H1ST0ULE DE L E6LI8I EM M \N
Tous ces faits précédaient la prise des armes. Aussitôt que la révolte eut éclaté, Charles IX envoya de nouveaux ordres à Nicolas d'Angennes de veiller avec soin à la sûreté «lu pays, Kn même temps Lancelotde Bréedut se retrancher dans le château de Laval ,. a pour empêcher, dil la dépêche ol'ficiellej ceux de la nouvelle religion, qui viennent de se révolter, de s'emparer du château ou de la \ ille (I). b En eiVet, la province courait les plus grands dangers; Dandelot, le vidame de Chartres, Montgommery, Lanoue, Lavardin, Bressault et autres capitaines religiounaires, avaient rassemblé de sept à huit mille hommes, en Bretagne, en Normandie, dans le Maine et l'Anjou ; mais ils ne s'arrêtèrent pas à prendre les places de notre pays; ils avaient hâte de s'avancer vers le Poitou pour se joindre à Condé et à Goligny. Ils furent défaits par Puygaillard et Martigues, au moment où ils allaient traverser la Loire près de Saumur (2). Cet avantage des catholiques ne délivra pas entièrement le Maine; d'autres corps de religionuaires portèrent le désordre de divers cotés. Ainsi Kohan, dont nous avons parlé précédemment, voulut s'emparer du château de la Hongère en la paroisse de Saint-Sulpice. C'était la résidence du chef de la famille de Quatre-Barbes, qui se montrait fortement attaché au catholicisme, malgré les efforts des Roussardières et des Charnières, ses parents, pour l'entraîner dans Terreur. Le château de Lassay, beaucoup plus fort que celui de laRongère, et qui appartenait à Béarnais Lanocle, tomba au pouvoir des huguenots; aussitôt Matignon, qui fut toujours inébranlable dans son dévouement à la cause catholique, informa le gouverneur du Mans de ce malheur, et lui ordonna de s'y transporter avec ses forces, devant en faire au tant de son coté. Il amena en effet d'Alencon
(1) Pièces justificatives, n° XXX. On voit combien est erronée l'assertion de Pesche. qui dit que Laval resta au pouvoir des calvinistes.
(2) D'Aubigné, Histoire universelle, t. I, p. 264. — De Thou, liv. XLIV. — B. Roger, Histoire de F Anjou, p. 434. — Journal de Jehan Louvel, dans la Revue de l'Anjou, 1854, t. I, p. 289.
CHARLES B'ANGENNES. f)01
trois ou quatre compagnies de gens de pied, chacune de trois cents hommes, une cavalerie nombreuse, et il reçut de l'artillerie que le capitaine Lagolui amena de Caen. « La brèche faite, dit La Popelinière, et vue assez raisonnable, le capitaine La Roche qui y commandoit à quarante ou cinquante soldats, désespérant de soutenir l'assaut, joint les pleurs et craintes des damoiselles et autres qui s'y étoient retirés, se rendit avec composition que chacun paya pour sauver le moule du bonnet. La Roche y fut pour mille écus. De là Matignon s'en alla prendre La Ferté-au-Vidame (l). » Ceci se passait au mois de juillet. Deux mois plus tard, cinq cornettes de cavalerie blanche, conduites parBourry, La Tremblaye, les Essards, Moissonnière et autres capitaines huguenots, et levées dans le Maine, le Perche et la Beauce, étaient également obligées de quitter Montargis, tombé au pouvoir des catholiques (2). Des succès plus brillants encore étaient remportés par le duc d'Anjou, comte du Maine, à la fameuse journée de Jarnac. Coligny rallia les protestants, reçut de nouveaux secours d'Allemagne, et Jeanne d'Albret amena à l'armée son fils, qui devint plus tard Henri IV. Ce prince, qui touchait à sa seizième année, releva par quelques succès le courage des calvinistes. Mais bientôt il fut battu àMontcontour par le duc d'Anjou. Catherine de Médicisne se laissa pas aveugler par ces avantages; tout vaincus qu'ils étaient, les huguenote pouvaient encore résister à la puissance royale ; une troisième paix fut conclue à Saint-Germain le 8 août 1570. Elle fut appelée boiteuse et mal assise, parce qu'on sentait qu'elle n'était pas durable.
La troisième guerre contribua encore beaucoup à diminuer les ressources financières de notre clergé; et .néanmoins, dès le 29 novembre 1568, il fut obligé de payer une somme de cinquante-quatre mille cent quatre livres. Aussi
(1) La Popelinière, liv. II.
(2) Idem, liv. VIII. Villarmoy, capitaine huguenot, s'établit dans le faubourg de Montsort; mais il s'en retira pour une somme d'arpent.
ri02 histoire DE l'ù.i.m: DO M I
on le voit chaque année obligé i l'aliéner une partie de ses immeubles. Le clergé intérieur recourait au chapitre de Saint-Julien; celui-ci s'épuisait en remontrances au roi et à la reine Catherine; et sil obtenait quelque nouvelle garantie pour ses immunités, les officiera de Nille refusaient de les reconnaître et les violaient impunément. Nicolas d'Angennes , en qualité de gouverneur, ne H montra pas plus favorable que les autres aux requêtes si fondées du clergé. Au mois de mars 1570, le roi \int au Mans, et ne prit pas à la cathédrale sou rang de chanoine. Le chapitre s'était concerté avec celui d'Angers pour rendre au prince les mêmes honneurs dans les deux villes. Le roi, sa mère, le duc d'Anjou, comte du Maine I), le duc de Guise, visitèrent une partie de la province, et ne paraissent pas avoir apporté de remèdes efficaces aux désordres qui y régnaient de toutes parts. Malheureusement, durant l'absence de révoque, l'administration du diocèse fut confiée à son frère, Claude d'Angennes, que l'on nommait alors Monsieur de Louve, en qualité de grand vicaire, le même que nous verrons plus tard sur le siège du Mans, età Picault, autre vicaire général. Ils ne vécurent pas toujours en bonne harmonie avec le clergé. En 1509, à l'époque du synode diocésain, Ravend Gibon, abbé de Saint-Vincent, voulut user du droit dont jouissaient ses prédécesseurs de temps immémorial, en convoquant et présidant l'assemblée des curés du diocèse; les vicaires généraux s'y opposèrent, malgré l'évidence du droit. L'année suivante (24 avril), un vicaire de l'église cathédrale et d'autres ecclésiastiques eurent une rixe dans l'église même; le sang coula; et les chanoines, en vertu de leurs privilèges, firent la réconciliation de la basilique. Claude d'Angennes voulut s'y opposer, et protesta. Le chapitre n'en tint compte, et ordonna aux officiers de sa juridiction spirituelle de procéder contre les auteurs du délit. Les
(1) Ce fut Ayrault qui harangua ce prince . à son entrée au Mans; et ce discours a été conservé.
chanoines ne se montraient pas moins fermes contre les envahissements de l'autorité temporelle; ils se laissaient arracher leurs finances sans trop d'efforts; mais lorsqu'il s'agissait d'admettre les pourvus en régale, ils opposaient une fermeté inébranlable (27 novembre 4566, il août et 17 novembre 1570). D'après l'état de la société, il n'est pas surprenant de rencontrer le fait suivant, que rapporte, comme témoin oculaire, Jean Bodin, le célèbre publiciste. Un chanoine de Laval, accusé d'avoir empoisonné le doyen de son chapitre, périt sur un bûcher dans la ville qui avait vu son crime (1).
