CANONICUS, QUI OBIIT ANNO DOMINI M CCCC XVIII
DTE PENULTIMA NOVEMBRES.
ANIMA EJUS ÏN PACE QUÏESCAT. AMEN.
Guillaume Fillastre eut un neveu, qui portait les mêmes nom et prénom que lui, et qui, par le crédit de son oncle, obtint en commende les abbayes de Saint-Thierry et de Saint-Bertin. Il devint ensuite évêque de Verdun (1437), puis de Toul (1449) et enfin de Tournay (146I) ; secrétaire du roi René, conseiller de Philippe le Bon, duc de Bourgogne , et chancelier de la Toison d'Or. Tl mourut le 12 août 1473 ou 1475. Par son testament, il laissait pour cent mille livres de legs pieux. ïl est auteur d'un ouvrage considérable sur Tordre de la Toison d'Or (1).
Après avoir parlé de ces deux prélats, Le Corvaisier ajoute : « fis avaient tous deux un parent appelé Jacques Fillastre, qui était estimé un des excellents hommes de son temps en la poésie , et qui a composé quelques ouvrages, et entre autres un livre de chants royaux en Thonneur de la Vierge, et quelques églogues à l'imitation des cantiques , sous les noms de Philandre et de Parthéhice (2). » Nou,s n'avons rien découvert de plus sur ce poète religieux, dont les ouvrages n'ont sans doute jamais été imprimés.
La famille des Fillastre, en laquelle les dons de l'intelligence semblaient héréditaires, donna encore à l'Église du
(1) D. Marlot, Histoire de la ville de Reims, t. IV, p. 148-151. — Gallia Cliristiana, t. IX, col. 174, 193 et 250.
(2) Le Corvaisier, p. 719.
ADAM GHASTELAIN. 1?2T
Mans un chanoine nommé Raoul de Braio, qui fit un don considérable à l'église de Saint-Julien (1). Enfin au xvie siècle , Léobin Fillastre devint abbé des chanoines réguliers de Cherbourg (2).
L'Église du Mans fournit à la même époque des premiers pasteurs à d'autres diocèses. Jean Belard, doyen du chapitre, fut élevé en 1418 sur le siège de Fréjus, et conserva son décanat jusqu'en 1422 (3). Guillaume et Raoul de Lucé, deux frères, chanoines du Mans, devinrent successivement évêques de Maillezais. Ces deux prélats étaient nés à Saint-Denys-du-Maine (4). Henri d'Avaugour, chantre et chanoine de l'Église du Mans, fut appelé au siège archiépiscopal de Bourges en 1421 (5). L'année suivante , Robert de Roumes, chanoine prébende du Mans, fut élevé sur le siège épiscopal de Séez (6). En 1433, Thibault Le Moine., du diocèse du Mans, occupa le siège de Séez, et plus tard celui de Chartres (7). Enfin Jean Michel, dont nous parlerons plus tard, après avoir possédé la cure de Gourdaine et un canonicat dans l'église cathédrale, reçut le gouvernement de l'Église d'Angers (8) .
Quelques ecclésiastiques du diocèse du Mans se distinguèrent par leur science ; tels furent Renault du Boulay (1415), Pierre Forget (1417), Simon Olivier (1420), Jean de la Chapelle (1423), Jean Froger (1426) et André
(1) Morfyrologium capituli Cenomanensis, fol. 63 v. Le cardinal Guillaume Fillastre est nommé dans le Martyrologe Guillelmus de Braio, fol. 60 r.
(2) Neustriapia, p. 816.
(3) Archives du chapitre, registre B-15. — Bilard, op. cit, n» 635. — Galliu Christiana, t. I, col. 438. - Il fallait que la maison du doyenné fût très -considérable, puisque Jean Belard se vit condamne a la somme énorme de 309 écus d'or et 16-28 livres pour fiais de réparations.
(4) Gallia Christiana, t. Il, col. 1373. - Bilard; loc. ctt.,n°* 577-
(5) Délibérations capituiaires,\m. — Bilard, loc. cit., n<> 624.
(6) Bilard, loc. oit., n°* 6'.5 et 689.
(7) Gallia Christiana, t. VUI, col. 1183, -D. Liron, Almanach d*
Maine, 1728.
