TUM DEMUM IN MAJOREM EGCLESIAM CORPUS ILLATUM EST
CORDE HIC MANENTE (3).
(1) Galli a christiana, t. VI, col. 249. — Le chapitre lit cette année des statuts curieux ; nous regrettons de ne pouvoir en donner une idée, vu les limites dans lesquelles nous sommes renfermé. Voir Ms. de la bibliothèque du Mans , n° 245, fol. 95 v., et Archives du chapitre , registre B-25.
(2} D'Espaulard , dans les Congrès scientifiques de France, XV« session, t. II, p. 259.
(3) Un dessin de ce petit monument se voit dans le Ms. de Gaiguièrcs, n° 170, fol. 285. — Voir encore Archives du chapitre du Mans, registre B-2-j, fol. U7 v, et D. Bondonnet, p. 651.
O'i-i HISTOIRE DE l/ÉGLÎSE 01 MANS.
Lo -21 janvier 1512 , Philippe de Luxembourg recueillit révêchéd'Àrras,queîiii résigna François fleMeltta,sonondê
maternel. Il n'en jouit qu'environ trois ans, et le transmit en 151 5 au cardinal d'Ancône (1). Le concile delà province fut célébré à Tours ; mais il ne nous offre aucun renseignement précis sur l'état de notre diocèse (2). Philippe de Luxembourg fit des fondations en faveur du chapitre de Saint-Michel-du-Cloitre (3) ; à la prière des moines de la Couture, il accomplit une translation solennelle des reliques de saint Bertrand : il fut assisté en cette fonction par D. Michel Bureau, D. Jean Durand, abbé de Saint-Vincent, Geoffroy Suet, abbé de Beaulieu , Jean Aubinière , abbé de l'Épau, et par une foule nombreuse d'ecclésiastiques (-4) • Enfin notre évêque entreprit une nouvelle visite de son diocèse, ainsi que le raconte le naïf annaliste de Laval.
Puys, la Penthecouste venue,
Nous eusmes joyeuse venue
De notre évesque et féal,
Le bon Philippe cardinal,
Qui a voulu revisiter
Son évesché, et inciter
Son peuple à confirmation,
Et en toute dévotion.
Tenu de son peuple sainct homme,
Car luy lors retourné de Rome,
Où a été par long espace ;
Et luy en Laval, de sa giâce,
A voulu les ordres tenir,
Et aux prestres subvenir,
Au couvent des frères prêcheurs,
Où avait révérends docteurs (5).
L'année suivante, 1513, mourut Jules II ; mais Philippe de Luxembourg ne se rendit pas au conclave qui plaça
(1) Gallia christiana, t. IÏÎ, col. 347.
(2) Maan, Ecclesia Turonensis, part. II, p. 117.
(3) Archives municipales de la ville du Mans, n« 881.
(4) Mss de Gaignières, n° 199. — Mss. de la bibliothèque du Mans, n<> 91. — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 43.
(5) Guillaume Le Doyen, Annales et Chroniques du pays de Laval, à l'an loi 2, p. 14 4.
PHILIPPE DE LUXEMbOlîtG, 293
Léon X sur la chaire de saint Pierre. En même temps , les A nglais, qui venaient de s'emparer de la ville de Thérouanne, épargnèrent en considération de notre cardinal, et à la prière de son frère aîné Jacques de Luxembourg, l'église cathé^ drale et le palais épiscopal de Jeur nouvelle conquête (1).
Au mois de janvier de l'année suivante 1514 , la reine Anne de Bretagne mourut à Blois, et le cardinal du Mans fut invité à s'y rendre. Ce fut lui qui leva le corps de la chapelle du château, et le conduisit à Paris. Il officia aux funérailles de la reine (14 février) , d'abord en Féglise cathédrale de Notre-Dame, puis à l'abbaye de Saint-Denis, ayant pour diacre l'archevêque de Lyon et pour sous-diacre l'archevêque de Sens (2). L'abbé de la Roë, Guy Lecerc, qui était aumônier de la princesse, figurait dans la même cérémonie (3). Philippe de Luxembourg ne négligeait pas les affaires de son diocèse; car le 24 avril suivant il pria les chanoines de l'Église d'Angers de lui prêter la galerie de Saint-Maurice, pour y juger une cause relative à l'abbaye de Glermont dans le Maine (4).
