettre très-vive à des religieux du diocèse de Chartres qui avaient refusé de donner Thospitalité à Tévêque diocésain (2). On croit que ces moines étaient ceux de l'abbaye de Vendôme; mais ils n'avaient agi ainsi que pour maintenir leur exemption, très-violemment attaquée par le prélat, malgré les titres incontestables sur lesquels elle s'appuyait (3).

D'autres sujets d'irritation ne tardèrent pas à se joindre à ceux-ci. Pierre de Chaources (4) se permit des violences Contre un moine de Vendôme , et lui ravit un serviteur et deux ânes : Geoffroy pria l'évoque de contraindre son diocésain à respecter la justice; mais il n'obtint pas immédiatement l'effet de sa requête (5). Ulric de Saint-Calais causa de grands dommages à l'abbaye de Vendôme, et fut excommunié par l'évêque du Mans avec les chevaliers qui avaient pris part à ses déprédations; mais la sentence fut levée avant qu'ils eussent restitué; et Geoffroy se plaignit à Hildebert : il lui reproche dans sa lettre que, depuis qu'il occupe le siège de saint Julien, l'abbaye de Vendôme a été dépouillée d'une valeur de plus de deux cents livres (6) , et n'a pas reçu vingt sous (7) d'indemnité. Il lui

(1) Geoffroy de Yelidôme, lib. III, epist. xxiy, xxix, xxx et passim, et les notes du P. Sirmond.

(«) Hildebert, lib. I, epist. xi, col. 33-37.

(3) Geoffjroy de Vendôme , lib. Il, epist. xi, xxi, xxu , xxiv , xxvi,

(4) Petrus de Caortiis, — Dans une lettre à Tun de ses amis, Geoffroy de Vendôme prend la défense de Hugues le Chaources ( Hugo Ghaorcinus ), qui avait revêtu Fhabit monastique au prieuré de Saint- Clément de Graon. XAh. V, epist. xii.

(5] Geoffroy de Vendôme, lib. III, epist. xxviii.

(6) Environ 112640 fr.

(7) Environ 563 fr.

b38 HISTOIRE DE l'ÉGLISE Bl? MANS.

demande ensuite si c'est ainsi qu'il oblige ses amis? (i) Uamelin de.Montoire avait été excommunié par Hildebert et Gérard, évéque.d'Angoulôme et légat du Saint-Siége^en punition des torts qu'il avait causés à Tabbaye de la Trinité; il fut cependant admis à la communion par les prêtres manceaux. De là^ nouvelles plaintes de Geoffroy , qai prie Hildebert de ne pas laisser la justice périr entièrement dans son diocèse (2).

Au moment où ces difficultés étaient le plus vives, Ëuphrosine^ comtesse de Vendôme, veuve alors deGe<dBroy de Pruilly, et depuis longtemps ennemie de l'abbé de la Trinité, éclata par des hostilités ouvertes. Elle essaya de reprendre la terre de Savigny-sur-Brayè, qu'elle avait été obligée de céder quelques années auparavant, et où les moines avaient fondé un prieuré. Geol&oy lui reprocha de s'être emparée avec violence du monastère , d'avwr brisé les coffres qui contenaient le graiù des moineg^, déposés pour plus de sûreté dans l'église même, et d'avmr distribué ce grain aux gens de sa suite (3). H la dénonça immédiatement à l'évéque du Mans, et demanda qu'elle fût excommuniée. Hildebert était naturellement p(»rté à l'indulgence et à la douceur ; il appoiia dans cette affiiiie ses ménagements et ses lenteurs ordinaires. Il répoDdit aux plaintes de l'abbé de la Trinité qu'il était prêt à lui rendre justice; mais qu'il ne pouvait condamner la comtesse sans l'entendre, et qu'il les ajournait tous deux à sa cour. Geoffroy se révolta contre cette décision; en effet, rinjustice de la comtesse était évidente. « Nous avons été spoliés, écrivait l'abbé; qu'on nous rende d'abord ce qu'on nous a pris, on nous jugera ensuite (4).» Ses lett^^à Hildebert, en cette circonstance, sont empreintes d'une aigreur qui approche de l'injure ; il va jusqu'à lui reprocher

(1) Lib. III, epist. xv.

