‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 26 sur 66 · HOC MARMORE TECTUM ANNO M. D. C. LXX · texte numérisé non relu

HOC MARMORE TECTUM ANNO M. D. C. LXX

Vers le haut du monument :

Obiit die ii junii, jEtatis vero sile lxxiv°.

Enfin, tout à fait au haut, on voyait une tête de mort, deux tibias en sautoir et une banderolle portant ce mot , qui lui servait de devise : Mémento. On y avait encore gravé les armes du cardinal (1).

Peu de temps après sa mort, le chapitre fit élever, dans la cathédrale, une colonne surmontée de la statue de Tillustre prélat, comme un bienfaiteur de l'Église et de toute la province.

Guillaume Le Doyen peint naïvement l'impression produite dans le Maine par la mort du cardinal Philippe de Luxembourg :

Et le segond du moys do juign,

Atropos, par son art malign,

Osta la vie au bon pasteur,

Du Mans evesque et protecteur,

Cardinal et légat en France,

Lequel vivait sans arrogance

Amé de tout son populaire,

Saige, discret, de bonne affaire :

C'est Philippe de Luxembourg,

Qui beaux droits avoit en maints bourgs (2).

Après trois siècles et demi révolus, après un changement profond accompli dans toutes les classes de la société, les habitants du Maine conservent encore vivant le souvenir du cardinal Philippe de Luxembourg. La bonté, la générosité de son cœur a mieux réussi à immortaliser sa mémoire

(1) Mss. De Gaignières, n°170, fol. 279. Le monument y est dessiné.

(2) Annales et chroniques du pays de Laval, p. 168.

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que les qualités brillantes de plusieurs autres prélats. La grandeur de ses dignités et de sa naissance ne le rendait point inaccessible. Il prenait même plaisir à converser familièrement avec les personnes des classes inférieures, avec ses fermiers et ses vassaux, afin de connaître leurs sentiments, de savoir ce qui se passait parmi le peuple, et d'apprendre s'il y avait des pauvres malades ou honteux, dans le désir de soulager leur misère. La franchise dont il usait dans ces circonstances était pleine de circonspection, sans nuire à la générosité de son cœur. Il était fidèle à tenir la parole qu'il avait donnée, et à garder le secret qu'on lui avait confié; prompt à s'irriter lorsqu'il se croyait offensé, il n'était pas moins prompt à pardonner à ceux qui l'avaient blessé; sa justice égalait sa piété. Les traits du visage de Philippe de Luxembourg prévenaient en sa faveur, et portaient l'empreinte de ses sentiments grands et généreux, unis à beaucoup de douceur (1).

La France eut à cette époque plusieurs cardinaux d'un mérite éminent, quatre surtout: Guillaume Briçonnet, George d'Amboise, Antoine du Prat et Philippe de Luxembourg; mais les trois premiers furent surtout des hommes d'état, plus occupés de la politique que des affaires de l'Église; plusieurs fois même on les vit échanger la mitre pour le casque. Philippe de Luxembourg s'occupa uniquement de la conduite de l'Église , de l'amélioration et de la propagation des maisons religieuses. Gomme légat, il favorisa les religieux, et l'ordre de Saint-Benoit surtout. Son dévouement au Saint-Siège, dans ces éminentes fonctions, lui attira une vive opposition de la part de l'université de Paris, déjà plus attachée aux faux principes d'une nationalité étroite et jalouse qu'aux vraies maximes du catholicisme. Si les séductions de la cour le firent dévier une ibis, il répara courageusement sa faute. Ajoutons que Philippe de Luxembourg aimait tout ce qui rappelait les anciennes

(1) Voir son portrait à la salle du chapitre à la cathédrale du Mans, et un portrait en pied, à oôté de Louis XII, dans D. Montf'aucon, Monumculs de la Monarchie, t. IV, planch. xix, p. 137 et 13S.

traditions de la vie cléricale : l'usage si avantageux de la lecture durant le repas commençait à s'affaiblir; notre cardinal y fut toujours fidèle. L'auteur qu'il se faisait lire le plus habituellement était saint Éphrem ; ce qui porta un chanoine du Mans , qui avait souvent constaté par luimême cette prédilection du pieux évêque, à entreprendre et à lui dédier une traduction d'une partie des œuvres de l'illustre diacre d'Édesse (1). Enfin, les vertus de Philippe de Luxembourg lui ont mérité un rang honorable parmi les hommes les plus pieux (2).

