CHAPITRE XV
ÉPISCOPAT DE SIGEFROY,— (960-995.)
Troubles causés dans le Maine par l'ambition de la maison de Bellême.
— Élection simoniaque de Sigefroy. — Ses démêlés avec le comte Hugues; pertes qui en résultèrent pour l'Église. — Scandales donnés par Sigefroy.— Rétablissement du chapitre de Saint-Pierre-de-la-Gour., des abbayes de la Couture et d'Évron, du prieuré de Saint-Victeur.
— Fondation des prieurés de Saint-Hippolyte de Vivoin , de Saint- Berthevin-de-la-Tannière , de Saint-Aubin du-Pont, de l'Abbayette. — Influence de ces monastères.— Dernières années de l'évêque Sigefroy.
— Sa mort et sa sépulture. — Progrès des comtes d'Anjou dans le Maine.
A peine l'Église du Mans avait-elle joui de quelques années de repos sous l'administration réparatrice de Mainard, qu'une nouvelle sériede tribulations commença pour elle, ri s'étendità un siècle presque entier. Tantde malheurs naquirent de la rivalité qui éclata entre deux familles dés f»his puissantes du pays : celle de? comtes du Maine et celle des seigneur? de Bellème.
"1 HISTOIRE l»E L ÉGLISE DU MANS.
Cette rivalité, et U> suite? funestes qu'elle entraîna après elle, exigent que nous jetions un coup d'œàl rapide sur l'état de notre pays au moment où elles éclatèrent. Alors la troisième dynastie de nos rois établissait les faibles commencements de sa puissance. Entourés de barons égaux et même supérieurs en pouvoir, les rois de France n'avaient d'autres richesses que les revenus de leurs domaines, d'autres forces que les sujets de leur duché. Leur état comprenait d'abord le Maine, l'Anjou, la Touraine; l'Orléanais, presque toute l'Ile-de-France, et le sudest de la Picardie jusqu'à la Somme. Mais l'agrandissement des comtes d'Anjou, de Bloi s , de Chartres et de quelques autres, réduisit les domaines royaux à des limites beaucoup plus étroites. La faiblesse du monarque et l'exemple de tant de puissantes principautés, comme la Normandie, l'Anjou , la Champagne , la Bourgogne , qui s'étaient accrues successivement tantôt par la force , tantôt par la ruse, faisaient naître dans l'esprit de tous les hauts suzerains l'espoir de s'étendre aux dépens des voisins et de se créer un État qui ne relevât que d'eux-mêmes. La suite fera voir comment le faible domaine de nos comtes fut un objet constant d'ambition pour les princes d'Anjou, de Normandie, de Bellème et d'autres encore, à une époque où il n'y avait pas de pouvoir central assez puissant pour maintenir les droits réciproques des grands vassaux.
La maison de Bellême manifesta la première ses desseins d'agrandissement ; elle entreprit de s'établir dans le Maine par la voie de l'Église, qui occupait un rang important dans la, hiérarchie féodale. Elle plaça successivement trois de ses membres sur le siège épiscopal du Mans , et ces trois prélats gouvernèrent le diocèse pendant quatre-vingtquinze ans. Elle en éleva d'autres à des prélatures inférieures et à des dignités importantes dans notre Église; et elle jouit d'une influence très-grande dans le Maine pendant toute cette période.
Elle possédait le comté de Corbonnois, la plus grande partie du Perche, la vicairie du Sonnois, le territoire delà
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Ferté-sur-Huisne , nommée plus tard la Fer té-Bernard. Ainsi cette famille, intimement unie aux ducs de Normandie, avait dès lors jeté de profondes racines dans le Maine. Elle travailla sans cesse à y affermir son pouvoir, jusqu'à ce que Sigefroy parvint à s'asseoir sur la chaire épiscopale du Mans.
Sigefroy eut trois frères : Rotrou, comte de Mortagne, mort encore jeune; Yves de Greil, plus connu sous le nom d'Yves Ier de Bellême, qui jouit de la seigneurie de ce nom et augmenta beaucoup les possessions de sa maison; enfin un troisième frère dont on ignore le nom, mais auquel les évêques de Chartres inféodèrent les cinq baronnies du Perche-Gouet , et qui fut la tige des seigneurs de cette province.
Yves de Bellême était chef des arbalétriers à la cour de Louis d'Outre-mer , emploi qui lui conférait la direction de tous les ouvrages de fortification des places et des châteaux. Lorsque le roi , oubliant qu'il devait son établissement sur le trône à un duc de Normandie , retint en captivité le fils de celui-ci, Richard Ier, encore enfant, Yves fut l'instrument principal de la délivrance du jeune prince. En reconnaissance, Richard lui donna plus tard, pour lui et ses descendants , le territoire d'Alençon , et une grande étendue de terre sur la frontière de Normandie, à la charge de lui en faire hommage , et de veiller de ce côté à la sûreté de ses États. Yves lit construire les châteaux d'Alençon, de Séez , duMesle-sur-Sarthe, d'Essey et d'autres encore.
On dit que ce seigneur et ses enfants possédèrent à un haut degré l'art de fortifier les places, et l'on admire même aujourd'hui, dans les débris des forteresses dont ils couvrirent une partie du Maine et de la Normandie , les traces toujours subsistantes de leur génie. Yves réunit dans se& mains la seigneurie de Mortagne qui était échue en partage à son frère Rotrou, et aussi vraisemblablement Nogent-le- Rotrou <il ses dépendances. Il fonda dans son château de Bellême une église en l'honneur de la Mère de Dieu, et lui donna plusieurs églises paroissiales dans le Corbonnois
et le Bonnois (1). Il est aussi connu par ses libéralités en Paveur de l'abbaye de Saint^Benolt-sur-Loire (2) , ef de l'Abbayette, prieuré considérable dans la paroisse de la Dorée, membre du Mont-Saint-Michel (3).
Yves de Bellême mourut au plus tôt en l'année 997, alors que l'un de ses fils était assis sur le siège du Mans. 11 laissait cinq enfants : Guillaume, qui lui succéila dans la seigneurie de Bel!ém<>; Avesgaud, qui devinl évèque du Mans , et qui obtint en partage le territoire de la Fertésur-Huisne et une partie du Sonnois; Yves, que l'on croit tige des seigneurs de Chàteau-Gonthier et de Nogent-le- Rotrou ; Godehilde , qui épousa Albert , seigneur de la Ferté-en-Beauce ; et enfin Hildeburge, qui fut mariée à Aymon , seigneur de Château-du-Loir, et qui devint mère de Gervais , successeur de son oncle Avesgaud dans la chaire épiscopale du Mans (A).
D'après ce simple aperçu, on comprend avec quel œil jaloux les comtes du Maine durent voir les progrès de cette famille qui s'annonçait comme une rivale menaçante. Cette inquiétude était augmentée par tous les exemples d'usurpations que l'on avait alors; et d'ailleurs les sires de Bellême apparaissaient comme les protégés des ducs de Normandie, jeune nation dont l'activité, l'adresse et la puissance faisaient le désespoir de tous ses voisins.
Dans de pareilles circonstances , la mort de l'évèque Mainard, arrivée en 960 (5), devait nécessairement apporter
(1) Fret, Chroniques percheronnes , t. ITI , p. 258.
(2) Vie de Gauzlin, num. 9, publiée par M. Léop. Delisle, 1853.
(3) D. Briant, Cenomania.
(4) Dom Briant, Cenomania. — Orderic Vital , Historia ecclesiastica, apud D. Bouquet, t. XI , p. 628 et passim. — Willelmus Gemeticensis, Historia Normannorum, ibid., t. X, p. 191.— D. Mabillon, Fêtera analecta, t. III, p. 197. — Gilles Bry, Histoire des pays et comtés du Perche, p. 28 et passim. — Odolant-Desnos , Mémoires historiques sur Alençon, t. I, p. 98 et passim. — Fret, Chroniques percheronnes , t. I , p. 279 et passim. — Ménage, Histoire de Sablé, part. Ire, l. III, c. xvn. — VArt de vérifier les dates , comtes d'Alcnçon et passim.
(5) Une charte de l'évoque Mainard ( Livre Blanr , num. 108) porte
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de grands embarras, par la complication des intérêts qui se trouvaient en présence. L'élection de son successeur fut vivement disputée. L'un des prétendants, Sigefroy , dont on vient de rapporter Foiïgine , s'assura l'appui de Foulques le Bon , comte d'Anjou , qui avait aussi conçu l'espoir de se rendre maitre de notre province dans un avenir peu
cette date : « Aetum Cenomannis, in anno xv, régnante Lothario rege. » Or, la quinzième année de Lothaire ne peut être antérieure à 968 ou 969. Il s'ensuivrait que le commencement de l'épiseopat de Sigefroy se rapporterait à 970 environ. Toutefois, cette date repose sur une copie postérieure de trois siècles à l'original, qui est perdu depuis longtemps; elle contredit trois ou quatre dates positives données par un manuscrit antérieur (Bibliothèque du Mans, n. 224). Gomme il peut y avoir ici une simple erreur de copiste, qui aura écrit xv au lieu de v, il ne semble pas que l'on doive déranger la chronologie admise par de graves autorités. On a d'ailleurs une charte de Sigefroy , datée de l'an 971 ( vid. infra ), laquelle suppose plusieurs années d'épiscopat déjà écoulées. Enfin l'élection de Sigefroy doit être peu éloignée de la mort du comte d'Anjou Foulques le Bon , décédé le 1 î novembre 958. — Mais les raisons sur lesquelles s'appuie le sentiment contraire étant très-fortes , nous devons les faire connaître au lecteur. La contradiction relative à l'époque de la nomination de Sigefroy , disent les savants qui adoptent la date de 968 donnée par le Livre Blanc , peut provenir d'une supposition fausse de la part des auteurs du Pontifical. Ces auteurs connaissaient la durée de chaque épiscopat depuis saint Aldric. A partir de la mort de ce prélat, ils n'ont pas cru devoir admettre de vacances dans le siège, et la somme totale donnait sans doute 960. — Pour les auteurs modernes, il peut se faire que l'adoption de cette date ait été le résultat d'une confusion de personnages. Segenfredus, nom donné a notre évêque dans les titres du temps, diffère peu de Regenfredus, qui est celui que portait un évêque de Chartres encore vivant en 960. Quelque charte de ladite année où ligure ce nom , avec la simple qualification tfepiscopus , est très-capable d'avoir occasionné une méprise. Dom Denys Briant , dans le Cenomania , et quelques auteurs à sa suite, Cauvin entre autres {Géographie ancienne du diocèse du Mans , Instrumenta, p. lxx , texte, p. 26 ), ont commis une erreur semblable à la suite d'une confusion de ce genre. Le premier cite une charte du Cartulaire du Mont-Saint-Michel ( Car ta Yvonis, Cabinet des chartes, G. 17. — Cartulaire du Mont-Saint-Michel, fol. 157), qui est une donation faite à l'abbaye, par Yves , de terres situées dans le Maine sur la frontière de l'Avranchin. Elle est sans date, et nos écrivains ( Catwin , lac. cit.) la rapportent tantôt à 994, tantôt à 997. L'embarras Ment de <c qu'ils oui voulu \<»ir dan? un des signataires , Sigeûfredus
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éloigné (1). Pour se ménager l'aide de ce puissant auxiliaire, Sigefroy ne craignit pas de recourir à «les offres entachées de simonie; il s'engagea à lui céder la cour ou le manoir que les évoques du Mans possédaient depuis longtemps à Coulaines, et qui était estimé à une somme très-considérable à cette époque , plus de mille livres de dénie» (2) ;
episcopus , notre évêque Sigefroy. Mais comme on y trouve en même temps Tindication que la charte fut donnée sous le règne de Robert (régnante Roberto rege ), c'est-à-dire après 996, et que la mort du prélat manceau eut lieu en 995 , il était difficile de concilier ces données positives. Il est donc très-probable que le Sigenfredus du titre n'est autre que l'évêque de Séez de ce nom , qui tint effectivement l'épiscopat du vivant du roi Robert, et qui ne figure dans l'acte que comme parent (oncle) du donateur. 11 n'est pas probable non plus que ce dernier soit Yves de Bellême , frère de notre évêque , comme l'ont écrit plusieurs auteurs. — La charte de Mainard consignée au Livre Blanc est un monument digne de foi. Antérieurement à l'année où elle fut délivrée, c'est-à-dire à 968 ou 969 , on ne trouve pas en effet un seul titre daté où figure le nom de Sigefroy, évêque du Mans. — Quant à l'intervention d'un comte d'Anjou dans la nomination de ce prélat, ne serait-ce pas une invention de l'historien? L'avènement au siège du Mans d'un personnage aussi mal famé que Sigefroy, devait-il avoir lieu de la même manière et aussi régulièrement que celui de ses prédécesseurs? En le mettant sur le compte d'un pouvoir étranger, on écartait le fait d'élection dans la localité. Seulement l'auteur, incertain de la date précise de la nomination, ou peu versé dans la chronologie des comtes d'Anjou, a mal choisi son homme , et les compilateurs y ont peu fait attention.