(2] Lib. III, epist. xviii.

(3) Lib. III, epist. xv.

(4) Loc. cit.

HÎLDÊBEHT. 533

ses infortunes (1). « Quelle sécurité pouvez-vous nous offrir , lui dit-il , vous qui n'en trouvez nulle part pour ▼ousr-mème , vous qtie nous avons vu fuir devant vos diocésains? Nous Ta vous vu, et nous en avons rougi de honte (2):» Dans la même lettre il lui rappelle quelques services quil lui avait rendus jadis à Vendôme , et il ajoute crûment: «J'ai chanté pour vous; j'espérais que vous sauteriez pour moi. » C'était pour l'abbé de la Trinité une belle occasion de renouveler ses déclamations ordinaires contre les femmes; il n'y manqua pas, et recommauda malignement à l'évêque de se tenir en*garde contre les séductions du sexe (3). Enfin Hildebert se montrant toujours trop lent au gré des opprimés, Geoffroy eut recours à son protecteur ordinaire, le légat du Sain1>-Siége, qui firappa la comtesse d'une sentence d'excommunication, à l'aide de laquelle il fut facile de soulever contre elle ses vassaux. Ne pouvant résister à l'orage, Euphrosine rendit le prieuré de Saint-Pierre de Savigny-sur-Braye, et céda le pouvoir à son fils aine Geoffroy Grise-Gonnelle (4).

Dans ces débats et ceux qui eurent lieu relativement à iin cimetière que l'évêque du Mans avait permis aux moines d'établir à l'église de Saint>-Nicolas de la Gharti*e, et auquel les chanoines de Tours s'opposèrent (5) , la

(1) Httdebert écrivit sur le même ton à Geoffroy. Dans ses voyages , cet abbé se faisait suivre de douze chevaux au moins. Avec ce train, H logeait dans les évêchés et les monastères qui se trouvaient sur sa route. Au reste, il pouvait bien exiger comme un droit Thospitalité qu'il exerçait lui-même comme un devoir. Hildebert écrivit a Tabbé de Vendôme de Tenir le voir avec une suite moins nombreuse, s'excusant sur ce qu'il ii*était pas assez riche Ipour défrayer tant de gens à la fois. Geoffroy comprit rintention ironique du prélat, et renonça au voyage. Voir Hildebert, lib. m , epist. XYi. — Geol&oy de Vendôme, lib. IV, epist. vu, z, xxxti.

(S) Lib. III, epist. XYi.

(3) Lib. III, epist. xxi.

(4) Geolfroy de Vendôme, lib. î, epist. m. — VArt de vérifier le9 dates, t. XII, p. 489. — Simon, Histoire de Vendôme, t. I, p. 9Î. — De Pétigny, Histoire archéologique du VendomoiSf p. 238-240.

(5) Lib. ni, epist. izyii.

K3i HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.

charité ne fut cependant pas complètement éteinte. Geoffroy parle ordinairement à Hildebert avec Taccent d'un fils qm se plaint de la lenteur d'un père ^ en qui il ne laisse pas d'avoir entière confiance. L'évêque du Mans ne s'irrita pas non plus pour quelques paroles trop vives ; il reconnut même qu'il les avait provoquées, et ayant eu connaissaoee des chagrins qu'éprouvaient les moines de Vendôme, il leur écrivit des lettres qui excitèrent la sensibilité et la reconnaissance de l'abbé (1). Le reste de la correspondance entre Hildebeii; et Geoffroy témoigne de l'estime et de l'affection réciproques qu'ils se portaient. Depuis, Hildebert conGomiit à la restitution que Geoffroy de Mayenne fit à l'abbaye de Vendôme des trois églises de la Chartre, Notre^Danœ, Saint-Vincent et Saint-Nicolas (2).