Dans l'espoir de remédier à certains abus qu'il avait cru remarquer clans la solennité du dimanche des Rameaux, le cardinal de Luxembourg essaya d'en retrancher certaines parties. Il voulut interdire les concerts de fifres, de hautbois et de violons qui accompagnaient la procession depuis Saint-Vincent jusqu'à l'église cathédrale. De plus il sollicita du roi des lettres patentes pour transférer la course des lances qui suivait la procession, au dimanche Oculi, troisième de carême. Il obtint les lettres du roi, et prit soin
(1) Autres nouvelles chroniques à la suite de Monstrelet, vol. III, fol. 115 v. — Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 91, p. 247. — Gallia christiana, t. IX, col. 15.
(2) Collection universelle des mémoires sur l'histoire de France, t. LXIII, p. 141-147. — D. Montfaucon, Monuments de la monarchie, t. IV, p. 130 et suiv. — D. Félibien, Histoire de Paris, t. IV, p. 627 629. — Idem, Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, p. 375.
(3) D. Morice, Histoire de Bretagne, t. II, p. 243.
(4) Lchoreau, t. I, liv. Ier, p. 644, Mss. de la bibliothèque de l'evêché (FAnecrs,
2iH HISTOIRE DE L'ÉGLISE Ml BANS,
de les faire entériner et publier ; mais la coutume fut plus forte que la volonté du roi et le zèle du prélat (1).
L'abbaye de Saint-Vincent vit l'année suivante 1515 une translation solennelle des reliques de saint Domnole, pour lesquelles notre carlinal donna une châsse magnifique. Dans le même temps Louis XII descendit dans la tombe, et François Ier monta sur le trône. Ce fut notre cardinal qui couronna la reine Claude dans l'église de Saint-Denis, en présence d'un grand nombre d'archevêques etd'évêques(2). L'avènement de ce nouveau règne fut marqué par le désordre dans lequel tomba l'administration de l'État, les dilapidations scandaleuses dont l'Église particulièrement eut à souffrir , les grandes fautes et les malheurs inouïs du pouvoir; toutefois, non-seulement aucune des sources de la prosnérité publique ne se ferma, ma;s il s'en ouvrit de nouvelles (3).
Dès le début de son règne, François Ier donna le duché d'Anjou et le comté du Maine à Louise de Savoie, sa mère, qu'il créa en même temps duchesse d'Angoulême. Cette princesse établit aussitôt dans les villes du Mans et d'Angers la juridiction nommée les grands jours. Mais cette institution n'apporta aucun soulagement au peuple excédé d'impôts et fatigué des longueurs excessives de la chicane (4).
Cependant les préoccupations d'un tel état de choses n'empêchaient pas le peuple de Laval de prendre une vive attention aux affaires de l'Église. Guy XVI ayant publié une ordonnance émanée de lui seul en vertu de laquelle les chanoines de Saint-Thugal devaient à la Fête-Dieu prendre le saint Sacrement et le porter durant la cérémo-
(1) Biblioth. impér. Collection D. Housseau, n° 4170. — Ménage, Histoire de Sablé, part. II. — Le Gorvaisier, p. 765-769. — D. Bondonnet, p. 657.
(2) D. Félibien, Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, p. 377.
(3) Thierry, Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiersétat, t.], p. 91.
(4) Vart de vérifier les dates, t. XIII, p. 106. — Barl. Roger, Histoire de l'Anjou, p. 391.
nie, le peuple se souleva, se porta contre le château, et le seigneur fut obligé de s'enfuir en secret (1).
Des événements plus graves encore appelaient l'attention de Philippe de Luxembourg. Le Pape lui avait confirmé le titre de légat pour le royaume de France ; ii le chargea de veiller à l'observation du concordat qu'il venait de conclure avec François Ier. Cette célèbre convention ne lut cependant publiée définitivement que dans la dernière session du concile de Latran, le IG mars 1517.
