‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 23 sur 66 · histoire DE L*É4LI*E T)(T KJ · texte numérisé non relu

histoire DE L*É4LI*E T)(T KJ

plusieurs bulles pour La faciliter. 11 nomma pour commissaires Louis d'Amboise, évéque d'Albi, Ferdinand, évéque de Geufca, son nonce en France, et Philippe de Luxembourg pour présider le tribunal (1). Trois ecclésiastiques du second ordre lurent adjoints aux prélats comme assesseurs, et l'un d'eux était le soholastique de l'Église du Mans, Geoffroy Boussard. Afin qu'il ne manquât rien aux formalités judiciaires dans une cause aussi grave, le tribunal prit l'avis du cardinal Briçonnet, de L'archevêque de Sens, des évêques du Puy, de Chartres, de Coutances, de Castres, et du célèbre Seyssel, qui fut successivement évéque de Marseille et archevêque de Turin. Le procès commença le 10 août 14-98, à Toufl. Le roi constitua son procureur Antoine de Lestang, docteur endroit. Jeanne eut pour conseillers deux ecclésiastiques et trois laïques. La sentence fut prononcée par le cardinal de Luxembourg, le 17 décembre suivant, à Amboise, dans l'église paroissiale de Saint-Denis.

Les vertus de Jeanne la rendaient chère à tout le royaume ; des prédicateurs s'élevèrent clans les chaires contre ce divorce ; le peuple insulta publiquement les juges; mais les arrêts de la multitude ne sont pas toujours l'expression de la vérité, et il est certain que les causes de nullité étaient réelles. Pour Jeanne , elle se retira à Bourges , où elle fonda l'ordre des annonciades. Ses vertus l'ont fait placer sur les autels, et le Siège Apostolique lui a décerné le titre de sainte.

Aussitôt après la dissolution de son premier mariage, Louis XII rechercha la main de la duchesse Anne de Bretagne. Plusieurs concurrents se présentaient pour obtenir une alliance dont la dot était aussi considérable. L'empereur lui-même s'était mis sur les rangs; mais Françoise

(1) Toutes les pièces du procès de divorce de Louis XII et Jeanne de "Valois se trouvent à la Bibliothèque impériale, ancien fonds latin, n° 8'»61, et à la bibliothèque d'Albi, n° 78. Voir encore Collection universelle des Mémoires pour servir à l'Histoire de France, t. XIV, p. 158 et 42. — D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 2-27 et suiv.

de Dinan, comtesse de Laval, qui avait donné à Anne une éducation bien supérieure à celle que recevaient de son temps les filles des plus puissants monarques, et qui exerçait toujours sur l'esprit de la duchesse le plus grand ascendant, vainquit ses résistances, car elle n'aimait pas le roi de France, et le lui fit accepter (1).

Les noces furent célébrées à Nantes, le 8 janvier 1499, et les royaux époux se dirigèrent par le Mans, pour se rendre à Paris. Ils s'arrêtèrent quinze jours dans notre ville. LouisXII fut reçu à l'église cathédrale avec les mêmes honneurs qui avaient été rendus à Louis XI (1467) et à Charles VIH (1487), et il occupa son rang de chanoine. Pour la reine Anne, elle visita plusieurs fois le tombeau de saint Julien, dans l'église abbatiale du Pré, et y fit ses dévotions (2).

La même année mourut Jeanne de Laval, veuve du roi René. Par son testament, elle léguait des sommes assez fortes au chapitre de Saint-Thugal, et nommait Pierre Le Beau, dont il a déjà été parlé, exécuteur de ses dernières volontés (3). Le souvenir des bienfaits de cette princesse s'est conservé vivant , non - seulement à Laval , mais encore à Beaufort, où elle passa les dernières années de son veuvage, et où l'on vient (1841) de lui ériger une statue (4).

Jacques Hamelin, chanoine du Mans, né à René, fut appelé (1499) au siège épiscopal de Tulle. Il jouit aussi, comme abbé commendataire, des abbayes de Saint-Gildas, au diocèse de Bourges, et de Saint-Georges de Rouen (1 5 19) ; il était en même temps conseiller, aumônier et confesseur du roi ; et comme si tant de revenus n'étaient pas encore

(1) Autres nouvelles chroniques, à la suite de Monstrelet, vol. III, fol. 98 r. — Collection universelle des Mémoires sur l'Histoire de France, t. XIV, p. 213, 282, 286, et passim. — D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II.

(2) Almanach manceau, 1758, p. 53.

(3) Le comte de Quatrebarbcs, Œuvres choisies du roi René, t. I. p. 109 et suiv.

(4) Godard-Faultrier, l'Anjou et ses monuments, t. II, p. 353, 356, 362, et passim. — Couanier de Launay, Histoire de lavai, p. 249,

suivants, il conserva son canonicat du Mans. Nos chanoines voulurent le priver des fruits de sa prébende, conformément aux statuts sur la résidence ; mais le roi leur écrivit à deux reprises différentes, en 1530, pour les prier de ne pas presser l'exécution des règles canoniques contre un prélat qui jouissait de sa faveur. Jacques Hamelin mourut en 1539 (1).

Cependant, Philippe de Luxembourg réalisait l'un de ses vœux les plus ardents. Aimant d'une affection sincère tous les ordres religieux reconnus par l'Église, il témoigna toujours un intérêt particulier à l'ordre de Saint-Benoit. Il en donna une preuve éclatante dans les premières années du xvie siècle, en favorisant de tout son pouvoir l'établissement de la réforme de Chezal-Benoît. Dom Pierre Du Mas, abbé régulier de Chezal-Benoit, au diocèse de Bourges, voyant que l'observance était déchue dans son monastère, par suite des désordres que les guerres avaient causés, entreprit de le réformer en 1488. Il dressa des statuts qui furent approuvés par les Papes Innocent YÏIl et Alexandre VI, à la recommandation du roi Charles "VIII. Bientôt après (1497) l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges embrassa la réforme, et demanda à celle de Chezal-Benoît de lui être associée. Ce fut le vénérable Guy Ju vénal, né au Mans, qui vint avec dix- huit autres religieux, tous hommes de grande vertu et de mérite, établir la réforme à Saint-Sulpice. Peu après Saint-Vincent du Mans désira imiter ce bel exemple ; Philippe de Luxembourg seconda le zèle de ces fervents religieux, et se démit volontairement de l'abbaye (1500) en faveur de dom Jean La Roist, ancien abbé de Chezal-Benoit. D'autres prélats, comme Guillaume Briçonnet, évoque de Lodève, et Jacques d'Amboise, évêque de Clermont, imitèrent l'évêque du Mans; la réforme de Chezal-Benoît s'établit dans dix abbayes d'hommes et six de religieuses, sans compter un grand nombre de prieurés. Philippe de Luxembourg l'introduisit encore dans les

(1) Gallia christiana, t. XI, col. 373, 981 et 982.

PHILIPPE DE LUXEMBOURG. clo\

abbayes de Saint-Martin de Se'ez et de Jumièges,dontii remit la crosse abbatiale entre les mains des réguliers. Lorsque plus tard il fut revêtu du titre de légat du Saint-Siège, il approuva celte réforme, et lui ménagea de nouveaux avantages. Il nomma ses vicaires généraux Jean Durand, abbé de Saint- Vincent, et Jean Le Grand, abbé de Saint-Sulpice de Bourges. Durant plus d'un siècle la congrégation de Chezal-Benoît produisit un grand nombre de religieux qui unissaient la science à une vertu éminente. Les abbés de Saint-Vincent, Yves Morisson, Jean Durand et Jean des Bans, qui étaient originaires du Maine, Jean de Montmajour, et Geoffroy Legras, moine de Saint-Vincent, qui fut élu abbé de Saint-Martin de Séez, en 1571 ; Guillaume Richer, Jacques Lemercier, qui portèrent la crosse de Saint- Vincent, et Jean Bondonnet, dont nous parlerons plus tard, étaient des religieux d'un mérite distingué (I).

Bientôt, grâce au zèle de ces dignes religieux et aux libéralités du cardinal Philippe de Luxembourg, Fabbaye de Saint-Vincent recommença à fleurir comme dans ses plus beaux jours : les voûtes de l'église, les chaires du chœur, le cloître, le chapitre furent rebâtis; tous les bâtiments réguliers furent réparés, et les armes de notre évoque furent

(1) Voici la liste des abbés de Saint-Vincent de la congrégation de Chezal-Benoît. Yves Morisson, établi par le cardinal de Luxembourg en chapitre le 26 juillet loOâ ; — Jean Durand, 1509 ; — Morisson, pour la deuxième fois, 1515 ; — Guillaume Rapali, 1517; — Jean des Bans, 1522 ; — Jean de Montmajour, 1528 ; — Yves Morisson, pour la troisième fois, 1531 ; — Benoît Boulanger, 1535 ; — Jean des Bans, pour la deuxième fois, 1541 ;— Jean du Busson, 15'»'» ; — Gilles Lemarchand, 1551 ; — Nicolas Pivert, 1560 ; — Guillaume Garnier, 1561 ; — Ravaud Ribon, 1564; — Guillaume Pelant, 1570; — Julien Moutote, 1576 ; — Pierre Bellot, 1579 ; — René Lelarge, 1581 ; — Gilles Naudier, 1587 ; — Innocent Gay, 1593; — Matthieu Picquot, 1594; — Jacques Bauducheau, 1599; —Jacques Bretheau, 1605: — Matthieu Picquot, pour la deuxième fois, 1611 ; — Guillaume Richcr, 1614; — Thomas Bordeaux, 1619 ; — Guillaume Richcr, pour la deuxième fois, 1625 ; — Jacques Lemercier, 1628. Pour se mettre à l'abri du fléau de la commendc, la congrégation de Chezal-Benoît n'établit que des abbés triennaires ou sexennaircs.

placées partout. L'enclos même de l'abbaye fut considérablement augmenté, et la bibliothèque s'enrichit de toutes les meilleures publications du temps. Philippe de Luxembourg faisait exécuter une grande et magnifique châsse pour les reliques de saint Domnole, lorsque la mort l'enleva. Les religieux de Saint-Vincent, reconnaissants envers un si généreux bienfaiteur, conservèrent ses armoiries dans tous les lieux réguliers, lors même qu'ils les firent reconstruire cent cinquante ans après ; la tourmente révolutionnaire les a plus tard effacées, ainsi qu'elle a fait disparaître son portrait de la bibliothèque. Le prieuré deTuffé, agrégé de bonne heure à la nouvelle congrégation, fut entièrement restauré (1).

Durant ce temps, Charles Fernand et autres religieux de Saint- Vincent renouvelaient la piété dans la population du Mans par le zèle de leurs prédications. L'illustre aveugle avait mis sa plume et son ardeur au service de ce renouvellement monastique, qu'il avait embrassé des premiers et propagé par ses écrits. Le vénérable Guy Juvénal, que nous avons déjà nommé, lui apportait aussi l'appui de ses talents et de sa haute renommée. Né dans le Maine, vers le milieu du xve siècle, de parents pauvres, Guy dut son instruction à Nicolas Le Pelletier. Au Mans et à Paris, il eut pour condisciple Michel Bureau, auquel il demeura toujours étroitement uni. Il professa les humanités à Paris, et publia divers ouvrages sur la langue latine. Dès lors il était lié avec Guillaume Briçonnet, Antoine de Croy, évoque de Thérouannê, Jean Petit, Charles Fernand, Nicolas Chapelle, Nicolas Le Pelletier, Michel Bureau, et autres esprits d'élite de son temps. Malgré ses succès littéraires, Guy Juvénal se reprochait le temps qu'il consacrait aux

(1) Histoire de la congrégation de Saint-Maur. Ms. de la bibliothèque de Solesmes. — Ms. de la bibliothèque du Mans,n° 91, p. 255 et 250, nos 41 et 67, fol. 14 r. — Bibliothèque impériale, fonds latin, n° 5445, fol. 113 v. Ms. de Gaignières, n<> 70, fol. 275. — D. Bouillard, Histoire de l'abbaye royalede Saint-Gerniain-des-Prez,f. 177 et suiv. — Gallia chrisliana, t. II, col. 1G5: t. XI, col. 199, 438,715, 725, 973, et passim.

lettres profanes; aussi vint-il, dès 1488, en compagnie de plusieurs autres illustres docteurs, demander à Pierre Du Mas l'habit de Saint-Benoît. La veille de Noël 4497, Guillaume Alabat, abbé de Saint-Sulpice de Bourges, remit à notre illustre compatriote sa crosse abbatiale, en le priant d'établir la réforme dans son monastère. Guy Juvénal s'employa peu après avec le même zèle à introduire de nouveaux statuts dans la maison des religieuses de Saint- Laurent. Il était abbé de Saint-Sulpice, lorsque la bienheureuse Jeanne de Valois jeta les fondements du monastère des annonciades ; elle pria l'archevêque de Bourges, notre illustre abbé et M. de Ghaumont, de donner en sa présence les premiers coups de pioche. Guy bénit la grosse cloche du monastère, et fut le directeur de la fondatrice. Ce pieux abbé a laissé plusieurs ouvrages ascétiques; il a en outre traduit en français la Règle de Saint -Benoît. Cette traduction fut imprimée en 1505, Tannée même de la mort de Guy Juvénal (1).