Un commerce d'amitié, qui ne fut jamais troublé par aucun nuage, existait entre notre évéque et«aint Ansefane, archevêque de Cantorbéry. Hildebert envoie un jour au primat d'Angleterre un de ces éventails que le ministre qui servait le prêtre à l'autel employait pour empêcher les mouches d'approcher du calice , et lui explique le sens mystique de ce meuble liturgique (3). Ansebone lui fit une réponse où l'on reconnaît 'tout son cœur et son esprit (4). Dans une autre circonstance , Hildebert témoigne à Anselme un grand désir de recevoir plus souvent de ses lettres, et le prie, puisqu'elles sont si rares, de le dédommager en les faisant plus longues. « Cai' je souffre, dit-il, de me trouver à la fin d'une lettre, lorsque je ne fais que commencer à en goûter le plaisir (5). »

Dans ce commerce d'amitié , ces deux grands évoques agitaient souvent les questions les plus graves de la

(1) Lib. III, epist. xx.

(2) Le Gorvaisier, Histoire des évéques du Mans, p. 116. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 279.

(3) Ven. Hildeberti opéra, lib. I, epist. n, col. 4. — Sancti Anselmi opéra, lib. III, epist. clxii.

(4) Lib. II, epist. xi.

(5) Lib. ni, epist. vi, col. 17S et 174.

tbiéûlogie et de la .philosophie. En 1098, au concile de 3a{i» l'archevêque deCantorbéry réfuta de vive voix, en présence du pape Urbain H^ Terreur des Grecs touchant laproeessioii du Saint-Esprit. Hildebert lui écrivit peu après pour le presser de composer un traité sur cette matière (4). Anselme se rendit aux désirs de son ami, et il lui adressa son traité^ l'un des plus profonds qui aient été composés sur ce sujet. L'évêque du Mans Ten remercia par une lettre écrite avec une grwde effusion de cœur (2)»

Une liaison non moins honorable poiu* notre prélat fut celle qu'il eut avec saint Bernard (3) ; nous en verrons des preuves précieuses dans la suite; mais Hildebert était plus étroitement imi avec saint Hugues, abbé de Cldny (4). Il lui écrivit plusieurs fois, le visita dans son monastère, et aspira toute sa vie au bonheur de se décharger du ministère pastoral pom' aller vivre sous sa conduite. Après la mort de saint Hugues, arrivée le 29 avril 1109, Hildebert fut prié par Ponce, successeur de ce saint abbé, d'écrire sa vie. U le fit avec toute 1-affection dont il était rempli pour un aussi saint et aussi admirable personnage (5). Hildebert conserva avec plusieurs religieux de cette abbaye des rekitions qui se continuèrent tout le reste de ses jours,

Malgré les agitations auxquelles il fut exposé et les soinn de son ministère pastoral, Hildebert composa, h la prière de Seimare, la vie de sainte Radégonde (6). C'est ainsi que^

(i) Lib, II, epist. ix.

(2) l.ib.II,epist. un.

(9) Lib. II, epist. xviu et %ii, — * Sancti Bemardi opéra, epist. xx.

(4) Lib. III, epist. vii.

(5) Vener, Hildeberti opéra, col. 909 et seq..— Bibliotheca JQiu'niacensiSy p. 414. — Acta Sanctorum, ad diem xxix aprilis ; Yita sancti Hugonis abbatis, p. 623-648.

(6) Vener. Hildeberti opéra , col. 886 et 910* — Acta Sanctorum , ad diem xiii augusti ; Vita sanctœ Radegundis, p. 83-98. — Dans cette Vie, Hildebert omet plusieurs traits relatifs à ia-^ainte princesse dont il parie , entre autres la çuérison miraculeuse d'une religieuse du Mans , nommée Chrodegildis, racontée par saint Grégoire de Tonrs, de Gloria Martyrum, lib. I, c. v. D. Beaugendre a fait graver en t6te de la Vie de

!â§ HÎSTOIHE DE L^ÉOUSB WJ MANS.