L'un des premiers soins de Philippe de Luxembourg fut de demander au Pape une délégation spéciale pour travailler a la réforme des monastères, surtout de l'ordre de saint Benoît. Un grand nombre de religieux gémissaient des obstacles que l'ambition des commendataires apportait au maintien d'une bonne discipline. Léon X accéda aux vœux si louables de notre évêque; le roi lui-même lui accorda des lettres patentes pour remplir le mandat pontifical; mais la cupidité et l'esprit d'hostilité envers l'Église qui animait les parlements y apportèrent des obstacles insurmontables (2).
Notre prélat voulut donner lui-même l'exemple, et il se démit bientôt après de l'abbaye de Jumiéges, pour y établir la réforme de Ghezal-Benoit. Déjà il avait remis aux mains des réguliers les crosses de Saint- Vincent du Mans, de Saint-Martin de Séez, d'Igny et d'Orchamp. De tous les évêchésqui lui avaient été successivement résignés, il ne conservait plus alors que le Mans et Tusculum (3). Cette générosité, presque sans exemple à cette époque dans un aussi grand prélat , contribua beaucoup à répandre la réputation de sa vertu et de sa piété. 11 est vrai qu'il
(1) Le Doyen, Annales et Chroniques du comté de Laval, à Tan 1516. — Le Blanc de La Vignollc, p. 245, exemp. de M. La Beauluère. — Boullier, Recheixhes sur la Trinité, p. 241. — Gouanier de Launay, Histoire de Laval, p. 272 et suiv.
(2) Preuves des libertés de l'Église gallicane, in-fol., t. II, p. 942 et suiv., n°* 19-23. — Lannoy, Opéra omnia, t. IV, part. 1, p. 403.
fi) Ms?. <ic GaigMièrcs, n° 170, fol. 275.
touchait une pension très -considérable de la cour de France (i).
La publication du concordat et l'abolition de la pragmatique sanction portaient un coup sensible aux principes dangereux que les parlements et l'université de Paris avaient fait prévaloir en France; Philippe de Luxembourg s'entendit avec le Saint-Siège, le roi François lit et le célèbre chancelier Antoine du Prat pour ménager de si heureux résultats. L'université prit aussitôt l'alarme, et lorsque notre cardinal se rendit à Paris sur la fin de 1516 pour se faire recevoir solennellement, elle s'opposa à la vérification de ses pouvoirs par le parlement, jusqu'à ce qu'il eût promis de ne rien entreprendre contre les libertés de l'Église gallicane, et en particulier contre la pragmatique sanction. Les docteurs ne se contentèrent pas de minuter ces résolutions dans leurs assemblées ; ils s'adressèrent au parlement : ils y firent parler un de leurs orateurs, qui expliqua tous les inconvénients du concordat et de la légation confiée à l'évêque du iMans (22 décembre). L'université fut soutenue dans ses poursuites par les archevêques de Tours et de Sens, et par l'évêque de Beauvais , qui craignaient aussi l'exercice des pouvoirs du légat, soit par rapport à la collation des bénéfices, soit en ce qui pourrait concerner les autres parties de la juridiction ecclésiastique. Cependant le cardinal ayant donné communication de ses lettres au parlement, et le roi voulant qu'elles fussent enregistrées, les difficultés s'aplanirent; et le légat fit son entrée à Paris avec les solennités ordinaires, le 29 janvier 1517 (2).
La nouvelle dignité de légat a latere dont Philippe de Luxembourg venait d'être revêtu le plaçait à la tête de tout le clergé de France ; aussi le vit-on, dès le 26 avril suivant,
(1) Mss. de Gaignières, ri" 170. fol. 275.
(2) DuBoulay, Historia univevsitatis Parisiensis, t. VI, p. 73-77. — Launoy, Opéra omnia, t. IV, part. I, p. 403. — Mémoires du clergé, in-4°, t. X, p. 134 et 164 ; t. XI, p. 53 et suiv.