Parti au mois de juin 1568 pour l'ambassade de Rome, Charles d'Angennes se trouvait, dès le 18 juillet, accrédité près d'un Pape aussi pieux que pénétrant dans la connaissance des hommes, et dont il sut gagner l'estime et l'affection. Saint Pie V lui donna une preuve éclatante de ses dispositions, en le créant cardinal avec Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, le 17 mai 1570. Si l'on en croit le cardinal de Richelieu, clans ses mémoires (2), cette nomination se serait faite par le mouvement spontané du Souverain Pontife et contre le vœu formel de la cour de France. Ce qu'il y a de certain, c'est que notre prélat n'encourut aucune disgrâce de la part de son souverain, qu'il continua de représenter près du Saint-Siège au moins jusque dans les derniers mois de 1572(3). Il est vrai que son induit
(1) Bodin, Démonomanie des sorciers.
(2) Collection des Mémoires, par Michaud, 2« sér., t. VII, p. 506.
(3) Le P. Lelong signale sous le n° 30124 un Ms. qui se trouve à la Bibliothèque impériale, Colb. — C'est un énorme in-fol, de 928 pages relié en maroquin rouge, et portant sur le dos : Ambassade de M. le cardinal de Rambouillet à Rome. On lit à la première feuille: «Depesches de l'ambassade de Rome de messire Charles d'Angennes, evesque du Mans, qui fut depuis appelé le cardinal de Rambouillet, le xix juillet MDLXV1II jusqu'au xix décembre R1DLXX. » Le premier article : « Instruction à M. l'évesque du Mans allant ambassadeur à Rome au mois de juin 15G8. » Ce factum est un mémoire baillé par le roi « audit évesquepour à son arrivée et par delà s'en pouvoir servir et prévaloir à son établissement en sa charge. » La première lettre de l'évoque du Mans
.soi histoire pb l'église du i
il.- cardinal ne fui publié .-m parlement que le 27 février ir>7i (1 ; mais le chapitre du Mans, avec lequel il
vécut toujours dans la plus parfaite harmonie, s'empressa de célébrer, dès l<; 10 juin qui suivit -a promotion, une messe d'action de grâces, en l'honneur de saint Julien. Quant au prélat, il reçut pour litre cardinalice l'église .1.- Saint-Jérôme d'Illyrie, qu'il échangea plus tard avec celui de Sainte-Euphémie. Le Maine, durant ces deux années 1570 et 1571, jouit d'une certaine tranquillité : on s'occupa de réparer les murs du Mans; et les chanoines eurent encore à se plaindre des vexations qu'ils éprouvaient pour le logement des gens de guerre. Durant ce temps Charles IX, ou plutôt Catherine de Médicis, pe rapprocha des calvinistes. L'année 1572, que tant de malheursdevaient signaler, s'annonça dans le .Maine dès son début par une grande agitation de la part des huguenots. Les 21 et 23 janvier, les chanoines furent obligés d'adresser requête au lieutenant général et autres officiers royaux, pour demander main-forte, atin de maintenir la sûreté et la tranquillité durant la nuit de la fête de saint Julien. Us demandaient aussi que Ton fit publier par les rues défense de porter des armes. Bientôt l'intempérie des saisons amena la disette et des mortalités, et l'on vit établir une sorte de maximum, au moins dans notre province. Charles d'Angennes ne pouvait soulager ses diocésains par lui-même; il se trouva à Rome le seul des cardinaux français ta la mort du Pape saint Pie V, et à l'élection de Grégoire XIII, qui eut lieu le 13 mai de cette année 1572. Il reçut alors de nouvelles marques de faveur de la part de son souverain; car son frère Nicolas d'Angennes, vidame du Mans, marquis de Rambouillet, d'abord lieutenant général au gouvernement du Maine, puis gouverneur de la même province (1574
au roi est du 19 juillet 1568, du lendemain de l'arrivée de l'ambassadeur à Rome. La dernière est du 19 décembre 1570. Les 928 pages du M*.contiennent des détails intéressants; mais il n'y est nulle part fait mention de notre diocèse.
(1) Choppin, Delà Po/>> <• tcclétiaitique en PtofMf, p. SM,
CHARLES d'ANGENNES. 505
et \ 577), lut envoyé à Rome avec la qualité de député extraordinaire, pour complimenter le nouveau Pontife sur son exaltation. Nicolas d'Angennes était-il de retour dans son gouvernement du Maine lors du massacre de la Saint-Barthélémy? Rien ne peut nous donner de lumière à ce sujet; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il serait impossible de trouver aucune trace de ce fatal événement dans notre province. Peut-être en fut-elle préservée par Jacques de Matignon, lieutenant du roi en Basse-Normandie, qui exerçait une certaine autorité sur le Maine, comme nous l'avons vu en 1569, et qui refusa d'exécuter les ordres de la cour (4). D'ailleurs d'Aubigné, qui énumère les villes dans lesquelles le sang des huguenots coula, n'en compte pas au delà de quatorze, parmi lesquelles nous n'en trouvons aucune appartenant à notre territoire (2). Il y eut néanmoins quatre de nos compatriotes qui périrent dans cette déplorable nuit, à Paris : Charles de Beaumanoir de Lavardin, qui avait embrassé le parti des huguenots par un sentiment de jalousie, avec de Théligny son gendre, le fameux Gervais Lebarbier de Francourt et Levasseur de Cogners, l'égorgeur des moines de Saint-Calais. Ce que la plupart des historiens racontent touchant la manière dont Charles IX préserva du massacre notre compatriote Ambroise Paré, n'est qu'une fable; Ambroise Paré, dont toutes les facultés s'étaient appliquées à approfondir son art, n'avait que de très-faibles lumières sur les matières religieuses, et s'était d'abord laissé gagner par les déclamations des ministres calvinistes; mais de bonne heure sa droiture lui fit comprendre que ces prétentions de réforme n'avaient d'autre but que de détruire la religion chrétienne et l'autorité des souverains, et il s'empressa de rentrer dans le sein de l'Église. En 1 572, il n'appartenait plus déjà à la réforme, et n'avait rien à craindre des politiques
(1) L'abbé Prévost, Lettre à M. l'abbé Lebeuf touchant Jean Hennuyer. Mercure 1746.
(2) Histoire universelle, part. Ir«, col. 541-567.
qui croyaient étouller la secte en versant le sang de ses chefs (1). Nous savons bien qu'à ce point de vue le célébra Gujas a fait l'apologie de la politique de Catherine de Médicis (2); mais nous ne saurions adopter les principes de ce jurisconsulte habile, trop épris du droit des anciens païens. Ajoutons que les catholiques avaient à redouter de la part des hérétiques un sort semblable à celui qu'ils leur firent subir, et qu'ils étaient d'ailleurs excités par le souvenir de la Michelade de Nîmes et autres cruautés semblables commises par leurs rivaux (3).
Grégoire XIII ayant accordé un jubilé à son avènement, on vit dans le Maine un grand nombre de huguenots rentrer dans le sein de l'Église. En même temps le siège présidial d'Angers condamna à restituer tous ceux qui avaient pris part au pillage de l'église cathédrale du Mans en 1562 (4); et le 5 novembre, le procureur du chapitre fut envoyé à Angers avec deux chevaux et un domestique, pour recouvrer quelques objets précieux enlevés dans le pillage, Déjà on était parvenu à recouvrer quelque chose, et le 3 décembre i567, le chapitre avait fait donner dix écus d'or à la personne qui lui avait rapporté le modèle de l'ancien jubé que Ton avait aussi perdu dans le désastre. Le 25 octobre, les chanoines du Mans prièrent l'official d'Angers de publier un monitoire contre les détenteurs des objets volés par les religionnaires (5) ; et l'on voit que leurs démarches ne furent pas inutiles. Toutefois, d'autres soins les occupaient encore : loin d'abattre les huguenots, le massacre de la Saint-Barthélémy leur avait rendu une
(1) Gouanier de Launay, Histoire de Laval, p. 325. — Fournier, L'Esprit dans l'histoire, p. 138.
(2) D'Aubigné, Histoire universelle, p. 5G5.
(S) Sismondi, Histoire des Français, t. XXVII. — L'Esprit de la L^u<?,t.I,part.XXXVl,n*8,XLlV, n°28,XLVIII, n<> 39, LXVlI,n<» 64.