lé pluB grand nombre des opuscules de notre saint évéque se trouvent avoir été^ëcrits à ht prière de ses amis. Les pi^lats les plus distingués de son temps par leurs vertus et leurs talent» entreteimieni quelque commerce avec lui. Guillaume de Champeaux ayant quitté en H 08 la ville de Parîs^ où il enseignait avec éclat , pour se retirer dans un faubourg, près d'une chapelle dédiée à saint Victor, Hildebert le félicite de sa retraite et lui donne d'excellent» avis sur la i^osophie chrétienne (\)f Sept lettres adreflMii par saint Yves, évéque de Chartres, à Tévôque du Mans, témoignent de l'estime que cet illustre prélat faisait de ses Vertus et de ses lumières (2). Elles roulent presque toutes sur des questions de droit, pour lesquelles Hildebert avait consulté son atni. H lui demande quelle conduite il doit tenir à l'égard d'un sous-diacre dont la réputation a été diffamée; l'évêque de Chartres répond qu'il peut admettre la justi* fication de ce clerc appuyée de son serment et de celui de plusieurs prêtres ou clercs , dans le nombre que le p^lat voudra exiger (3). Hildebert consulte encore saint Yves sur la disposition qu'il avait faite de certaines propriétés de son Église , et sur les discussions survenues à ce sujet avec l'abbé kd'un monastère, ainsi que sur l'ordre des appellations (4). Une juive s'était convertie dans le diocèse du Mans, et elle voulait ensuite se séparer de son mari ; Yves répond que si l'époux qu'elle avait avant son baptême est

sainte Radégonde une vignette très-curieuse, d'après un Ms. Hildebert y est à genoux aux pieds de la sainte, qui lui met une couronne sur la tête. D'après les deux vers in«crits au bas de cette vigfiette, on ne peut douter qu'elle n'ait été exécutcc sous les yeux de Hildebert lui-même.

(1) Lib. I, epist. i. - Cfr. Hugonin, Essai sur la fondation deTécole de Saint- Victor de Paris, p. 8, 54.

(2) Divi Yvonis, Camotensis episc, opéra, edit. Fronton epist. lxxiv, GXLviii, CLivii, ccYi, ccxx, ccxYX et ccxxxii. Lc P. Frdnto a joint de longues notes à ebacuDe de ces lettres ; on j ironve des particuisrités curieuFcf.

(9) Epist. ccru

(«) Epist. ccxx,

HttDEëERT. 537

ôoti parent à un degré prohibé, il faut les séparer ; dans le ctà contraire, ils doivent rester unis (1).

Si notre évêque recourait au savant canoniste de Chartres, il était lui-même très-souvent consulté par de hauts et puissants personnages, tels que Marbode, évêque de Rennes; Guillaume, archidiacre d'Angers (2); Gautier, ai*chidiacre de Séez (3); Serlon, évêque de Séez (4); Aimery, éTèque de Clermont (5). Hildebert était encore uni d'amitié awc Guillaume , évêque de Winchester, qui le pria de lui envoyer les divers opuscules qtfii avait composés (6)* Pour satisfaire à ce désir, notre prélat lui fit parvenir un recueil de poésies dans lequel il s'était appliqué à joindre rtitile à l^agréable, et auquel il donna lui-même pour ce sujet le titre de Floridus aspectus, U avait aussi quel-^ .qucs relations avec Turstin, qui fut promu à l'ai'chevêché d'York (7) ; avec Raoul , ce Manceau que Ton a vu jouei* un rôle si important en Angleterre comme évêque de Durham ; avec Odon, évêque de Bayeux, frère de Guillaume le Conquérant, et dont on a parlé précédemment; avec révoque de Beauvais (8), et sans doute avec une foule d'antres prélats dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous par l'éloignement des tempâ.

On admire dans les lettres de Hildebert adressées aux ecclésiastiques, le théologien surtout, le canoniste, le pieux et subtil intei^prète des saintes Écritures. Dans les lettres qu'il adressait aux princes, on reconnaît une autre qualité de son esprit , portée aussi à un degré supérieur. Par exemple , écrivant à Geotfroy Plantagenet (9) , comte

(i) Epist. ccxxx.

(t) Append. epist. ii. — D'Achery, Spicileghm, t. XIII,

(8) Lïb. il, epist. I.

(4) Lib. II, epist. ii.

(6) Lib. II, epist. m.

(6) Lib. III, epist. m.

(7) Lib. I. epist. i.

(8) Lib. III, epist. ix.

(9) Selon D. Beaugendre, cette lettre est adressée à Foulques le Récbio; MlOD VHistoire littéraire de France, t. XI, p. 885, elle est (écrite au

540 HISTOIRE Dfi L^ÉGLlâfi DU MANâ.

qui témoignent de la sensibilité de Hildebert envers cetii qui possédaient son amitié. Ce grand évéque est surtoul admirable lorsqu'il console ses amis tombés dans Finfoï* tune; sa plume, conduite par son cœur, semble plus féconde encore à trouver des expressions pour adoucir leurs peines. C'est dans une lettre en faveur d'un moine fugitif, mais repentant, que l'on ti'ouve cette belle maxime : « La miséricorde est le plus bel ornement de la nature humaine ; ne pas savoir user d'indulgence, c'est se rendre semblable aux bêtes (1). » Beaucoup de ses lettres renferment de ces pensées touchantes ; ce sont même les plus nombreuses dans la correspondance de notre prélat. On y remarque aussi plusieurs fois l'expression de sa piété envers l'Église Romaine (2) . L'esprit de soumission de ffildebert envers le Siège Apostolique, se manifestait en toute circonstance. Prêchant devant une assemblée de prélats, et parlant de Tunité de l'Église, il dit : « Pierre est le fondement sur lequel l'ÉgUse est bâtie , et c'est par la foi de Pierre que tous les membres de l'Église sont unis enseiDr ble. » Il exhorte ensuite tous ceux qui l'entendent à aller visiter les tombeaux des Apôtres et le Pape, pour lui demander conseil sur la manière dont ils doivent gouverner leurs Églises au milieu des tempêtes dont elles sont assaillies. « Tous les jours, dit-il encore , il s'élève des orages dans l'Église, parce qu'il en est qui voudraient rompre l'imité, en semant la discorde. Ils attaquent les pasteurs de l'Église, espérant effrayer les membres en frappant le chef. L'Église ne souffre pas seulement de la part des étrangers, mais de la part même*de ceux qu'elle renferme dans son smn. Mais ce n'est pas un déshonneur pour nous d'être traités par nos frères comme Jésus-Christ Ta été ; ni ime gloire pour eux de faire ce qu'a fait Judas Pour vous qui êtes

(i) Lib. iî,epist. l. — Cfr. Lib. I, epist. XTii, dans laquelle HUdebcpt console Etienne de Garlande, archidiacre de Paris, tombé dan« U disgrâce du roi. D. Bouquet, t. XV, p. 324.

(2) Lib, II, epist. XXI, xxii, xlvii. — D. Bouquet, t, XV, p. 8W, 3S1, 829, 824, 326.

HILDJËBER7. &41

enfants de l'Église , défendez TÉglise. Que personne ne vous séduise par de vains discours. L'Église ne saurait être corrompue. Celui-là n aiu'a point départ aux récompenses de Jésus-Christ , qui abandonne Tépouse de Jésus-Christ. Qui n'a pas l'Église pour mère , ne peut avoir Jésus-Christ pour père. » L'éloquent orateur continue avec la même force de pensées et d'expression , et conjure vivement ses auditeurs de s'attacher fortement à la Chaire Apostolique, et de ne se conduire en toutes choses que par ses enseignements (i). Il nous. reste plusieurs poëmes de ce grand homme dans lesquels il exprime avec énergie les mêmes sentiments (2).

Constamment occupé à correspondre avec les prélats et les princes de son époque ^ Hildebert savait encore trouver Je temps d'écrire des lettres remplies de la tendresse la plus vive et la plus paternelle, à de simples moines, à des vierges et à des recluses. Ces lettres , par la piété qu'elles respirent, la pureté de la morale qu'elles exposent, peuvent être mises à côté de ce que les Pères de l'Église ont laissé de plus beau en ce genre. Elles méritent particulièrement d'être rapprochées de celles de saint Anselme de Cantorbéry et de saint Bernard (3). Les contemporains de notre prélat en firent la plus grande estime; le saint abbé de Clairvaux, écrivant à Hildebert lui-même, en loue la i)^uté, la clarté , le laconisme agréable et la vaste érudi- ...tion. Pierre de Blois témoigne qu'on les faisait apprendre |«i* coeur dans les écoles , et il se félicite de s'en être rempli la mémoire dans sa jeunesse (4).

(1) Serpi. xcviii, col. 707-712.

p) Venerah, Hildeberti opéra, col. 1834 et 1335. — Les auteurs de VHistoire littéraire de la France, t. XI, p. 387 et saiVé, ont parfaitement réfuté les écrivains protestants , qui attribuent à la TÎlle pontificale un distique que Hildebert adresse à Rome païenne.

(3) Les lettres de Hildebert ont été traduites par Chardon, Tourangeau. (La Croix du Maine, p. 66.) — D. Beaugendre, avant d*entreprendre l'édition des œuvres de Hildebert, avait fait une traduction de ses^ lettres; eUe est restée manuscrite. ( VHistoire littéraire de France, t. XI, p. 309.)

(4) Voir ces textçd ei 4>^tres en tête des œuvres de Hildebert réunis

Mf BISTÛIBE DX L'iaUSt DC HANS.

UI

Hildebert assiste à plusieurs conciles. — Saint Brunon de Segid aa Mans. — Le légat Gérard d'Angouléme visite à plusieurs repciiei rÉglise du Mans. — Raoul archevêque de Gantorbéry. — lltft da corate Hélie ; portrait de ce prince. — Agnès, TettTe dWttÉ^ entre dans le cloitre. -- Les princes se disputent la possession du Mne. -* Hildebert est retenu prisonnier par Rotrou, comte du Perehew — Il écrit pour le Pape Pascbal II et contre Henri Y. — Geoffroy, dojsa du Mans, devient archevêque de Rouen. — Fondation du prieuré de YiHiers-Cbarlemagne. — Hildebert se rend à diversxonciles. — Réédi- Hettion et consécration de Téglise cathédrale du Mans. — Construction d*un grand nombre d'églises. — Dons du comte Foulques le Jeune et d'Éremburge en faveur du chapitre. — OfiEî*andes nombreuses au tombeau de' saint Julien. — Plusieurs propriétés restituées au chapitrs. — Adélaïde, reine d* Angleterre , associée à TÉglise du Mans. — Miracles opérés par saint Julien.

Sans détourner un moment ses regards de son diocè^, Hildebert prenait part à un 'grand nombre de réunions épiscopales où son zèle pour l'Église l'attirait. En ii05, le duo et la duchesse de Bretagne , Alain Fergent et Ermengarde, réunirent en la ville de Nantes une nombreuse assemblée de prélats. On y voyait , outre Hildebert du Mans, Raoul de Tours, Benoît de Nantes, Marbode de Rennes , Benoit de Quimper, Morvan de Vannes, Judicad d'Aleth, Guillaume, abbé de Saint - Florent , Lambert, abbé de Saint-Nicolas d'Angers, Justin, abbé de Redon, Brick, abbé de Vertou, et Fouchei , abbé de Beaiilieu, près de Loches. Ces illustres personnages confirmèrent rétablissement que révoque de Nantes , oncle du duc de Bretagne^ avait fait d'un monastère de chanoines réguUers à

par D. Beaugendre, Vener. Hildeberti opéra, p. LXii^Lxt. ^ D. Brial, tierum GalL et Franc, Script., t. XV, p. 818. *- Du Plessis-Mornay, Vignler, Ulyricus et Bayle attribuent à Hildebert une lettre très-? iolente contre la cour de Rome ; mais Timposture est très*dairemetit dévoilée Vlfiii0ifê iittéraire de la France, t. XI, p. 810.

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Sàiût-Médâixl de Doulon. C'est malheureusement le eeùl Hôte qui nous reste de ce concile (1).

Le 15 février de Tannée suivante^ li06^ Hildebertlut nommé par le Pape Paschal II pour juger une cause trèsgrave qui s'était élevée au sujet de l'élection d'un abbé de Saint-Aubin en la ville d'Angers. Les suffrages des moines s'(f talent partagés entre Archambaud et Payen-Aleric^ tous d«|Ùt Ulràies du monastère* L'évêque d'Angouléme, légat du Sahll-Siége^ Raynaud des Prés^ évéque d'Angers^ Geoffroy i» Vendôme > et d'autres personnages d'une grande «litorité prirent une part très^ctive à cette «dïaire. Lô Pape lui-^méme écrivit plusieurs lettres à ce sujet. Tl semble prendre le parti de Payen-Aleric> dont la cause succomba cependant à la fin^ après le jugement des commissaires apostoliques (S).

' La même année , le Souverain Pontife nomma légat en France saint Brunon^ cardinal et évèque de Segni. Ce prélat avait reçu la mission de parcourir les provinces occidentales et d'implorer de* secours pour la Terre»Sainte. Brunon avait déjà visité le Mans à la suite du Pape Urbaià II; à ce second voyage ^ il passa dans notre ville un temps aises considérable y et il y tint plusieurs assemblées de prélats et de seigneurs (3). Durant le séjour de ce légat , saint Barthélémy^ abbé de Marmoutier^ vint le prier de ^fcîfo pendre au prieuré de Saint^uingalois de Ùiâteau- ^^Jlh^lm l'église de Chahaignes. Elle appartenait à ce lljriiliré en vertu d'un don de l 'évéque Gervais; mais

{\) D. Martène, Thésaurus anecdotorum, 1. 1, col. 316. — D.Lobineau, . Vies des Saints de Bretagne, t. II, p. 377. — D. Morice, Histoire de Bre- **ttiyiU, t. I, p. 84« — > Itlem, Preuves die Vkistêiite'éÊ Bretagne ^i, I, *«6l. M9, H7etMS.

(t) Chrowio&n stmcti Aititvi, «pnd Labbe, Bibiiotk, mtawsc.^ t. I, ^. l76, 2St. — Idem, Cmciiia^ t. X, ool. 742. ^ Geoffroy de Veadtaie, lib. I, epist. y et Ti. — D. Mabilion^ Annales O. S. B., lib. LSZI, ii« i% ; Append. t. V^ n« êtk — D. Bouquet, t^ Xtl, p. 4«0. ' t^) Tandem cMm GeiimnaiiiiiB éaset, prsaentayit «e «ëbts Mi^oris Mdttàslèfii ctlii tt(»ttadiii 8iifc^^..%^ D. HMièiie) Theémtimt ^Hmcd^ t. IV, cdl. 129.

544 HISTOIRE DE l'ÉGUSE DO MANS.

Geoffiroy de Mayenne s'en était emparé et en avait gratifié Tan de ses officiers. Ebrard (i), prieur du monastère de Saint-Guingaiois^ s'était opposé à cette usurpation ; mais il avait échoué , et plusieurs membres du clergé du Mans avaient soutenu la cause des usurpateurs. Les moin^ avaient eu recours au Sain<>*Siége^ qui avaii ord^Hiné à Tévêque Hildebert de faire restituer Téglise j muS^wtffA senter devant Yves de Ghartres^ qui jugerattda 0i|pe. L'évèque du Mans avait promis de s'occuper teMUe wAtution; mais comme il différait de remplir son- engagement , Kabbé de Marmoutier profita de la présence du légat au Mans pour demander justice. En effet , malgré tous les subterfuges inventés par Éméry, détenteur de Téglise de Ghahaignes y Brunon reconnut les droits des moines et chargea Hildebert et le comte Hélie, au nom de saint Pierre, de faire exécuter la sentence. Cet arrêt fat prononcé le 16 avril 1106. Quarante jours après , BrunoD présida im concile fort nombreux à Poitiers. Bohémond, prince d'Antioche , vint y implorer le secours des chrétiens d'Occident^ et une foule de chevaUers y piîrent la croix. Le légat y confirma de nouveau la sentence relative à l'église de Ghahaignes, et adressa àl'évêque du Mans des lettres pour le presser de la faire exécuter (2).

En vertu de ces ordres, Hildebert excommunia Emery, mais celui-ci se montra longtemps sourd aux cris de sacoascience. Après sa mort, Simon de la Ghartre, son fite, tfempara de Téglise de Ghahaignes; les moines renouvelèrent leurs plaintes à Hildebert , et plus tard à Guy d'Étampes,

(1) n est très-probable que cet Ébrard , prieur de Saint-Guingalolif était le neveu du vénérable Ébrard, abbé de Saint-Galais , qui avait,! Fexeniple de «on oncle, abandonné le vicomte de Chartres, et d'immenses richesses, pour embrasser Thumilité de la croix. — Cfr. D. Martèoe, Histoire deTabbaye de Marmoutier , Ms., t. ï, p. 560.

(2) D. Martène, Histoire de Vabbaye de Marmoutier, Ms. — Idem, Thésaurus anecdot., t. IV, col. 127-130. — D. Mabillon, Annales 0. S, B.^ lib. LXXI, no 18. — D. Bouquet, t. XII , p. 18, 145 , 281 , 405 et 561 ->^Maosi, Conci/ta^ t. XIX.

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son successeur; mais ils ne purent obtenir aucune justice^ eè qui les. obligea de s'adresser au Pape Innocent II, qui fit examiner lem^s titres et les confirma dans la possession de Féglise. Ils prièrent Tévêque Guy de leur donner Tinvestiture seJon Tusage; mais ils ne purent rien obtenir, ni par Tordre du Saint-Père, ni par les témoignages qu'ils prodiijgrtqrfgjglnfin, ayant envoyé deux de leurs frères, Jean dil^hi&a et le prieur de Château -du -Loir, ils furent idbdtiB. é^Ji'église de Saint- Jean de Chahaignes. Depuis, s'ét<|(j|:|encontrés avec Simon de la Ghartre en la cour de Tévêque du Mans, les moines prouvèrent de nouveau la légitimité de lem*s droits, et Simon renonça à les contester désormais. L'affaire étant ainsi terminée, et les religieux de Marmoutier ayant été remis par Tévèque en possession lie cette église, ils voulurent bien cependant, sur la demande du pi^élat, en concéder la jouissance viagère à Simon et à Émery, son neveu, et ari-étèrent à ce sujet avec lui diverses conditions (i).

L'empereur Bohémond, dont il vient d'être parlé , vi^ta aussi notre pays à la même époque (2). Dans les dangers extrêmes où se trouvaient les chi^étiens d'Orient, ce prince avait fait un vœu à un saint solitaire né dans le Maine au T« siècle, saint Léonard de Noaillé. Après avoir offert ses prières au tombeau du thaumaturge,- jl parcourut nos «rippMIrées, afin d'y recueillir des secours d'hommes et

ilp^la simple propriété d'une église entraînait quelques

:Jhh d'aussi longues contestations, comme on vient de le voir

par rapport à l'église de Chahaignes, les démêlés entre les

^Ijirinces étaient beaucQup plus fréquents encore. Le comte

■ pëUe ne prenait cependant plus guère les armes que pour

soutenir ses alliés. Il se trouvait cette même année 4 106 au

siège de Gandé, avec Geoffroy Martel, auquel il avait marié

sa fille unique. Ge jeune prince, héritier présomptif du

(t) Bilacd, Anaiyse des documents historiques, n©» 310, 811 et 31S. (2) Cartularium beatœ Mariœ Caritat. Àndeg,^ ii« 396-

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