Philippe de Luxembourg. $97
consacrer à Paris Jean d'Orléans, archevêque de Toulouse, assisté d'Etienne Poncher, évêque de Paris, et de Jean Le Veneur, évêque de Lisieux (1). Ce dernier prélat, dont nous aurons bientôt une nouvelle occasion de parler, tenait l'un des premiers rangs dans l'épiscopat français de son temps (2). L'abbaye de Lonlay qu'il possédait avec beau^ coup d'autres , ses relations avec sa famille qui joussait du château de Resné et de la seigneurie de Lignière-la- Doucelle , son attachement surtout pour notre Église du Mans et pour son évêque, furent cause que ce prélat fréquenta très - assidûment notre pays sous Philippe de Luxembourg et son successeur, comme l'atteste sa signature sur un grand nombre d'actes contemporains.
Tandis que Philippe de Luxembourg se rendait à Paris, à Rouen (3), et partout où l'appelaient ses fonctions de légat, Pierre Cheminart, doyen du chapitre, mourut au Mans. Sous des dehors modestes, et même humbles, ce dignitaire possédait de grands talents. Il avait été envoyé par Louis d'Amboise (1501), évêque d'Albi, à Rome, et il laissa à l'Église du Mans des témoignages de sa piété et de sa générosité (4). Les chanoines élurent ensuite pour doyen Félix de Brie de Serens, dont la famille possédait la terre de Juigné près de Beau mont, où elle faisait sa résidence. Chanoine du Mans et de Chartres, protonotaire apostolique, Félix de Brie parvint à se faire élire abbé de Saint-Évroul, après la mort de son oncle Auger de Brie, qui avait été aussi chanoine du Mans; il l'emporta sur ses concurrents, et jouit des revenus de ce riche bénéfice. Il fut
(1) Gallia christiana, t. XIII, col. 53.
(-2) On lit dans le Gallia christiana, t. XI, col. 799, que Jean Le Veneur consacra en 1517 Thomas du Prat, élu évêque du Mans. C'est une erreur ; il s'agit de Thomas du Prat, évêque de Glermont. Voir la Généalogie de la famille du Prat.
(3) Fallu, Histoire de l'Église de Rouen, I. III, p. 88.
(4) Martyrologium capituli Cenomanensis, Il kal. fehr. — Gallia christiana, t. IV, col. 4-S.2.
298 HISTOIRE DE l/ÉGLlSK DO MANS.
moins heureux dans ses entreprises sur l'abbaye de la Trappe; mais il parvint néanmoins à la dépouiller (Tune partie de ses biens par des procédésentièrement contrairesà la probité. Il pouvait l'aire ensuite des dons q ni ne lui coûtaient pas beaucoup. Il offrit en elïet à l'église cathédrale une chape estimée deux mille quatre cents livres (1). Félix de Brie deSerensne mourut que le 23 septembre 154(3; mais dès 1541, il s'était donné pour vicaire général Aimard de Thévalles, auquel i! résigna sa prébende en se réservant le décanat (2). Aimard de Thévalles, d'unefamille ancienne, qui s'était signalée dans les croisades, et qui se perpétue en celle du marquis de La Rochelambert, fut élu doyen à son tour; il se démit le 29 août 1554 en faveur de Léonard Leroux des Aubiers; il mourut le 3 septembre suivant, et fut enterré comme simple chanoine (3).
On a vu déjà les relations de Jean Glapion avec la vénérable Marguerite de Lorraine ; mais il est juste de s'arrêter plus longtemps sur un personnage aussi célèbre, l'une des gloires de notre pays. Il était né à la Ferté-Bernard , et avait professé la règle de saint François dans la maison des cordeliers du Mans, avant de se faire remarquera Paris par son éloquence. Il fut provincial de son ordre en France, et nous avons vu ce qu'il fit dans notre pays. Ayant été nommé commissaire général et procureur en cour de Rome, et ensuite provincial de la Gaule Belgique, il rendit d'immenses services à Maximilien, roi des Romains, que les habitants de Bruges retenaient prisonnier, et auquel il fît rendre la liberté. Glapion devint aussitôt confesseur ordinaire et premier aumônier du roi des Romains, mais surtout il fut son confident et son conseiller intime. Ce fut
(1) Sous François Ier la livre tournois équivalait à 11 fr. 83 c. de notre monnaie moderne.
(2) Plaintes et doléances du chapitre du Mans. — Gallia christiana, t XI, col. 828. — Neustria pia, p. 129. — Gaillardin, Les Trappistes, t. I. — Cauvin, Géographie, etc., p. 164.
