‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 38 sur 66 · ADO HI8T01BE DE [/ÉGLISE PI M · texte numérisé non relu

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gucrin de la Bigne remplit exactement ses fonctions j il prêchait souvent, et ce Put lui qui donna la station quadragésimale à la cathédrale en l.')K-2. Il eut plus tard de \ifs démêlés avec le chapitre, et ne résida presque plus au Mans,

malgré les réclamations des chanoines. lia rendu un grand service à l'église, en réunissant le premier une Bibliothèque des Pères. La première édition de cet ouvrage, qu'il composa pour réfuter les centuriateurs de Magdebourg, comprise en huit volumes in-folio, parut en 1 585 : et la seconde, en neuf volumes in-folio, en 1."jS(). D'autres ouvrages, et surtout une édition de saint Isidore de Séville, ont rendu le nom de Marguerin de la Bigne impérissable dans les lettres ecclésiastiques et sacrées. Il s'était de honne heure rangé dans le parti des politiques, qui n'était pas le plus en faveur au Mans. Ce savant mourut en I5<)7; et les chanoines lui donnèrent aussitôt pour successeur Frai Lepelletier, dont nous parlerons dans la suite (I).

Revenons à Tannée 1565. Un concile provincial fut convoqué à Tours; on ne connaît pas aujourd'hui le but de cette assemblée; mais il est probable que ce fut de fournir de nouveaux subsides à l'État; le chancelier de l'Hospital ne cessait de pousser à la spoliation de l'Église ; et le clergé du Mans vendit une partie de ses biens et contracta de trèsforts emprunts (2). Une bulle de Pie IV réunit la chapelle du Clôt à l'éveché (3). Les 15 et 1 6 mars, les chanoines célébrèrent les funérailles de Christophe Perrot, seigneur de Vernie et de Pescoux, sénéchaldu Maine, en la même manière qu'ils avaient célébré celles, de son père. Deux jours après, les chanoines écrivaient au roi le priant de nommer sénéchal le marquis de Rambouillet, ou le seigneur de Vassé ou celui de Thouars; ce fut Nicolas d'Angennes,

(1) Dom Piolin, Notice sur Marguerin de la Bigne, théologal de Bayeux, grand doyen du Mans ( 1546-1597 ).

(2) Bibliothèque impériale, Mss. [des Bl.-Mant., n°Sl, c, p. G47. — Archives municipales du Mans, n° 841.

(3) Registres des insinuations ecclésiastiques, n° 10, fol. 3i6, n° 11, fol. 159.

marquis de Rambouillet, frère de l'évêque du Mans, qui obtint cet honneur (1). Il ne paraît pas que Charles IX ait réclamé les prérogatives du canonicat royal, lorsqu'il vint au Mans vers la fin d'octobre de la même année. Il fut néanmoins reçu par l'évoque et le chapitre. Eniin le 3 novembre, on célébra avec beaucoup de solennité des réjouissances pour une victoire remportée par les chevaliers de Malte sur les Turcs. Il y eut d'abord un anniversaire pour les chrétiens qui avaient été tués , et le soir après les vêpres un feu de joie, d'après les dispositions prises par les chanoines et les magistrats.

On ne connaît pas les noms des députés que le clergé et la noblesse envoyèrent à l'assemblée des notables tenue à Moulins en 4506; on sait seulement que le tiers-état fut représenté par Philippe Taron de la Groye, avocat auxMans, qui dès 1560, avait été chargé d'une commission semblable aux états généraux d'Orléans.

Mais ces assemblées ne pouvaient rétablir la paix, et dès l'année suivante 1567, la seconde guerre religieuse et civile éclata. Deux de nos compatriotes y eurent la plus grande part. Dès le commencement, Gervais Lebarbier, Ghastelier et Portai furent envoyés par leurs coreligionnaires en Allemagne, pour y lever des troupes auxiliaires (2). A leur persuasion, Frédéric III, électeur palatin, permit à son fils Jean -Casimir de former une armée et de marcher luimême au secours des huguenots de France. Bientôt sept mille reitres et quatre mille lansquenets, conduits par le jeune prince, arrivèrent sur la frontière. Cette négociation et le rôle important que remplit Gervais Lebarbier dans le reste de cette guerre, prouvent qu'il s'était élevé promptement à la tête de son parti. Durant ce temps, un complot était tramé entre Condé, Coligny et Dandelot pour s'emparer du roi qui devait se rendre de Meaux à Paris avec une faible escorte. Si les Suisses, cantonnés dans l'Ile-de-France et la

(t) Pièces justificatives, n° XXXI.