(t) Gesta Segenfredi Cenomanensis episcopi,a.y>\id D.Mabillon, Yetera analecta , t. III, p. 297. — D. Bouquet , t. X, p. 384.
(2) Nam antequam esset ordinatus episcopus , cœpit et ipse destructor esse Ecclesioe. Nam curiam antecessorum episcoporum , quam Colonias vocant, fiscalinorum admodum plenam, mille libris denariorum et plus valentem, et villam, quam Disiacum nominant... dédit Fulconi, Andegavorum comiti... Vetera analecta, t. III , p. 297. — Au pouvoir actuel de l'argent, cette somme équivaut à 563,200 fr. de notre monnaie. Nous nous bornons ici et dans la suite de ce travail , à tirer, sans discussion , les conséquences des remarquables mémoires de M. Leber, publiés sous le titre de : Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge.— Pour les époques antérieures à celles étudiées par ce savant , nos appréciations sont tirées des principes posés par M. Guérard dans ses Prolégomènes sur le Polyptyque de l'abbé Irminon , p. 146, 147, 158, et du Càrtulaire de Saint-Pcre de Chartres, p. 1 8 o . — Lorsque la monnaie
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il y joignit le domaine de Dissay-sous-Courcillon , sur le Loir, Tune des plus belles et des plus anciennes propriétés de notre Église. Le comte d'Anjou , dont tous les historiens louent cependant la piété et les autres grandes qualités (1), se laissa gagner par les promesses de Sigefroy. Ce fut donc par cette indigne et coupable manœuvre que le fils du seigneur de Bellême fut élevé sur la chaire de saint Julien.
Le comte du Maine Hugues Ier, fils de David , ne vit pas avec plaisir l'intervention d'un puissant voisin dans les affaires de sa province, et la maison de Bellême s'allier au comte d'Anjou. Toutefois , malgré le mécontentement du comte Hugues, malgré même les nombreuses ordonnances du Siège Apostolique et des conciles contre les élections simoniaques , le protégé du roiLothaire et du comte d'Anjou fut sacré évêque du Mans et installé clans son siège. Joseph II (2), archevêque de Tours, et les autres prélats de la province ne semblent pas avoir élevé la moindre réclamation contre cet indigne trafic des dignités de l'Église.
Une fois en possession de son évêché , Sigefroy ne tarda pas à manifester sa cupidité et la dépravation de son cœur. Au Jieu de continuer l'œuvre de restauration entreprise par son prédécesseur , il détruisit tout ce que Mainard avait fondé ou rétabli. La paix ne pouvait subsister longtemps
dont parlent nos chartes n'est point spécifiée , il faut la regarder comme monnaie du Maine ; or, la livre du Maine valait le double de la livre tournois. Bilard , Analyse des documents historiques conservés dans les archives du département de la Sarthe, nos 736, 739. — Suivant les principes posés par M. Esménard du Mazet (Nouveaux principes d'Économie politique, Paris, 1849, p. 186 et suiv.), la valeur relative des monnaies au pouvoir de l'argent a été double de ce que portent les conclusions de M. Leber.
(1) Chronicon Andegavense. — Gesta consulum Andegav. , apud Labbe, Bibliot. manusc, t. I, p. 285. — D. d'Achery, Spicilegium, t. X. — D. Bouquet, t. VIII, p. 252; t. IX, p. 3t et passim. — Roger, Histoire d'Anjou. — L 'Art de vérifier les dates. — Godard-Faultrier, V Anjou et ses monuments , 1. 1, p. 335. — Bodin, Recherches historiques sur l'Anjou, t. I, p. 145. et suiv., édit. 1847.
(2) Chronicon Turonense ahreviatum, ad an. 952. — Des catalogues modernes placent Frolère à cette époque sur le siège de Tours.
entre un évoque spoliateur de l'Église, aux manières arrogante?, au langage hautain et insolent, et le comte Hugues, que tous les monuments s'accordent à représenter comme un insigne bienfaiteur du sanctuaire. .Maigri- s<m humenr entreprenante et superbe, Sigefroy ne tarda pas à reconnaître qu'il ne pouvait se maintenir en face d'un adversaire aussi puissant que le comte du Maine. Mais au lieu de profiter de cette connaissance et de faire sa paix avec le comte, comme le lui conseillait la prudence la plus vulgaire , il n'en devint que plus téméraire, et chercha tous les moyens d'allumer une guerre considérable contre son ennemi.
Après plusieurs marques réciproques d'hostilité, l'évêque sortit de sa ville pour chercher des alliés auxquels il pût inspirer la fureur qui le dévorait. Il ne se dirigea pas vers l'Anjou , où cependant il avait trouvé d'abord un protecteur; Foulques le Bon était probablement déjà descendu clans la tombe (1); peut-être aussi les inclinations pacifiques de ce prince ne laissaient pas à notre prélat l'espoir de trouver en lui un allié propre à seconder son ressentiment. Sigefroy implora le secours de Bouchard Ratepilate, comte de Vendôme (2) , et de la même famille que le comte d'Anjou (3). Bouchard devait être naturellement porté à soutenir un protégé de son parent le comte d'Anjou; il pouvait d'ailleurs être poussé par sa propre ambition à s'immiscer clans ces démêlés qui lui ouvraient une nouvelle voie pour étendre son influence dans le diocèse du Mans. Cependant, voyant la position embarrassée du prélat, il ne montra aucun empressement pour le secourir.
(1) Suivant les Gesta consulum Andegavensium le comte Foulques le Bon mourut le 11 novembre de Tan 958, à Tours, dans l'église même de Saint-Martin, où il fut enterré. Dom Bouquet, t. IX, p. 31. — Y' Art de vérifier les dates, t. Xllf, p. 44.
(2) De Pétigny, Histoire archéologique du Fendomois, p. 151.
(3) Selon Y Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 44, et t. XII, p. 482, Bouchard le Vénérable ou le Vieux était fils de Foulques le Bon ; M. de Pétigny donne une autre généalogie, mais le fait de la parenté entre le comte d'Anjou et celui de Vendôme reste constant.
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Sigefroy demeura longtemps dans les propriétés que l'Église du Mans possédait sur les bords du Loir, comme Pavaient fait plusieurs de ses prédécesseurs lorsqu'ils avaient été expulsés de leur ville épiscopale; il fit également un assez long séjour à la cour du comte de Vendôme , sollicitant le secours qui lui avait été promis. Mais Bouchard , en politique rusé, différait d'exécuter sa promesse, bien sûr de faire payer plus chèrement son aide. En effet, pour achever de vaincre toutes les difficultés, Sigefroy se montra libéral aux dépens de son Église. Il offrit au comte de Vendôme les relevations de soixante-quatre autels, les synodes et les visites de ces mêmes églises , c'est-à-dire les droits ou redevances que l'évêque percevait à chaque collation d'une église à un bénéficier nouveau , à chaque synode qu'il célébrait et dans le cours des visites qu'il faisait par lui-même ou par ses archidiacres. Ces revenus étaient considérables et annuels. Par leur nature , ils devaient rester entre des mains ecclésiastiques; mais dans ces siècles tout s'inféodait, les offices domestiques et ecclésiastiques, les églises, les autels, les cimetières. Plusieurs siècles devaient s'écouler avant que ces biens sortissent des mains des particuliers pour demeurer, selon leur destination primitive, des revenus purement ecclésiastiques (1). Ces offres de Sigefroy ne suffirent pas cependant aux exigences de Bouchard, et notre prélat, impatient de sa position de plus en plus critique, ajouta de beaux domaines dépendants aussi de son Église : Celle (2), Lavenay (3), Poncé (A), Artins (5) , le bourg de Ruillé-sur-Loir (6) et plusieurs autres terres situées sur les bords du Loir ou de la Brave. On croit qu'elles comprenaient une grande partie de la vallée du Loir et de la forêt de Gastines , depuis les Hoches-l'Évêque (7) jusqu'à la Chartre (8). Ce territoire avait été longtemps sauvage et inculte, comme toutes les
(1) (îuérartl, Cartulaire de Saint-Père de Chartres, 1. 1, p. 15.
Cledœ. — (3) Alnetœ et Alneteœ. — (4) Pontiacum. — (5) Àrtinci. — (6) Huiïliacus, vicus. — (7) Rttpiacus. --- (8) Carder
anciennes marches ou frontières; nos premiers apôtres \ portèrent la lumière de l'Évangile, comme nous l'avons raconté en son temps; lorsque la paix fut donnée à l'Eglise et que le nouveau culte fut doté par les empereurs avec les biens des cités ou ceux des temples idolàtriques, l'Église du Mans reçut de larges concessions de terrains sur cette limite de la province; ce fut ainsi que les évoques du Mans y introduisirent la civilisation en même temps que la culture des terres. Jusque alors les successeurs de saint Julien avaient conservé avec soin ces domaines de leur Église. Tout le pays leur appartenait , à l'exception de la vieille forteresse celtique de Trôo, qui était restée au pouvoir des rois et des comtes (1). Bouchard accepta des offres si avantageuses et arma ses vassaux pour forcer le comte du Maine à replacer Sigefroy sur son siège et à faire droit à toutes les prétentions du prélat. Cette guerre n'amena de résultat décisif pour aucun parti ; et elle dut annoncer à Sigefroy une issue défavorable à ses intérêts. Il demanda en conséquence à faire la paix; Hugues y consentit, mais dicta les conditions du traité, qui étaient toutes désavantageuses à l'évêque. La position de celui-ci ne lui permettait pas de les refuser; quant à Bouchard, il resta possesseur de toute la contrée qui lui avait été cédée pour prix de son intervention. De cette époque date l'annexion au comté de Vendôme , de la portion du Maine qui fut connue depuis sous le nom de Bas-Vendomois (2). Sigefroy rentra au Mans, profondément humilié, mais conservant au fond de l'âme les mêmes penchants , irrités encore par le désir de la vengeance (3).
L'Église du Mans venait d'essuyer une perte considérable dans son patrimoine , par suite de la malheureuse ambition de son évêque ; mais les scandales que le prélat étala à la face de son diocèse lui furent encore plus préjudiciables. Sigefroy était déjà d'un âge avancé; toutefois, accoutumé
(1) Troo. — Vkl. de Pétigny, Histoire archéologique du Vcndotnois, p. 152.— (2) De Pétigny, loc. cit.— (3) Fêtera analecta, t. III, p. 297.