(3) Archives du chapitre, registre B-15.
lui qui, en 1492, conduisit l'importante négociation qui amena la restitution de la Cerdagne et du Roussillon à la couronne d'Espagne. Il travailla aussi très- efficacement à lier la confédération de 1496. Charles V récompensa les services rendus à sa couronne en nommant Glapion à l'archevêché de Tolède, le plus riche de l'Espagne. Notre Manceau succédait au cardinal Ximenès, qui avait été l'un des premiers à découvrir son mérite et à Je porter sur le brillant théâtre où il joua uri rôle si important. Glapion occupait ce glorieux emploi, lorsqu'il Fut atteint, à Valladolid, d'un flux de sang qui l'emporta. Il mourut le 15 septembre 1522. Au milieu d'une vie si active, Glapion composa plusieurs ouvrages. Le plus considérable est intitulé : Le passe- temps du pèlerin de la vie humaine. Il est encore inédit. Nicolas Volkir a publié, en 1523, un recueil des opuscules de notre compatriote, sous ce titre : Le petit recueil du poly graphe instructif et moral. La protection que Glapion accorda constamment à Érasme recommande assez peu sa mémoire aux yeux des vrais catholiques; mais ses relations de respect et d'affection avec le cardinal Ximenès, Marguerite de Lorraine et Philippe de Luxembourg, lui donnent droit à notre estime. Ce dernier reçut l'illustre enfant de saint François avec de grandes démonstrations de joie, et le retint au Mans durant quinze jours, lorsqu'il y vint pour la dernière fois, en 1517 (1).
Au commencement de l'année suivante (19 janvier 1518), Philippe de Luxembourg inhuma en l'église cathédrale, devant l'autel de Saint-Julien , un chanoine qui lui était uni parla sympathie la plus forte, Baudouin de Crépy, né dans le comté de Saint- Bauli, au diocèse de Thérouanne, d'une famille illustre, renommé par ses connaissances dans les lettres. Baudouin de Crépy travailla, par sa piété et ses actes de générosité, à s'assurer une gloire plus solide. Il
(1) Bloruleau, Portraits des hommes illustres de la province du Maine, p. 2-5. — Le Corvaisier, p. 780. — Hnnrvau, Histoire littéraire du Maine, t. IV. p. 217-220.
300 HÎSTQIRB i»i- l'église DU maxs.
offrit à l'église Saint- Julien , entre autres dons magnifiques, une superbe tapisserie représentant la vie de l'apôtre
du Maine (\).
L'Église du Mans et l'abbaye de la Couture en particulier firent une autre perte condidérable à la même époque
en la personne de D. Michel Bureau. Ce ne fut point par les qualités qui distinguèrent Baudouin de Crépy et Michel Bureau qu'un autre prêtre de notre diocèse se fit alors un nom trop célèbre. Jean Gallery, né au Mans, principal du collège de justice, à Paris, composa plusieurs pièces de théâtre, tragédies et comédies, et il les fit représenter par ses élèves. Les habitu les du temps, et probablement la nature de ces drames, permettaient ces occupations à un ecclésiastique (2). Mais il fut accusé de magie et condamné aux galères. Il est juste d'ajouter que les preuves alléguées contre Jean Gallery ne paraissent pas entièrement péremptoires : les magiciens commençaient à pulluler de toutes parts, et la justice croyait de son devoir de sévir contre eux avec une précipitation qui a donné lieu à plus d'une récrimination de la part de l'histoire (3).
Depuis l'épiscopat de Guy d'Estampes, nous n'avons pas eu d'occasion de parler des reclus et recluses qui continuaient à se sanctifier dans les austérités de la pénitence la plus rigoureuse. Il est certain néanmoins que plusieurs sanctuaires du diocèse servaient d'asiles à ces âmes privilégiées. La chapelle de Sainte-Catherine , du grand cimetière, était de ce nombre. Depuis sa fondation il y a\ait toujours eu, dans une petite cellule attenante à cet édifice, une personne dévouée à la réclusion. Tiennette Lésiarde occupait cette demeure au commencement de loi 8. Un
(1) Martyrologium capituli Cenomanensis, 19 januarii. — Bibliolh. imp., fonds latin, n° 5211. B. p. 75. — Le Corvaisier, p. 781. — D. Bondonnet,p. 654, C>60.