(4) Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 55, cah. 18.
(5) Archives municipales de la ville du Mans, n° 992. — En 1587 il y eut un nouveau monitoire publié pour le même sujet. Voir pièces justificatives, no XXXII.
CHARLES u'ANGENNES. 507
plus grande ardeur ; la quatrième guerre civile éclata et remplit une partie de ces deux années 1572 et 1573. Pour la soutenir, on recourut encore aux biens du clergé; le temporel du chapitre fut saisi par ordre du roi; mais on obtint enfin mainlevée (1). Malgré ces secours, le duc d'Anjou, comte du Maine, échoua en assiégeant les huguenots dans La Rochelle, et, honteux de sa défaite, il s'enfuit en Pologne, où il venait d'être élu roi. 11 devait cet honneur à Nicolas d'Angennes, chef de l'ambassade qui avait négocié avec la diète polonaise (2). Durant ce temps Claude d'Angennes, autre frère de notre évêque, déjà grand vicaire du Mans, fut pourvu d'un canonicat. Comme il était d'ailleurs conseiller au parlement, les chanoines le chargèrent du soin de leurs affaires; mais ayant été nommé au siège épiscopal de Noyon, il donna sa démission.
Une affaire des plus graves préoccupait en ce moment le clergé et tous ceux qui prenaient intérêt à l'orthodoxie. Matthieu Bossulus ou le Bossu, habile professeur de belles-lettres au collège du Mans à Paris, et ancien précepteur de don Carlos, fils de Philippe II , fut accusé d'attachement au calvinisme, et condamné par contumace. Plus tard il rétracta ses erreurs, et professa de nouveau au collège de Boncour (3).
Un tiers parti se forma à l'aide des mécontents qui prirent le nom de politiques; le duc d'Alençon, troisième frère du roi, Henri de Bourbon, le prince de Condé et les Montmorency le dirigèrent. C'était pour l'Église le parti le plus dangereux de tous; il eut une immense influence sur la nation, où il inocula l'indifférence religieuse avec la suprématie de la raison d'État, les deux sources fatales qui ont empoisonné les sociétés modernes. Les protestants senti) L'arrêt est du 24 avril 1573. Archives du chapitre du Mans, B-15, — Gfr. sur les finances du clergé du Maine Mémoires du clergé, t. VIII, col. 1687-1695.
(2) Collection universelle des mémoires, etc., t. LIX, p. 420 etsuiv.
(3) DuBoulay, Historia univers itatis, t. VI, p. 731-780.
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tirent d'instinct les tendances de ce parti, et s'y rallièrent
aussitôt. Catherine de Médicis essaya de rompre une telle alliance; mais ses démarches n'étant conduites que par ifne politique tortueuse, ne devaient amener aucun résultat solide. Dans le même tempsCharles IX mourut misérablement, et son frère le duc d'Anjou, comte du Maine et roi de Pologne depuis trois mois, s'échappa de Gracovie et vint retrouver la cour dissolue qu'il n'avait pas quittée sans regrets (1). Il régna sous le nom de Henri III (1574). Le comté du Maine fut donné comme apanage au duc d'AIençon, frère du nouveau roi. C'était ce prince qui s'était mis à la tète du parti des politiques. L'alliance de ceux-ci avec les religion naires venait de se resserrer encore dans des assemblées tenues à Milhaud et à Nîmes. Ils levèrent l'étendard de la révolte et ouvrirent la cinquième guerre civile ( 1571 et 1575). Le duc d'AIençon se mit à la tête des insurgés et reçut des secours delà part d'Elisabeth, reine d'Angleterre. Le roi de Navarre s'échappa de la cour, et rétracta son abjuration. Le prince de Condé amena d'Allemagne des forces considérables, et la guerre recommença. Dès le 5 mars la ville du Mans était dans l'alarme. Ce ne fut cependant qu'au mois de juillet que les politiques prirent définitivement les armes. Les chanoines firent garder la tour par les vicaires et autres employés du bas chœur. A Laval, Lancelot de Brée leva quatre-vingts hommes de pied et vingt arquebusiers pour garder la ville qui lui était confiée (2). Mais le principal théâtre de cette guerre dans notre diocèse fut le Passais et les contrées qui l'avoisinent. Dès les commencements, les calvinistes s'étaient cantonnés dans Domfront, et répandaient la terreur dans tout le pays; le maréchal de Matignon ordonna à Michel de Montreul , seigneur de la Chaux, de lever cent hommes de pied des plus aguerris pour réprimer ces brigandages.
(1) Ce fut encore Nicolas d' A ngennes qui alla prévenir Henri III que le trône de France lui était échu.
(1) Pièces justificatives, n° XXX.
C'était une force insuffisante ; la contrée continua d'être désolée. Ce fut bien pis encore lorsque Montgommery, l'un des plus fougueux capitaines huguenots, le même qui, en 1559 , avait blessé à mort le roi Henri II, revint d'Angleterre et s'enferma dans Domfront, après avoir dévasté Valognes et Carentan (mai 4574). Domfront était alors commandé par les deux frères Ambroise Lehéricé, dit le Balafré, et René Lehéricé, dit Pissot. La violence de ces deux capitaines huguenots s'était fait sentir à tout le pays, sur lequel ils pesaient par les exactions et les meurtres. Ambroise Lebéricé craignant de se voir arracher un commandement qui lui était aussi lucratif, reçut malle comte de Montgommery à son arrivée, et lui refusa un logement convenable pour lui et pour sa troupe. Le comte irrité le chargea à coups d'épée et le blessa si grièvement, qu'il en mourut le lendemain. Montgommery se sentant solidement établi dans Domfront , cette place devint le repaire de tous les huguenots et de tous les brigands du pays. Ils en sortirent souvent pour des expéditions contre les catholiques. L'abbaye de Lonlay fut l'une de leurs premières victimes, et ils la saccagèrent entièrement. Lassay,où commandait François de More, seigneur de la Blanchardière, fut pris par eux , et resta entre leurs mains durant plusieurs mois, jusqu'à ce que Matignon vint la leur arracher dans le cours de l'année suivante. Beaucoup d'églises des bourgs voisins, entre autres celle de Chantrigné, furent livrées aux flammes. Ambrières fut ravagé, avec les lieux voisins. Le bourg de Céaulcé et son église furent incendiés. Gorron fut imposé à une somme de six cents livres, et, faute de l'avoir fournie, le faubourg et les moulins de la Colmont furent brûlés (1). Les religionnaires s'avancèrent jusque sous les murs de Mayenne, livrèrent un assaut à la place, et se retirèrent, ne se sentant pas en force pour l'emporter; mais ils ravagèrent les environs. Alençon fut
(1) Sous Henri III, la livre tournois valait 3 fr 33 cent, de notre monnaie actuelle.
Mo histoire de l'église du m ans.
pris aussi par une troupe aux ordres fie Montgommery, et les bandes s'apprêtaient à venir attaquer le Mans luimôme. Les catholiques de la province se réunirent pour arrêter le cours de ces brigandages, qui faisaient craindre que bientôt la province tout entière ne tombât aux mains des rebelles. Fervaques, Lavardin, Vassé. sous les ordres de Jacques de Matignon, vinrent assiéger Dom front. Us éprouvèrent d'abord une vive résistance; mais enfin le 26 mai 1574, Montgommery fut obligé de se rendre à condition qu'on le traiterait comme prisonnier de guerre. Ce fut entre les mains de Vassé qu'il remit son épée. Catherine de Médicis refusa de reconnaître la parole donnée par Vassé; et Montgommery, après avoir été conduit àSaint-Lô, fut envoyée Paris, où la reine lui fit faire son procès, et où il eut la tête tranchée. Le château de Dom front fut ruiné par ce siège, et depuis démoli par ordre de la cour. Toutefois les restes imposants qui dominent encore le cours de la Varenne en font Tune des plus belles ruines de notre pays (1 ) . Dans la crainte d'être attaqué aussi par les calvinistes, le Mans^ qui depuis quatre ans travaillait à se fortifier, lit faire de nouveaux ouvrages. Dans une assemblée de ville, le 5 novembre, sous la présidence du cardinal qui était venu faire un court séjour au Mans , une taxe de trois mille livres fut imposée sur le chapitre pour les travaux des fortifications. Une bulle adressée aux clercs de notre diocèse ( 9 décembre ) autorisa ces taxes sur les biens du clergé. Néanmoins celui du Mans se plaignit aux magistrats que dans les assemblées de ville on ne l'appelait plus comme par le passé. C'était une innovation toute récente; aussi fit-on justice en partie, et il fut décidé que le clergé exposerait ses raisons par écrit. Si le cardinal de Rambouillet eût fait au Mans un plus long séjour, il eût probablement rétabli l'ordre dans cette partie de
(1) Lestoile, Registre-journal de Henri III, p. 14, 36, et passim, édit.