Un autre enfant du Maine, également engagé sous la règle de saint Benoît, se faisait à la même époque un nom dans la capitale du monde. C'était JeanBodier, philosophe et réputé pour sa science médicale. Appelé par Jules II, qui lui confia le soin de sa propre santé, Bodier reçut en récompense de son mérite l'abbaye de Saint-Sébastien à Rome. Son tombeau qui se voit encore dans cette basilique, parmi ceux des prélats qui l'ont gouvernée, fut respecté par le cardinal Scipion Borghèse, dans les réparations de 1611. Sans doute, Jean Bodier fut le successeur de Jean Lunel, de la Ferté-Bernard, en la dignité d'abbé de Saint-Sébastien (2).

Plusieurs des statuts de discipline promulgués par le chapitre de Saint-Julien dans les premières années du

(1) Guido Juvenalis ; Guy Juvénal, Jouenneaux, Jouanneaux, ou Jouvenncau. Voir D. Liron, Singularités historiques et littéraires, t. III, p. M et suiv. — Le Paige, t. II, p. 50. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. I. p. 233 et suiv. ; t, IV, p 397.

(2) D. Mabillon, Musœum Itatkum, t. I, p. 91.

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xvic siècle, sont remarquables à divers titres, et surtout parles dispositions arrêtée? pour la décence de l'office divin. Le 9 septembre 1503, les chanoines portèrent un décret concernant les prières à faire pour les morts ; il est trè.-beau, et a été observé jusqu'à la fin du xviue siècle (I). Au reste, le chapitre tenait régulièrement tous les ans les assemblées générales à la fête de la Toussaint.

Ëvèque du Mans depuis vingt-cinq ans , Philippe de Luxembourg n'avait pas encore accompli son entrée solennelle. Il la fit en Tannée 1500, et ce fut avec toute la pompe imaginable; car il aimait la magnificence en toutes choses (2). Il voulut aussi faire son entrée à Thérouanne, dont il était évêque depuis sept ans, ou au moins sans contradiction depuis trois. Afin de donner un but pieux à cette solennité, il obtint du Saint-Siège les indulgences du jubilé en faveur de tous ceux qui y assisteraient. Le concours qui eut lieu à cette occasion le 29 mai 1502, dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement, fut si prodigieux, qu'on y compta plus de cent mille personnes (3). Philippe de Luxembourg passa une partie de cette année dans la Flandre ; il fit une entrée solennelle à Saint-Omer le jeudi 9 juin, et il y consacra peu après l'église des franciscains. Selon l'usage des évêques qui possédaient simultanément plusieurs sièges, il administrait celui de Thérouanne par des suffragants. Il prit successivement pour cette fonction deux dominicains : d'abord Jean Le Yasseur, qui mourut en 1507, et puis Louis Widebien , qui cessa de vivre en 1515.

Cette même année 1502, Jean de Saint-Pierre, seigneur de Saint- Ulphace, Clinchamp et autres lieux, et Héatrix de Montfaucon, sa femme, fondèrent un petit chapitre à Saint-Ulphace, sous le patronage de sainte Barbe. Le péril) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 2i5, fol. 80 r. et scq. — Martyrolouium capituli Cenomanensis, fol. 14 3 r. et seq.

(2) Mémoires pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint-Vincent. Ma. de la bibliothèque du Mans, n° 91, p. 247.

(3) Galliachristiana, t. X. col. 1569.

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sonnel était peu nombreux : il se composait de quatre chapelains ; le curé était de droit l'un d'eux ; les trois autres se divisaient ainsi : deux clercs et un sacristain. Le seigneur du lieu présentait à toutes ces places, et l'évèque les conférait. Dans la suite, les clercs et le sacristain furent supprimés, et l'office réduit, par semaine, à deux messes et aux vigiles des morts. Dès lors cette fondation ne comptait plus que parmi les chapellenies(J).

Alexandre VI et Pie III étant descendus dans la tombe dans le cours de l'année 1503, le cardinal Julien de la Rovère, qui prit le nom de Jules II, monta sur le trône de saint Pierre. Ce Pontife avait passé la majeure 'partie de sa vie en France ; et il était particulièrement lié avec Philippe de Luxembourg, qu'il avait su apprécier dès le temps qu'ils fréquentaient ensemble les leçons de l'université de Paris (2). Jules II, dont les relations avec la France devinrent bientôt difficiles, débuta par donner des témoignages de sympathie envers ce royaume. Soit souvenir de son ancienne amitié pour Philippe de Luxembourg, soit désir d'être agréable au roi, qui témoignait beaucoup d'égards pour notre prélat, le Pape lui offrit les évechés d'Albano et de Tusculum, et l'invita à venir habiter Piome, l'autorisant du reste à conserver ses évechés du Mans et de Thérouanne (3).

Cette accumulation de titres sur la tête d'un prélat qui ne les recherchait pas, montre l'étendue de la plaie dont souffrait l'Église. La cupidité avait amené un tel désordre; mais c'était surtout aux dépens des monastères qu'elle satisfaisait ses désirs. A force de calomnies habilement répandues, elle parvint à faire supprimer le prieuré de Saint-Julien

(1) Second registre des fondations du diocèse du Mans, fol. 323 et 328. — Insinuations ecclésiastiques du diocèse du Mans, octobre et novembre 1558 ; novembre 1559; octobre 1564; juillet 1603 ; juin 1628; septembre 1682; mai 1727. — Fouillé du diocèse du Mans, 1772, fol. 88 v. — Cauvin, Géographie, etc. p. 173.

(2) Ms. de la bibliothèque du Mans» n° 91, p. 2'i5. (8) Gallia christiana, t. XI, col. 725.

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Je Ja Ferté-Macé. Il dépendait de Cluny, et possédait des revenus considérables, qui excitèrent puissamment la convoitise. L'arrêt de l'évêque du Mans est daté de 1503 (I).

La naissance de François de Laval, comte de Montfurt, fils de Guy XVI et de Charlotte d'Aragon, attira le cardinal Philippe de Luxembourg a Laval; il baptisa le nouveau-né, et fut parrain avec madame d'Espinay. Plusieurs évêques se rendirent en la même ville pour assister à la cérémonie (2).

Enfin la même année Robert de Lenoncourt, archevêque de Tours, célébra le concile delà province dans sa \ilJe métropolitaine. Les décrets furent corrigés et approuvés par le Saint-Siège. Ils sont importants pour la connaissance de la discipline et des mœurs; mais la brièveté dont on nous fait une loi nous empêche d'en donner l'analyse (3).

Philippe de Luxembourg était présent au couronnement de la reine Anne de Bretagne (1504), à Saint-Denis. Ce fut le cardinal légat Georges d'Amboise qui accomplit la fonction (-4) . En 1505 François de liohan, évêque d'Angers, ayant reçu le siège de Lyon, voulut tenir le pallium des mains de notre évêque. La cérémonie s'acccomplit en l'église cathédrale de Saint-Julien, à l'autel de Notre-Dame du Chevet (23 juin 1505). Les chanoines craignant que cette circonstance ne portât dans la suite préjudice à leurs privilèges, obtinrent du nouveau primat la confirmation la plus complète de leur exemption (5). La basilique du Pré fut témoin à la même époque (i novembre 1505) d'une autre cérémonie fort intéressante. Jeanne de Crez, qui gou-

(1) Cauvin, Géographie, etc., p. 221. — Caillebotte, Essai historique sur Dom front, 2e éd., p. 112.

(2) Guillaume Le Doyen, Annales et chroniques du comté de Lacu/.

(3) Bibliothèque impériale, Ms. des Bl.— Mant., n° 81. c. p. 501 et 684. — Labbc, Concilia, t. XV.

(4) D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. Il, p. CCLIV. — D. Fclibien, Histoire de Vabbaye royale de Saint-Denis.

(5) Pièces justificatives, no XXIII. — Bibliothèque impériale, fonds latin, no 5211. B. p.G7.

vernait le monastère, fit fabriquer une châsse de vermeil, en laquelle Philippe de Luxembourg transféra les reliques des saints Julien, Thuribe, Pavace, Liboire et Romain. Jeanne de Crez fit un règlement pour obliger ses religieuses à observer l'abstinence depuis la Septuagésime jusqu'au Carême ; mais elles trouvèrent cette obligation trop rigide, et en appelèrent au Pape Jules II, qui cassa le règlement de l'abbesse (1). Depuis l'année 1474 les abbesses du Pré n'étaient instituées qu'en vertu de bulles pontificales : la première qui reçut ces lettres apostoliques fut Jeanne de Brée (1474-1 4-93). Elle résigna en faveurde Louise Le Cornu (1493-1-490), qui fut remplacée par Jeanne de Crez, dont on vient de parler. Après la mort decelle-ci^ Louise de Chahanay fut élue (27 février 1511), en présence de Philippe de Luxembourg , qui lui accorda ensuite la confirmation (3 mars) et la bénédiction abbatiale (21 mai). Catherine de Couesmes fut élue pour gouverner l'abbaye après la mort de la précédente (24 janvier 1515). De son temps (1518) Philippe de Luxembourg rétablit les observances sévères dont on s'était un peu écarté. Catherine de Couesmes abdiqua le 20 novembre 1550. Alors Marie de Broc, qui avait gouverné l'abbaye de Bonlieu, et Catherine de Chaources ou de Malicorne, nièce de l'abbesse démissionnaire, se disputèrent la conduite du monastère durant quelque temps, et finirent par s'accorder à ces conditions : que Marie de Broc gouvernerait jusqu'à ce qu'elle eût obtenu une autre abbaye, et que Catherine de Chaources toucherait en attendant une pension de cinquante livres. Par le fait, la première tint la crosse abbatiale jusqu'en 1560, et la seconde jusqu'en 1607, époque de sa mort (2). On voit par les noms de ces abbesses qu'elles appartenaient toutes aux familles les plus puissantes du pays. En 151 7, Catherine de Couesmes obtint de Léon X une bulle qui porte défense expresse

(1) Bondonnet, p. 563. — G allia christiana, t. XIV. col. 503.

(2) Bibliothèque impér., Mss. dos Bl.-Mant. , n» 45. — D. Briant, Cenomania. — Le Paige, t. II, p. 209 et suiv. — Gauvin, Géographie} etc., p. 197- — Gallia chriytiana, t. XlV , col. 503.

de recevoir dans l'abbaye du Pré aucune fille pour être religieuse, à moins qu'elle ne soit de noble extraction.

Les humbles religieux du couventde Saint-François à Laval obtinrent en cette année 1505, à laquelle il nous faut revenir, les honneurs du chapitre général de leur ordre. Plus de quatre cents religieux franciscains se trouvèrent réunis à Laval; le comte Guy XVI et tous les bourgeois et marchands leur firent à cette occasion des dons généreux (1).

Les nouvelles générations se scandalisaient de la simplicité des temps passés; c'est ce qui porta le chapitre de Saint-Thugal, dont le doyen actuel était Philippe de Montmorency, à supprimer la fête des Innocents (1506). Il ne s'y passait cependant rien de contraire aux bienséances; seulement les chanoines remplissaient les fonctions des enfants de chœur, et ceux-ci tenaient la place des premiers (2).