(8) Archives dn chapitre, registre B-15, an. 1422, et passim.
128 HISTOIRE Î>K l.'wiusr. DO MANS.
Pelé (1434), qui occupèrent successivement la dignité de recteurs de 'l'université de Paris (1). Geoffroy de Beaumanoir devint abbé de Saint-Martin de Séez (2). Enguerrand de Forcé (3), chanoine du Mans, acquit aussi quelque renom (4). Plus de gloire se rattache au nomd'Arnoul Gréban. néàCompiègne et chanoine du Mans, et surtout à son frère Simon Gréban, moine de Saint-Riquier en Ponthieu, secrétaire de Charles d'Anjou, comte du Maine, docteur en théologie, qui mourut au Mans, et fut enseveli avec honneur dans l'église de Saint-Julien, devant l'image de saint Michel. Ces deux frères sont auteurs de l'un des plus célèbres mystères que nous ait légués la poésie du moyen âge, et sans contredit l'un des plus beaux et des mieux versifiés. Ce drame est intitulé les Actes des Apôtres ; il fut représenté, en 1536, à Bourges, pour la première fois. Le théâtre était dressé dans les arènes de cette ville ; la représentation dura quarante jours; douze bourgeois de la cité tenaient la place des Apôtres. Le Mans fut la seconde villeoù ce mystère fut représenté ; Angers vint ensuite, puis Tours en 1540, et enfin Paris en 1 544 . Le roi Hené, dans son amour pour les arts, s'était attaché les deux frères Gréban, et ce fut lui qui procura à l'aîné un canonicat de Saint-Julien (5). Sous l'épiscopat d'Adam Chastelain, le chapitre du Mans comptait dans sein un autre « poète très-excellent et scientifique docteur, » comme dit La Croix du Maine, et qui dut hâter le mouvement studieux par ses exemples et ses encouragements. C'était Jean Michel, dont le nom a déjà été prononcé. Né en Anjou, il fut pourvu d'un canonicat du Mans, au plus tard en 1422 (6). Il jouit encore
(i) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. IV, passtm. — D. Liron, Almanach du Maine, 1728.
(2) Gallia Christiana, t. XI, col. 723.
(3) De Forciaco.
(*) Gallia Christiana, t. VII, col. 535
(5) Voir nos Recherches sur les mystères qui ont été représentés dans le Maine, p. 18 et suiv.
(6) Ms. de la bihliothèqae du Waus, n°457.
simultanément de la cure de Gourdaine et du grand archi • diaconé du Mans, et enfin il devint, comme nous l'avons dit, évêque d'Angers. Étant attaché à la reine Yolande, qui avait en lui beaucoup de confiance, en qualité de conseiller, il ne dut pas faire un long séjour au Mans. Il a rendu son nom célèbre, surtout par une grande austérité de mœurs, par les miracles qui s'opérèrent à son tombeau et par les mystères qu'on lui a attribués (1).
Thomas Gillet, prêtre de Domfront-en-Passais, et aumônier de Jean II, duc d'Alençon, s'acquit une funeste célébrité par son habileté et son goût pour l'intrigue. Ce fut lui qui poussa son patron à trahir son pays et à se livrer aux Anglais (2). Entre les laïques qui se signalèrent à cette époque par leurs bienfaits envers les églises ou les indigents, nous devons mentionner Guillaume Ouvrouin et Guy XII, seigneur de Laval (3); Jeanne de Courceriers^ abbesse de Nyoiseau (4) ; Béatrix, dame de Cormillie, bienfaitrice insigne de la Chartreuse du Parc (5) ; Anne et Jeanne de Laval (6).
Louis de Bourbon- Vendôme avait été fait prisonnier à la bataille d'Azinconrt; ayant fait un vœu à la Sainte-Larme, il recouvra la liberté en 1427, et fonda aussitôt un monastère d'augustins à Montoire. Il Je dota richement; et un
(1) Jacques Rangeard, Les saints Évêques d'Angers, publié dans Ja Revue de l'Anjou, t. III, p. 44-58. — Bodin, Recherches sur l'Anjou^ t. II, p. 24 et 25. — L. Paris, Les tapisseries de Reims, t. I, p. xlvii et suiv. — Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, nos 561, 632, 662, et passim. — D. Piolin, Recherches sur les mystères, etc., p. 36. — Barbier de Moutaut, Le cardinal d'Estouteville.