Ce grand cardinal a laissé un testament, monument précieux, qui peint d'une manière naïve le caractère de son auteur ; aussi nous n'hésitons pas à le reproduire en son entier, malgré son étendue (3).

« S'ensuit la teneur du testament et codicilles de Philippes cardinal de Luxembourg, evesque du Mans.

« In nomine Domini. Amen. Ténor praesentis publici testamenti cunctis pateat evidenter, et sit notum quod anno ejusdem Domini millesimo quingentesimo decimo octavo, more gallicano computando, indictione..., mensis vero aprilis die vigesima prima ante Pascha, pontificatns sanctissimi in Ghristo patris et domini nostri domini Leonis divina providentia PP. Decimi anno septimo, in nostrûm notariorum publicorum subsignatorum preesentia , fuit prsesens et personaliter constitutus reverendissimus in Christo pateret dominus dominus Philippus, miseratione divina Tusculanensis et Genomanensis episcopus sacro-

(1) Pierre Curet, Cueuret. Voici le titre de son livre dédié à P. de Luxembourg : La fleur de prédication selon saint Ephrem, translatée de grec en latin et translatée de latin en françoys ; petit iu-fol. goth. s. date. V. Hauréau, Histoire littéraire du Maine, 1. 111, p. 242 et 437.

(2) Du Saussay, Martyrologium gallicanum, t. II, p. 1137. — Acta Sanctorum, t. IV, junii, p. 138.

(3) Ce testament a été public par Le Gorvaisier, p. 787-813. Nous l'avons collationné avec une copie du xvio siècle dans le Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 245.

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Banctœ Komanae Ecclesiœ cardinalis de Lucemburgo nuncupatus, qui compos mente et intellectu per i>ci gratiam, ac in sua bona iirma ac valida memoria existens, licct sdiqua corporis infirmitate foret gravatus, corara nobis aotariis subscriptis, substantialiter dixitet declaravit quod salubre in agendis remedium videbatur, ut unusquisque de boni* suisordinaret et disponeret dum clare vigebat in eojudicium rationis. Quapropter ipse reverendissimus cardinalis considerans , et attendens nil fore morte certius, nihilque incertius ejus hora,'divina sibi assistente clementia, ipsius mortis inevitabiles laqueos dispositione testamentaria jampridem prasvenire voluerat, ac de bonis, rébus, et juribus sibi a Deo collatis disposuerat et ordinaverat, prout continebatur et continetur in quodam codice papireo manu propria ejusdem reverendissimi domini Pbilippi cardinalis de Lucemburgo scripto , et in pluribus locis sub signo manuali signato, et in fine dicti codicis testamentarii, sub data diei suprascriptae, sunt quinque articuli manu mei Roberti Maceot notarii publici ac ejusdem reverendissimi domini cardinalis secretarii scripti; in fine quorum articulorum, signum suum manuale apposuit idem reverendissimus dominus cardinalis : et que m codicem papireum nobis notariis publicis et subscriptis ad signandum tradidit, et quem recepimus et signavimus ad instantiam reverendissimi domini Philippi cardinalis; volens et expresse consentiens ipse idem reverendissimus dominus cardinalis, ut nos notarii subscripti hujusmodi suum testamentum reciperemus, publicumque instrumentum conficeremur et auctenticaremus, ac sub signis et subscriptionibus noslris cum appensione sui sigilli camerae apostolicœ, prout melius et efficacius in meliori forma quse fieri posset publicaremus.

« Ténor autem dicti codicis testamentarii de verbo ad verbum sequitur, et est talis.

« In nomine Domini. Amen, f

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