Dans ses nouveaux règlements de discipline, le chapitre de Saint-Julien travailla à maintenir dans le clergé le goût des études sacrées ; il assigna au chanoine théologal une position fort honorable (3). Geoffroy Boussard, chargé alors de l'enseignement théologique dans l'Église du Mans, remplissait ses fonctions avec un succès qui avait un retentissement dans tout le royaume, et même à Piome. Il était alors employé à combattre les hérétiques vaudois , et le Pape et le roi écrivirent aux chanoines du Mans pour les engager à lui conserveries revenus entiers tle sa prébende, Comme s'il était résident. Les chanoines ne voulurent pas délibérer sur le bref a cause des conséquences; mais ils acquiescèrent entièrement à la volonté du Souverain Pontife^).

(1) Couanier de Launay, Histoire de Laval, p. 268.

(2) Mss. de M. La Beauluère, Saint-Thugal. — L'Art de vérifier les dates, t. XIT,p. 36.

(3) Bibliothèque du Mans, Mss., n°« 245, fol. 86, v. 252, fui. 10 r. et Scq. — Archives du chapitre du Mans, registre B-25.

(4) Délibérations capitalaires, 22 mai, 21 et 2'( août 1506. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 36 et 38. — Bibliothèque du Mans, Mss., n<> 257.

Cependant René d'îlliers, évêque de Chartres, étant mort le 8 avril 1507, le chapitre demanda au roi la permission d'élire un successeur. Pour réponse, le prince leur envoya Philippe de Luxembourg, qui avait à leur intimer le choix fait par le monarque ; les chanoines résistèrent longtemps ; mais enfin ils furent contraints d'élire Érard de La Marck, évêque de Liège (1).

De leur coté les chanoines de l'Église du Mans soutenaient avec beaucoup d'énergie leurs privilèges. L'official de l'évêché ayant cité à sa barre un des curés de Saint- Pierre, le chapitre fit des représentations; alors le cardinal déclara qu'il voulait vivre en paix avec lui comme par le passé, et on nomma des arbitres pour un accommodement (2). Comme les abbés qui devaient assister à la fête de saint Julien s'en absentaient souvent, on leur fit disposer des sièges convenables à leur dignité, et on les pressa de se rendre à la solennité (3). Les ermites de Saint-Augustin du couvent de Montoire ayant demandé à prêcher dans les paroisses du chapitre, on le leur permit à condition de subir un examen devant le doyen (4). Cette précau^ tion était d'autant plus nécessaire que quelques erreurs commençaient à s'introduire dans le diocèse. A l'occasion du chapitre provincial des cordeliers tenu au Mans, les chanoines leur permirent de venir processionnellement célébrer la grand'messe au maître-autel de l'église cathédrale, et ils y assistèrent eux-mêmes en corps, avec le cardinal (5).

Au commencement de l'année suivante (0), les chanoines

(1) Doyen, Histoire de Chartres, t. I, p. 381 et suiv. — Gallia christiana, t. VIII, col. 1187.

(2) Délibérations capitulaires, M janvier 1506. — Archives du chapitre, registre B-15.

(3) Délibérations co.pitulaires, 29 janvier 1505, 4 et 23 janvier et 27 novembre 1506.

(4) Archives du chapitre, registre B-15.

(5) Archives du chapitre, registre B-15, p. 37.

(0) Le 12 avril 1507 ( Pâques était le 4 avril). Délibérations capitix* la ires.

du Mans eurent à défendre Tune des plus anciennes libertés de l'Église contre les officiais royaux. Des prisonniers s'é* taient échappés des prisons publiques, et s'étaient réfugiés dans l'église de Gourdaine ; les officiers du roi prétendaient qu'ils ne pouvaient jouir du droit d'asile : le chapitre ordonnaque, parautorité de église, ils seraientconduits dans ses prisons, pour faire examiner la nature du délit commis, par le commissaire et promoteur du chapitre. Les officiers royaux firent donc sortir les prisonniers et les remirent entre les mains des chanoines (I). Durant ce temps, Geoffroy Boussard, s'étant rendu à Rome, obtenait de nouvelles bulles en faveur de la Confrérie de Saint-Julien (2); et au Mans le chapitre s'occupait activement avec Philippe de Luxembourg de la décoration de l'église cathédrale. Le 6 et le 8 juillet 1506, les chanoines traitèrent avec le cardinal du projet d'élever la nef au niveau du chœur et dutranssept, et les travaux paraissaient sur le point d'être commencés (3). Dans le cours de l'année suivante, l'idée semble abandonnée ; mais le cardinal fit construire en l'honneur de sainte Catherine un autel magnifique, qui lui coûta sept cents livres (4). Enfin le cardinal de Luxembourg se disposant à quitter le diocèse du Mans, voulut lui offrir encore des gages de son affection, par les nouveaux dons qu'il fit à l'Église, et qui étaient dignesde sa magnificence ordinaire (5).

(1) Archives du chapitre, registre B-15.

(2) Délibérations capituluires, 18, "20 et 29 octobre 1507.

(3) Ibidem, 6 et 8 juillet 1506.

(4) Ibidem, 29 décembre et 20 janvier 1507. — Philippe de Luxembourg dédia aussi à sainte Catherine la chapelle qu'il fit bâtir sur le Mont-Barbé , et il lui donna pour dotation la ferme du bois de Saint- Père, en Parennes, estimée d'un revenu de 300 livres. Voir le sixième registre des fondations du diocèse du Mans, fol. 100, et le Pouilléde 1772, fol. 128 v.

(5) Archives de la municipalité du Mans, n° S10. Acte original de l'acceptation du chapitre.

PRANÇOTS DE LUXEMBOURG. 261

Le cardinal Philippe de Luxembourg résigne son siège du Mans en faveur de son neveu François de Luxembourg. — Touchants adieux au chapitre. — Il sacre le nouveau prélat dans l'église des cordeliers. — Relation de rentrée solennelle de François de Luxembourg. — Serment prêté par les évêques du Mans de respecter les coutumes et privilèges du chapitre. — Réforme et promulgation de la coutume du Maine. — Atteintes portées aux droits du clergé. — Le parlement fait un règlement pour la chancellerie épiscopale du Mans. — Promulgation d'un catéchisme. — François de Luxembourg se rend à Rome avec le cardinal son oncle. — 11 y meurt après avoir résigné en faveur de cet oncle.

Depuis l'exaltation de Jules Tï, Philippe de Luxembourg songeait à aller fixer son séjour à Rome selon le désir du Pape. Notre prélat aurait pu conserver son siège du Mans, comme il possédait celui de Thérouanne, sans y résider; mais il songea à en pourvoir son neveu nommé François, fils de son frère aîné Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes, chevalier de la Toison d'or, et de Marie de Barlemont. Philippe de Luxembourg avait comme adopté ce neveu, qui paraissait destiné à un rôle important dans l'Église. Très-jeune encore, il avait été pourvu d'un canonicat de l'Église du Mans et de l'archidiaconé de Laval. N'étant encore âgé que de vingt ans, sous-diacre et protonotaire apostolique, par la volonté du roi Louis XII et la résignation en sa faveur de François-Guillaume de CasteL nau-Clermont-Lodève, il fut élu évêque de Saint-Pons-de^ Thomi ères, et obtint ses bulles d'Alexandre VI en 4502 (1), Déjà ce jeune prélat s'annonçait comme devant un jour soutenir l'honneur de sa race, et être comme le cardinal son oncle le protecteur éclairé des gens de lettres. C'est du

(1) Ferault, Dejwibus ac privilegiis regni Francorum seu liliorumy priv. v. — Galtia chrifliana, t. VI, col. 249.

moins le compliment que lui adresse Michel l'Anglais (1),

en lui dédiant ses vers en 1505. Ce fut en faveur de ce neveu que Philippe de Luxembourg résigna son siège du Mans. Le chroniqueur Guillaume Le Doyen raconte le fait en ces termes, et donne à connaître le jugement que le public portait de notre futur prélat :

Premier jour de may en suyvants Monsieur le cardinal du Mans Son bon nepveu nommé François D'évesché Ta voulu pourveoys , Et du Mans le faict le pasteur :

Car vers Dieu est grand orateur (2).

Le 40 février 1507, le cardinal se rendit avec son neveu à la salle du chapitre, où les chanoines se trouvaient réunis; il leur dit que la résignation de son siège en faveur de son neveu l'archidiacre de Laval, dont il les avait précédemment entretenus, avait été acceptée par le Pape, et il les invita à user de leur droit, et à nommer des officiers pour administrer le diocèse en leur nom durant la vacance. Il les pria ensuite de lui continuer toujours les sentiments d'amitié qu'ils avaient eus pour sa personne, et il leur témoigna le plus vif désir de les voir étendre cette sympathie à son neveu. A ce discours il ajouta que depuis qu'il avait eu le dessein de faire son neveu son successeur, il lui avait toujours instamment recommandé de conserver l'union fraternelle entre le chapitre et lui, et qu'il le lui recommandait de nouveau. Le cardinal demanda ensuite à la compagnie qu'après sa mort on l'enterrât et on lui fit les mêmes services que s'il avait occupé le siège de saint Julien jusqu'à la fin de sa vie. Le doyen lui répondit que le chapitre en délibérerait, après qu'il lui aurait plu de se retirer. Philippe dit alors, les larmes aux yeux,

(1) Michael Anglicus.

(2) Le Doyen, Annales et Chroniques du pays de Laval, p. 120.

qu'il se recommandait aux prières de la compagnie ; il donna le baiser de paix à chacun des chanoines, et se retira.

François de Luxembourg parla ensuite, et ne témoigna pas moins d'attachement et de reconnaissance pour le chapitre que son oncle n'en avait l'ait voir. Les chanoines se rendirent auprès du cardinal, et lui exprimèrent par la bouche du doyen, Lezin Chemina rt, qu'ils partageaient tous les souhaits de bonne intelligence dont il leur avait lait part, et qu'en cas de mort sa volonté serait exécutée. Les chanoines lui ayant demandé quelle place il voulait qu'on lui préparât lorsqu'il viendrait à l'église, il désigna celle du doyen, « comme on ferait, dit-il, pour un autre cardinal. »

Le 13 février suivant, le chapitre offrit au cardinal de faire la cérémonie du mercredi des cendres; il fit seulement la bénédiction des cendres, et le doyen fut nommé par les chanoines pour faire la fonction des pénitents. Philippe de Luxembourg voulut donner le repas, sans préjudice des droits du chapitre, qui l'avait déjà fait disposer chez le doyen.

Le 26 du même mois, Guy Du Parc, abbé de Beaulieu, présenta au chapitre les provisions de l'évêché en faveur de François de Luxembourg, et il fut ensuite installé, en qualité de procureur de l'évêque par le doyen, le chantre, le grand archidiacre et l'archidiacre de Sablé, après les protestations et déclarations accoutumées. Le 12 mars, le chapitre décida de faire présent à l'évêque de deux bassins de vermeil pesant vingt marcs. Le 7 avril 4507, Pâques étant cette année le 4 avril, le cardinal de Luxembourg fit don au chapitre de mille écus, et de soixante livres de rente pour son anniversaire et ses autres fondations. Le 18, François de Luxembourg fut sacré dans l'église des cordeliers du Mans, par son oncle le cardinal, assisté de l'évêque de Châlons et d'un autre. Le 26, Fofficial de 1 evêque se présenta au chapitre, et l'avertit que le prélat ferait son entrée solennelle le dimanche suivant. 11 pria qu'on préparât

2GI histoire rt( l'église du mans.

toutes choses à cet effet, et imita tuas messieurs d'assister au dîner solennel qui devait suivre la cérémonie. Le 29, on rapporta de la part du cardinal que les abbés du diocèse avaient promis de se trouver à l'entrée solennelle, et l'on demanda s'ils devaient se rendre avec leurs habits pontificaux à l'entrée de l'église pour y recevoir le prélat. Les chanoines répondirent que la réception de l'évêque à la porte de l'église leur appartenait en propre; et ils firent disposer pour les abbés les places du chœur les plua honorables après les dignités. Enfin on réserva (30 avril) la place du scholastique pour l'évêque de Châlons. Tout étant ainsi convenu et préparé, l'entrée se fît au jour désigné; et plutôt que d'en faire nous-même le récit, nous rapporterons le procès-verbal qui en fut dressé sur les lieux; c'est la meilleure manière de suivre cette imposante solennité dont nous avons souvent parlé, mais dont nous réservions la description pour la circonstance présente.