Champollion. — Gaillebotte, Essais historiques sur Domfront,\>. 65, 4e édition.
l'administration; mais dès le mois de janvier de Tannée suivante 1575, Je roi le chargea d'une nouvelle mission à Rome. Il est vrai que le principal théâtre de la guerre était plutôt dans les provinces du midi de la France et dans la Champagne, où le duc de Guise remporta une victoire signalée sur les huguenots allemands commandés par Montmorency-Thoré (11 octobre 1575 ). Lorsque la victoire de Fismes lut connue au Mans , toute la population se livra à la joie, et il y eut des prières d'action de grâces. Néanmoins le Maine était loin de se regarder comme en sûreté; et l'on faisait chaque jour de nouveaux préparatifs de défense et de nouvelles levées de deniers , surtout sur le clergé. Les chanoines étaient tellement épuisés, qu'on les voit réduits à vendre les vases sacrés et autres objets précieux de leur église (1). La garnison qui devait soulager la ville était devenue pour elle une nouvelle source d'ennuis ; car les soldats se conduisaient avec une licence qui les faisait redouter par les citoyens, presque à l'égal des ennemis. Il y eut beaucoup de plaintes à ce sujet; et dès le mois d'octobre 1574, le roi ordonna à Nicolas d'Angennes de préparer des hommes' propres aux armes, pour leur confier la garde de la ville. Cette opération fut longue; car ce ne fut qu'un an après (20 octobre 1575) que l'ordre formel arriva au gouverneur de faire évacuer les troupes du château du Mans et de les remplacer par les habitants (2). Dès le mois de septembre on avait conçu de grandes alarmes pour tout le Bas-Maine, sur lequel les religionnaires semblaient plus disposés à se jeter. D'Afrgennes fit mettre des garnisons dans les châteaux de Montsûrs, de Montjean et autres de cette partie de la province ( 12 et 16 septembre 1575). Le Mans lui-même n'était pas en sûreté, et l'on ne cessait de recevoir de la cour de nouveaux ordres pour garder avec soin les places les plus fortes. Malheureusement ce n'était pas les ordres de la cour
(1) Archives du chapitre, registre B-15.
(2) Original aux archives municipales de la ville du Mans, n° 383.
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qui pouvaient seuls sauver le pays; la division régnait
partout, même entre le roi, plongé dans la débauche la plus honteuse, et sa mère, dont les démarches tortueuses se tournaient vers les différents partis, suivant les chances de succès qu'ils semblaient offrir. En ce moment elle favorisait le tiers parti , ces politiques qui croyaient pouvoir trouver un milieu entre le catholicisme et la réforme. Mécontente du roi, elle poussa son jeune hls, le duc d'Alençon, à se mettre à la tète de cette faction. Il se trouvait aux environs de Blois au commencement d'octobre de cette malheureuse année 1575; Nicolas d'Angennes reçut commandement de tirer une grande quantité de bœufs et de moutons de toute la province du Maine, et de les envoyer au camp du prince pour nourrir son armée. Malgré le zèle qu'y employa le gouverneur et ses officiers, il fut impossible de remplir entièrement les ordres de la cour. Les habitants adressèrent à la reine mère une requête fondée sur ce que la province était sans ressources , que tous les vivres étaient enlevés et dévorés par les compagnies qui ne quittaient pas le pays, malgré les plaintes des citoyens et les promesses de la cour. Le gouverneur joignit lui-même ses représentations aux requêtes trop fondées des habitants. Catherine remit une partie de la taxe , mais exigea une forte somme d'argent (1).
Mais les troupes des huguenots ne se tinrent pas toujours sur la frontière de notre diocèse, et bientôt elles y pénétrèrent. Le 3 février 1576, le roi de Navarre réussit à s'échapper de la cour sous prétexte d'une partie de chasse à Senlis. Il se rendit, à franc étrier, en deux jours à Alençon, où il s'arrêta pour rassembler ses amis; là, désavouant une conversion imposée par la violence, il retourna pour la première fois au prêche. On dit que plusieurs seigneurs du Maine allèrent le rejoindre, de même qu'un
(l) Pièces originales. Archives municipales de la ville du Mans n» 383.
certain nombre s'étaient déjà rendus auprès du duc d'Alençon (1).
« Dedans trois jours, dit d'Aubigné, arrivèrent à Alençon deux cent cinquante gentilshommes (2). » Le roi de Navarre était Je 13 à Beaumont-le*Vicomte, et il écrivait la lettre suivante pour assurer son passage par le Mans : « A Messieurs les gens du roi, mon seigneur, eschevins et habitans de la ville du Mans. Messieurs, parce que en m'en allant eu ma maison de La Flèche, il faut nécessairement que je passe par votre ville du Mans, à cause que j'ai entendu qu'estes en doubte de ma volonté, j'envoye exprez vers vous ce porteur pour sçavoir celle qu'avez de me donner passaige, et pour vous dire que vous n'avez nulle occasion de le me refuser, parce que mon intention n'est que de passer et ne permettre que tort soit faictau moindre de vos habitans, ainsy que je fais partout ailleurs; ayant commandé audit porteur vous dire davantaige, que si n'estes asseurez de ma parole, qui est trez- véritable, qu'advisiez entre vous quelque aultre seureté vous voulez de moy, qui la vous offre telle que la vouldrez choisir et que je puis vous bailler. Attendant le retour duquel je prieray le Créateur vous donner, Messieurs, ses sainctes grâces. De Beaumont, ce xiii9 febvrier 1576.
« Votre bien bon amy,
« Henry (3), »
Ces détails suffisent pour prouver quelle profonde émotion produisit dans notre diocèse la présence des deux premiers princes du sang, qui venaient se placer à la tête des ennemis armés de l'Église et du trône. Michel Garault, chanoine de Trôo, témoin oculaire de la fermentation du
(1) Lestoile, Journal-Registre de Henri ///, p. 66. (ï) Histoire universelle, t. 11, liv. II, p. 188. (3) Lettres missives de Henri IV.
pays, a laissé un récit naïf qui peint au \ if l'état des populations dans ce moment de crise.