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à vivre sous le harnais, il avait contracté les mœurs d'un soldat , et s'abandonnait sans retenue aux passions les plus indignes de son caractère. Il mit le comble à tous ses crimes en épousant publiquement une femme nommée Hildeburge, dont il eut plusieurs enfants. Tous moururent en bas âge, à l'exception d'un fils nommé Albéric. Lorsqu'il fut grand, son père lui composa un apanage de plusieurs terres enlevées sur l'Église. Entre les rapines qu'il commit à cette occasion , il confisqua sur les chanoines qui desservaient l'abbaye de Saint- Vincent deux domaines que saint Domnole avait affectés à la dotation de ce monastère, Sarcé (1) , près de Mayet, et Goulongé (2), dans la même contrée. Pour assurer à son fils la possession de ces terres et enlever aux chanoines tout espoir de les recouvrer, il fabriqua un faux acte, par lequel il était censé les avoir achetées pour la somme de dix-huit livres de deniers (3).
Sarcé et Goulongé étaient les principales sources de revenus de l'abbaye de Saint- Vincent, qui avait été déjà ruinée à diverses reprises (4). Après cette spoliation, les douze chanoines qui l'habitaient, réduits à la dernière misère, se retirèrent bientôt pour aller chercher autre part les moyens de subsister. Un seul prêtre resta pour célébrer le saint sacrifice dans la basilique abandonnée. Sigefroy et son fils enlevèrent aussi au chapitre le domaine de la Mue (5), à la Chapelle-Saint- Aubin , et l'église même de ce lieu, qui avait cessé d'être desservie par des religieuses et était devenue paroissiale (6).
Les scandales donnés par l'évêque Sigefroy n'étaient pas à cette époque un malheur particulier à l'Église du Mans :
(1) Sarciacus, villa. — (2) Colongiacus, villa.
(3) Soit 10,138 fr. de notre monnaie.
(4) Vid. Diplôme de Charles le Chauve en faveur de Saint-Vincent, en 873. — Dom Martène, Amplissima collectio, t. I, col. 197. — Dom Bouquet, t. VIII, p. 643
(5) Mantula villula.
(8) Ecclesia sancti Albini. — Vid. D. Mahillon, Vêlera analecta, l III, p. 298.
un grand nombre de diocèses gémissaient de voir à leur tête des prélats ouvertement simoniaques et de mœurs corrompues. La discipline du célibat sembla à tous ces seigneurs revêtus du caractère épiscopal un joug trop pesant; et comme la puissance de leurs familles et leurs mœurs grossières les accoutumaient à ne rien respecter et à ne rien craindre , ils la violèrent avec effronterie. Un écrivain presque contemporain fait observer cependant que la race normande , à laquelle appartenait le prélat qui souillait alors la chaire de saint Julien, se montra plus rebelle encore que les autres aux saintes lois de la chasteté cléricale (1). Cette plaie honteuse du concubinage semblait devoir envahir toute l'Église ; en effet, la plupart des prêtres suivaient les exemples de leurs prélats. Heureusement les monastères tenaient en réserve une légion d'âmes élevées et d'esprits vigoureux qui s'opposèrent aux progrès du mal par le double ascendant de la science et de la vertu (2). Le clergé séculier se trouvait donc ainsi enchaîné au monde par des liens divers, et l'Église paralysée, rabaissée au-dessous des intérêts temporels par ses propres ministres, à l'époque même où il lui fallait, pour combattre la barbarie du temps, les ressorts spirituels les plus actifs. Enfin saint Grégoire Vil, sorti du cloitre de Cluny, pour relever la liberté de l'Église, rétablit l'ancienne discipline par un coup décisif. En 1074, il fulmina l'excommunication tant contre les prêtres mariés que contre les laïques qui se confesseraient à eux ou entendraient leur messe (3). Ce fut par la fermeté et le dévouement de ce grand pape , et
(1) Orderic Vital, Historia ecclesiastica, lib. V, p. 574.
(2) Vid. Baronius, Annales ecclesiastici, ad. an. 1059, num. 46. — On ne vit peut-être nulle part la loi du célibat ecclésiastique violée avec plus d'insolence qu'à Rennes , par une suite d'évêques qui s'emparèrent pour eux-mêmes et pour leurs enfants des biens des Églises et des monastères. Dom Morice , Preuves de Vhistoire de Bretagne , t. I, col. 353. — D. Bouquet, t. X, p. 384. — Pour la Normandie, D. Pommeray, Histoire des archevêques de Rouen, p. 267.
(3) Vid. les sages réflexions de Fréd. Walter, Manuel du droit ecclésiastique, § 207.
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par le concours heureux de Tordre monastique, que la société échappa au plus grand danger qu'elle pouvait courir , la dégradation définitive du clergé.
Grand nombre de pieux seigneurs firent, à cette éqoque, des fondations en laveur des monastères. Dès l'année 955 , Hugues, comte du Maine, avait signalé ses sentiments religieux en confirmant l'établissement du chapitre de Saint- Pierre-de-la-Gour (1). Plusieurs années après, vers 970, il lui donna la seigneurie de Sainte-Sabine (2) et de Marigné (3) , avec l'église , un four et un moulin , en outre le droit de posséder en toute franchise les vignes que les chanoines pourraient acquérir sur ses propres fiefs. Ayant rétabli l'abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul de la Couture , comme nous le rapporterons tout à l'heure , il fit de grandes libéralités à ce monastère et partagea ses dons entre les moines et les chanoines de ?a chapelle. Il confirma aussi , par une charte spéciale , toutes les libertés octroyées précédemment à ce chapitre (i). Grâce à une si haute protection, le chapitre de Saint-Pierre prit de rapides développements; il posséda de bonne heure les seigneuries de Sainte-Sabine et de Marigné, comme on l'a dit, et celles de Ruaudin (5), Cogners (6), Cormes (7), Saint-Léonard (8) , Parennes (9) et Tassillé (10). Ce chapitre aliéna dans la suite quelquesunes de ces seigneuries, comme Sainte-Sabine, Tassillé, Saint-Léonard.
Le comte Hugues fit reconstruire entièrement l'église collégiale. Elle fut de nouveau ravagée dans les guerres , sur la fin du xie siècle, et reconstruite peu de temps après. Malgré ces changements, on reconnaît encore aujourd'hui
(1) D. Briant, Cenomania. — L'Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 86. — Mémoires historiques sur le chapitre de Saint-Pierre-de-la-^ Cour, par M. Savare, manuscrit aux archives de la Sarthe, G. — 10.
(2) Snncta Sabina. — (3) Madrigneatum.
(4) Pièces justificatives, nos i, n et m.
(5) liuadenurn. — (6) Cognoderœ. — (7) Corma. — (8) Sanctus Leonardus. — (9) Parennœ. — (10) Tassilleium. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 6!U.
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dans les débris do cette église quelques parties <le l'édifice élevé par le comte Hugues. Ce prince voulut qu'elle fût dédiée sousle patronage de saiul Pierre et de saint Paul, et l'on y fit une solennelle translation des reliques de sainte Scholastique (1).
Mais la restauration la plus importante qu'entreprit le comte Hugues, fut celle de l'abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul, connue depuis cette époque sous le nom de La Couture. Les ravages des Normands l'avaient entièrement détruite, et le soc de la charrue se promenait en liberté à la place qu'elle avait occupée. Une partie de la basilique de saint Bertrand avait cependant échappé aux mains des démolisseurs et à l'action du temps; les Manceaux visitaient encore les débris de la crypte souterraine clans laquelle le saint fondateur avait été déposé après sa mort, et la fontaine miraculeuse qui en était voisine. Les grâces que le bienheureux évèque y répandait sur ses clients n'avaient pas permis à la tradition de s'eifacer. Le rétablissement d'un monastère aussi cher à la piété était devenu nécessaire, et le comte résolut de s'y employer.
Il appela à son aide l'abbé Gauzbert , l'un des hommes les plus influents de son temps. Gauzbert joignait à une éminente piété une illustre naissance : il était proche parent d'Eudes, comte de Champagne, de Chartres et de Blois, et d'Emma , comtesse d'Aquitaine et de Poitou. Il était même l'allié de notre comte Hugues, qui avait épousé Berthe, fille d'Eudes de Blois (2). Il n'est pas certain que Gauzbert ait été religieux deCluny, mais animé de l'esprit des saints Mayeul et Odilon de Cluny , Guillaume de Dijon,
(1) Pridie nonas novembres. Savare, Mémoires, Ms. — D. Briant , Cenomania. — Le Corvaisier, p. 327. — D. Bondonnet, p. 398. — D. Colomb, p. 113. — Gauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 169. — Idem, Statistique de l'arrondissement du Mans, p. 312. — Guillois, Vies des saints du Maine , t. II, p. 304. — Richelct, Le Mans ancien et moderne, p. 95. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. III, p. 199, 350.
(2) Le Corvaisier, p. 322.
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Richard de Verdun, et autres grands hommes qui consacrèrent , à la même époque, leur génie et leur dévouement à la restauration des monastères, il consuma sa vie tout entière dans les mêmes travaux. S'unissant à la pieuse comtesse Emma, il fonda, de concert avec elle, les abbayes de Maillezais et de Bourgueil. Il fut élu, vers l'an 987, abbé de Saint-Julien de Tours , et un peu plus tard , vers 1004, du monastère de Marmoutier. Il possédait encore l'abbaye de Saint-Ouen, près de Tours. Il gouvernait tous ces monastères simultanément, commettant le régime intérieur du cloitre à des hommes dignes de le seconder, et capables eux-mêmes de conduire de nombreuses communautés, comme Sicbard, qui fut élu abbé de Marmoutier après la mort de Gauzbert. Ce dernier jouissait de la plus haute estime auprès des princes de son temps; Guillaume, duc d'iVquitaine et comte de Poitiers, Emma sa mère, Odon, comte de Tours, le comte et la comtesse de Blois, le vénérable Bouchard de Vendôme, et d'autres, parlent de lui dans leurs diplômes, avec les termes les plus honorables. Si saint Abbon de Fleury sembla s'élever un moment contre Gauzbert, l'événement fit voir que l'éloquent abbé n'avait pas gardé assez de mesure dans la circonstance ; du reste les paroles mêmes d'Abbon sont une preuve nouvelle de l'autorité dont jouissait Gauzbert. Vers l'an 1000 , Gauzbert fit le voyage de Rome ; il y reçut un accueil favorable du pape Silvestre II, qui lui accorda des marques particulières de son estime et plusieurs faveurs pour ses monastères (1).
Sur la prière du comte Hugues, Gauzbert se rendit donc au Mans, vers l'an 990, pour rétablir l'abbaye de Saint- Pierre et Saint-Paul; il releva les édifices en ruines, en construisit de nouveaux et vint à bout , en peu de temps ,
(1) D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LI , num. 114 etpassim. — D. Martcnc, Histoire de Marmoutier , t. I, Ms. — Salmon, Recueil de chroniques de Touraine, t. LV1Ï, p. 228, 229. — D. Bouquet, t. X, p. 176, 180, 182, 231, 439 et passim. — Gnllia christiana, t. Il, col. 1364.
de recouvrer une partie des anciennes propriétés. Enfin jI installa dans ces nouveaux cloîtres des religieux qui liront l'édification de toute la contrée. Grand dans tout ce <{iul entreprenait, il lit élever une basilique et des bâtiments
qui portaient le cachet de son génie; *>n en reconnaît eut même de nos jours, de faibles traces. Hugue6 secooda de tout son pouvoir le saint abbé; il lit restituer une partie des anciennes propriétés du monastère. Lui-même donna les églises de Saint-Remy-du-Plain , Saint-Rigomer-dcs- Bois, Saint-Martinet Saint -Maurille-de-Yillaine, avec toutes leurs dépendances, et le droit d'usage dans la foret de Perseigne (1).