« La nouvelle entrée et réception de révérend père en Dieu monsieur François de Luxembourg, évèque du Mans et baron de Touvoye, en la ville et église du Mans, a été faite comme il suit:

« Le samedy premier joui' de may de l'an mille cinq cent sept, mondit sieur partit du château de Touvoye, environ une heure après midi, étant habillé d'un sayon de velours noir à manches pour lors ayant cours, la mantelure de camelot tanné par dessus, et cornettes de taffetas. Monta à partir sur un habin blanc, garni de habillements nécessaires; entre lesquels la croupière, bride et poitraillier étaient garnis de velours noir, et en laditte bride belles basse ttes de cuivre doré; lequel habin pouvait bien valoir cinquante écns et plus. Et à la partie dudit château fut accompagné de révérend père en Dieu et sieur monsieur Gilles de Luxembourg, évêque et comte de Châlons, pair de France, vêtu d'un sayon de velours noir et mantelure de camelot noir par dessus, avec leurs gens : le sieur de Femusson; le sieur du Mesnil; lesieurdeGherres; et nous Jean Salles, licencié ès-loix, bailly; maître Jean Chartier,

licencié ès-loix, procureur; et maître Jean Dollery, greffier de ladittebaronniede Touvoye; la plupart desdits sergents de Touvoye, garnis de masses es quelles étaient les armes de mondit sieur. Et depuis la croix du parc de Touvoye, tenr dant à Savigné, jusqu'au dit bourg de Sa vigne, fut trouvée grande quantité de peuples, auxquels mondit sieur donna sa bénédiction, et pareillement audit bourg de Savigné. Entre iceluy bourg et la croix de la Maladrerie, tut rencontré par les sieurs de Vaux et de Latan, frère de la femme dudit sieur de Vaux, le sieur de la Fertière, le sieur de Vaillou, montés et accoutrés de por points de velours et robes courtes de camelot, qui l'accompagnèrent. A la Fontaine de Saint-Martin, fut rencontré de monsieur de Gristeile, cousin de mondit sieur, fils de monsieur le comte de Brienne et de Roussy, et de monsieur de Briou, aussi cousin de mondit sieur, accompagnés de plusieurs gentilshommes et autres. A la Fontaine-Saint-Martin, et tout au long du chemin jusqu'au Trois-Maillets, fut trouvé et rencontré grand nombre de peuples, dont les uns venaient de cette ville du Mans, les autres s'en retournaient du pardon général qui, aux vespres dudit jour avait commencé. Et auxdits Trois-Maillets, vinrent au-devant de mondit sieur, en robes longues et à cheval, les archidiacres de Sablé, du Mans et de Chàteau-du-Loir, avec des chanoines du Mans ensemble au nombre de neuf: MM. Lezin Cheminart, doyen du Mans, Yves de ïrehanne, archidiacre du Mans; Anthoine Desmauris, archidiacre de Sablé; Guillaume de Gohardy, archidiacre de Château-du-Loir; Julien de Baïf, chanoine du Mans; Hillaire Boullard, aussi chanoine du Mans, et procureur de chapitre; maître Pierre Bellair, aussi chanoine du Mans et scribe de mondit sieur; maître Guillaume Pelichon, aussi chanoine du Mans et scelleur; maître Martin Guerrande, aussi chanoine du Mans, secrétaire de mondit sieur, etautres gens d'Église d'Angers et de Thérouanne et d'ailleurs en grand nombre. Aussi y vint révérend père en Dieu Jean Fronssart, abbéde Saint-Calais, et plusieurs en sa compagnie. Et audit lieu des Trois-Maillets s'y trouva si

900 UISTOliŒ LE L'ÉGLISE DO .MANS.

grain le compagnie de gens, qu'à grande peine pouvait-on passer. Et audit lieu, mondit sieur, accompagné dtt dessusdits, descendit de sur sondit habin et entra dans la maison que tenait pour lors ledit archidiacre de Sablé, auxdits Trois- Maillets. Et pendant qu'il fut en icelle maison, iceluy archidiacre lit distribuer pain, vin et pommes. Tantôt après mondit sieur sortit d'icelle maison desTrois-Maillets, ayant pris son roquet sur une robe longue de camelot tanné, doublée de taffetas, pour ce qu'il faisait chaud; monta sur une belle mule baye, garnie de housse de drap noir, les brides, poitrail et frein garnis de velours, avec des bassettes et garnitures dorées; et pouvait bien valoir, avec son harnois et garnitures, cent écus.

« Et en partant dudit lieu, survinrent de rechef au-devant dudit sieur MM. Beaudoin de Champagne, écuyer, sieur de Bazoge, en robe de velours, avec plusieurs autres en leur compagnie, à cheval. Et desdits Trois-Maillets, mondit sieur avec sa compagnie , procéda à venir à l'abbaye droit à Saint-Vincent, et, entre la croix de pierre et le pressoir du chapitre, rencontra le juge ordinaire, le lieutenant de la sénéchaussée, MM. Pierre de Courhardy, licencié ès-droit, juge ordinaire du Maine; maître Louis Tiercelin, licencié ès-loix, lieutenant delà sénéchaussée du Maine; maître Jean Ferrand, licencié ès-droits, avocat pour leroy; maître Jean Pittard, procureur; Louis Marin, receveur; maître Guillaume Guy mont, bailly de la prévoté du Mans; Pierre Brissard , garde des remembrances, et autres gens et officiers du roy, associés des échevins de la ville, greffiers et bourgeois en grande quantité, à cheval et robes longues, avec les sergents royaux de ladite ville, embattonnés de voulges, hallebardes et autres bâtons, pour empêcher le désordre du peuple qui était. Auquel lieu fut faitte la harangue, contenant les congratulations, offres et recommandation par ledit juge à mondit sieur; laquelle faitte et finie, mondit sieur lui répondit en les renvoyant, et s'offrant, etc. ; et icelle réponse finie lesdits officiers et gens du roy se retirèrent à la ville, tirant vers les cordeliers,

et mondit sieur, accompagné comme dessus, alla àl'abbaye de Saint-Vincent (\).

« Au dedans de laquelle abbaye, devant la porte de l'église d'icelle, descendit de sur saditte mulle. Et en descendant, maître Jean Dugué, fils aîné de deffunt maître Adam Dugué, en son temps sieur du Breuil, en la paroisse de Parigné , ayant sa tête nue, prit restrier dextre d'icelle mule pour aider à mondit sieur à descendre, et mondit sieur descendit; monta ledit Dugué sur laditte mulle, ainsi qu'elle était garnie, et s'en alla avec laditte mulle, disant qu'elle lui appartenait, à cause dudit service, qu'il était tenu faire à laditte entrée, pour raison de laditte seigneurie du Breuil. Et au-devant de mondit sieur, en la porte de l'église et la porte de devant, vinrent les abbé et religieux de ladite abbaye de Saint- Vincent, processionnellement, avec la croix et eau bénite, étant revêtus en chappes. Lequel abbé, nommé Yves Morisson, présenta à mondit sieur l'eau bénite, lequel adora la croix ; et l'adoration faitte, Carolus Fernandus, qui était aveugle à nativité, l'un des religieux de laditte abbaye, fit une belle harangue en latin, en exaltant et louant les vertus et lignées de mondit seigneur, les instruant et recommandant l'état d'icelle abbaye, finissant ladite harangue par ces mots ; Benedictus qui venit in nomine Domini. Et ce fait, les religieux prindrent à chanter Te Deum laudamus, qu'ils allèrent achever au chœur de laditte église. Lequel fini, fut ditte l'oraison, spécialement pour mondit sieur, étant en chaire, au haut du côté dextre, à entrer au chœur, au bout, derrière le grand autel.

« Etce fait, mondit sieur sortit de laditte église, es cloîtres de ladite abbaye, demanda les clefs du fort de l'abbaye avec celles du pain et du vin d'icelle abbaye, à ce que luy, accompagné de vingt hommes et vingt chevaux, put être logé, nourri et entretenu en icelle abbaye jusqu'au lendemain,

(1) Réception de François de Luxembourg à l'abbaye de Saint-Vincent. Archives municipales de la ville du Mans, n° 888.

comme raison le veult. Et ledit abbé luy bailla lesdites clefs, connaissant qu'il était à ce tenu par un concordat auparavant fait, auquel il se rapportait. Et lesdittes clefs ainsi baillées à mondit sieur, iceluy mondit sieur soupa en la salle haute d'icelle abbaye, accompagné de plusieurs gens notables. Et ledit souper fini, fut baillé à mondit sieur, par ledit abbé, de nombre et quantité de quarante écus soleil, offrant parfaire jusques au parfait de quarante francs d'or, qu'il confessa luy devoir à sadite nouvelle réception, pour droit et cause contenues audit concordat. Et appointèrent, disant qu'il ne pouvait trouver lesdits quarante francs d'or en leur espèce, et ne sçavait quelle monnoye restait. Lesquels quarante écus soleil mondit sieur prit dudit abbé, et luy donna le reste de l'estimation desdits quarante francs d'or, protestation faitte par mondit sieur, que s'il n'avoit pour ledit souper et coucher jusques au nombre de vingt hommes et vingt chevaux, qu'il faisait de grâce, et pour supporter les nécessités et affaires d'icelle abbaye et desdits religieux. Et pour ce que ledit abbé disait demeurer exempt du droit de procuration, en visitant pour le temps avenir, la vie durant de mondit sieur, au moyen desdits quarante francs d'or, mondit sieur protesta qu'il ne les recevoit pour icelle cause, mais seulement pour les causes contenues audit concordat et contenu d'iceluy, et protestèrent d'une part et d'autre que ce ne préjudicierait aux droits des successeurs de l'un ne de l'autre pour l'avenir; et coucha mondit sieur en icelle abbaye avec son train.

« Et le lendemain matin, deuxième jour dudit mois de may, qui était le dimanche de Cantate, mondit sieur sortit de la chambre où il avait couché en laditte abbaye, habillé d'une robe de camelot tanné, ayant son roquet pardessus; et est allé à l'église faire son oraison, devant Je grand autel; laquelle oraison finie, a procédé audit grand autel, luy a été baillé une étoile, et atteint le sacraire, étant dans la custode du grand autel ; quelle custode et sacraire, [lotis manibus), il a visité, et la Visitation finie et faitte, (iterum lotis manibus), a dit audit abbé que pour cette fois n'allait

point au chapitre, pour les affaires qui étaient grandes, et supposait que tout était bien, et qu'une autre fois les visiterait plus amplement. Est entré au revestiaire d'icelle église, avec lesdits abbé et religieux, étant in albis. Audit revestiaire, mondit sieur remontra auxdits abbé et religieux qu'il avait délibéré d'aller (Ticelle abbaye jusqu'à Saint-Pierre-de-la-Cour du Mans, pour là être pris par les barons qui étaient tenus le porter en l'église du Mans, pour éviter à la confusion et multitude du peuple qui était assemblé à l'occasion du pardon général, rues près et environ Saint -Ou en, où on a coutume de prendre les évoques à leur nouvelle réception, et pour éviter aux inconvénients qui en pourraient arriver, les priant d'aller avec lui jusqu'audit Saint-Pierre, jaçoit qu'ils ne dussent aller que jusqu'audit Saint-Ouen, et de là à l'église de monsieur saint Jullian, ce que ledit abbé (présents ses religieux) a accordé. Néanmoins protestèrent que ce qu'ils passeraient outre ledit Saint-Ouen, en tirant vers ledit Saint-Pierre, ne serait pour les assujettir d'aller à l'avenir jusqu'à laditte église Saint-Pierre. Aussi a mondit sieur protesté qu'il n'entendoit pareillement soy y assujettir, et que ce qu'il i ai soi t ne portoit préjudice nia soy ni à ses successeurs.