(2) D'Aubigné, Histoire universelle, p. 308.

Rrienefussentpromptementaccourusau secours du prince, il serait infailliblement tombé entre 1rs mains des calvinistes. Renée de Rieux ou Guyonne de Laval était l'auteur de Ja conspiration à laquelle Le roi venait d'échapper, comme par miracle. Le parlement la condamna à avoir la tête tranchée. Ses biens devaient être confisqués au profit du roi; et ses armes renversées furent traînées à la queue d'un cheval dans les rues de la capitale. Comme il arrivait presque toujours à cette époque, la sentence qui condamnait Guyonne à mort ne fut pas appliquée; mais cette dame ne jouit pas longtemps de la vie qui lui était laissée. Dandelot ayant pris position sur la Loire, entre Angers et Saumur, on craignit qu'il ne songeât à se fortifier dans Laval, qui appartenait à sa belle-sœur. Le roi y envoya en conséquence une garnison, dont il donna le commandement à un homme qui s'était signalé, en ir>Gw2? dans les rangs des huguenots, Guillaume Lebretou de Nuillé, seigneur de Haute-Follie, plus connu sous le nom de capitaine de La Barre. Louis de Montéclair, seigneur de Courcelles, était alors investi du gouvernement du comté de Laval au nom du roi. Comme on l'avait pratiqué au Mans, à Paris et autres lieux, on célébra à Laval, sur la demande de La Carre , une procession solennelle, en tout semblable à celle de la Fête-Dieu. Tout le clergé séculier et régulier y assista; on y vit les chanoines du Port- Ringeard , et les moines deClermont, que la crainte des huguenots avait obligés à se réfugier dans la ville. Le saint sacrement, porté par le doyen de Saint-Thugal, parcourut les rues tendues et pavoisées; les chants sacrés parvinrent sans doute jusqu'aux oreilles de la comtesse qui se tenait renfermée dans son château; peu d'heures après, elle allait rendre compte à Dieu d'une vie consacrée tout entière à la propagation de l'hérésie. C'était le 13 décembre 1 r>< ;T Son corps l'ut néanmoins déposé, mais sans pompe, dans le choeur de Saint-Thugal. Depuis longtemps déjà Kis catholiques de Laval et de Vitré ne la désignaient que par le nom de Guyonne la Folle.

Les alarmes qu'éprouvaient les catholiques clans le Haut- Maine n'étaient pas moins sérieuses. Les huguenots, secondés d'un corps d'Anglais auxiliaires, répandaient la terreur dansles environs du Mans, et n'épargnaient aucune profanation sacrilège. Dès le mois de septembre, plusieurs églises de la campagne avaient été entièrement dévastées par eux (I). La ville du Mans craignait d'être surprise une seconde fois; et l'on tenait chaque jour deux assemblées à l'hôtel de ville pour veiller à la sûreté de la cité. Le clergé, comme il était juste, prenait une part active à ces réunions. Dès le 4 septembre, Charles IX écrivit àCharles d'Angennes, pour l'engager, s'il se formait des rassemblements armés contre le monarque , à réunir sous les armes autant d'hommes qu'il pourrait, et à rompre et tailler ces rassemblements « ainsi que je m'assure, dit le roi, que vous savez très-bien faire; et prie Dieu, Monsieur du Mans, qu'il vous ait en sa sainte garde. »

Malgré sa bravoure si hautement attestée , Charles d'Angennes était loin de rechercher les occasions de se mesurer avec les ennemis. Les habitants ayant obtenu M. de Pezé pour gouverneur de la ville , le prélat en manifesta hautement sa satisfaction, s'applaudissant d'autant plus de ce choix, que cet officier était bon gentilhomme. Mais, après avoir sollicité la commission de M. de Pezé, les habitants ne furent pas d'avis de la faire publier, attendu que l'évèque, nommé par le roi gouverneur de la ville, ne pouvait remettre son gouvernement qu'entre les mains du monarque ; ce qui n'était pas possible dans les circonstances. Charles d'Angennes continua donc à remplir ses fonctions de gouverneur. Il s'en acquitta, il paraît, à la satisfaction du roi, puisqu'il reçut peu de temps après (29 octobre) des lettres du prince, qui le chargeait encore

(1) En ce même mois de septembre, les huguenots du Maine, réunis à ceux de l'Anjou, de la Normandie et de la Bretagne, sous la conduite de Dandelot, portèrent le ravage dans l'Anjou, et surtout le Poitou.