« Au mois de septemlnc 1575, dit notre chanoine, nous fîmes réparer les fossés et murailles et faire une porte au lieu appelé la Vieille-Porlc Nous fîmes réparer la cure, parce que nous tenions fort contre les gendarmes. En deux mois furent faictes les tranchées, murailles et portes de ladictte ville, et le jour de Saint- Martin l'ut dicte une messe à diacre et à sous-diacre, dont il y avait une solemnité représentant que nous étions en guerre. Il y avoit à la dicte messe environ quarante enfants de la ville, tous J'arquebuze au cou et la chandelle à la main, et vinrent à l'offrande de la messe par oblacion, dont je l'ay réduict par mémoire tels qu'il a esté faict, vous assurant que tous les jours nous avions des gendarmes par raison des différends du roy et de monsieur son frère, dont fut faict tresve lesdits mois... L'an 1576, au 26 janvier, nous limes flanquer et murailler nostre église pour nous garantir, s'il estoit possible, des gendarmes, et la porte fut pendue et faicte toute neuve au modèle de la porte de ville du chasteau. Le 6me jour de febvrier fut le jour que le capitaine Lachesnaye et les soldats de Trôo firent la guerre, tant qu'il y en eust de tués trois d'un côté et trois de l'autre. Les mois de mars, avril et may, je fus contraint d'abandonner mes biens et logis, et toutes personnes estoient en fuite pour raison des grandes guerres qui régnoient en France. Le roy de Navarre estoit le 10me jour de may en son camp qui estoit à Montoire, et il estoit logé aux august'ms dudict Montoire. La paix fut publiée pendant qu'il estoit audict lieu de Montoire, qui fut le 25 dudict mois, en grande joie et soulagement. Dieu veuille par sa grâce nous la donner bonne et longue (l) ! » En effet, après avoir organisé la prise d'armes des calvinistes du Poitou, le roi de Navarre avait ramené ses troupes dans le Vendoraois, afin detre à portée des conférences qui se tenaient pour la paix
(I) De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois.
à Blois et à Loches. Le résultat de ces négociations fut J'édit de pacification du 6 mai 1576. Cette paix, qui était la cinquième, fut appelée paix de Monsieur. Elle fut le fruit des intrigues de Catherine de Médicis, qui voyait d'un côté les catholiques indignés de la vie infâme du monarque et des liaisons de la reine mère avec les politiques , d'un autre côté les calvinistes qui tendaient à se partager le royaume comme aux plus beaux jours de la féodalité. Le traité fut conclu tout en faveur des huguenots : leurs chefs obtenaient de vastes provinces, et entre autres le duc d'Alençon, qui était déjà comte apanagiste du Maine, y reçut une autorité réelle (l).La liberté de leur religion leur était accordée par tout le royaume, excepté à Paris, avec de nombreuses villes de sûreté, le droit de tenir des synodes et des écoles, des chambres mi-parties dans les parlements; on réhabilitait la mémoire de Coligny, deMontgommery, de La Mole, de Coconas et autres chefs de rebelles ; on donnait aux Allemands trois millions et demi « pour avoir si bien ruiné la France; » enfin on convoquait les états généraux à Blois, avant la fin de Tannée (2).
La cause catholique était donc encore trahie par la royauté ; tant de sang versé n'avait rien produit, et le parti protestant se trouvait restauré et plus puissantque jamais. Le peuple ne pouvait plus compter sur un roi qui l'entrainait dans sa propre ruine ; il allait donc former une ligue comme les protestants lui en avaient donné l'exemple, avec cette différence essentielle que c'était une ligue de la nation pour soutenir les lois fondamentales du royaume contre un parti qui, s'appuyant sur l'étranger, voulait imposer une croyance toute nouvelle à la nation entière.
L'agitation qui régnait à Trôo se faisait plus ou moins ressentir dans toutes les autres parties de la province. Malgré ses fortifications nouvellement réparées, et que l'on augmentait encore chaque jour, la ville du Mans était dans
(1) Lestoile, Registre-Journal de Henri III, p. 65.
(2) Procès-verbaux des assemblées du cierge de France, t. I, p. (>0.
516 histoire DE i. i;u.isk DU MANS.
la plus grande inquiétude (I). Elle ne fut pas néanmoins attaquée, et les catholiques continuèrent «à y dominer, bien que le gouverneur Nicolas d'Angennes, ainsi que le reste de sa famille, et particulièrement Claude, penchassent du côté des politiques. Quant à la petite ville de Montoire, où s'était logé Henri de Navarre, les protestants y étaient les plus forts depuis longtemps. C'était même l'un des lieux où ils avaient commencé à s'établir dans notre diocèse (2). En 1575, ils s'emparèrent de l'église de Saint-Oustrille, et s'y fortifièrent en élevant jusqu'à la hauteur du toit des redoutes en terre qui en bouchaient toutes les issues.
Les partis restèrent donc en présence les uns des autres durant la paix qui suivit cette cinquième guerre; mais avant de parler de la nomination des députés aux états de Blois, mentionnons rapidement quelques faits qui rentrent dans notre cadre, quoique d'un intérêt secondaire. En 1 574, Nicolas Roël, vicaire général du cardinal de Rambouillet et précepteur, c'est-à-dire écolàtre ou scolastique de l'Église du Mans, obtint des magistrats une maison pour y fonder une école. Les chanoines de Paris ayant consulté ceux du Mans sur leur costume traditionnel , il leur fut répondu que de temps immémorial le chapitre de Saint-Julien était en possession de porter des robes de pourpre rouges, et d'autres bleues et violettes (21 juillet, Il et 13 août 1574). Le chapitre continuait ses poursuites contre les chefs des brigands qui avaient saccagé l'église cathédrale en 1562, et cette année même (8 avril 1574) il fit faire une enquête contre Jacques du Bellay, chevalier de l'ordre du roi, et Guillaume de Mégaudays, également chevalier du même ordre (3). Enfin, malgré la perturbation universelle du royaume, les parlements n'en étaient pas moins ardents à poursuivre leurs prétentions contre le Saint- Siège. Deux chanoines du Mans ayant reçu du Souverain
(1) Archives municipales de la ville du Mans, n° 383.
(2) Lettres missives de Henri IV, t. 1, p. 375.
(3) Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 55, 1 et 2 bis.
Pontife commission de juger une cause ecclésiastique entre des parties du diocèse de Tours, et sur leur appel, turent condamnés par les magistrats en vertu des prétendues libertés de l'Église gallicane (i).
Nous ignorons quels furent les « prodiges merveilleux apparuz au pais d'Anjou et de Maine les 13 et 14 du moys de mars 1575. » 11 en fut écrit une relation qui fut répandue parla presse (2). Lestoi le raconte qu'un « petit déluge arrivé au mois de janvier au paysduMaine et d'Anjou, y avoit fait terreur et dommage notable (3). »
Néanmoins le diocèse du Mans souffrait de l'absence de son évêque. Dans les principales solennités qui arrivaient dans la ville, on avait recours à l'abbé de Saint-Vincent, tous les autres monastères étant en commende.Le 20 juillet 1576, ce prélat, revêtu de ses habits pontificaux, fit en présence d'une foule nombreuse de clergé et de fidèles, la translation des reliques de sainte Scholastique, et les déposa dans une châsse nouvelle (4). Enfin la même année les Églises d'Angers et de Nantes formèrent une confraternité sur le modèle de celle qui existait déjà entre l'Église du Mans et celle d'Angers (5).
Mais l'affaire qui préoccupait tous les esprits était celle des états convoqués à Blois pour le 15 novembre de cette année 1576. Le 28, les états de la province, présidés par Nicolas d'Angennes, sénéchal du Maine, se réunirent au cloître des frères prêcheurs, pour nommer les députés et proposer leurs remontrances, plaintes et doléances. On avait dû prendre de grandes précautions pour le maintien de la tranquillité. Le clergé ne put achever ses élections le premier jour; mais le lendemain, réuni à l'évêché sous la pré-
(1) Ghoppin, Police ecclésiastique, liv. II, tit iv, n° 5. — Mémoires du clergé, t. VII, col. 1434.
(2) Petit iu-8° de 8 pages.
(3) Registre-Journal de Henri III, p. 65.
(4) Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre de Saint-Pierrede-la- Cour. Mss.
(5) Bibliothèque impér. Mss. des Bl.-Mant., n0 81 , c. p. 677.
iiis histoire ai l'bglisi M MANS.