(2) Monstrelet, Chroniques, vol. II. Dupuy, Mémoires des templiers, p. 460 et 461. — Caillcbotte, Essai historique sur Dom front, p. 20 et 21.
(3) Testament de Guy XII, publié dans le Mémorial de la tnyenne t. IV, p. 297 et suiv.
(4) Revue de l'Anjou, t. II, p. 37.
(5) Mss. des Bl.-Mant., n<> 45. — Le P. Lelong, Bibliothèque delà France, t. III, p, 39, n° 29814 ; t. IV. Ile part., p. 121, n» 69.
(6) Maucourt de Bourjoly, Mémoires historiques sur Laval, t. I, p. 354, 383, et passim.
130 hisT' . '•.!■: i'i: i/kglïse du mans.
simple bourgeois nommé Georget, et Jeanne, sa femme, s'associèrent à cette fondation. Ce couvent devint bientôt florissant; il comptait plus de trente religieux. Des chapitres généraux y lurent tenus; de beaux bâtiments et une église spacieuse et bien décorée annonçaient L'état prospère de la communauté. Les bâtiments de ce monastère fcsot présentement convertis en une caserne de cavalerie. On y remarque encore les élégantes colonnes du cloître, une fenêtre sculptée et une chaire en pierre à l'extérieur du réfectoire, où un religieux oe plaçait pour faire des lectures au peuple (1).
Les fondations pieuses, moins nombreuses désormais que dans les siècles passés, se faisaient presque toutes en faveur des ordres religieux. Le relâchement ne s'introduisit guère dans nos monastères qu'à la suite de la commende. L'abbaye de Saint-Calais était gouvernée en 4390 par l'abbé Jean Tibergeau, qui fit rédiger le livre des droits et revenus appartenant à son monastère (2). On y lit : • Ledit abbé doit tenir la Senne [la Cène), quand M. l'évesque est absent, et lui doit l'en faire à savoir huit jours d'avant, et mondit sieur l'évesque doit à diner audit abbé et à ceux qui le servent audit Senne. » Quant aux revenus de l'abbaye, ils sont encore fort considérables ; réduits au taux actuel, on peut les porter à environ deux cent mille francs (3). Jean mourut en 1415. Pierre Thomin, son successeur, s'excusa en 1420 d'assister à la fête de Saint-Julien. Neuf ans plus tard, l'armée anglaise, forcée de lever le
(1) Le couvent était connu sous le nom de Querrlioent. Pouillé du diocèse du Mans , 1772, fol. 27 r. — L'abbé Simon, Histoire de Vendôme, t. Ul,.p. 280. — De Petigny, Histoire archéologique du Yeadomois, p. 329.
(2) Ms. à la bibliothèque de la ville de Saint-Calais. — Un long extrait en a été publié par Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. V p. 102 et suiv.
(3) En 1629, Gilles de Souvré, fils puîné du maréchal de Souvré marquis de Gourtenvaux, évoque d'Auxerre et abbé de Saint-Calais, rendit aveu à Louis XIII pour ce monastère ; et l'on estime qu'il lui rapportait alors plus de cent mille francs de notre monnaie.