Roger, Ilistoh'ù de l'Anjou, p. 433.

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du gouvernement de tout I e pays d a Maine, en l'absence du prince Dauphin, c'est-à-dire probablement du duc d'Anjou, comte du Maine (8 février 1566), qui devint roi de Pologne en 1573, et monta l'année suivante sur l<i trône de

France sous le nom de Henri III. Ce prince, du reste, ne possédait ces deux provinces qu'en apanage. Le gouvernement général confié à l'évêque du Mans n'empêchait

pas le roi de nommer à des gouvernements particuliers. Ainsi Lancelot de Brée, dont nous avons déjà parlé, l'ut commis, en l'absence de l'évoque du Mans, est-il dit positivement dans la dépêche royale, pour commander dans la ville de Laval les gens de guerre, tant de pied que de cheval, et pour protéger la ville conlre les rebelles de la nouvelle religion (I). A Mayenne, le seigneur de Levaré reçut une semblable commission. Quanta Charles d'Aogennes, il s'acquittait de son office avec sa résolution ordinaire; et les chanoines ne le lui cédaient pas en dévouement. Ceux de l'église cathédrale et de Saint-Pierre , les curés, chapelains et le reste du clergé étaient chargés de la garde de la porte du château; et les chanoines veillaient avec grand soin à ce que ces fonctions nouvelles pour eux fussent remplies avec exactitude. Ils allaient même quelquefois plus loin, et le i S octobre il fut ordonné au chapitre, qu'après le dîner du même jour, tous messieurs chanoines et chapelains se trouveraient dans l'église <-t le jardin de la Forge , pour comparaître devant monsieur l'évêque avec les équipements et armes convenables, cum vestibus et armis ut oportet , afin d'apprendre de lui ce qu'il y avait a faire pour s'opposer aux entreprises des ennemis de la foi catholique. Deux jours plus tard (17 octobre), le chapitre de Saint-Julien célébra une messe solennelle pour la paix, pour le roi, et pour la conservation de monsieur l'évêque et de ses soldats qui poursuivaient les Anglais ennemis de la sainte Église, dans les contrées de Montfort, Pont-de-Gennes, Saint-Mars-la- Bruyère et autres lieux

(1) Mss. de II. La Beauluère, n° 7.

voisins (1). La tradition a conservé le souvenir d'un engagement qui eut lieu entre les catholiques conduits par notre prélat et les troupes étrangères au service de l'hérésie; ce lut près du bourg de Saint-Mars-la-Bruyère et d'un château qui existe encore.

Malgré les efforts des chanoines, le procureur de ville porta des plaintes de ce que sur un rôle de trente mille livres destinées à rentre tien des soldats chargés de la défense de la cité et de la province, le clergé payait seulement sept mille cinq cents livres , et dans la garde des portes ne veillait qu'à celle du château. Nous ignorons si la contribution du clergé fut augmentée , comme il est probable ; ce qui ne diminuait en rien les taxes énormes qu'il payait d'autre part à l'État, et pour lesquelles on le voit chaque année obligé d'aliéner une partie de ses immeubles. Ce qu'il y a de certain, c'est que les chanoines de Saint-Julien furent désormais chargés de la garde des fontaines. Les chanoines avaient vu avec une grande joie la nomination de l'évêque à la charge de gouverneur, et lui députèrent quatre d'entre eux et un dignitaire pour le congratuler. Ils veillaient aussi au maintien de la foi dans leur sein; et un chanoine, Victor Le Pelletier, ayant donné occasion de suspecter sa doctrine , ils ordonnèrent d'informer contre IuL Un ancien privilège les garantissait du logement des troupes ; ils sollicitèrent près de l'évèque pour qu'il leur fit maintenir celle prérogative; mais il paraît que les officiers municipaux, qui se montrèrent assez durs dans leurs exigeances, ne respectèrent pas cette ancienne franchise.

Les craintes et les désastres étaient les mêmes dans toute la province; et l'on était obligé d'entretenir jour et nuit des gardiens dans les églises, sans cesse exposées au pillage et à l'incendie. Le 8 octobre, de Rohan, seigneur de Pontivy, frère du vicomte de Hohan, entra clans la ville de

(1)... Et conservatione DD. episcopi et comilitonum ejus, Brilones inimicos sacro-sanctac Ecclesiœ in locis de Monte / or ti , Pontis-Genœ, sancti Medardi de Brucriis et aliis vicinis modo agentes, armis insequentium.