A une autre époque , Hugues donna en propriété commune aux moines de la Couture et aux chanoines de Saint- Pie rre-de-la-Gour des terres situées à Vadum Guitionis, Pratrum f erratum, Campus Guardlis, Glatigny (2), fief de la paroisse de Saint-Remy-du-Plain; enlin des moulins situés au Gué-Rernisson (3) , autre fief sur le territoire de Pontlieue. En retour de ces libéralités , Hugues demande seulement d'avoir part aux prières des religieux et des chanoines. Dans une autre circonstance , le comte donna encore aux moines de la Couture le domaine de Moulins (4) , ou du Carbonnet, terre seigneuriale située à Saint-Remy-du- Plain, qui porta dans la suite le titre de chàtellenie. Enfin Hugues joignit son influence aux efforts de l'abbé Gauzbert , pour amener les laïques qui retenaient encore
(1) Ego Hug*o...dedi et coneessî...prœdia nostra qme in terra Savonensi sunt sita , videlicet villam sancti Ri. g orner i de Piano cum colibertis et servis et omnibus rébus ad eam pertinentibus, et ecclesiain sancti Rigomeri de Sylva, et quidquid ad eam pertinet. Item ecclesiam sancti Martini. Item ecclesiam sancti Maurilii juxta sylvam. Item vicum et ecclesiam sancti Rémi gii de Villena... et de sylva nostra quœ appellatur Perseignia, dedimus... quidquid necessarium i'uerit usibus monachorum inibi degentium. Le Corvaisier, Histoire des évêques du Mans, p. 326. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans. p. lxvii, cl passim.
(2) Glatigneium. — (3) Vadum Bernittium.
(4) Molendina. — Cfr. Le Paiçre, Dictionnaire historique du Maine. i. II, p. 335.
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quelques-unes des propriétés du monastère, à les restituer. Leurs exhortations ne furent pas toujours favorablement écoutées; cependant Raoul, vicomte de Beaumont-le- Vicomte, rendit enfin, après de longues contestations , la terre deJoué-FAbbé (1) près Ballon. On croit que le comte Hugues donna ou fit rentrer au monastère les terres qui en composèrent le domaine féodal, c'est-à-dire les châtellenies de Joué-1'Abbé, Lavaré (2), Mareil (3), Moulins, Pezé, à Yvré-le-Polin(4),etVolnay (5); les seigneuries de Sainte- Croix (6) , les Mées (7), Pontlieue, Villaine-la-Carelle (8). Dans la suite , les moines de la Couture partagèrent avec l'abbaye de Champagne la seigneurie de Saint-Mars-du- Désert(9).
Ce fut à la suite de cette restauration que le monastère de la Couture prit le titre d'abbaye royale , et Henri II, roi d'Angleterre , dans un diplôme, affirme qu'elle a été fondée par ses ancêtres , c'est-à-dire ses prédécesseurs dans le comté du Maine (10). A cette époque aussi le monastère prit le nom de Saint-Pierre et Saint-Paul de la Culture de Dieu (II), dont l'usage a fait la Couture.
Le vénérable Gauzbert gouverna l'abbaye jusqu'au moment de sa mort, qui arriva le 27 septembre 1007 (12).
(1) Gaudiacus. — (2) Lavaricus. — (3) Mareillum. — (4) Paceium, Ebriacus. — (5) Voloniacus. — (6) Sancta Crux. — (7) Mausum , Messum. — (8) Villena.
(9) Sanctus Medardus. — Armoiries : Parti de France et d'Angleterre, au premier d'azur semé de fleurs de lis d'or ; au second de gueules à trois léopards d'or passant l'un sur l'autre; deux clefs en sautoir derrière l'écusson ; supports, deux licornes.
(10) Vid. Pièces justificatives, n° iv.
(M) Sanctus Petrus et sanctus Paulus de Cultura Dei.
(12) Post Ebrardum praefuit monasterio sancti Juliani (Turoneusis) Gauzbertus 1 , ejusdem cœnobii monacbus. Iste plures abbatias rexit , nliquantas a fundamentis construxit... hic tenuit abbatiam Majoris- Monasterii... hic fundavit monasterium sancti Pétri Burguliensis , sancti Pctri Malliacensis, sancti quoque Pétri Cenomanensis. — Brevis historia monasterii sancti Juliani Turonensis, apud D. Martène, Ampl. collecta t. V,col. 1077.— D Bouquet, t. XI, p. 117.— On peut voiries remarques nVs roritîmiateiirs de D. Bouquet, ibid., Préface, p. c.r.vi. — 1,'hisloiro
Sa mémoire resta en bénédiction dans nos contrées, mais surtout dans les monastères, où il avait fait fleurir l'observance , et ressuscité le zèle pour l'étude des lettres et «1rs arts. Ce fut donc sous son gouvernement qu'arriva la mort de l'évèque Sigefroy, dans le cloître menu; de la Couture. Ce fut aussi sous son administration que Létlialde trouva un asile dans le monastère qu'il a illustré par ses travaux littéraires (I).
Touché des besoins spirituels des habitants de la ville du Mans , le comte Hugues fonda une chapelle en l'honneur de saint André. Il la donna aux moines de la Couture, charges d'y accomplir certains services religieux. Cette chapelle ayant été augmentée dans la suite par le comte Hélie de la Flèche, fut érigée en paroisse sous le patronage de saint Benoît, titre qu'elle porte encore aujourd'hui (2).
Pour subvenir aux nécessités spirituelles et temporelles des cultivateurs, et en particulier des vignerons, Hugues fonda un hôpital et le dota de ses deniers. Assis sur le versant d'une colline entre le clos de Roxane et celui de Douce- Amie , cet édifice fut renversé à l'époque de la révolution communale du xie siècle. Il fut remplacé par un prieuré et une église connus sous le nom de Saint-Blaise-des-
que nous venons de citer, ibid., p. 118, rapporte la mort de l'abbé Gauzbert à Tan 1014 ; cependant D. Mabillon , suivi du plus grand nombre des historiens, la fixe à 1007.
(1) Compendium historien regalis abbatiœ sancti Pétri de Cultura Cenomannis, Ms., Biblioth. du Mans , n°91. — Nécrologe de l'abbaye de la Coulure, Ms., ibid., n° 241. — D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier, Ms., Biblioth. lmpér., résidu Saint-Germain, n° 9ô, 1. 1, fol. 269,271 etpassim. — D. Bouquet, t. X, p. 180, 182, 439 et passim.
— D. Mabillon , Annales 0. S. B., lib. L, num. 35 ; lib. LI, num. 11 , 48, 49,105, 114; lib. LU, num. 57, 102. — D. Morice, Preuves de l' 'histoire de Bretagne, t. I, col. 350 et passim.— D. Criant, Cenomania, Ms.
— Le Corvaisier, p. 325. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. lxxii, 187 et passim.
(2) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. il, p. 17S. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 58. — Idem, Statistique de l'arrondissement du Mans. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. I T I , p. 342. — Richelet, Le Mans ancien et moderne, p. 97.
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Vignes, dépendant de l'abbaye de la Pelice (1) , et qui fut réuni, vers le milieu du xvme siècle, au séminaire de Saint-Charles (2).
Hugues consentit une indemnité pour la fondation du prieuré de Notre-Dame d'Auvers-le-Hamon (3) , établi par Guy d'Avoise (4) , lequel lui assigna pour dotation , outre une partie des terres de son domaine , toute la seigneurie de cette paroisse, dès lors considérable, et les droits qui en dépendaient. 11 approuva aussi la donation que le fondateur en fit à l'abbaye de la Couture, avec l'acceptation de l'abbé Gauzbert et la ratification de Jean et Aimon, fils de Guy, en présence de l'évèque Sigefroy. La suite fera voir les accroissements de ce monastère , qui était vers ]e milieu du xie siècle l'un des prieurés les plus importants de la province (5).
Par suite de ce mouvement favorable à la vie monastique, on vit aussi les ruines de l'abbaye de Notre-Dame d'Evron se relever. Ce fut l'œuvre de Robert Ier, vicomte de Blois , second fils d'Eudes , comte de Blois , proche parent de notre comte Hugues et de l'abbé Gauzbert luimême, comme nous l'avons dit. Quoique les recherches de l'érudition ne soient pas encore parvenues à lever l'obscurité qui couvre réversion du monastère d'Evron , il est certain que depuis un siècle environ il avait cessé d'être habité par des moines, et le sanctuaire privilégié de la sainte Vierge était resté désert (6).
(1) Ce prieuré dépendait de celui de Château-rHermitage , selon Le Corvaisier, p. 327.
(2) Le Corvaisier, loc. cit. — D. Bondonnet , p. 398. — D. Colomb , p. 113. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 219.
(3) Alversus. — (4) Avesa.
(5) D. Briant, Cenomania. — Le Corvaisier, p. 326. — D. Bondonnet, p. 398. — Le Paige, 1. 1 , p. 54. — Pesche , t. I , p. 61. — Il ne faut pas confondre la fondation du prieuré d'Auvers-le-Hamon avec la ratification faite en 1050 , ou environ , par l'un des descendants du fondateur. — Yid. Pièces justilicatives, n° v.
(6) M. G. de Lestang , Dissertation sur les incursions normandes dans le Mninr, p. 71-88.
20 HISTOIRE DE l'ÉdU&E J » r MANS.
En 981, Robert vint visiter Évroo ei la Champagne du
Maino (1), partie du riche apanage que lui avaient légué ses parents. Lorsqu'il apprit que ce domaine, sur lequel régnait maintenant la désolation , avait été autrefois la demeure des moines, et un temple vénéré de la Mère de Dieu, il versa des larmes et résolut sur-le-champ de relever ces ruines. Les travaux s'exécutèrent avec rapidité, et bientôt Robert demanda à Widbert, abbé de Saint-Père de Chartres, des religieux pour faire revivre à Évron l'observance de la discipline régulière. L'abbaye de Saint-Père, rétablie au temps de l'évêque Mainard, comme nous l'avons rapporté (2), jouissait alors d'une grande célébrité ; les exemples des religieux de ce monastère inspirèrent à plusieurs personnages des rangs les plus distingués de la société le dégoût du monde et l'amour de la solitude. L'abbé Widbert lui-même était l'un des prélats les plus éminents de son siècle pour la piété et le savoir. Pendant qu'il gouvernait l'abbaye de Saint-Père , Gauthier , comte de Dreux , et la comtesse Letgarde, veuve de Thibaut le Tricheur, témoignèrent le respect qu'ils portaient à ce sanctuaire, par les dons magnifiques qu'ils lui offrirent. D'autres seigneurs les imitèrent (3).
Le vicomte Robert pria l'abbé et les religieux de lui accorder une colonie pour desservir l'église d'Évron; il leur offrit l'abbaye comme une dépendance de leur monastère , soumise désormais à sa direction Malgré, les avantages de cette proposition , elle ne fut pas admise par les moines de Saint-Père. Peut-être ces religieux craignaientils, en diminuant leur nombre, d'alFaibiir l'observance. Mais le vicomte Robert n'abandonna pas son projet. Il iit
(1) Campania. Voir sur cette région de notre province Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 98.
(2) Histoire de l'Église du Mans , t. II , p. 529.