« Quelles protestations faittes de part et d'autre, a été baillé à mondit sieur audit revestiaire, l'amy et l'aube de fin lin avec le parement, l'estolle, fanon de broderie, apportés par le sacristain de monsieur saint Jullian ; prit gands de fil, tous blancs, anneaux d'or dessus ; si est réconcilié à Me Jean Lambert son pénitencier, et a été déchaussé audit revestiaire par Edouard, l'un de ses serviviteurs, a pris une mitre blanche, a fait comme dit est; luy ayant les pieds nuds, la crosse épiscopale devant luy, est parti processionnellement de laditte abbaye de Saint-Vincent, accompagné desdits abbé et religieux, tirant vers la ville du Mans, par la rue Saint-Vincent, avec les religieux de la Couture, les religieux de Beaulieu, ceux de la Maison- Dieu de Coêffort, jacobins et cordeliers. A été semblablement mondit sieur rencontré par les chanoines de Saint-

Pierre, et là fut protesté par le prieur de laditte abbaye <le la Couture que pouraller processionnellement par le collège d'icelle abbaye, avec mondit sieur, à laditte église de Saint- Pierre, il n'cntendoit s'y assujettir ny y aller à l'avenir, et qu'il ne porterait préjudice à laditte abbaye en aucune manière, et semblablement par ceux de Beaulieu, auxquels mondit sieur répondit qu'il protestoit de ?a part qu'il ne luy porteroit semblablement préjudice à luy ni à ses successeurs, et qu'il le faisoitpour les inconvéniens et causes dessus dittes. Et pour ce que enicelluy endroit de l'église Saint-Ouen, il y a eu altercations entre le collège dudit Saint-Pierre d'une part, et lesdits religieux de Saint-Vincent d'autre, sur ce que chacun d'eux disoit avoir droit d'aller processionnellement au plus près de mondit sieur, pour éviter à la noise et débat de la foule du peuple, qui là faisoit grande oppression, et en étoient les rues si pleines que l'on ne s'y pouvoit tourner, lesdits religieux de Saint- Vincent s'en retournèrent en leur ditte abbaye dudit lieu de Saint-Ouen, sans tirer autre, par le conseil et raison de mondit sieur, pour éviter à l'inconvénient; protestations qu'il ne préjudicieroit à leur droit. Et demeurèrent auprès dudit sieur ceux de Saint-Pierre. Et ce fait, eux et les autres, par ordre, comme dit est, procédèrent par devant les cordeliers et jacobins, pour aller en laditte église de Saint-Pierre, jusques en laquelle alla mondit sieur, ainsy les pieds nuds, comme il était parti de laditte église de Saint- Vincent.

« Est entré mondit sieur au chœur de laditte église de Saint-Pierre, s'est assis en la chaire haute du doyen d'icelle église ; il a été chanté au chœur un répons, avec l'oraison , laquelle finie, mondit sieur a donné la bénédiction ; et icelle faitte, est entré clans une petite chapelle au côté dextre du chœur, où ont été lavés ses pieds dans un bassin; a été chaussé, a pris ses sandalles, une chappe de broderie, belle et riche, et mitre perles, garnie de pierreries, et fort riche, avec autres choses nécessaires, et chappes pour les chapelains , que ledit secrettain de Saint-Jullian avait icelles

apportées. Est sorti devant le grand autel, où illec mondit sieur et lesdits de Saint-Pierre ont protesté que ce que fait avait été en lauitte église, tant d'y aller processionnelleinent que l'aire lesdits exploits et entrée, ne préjudicieroit à l'avenir aux uns ne aux autres, à eux ne à leurs successeurs; et illec devant ont été appelés (par Guesnat Allain, sergent de Touvoye au baillage de Coulaine, en l'absence de Jean Émeraull, sergent bennyer de Touvoye, qui dit avoir droit de le faire), les huit barons et sieurs qui sont tenus porter mondit sieur en chaire en l'église de monsieur saint Julliau du Mans. Et s'étant comparus, c'est à scavoir : le sieur de Pirmil, nommé Louis de Labregement, sa fille mineure d'ans, dame de Pirmil ; Jean d'Averton, écuyer, sieur de Belin ; Urbain de Frezier, écuyer, sieur de Vaux ; Jean Tierrien, sieur de Neufville-sur-Sarthe ; Maurille Dubois, écuyer, capitaine de Sillé , qui a été reçu de grâce pour le baron de Sillé, et sieur de Montjean; Jean de Vaulager, sieur de Champagne, qui a été reçu de grâce pour le sieur ou damoiselle de Montfort ; et ledit M° Jean Dugué pour sa mère, neveu dudit deffunt Mc Adam Dugué ; et au regard du sieur de Montdoubleau, il s'est défailli, et en son absence a été commis par mondit sieur noble homme Jean de la Vandelle, sieur dudit lieu de la Vandelie. Auxquels barons et sieurs dessusdits présentés que dessus, mondit sieur a requis que pour cette fois seulement, sans qu'il portât préjudice à luy ne à eux, et pour éviter à l'inconvénient de la foulle du peuple qui étoit assemblé, ils le portassent comme de laditte église de Saint-Ouen, en l'église du Mans; dont ils ont été contens, moyennant qu'il ne seroit tiré à conséquence.

« Ce fait, sont venus devant la porte de laditte église de Saint-Pierre, où était la chaire parée d'un damas pers, et se sont mis en ordre comme ensuit, c'est à scavoir : ledit sieur de Pirmil, au bâton dextre, devant icelle chaire, au plus près de mondit sieur; et au bout dudit bâton devant luy, le sieur do Belin; au derrière dudit côté de ladiite chaire, ledit sieur de Vaux, au plus près de mondit sieur;

272 histoire de l'église lu Mans.

et derrière luy, au bout, ledit Maurille Dubois, pour ledit sieur de Sillé ; de l'autre côté de laditte chaire, au baston de devant, au plus près de mondit sieur, ledit sieur de la Vandelle, pour ledit sieur de Montdoublcau ; devant luy à icelluy baston, le sieur de Neut'ville ; au derrière d'icelluy coté ledit sieur de Champagne, pour ledit sieur de Montfort: et derrière luy, ledit sieur du Breuil.

« S'est assis mondit sieur, es dits habits de chappe et mitre dessusdits, sa ditte crosse devant luy, tenant en sa main, sur les genoux, FÉvangille de l'église de monsieur saint Jullian, couvert d'or et de pierres bien riches. A été laditte chaire portée par lesdits sieurs comparans comme dessus. Ont procédé lesdits collèges processionnellement, en l'ordre que dessus, par la grande rue de la cité du Mans, jusques à la grande porte de l'église de monsieur saint Jullian ; laquelle porte luy a été tenue fermée, jusqu'à ce que ait lait le serment qu'ont dit messieurs du chapitre avoir accoutumé d'exig r à la nouvelle réception de chacun évêque, et tenir laditte porte fermée jusqu'à ce qu'il soit fait. Au-devant de laquelle église a été fait faire le serment accoutumé par Me Allain deTrahin, archidiacre de laditte Église; lequel fait, ontétéouverteslesdittesportes de l'église. Ce fait, mondit sieur avec les barons qui le portaient, est entré dans laditte église, où était attendu par les chanoines de laditte Église et d'Angers, tous en chappes belles et riches. Et ont mesdits sieurs de l'Église commencé à chanter Te Deum laudamus en orgues. Et ces choses faites, mondit sieur fut porté par les dessus-dits sieurs, par la porte du chœur, le long d'icelluy chœur. Et en passant lui a été faitte la bénédiction par mondit sieur Philippe de Luxembourg, cardinal, son oncle, qui luy avait résigné l'évêché. A été porté autour de l'autel de saint Gervais, entrant par le côté senextre de l'autel de M. saint Jullian, retournant à sa chaire épiscopalle, où il a été mis et introduit. Ce fait, le parement de laditte chaire a été pris par le sieur Bel in, comme à luy appartenant. Et fait entendre qu'à l'arrivée de ladite église de M. saint Jullian, et durant

le Te Deum laudamus sonnaient toutes les grosses .cloches et petites. Et ledit Te Deum fini, mondi't sieur a dit laditte oraison, en laditte chaire épiscopalle. Et icelle finie, fit la bénédiction. Et après icelle est descendu de laditte chaire, et est allé au revestiaire de laditte église ; auquel revestiaire luy a été donné à laver d'eau et de vinaigre par ledit archidiacre de Sablé, à ce tenu, comme il l'a confessé.

« Et audit revestiaire a été revêtu et orné d'habits pontificaux beaux et riches à merveilles. Est allé au grand autel, et il a célébré la messe moult solennellement, in pon~ tificalibus, à l'autel de MM. saint Gervais et Prottais, dont l'introït étoit Mihi autem , etc. Durant laquelle messe, avant l'épistolle, a été chanté par trois chanoines, au côté dudit autel, une litanie de louanges et vertus que doit avoir un évêque; où il a été répondu en chœur par les vicaires et autres, ainsi qu'il est contenu es livres d'icelle église. Et semblablement après l'oraison de la postcommunion et devant lue missa est, a été chantée une autre litanie par trois chanoines, entre l'autel et le chœur, et répondu comme devant. Et à laditte messe ont servi de diacre ledit de Trahim , archidiacre du Mans , et de sousdiacre, ledit maître Anthoine de Saint-Maurice, archidiacre de Sablé.

« Et y ont assisté à laditte messe, au chœur de laditte église, es hautes chaires, les personnages qui s'ensuivent : c'est à savoir, du côté de laditte chaire épiscopalle, mondit sieur le cardinal de Luxembourg, en son habit de cardinal ; auprès de luy, ledit sieur de Ghistelle; après, l'abbé de Saint-Calais en chappe, la crosse devant luy; l'abbé du Gué-de-Launai, avec la crosse devant; après, l'abbé de Beaulieu, avec chappe et crosse; l'abbé de Saint-Georgesdu-Bois, étant en chappe et mitre blanche, la crosse devant lui; joignant luy, l'abbé de Fontaine-Daniel, ayant chappe et crosse; et auprès de luy, l'abbé de l'Épau, ayant pareillement chappe et crosse. De l'autre côté dudit chœur, en la chaire dudit grand archidiacre, étoit mondit sieur l'évoque de Chàlons, pair de France, mitre de mitre perles v. 18

ifh ËIStÔIRE DE L ÉGLISE DTJ HA.NS.

belle et- riche, la crosse devant luy ; auprès de luy, M. de Brion; après, l'abbé de la Couture, eu chappe et mitre blanche, la crosse devant luy , accompagné de cinq autres : de l'abbé de Perseigne, en chappe et crosse devant luy; et après, l'abbé de Champagne, en chappe et crosse; et de l'abbé de Thyronneau, en chappe et crosse; et auprès de luy, l'abbé de Vaas,avec chappe et crosse; et es chaires du chœur ou pulpitre, à l'entour de l'autel et ailleurs, y avoit grande quantité de gentilshommes, dames et damoiselles, dont ne sçais le nombre. Laditte messe finie, mondit sieur, accompagné de mondit sieur de Châlons et des abbés dessus dits, est retourné au revestiaire pour laisser sesdits habits pontificaux.

« Et pendant qu'il se dévestoit, mondit sieur le cardinal s'en alla en la maison épiscopalle, accompagné de tous les nobles et gentilshommes. Icelluy mondit sieur s'en est allé à la maison épiscopalle, accompagné de mondit sieur de Châlons et de tous les abbés susdits. En laquelle il a fait le dîner et fêtage grand et solennel, en la grande salle qui étoit tendue de tapisseries belles et riches. A été donné au commencement du dîner à laver à mondit sieur par ledit sieur de Champagne, commis comme dessus , pour l'absence de mondit sieur de Montfort. Après que mondit sieur le cardinal a eu lavé, auquel monsieur a été présentée une serviette pour soy essuyer par mondit sieur de Pirmil; et a eu ledit sieur de Champagne, au nom que dessus, les bassins qui étaient d'argent doré , valant deux cents écus ou environ, après qu'il eust donné audit sieur à laver, à la fin du dîner. Lesquels bassins ont été rendus à mondit sieur, du consentement de Guyon Patoyau, bailly de Montfort, et de Jean Prodhomme, receveur, parce que autrement mondit sieur n'eust reçu ledit de Champagne à* servir pour ledit sieur de Montfort, qui était absent, s'il ne lui eust plu. A durant ledit dîner servi de pannetier par ledit sieur de Pirmil; a fait serrer le linge qui lui appartenait, comme il disoit; lequel depuis il a remis et donné à mondit sieur. Ledit sieur de Vaux a servi d'écuyer tranchant, et a eu la

gaine et couteau dont il a servi. Ledit Maurille Dubois a servi d'échanson, pour ledit sieur de Sillé, et a eu la coupe d'argent doré, laquelle depuis il a rendu à mondit sieur, parce que mondit sieur le cardinal lui a donné et quitté les rentes que mondit sieur de Sillé lui devait, au moyen de son ensaisinement de laditte baronnye de Sillé, de ce qu'il tient de la baronnye de Touvoye, qui est l'hommage de Montfaucon. Et ledit Dugué, pour laditte dame Du Breuil, sa mère, a pareillement donné et rendu laditte mulle.