siège d'Orléans, se retira en partie sur le Mans, et livra aux flammes en passant l'abbaye et la ville de Saint- Gaîais. Il ne resta de l'ancien monastère que le donjon, qui servit d'asile aux religieux après le désastre. Geoffroy du Bois l'ut un généreux bienfaiteur de ce sanctuaire à cette époque. Les moines se mirent avec courage à relever les ruines de l'abbaye, et d'abord ils élevèrent une église - Mais ie temps des grands édifices religieux était passé. Les moines contribuèrent aussi à la construction d'une autre église pour le service de la paroisse, qui fut désormais séparée de l'abbaye, si ce n'est que la présentation de la cure appartenait toujours à l'abbé. Jean Garreau succéda à Pierre Thomin. En 1443, il y eut un accord passé entre l'évoque du Mans et cet abbé, au sujet de la juridiction spirituelle dans les paroisses de Notre-Dame de Saint- Calais, Saint-Jean de Montaillé, Marolles et Rahay. Il fut reconnu que l'abbé de Saint-Calais avait le droit d'exercer les fonctions d'archidiacre et de doyen dans ces quatre paroisses. Jean de Cormeray, élu en 1451, mourut en 1 469. Ce prélat fit faire une enquête (1460) pour le maintien des privilèges de son monastère. Christophe de Cormeray, frère de Jean, lui succéda, et mourut en 1473. Jean Millette (I) régit le monastère de 1473 à 1480, époque de sa mort. En 1473, il gagna un procès contre l'abbé de Vendôme, devant le parlement de Paris. Le 5 juillet 1 476, il signa une transaction avec Jean de Bueil, comte de Sancerre, seigneur de Saint-Calais, pour régler l'exercice de la justice entre le monastère et ce seigneur. Jacques de Ronsard, oncle du poëte dont nous aurons bientôt à parler, tint la crosse abbatiale de 1480 à 1515. Il acheva l'église commencée par Pierre Thomin, bâtit la partie occidentale des cloîtres, souscrivit une nouvelle transaction avec Marie de Luxembourg, dame de Vendôme et de Saint-Calais, pour régler l'exercice de leur juridiction respective, comparut en 1508 à la publication de la coutume du Maine, et résigna en
(\) Millotte ou Milesse.
132 histoire i'E l'église dd mans.
laveur d'Antoine de Crévaot. Jean de Ronsard possédai! en
même temps, en commende, le prieuré de Tuffé. Antoine de Crevant, abbé de Ferrières et du Bois-Albéric, fut élu par les moines de Saint-Calais, le 8 octobre 1515. 11 s'adressa aussitôt au parlement de Paris pour demander que le cardinal Philippe de Luxembourg lit constater la validité de son élection par des délégués non suspects. Peu après il se démit en faveur de Hugues de Ghandieu (1), et mourut (ii 1518. JJugues de Cbandieu prit possession do vivant de son résignant; mais à la mort de celui-ci, les moines élurent Catherin de Chahanay.abbc de Perseigne. Hugues de Cbandieu, Aidant ouvertement toutes les libertés ecclésiastiques et monastiques, se maintint en possession de l'abbaye en vertu de deux arrêts, l'un du parlement, et l'autre du conseil. Le 6 mars \ 519, Hugues rendit aveu, pour le fief de Margerie, à Charles de Bourbon, duc de Vendôme. Il acheva les bâtiments du monastère, et mourut en 4523. Martin de Broc, mort en 1533, fut le dernierabbé régulier de Saint-Calais (2). Déjà la cupidité avait porté un coup mortel à la discipline monastique en brisant le seul élément qui puisse la maintenir, l'élection libre d'un abbé régulier.
On a vu que le gouvernement de l'abbaye de Saint- Vincent passa, en 1399, aux mains de l'abbé Jean Frain. qui le tint jusqu'en 1 424. Ce prélat reçut un grand nombre de professions. En44H, le roi renouvela le privilège qui exemptait l'abbaye de la garde des murailles de la ville. Trois ans plus tard (1414), Adam Chastelain donna une déclaration portant que l'abbé de Saint-Vincent avait droit de présider le synode diocésain, alternativement avec l'abbé de Saint-Calais, en l'absence de levèque. Dès la première année de sa prélalure, Jean Frain procéda par monition,
(1) Chandieu ouChampdiou.
(2) Livre Rouge, fol. 287 r. — Mss. de laBibliolh. impér., résidu. Saint-Germain, p. 101 et 102, n° 5. — D. Brîant, Cenomania. — Pesche, t. V, p. 38. — Cainin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, P- 180. — Bilard, op. a/.,n«596. — Gallia christiana,i. XIV, col. 451.