(3) Mabillon, Annales 0. S. B., lib. XLVI , n° 31 , 97. — Lib. XLIX, n° 2 et passim. — Gallia christiana, t. VIII, col. 1214. — Doyen, Histoire de Chartres, t. I , p. 53. — Guérard , Cartidaire de Saint- Père de Chartres, t. I , Prolégomènes et passim.
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intervenir le comte Eudes et plusieurs autres seigneurs bienfaiteurs de l'abbaye chartraine, et il obtint enfin l'objet de ses vœux. Pour assurer l'avenir de la nouvelle abbaye, Robert la soumit entièrement à la direction de celle de Chartres. Dans son diplôme , il veut que les prélats qui la gouverneront désormais , soient nommés par l'abbé de Saint-Père, et reçoivent la bénédiction abbatiale de sa main (l). La charte qui renferme ces conditions fut signée par Hugues Gapet , qui n'était encore que duc des Francs, mais qui allait bientôt s'asseoir sur le trône ; par le comte Eudes, la comtesse Berthe, Hugues, archevêque de Bourges, et plusieurs autres personnages illustres. On n'y remarque pas l'évèque du Mans (2).
Lorsque les bâtiments nécessaires à l'habitation de la nouvelle communauté furent achevés, Gisbert, successeur de l'abbé Widbert , sur de nouvelles instances du \ icomte de Blois, confia à Thedbert, religieux d'une vertu consommée, la mission d'y introduire et gouverner une colonie de moines. Le vicomte Robert continua de s'intéresser activement à l'abbaye d'Évron; il lui fit restituer une partie de ses anciennes propriétés; lui-même remit la seigneurie d'Évron et un grand nombre d'héritages qu'il énumère dans une nouvelle charte datée de Paris , en l'année 988. Dans ce curieux monument, il commence par rappeler l'origine première du monastère , telle qu'il l'avait lue lui-même ,
(1) Quo abbate intra gremium placidae regionis rccepto, ipsius nihilorninus successorem , domnum videlicet et imitabilis vitac Gisbertum abbatem , supplex ac devotus supplicator expctii , ut unum ex suis monacbuni benedicendo in predicto oratoriolo abbatem substitueret...
(2) La charte du vicomte Robert a été publiée par M. Gérault, d'après le Cartulaire de l'abbaye d'Évron {Notice historique sur Évron, p. 127), et pat M. Guérard dans le Cartulaire de Saint-Père de Chartres, t. I, p. 77. On y remarque quelques variantes. Les deux éditeurs ne s'accordent pas sur la date de cette pièce; le premier la rapporte à l'an 987, le second à Tan 985. Selon D. Mabillon, elle serait de 981, Annales 0. S. B., lib. XL1X, n° 2 ; et ce sentiment est partagé par D. Rivet, Histoire littéraire de la France , t. VI , p. 407. — Dans le Gallia christiana, t. II , col. 37 , on la rapporte à Tannée 978.
(lit-il, dans les Gestes des évoques du Mans (1). Dans le dessein de consolider son œuvre , le pieux vicomte spécifie les liens de fraternité qui devaient exister entre L'abbaye d'Evron et celle de Saint-Père de Chartres, et qui ont effectivement toujours subsisté; il y établit aussi les droits de supériorité qu'il attribue à l'abbaye chartraine; mais ceuxci disparurent probablement, lorsque les évoques du Mans réclamèrent les privilèges du patronage en vertu de la fondation primitive. Au bas de cette charte on lit les noms du roi Hugues Gapet, d'Eudes, comte de Blois, de Robert, Thibaut et Eudes, ses fils ; de Hugues, vicomte de Châteaudun, de Ratière de Montigny, de Geoffroy de Saint-Aignan , de Gauthier de Tours, de Guildin de Saumur, de Fulbert des Roches, de Landry de Beaugency, de Rotroch le Normand et de Kamald (2).
Par une nécessité de l'époque , le vicomte Robert fit construire, dans l'intérieur même du monastère, un donjon fortifié, environné de fossés profonds (3). Les guerres incessantes de la féodalité forçaient les maisons même de la prière et du travail solitaire à revêtir les dehors des places de guerre. Dans un pèlerinage aux tombeaux des apôtres, Robert obtint du souverain pontife Jean XV (985- 999) une bulle qui confirmait l'abbaye d'Évron dans l'état où il l'avait rétablie (4). Un peu plus tard, Benoît VIÏI (J 012-1024) accorda une autre bulle contenant plusieurs privilèges et en particulier celui de l'exemption (5).
(1) Sicut in Gestis pontificum Cenomanicœ urbis legi audivimus... Reperitur enim in Gestis supradictorura pontificum quod... Ces témoignages sont précieux : ils prouvent que les Gestes des e'vêques du Mans étaient publics longtemps avant le xine siècle. Dès le ix«, les clercs de Paderborn les consultèrent.
(2) Gérault , Notice historique sur Évron, p. 8, 129. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. lxviii.
(3) Ce donjon fut renversé dans les guerres contre les Anglais , et ses fossés furent comblés entièrement en 1780 pour faire place à des jardins. Serveau , Additions à V histoire de Laval par Maucouit de Bourjoly.
(4) Gérault , ioc. cit.
(5) Biblioth. lmpér., Ms , Saint-Germain , n° 583, t. I.
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Aussitôt que les moines envoyés de Sa in t-Père-en- Vallée furent entrés en possession de l'abbaye d'Évron, ce sanctuaire reprit son ancienne célébrité par l'alfluence des pèlerins qui y venaient implorer les secours de la Mère de Dieu. De nombreux bienfaiteurs secondèrent les efforts des cénobites. En 994, à la prière de l'abbé Thedbert, le comte du Maine accorda le privilège d'établir un marché pour le jeudi de chaque semaine et une foire fixée au jour de la Nativité de la sainte Vierge. Ce privilège exempte le bourg de l'abbaye (1) et toutes ses dépendances des droits de coutume que levaient les officiers du comte, sur les autres marchés et foires. Ces concessions furent faites par l'intervention de l'évêque du Mans Sigefroy, du consentement de Raoul , vicomte de Beaumont, et de son fils nommé aussi Raoul.
Le pieux vicomte de Blois, en rétablissant le monastère , fit bâtir une basilique sur les ruines de celle qu'avait construite saint Hadouin. 11 l'enrichit d'un crucifix couvert de lames d'or du poids de deux livres huit onces , d'une statue de la sainte Vierge recouverte de lames d'argent et haute de quatre pieds quatre pouces; d'un reliquaire en vermeil et de plusieurs autres présents magnifiques. Ce seigneur mourut avant d'avoir terminé la construction de l'église , dans laquelle il fut inhumé avec les plus grands honneurs. Le 10 février de chaque année, on faisait commémoration de sa sépulture (2), et trois pauvres mangeaient au réfectoire.
Les enfants du vicomte Robert, héritiers de sa piété ainsi que de ses biens, continuèrent à protéger le monastère. Pour remplir la volonté de son père, le fils du fondateur, nommé aussi Robert, entreprit un pèlerinage à la chaire apostolique, et obtint de Benoît VIII le privilège dont on a parlé. Berthe , fille de Robert (3), épousa Guy Ier
(1) Villam ipsius cœnobii.
(2) 4 idus fcbr. Translatio corporis domni Roberti vicecomitis Blcsensis... — Il kal. febr. obitus Roberti vicecomitis Blesensis... Nécrologe de l'abbaye d'Évron, Ms. du commencement du xme siècle.
(8) Maucourt de Bourjoly, t. ï, fol. 62, se trompe en disant que Berthe était tille unique du vicomte Robert.
'1\ HISTOIRE DE l'ÉGLISI Dl MANS.
de Laval (I), et porta dans cette maison la seigneurie de la Champagne du Maine. Ces illustres «'poux tinrent à honneur de protéger l'abbaye de la Mère de Dieu ; ils lui donnèrent, entre autres présents, la terre de Sainte-Marie, à Saint -Jean- sur -Erve (2), et lirent ratifier leur don par Hugues Capet , toujours empressé de favoriser le clergé, pour appuyer la jeune autorité de sa race. Depuis ce temps les seigneurs de Laval furent considérés comme seconds fondateurs de l'abbaye d'Évron (3). Plusieurs se signalèrent en effet par leurs libéralités envers ce monastère, auquel la piété des Manceaux envers la Mère du Sauveur ne tarda pas à procurer une grande existence et de beaux privilèges. Il jouit bientôt de la baronnie d'Évron, avec basse et haute justice; de la seigneurie de Gesnes (4) et de la suzeraineté de Courceriers (5), châtellenie à laquelle était annexée la seigneurie de la paroisse. Le châtelain devait accompagner l'abbé d'Évron lorsqu'il se rendait au Mans pour recevoir la bénédiction de l'évêque ; dans le voyage, il devait faire tenir par un gentilhomme le frein et l'étrier, chaque fois que le prélat montai! à cheval ou en descendait. Le seigneur s'acquittait en personne de cet office, aux jours de la bénédiction et de la réception; et, ce dernier jour, il servait l'abbé à table. L'abbé payait toute la dépense du châtelain et lui abandonnait son propre cheval avec le harnais (6). Les seigneurs de Sablé et de Craon se reconnaissaient soumis à certains hommages féodaux envers l'abbé d'Évron; c'est ainsi que vers l'an 1145 Robert II de Sablé, au moment de partir pour la croisade , se reconnut vassal de Geoffroy Ier, et lui présenta à boire de ses propres
(1) Ce seigneur est nommé Guy, Hugues et Geoffroy dans divers litres. Peut-être portait-il ces trois noms.
(2) Sanctus Johannes super Ervam.
(3) Maucourt de Bourjoly, t. I, fol. 62, 92, 93 et passim.
(4) Gêna , Gesna, Gennœ. — (5) Curia Cœsaris.
(6) Choppin, de la Police ecclésiastique , traduct. franc., p. 63. — Gérault, Notice historique sur Évron , p. 234. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 624, 63b.
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mains et à genoux , en présence d'Emma sa mère et de son fds Geoffroy (1). En 1332, Amaury de Craon rendit les mêmes devoirs à l'abbé d'Évron. La suite fera paraître presque toutes les grandes familles de la province concourant à la dotation de l'abbaye. Il faut ajouter à celle des vicomtes de Blois, celles des seigneurs de Laval, de Beaumont-le- Vicomte, de Sablé , de Craon , de Mayenne, de Mathefélon, d'Anthenaise, de Montéclair, de Thorigné-en- Charnie , de Vaige , de la Chapelle-Rainsoin, de Launay- Cochin , qui se signalèrent par leurs largesses envers cette sainte maison (2). Parmi ces bienfaiteurs était un comte dont le tombeau se voyait dans le sanctuaire de l'abbaye , mais dont l'écu était sans armoiries. Au nombre des objets précieux qui enrichirent aussi le trésor d'Évron dès l'époque de la restauration de ce monastère , on signale un Codex contenant les quatre Évangiles, et écrit tout entier en lettres d'or. Il fut offert par Robert, peut-être le fondateur ou son fils, dont on voyait aussi le tombeau dans l'église abbatiale (3).
On ignore l'époque de la mort de l'abbé Thedbert. Aucun monument ne fait connaître d'une manière exacte les noms et l'ordre de ses premiers successeurs. On sait seulement qu'en l'année 1015 Durand occupait le siège abbatial. Pendant cet intervalle , l'évêque du Mans, Avesgaud, ratifia les dons faits à cette abbaye (4-), et l'église commencée par le vicomte Robert fut achevée. Il en subsiste encore une partie qui présente les caractères architectoniques de la fin du xe et du commencement du xi* siècle (5).
(1) Bibliolh. Impér., Ms. cité.
(2) Ibid.
(3) Ce manuscrit s'était conservé jusqu'au xvne siècle dans l'abbaye. On y lisait en tôle :
Quapropter sancte Rotbertus multa Maria?