« Et audit dîner ont été en ordre les personnes qui s'en suivent : sçavoir est, au pignon vers l'église, y avoit trois tables; l'une au milieu où était assis mondit sieur le cardinal, sous l'épiscopalle dit Tartelet, lequel était très-riche> et à sa main droite était mondit sieur de Châlons, et à la gauche mondit sieur, et à la dextre de mondit sieur étoit le sieur de Ghistelle, et à la gauche dudit sieur de Châlons étoit ledit sieur de Brion. Et une autre table à la dextre d'icelle, distant de deux pieds environ; y étoient les quatre abbés qui s'ensuivent : et premier, l'abbé de Perseigne, l'abbéjie Champagne, l'abbé de Fontaine-Daniel, l'abbé de l'Épau; et devant laditte table six autres, l'abbé de la Couture, l'abbé du Gué-de-Launai, l'abbé de Vaas, l'abbé de Tyronneau, l'abbé de Saint-Georges-du-Bois. Et à l'autre table, à gauche, contre ledit pignon, étant un bout contre le bout de l'autre, étaient le sieur de Lucé, le sieur de Malicorne, le sieur de Belin , le sieur de la Bazogère, le sieur Duplessis-Buret, le sieur Duplessis-Fourmentière, le sieur de Leuchenail, le sieur de CourtiJloles, messire Hardouin de Champagne, le sieur de la Courbe, le sieur de la Chapelle-Rainchouin, le sieur de Melige, le sieur de la Vandelle.

« En la seconde table, qui étoit entre la table des dessus dits et la cheminée , étoient les sieurs qui s'ensuivent : et premier, le sieur de Saint-Georges, le sieur de Vassé, le sieur de Loré; le sieur de Bazogère, le sieur de Sépeaux, le sieur de Villiers, le sieur de Fontenailles , le sieur de Sou-

day, le sieur de Corignée, le sieur de Coulaine, nommé le Clerc, le sieur de la Frcslonnière , le sieur de Loresse, le sieur d'Évron, le sieur de Brulon, le sieur de Bavigné.

« A la tierce table dudit côté estoient le sieur de Sauveraine, le sieur de Saint-Aubin, le sieur de la Chouasnière, le sieur de laGroye, le sieur de Loudon, le sieur de Montfaucon, le sieur de Thorigné, le sieur de Pescheré, le maître de l'hôtel de Torcy, le sieur de Fanies, le sieur de la Béraudière, le sieur de Lucé, le sieur de la Motte, le sieur d'Antley, le sieur de Charnye, nommé Villeblanche; Je sieur de Travalle, le sieur de Boisnay, le sieur Du verger, le sieur de la Fuye, le sieur de Montagne, le sieur d'Orthon, le sieur de la Taille, le sieur de la Boussonnière, le sieur de la Cherbonnière, le fils de Possay, le sieur de la Chapelle-Saint-Fray, le sieur de Saint-Germain, le sieur des Cartes, le sieur de la Courbe fils de la Furillée, le sieur de Yilletremaison, le sieur Duplessis, le sieur de Vauloger, le sieur de Fontenailles, le sieur de Sourches, le sieur de Parmeau, le sieur de Dune, le sieur de Vaux.

o A la table basse d'icelluy côté encore vingt -cinq gentilshommes : le sieur de laFerrière, le sieur de Baillou, le sieur de la Haye, le sieur de l'Étang, le sieur Deshayes, le sieur de Neufmanoir, le sieur de Fougère, le sieur de Radray, le sieur de Neufvy, le sieur de Beaumont, le sieur d'AuverS; le sieur Dubois-Bérenger, le sieur de Vennevelle, le sieur de Sarcé, le sieur de Roissaire, le vicomte de Bretheau, le sieur de Villiers, le prieur de Grammont, le sieur de Souveré, le sieur de Courtalvert, le sieur de Corbon, le sieur de la Ronce et de Gelay, le sieur des Ifs, le sieur de la Pellissonnière et autres gens à icelle table; tous lesdits sieurs habillés en robes et pourpoints de velours noir, cramoisi, camelot, damas et satin.

« En l'autre table du bout d'abas étoient les chappelains et clercs de monsieur saint Jullian du Mans, jusques au nombre de vingt-cinq, et trois autres nobles avec eux, et le grand prieur de Séez et autres gens dudit lieu . Et à l'autre table, du côté de devers les jardins, et au haut de laditte

salle, étoient vénérables et discrets maîtres Lezin Cheminard, licentié en droits, promoteur du Saint-Siège Apostolique, doyen ; François Le Chat, docteur en droits, chantre; Allain de Trans, licentié ès-droits, archidiacre de Sablé; Guillaume de Cohardi, licentié ès-droits, conseiller du roy notre sire en la cour du parlement, archidiacre de Châteaudu-Loir ; Jean Le Meignen, docteur en théologie, archidiacre de Passays ; René de la Voirie, archidiacre de Montfort ; Jean Gaucher, sous-chantre ; Pierre Ghenier, licentié en décrets ; Jacques Brehin ; Alexandre de Gherres ; Jullian de Baïf, licentié en droit; Pierre Bellair; Martin Guerrande, licentié ès-droits; Floridas Faviso; Balde de Crépy ; Michel Duc, docteur en théologie ; Jean de Cohardi; Pierre Richer; Guillaume Barreau, licentié en décrets; Gervais Brocellier; Hillaire Boullard; Michel le Gros; Guillaume Veron ; Jacques Cartier, licentié ès-droits; Martin Gesbert; Jean Alay, docteur en médecine; Jean Sansom; Guillaume Pellisson; Jean Picaut; Etienne Piau; Mathurin Suavis; André Mictiot et Pierre Billard, prêtres, tous chanoines de laditte Église du Mans.

« En l'autre salle, qui étoit pareillement tendue de tapisseries, y étoient grand nombre tant de gentilshommes que d'Église, praticiens, bourgeois, que autres gens, à Festimation de cinquante-cinq ou environ. En la petite salle où dîne ordinairement mondit sieur étoient l'avocat et enquêteur du roy, maitre Nicolle Le Camus ; les officiers de Nogent-le-Rotrou et autres sieurs de la pratique séculière, jusques au nombre de douze. A l'autre table d'icelle salle étoient Charles de Bouille, le petit protonotaire de M. le cardinal, le sieur des Bordeaux, et autres nobles jusques au nombre de dix. A l'autre table d'icelle sallette étoient le bailly de Montfort, le sieur Duménil, le sieur de Nuillé, le procureur de l'Epau, Louis Le Boucher, pro~ cureur de Tucé, et autres jusques au nombre de treize, non compris les dessus dits. Quelle sallette étoit par semblable tendue de tapisseries.

<( En la chambre du maître d'hôtel étoient neuf, c'est à

v278 histoire de l'église du maxs.

sçavoir : ledit juge de Mayenne; Louis Tiercelin, lieutenant du sénéclial; maître Guillaume G uymont, bailly de la prévôté; maître Jean Pitard, procureur du roy; le commis du receveur des tailles, nommé Beithelot; Pierre Bouju, sieur de Verdigné, procureur des élus; maître François Menaud et Guillaume Ande, et le fils Peloux, sieur de Rouillon. Durant lequel dîner, qui a été grand, solennel et bien servi, ont été présentés plusieurs entremets; à l'issue et lever duquel dîner et première assiette, aétéjoué unefarcemoralisée de pastoureau. Et à la seconde assiette, après ledit dîner, ont été bien deux cents personnes ou environ. Et à la tierce assiette bien cinquante ou environ.

« Et est à entendre qu'à l'entrée dessus ditte y avoit si grand nombre de peuple, tant es rues, es églises, sur les murailles et es maisons, que hors la ville, qu'il étoit impossible d'en faire nombre certain. Et est estimé que jamais homme vivant ne vit en la ville et faubourgs du Mans, à une fois, si grande assemblée, où aucuns inconvénients ne se sont trouvés, grâces à Dieu, pour autant que les sieurs de la justice et de la ville y ont mis bonne garde, tant en la ville que aux portes «ficelle , et même aux carrefours, et aussi en l'église pendant la messe épiscopalle. Et la nuit d'entre le samedy et le dimanche, que le pardon général étoit ouvert, et le dimanche que fut faite laditte réception, furent les portes de la ville et église ouvertes pour empêcher le peuple qui y arrivoit. Quelles portes, avec les carrefours de la ville, furent toute la nuit gardées par gens armés et embâtonnés, par ordonnance des gens du roy et de la justice séculière, qui avoit à ce pourvu par son conseil.

« Et durant le dîner et tout le jour dessus dit, étoit la fontaine de vin blanc et clairet courant par un lion rouge, en la cour de f officiai, qui prendre en pourroit et en voulloit. En laquelle cour, au peuple et monde illec étant, fut jeté et départi pain et viande, à qui prendre en pouvoit semblablement. Et à l'heure de vêpres, sont venus en la maison épiscopalle deux enfants de chœur revêtus in alOis,

FRANÇOIS DE LUXEMBOURG. 27'j

avec les deux beaux chandeliers de l'église et les cierges allumés, et grande quantité de chanoines en surplis et aumusses, pour conduire monclit sieur évêque à vêpres. Et lesdittes vêpres dittes, s'en est mondit sieur retourné en la maison épiscopalle avec sa compagnie. Là aussi y a eu souper solennel, et quatre grandes tables pleines de gentilshommes qui furent merveilleusement bien festoyés.

« Et le lendemain fut célébré le service par mondit sieur, et eut à son diner tant abbés, gentilshommes , que de l'Église du Mans, très-grand nombre de gens. Et pareillement icelluy jour à souper, grand nombre de particuliers, dames et damoiselles. Et est à entendre qu'en ladite grande salle y avait, au bout devers l'église un plancher sur carreau, à trois marclies du large de laditte salle, de trente pieds et un ou environ. Et au milieu d'icelle salle étoit un dressouer, fait à pampes, merveilleusement bien garni de vaisselle d'argent doré et autres choses singulières, outre ce qui étoit es autres salles et chambres dessus dittes.

« Fait par nous Jean Salles, licentié es loix, bailly de Touvoye, es présence dudit procureur et greffier, les jour et an que dessus. »

Ce long et curieux procès-verbal du bailli de Touvoye fait suffisamment connaître toutes les circonstances de l'intronisation des évoques du Mans; nous n'ajouterons qu'un seul détail relatif au serment exigé par le chapitre avant d'ouvrir les portes de l'église à l'évêque. Lorsque le prélat, porté par ses huit barons, arrivait devant les portes de l'église, il les trouvait fermées, et il disait à haute voix : « Attollite portas, principes, vestras; et elevamini, portae œternales : et introibit Kex gloriae. » L'un des dignitaires du chapitre, ordinairement l'un des archidiacres, en chape et en dehors de l'église, près de la porte, lui disait : « Estne ingressus tuus pacificus? » L'évêque répondait : « Pacificus. » Le chanoine disait encore : « Vis tu servare jura et consuetudines Cenomanensis Ecclesiae scriptas et non scriptas, approbatas? » L'évêque disait : « Volo. » Le chanoine : a Jura. » Et l'évêque étendant la main sur le livre

280 histoire T>E l'église du màns.

des Évangiles qu'il portait sur ses genoux : « Sic me Deus adjuvet et haec sacra verba; statuta vera approbo et observabo et pro viribus augebo. » Alors les portes de la basilique s'ouvraient, et les chanoines qui se tenaient à l'intérieur, revêtus de chapes, recevaient l'éveque et raccompagnaient au chœur (I). Dans cette circonstance solennelle, les chanoines d'Angers envoyaient une députation choisie dans leur sein pour s'unir à ceux du Mans; et cette pratique était réciproque, à raison du lien de confraternité.