suspense et excommunication contre le prieur de Nouans; Adam Chastelain prétendit que ses droits étaient violés; l'affaire fut portée au parlement, et elle ne fut terminée ue la dernière année de la vie de l'évêque, après trenteuit ou trente-neuf ans de procédures. Durant ce temps plusieurs abbés se succédèrent à la tête du monastère de Saint-Vincent : Etienne, qui mourut en 1426; Robert, qui employa ses biens pour recouvrer le prieuré que Saint- Vincent possédait en Angleterre (1i26), etappelaau Saint- Siège (1427) des entreprises de l'évêque contre l'abbaye. ïl prit aussi possession de sa stalle dans le chœur de la cathédrale, et reconnut l'obligation où étaient les moines de venir chaque jour à l'église de Saint-Julien y célébrer une messe de requiem. L'abbé Jean gouverna de 1430 à 1439, et fut remplacé par Robert de Monthoudoul, profès de l'abbaye (19 septembre 1409), qui fut élu vers 1446 et mourut en 1466. Après sa mort, le monastère tomba sous le fléau de la commende. Du moins l'édification s'était maintenue avec la régularité jusqu'à ce moment, comme le prouve le grand nombre de professions qui furent émises dans le monastère (1).
An moment où Adam Chastelain s'assit en la chaire de saint Julien, l'abbaye de la Couture était régie par Paschal Huguenot, qui fut pourvu par bulle en 1375, augmenta les revenus du monastère, construisit divers édifices, et, dit son épitaphe, « fit faire le chief de monsieur saint Bertrand. » Il obtint du Pape le privilège d'user des ornements pontificaux et de donner la bénédiction épiscopale. Non moins agréable au pouvoir civil qu a l'autorité ecclésiastique, il portait le titre de conseiller du roi. Sa mort arriva le 13 octobre 1393(2). Guillaume Patry, né au
(i) Livre Roug?, fol. 96, et passim. —Archives du chapitre du Mans, registre B-25.— Mémoires pour servira l'histoire de l'abbaye de Sainf- Vincent,Ms. de la biblothèque du Mans, p. 231-242. — Bibliothèque imp., fonds latin, n° 5H5; fonds Saint-Germain, n° 1009. — Galda cfirïstiana, t. XIV, col. 463.
\i) Mss. de la bibliothèque du Mans, n0i 91 et 641. — Biblioth. imp ,
Mans, fut appelé à remplacer Paschal Huguenot. Le nouvel abbé était depuis 1362 à la tète du prieuré de Solesmes* qui reçut des dons de Thomas et Nicolas de L'Abbaye, de Pierre Poucin et de Jean Lessillé, seigneur de Juigné, et fut très-florissant sous son administration. Les moines ne craignirent pas d'entreprendre d'importants travaux pour l'utilité publique, comme la grande chaussée, en face du monastère (1370). A la tête de l'abbaye de la Couture, Guillaume Patry brilla par toutes les vertus et les talents d'un grand supérieur. Il soutint un procès contre l'évèque du Mans devant le parlement de Paris (11 mai 1409), pour la juridiction dans le monastère, et il se fit représenter au concile de Pise. Après sa mort, arrivée le 25 septembre 1 409, l'abbaye de la Couture fut occupée par Guy de Baïf, d'une famille que les lettres et de grands emplois dans l'État ont rendue illustre, et qui était dès lors puissante dans le Maine et l'Anjou. Alexandre V lui conféra le privilège des ornements pontificaux, et Jean XXIII (5 octobre 1411), confirma les possessions du monastère. Le même Pontife transféra (1412) Guy de Baïf à l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. Le successeur de ce prélat en l'abbaye de la Couture fut Jean Chevalier, bachelier en 'décret, que Jean XXIII pourvut en 1413, et qui mourut le 20 septembre 1417.
Dans le prieuré de Solesmes, Guillaume Patry avait eu pour successeur Hélie de Voude, personnage dont la modestie égalait la science. A celui-ci succéda Alain Le Doyen. Ce vertueux et savant prélat avait d'abord été prieur de Notre-Dame de Chevré (1400). 11 fut ensuite élevé à la dignité d'abbé de la Couture ; mais on ignore si ce fut par l'élection des moines ou par provision apostolique. Il gouvernait l'abbaye en 1420. Les Anglais l'avaient presque
Mss. de Gaignières, n° 170, fol. 243, et passim. ; Saint-Germaio, lat. n« 583, 1. 1. — D.Briant, Cenomania. —Pouillé du diocèse du Mans 1778, fol. 14 r., et passim. — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 34 et suiv. — Bilard, Analyse des documents historiques etc., part. II, n° 600, et passim. — Gallia christianay t. XIV, col. 478.