Bidenoe île maître Jourdan, grand vicaire du cardinal de Uambouillet, il désigna pour député maître Pierre Vie), docteur en théologie, archidiacre de Passais en l'Église du Mans, et dom Pierre Belot, religieux et prieur claustral de Saint-Vincent pour l'assister. Maîtres Jean Ourlinot, chanoine de l'Église du Mans, Jean Colomhu, chanoine de Saint-Pierre, dom Guy Peccate et dom Jean Busson, ou l'un d'eux en l'absence de l'autre, Mc Mené Flace', curé de la Couture, furent désignés pour rédiger les cahiers. La noblesse avait donné sa voix à Nicolas d'Angennes, qui ne put accepter à raison de son service auprès du roi ; Pierre de Thouars,dont nous avons parlé précédemment, fut chargé de son mandat. Enfin, le tiers état députa Jean Aubert et Philippe Taron, sieur de la Groye. François Troussard, curé de Saint-Germain-le-Fouilloux, et doyen de Laval, fut député aussi par les gens d'église pour rédiger les cahiers (4).
Les états s'ouvrirent le 6 décembre ; ils comprenaient trois cent douze députés. La noblesse ne renfermait aucun nom célèbre, le tiers état aucun grand magistrat ou savant, si ce n'est Bodin, né en Anjou, député du Vermandois; « le clergé seul avait des hommes de science et d'affaires (2). » La cour avait beaucoup attendu de cette réunion, qu'elle espérait dominer ; mais il n'en fut pas ainsi. Les paroles éloquentes et habiles que prononça le roi n'eurent aucun accès surdes esprits indignés de ses faiblesses pour les protestants, et des avantages qu'il leur avait concédés par le dernier traité de paix. D'ailleurs, tous les députés lisaient dans leurs cahiers : « Une foi et une loi en ce royaume. » Sur l'avis de son conseil, il se résolut à prévenir les volontés des états, en se prononçant ouvertement pour les intérêts du catholicisme. Le 12 décembre, il signa l'acte d'union, se déclara le chef de la sainte ligue, et fit signer cet acte à son frère le duc d'Alençon, que l'on nommait
(1) Mss. de M. La Beauluère, n° 15, p. 185.
(2) Th. Lavallée, Histoire de France,
désormais le duc d'Anjou, ainsi qu'à tous les gouverneurs et lieutenants du roi dans les provinces. Cette démonstration ne suffisait pas à remplir les vœux des états ; ils supplièrent le roi de ne souffrir qu'une seule religion dans son royaume, et de supprimer les édits de pacification. Henri déclara en conséquence que, d'après le vœu des états, il révoquait son dernier édit, rendu par force, et contre le serment de son sacre (1er janvier 1577). Ainsi la nation, parla voix de ses représentants, déclarait la guerre aux huguenots, et annonçait hautement sa volonté de rester catholique. Aussitôt le roi de Navarre, Gondé et Lanoue recommencèrent la guerre civile. Ce fut la sixième fois qu'on en appela aux armes, pour éteindre cet incendie que la réforme avait allumé. Deux ligues étaient en face F une de l'autre, et la royauté restait en butte aux attaques des deux partis. Les états poursuivaient néanmoins leur cours ; ils accordèrent une somme considérable au roi pour aider à réduire les hérétiques ; et cette somme fut prise sur les biens du clergé. Celui du Mans, déjà épuisé par les levées précédentes de deniers, éprouva une grande difficulté pour accomplir celle-ci. Il fallut encore vendre les vases sacrés des églises, même ceux de la cathédrale ; les chanoines se virent dans la nécessité d'aliéner la terre, fief, domaine et moulins de Connerray, ainsi que le droit de pêche. C'était l'une des plus belles propriétés du chapitre; et il ne se décida à la vendre que dans l'impossibilité absolue de se procurer de l'argent par d'autres moyens. Du reste, il n'était pas facile de trouver des acquéreurs, même pour les meilleurs fonds; et deux fois le chapitre vit saisir son pain et ses moulins parles magistrats, par suite de l'impossibilité où il se trouvait de satisfaire aux taxes qu'on lui imposait. Ni les représentations, ni les doléances ne purent améliorer sa position. Dans sa détresse , il fut obligé de recourir à une mesure extrême, qui fut d'obliger chacun de ses membres à avancer une certaine somme; et comme plusieurs ne voulurent ou ne purent satisfaire à cette obligation , on les dénonça nominativement aux
>20 HTISTOIRI DI J/ÉOUSE DU MANS.
magistrats. Une délibération prise par notre chapitre dans ces circonstances extrêmes, lui l'ait le plus grand honneur : le 0 novembre 4577, il résolut de n'appliquer désormais les deniers de la forge à aucun autre usage qu'aux réparations de l'église, en exécutant néanmoins les autres fondations. C'est peut-être à cette généreuse résolution que l'on doit la conservation de la magnifique église de Saint-Julien, la gloire de la cité et de la province. Au reste, ce n'était pas seulement à propos de l'argent soldé au roi que le clergé du Mans souffrait une pression aussi dure ; c'était surtout pour les besoins locaux et la défense de la ville. Les chanoines, par exemple, devaient toujours faire eux-mêmes la garde du château, ou fournir des hommes capables pour tenir leur place. Le logement des gens de guerre dans leurs propres maisons, malgré les privilèges les plus anciens et les plus authentiques qui les en rendaient exempts, était une autre source de plaintes, ordinairement inefficaces. 11 faut se rappeler en même temps ce qu'était la soldatesque à cette époque.
Au reste les circonstances ne nécessitaient que trop bien les mesures prises pour la sécurité du pays. Quoique les hostilités eussent pour principal théâtre le midi, la Guyenne, le Poitou et la Champagne, le Maine et l'Anjou virent aussi toutes les horreurs de cette nouvelle guerre civile. Le duc d'Anjou, comte du Maine, avait confié le gouvernement de la première de ces provinces à Louis de Clermont, dit Bussy d'Amboise, vrai type de ces hommes d'armes qui n'usaient de leur force que pour assouvir toutes leurs passions. Sans aucune croyance religieuse, ils se tournaient vers tous les drapeaux, et ne cherchaient que la licence et l'occasion de se livrer au pillage, a Au commencement de ce mois de may (1577), dit Lestoile, Bussy d'Amboise pilla les pays d'Anjou et du Maine, mesme les fauxbourgs du Mans, et avec quatre mil arqnebuziers qui se firent tous riches de butin, saccagea plus de vingt-cinq lieues de pays. Ce qu'aiant entendu, le roy envoya par devers lui à Angers les seigneurs évesque de Mendes et de Villeroy,
avec lesquels il vinst effrontément trouver sa majesté à Tours, et se sçait si bien excuser de cette hostilité publique et tirannique exécutée sur ses subjets, tesmoignée et avérée par une infinité de personnes, qu'il est retenu de sa majesté comme Fun de ses plus fidèles serviteurs, et continué en ses charges et pensions ; dont tout le peuple murmura fort (1). » Au reste, Bussy d'Amboise ne se gênait pas de braver le roi jusque dans sa cour et de stigmatiser ses goûts honteux, fort qu'il était de la protection du duc d'Anjou. Si vicieux qu'il fût lui-même, il était néanmoins abbé de Bourgueil, et grand amateur de Plutarque; mais il n'en épargnait pas davantage les monastères qu'il pouvait saccager.
Ainsi l'abbaye d'Évron fut livrée au pillage par les compagnons de Bussy d'Amboise; à peine put- elle soustraire quelques-uns des objets les plus précieux de son trésor, comme la relique du Saint-Lait. Les richesses de l'abbaye devinrent la proie de soldats huguenots : car ce n'était pas pour les intérêts catholiques que ces bandes se remuaient, mais pour leur propre compte; et si Bussy d'Amboise qui changea plusieurs fois de religion était alors quelque chose, il était calviniste. Deux ans après cet exploit (20 août 1579), il tomba sous l'épée du comte de Montsoreau, dans le château de la Contancière, près de Saumur, où un rendez- vous adultère l'avait conduit. «La mort duquel fut grandement agréable au peuple, dit Jean Louvet, de tant qu'il n'avoit gouverné les habitants de son gouvernement comme doit faire un saige gouverneur, mais comme ung tyran, lequel avoit fait ruiner toute la province d'Anjou (2). » Les habitants du Maine, non moins exposés aux entreprises de cet effronté pillard, partagèrent la joiedes habitants del'Anjou.