Trois jours après cette imposante solennité, le cardinal de Luxembourg et son neveu se rendirent ensemble à la réunion capitulaire, et firent des promesses magnifiques aux chanoines. Ils se montrèrent très - généreux au sujet des taxes de joyeux avènement; c'est-à-dire que l'éveque déclara qu'il ne voulait rien exiger. Peu après les deux prélats partant pour la cour, se chargèrent de solliciter pour le chapitre le droit de commit timus. Déjà nous avons vu les rois accorder ce privilège à notre chapitre.

On travaillait dès lors à Tune des entreprises les plus importantes de cette époque, et que les historiens modernes signalent comme le terme final du moyen âge (2); nous voulons parler de la rédaction de la coutume du Maine. Dès le temps de saint Louis on avait compris l'utilité de recueillir et de publier les coutumes locales, qui avaient prévalu sur les lois au moment où la féodalité commença à resserrer dans son vaste réseau toutes les existences et toutes les institutions. Ce travail fut suspendu après la mort du saint roi. Charles VII ordonna de le reprendre; mais on ne commença à s'en occuper avec suite que sous Charles VIII. De 1505 à 1515 vingt coutumes furent recueillies, modifiées et publiées. De ce nombre fut celle du Maine. D'importants travaux avaient précédé cette

(1) D'Espaulart , dans les Congrès scientifiques de France; xv« session, t. Il, p. 257. — Voir le texte du serment que nous avons publié dans cette histoire, t. IV, p. 607.

(2) Aug. Thierry, Le tiers-état, p. 89.

mesure : en 1437, Claude Liger, lieutenant du sénéchal d'Anjou, professeur de droit à Angers, écrivit les Coustûmes d'Anjou et du Maine, instituées selon les rubriques du code, dont aucunes sont accordées de droit écrit (1). En 1453 furent promulguées les Comtumes du duché de Touraine et des ressorts et exemptions d'Anjou et du Maine (2). Il fallut encore cependant que chaque corporation ecclésiastique ou civile se livrât à des recherches laborieuses. Un nommé Le Bourdats ayant travaillé gratuitement pour le chapitre à cette occasion, les chanoines l'admirent au nombre de leurs pensionnaires (3).

Enfin le 9 octobre 1508, le lieutenant général du sénéchal, en vertu de lettres patentes du 2 septembre 4508, convoqua au Mans les trois ordres de la province, pour l'adoption et la publication de la coutume du Maine. Les commissaires du roi, Thibault Baillet, président au parlement de Paris, et Jean le Lièvre, conseiller à la même cour, présidèrent l'assemblée, qui se tint dans le couvent des jacobins. 11 y eut cent quarante-trois députés, savoir vingt-sept pour le clergé, quarante-neuf de la noblesse, et soixante-sept du tiers-état. Les membres du clergé qui figurèrent dans cette solennelle assemblée furent l'évêque du Mans, François dé Luxembourg; Jean Ronssart, abbé Saint-Calais; Michel Bureau, abbé de la Couture; Yves Morisson , abbé de Saint-Vincent ; Macé Petiot, abbé de Fontaine-Daniel ; Jean Dumenil, abbé de Bellebranche ; Rolland Le Goux , abbé de Perseigne; Jean Aubinière, abbé de l'Ëpau; Louis Lebreton, abbé de Tyronneau. Furent représentés par procureurs : François de Chateaubriand, abbé commendataire d'Évron ; Guy Duparac, abbé de Beaulieu ; Jean Allain, abbé du Perayneuf; le couvent du Perayneuf; Lancelot de Beaumanoir, abbé de Champagne; et Je doyen, chanoines et chapitre de l'Église

(1; Bodin, Recherches sur V Anjou, t. II, p. 285. (2) Chalmel, Histoire de Touraine, t. II, p. 245. (H) Délibérations capitulaires des 30 juillet et 25 octobre 1507.

282 histoire de l'église du UÀ»ê.

du Mans, qui lurent représentés par Lezin Chamillard, doyen, François Lechat, chantre, et Alain de Tréanna, grand archidiacre. Jeanne de Cré , abbesse du Pré , et Jeanne de Laval, abbesse d'Étival-en-Charnie, envoyèrent leurs représentants. Le chapitre de Sai nt-Pierre-de- la- Cour députa pour son procureur Jean de Couthardy, son doyen. Adam Morin, prieur de Chàteau-rHermitage, et Jean de Lamps, prieur de Saint-Victeur au Mans, étaient présents en personne. Les chanoines et chapitre de Saint- Calais, le chevecier et chapitre de Sillé-le-Guillaume , ainsi que François de Saint-Mars, prieur de Grammont, se firent représenter. Le clergé de la baronnie de Mayenne avait donné sa procuration à Lezin Cheminart et à l'abbé de Fontaine-Daniel. On voyait encore dans le clergé Gilles de Commers, officiai du Mans, et Jean Bordier , procureur de l'évêque du Mans; puis, dans le tiers-état, Pierre Courtin, procureur des gens d'Église de la Ferté-Bernard. Commencée le 9 octobre, cette publication de la coutume du Maine se termina le 15 du même mois.

Le clergé prévoyait que les immunités de l'Église pourraient souffrir quelques atteintes dans cette assemblée; aussi dès le premier jour, D. Michel Bureau, abbé de la Couture, choisi pour orateur par l'évêque et le clergé, tant séculier que régulier, protesta contre tout ce qui serait tenté au préjudice des droits et libertés de l'Église. Ces réserves présentées avec éloquence ne suffirent pas pour garantir tous les droits acquis au clergé; l'official de l'évêque (1), et les gens d'Église en général élevèrent des réclamations sur plusieurs articles (2), qui attaquaient ou sa juridiction ou ses droits réels, et ils n'obtinrent pas toujours ce qu'ils réclamaient avec justice (3).

Bientôt le fisc voulut prendre avantage de ces dispositions pour soumettre notre clergé à des taxes dont le

(1) Article 48.

(2) Articles 198, 204, 431, 455, 459 et 460.

(3) Procès-verbal de la publication de la coutume du Maine.

droit commun l'exemptait. Il s'en suivit de longues procédures, qui eurent du retentissement dans le royaume. Les diocèses de Tours et d'Angers se trouvèrent dans une situation semblable. La cause fut portée au parlement selon l'usage, ou plutôt l'abus de ce temps-là. L'affaire dura de 4540 à {1579. En cette dernière année, René Choppin, fameux avocat au parlement, prononça devant cette cour un plaidoyer en laveur de nos Églises, dans lequel il s'efforça de faire voir que les articles allégués par les officiers du roi contre la liberté et l'immunité de l'Église, ne pouvaient porter atteinte à ses droits, puisque les ecclésiastiques de notre diocèse , et des deux autres désignes, n'avaient point été appelés en corps à consentir ces articles (1).

La même année qui vit la promulgation de la coutume du Maine, le parlement rendit un arrêt pour mettre lin à un abus qui s'était introduit dans la chancellerie épiscopale du Mans. Sous le prétexte de lettres d'ordination et de droit de sceau, on levait des impôts sur le clergé, pour les ordinations et pour la collation des offices et des bénéfices. Le parlement se prononça contre cette pratique; il permit seulement à l'évêque de taxer à un écu, pour droit de sceau , ceux auxquels il conférait un bénéfice. Un arrêt semblable fut rendu la même année pour le diocèse de Chartres, et en 1522 pour celui d'Angers (2).

Le Maine eut du moins l'avantage de compter plusieurs jurisconsultes qui commentèrent sa coutume avec des sentiments vraiment religieux ; tels furent Guillaume Le Rouillé, né à Moiitsort, faubourg d'Alençon, cousin de D. Michel Bureau, et que la vénérable Marguerite de Lorraine, établit bailli de Fresnay et de Beaumont-le-Vicomte (3);

(1) Choppin, De la police ecclésiastique, p. 448-463, in-fol.

(2) Idem, De la police ecclésiastique, p. 239.

(3) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 351, p. 101. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. IV, p. 120 et 397.

284 HISTOIRE DE l/ÉGLISE W «ANS.

Louis Hoellet, avocat au présidial du Mans, bailli de La Suze (1), et Julien Bodereau, le plus complet et le plus connu (&).

Dès le 13 lévrier 1508, François de Luxembourg publia un mandement en latin et en français pour la promulgation du premier catéchisme du diocèse du Mans. Ce petit livre, qui est devenu d'une extrême rareté, porte pour titre : Instruction des curez pour instruire le simple peuple. On lit dans le mandement : « Il est enjoint à tous les curez, vicaires, chapellains, maistres des escolles, d'hospitaulx et autres par tout l'évesché du Mans, d'avoir avec eux ce présent livre, et en lyre souvent. Et y a grands pardons en ce faisant. » Pour s'assurer que tous les piètres du diocèse le possédaient, il leur était ordonné de l'apporter au synode avec les statuts synodaux du diocèse.

En se rendant à Rome, où il devait fixer son séjour , Philippe de Luxembourg fut accompagné par son neveu, le nouvel évêque du Mans. Ce jeune prélat était depuis peu arrivé dans la capitale du monde chrétien, lorsqu'il fut saisi d'une fièvre chaude qui le conduisit au tombeau, le 9 septembre 1509.

Avant sa mort, François de Luxembourg eut le temps de résigner les deux évêchés qu'il possédait déjà, le Mans et Saint-Pons-de-Thomières, entre les mains du Souverain Pontife, en faveur de son oncle. Jules II donna son approbation à cette disposition, et le cardinal Philippe de Luxembourg se trouva en possession de trois évèchés (3).

(1) La Croix du Maine, Bibliothèque française. — Almanach monceau, 1767, p. 27. — Le Paige, t. II, p. 252.

(*) Hauréau, op. cit. t. Il, p. 229 et t. IV, p. 399. — De Yilliers de nie-Adam, dans la Revue de l'Anjou et du Maine, 1857.

(3) Gallia christiana, t. VI, col. 249 ; t. X, col. 1569.

E1MSC0PAT Dl CARDINAL PHILIPPE DU LUXEMBOURG , POUR LA DEUXIÈME FOIS (1509-1519).

Philippe de Luxembourg' échappe aux instances de Jules II, et revient habiter le Mans. — Indulgences stationnâtes et jubilé obtenus pour l'église cathédrale. — Il résigne I'évêché de Saint-Pons-de-Thomières. — Translation des reliques de sainte Scholastique. — Faiblesse du cardinal de Luxembourg pour la cour de France dans les démêlés avec le Pape, auquel il demande enfin pardon. — Jules II donne au cardinal de Luxembourg les sièges d'Albano et de Tusculum, et le nomme son légat en France. — Les grands pardons de Saint- Julien. — Inscription en rhonneur de Jules II et fondation de son anniversaire. — Confréries. — Concile célébré au Mans en 1511. — Sépulture de François de Luxembourg. — Visite diocésaine. — Égards de l'armée anglaise pour Philippe de Luxembourg. — Il préside aux obsèques d'Anne de Bretagne. — Efforts pour corriger quelques abus de la procession des Rameaux. — Émeute à Laval à propos de la Fête-Dieu. — Concordat de 1516. — Réforme des monastères entreprise par le cardinal de Luxembourg. — Difficultés suscitées au cardinal de Luxembourg par l'université de Paris et le parlement. — Pierre Cheminart, Félix de Brie de Serrans et Aimard de Thévallcs , doyens du chapitre du Mans. — Jean Glapion. — Baudoin de Crépy. — Jean Gallery. — Fondations de Philippe de Luxembourg. — Établissement du collège du Mans à Paris. — Collège de Saint-Benoît. — Mort et sépulture du cardinal Philippe de Luxembourg. — Portrait de ce prélat; son testament.