(2) Voir nos Recherches sur les myttèreê qui ont été représentes dans le Maine.
(3) La Croix du Maine, Bibliothèque franroise. — Le Paige, t. II, p. 249. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. II, p. 10 et =?uïv.
incendie ayant dévoré sa cellule au mois de janvier, la pieuse solitaire périt dans les flammes. Depuis ce tempslà, nous ne retrouvons plus aucun souvenir de réclusion dans notre diocèse.
Le 10 mars de la même année 1518, Philippe de Luxembourg fut nommé à l'évêctié de Maillezais (1) ; mais quatorze jours après il eut pour successeur GeoiFroy d'Estissae. L'aîné de ses frères, Jacques de Luxembourg, étant mort à cette époque, il le fit ensevelir clans l'église de Saint-Julien, et lui éleva un tombeau digne de la grandeur du prince décédé et de la magnificence du prélat. C'était le troisième monument funéraire qu'il élevait dans la vénérable basilique : les deux premiers étaient pour son père et pour son neveu. Tous les trois étaient de marbre et ornés d'ouvrages en bronze; et, par ses dernières volontés, Philippe ordonna que la statue couchée de chacun d'eux fut placée sur sa tombe. Ces tombeaux furent brisés par les huguenots en i562. Philippe fonda quatre anniversaires pour le salut de leurs âmes et le repos de la sienne ; il institua plusieurs autres services annuels, des chants particuliers en l'honneur de la Mère de Dieu à toutes ses fêtes solennelles, et la prose Stabat Mater, que l'on chantait tous les premiers dimanches du mois, à l'issue des vêpres. En dehors de l'église cathédrale, il fit un grand nombre d'autres fondations dans le diocèse et en d'autres lieux (2).
Une fondation beaucoup plus importante préoccupait le cardinal Philippe de Luxembourg depuis longtemps; mais il s'en occupait surtout depuis 1517. Il voulait établir un collège dans l'université de Paris, pour faciliter à^douze pauvres écoliers de son diocèse les moyens de se former aux bonnes lettres. Il n'eut point le temps d'exécuter son dessein; mais il en laissa l'accomplissement à Christophe
(1) Gnlliachristiana,\.\\, co\. 1375. -Hugues du Temps, le clergé de France, t. H. p. 525
(2) Sixième registre des fondations, passira. — Pouillé du diocèse du Mans, 17, passim.
: 02 BisToinjE de l'église de jîàns.
de Chain igné, chanoine dn Mans et évô [ue de Saint-PoJde-Léon; Jean Hays, docteur en médecine, archidiacre de Sablé et chanoine du Mans; Guillaume Véron, archidiacre de Château- du-Loir. et chanoine du Mans; Jean de Cour-
thardy, archidiacre de Montibrt; Julien de Balf, prol taire apostolique, et Jean du Gué, chanoine du Maus. Ceuxci choisirent, pour l'établissement de ce collège, l'ancien hôtel des évêques du Mans, situé dans la rue de Reims, sur la montagne Sainte-Geneviève. Il était presque réduit à l'état de masure, et le cardinal Louis de Bourbon, successeur de Philippe de Luxembourg en l'évêché du Mans, le leur céda, à condition que le procureur des boursiers lui en rendrait, et à ses successeurs, évêques du Mans, tous les ans, le jour de la Saint-Julien, la somme de vingt livres, jusqu'à ce que le collège lui eût fourni un fonds indemnisé de semblable valeur. Ce fut en cet endroit que les exécuteurs testamentaires du cardinal de Luxembourg bâtirent un collège entièrement neuf et de plein exercice, avec une chapelle, un puits et les autres servitudes nécessaires pour un établissement de cette nature. Ils y consommèrent plus de quatorze mille livres. Le bâtiment contenait trente six chambres pour les boursiers, les régents et les pensionnaires, sans compter les classes et les autres pièces destinées aux exercices de la communauté. Du nombre des boursiers, il y en avait un qui était le principal de tout le