MiiiKTii pr^sfiiUtt, libiuni devotus et istum.
(i) Gérault , loc. cit.
(I) Armoiries de l'abbaye d'Évron : D'azur à une vierge issante, tenant à dextre l'enfant Jésus, à senestre une fiole, le tout d'argent, coupé de gueulai à 1roi? pals de vair.
Au nombre des bienfaiteurs de l'abbaye d'Évroo, il faul signale* les seigneurs de Laval, et en particulier Guy 1er. Selon les traditions lavalloises, le père de Guy, nommé Yves II, fils de Bellaillé, qui avait épousé Havoise de Mathefélon , fit bâtir, avec le concours de sa femme , une église et un hospice dédiés à saint Julien, l'apôtre du Maine. Us le dotèrent richement de leurs revenus et firent approuver la fondation par l'évêque Sigefroy (I). Cet hospice était situé près de leur château et subsiste encore aujourd'hui.
Les vicomtes de Beaumont, dont il vient aussi d'être parlé , se signalèrent dans la suite par de nombreuses fondations. Dès le temps de Sigefroy, Raoul Ier jeta les fondements du prieuré de Saint-Hippolyte de Yivoin (2). En Tannée 994, il remit l'église à l'abbé de Marmoutier avec droit de bâtir un bourg, d'avoir une foire et la juridiction seigneuriale. L'abbé s'engagea, de son côté, à entretenir dans le monastère de Vivoin dix religieux et un prieur. Ce monastère jouissait de la seigneurie de Vivoin ; plusieurs fiefs lui étaient annexés; il présentait à quatre cures, et jouissait de la collation de plusieurs chapelles (3). Raoul Ier de Beaumont fut aussi l'un des bienfaiteurs des abbayes de Saint-Aubin d'Angers et de Saint-Florent de Saumur. Sa famille imita ses exemples , et se signala par de nombreuses fondations religieuses. Dieu récompensa cette maison généreuse par une grande prospérité; elle posséda bientôt dans le Maine , Beaumont-le-Vicomte , Fresnay-le - Vicomte , Sainte-Suzanne , Vivoin et une petite partie du Sonnois; et, dans l'Anjou, la Flèche, le Lude, Château- Gonthier et Pouancé. Une petite-fille de Raoul Ier monta sur
(1) Maucourt de Bourjoly, Histoire de Laval , t. I, fol. 61.
(2) Vivonium , Vivodium.
(3) Armoiries : D'or à un sainl Benoît, abbé, de carnation, vêtu de l'habit de son ordre, de sable , tenant en ses mains un livre ouvert, d'argent. — Le Paige , bictionnaire historique du Maine , t. I, p. 80; t. Il , p. 538. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe , t. VI , p. 576. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 212.
SIGEFROY. 27
le trône d'Ecosse , d'autres prirent alliance dans les familles royales d'Angleterre, de Naples et de France (4).
L'un des sanctuaires qui intéressaient le plus vivement la piété des Manceaux par les souvenirs qu'ils rappelaient , le prieuré de Saint-Victorius , nommé désormais Saint- Victeur, était demeuré dans l'état de ruines où l'avaient réduit les ravages du ixe siècle. Un seigneur dont on ne connaît pas le nom entreprit de le relever. Après avoir reconstruit l'église et les cloîtres , il le donna à l'abbaye du Mont-Saint-Michel , au diocèse d'Avranches. Les vertus des moines qui l'habitèrent leur attirèrent en peu de temps des dons considérables ; et jusqu'au xvme siècle cette église est restée l'un des principaux objets de la piété de nos pères (2).
La dévotion des Manceaux envers l'archange saint Michel, dont on avait vu autrefois tant de preuves , n'avait pas faibli au xe siècle. Raoul de Gorron (3) , chef de l'une des familles les plus puissantes du Maine, donna à l'abbaye du Mont-Saint-Michel l'église de Saint-Berthevin-de-la-Tannière (4) , plusieurs dépendances , et la chapelle de son château de la Tannière. Jourdain et Mainard Ier, abbés du Mont-Saint- Michel, augmentèrent successivement cet
(1) Ménage, Histoire de Sablé, t. I , p. 18, 19 et passim. — Le Paige , Dictionnaire historique du Maine, 1. 1 , p. 80. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. I, p. 131.
(2) Extrait du Cartulaire de Saint-Victeur, Ms., à la BibLioth. Imper, et à la Biblioth. du Mans. — D. Briant , Cenomania , Ms.
(3) Gorra, Gorran, Gorren , Gorram. Vid. Gauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 340.
(i) Sanctus Berthivinus, sanctus Berthivinus super Taneriam. — Taonaria , Toineria. — La Tannière , succursale de Saint-Berthevin , située près du bourg. Les territoires de Saint-Berthevin et de la Tannière composaient autrefois le ressort de l'église de Centrane, Centrannis ecclesia, qui appartenait d'abord à la maison de Laval. — D. Briant, Cenomania. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 258, 517. 11 faut cependant observer qu'une charte du Cartulaire Ms. du Mont-Saint- Michel, et qui est de la même époque que celle sur 'aquelle Cauvin s'appuie, parle de l'église de Saint-Berthevin. — Il ne reste plus aujourd'hui <pic des ruines du château de la Tannière.
établissement. Malgré les services rendus par les moines de Saint-Berthevin , ce prieuré leur fut ravi dans le cours du siècle suivant, et ils ne parvinrent à le relever qu'en l'année M28 , par la générosité de Guillaume de Gorron, l'un des descendants de Raoul. Vers ia même époque , Augustin de Juillé (I) fonda à Beaumont-le-Vicomte le prieuré de Saint-Aubin-du-Pont , et pour témoigner sa piété envers saint Martin , il le donna à l'abbaye de Marmoutier. Ce prieuré subsista jusqu'à la destruction des ordres religieux, à la fin du xvnie siècle; mais il était depuis longtemps réduit à l'état de prieuré simple , à la présentation de l'abbé de Marmoutier. La famille de Juillé était l'une des plus considérables du Maine au ixe siècle , et nous aurons à signaler ses libéralités envers Saint-Vincent (2).
Dans les dernières années de l'épiscopat de Sigefroy, et les premières d' A vesgaud , un seigneur nommé Yves fonda le prieuré de l'Abbayette (3), dans la paroisse de la Dorée (4), sur les confins de la Normandie et de la Bretagne. Un monastère avait existé autrefois au même lieu, et il avait été détruit vers le ixe siècle. Mainard TI , qui gouvernait alors l'illustre abbaye du Mont-Saint-Michel (5) , engagea Yves à restituer les propriétés de cet ancien cloître. Huit terres situées à la Dorée et dans le voisinage composèrent la dotation des religieux de Saint -Michel qui vinrent l'habiter (6). Dédiée sous le patronage du saint archange, ce
(11 Juliacus , Juleium , Jugleium, Jusleium, Juilleium.
(2) Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 56, 218, 357.
(3) Abbatiola. — (4) Deaurata, Doreta.
(5) D. Mabillon , Annales 0. S. B., lib. XLVI1 , num. 4 ; lib. L, num. 62. — Gallia christiana, t. XI, col. 514.
(6) In nominesancteet individue Trinitatis, etc.,ego Yvo notum facio... quod Mainardus abbas et fratres sancti Michaelis postulaverunt ut terram quam mei antecessores pro suarum salute animarum jam olim loco ejusdem sancti Michaelis donaverant; sed irruente Normannorum infestatione locus iste per multorum curricula annorum amiserat. Eidem loco et fratribus ibi Deo servientibus reddidi , cum consensu meorum parentorura duorum , scilicet sororum mearum Billehendis atque Eremburgis, nec non duorum avunculorum Seginfredi episcopi atque Guillelmi, atquc
SIGEFR0Y. 29
prieuré devint considérable en peu de temps. Il possédait deux annexes importantes, Saint-Michel-de-Montenay (1) et Saint-Victor-de-Lévaré (2). On ignore le nom du fondateur de la première; la seconde était due à la pieuse générosité de Geoffroy Riwalt, souche probable de la famille Des Vaux , l'une des plus puissantes du Bas -Maine (3). Le prieuré de l'A bbayette jouissait encore dans les derniers temps de son existence de revenus assez considérables , quoiqu'il en eût beaucoup perdu. Les deux autres prieurés qui étaient sous sa dépendance avaient cessé d'exister avant le xvine siècle ; seulement la cure de Lévaré était toujours à la présentation de l'abbé du Mont-Saint-Michel (4).
Les religieux de ce monastère exerçaient Ja plus salutaire action sut* le Bas-Maine : les abbayes de Saint-Calais, de la Couture, d'Évron, de Marmoutier , de Saint- Aubin, Saint-Serge, Saint -Laumer et Saint-Père -en -Vallée, faisaient aussi ressentir leur bienfaisante influence sur notre diocèse. C'était surtout par la fondation d'un grand nombre de petits prieurés que les moines étaient en état de combattre efficacement au sein des masses populaires le mal que faisaient alors les deux principales plaies auxquelles étaient en proie le clergé séculier , la simonie et le concubinage.
Ces services étaient appréciés généralement , et c'est ce qui procura l'établissement d'un nombre de ces petits monastères beaucoup plus grand que nous ne pouvons le dire, parce que les dates précises font défaut. Sigefroy luimême approuvait et provoquait même les fondations de cette nature, soit par un reste de sentiment chrétien, soit pour se conformer à l'esprit dominant de la société. Malgré
cognatorum Guillelmi elerici, Roberti , Sutsardi , rursusque Guillelmi laïci ; prcdictam terram , villas scilicet octo nuncupatas his vocabulis : villa Arunton (i. e. Ahbatiola) Cantapia, Valendrein...
(1) Sanctus Michael de Montaniaco.
(2) Sanctus Victor de Lavariaco.
(3) Gfr. Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p. 505 — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 479.
(4^ Extrait du Cartulairr cln Saint-Victeur.
30 histoire de l'église du uajîs.
ses longs démêlée avec l<; comte Hugues, il concourut à toutes Jes fondations de ce seigneur; d'où Ton peut conclure qu'un rapprochement avait eu lieu entre ces deux personnages. En 971, ils agirent de concert pour porter le chapitre du Mans à céder à l'abbaye de Saint-Julien de Tours la terre de Vauhuan (1) , près de Beaumont-la-Ghartre , moyennant une indemnité de trois livres (2) de rente annuelle, payable à la fête des saints Gervais et Protais (3).
(1) Cfr. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 536.
(2) Au pouvoir actuel de l'argent, cette somme équivaut à 1690 francs.