Après la mort de son neveu , Philippe de Luxembourg prit aussitôt la résolution de quitter la ville sainte et de revenir fixer son séjour au Mans. Jutes II fit des efforts pour le retenir à sa cour; mais Philippe, après un court séjour en Italie, désira reprendre la conduite de l'Église de Saint-Julien, à laquelle il rapporta de nouvelles faveurs spirituelles, comme le raconte le naïf chroniqueur de Laval.

Item, monsieur le cardinal Du Mans, évesque et pastoral.

Nouveau remis en Tévesché, A Rome en fust cmpesehé

HISTOIRE DE L EGLISE DtJ MANS.

Par le Pape qui l'arrestoit, Pour ce que moult fort Tappétoit.

A sa venue nous apporta, Dont le Manceau se contempta, Grands pardons à leur grant église ; Qui fust pour eulx bonne divise ; Que tous ceulx qui dedans yroienl, Et sept aultiers visiteroient, Et cinq foiz diroient à genoulx

Pater nos ter à basse voix, Ave Maria tant de foiz,

Se repentant de ses raaulx faix, Devant chacun desdicts aultiers, Pour lors gaignoit, de cueurs entiers, Le pardon ainsi comme à Rome, A sept églises que Ton nomme, Selon les patentes et lectres, Qui sur ce avoient été faictes (1).

Et outre, le bon cardinal, Pour mieulx corriger nostre mal Que chascun jour nous commectons, Nous impétra aultres pardons, Sçavoir î à la sainct Jehan prochaine Le jubilé, par son enseigne, Impétra audict lieu du Mans A tous confès et repentans (2).

Philippe de Luxembourg prit possession de l'évèché de Saint-Pons-de-Thomières par son procureur, Jean des Hayes, prêtre, chanoine et doyen de Saint-Pierre-de- la- Cour au Mans (26 octobre) ; mais il garda ce siège peu de temps; car il le remit vers le mois de septembre de Tannée suivante à François-Guillaume de Castelnau-Clermont- Lodève, cardinal du titre de Saint-Étienne au Mont-Célius,

(1) Pièces justificatives, n° XXIV. — Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 252, fol. 17 r. et seq. — Lettre du chapitre du Mans au cardinal de Luxembourg pour lui exprimer sa reconnaissance, ibidem, fol. 19 v. — Bulle de Léon X qui confirme les faveurs acordées par Jules II, ibidem, fol, 94 v. — Mss., n° 206, fol. 63 r. et seq.

(2) Guillaume Le Doyen, Annales et chroniques du patj* de Laval, à Van 1510, p. 135.

celui-là même qui l'avait résigné à François de Luxembourg (î).

Dès la première année de son retour , le cardinal de Luxembourg accomplit la translation des reliques de sainte Scholastique, pour lesquelles le chapitre de Saint-Pierrede-la-Gour avait fait exécuter une châsse d'un très-grand prix (2).

A peine fixé de nouveau au Mans, Philippe vit éclater une brouillerie lâcheuse entre la cour de Rome et celle de France. Pour se venger, Louis XII traita avec l'empereur Maximilien de la convocation d'un concile général chargé de travailler à la réforme de l'Église. Avant d'être promu au pontificat, Jules II s'était engagé comme les autres cardinaux à convoquer une de ces grandes assemblées, jugées alors nécessaires pour la réformation des abus; mais depuis son exaltation, les entraînements de la politique semblaient avoir absorbé toutes ses pensées. Plusieurs cardinaux mécontents du Pontife poussèrent le roi et l'empereur dans cette voie, qui pouvait ouvrir l'abîme du schisme. Les cardinaux Garvajal, Borgia et Briçonnet furent les plus ardents. Les cardinaux de Luxembourg, de Saint-Séverin, de Prie, d'Auch, de Final, de Ferrare, deCorneto et d'Albret partagèrent avec plus ou moins d'éclat leur avis. Il n'y eut qu'un Français, Robert de Guibé, qui resta constamment attaché au Pape (3).

Cependant, les trois cardinaux chefs du parti des couronnes, ayant publié un acte fort détaillé pour convoquer le concile à Pise, s'y portaient pour agir en leur nom propre et au nom de six autres cardinaux dont ils prétendaient avoir les procurations. Onassure que trois de ces cardinaux, Philippe de Luxembourg, Adrien Castellezi de Corneto et Frédéric de Saint-Séverin, s'inscrivirent en faux contre la

(1) Galliachristiana,l. M, col. 249.

(2) Savarc, Mémoires pour servir à l'Histoire du chapitre de Saint- Pierre-de-la-Cour, p. 402. Mss. aux Archives de la Sarthe.

(3) Raynaldi, Annales ecclesiastici, ad an. 1511.

£88 HISTOÎBE DE L'ÉGLXSE II MANS.

procuration et la signature de l'acte; qu'ils écrivirent même au Pape pour l'assurer de la résolution où ils avaient toujours été de ne prendre aucune part à une démarche aussi irrégulière. Cependant, soit que le fait n'ait pas une entière certitude , soit qu'après avoir balancé quelque temps, L'influence de la cour l'ait emporté, et que eus cardinaux chancelants, au moins deux, Philippe de Luxembourg et Frédéric de Saint-Sé ver in, eussent été gagnés par les autres, il est constant que par la suite ils donnèrent leur consentement à la convocation du concile de Pise.

Cette assemblée, en effet, s'ouvrit le 5 novembre 151 1 , et l'ut présidée par les quatre cardinaux de Carvajal, l>riçonnet, de Prie etd'Albret, ayant des procurations des cardinaux de Luxembourg, Borgia et de Saint-Séverin. Quatorze évêques français y assistaient, avec un grand nombre de théologiens, dont l'un des plus distingués était le scholastique du Mans. Geoffroy Boussard. Pour empêcher un schisme imminent, le Pape convoqua un concile à Latran, et invita les cardinaux fugitifs à rentrer dans le devoir; mais ceux-ci opposèrent une déclaration et une apologie au décret de Jules II. Alors le Pape se vit dans la nécessité de condamner les cardinaux auteurs du concile de Pise. Philippe de Luxembourg fut sans doute effrayé des malheurs qui menaçaient les Églises de France, et il s'empressa de faire la paix avec le Souverain Pontife, auquel il n'avait désobéi un moment que par faiblesse de caractère. Bientôt les Français éprouvèrent de terribles revers au delà des monts; tous les ordres de l'état furent profondément humiliés; le roi lui-même et les princes sentirent la nécessité d'obtenir la paix de Jules, qui poursuivait la réalisation de ses desseins, et employait avec l'énergie de son caractère les armes spirituelles et temporelles. Le cardinal de Luxembourg écrivit à Jules d'un style très-soumis, le priant d'accorder la paix à Louis XII, qui sentait la nécessité de rejeter tous les malheurs passés sur les gens de son conseil. Le duc de Valois, qui fut depuis François Ier, joignait ses sollicitations à celles du mo-

nârqùe, et la reine Anne demandait la même grâce avec larmes (I).

Les démarches de Philippe de Luxembourg auprès de Jules II furent favorablement accueillies; le Pontife conféra de nouvelles grâces à l'évêque du Mans. L'évêché d'AIbano étant venu à vaquer par la mort d'André Novellus, sur la fin de 1512, Jules donna ce siège à l'évêque du Mans. 11 lui conféra aussi vers le même temps celui de Tusculum. Il lui accorda même une marque plus haute encore de sa confiance., en lui offrant le titre de son légat en France, titre qui n'avait pas été rempli depuis la mort du fameux cardinal George d'Amboise (25 mai 1510).

Effrayé des malheurs qui menaçaient Ja France, Philippe de Luxembourg mit tous ses soins à réveiller la piété de son peuple, et célébra avec toute la solennité qu'il lui fut possible, Pinauguration des grands pardons de Saint-Julien. Leur origine remontait au xine siècle, ainsi que nous Pavons dit; mais ils n'avaient pas assez de solennité au gré du pieux cardinal. Il obtint une nouvelle bulle, des indulgences plus abondantes, et il eut la consolation de les établir d'une manière durable; les troubles allumés par les calvinistes n'en interrompirent la solennité que momentanément; et la foule des pèlerins qui accouraient de toutes parts pour profiter de ces grâces spirituelles était si grande, que dès la veille l'église cathédrale se trouvait remplie de ces fervents chrétiens, qui y veillaient toute la nuit. En 1592, le chapitre, pour obvier aux désordres qui auraient pu survenir, établit que quatre de ses serviteurs passeraient la nuit dans l'église. L'usage de ces veilles avait lieu plusieurs fois l'année, à Noël, à la Saint-Julien, à la Saint-Jean- Baptiste, à la Saint-Pierre, à la solennité des pardons, et probablement en d'autres circonstances encore. Tout porte à croire que cette pratique remonte à une très-haute antiquité; il en est question à l'année 1172; et il est curieux d'en constater l'existence jusqu'à la veille duxvir siècle (2).

(1) Lettres du roi Louis XII, t. IV, p. 51 .

(2) Archives du chapitre, registre B-25, fol. Ml r, 130 r.

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Alin d'exprimer sa reconnaissance envers Jules II, le chapitre du Mans lit placer une inscription composée de

ces simples mots :

JULIO SECUNDO PONT. .MAX. BBNKFACTOAi.

Cette inscription se lit encore entre les deux piliers qui séparent la nef du transsept; malheureusement les aimoiries du Pontife, qui étaient peintes des deux cotés, ont été effacées, et notre temps, qui aime à restaurer les monuments, a oublié de les restituer. De plus le? chanoines résolurent de célébrer tous les ans un service très-solennel, à l'intention de Jules, le lendemain de la dédicace (1). Il a fallu la ruine complète de l'Église en France, à la fin du xvme siècle, pour effacer tant de précieux usages.

Philippe de Luxembourg offrit un don considérable à la confrérie de Saint-Jean- Baptiste établie au Mans, dans l'église des frères prêcheurs. Cette pieuse association était très-florissante, et l'un rencontre sur ses registres des noms de personnages illustres dans l'Église et dans l'État (2). Nous regrettons de ne pouvoir mentionner toutes les confréries en l'honneur du saint Sacrement ou des saints, qui s'établissaient de toutes parts <!ans le diocèse, et pour lesquelles on sollicitait presque toujours des bulles du Souverain Pontife (3).

L'année précédente, un concile provincial a\ait été célébré à Tours, sous la présidence de François de Rohan, archevêque de Lyon et évêque d'Angers, par ordre de Jules II et de Louis XII, pour résoudre certaines questions proposées par le roi (-4). Nous aurions plus d'intérêt encore

(1) Alartyrologiumcapituli Cenomanenus, Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 206, fol. 63 r.

(2) Archives du département i!e la Sarthe : Registre des fondations et legs du couvent des jacobins, p. 289. — Mss. de l'abbé Belin

(3) Voir Lochet, Recherches sur les confréries établies dans le dtQcètt du Mans avant 1790.

(4) Biblioth. imp. Mss. des Bl.-Mant , n° 81, c. p. 571. — Gallia christiana, t. VI, col. 807.

à connaître les décrets du concile qui fut célébré au Mans en 4511 ; malheureusement ils semblent avoir péri (I).

Deux autres solennités imposantes signalèrent encore cette même année 151 J. Philippe de Luxembourg fit une nouvelle entrée ; mais par humilité, et à cause des revers que la patrie venait d'éprouver , il refusa les honneurs qu'on devait lui rendre en cette circonstance , et l'entrée fut très-simple (2). Enfin le corps de François de Luxembourg ayant été apporté d'Italie, fut déposé dans l'abbaye de Saint-Vincent , d'où après quelques jours on l'enleva pour l'inhumer dans l'église de Saint-Julien , au sépulcre des Luxembourg. Mais le cœur resta dans l'abbaye de Saint-Vincent, et fut enterré devant le maître autel. On recouvrit le lieu d'une grande tombe de marbre blanc et noir; au milieu était la figure d'un cœur, et on lisait cette inscription autour :

COR DOMINI FRANCISCi DE LUXEMBURGO, EPISGOPI CEN0MANENS1S.

Puis au bas de la même table de marbre on lisait :

ROMjE obii

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