490 HISTOIRE DE l'église lu MANS.

Sablé à U tète d'une troupe de huguenots, et la livra au

pillage (1). Les églises furent sa< : et il fallut récon-

cilier celle <1<' Notre-Dame. Le prieuré de S util

d'une manière funeste la présence des bandes calvini Poussés par leur brutal fanatisme contre les images sacj ces disciples de l'hérésie cernèrent le monastère, demandant à grands cris qu'on leur ouvrît les portes de L'église. Heureusement les moines avaient armé et rassemblé dans leurs murs une partie des habitants du village. Déjà les huguenots avaient mis le l'eu à des matières inflammables pour incendier les portes de l'église, lorsqu'une vigoureuse sortie des catholiques dispersa les assaillants. Far une sage prévoyance, Nicolas Fumée, abbé de la Couture, avait fortifié le prieuré en réparant les bâtiments. L'abbaye de Bellebranche, qui avait déjà ressenti la fureur sacrilège des hérétiques, fut encore une fois livrée au pillage (2). L'église paroissiale de Brùlon fut incendiée, et ne put être relevée qu'en 1577. Les troubles montèrent à un tel point dans cette localité, qu'on dut porter les enfants dans les paroisses voisines pour les faire baptiser. Pour ajouter aux calamités de cette année, une disette affreuse sévit dans tout le Maine ; et la guerre se poursuivit encore au commencement de l'année suivante. Le 12 janvier on publia un édit du roi ordonnant la confiscation des biens des hérétiques. Le 2i du même mois, les chanoines prièrent l'évêque de leur prêter quarante soldats pour la garde de l'église de Saint-Julien durant la nuit de la fête patronale; on ne jugeait pas qu'il y eût sûreté à la laisser sous la garde seulement des habitants de la Chapelle-Saint-Aubin, selon l'ancien usage. Malgré les périls qui menaçaient la ville du Mans, d'autres pays souffraient des violences plus grandes; et les chanoines de Notre-Dame deGléry vinrent se réfugier dans notre cité. Ils furent accueillis comme des frères par le chapitre du Mans; et le chanoine Oudineau,

(1) Journal de Jean f.ouvet, p. 286.

(2) Marc, Sahlc, p. 85.

CHAULES B'ANGENNES. 497

l'un des hommes les plus influents de la ville, les reçut chez lui. Dans une assemblée générale de l'hôtel de ville où comparurent les députés des paroisses, Jacques Hubert, député et procureur de la Madeleine, aux faubourgs du Mans, déclara simplement « n'avoir affaire au conseil, parce qu'ils ne sont plus que cinq pauvres hères habitants » de cette paroisse; d'où l'on peut conclure en quel état les calvinistes avaient réduit les populations du plat pays. On veillait avec grand soin]aux portes des villes. Le 6 février, deux chanoines furent députés par leurs confrères pour visiter avec les officiers de ville les gardes apposées aux portes de la cité et du château, et pour faire placer un drapeau à la tour de Saint-Julien. Le 26 mars, il fut réglé que la procession du lendemain se rendrait à l'église du (Jué-de-Maulny, et non à celle du Sépulcre, selon l'usage, à cause du péril qu'il y aurait à franchir les murs. 11 y avait trois jours néanmoins que la paix avait été conclue entre les catholiques et les huguenots. Le 23 mars d568, un traité fut signé àLongjumeau ; il remettait en vigueur l'édit d'Amboise; les protestants rendaient Soissons, Orléans, Auxerre, Blois, La Charité, et le roi payait la solde arriérée des troupes allemandes commandées par Jean-Casimir. Ce fut encore en grande partie aux dépens des biens du clergé que furent payés ces auxiliaires des hérétiques introduits dans le royaume par Gervais Lebarbier.

Durant ce temps, le clergé de France, qui venait de créer un syndicat afin de régler l'état de ses finances, tint une assemblée générale (22 novembre 1567), dans laquelle les chargés de pouvoirs du corps ecclésiastique s'engagèrent à payer au roi une rente de six cent trente mille livres par an. L'évèque du Mans se contenta d'envoyer à cette assemblée un de ses vicaires généraux, chargé aussi de représenter le clergé du diocèse (1).