Malheureusement le mal ou le bien de nos provinces, et
(1) Lestoile, t. I, p. 85, et passim. — Cfr. Brantôme, Des Couronnais, p. 681, édit. du Panthéon. — D'Aubigné, Histoire universelle, t. II, p. 423.
(2) Journal de Louvet, dans la Revue de l'Anjou, 1854, p. 48. — Cfr. Lestoile, 1. 1, p. 85, 93, 94, 117, 118, et passim.
Îi22 HISTOIRE DE L'ÉGLISE DP ICAK8.
nu-me du royaume, ne de* peu laient ui de la vie ni de la mort de quelques individus, mais des principes qui dominaient la société. Les calamités auxquelles elle était en proie ne suffisaient pas encore à éclairer même certains membres du clergé sur les sources du mal. C'est ainsi que les députés du second ordre de la province de Tour firent remarquer aux états de Bloispar L'opposition tenace qu'ils apportèrent à la publication du concile de Trente, alléguant que les décrets de cette assemblée contredisaient les libertés gallicanes et les droits du second ordre (I). Ces états poursuivaient leurs opérations, et ne se séparèrent qu'après avoir déclaré comme dernière résolution qu'ils demandaient l'abolition de la réforme, et sans la guerre ; vœu fort louable assurément, mais inefficace. Heureusement le parti protestant était sans élan, plein de désordres et presque sans ressources; il ne s'armait plus que pour piller et guerroyer sur les chemins. Catherine négocia avec les chefs, les gagna par des présents ; et la paix dite de Bergerac fut signée le 17 septembre 1577. Les calvinistes obtinrent liberté de leur culte, avec des écoles et des synodes dans les lieux où ils étaient les maîtres; la restitution de leurs gouvernements, charges et emplois, des chambres mi-parties, des villes de sûreté pour six ans. Ce traité établissait régulièrement le calvinisme comme état dans l'état, et lui permettait d'exister comme parti armé. Les catholiques ne virent pas sans une profonde douleur que plus les religionnaires étaient vaincus, plus ils obtenaient des conditions avantageuses; et la plupart durent penser avec les chefs de la ligue, que « la foi étoit désormais incompatible avec la maison de Valois, et qu'il falloit se pourvoir ailleurs. »
L'année suivante 1578, saint Charles Borromée, cardinal et archevêque de Milan, fit dans son église métropolitaine la translation solennelle d'une relique de saint Julien, notre apôtre. En même temps, le duc d'Anjou, frère du
(1) Bibliothèque impér. Mss. des Rl.-Mnnt.. n° 81, c. p. G9î.
charges d'angewnes. 523
roi, fit un séjour assez long au Mans (26 mai- 5 juin). Ce prince y était aimé, et lorsque Tannée suivante (15 février 1579) ii rentra en France, on chanta un Te Deum et l'on fit des feux de joie. Malgré les inquiétudes auxquelles les catholiques ne pouvaient échapper dans l'état des affaires, les prélats de la province de Tours tinrent néanmoins le concile. Charles d'Angennes étant à Rome, ne put y assister (1). Ce fut un chanoine du Mans, Michel Finet, connu dans notre ville pour sa bienfaisance et ses talents (1579) , qui fut le mandataire du clergé de la province de Tours à l'assemblée de Melun (2). Enfin la septième guerre civile religieuse éclata (1580); elle fut presque toute à l'avantage des catholiques, et son principal théâtre fut les provinces du midi. On en ressentit cependant le contrecoup jusque dans notre pays, comme on le voit par les levées de deniers et le soin plus grand apporté à la garde des villes et des châteaux. Cette guerre, connue sous le nom de guerre des Amoureux, acheva de prouver un fait évident depuis longtemps déjà, c'est qu'il n'y avait plus aucune conviction religieuse dans les chefs des huguenots, et que l'amour du désordre et du pillage leur mettait seul les armes à la main. Cette indifférence religieuse de beaucoup de calvinistes fut cause du retour de plusieurs au culte de leurs pères, dans la ville du Mans, et l'on put seconder avantageusement leur conversion en leur accordant l'exemption des logements de gens de guerre et des autres contributions durant deux ans (1581).
Une autre calamité sévit cruellement dans notre diocèse durant l'année 1581 ; c'était une épidémie dont les ravages furent terribles. Il mourut cinq cents personnes à Montoire, quatre cents à Lunay, trois cents à Lavardin, et neuf seulement à Trôo. Le clergé vint généreusement au secours des malheureux, et le chapitre, qui venait de recevoir une nouvelle confirmation de son droit de prévôté sur la
(1) Maan, part. I, p. 201 et 202.
(2) Assemblées du clergé', 1. 1, p. 117 .
52 i histoiiu: i»K l'église DO MANS.
ville, conjointement avec révoque, durant trois jours à la Ouasimodo de chaque année, s'imposa des sacrifices considérables (1).
Les parlements ne perdaient aucune occasion de s'immiscer dans les affaires de l'Église. Ainsi le M novembre 1582, l'archidiacre de Paris et plusieurs autres députés au nom du roi, arrivèrent au Mans pour y travailler à la réforme des hôpitaux. L'Hôtel-Dieu, les Ardents, le Sépulcre et les autres établissements fondés et dotés par le clergé se virent soumis à l'inspection et à des règlements dressés par des représentants de la seule autorité du roi.
Chaque année semblait amener de nouveaux malheurs. En 1583, le 5 mai, « par un orage et tonnerre, meslé de foudre, gresle et tremblement de terre espouvantable, dit Lestoile, le comble de la grande église de Saint-Julian du Mans fut brûlé et consommé d'une conflagration merveilleuse (2). » Les voûtes, la toiture et le clocher central du chœur furent endommagés. Le 6, l'incendie n'était pas encore éteint. Les vicaires généraux ordonnèrent de célébrer le dimanche suivant une procession générale. Le chapitre y fit porter le chef de saint Julien. Le 16, on fut obligé de transférer les offices dans la nef, tandis qu'on réparait les voûtes qui menaçaient ruine. On perdit dans cette circonstance la cloche d'argent, qui ne sonnait qu'à l'installation et à la mort des chanoines, et qui avait été soustraite à la cupidité des calvinistes. Le chapitre s'imposa une forte taxe pour réparer les désastres amenés par la foudre; celui de Saint-Michel offrit une somme décent livres ; le cardinal-évêque contribua pour la somme considérable de mille écus; on adressa aussi des demandes à la cour ; et Jean de Sourches, seigneur de Malicorne, se fit remarquer par sa générosité. Néanmoins il fallut plus de deux années entières pour réparer les suites de ce désastre. Au milieu de cet élan général pour venir au secours de la
(1) Archives du chapitre, iio B-15, et B-27 (liasse de 25 pièces ).
(2) Registre- Journal de Henri III, p. \6i.
basilique de Saint-Julien, on remarque la conduite peu édifiante deMarguerin de la Bigne , doyen du chapitre (1).
Il était déjà brouillé avec les chanoines, parce qu'il lesavait inquiétés dans leurs privilèges, avait fait renverser des maisons du doyenné sans leur participation, n'observait pas la résidence, et ne prononçait pas l'oraison synodale selon le devoir de sa dignité ; le refus qu'il fit de contribuer à la réparation de l'incendie mit le comble à l'indignation , et l'on commença contre lui des procédures. La foudre qui avait incendié l'église cathédrale causa encore des désastres en d'autres parties du diocèse, et particulièrement à l'église de la Trinité à Laval.