(3) Do?iatio Vallis Boane facta Turonensi monasterio sancti Juliani. In nomine SummiSalvatoris Dei, nos siquidem Sigefridus Cinomannice
urbis et Ecclesie sanctissime Dei genitricis et virginis Marie ac beatorum martirum Gervasii et Protasii gratia Dei episcopus , notum facere cupimus omnibus successoribus nostris, hujus scilicet nostre sedis episcopis, atque omnibus fidelibus , quoniam deprecatus est nos quidam nostri gregis levita valde venerabilis et archiclavis, Odo scilicet nomine, ut quibusdam fratribus nostris et preciosissimi martiris Juliani monacbis in monasterio ejusdem degentibus, quod est constructum a domno Teotolone Turonis civitatis archiepiscopo inter menia beatissimi Christi confessons Martini, et eandem civitatem, villam unam nuncupatam Vallem Boanam pertinentem ad thesaurum nostre matris Ecclesie , cui Deo auctore presidemus , cura omnibus rébus ad ipsam scilicet villam pertinentibus concederemus. Cujus petitionem cura consensu canonicorum nostrorum , et ortatu senioris nostri Hugonis prémisse scilicet civitatis nominatissimi comitis acfiliorum ejusdem, videlicet Hugonis et Fulconis, libentissime suscipientes, concessimus eis prefixam villam in Cenomannico pago sitam super rivulum nuncupantem Dimidiam in vicaria Veduciuse , cum omnibus suis appenditiis , silvis scilicet pratis , aquis aquarumve decursibus, terris cunctis cultis et incultis in quibuscumque adjaceant vel terminentur locis, sive ubi ubi exquiri potuerunt vel reclamari. luter hec omnia specialiter denominamus illud territorium quod vocatur ad Culturam sancti Gervasii , ut nullum lateat ad predictara villam proprie pertinere. Tali quidem ratione bec omnia ipsis preclari martiris Juliani servientibus tradimus, ut habeant licentiam quicquid ibi melius valucrint operandi, simili scilicet modo, ut habeant in cetera terra sancti Juliani quam possident ; solvant tanien exinde annis singulis, ad missam scilicet sanctorum martirum Gervasii et Prothasii , que colitur idibus decembris, censum solidorum trium et eis amplius nil rcquiratur, sed si et de ipso censu négligentes extiterint , id ipsum eis emendare liceat , et que tenuerint non ideo perdant. Ut autem hec auctoritas omni tenipoi e inconvulsa permaneat manibus propriis cam firmavimus , et confratribus
SIGEFROY. 31
Cependant Sigefroy n'apportait aucun changement à ses mœurs ;. il vit la vieillesse arriver sans arrêter le cours de ses débordements; mais la grâce le toucha dans ses derniers moments, et il donna de vifs témoignages de son repentir. Tl avait été saigné, pour remède d'une plaie occasionnée par un accident. La nuit suivante f il ne laissa pas de s'abandonner à ses débauches ordinaires ; la plaie s'envenima et offrit bientôt des symptômes mortels. Aussitôt qu'il fut instruit de la gravité de son état, le malheureux prélat se montra vivement touché de l'énormité de ses crimes , qu'il déplora avec larmes. Pour soulager les remords de sa conscience , il vint frapper aux portes de l'abbaye de Saint-Pierre de la Couture , demandant avec instance la grâce de passer les dernières heures de sa vie sous l'habit religieux. On lui accorda cette faveur; il put même prononcer des vœux et prendre un engagement dans la milice monastique. Mais cette profession ne devait pas lui conserver la vie du corps; il vécut peu de temps dans son nouvel état. Les moines de la Couture enterrèrent son corps dans l'église de l'abbaye. Son tombeau se voyait encore au xvir3 siècle, dans le mur de la nef, à gauche,
nostris subscribere rogavimus atque seniori nostro domno scilicet Hugone et filiis cjus nec non principibus fidelium ipsorum sub signo sanctœ crucis corroborare precati sumus.
Sigefredus episcopus. Signum f Dïïi Hugonis.
Signum Hugonis et Fulchonis fîliorum ejus.
Odo. Sign. Rodulfi vicecomitis.
IsaacGuitto. Sign. Yvonis.
Simeon Anscius. Sign. Gauzfredi Manselli.
Bernardusv.,cancellarius. Sign. Rothrici.
Ego frater Rotbertus monachus ejusdem congregationis jussu Sigcfredi episcopi et Odonis thesauraiïi nec non Bernardi cancellarii , ac pêne omnium canonicorum sive ortatu dornni Hugonis comitis S. Z.
Acta est haec manusfirma in Ginomannica civitate in mense februario anno )« in XVII Lotharii régis reg ni. — D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. XLY11 , n° 70. — T. III, Appendix , n° 61. - Ms. de Gaignièrcs, I* 170.
assez près de celui de l'évêque (iauziolène. Il n'offrait rien de remarquable sous le rapport de l'art (1).
Sigefroy avait gouverné le diocèse du Mans pendant trente-trois ans, onze mois et seize jours. 11 mourut en l'année 995, le 16 février, jour auquel le chapitre rappelait le souvenir de ce prélat dans son Nécrologe (2).
Pendant l'épisco pat de Sigefroy, Guillaume, seigneur de Sillé-le-Guillaume, ayant assassiné, dans la forêt de Milesse, qui s'étendait entre le bourg de ce nom et celui de la Chapelle-Saint-Aubin, le baron de Saint-Loup, seigneur de Milesse et de Tucé, ne put être relevé de l'excommunication lancée contre lui , qu'à la condition de faire bâtir une chapelle au lieu où il avait commis son crime , et de la doter pour l'entretien de l'édifice et d'un chapelain chargé de prier Dieu pour le repos de l'âme de sa victime. Le fils de Guillaume ajouta à cet établissement un hospice qui fut desservi par des religieux de Saint-Antoine. Cet hospice était sous le patronage de saint Christophe (3).
L'épiscopat de Sigefroy fut encore marqué par un événement important pour notre province. En l'année 979, Geoffroy Ier dit Grisegonelle b comte d'Anjou , marcha au secours du roi Lothaire, contre l'empereur Othon II , qui s'était avancé jusqu'à Montmorency, dont il faisait le siège, et même jusque sur les buttes de Montmartre, d'où il menaçait Paris. Geoffroy eut la part principale dans la
(1) Videns vero episcopus se ad occasum jam pertrahi, postulavit ad sanctum Petrum Culturae se monachura fieri , qui dura esset factus monachus, statim mortuus est... Gesta Segenfredi , apud D. Mabillon , Vetera analecta, t. III, p. 299. — Compendium historiée regalis abbatiœ sancti Pétri de Cultura.
(2) Martyrologium capituli Cenomanensis , fol. 28, v. Ms. de la Biblioth. du Mans, n° 2H. — Armes de Sigefroy : Echiqueté d'or et d'azur au franc-quartier d'hermines. — Ce sont les armes de la maison de Bellême.
(3) Le Corvaisier, Histoire des évêquesdu Mans, p. 329. — D. Colomb, Histoire des évêques du Mans, p. 114. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 321. — Cauvin, Statistique de V arrondissement du Mans , p. 206. — Pescbe , Dictionnaire dp In Sarthp. t. IV, p. 104.
SIGEFROY. 33
victoire que remportèrent les Français; il poursuivit l'empereur Othon jusqu'à la forêt des Ardeimes , et lui proposa, suivant les règles de la chevalerie, de vider la querelle par un duel. L'empereur refusa le défi, soit qu'il manquât de courage , soit qu'il crût au-dessous de sa dignité d'entrer en lice avec un comte d'Anjou. Lothaire , en récompense de ce service et d'autres que Geoffroy lui avait rendus , le gratifia, lui et ses successeurs dans le comté d'Anjou , de la charge de sénéchal de France ; et il est certain que les comtes d'Anjou ont exercé depuis les fonctions de sénéchal à la cour de nos rois (1). A ce privilège le monarque en ajouta un autre plus important encore par les ouvertures qu'il pouvait offrir aux entreprises futures de la maison d'Anjou. Dans une assemblée générale des évèques , des comtes et des barons , il lui assura tous les droits dont les rois de France avaient joui dans les évêchés du Mans et d'Angers (2). Plus tard ces concessions furent confirmées par les premiers princes de la dynastie capétienne , à laquelle les comtes d'Anjou s'attachèrent de bonne heure, et en particulier par le roi Robert (3).
(1) D'Achcry, Spicilegium, t. X, p. 441. — L'Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 45.
(2) Alemannis itaque fugatis , rex Rotbertus congregato generali concilio , consilio patris sui et episcoporum, comitum, baronum, dédit Gaufrido comiti, quicquid rex Lotharius in episcopatibus suis, Andegavensi scilicet et Cenomanensi, habuerat. Pertz , Monumenta Germaniœ historien; scriptores, t. III. — Patrologie, édit. Migne, t. CXXXVHI, col. 113,114. — D'après les renseignements que nous devons à l'obligeance de M. de Lestang,le passage que nous venons de transcrire, et qui est extrait du M s n° 3839. A. de l'ancien fonds Golbert, à la Biblioth. Impér., n'est qu'un fragment du fameux traité de Hugues de Gleers sur la Sénéchaussée de France, et par conséquent il n'a pas toute la valeur que nous lui avions attribuée d'abord d'après M. Pertz. Il est bien vrai que le Ms tout entier est du xc siècle, excepté la feuille 143, où se trouve L'inscription citée, et qui est de deux siècles postérieure au reste du volume.
(3) Hugo de Cleeriis, Commentarius de majoratu et Senescalcia Fronrirp, Andcgaveasium olim comitibus hœreditaria. — Baluze , Miscellanea, t IV. p. ',si. - nom Bouquet, t. XII, p. 493.
ni. 3
Malgré le silence très-regrettable des monuments contemporains sur la nature des prérogatives octroyées au
comte d'Anjou, les documents et les faits postérieurs permettent d'y voir quelques droits analogues à celui de la l'égale. Il est même probable que le comte Foulques le Bon, père de Geoffroy , avait déjà élevé quelques prétentions à cet égard , lorsqu'il intervint dans l'élection de l'évoque Sigefroy (1). L'histoire civile de notre province à cette époque est peu connue ; cependant on peut affirmer que dès lors et peut-être depuis longtemps déjà notre pays ne formait point un comté indépendant comme l'Anjou, la Normandie, la Bretagne et autres grandes provinces, mais il relevait plus ou moins directement soit de l'Anjou, soit de la Normandie.
ÉPISCOPAT D'AVESGAUD (995-1035).
Élection d'Avesgaud, de la maison de Bellême. — Qualités et défauts d'Avesgaud; sa passion pour la chasse. — Guerres du comte Hugues ; nouveaux progrès des Angevins. — Fondation de l'hôpital des Ardents et de l'infirmerie du chapitre. — La reine Berthe et ses fondations. — Restauration des abbayes de Saint- Vincent et de Tuffé. — État de l'abbaye de Saint-Calais. — Fondation du prieure de Solesmes. — Avesgaud présent à plusieurs assemblées d'évêques. •- Solennité des fêtes de saint Julien et des saints Gervais et Protais. — Léthalde. — Translation des reliques de saint Rigomer à Maillezais.
Après la mort de l'évêque Sigefroy, la famille de Bellême parvint encore à faire élever un de ses membres sur la chaire de saint Julien (2). Avesgaud (3), neveu du dernier prélat , et frère d'Yves Ier de Bellême , obtint , par le crédit de sa race , l'honneur de l'épiscopat, qui semble lui
(1) Vid. supra, p. 5.
(2) Gesta domni Avesgaudi , apud D. Mabillon , Vetera analecta , t. 111, p. 299. ~ D. Bouquet, Rerum gallic. et franc, scnptores , t. X, p. 385.
(3) Avesgaudus, Avisgaudus, Avisgault et Avegot.
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avoir été vivement disputé. Sa candidature, poussée avec une ardeur extrême, dévoilait de plus en plus les vues ambitieuses de son sang. Aussi, malgré les progrès toujours croissants de sa maison, le nouveau prélat ne pouvait se promettre que de courts intervalles de repos.