réduite en cendres, et il apporta tous ses soins à la rétablir. Il reçut du Saint-Siège la mission d'unir le prieuré de Neuillé à»Fabbaye de Saint-Vincent (1-435), et mourut le 9 février 14-39. Le prieuré de Solesmes éprouva les mêmes malheurs que l'abbaye-mère. Irrités de la résir* mce qu'ils rencontrèrent de la part de la garnison de Sablé, les Ang .is incendièrent le monastère. Mais la justice divine ne tarda pas à sévir contre les auteurs de ce saer'1 'ge. Les soldats anglais précipitèrent la récolte des raisins, et se donnèrent le plaisir de boire avec excès un mélange de vin nouveau et de lait; ce qui occasionna une violente dyssenterie et la mort de la plupart d'entre eux. Henri des Vignes était alors prieur, et Jean du Tremblay, qui lui succéda, ne vit guère que de nouveaux désastres.
L'abbaye de la Couture eut pour abbé, après la moii d'Alain Le Doyen, Férard de Lorière. Cet abbé était licencié en droit et conseiller du roi. Il fit de nombreuses réparations en son abbaye, et obtint de Nicolas V et de Pie II la faculté d'y réunir les prieurés de Solesmes et d'Auvcrsle-Hamon. Il mourut le 19 juin 1461. Son successeur fut Guillaume Le Monnier ou Le Meulnier, qui était auparavant prieur de Vallon. C'était l'époque où la pragmatique sanction occasionnait dans l'Église de France tant île variations pour la collation des bénéfices. Guillaume, après avoir été élu par les moines, fut confirmé par Martin Berruyer, évêque du Mans (29 juillet 1461), et par Jean Bernard, archevêque de Tours (13 octobre 1461). Mais cette double institution ne lui ayant pas procuré la paisible jouissance de son abbaye, il se rendit à Rome, obtint de Pie II les provisions apostoliques, et, après son retour, s'appliqua à réparer son monastère, auquel il fut enlevé le 9 décembre 1465. Il avait pourvu celui de Solesmes d'un prieur, qui fut Thomas Bouchard.
Après la mort de Guillaume Le Monnier, Jean de Tucé, prieur de Gennes, fut élu par les moines (20 janvier 1465), et confirmé par le chapitre de Tours, le siège vacant (16 mai 1466). « Jean de Tucé était, dit l'historien de la
Couture, petit de corps, mais de cœur magnanime. » Dans l'état d'anarchie où se trouvait l'Église de France pour les provisions bénéficiâtes, et avec l'attrait toujours croissant de la commende, il était devenu difficile à un abbé élu par les moines de faire reconnaître ses droits. L'évêque du Mans, Thibaut de Luxembourg, en faveur duquel on venait de mettre en commende l'abbaye de Saint- Vincent, s'efforça d'infirmer l'élection de Jean de Tucé. Sur la requête de celui-ci, les chanoines de Tours, le siège vacant, ordonnèrent à l'évèque du Mans de confirmer l'élu de la communauté. Mais les tribulations de l'abbé et des moines ne devaient pas finir si tôt. Tandis que les affaires s'arrangeaient en France, Paul lï donnait l'abbaye de la Couture à Guillaume de Malestroit, archevêque de Thessalonique et conseiller du roi (27 janvier 1466, N. S.). Jean de Tucé se vit obligé de renoncer à ses droits ; car Louis XI avait aboli la pragmatique et appuyait l'élu de Home. Néanmoins, en 4469, Guillaume de .Malestroit résigna l'abbaye entre les mains de Paul II, en faveur de Jean de Tucé. Son gouvernement montra que les moines avaient eu raison de l'élire. îl mourut en mars 4486. On grava sur sa tombe, qui était dans le chapitre, l'inscription suivante :
BOCCINE PASTOR1S TUMELO SEPPRESSA JOHAXNIS DE TESSEYO exiguo pulvere membra jacent.
HAUD SECUS INGENIO PRiESTANS AC STEMMATG ELARES
ECCLESLE SUMPSIT JURA TCENDA DEI.