Une transaction intervint entre les chanoines de l'église cathédrale d'une part, ceux de Saint- Pierre -de- la-Cour et

(1) Mémoires du clergé, t. IX, col. 29.

v. SI

\\)H bistoibi M l'église mj .m ans.

les moinos de Ja Couture d'une autre, relativement aux oblations des fidèles en la fête de saint Julien. Il fut convenu que le chapitre de Saint-Julien remettrait 00 certain nombre de livres de cire aux deux antres corps chaque année à l'issue delà messe solennelle, et qu'il conserverait tout le reste. Il est bon de faire observer qoe ces offrandes des fidèles se maintinrent jusqu'à la fin du xvnr siècle, et qu'elles ne cessèrent que peu de temps avant la révolution française (1 ) .

La paix que l'on croyait assurée par le traité de Lonp jumeau ne dura que six mois. Catherine de Médicis croyant les chefs huguenots endormis dans une sécurité profonde, tenta de les faire saisir. Mais il s'en fallait beaucoup que ces hommes ardents eussent déposé leurs projets, et même durant la trêve notre province n'avait pas joui d'un repos assuré. Dès le mois de juillet, Dandelot était à Laval, avec de fortes compagnies de gendarmes, sous couleur depreodre possession du comté, qui appartenait à Paul de Coligny, son fds, en vertu du droit de représentation. La présence de ce capitaine hardi et peu scrupuleux à l'égard des engagements les plus solennels, inspira de la crainte à toutes les villes du voisinage. On prit des précautions pourla sûreté des places, jusqu'à Angers, où l'on redoubla la garde; et les événements prouvèrent que l'on avait raison. En effet les huguenots, s'étant rendus à Chàteau-Gontier, y exercèrent de très-grands ravages (2). Au Mans, l'association des catholiques , dont nous avons parlé précédemment, s'était encore resserrée par l'action de trois seigneurs fortement attachés à la foi : les seigneurs de Thouars (3), de Vassé et deSourches. Il parait que cette association, nommée confrérie, fit assez de bruit dans tout le royaume, puisqu'elle fut l'un des motifs qu'alléguèrent les chefs pro-

(1) Mémoires pour servira l'histoire du chapitre royal de Saint- Pierre-de-la-Cour. Mss.

(2) Journal de Jean Louvet.

(3) Quelques mémoires portent Thuarcé.

testants lorsqu'ils appelèrent leurs partisans sous les armes (4). L'évêque du Mans ne trouvant pas dans les officiers de ville toute l'obéissance qu'il désirait pour les ordres qu'il leur donnait en qualité de gouverneur de la province, déclara, dans une assemblée générale, que s'il éprouvait désormais les mômes difficultés, il confierait à ses propres soldats l'exécution de ses ordres. Mais il n'eut pas longtemps à essuyer ces ennuis, le roi l'ayant chargé de le représenter près de la cour de Rome en qualité d'ambassadeur. Charles d'Angennes était rendu à ce poste important dès le 19 juillet 1568, et il y était encore le 28 août 1570. Ainsi il ne prit aucune part à la troisième guerre civile qui désola notre pays. Le gouvernement de la province fut alors confié à de Thouars, qui était très-lié avec Charles d'Angennes. Sous ce gouverneur, on leva sept mille cinq cents livres pour les affaires de la guerre sur la ville du Mans; le clergé en paya seul deux mille cinq cents. Ce corps présenta à l'assemblée de ville une remontrance pour être dispensé de la garde, et pour se faire remplacer dans ce service par des hommes capables; mais il parait que la requête ne fut pas admise, puisque trois mois plus tard (31 juillet), on voit trente-quatre prêtres faisant partie de la compagnie de la Vieille-Porte. Par faveur, l'abbé de Beaulieu, Guy du Parc, obtint l'exemption de garde à raison de la résidence qu'il devait à son abbaye; mais il dut se faire remplacer par deux hommes. Quelques jours après il fut ordonné par les officiers municipaux que tous les prêtres de la paroisse de Gourdaine, chanoines, vicaires et autres garderaient le Pont- Ysouard. Le 1er août, Nicolas d'Angennes, vidame du Mans, chevalier de l'ordre du roi et gouverneur du Maine en l'absence du prince dauphin, réunit une assemblée générale à l'évêché, pour aviser à la sûreté du pays; et le 30 du même mois, il fit jurer par chacun des chanoines un nouvel engagement semblable à ceux dont nous avons parlé plus haut, et qui donnèrent principe à la ligue.

(1) De Thou, liv. XLIV.

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