Telle était la triste condition de ces temps, où cent autorités rivales, indépendantes de tout pouvoir central , s'élevaient au détriment les unes des autres. Les inimitiés entre les familles puissantes prenaient ordinairement un caractère d'acharnement qui se transmettait de génération en génération, et se terminaient le plus souvent par un dénoûment tragique. [1 ne faut donc pas attribuer la rivalité qui régna entre les trois évêques du Mans, sortis de la maison deBellême , et les comtes du Maine, uniquement à l'antagonisme de ces deux familles. Dans d'autres provinces on trouve des exemples de pareilles luttes pour la même époque. C'était un temps de révolution et de bouleversement social, où les hauts feudataires cherchaient à établir leur omnipotence au mépris de toutes les lois promulguées par les princes carlovingiens. La puissance et les prérogatives concédées à l'autorité ecclésiastique devaient les gêner. Le clergé lutta courageusement pour conserver ses droits; et cette lutte dut être d'autant plus vive que le chef de l'Église était plus puissant. La parenté de nos trois évêques, leurs possessions patrimoniales dans le diocèse leur fournirent sans doute plus qu'à d'autres des moyens de résistance. Aussi ne rencontre- t-on nulle part de débat plus acharné. Il ne faut pas, d'ailleurs, oublier le caractère particulier que l'histoire attribue au sang qui coulait dans les veines des seigneurs de Belle me.
On ne tardera pas à voir une guerre ouverte se manifester entre l'évèque Avesgaud et le comte Hugues; mais les ennemis du prélat n'attendirent pas que la fortune l'eût mis aux mains avec son rival , pour chercher à lui nuire. La vie scandaleuse de l'oncle ouvrait la voie à toutes les calomnies, et le nouveau prélat fut souvent accusé de divers • •r'nnc- donl il étail . dit-on , entièrement innocent. Ses
36 histoire le l'église di; mans
mœurs furent souvent attaquées par la calomnie ; elles n'offrirent cependant aucun sujet de reproche l'onde. A\esgaud fut , dit-on , l'honneur de la maison do Bellême. en laquelle la trahison , la cruauté et la débauche avaient été jusque alors héréditaires (1). Mais le prélat appartenait à une famille qui avait des rivaux de puissance ; il avait eu des compétiteurs, et il avait triomphé; conditions qui, dans tous les temps, ont armé la calomnie.
On s'accorde néanmoins à reprocher à cet évêque de s'être quelquefois laissé emporter à la colère et à la vengeance , et d'avoir donné trop de temps au plaisir de la chasse. La passion pour cet exercice était commune à presque tous les seigneurs du moyen âge; les membres du clergé eux-mêmes, malgré les défenses réitérées des papes et des conciles, y cédaient trop volontiers. Son ardeur pour cet exercice peu clérical attira à l' évêque Avesgaud des disgrâces fâcheuses. Un jour qu'il poursuivait un cerf avec trop de vivacité , il fut renversé de cheval , tomba sur le visage et s'écrasa le nez. Cette blessure occasionna un ulcère que l'art des médecins fut impuissant à guérir. Les contemporains eux-mêmes y reconnurent un châtiment du Ciel, qui punissait ce prélat de s'être livré à un plaisir que son caractère lui interdisait.
Les défauts d'Avesgaud furent rachetés par des qualités vraiment clignes d'un évêque. Il se montrait plein de bonté envers tout le monde ; on vante aussi sa libéralité pour les pauvres et les églises. La suite fera voir en lui un prélat zélé pour la dignité du culte divin, et protecteur éclairé des lettres ; mérite très-appréciable dans un siècle où il fut le partage d'un bien petit nombre d'ecclésiastiques séculiers.
Avesgaud put se livrer en paix à ces goûts pendant les vingt premières années de son épiscopat ; mais la seconde
Cl) La note de cruauté et de débauche infligée à la maison de Bellême repose surtout sur le témoignage d'Orderic Vital, qui paraît avoir conçu une haine particulière contre cette famille. Les autres historiens lui reprochent, il est vrai, beaucoup de crimes, mais ne portent pas leurs accusations aussi loin.
AVESGAUD. 37
partie de sa carrière épiscopale ne lut qu'une suite de troubles et de calamités. Au milieu des catastrophes et des revers qui l'accablèrent, le prélat ne démentit pas un moment son caractère; toujours ferme, toujours inflexible, il refusa de se courber devant l'infortune.
La paix dont furent favorisées ses premières années était l'œuvre du gouvernement du comte Hugues Ier, dont on a pu déjà apprécier les hautes qualités. Comme la plupart des seigneurs de son temps, Hugues vécut presque toujours les armes à la main ; le Maine fut même plus d'une fois le théâtre de ses exploits. Du temps de l'évèque Sigefroy, et probablement dans les premières années de son épiscopat, Hugues enleva à Yves Ier de Belleme une partie du Sonnois, qui était enclavée dans le Maine. Ce fut peut-être cet agrandissement qui attira contre lui les armes de Foulques Nerra , comte d'Anjou.
D'ailleurs , les Angevins nourrissaient depuis longtemps des vues d'ambition sur le Maine. Le pacifique Foulques le Bon lui-même était parvenu à paralyser l'autorité de nos comtes. Foulques Nerra , beaucoup plus entreprenant, poursuivit avec une nouvelle ardeur les projets héréditaires de sa race. Il fut un vrai héros de ces temps de guerres continuelles , un des types les plus remarquables des farouches barons du moyen âge : hardi, ambitieux, cruel, dissimulé, il alliait à des passions brutales une sorte de piété superstitieuse, et il bâtissait des monastères en jurant par « les âmes de Dieu. » Ce puissant voisin trouvant le Maine à sa bienséance, et redoutant peutêtre que les Normands ne s'en rendissent les maîtres, entreprit d'envahir notre province. « Il subjugua par violence le comte Hugues, » dit Orderic Vital ; ce qui peut signifier qu'il le contraignit au moins à lui rendre hommage et à se reconnaître pour son vassal (I). Ce fut peut-être alors que le comte d'Anjou fit confirmer par le roi les droits qu'il prétendait sur le Maine.
(1) Voir aussi Labbc, Bib/iotheca manuscriptorum , t, II, p. 235.
Aune époque postérieure, l<- comte Hugues conduisit ses milices au secours du duc de Champagne ef de Blois, Eudes II, dont il était Faille, ainsi que nous l'avons rapporté. Le comte de Blois était en guerre avec Richard II,
duc de Normandie. Les troupes du Champenois ayant éprouvé un échec considérable, en l'année 1006, de\anf le château de Tillières (I), Hugues lut obligé de se céfugier dans une étable de moutons, d'où il regagna le Mans avec beaucoup de peine , et déguisé en berger (2). Telle était la vie de l'un des seigneurs les plus pacifiques de eette époque. Les guerres privées entre barons moins puissants que ces grands feudataires, continuaient de leur côté à désoler nos provinces.
Des épidémies ne cessaient en même temps de ravager le Maine. Heureusement la foi énergique répandue dans toutes les classes de la société aidait à supporter tant de calamités. Elle inspira, sous l'épiscopat d'Avesgaud , la fondation de trois établissements charitables destinés à acquérir dans la suite une assez grande importance. Le premier fut l'hôpital des Ardents. 11 était situé près de l'église cathédrale, à l'entrée de la Grande-Rue. Il fut bâti sur les ruines d'une chapelle élevée au ve siècle , en souvenir du miracle par lequel saint Victorius 1er délivra la ville d'un incendie qui menaçait de la dévorer tout entière (3).
Cet hospice fut établi en faveur des personnes atteintes d'un mal contagieux qui faisait alors les plus terribles ravages. Il était connu sous les noms de feu sacré , feu des Ardents, feu Saint -Antoine, et mal de la Vierge Marie (4), parce qu'un grand nombre de malades furent
(1) Tegulense castrum.
(2) Willelmus Gemeticensis , Historia Normannorum , apud D. Bouquet, t. X , p. 187. — Chroniques de Saint- Denis , ibidem , p. 308 et passim. — La tlaîe certaine de cet événement prouve combien est peu exacte l'histoire racontée par Le Corvaisier , p. 324 , et dans quelles erreurs grossières se jettent les écrivains qui le copient sans examen et sans critique.
(3) Histoire de l'Église du Mans. t. 1 , p. 98. ['*) Içnis Sacer. — Morbus Beat?r Maris.
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guéris par l'intercession de saint Antoine ou de la Mère de Dieu. Ce mal offrait des accidents variés; mais il avait toujours pour effet de consumer les viscères, et de gangrener les extrémités avec des douleurs insupportables. On commence à le signaler en 945, puis très-fréquemment dans le siècle suivant; il reparait ensuite à diverses reprises jusqu'en 1374, époque à laquelle il désola notre pays; mais ce fut pour la dernière l'ois. Les habitants de Vienne, en Dauphiné, recoururent avec tant de succès à Tintercession de saint Antoine, que les églises dédiées à ce puissant thaumaturge se multiplièrent depuis lors, ainsi que les images , où il était représenté le feu à la main. Un hôpital destiné au soulagement de ceux qui étaient atteints de ce mal fut bâti à Vienne, sous le titre de Saint-Antoine; et delà prirent naissance les religieux de ce nom qui se répandirent promptement en France et dans les états voisins , avec la mission de servir les malades atteints du feu sacré.
On construisit dans plusieurs villes des hospices qui portaient le nom des Ardents (1). Celui qui fut établi au Mans , par les soins de Févèque Avesgaud , doit se rapporter probablement aux premières années de son épiscopat, car ce fut alors que ce mal fit dans toute l'étendue de la France ses plus terribles ravages (2). L'hospice fut confié aux religieux de Saint-Antoine, qui avaient été appelés au Mans presque dès leur origine, et s'étaient établis à Faumônerie de Saint-Christophe, située dans le bois de Milesse. Cette aumônerie, fondée sous Sigefroy , avait déjà été détruite par les guerres; ses revenus servirent à doter
(1) D. Bouquet, t. X , p. 20, 60, 147 et passim. - Labbe , Bibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 271. — Baronius, ad ann. 1089, nura. 16.
(2) Quicumque suorum veniam desiderat consequi delictorum, et post banc vitam domum penetrare et inhabitare supernam, pietatis opem , prout facultas suppctit, proximis egenis pro Dei amore exbibere studeat. Hoc vêtus Tcslamentum, hoc novum praecipit et bortatur... Livre Blanc. t\n 121.
l'hôpital. Les religieux qui le desservaient portaient l'habit du clergé séculier; pour les distingue!', Avesgaud leur ordonna d'attacher la figure d'un pied de biche sur le côté gauche de leur robe. Prescription singulière tout à lait dans le goût du moyen âge , et dont ils ne furent dispensés qu'en l'année 1424 (J).
Le chapitre contribua aussi à cette fondation; ce fut lui qui donna les deux maisons canoniales dans lesquelles fut établi l'hôpital. Le but des chanoines était de pourvoir par là au soulagement d'une autre classe de malheureux. Des aliénés venaient de toutes parts au Mans, invoquer le secours de saint Julien. Les chroniques font foi de la grande dévotion des peuples envers l'apôtre du Maine , comme protecteur et médecin de ces infortunés. Beaucoup d'entre eux ne subsistaient que des charités de l'Église ou des fidèles , et n'avaient d'autre asile que l'église cathédrale, où ils passaient même les nuits, suivant un usage presque général dans ce temps , et qui subsista au Mans jusqu'au xive siècle (2). L'hôpital des Ardents, en vertu de la fondation des chanoines, dut offrir une retraite à ces êtres disgraciés. Les chanoines furent dans la suite reconnus dans les droits et prérogatives de fondateurs.
Le chapitre reçut à son tour un don généreux de l'évêque Avesgaud. Ce prélat donna une maison située un peu au-dessous des remparts de la ville et au delà du manoir épiscopal , pour servir d'infirmerie aux chanoines , chapelains et autres personnes attachées au chapitre. Le pieux fondateur ne stipula aucun service particulier, ni aucune prérogative; il se contenta de se recommander lui et les
(1) Le Corvaisier, p. 355. — D. Bondonnet, p. 406. — D. Colomb, p. 116. — Cauvin, Recherches sur les établissements de charité, p. 50. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. TII, p. 542.
(2) Vid. Le Beuf , