III. 8S
5i6 HISTOIRE D£ L'ÉGLISE DU MANS.
Maine, y fut atteint d'une blessure mortelle le 19 mai^ et moui'ut le 7 septembre. Hiidebert composa l'épitaphe qui fut gravée sur son tombeau y dans Tégliàe de Saint-Nicolas d'Angers (I). Au mois d'avril précédent, Hélie et Geoffroy s'étaient joints à Henri I*% roi d'Angleterre, pour arracha la Normandie des mains de Robert, frère du n[K)narqQe anglais. Us assiégèrent ensemble Bayeux, qui firit inoeniié; Caen, (jui fut obligé de se rendre; et au moment oàils commençaient à mettre le siège devant Faiaiae, HéHe, gagné par les prières des Normands, se retira; ce qui obligea le roi Henri d'abandonner ses desseins sur cette ville (2). A la bataille de Tinchebray, le 27 septembre, le comte du Maine vint encore au secours du roi Henri; il toa pour sa part vingt-cinq fantassins ennemis, et, par une manœuvre habile, il détermina la victoire en faveur de son allié (3). Ce fut alors qu'il résista com*ageusement aux suggestions pei*fides de Robert de Bellôme, qui voulait l'engager dans un parti contraire au roi d'Angleterre (4). Depuis ce temps jusqu'à l'époque de sa mort, qui ne tarda pas beaucoup, Hélie semble s'être abstenu de prendre les armes et avoir maintenu la ps^ix dans le Maine (5).
En l'année 1107, Girard, évêque d'Angouléme, fiit envoyé par le Pape Paschai II, poiu* visiter, en qualité de légat, les principaux diocèses de la province de Tours et d'autres Églises voisines, et aussi pour rétablir la pureté de la discipline ecclésiastique partout où il en rencontrwait le besoin. A cet effet, le Souverain Pontife adressa une lettre aux évêques de ces contrées pour leur recommander de seconder son légat, et de se rendre aux conciles auxquels
(1) Vener. Hildeberti opéra, col. 1324. — D. Bouqaet, t. XII, p. 47, 40S, 480, et passim. — Salmon, Chroniques de Touraine, p. ftft et itO. — D. d'Achery, Spiciiegium, t. X, p. 498.
(i) Orderic Vital, apud D. Bouquet, t. XIÏ, p. 698.
(3) Ibidem, p. 700 et 701.
(4) Ibidem, p. 70â.
(5) D. Bouquet, loc, cit. — VArt de vérifier les dates , t. XllI, p. 100 et 101.
HILDJËfiiERT. 547
il les convoquerait (1). Sous le successeur de Hildebert, le cardinal-légat Qirard fit une seconde fois la visite de TÉglise du Mans^ ainsi que nous le rapporterons (2).
Dans la première visite, Je légat s'occupa de la réforme de l'abbaye d'Évron, et notre pieux évêque y prit une grandepai't (3).
Toujours soumis aux volontés du Siège Apostolique, HildebMrt se rendit en H09 au concile de Loudun, présidé par Girard d'Angoulême. On ne connaît pas les décisions qui furent prises dans cette assemblée; il n'a été conservé (jue deux sentences prononcées par les Pères, la première en faveur des moines de Tournus contre les injustes prétentions deTévèque et du chapitre de Nantes; la seconde pour les religieux de Marmoutier, contre des chanoines qui leur disputaient la jouissance d'une église (A), - Notre diocèse et Hildebert en particulier firent cette même année deux grandes pertes, par la mort de saint Anselme de Gantorbéry et de saint. Hugues de Cluny. Ces deux illustres personnages avaient constamment eecouru notre pieux évêque de leurs prières et de leurs avis dans toutes se& difficultés , et dans tous les besoins de rÉglise du Mans (5).
Après la mort d'Anselme , le siège de Gantorbéry demeura vacant durant cinq ans. Pressé de lui donner un MËO^eur, le roi ne voulait pas faire un choix téméraire; -4t feberchait et ne trouvait pas un homme digne d'Anselme §A de Lanfranc, Enfin, après bien des ajournements, auxquels la cupidité ordinaire du fisc ne fut pas entièrement
(i) D. d'Achei*y, Spîcitegium , i. III, p. 181. — labbe, Concilia, î. ï, col. 6S5.
[%) Ed« Biltrd, Analyse des documenta historiques, etc., n« 154< (») Vener, Hildeberti opéra, lib. Il, epUt. xlv.
(4) D. D'Achery, Spicilegium, t. VI, p. 24. — Labbe, Concilia, t. X, col. 769 et 763.— Mansi, Concilia, t. XX.'— D. Mabillon, Annales 0. S. M; lib. LXXI, n« 80-8Î. — Histoire de l'abbaye de Tournus j p. 889.
(5) Véner» Hildeberti opéra, lib. I , epist. m , et passim. — D. Mabillon , Annales 0. S. B., lib. LXXI , no n-U.
548 BisToias de l^^lise du mans.
éti'angère^ le roi prit le parti de convoquer un concile & Windsor (1), et de demander Tavis de cette assemblée sur cette grave question. Le roi penchait pour Tabbé d'Abendon ; mais cet abljé , de race lombarde y avait peu de partisans dans le conseil. La délibération fut longue et animée, a Et d'ailleurs^ disaient quelques membres ^ n'avons-noiis pas eu déjà trop d'archevêques étrangers? Le pays ne manque certes pas d^hommes recommandablesàplafrd\ui titre; nous avons Raoul ^ évêque de Rochester, qui s^ra régal des anciens par son renom, qui -surpassera les anciens et les modernes par l'aménité de son cai-actère. & Ton regarde à sa naissance, il est de l'illustre race des Normands; si l'on interroge sa vie, elle est irréprochable. Il est le seul dont la piété puisse braver les atteintes de l'envie ; car elle est discrète et modeste. Si Ton recherche ses titres littéraires , il a épuisé toute la science d'Athènes. Exigez-vous de l'éloquence , la parole découle de ses lèvres comme im ruisseau de miel : ajoutez à cela qu'il se distingue par l'élocution pure , élégante, qui est particuli^ aux gens du Maine , sa patrie (2), » Ces raisons déterminèrent la majorité ; les suffrages furent pom* Raoul ^ et le roi sanctionna l'avis de ses conseillers. L'élection de Raoul eut lieu le 26 avril 1114, aux applaudissements du clergé et du peuple.
llaoul , entré fort jeune au monastère de Saint-Martin de Séez , avait été appelé par ses frères , après dix ans de séjour, au gouvernement de cette abbaye. Les persécutions de Robert de Beilême l'obligèrent à chercher un refuge en Angleterre. Il y vécut longtemps sans emploi, parcourant les monastères; partout on lui faisait bon accueil; car l'agrément de son commerce ne le recommandait pas moins que ses bonnes mœurs. Ce n'était pas là toutefois une condition fort honorable; et Raoul, craignant qu'on
(1) Labbe, Concilia, t X, col. 793. — Mansi, Concilia, t. XXI.
(i) Si eloquentiam exigas, melleo quodam^lapsu ex ejas orefluit oratio: cui accedit genialis loci, id est Genonianici, accuratus et quasi depexatiu serrao. — Wilhelmus Malmesburicnsis.
HILBEBERT. ^ 549
ne le confondit avec une foule de clercs cupides qui après la conquête avaient passé le détroit ^recherchait surtout la société de Tarchevêque de Gantorbéry , avec lequel il avait eu quelques relations dès sa jeunesse'; C'est par la protection de ce prélat qu'il obtint le siège de Rochester. On dit que quelques jours avant la consécration de Raoul , saint Anselme pria le Seigneur de lui manifester par un signe s'il avait cette élection pour agréable , et qu'une voix du ciel lui répondit par ce verset des livres saints : « Us seront semblables aux anges de Dieu (1). » Raoul ne se montra pas indigne de la haute confiance tju'Anselme lui avait témoignée ; et le choix qui Tappela à remplacer son protecteur sur le siège de Gantorbéry , fut approuvé par tous les fidèles. Le roi d'Angleterre ayant eu dans la suite une assez grav^ contestation au sujet de ce prélat avec la cour de Rome, Raoul partit pour la ville sainte. îl ne réussit pas à son gré auprès du Pape; et dans son voyage il fût atteint d'une paralysie, à laquelle il succomba Pan liK« Au dire de ses biographes , on ne connaissait en lui aucun défaut , si ce n'eât une humeur plus enjouée qu'il ne convenait peut-être chez le primat de l'Église d'Angleterre. On a de Raoul six lettres épiscopales; et quelques auteurs lui attribuent , mais sans fondement suffisant, un petit nombre d'homélies d'ailleurs perdues (â).
Au commencement de Tan i JiO, Hildebert se rendit à UA concile célébré dans l'abbaye de Saint-Benott-sur-Loire, par le légat Richard, évéque d'Albano. Les archevêques de Sens, de Reims , de Tours et de Bourges s'y trouvaient présents, avec les évéques comprovinciaux et un grand
(i) Matth., xxii,90.
(2) D. MabUlon, Annales 0. S. B.> lib. LXVIÎ, n» 77;Mib. LXXÎ, no 69 ; lîb. LXXII , n© 69; Mb. LXXIII, no 2. — Histoire littéraire de la France, t. X, p. 886-340. -* Barth. Hanréau, Histoire littéraire du Marne, 1. 1, p. 101-104. — Les six lettres de Raoul ont été imprimées dans VHistoria novorum du moine Eadoier, Londres, 16S8. — D, Gerbaron les a reproduites dans son édition des Œwres de saint Anselme^ Paris, 1675,
KBO HISTOIRE DE L^ÉaUSE BU MANS.
nombre d'abbés. On confirma les droits de piusieim abbayes^ et Voa fit probablement quelques rè^lesientg discipUnaires (i).
Le diocèse du Mans jouissait de la paix depuis plusieun amiées^ ioi^sque la mort du comte Hélie^ arrivée le li juillet 11 tO , donna occasion à de nouveaux troubles^ qui eurent des suites funestes pour notre Église. Animé des plus profonds sentiments de piété pendant toute sa vie , Hélie les fit éclater surtout au moment de sa mort. Il fdt assisté dans ses derniers moments par Tévèque Hîldebeii Ce prélat composa Tépitaphe du comte ^ et ensevelit son corps dans l'église abbatiale de la Couture (2). On lui éleva, à gaucbe de Tautel majeur, un tombeau sur lequel il était représenté en habit de guerre^ maillé jusqu'à la plante des pieds, le casque ou pot de fer en téte^ avec son écude forme triangulaire^ chargé d'une croix ancrée , la hache d'armes pendante à la Peinture dans un large fourreau (3). Ce tombeau était regardé comme l'un des plus beaux monuments de ce genre; et en 4IU Foulques le Jeune, comte d'Airjou, voulut en avoir un semblable («i). Keslauié en 4641 ^ par les soins de D. Michel Laigneau , prieur de la Couture , ce tombeau a disparu depuis que l'abbaye a été supprimée. Cependant l'inscription composée par le téU prieur a été posée sur le premier pilier du chœur^ à droite (a).
(1) Labbe, Concilia, t. X, col. 766. — Manu, Concilia , t. XXI. - D. Mabillon, Amiales 0. S. B., lib. LXXI, n. 97. — Chronicon san^ti Pétri vivi Senonensis, ad an. 1110. — D. 6ouqaet,H. XII, p. 28S.
(t) Jura tucns, et pacis amans, maximùs armîs,
Helias, ccnsor scelerum, patronus honesti, Justitia et quidquid in principe mundus adorât Occidit, ot paritcr pai et decus urbii et orbU - Excidit, Hclia patricQ heu! et rébus adempto*
(3) D. Montfaucon a fait graver ce tombeau dans les Monumetù» de la monarchie française, 11 veut que Técusson ait été i^outé longtemps après la mort d'Hélie.
(4) D. Marlène, Thésaurus anecdoior,, 1. 1 , col. Sfta.
(5) Nouveau traité de diplomatique, t. IV, p. 378.— LMrf de vériftr