collège, et un autre, procureur et chapelain tout ensemble. Le principal devait être au moins maître ès-arts, capable de présider aux classes d'humanité et de philosophie, et d'une conduite à pouvoir servir d'exemple à tous les autres. Le procureur-chapelain était tenu de célébrer trois messes, qu'il devait chanter à haute voix les dimanches et les fêtes. Le principal, le procureur et les boursiers étaient tenus à quatre grands services par an pour le cardinal leur fondateur. L'évêque du Mans nommait à toutes les bourses, et, au défaut d'un sujet convenable, l'archevêque de Tours. Tous les boursiers vivaient en commun, vêtus modestement, comme les autres écoliers de l'université. Ils jouis-
saient chacun de vingt-cinq livpes de revenu ; mais le principal et le procureur-chapelain en touchaient cinquante. Le fondateur avait formellement défendu d'augmenter les bourses, parce qu'il voulait pourvoir au simple nécessaire des écoliers, afin qu'ils fussent plus appliqués à leurs études et moins portés à rechercher les plaisirs. Selon les statuts de ce collège, l'évêque du Mans devait nommer un commissaire pour assister, de deux ans en deux ans, aux comptes généraux du procureur, en présence du principal et de deux boursiers choisis entre les dix. Le principal, chargé de veiller sur la conduite des boursiers, empêchait qu'ils ne parlassent une autre langue que la latine. 11 leur était défendu d'avoir ni de porter l'épée ou autres armes défensives ou offensives.
Les autres règlements regardent la discipline intérieure du collège. Ces statuts furent dressés par les exécuteurs testamentaires du cardinal Philippe de Luxembourg, et sont datés du Mans, le 9 juin 1 5^6. Ils furent approuvés le 9 juillet suivant par Jérôme de Hangest, chanoine du Mans, vicaire général de Louis de Bourbon. Ces statuts sont vraiment admirables par les soins paternels qui y sont pris poui'le bien spirituel, et même temporel, des personnes qui devaient composer ce collège. En beaucoup de dispositions, ils ont été évidemment inspirés par la règle de saint Benoit (1). Le premier état du collège du Mans fut prospère ; les noms de plusieurs personnages célèbres à divers titres se rattachent à cet établissement. Ramus, ce nom en dit assez, y enseignait dès l'année 1536 (2). Cent ans plus tard (1639-1641), Antoine Arnauld professait la philosoph'e dans la même chaire (3). Entin, Adrien Bourdoise y reçut une éducation gratuite, dont toute l'Église de France goûta plus tard les heureux fruits (4).
(1) D. Félibicn, Histoire de Paris, t. II, p. 974 ; t. III, p. 585-595. — Voir aussi les Archives municipales de la ville du Mans, les dossier! n«« 103, 164, 165 et 166.
(2) Atheaœum français, 185a, p. 672.
(3) V. Cousin, Biaise Pascal, in-18, p. 56.
(4) Gallia christiana, t. VU, col. 78'..
304 BI8T0IBE M J. m.I.isk m MAHS.
Depuis longtemps déjà, Philippe de Luxembourg rtm&ùr
tait la caducité de l'âge; enfin, au mois de mars de l'an 1510, il tomba malade, et mourut le 2 juin suivant, jour de l'Ascension, à l'âge de soixante-quatorze ans (1). Le 20 du même mois, ses obsèques furent célébrées par le cardinal Jean Le Veneur, évèque deLisieux, accompagné de Christophe de Chauvigné, évèque de Léon, et de Pierre Du Val de Sterz, évèque de Séez (2). Il avait l'ait préparer son tombeau en l'église de Saint-Julien, longtemps avant sa mort. Ce monument était placé sous le jubé, du coté de la nef, à droite, parallèlement à celui de Thibault, son père, et entièrement semblable. 11 avait environ dix pieds de haut. On y lisait cette épitaphe :
Hic jacet corpus illustrissimi Philippi a Lugembubgo
S. R. E. PBRI CARD. LEGATI A LATERE IN GALLIA EPIC. CENOM. QUI OBUT 1111° NON. JUN.