Le concile de la province de Tours s'ouvrit à Angers le 1er septembre de la même année 1583. Simon de Maillé, archevêque de Tours, y présida et prononça un discours rempli d'érudition. Tous les évêques de la province s'y rendirent, à l'exception du cardinal de Rambouillet, qui était à Rome, et qui fut représenté par Anselme Taron , son procureur. Nicolas Langelier, évêque de Saint-Brieux, rédigea les actes, qui sont très-beaux. Nous nous contenterons de faire observer que les livres liturgiques réformés par saint Pie V y furent adoptés pour toute la province. Le chapitre eut soin d'y faire garantir son exemption. Ses députés étaient Le Pelletier, archidiacre de Chàteau-du- Loir, et le chanoine Croysé. On avait d'abord nommé Oudineau, qui s'excusa, et Chesnay, qui mourut avant d'avoir pu remplir son mandat. Le chapitre de Saint -Martin de Tours se fit représenter par deux clercs de notre diocèse, Alexandre Aublanc, prévôt de Mayet, chanoine de Saint- Martin, et le fameux poète Pierre de Ronsard, prieur commendataire de Saint-Gosme-en-lTle (2).
Une grande disette, suivie bientôt d'une maladie conta-
(1) D. Piolin, Notice sur Marguerin de la Bigne, théologal de Bayeux et grand doyen du Mans.
(2) Biblioth. imp. Mss. des Bl.-Mant.,n° 45, fol. 357 r.; 81, c, p. 695. — Collection D. Housseau, n°» 4692, 4694, 4697 et 8805. — Archives du chapitre du Mans, B-15.
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gieuse des plus terribles, se lit ressentir dam prévue tout le diocèse dès le commencement dé l'année 1584. Laval mit sa confiance en la Mère de Dieu. On se rendit efl procession jusqu'au sanctuaire de Notre-Dame d'Évroo ; el ta \ ill«^ l'ut préservée du fléau. Au Mans, l'administration municipale fit construire un hôpital connu sous le nom de Sanila-. Le clergé contribua généreusement à cette fondation, et les chapelains du Gué-de-Maulny donnèrent les vieilles masures de leur église. Mais en attendant que les constructions nouvelles fussent en état de recevoir les malades, Philippe d'Angennes, seigneur de Fargis, frère du cardinalévêque et lieutenant général pour le roi dans la province, fît faire hors de la ville des loges en bois, pour y garder les pestiférés. Une ordonnance prescrivit à ceux qui étaient attaqués de la contagion de ne pas paraître dans les rues sans avoir à la main une baguette blanche, afin qu'on les reconnût. On eut à déplorer la perte d'un religieux de grand mérite, qui mourut victime de la contagion au prieuré de Notre-Dame de Torcé. Il se nommait D. André Rapicault, et exerçait l'art de peintre-verrier. Deux autres moines morts vers le même temps dans le même monastère laissèrent dans le pays une bonne odeur de leurs vertus.
A l'assemblée du clergé qui se tint la même année, Le Pelletier, vicaire général du cardinal-évèque, réclama contre un abus d'autorité de l'archevêque de Lyon , qui avait nommé à un vicariatdans le diocèse du Mans. La province de Tours se fit de nouveau représenter en cette circonstance par Pierre Croysé, chanoine de l'Église du Mans (1).
Dès la fin de 1584, la guerre civile et religieuse commença à agiter les populations du Maine ; mais comme elle continua sous l'épiscopat suivant, nous attendrons à en parler, afin de mettre plus d'ensemble dans notre récit. En 1585, le cardinal-évèque du Mans assista au conclave qui suivit la mort de Grégoire XIII, et concourut à l'élection de Sixte V. Il jouit de la même faveur sous ce grand Pour
(1) Assemblées du clergé, t. I, p. 250 et Î67.
tife que sous son prédécesseur, et fut chargé par lui du gouvernement de Corneto, ville des états de l'Église, sur la Méditerranée, près de Civita-Vecchia. 11 n'en fit pas moins sa résidence habituelle à Rome. On dit qu'il envoya luimême en 1586 un mandement aux fidèles du diocèse du Mans, pour leur annoncer le jubilé que SixteV avait accordé Tannée précédente (25 mai 1585) à l'occasion de son exaltation sur le Saint-Siège.
Quoi qu'il en soit de ce fait, il est certain que Charles d'Angennes ne survécut pas longtemps aux derniers honneurs qu'il venait de recevoir. Les circonstances de sa mort sont très- obscures. Nous les rapporterons telles que Le Gorvaisier nous les a transmises, d'après le récit d'un nommé Gasseau, chanoine du Mans, qui avait été attaché à la personne du cardinal jusqu'à la fin, et avait vécu dans sa familiarité. Au commencement de mars 1587, Charles d'Angennes se sentit attaqué d'une légère indisposition, et se rendit à Corneto. Il avait renvoyé la plupart des Français qui composaient sa maison, et s'était environné de serviteurs italiens. Dans le nombre était un certain Claudio Lupi, son maître de chambre, qui avait gagné sa confiance, et sur lequel pèsent les plus graves soupçons. Le cardinal avait fait un testament en faveur de son neveu, le seigneur de Rantigny, de ce Claudio Lupi et de ses autres domestiques. La somme léguée dans cet acte montait jusqu'à soixante mille écus. La maison du cardinal se composait de cent à cent vingt personnes, et il leur abandonnait seulement les valeurs qu'il possédait en Italie. Claudio Lupi ayant lu ce testament par une ruse coupable, se persuada que son maître avait formé le dessein de renvoyer les Italiens d'auprès de sa personne et d'y rappeler les Français. Il fit entrer ces soupçons dans l'esprit des autres domestiques, surtout du médecin et de l'apothicaire, et ils résolurent de l'empoisonner. Ils se servirent d'un lavement pour l'exécution du crime, et comme le malade ne mourait pas assez promptement, et que la violence du mal lui faisait pousser de grands cris, qui pouvaient éveiller l'attention
§iS histoire M. i.'lu.ISI. Dl M \v-.
de Ciasseau, seul Français resté auprès du cardinal, le maître de chambre, feignant de vouloir soutenir la tête de son patron, le saisit à la gorge et l'étrangla. Ce «rime fut commis le 23 mars 1587. Le cardînaJ n'était âgé que de cinquante-six ans et cinq mois.
Après la mort du cardinal, le seigneur de Rantigny s'empara de tout ce qui lui était légué par son oncle et ne voulut faire raison à aucun autre héritier, si ce n'est à Claudio Lupi. Il s'établit à Rome, où ses richesses le mirent à même de tenir un grand état. Toutefois, afin de mieux dissimuler leur crime, les héritiers du cardinal lui firent faire de magnifiques obsèques dans le couvent des frères mineurs de l'observance de Corneto, où repose sa dépouille mortelle. On plaça sur son tombeau l'inscription suivante :
INSIGN1S MITRA CAR0LUS f/ANGENNES ET 0STR0 CORNETI EXTREMUM CLACSIT IN URBE DIEM.
OSSA SEPULTA TENET FRANCISCI N0B1LE TEMPLUM, HIC LAPIS EXTA LOCO N0BILI0RE TEGIT.
DULCES REL1QUL/E VITAM DUXERE PER OMNEM l DULCE PATI CHRISTI N0MINE, DULCE MORI.
CAROLO D'ANGENNES A RAMBOUILLETO, CENOMANENSI EP1SC0P0,
S. R. E. CARDIXALI,
INGENU, SC1ENTLE, RELIG10NIS, OMNIUMQUE VIRTUTUM LAIDIBUS
PRJSSTANTISSIMO
CHRISTOPHORUS A RANTIGNY S0R0RIS FILIUS, ET CLAUIHUS
LUP1US CUBICULI PR^FECTUS, ITALIGARUM RERIMEX TESTAMENTO
H^REDES, MAGNO CUM SUO, TUM CJETERORUM FAMILIARIIM,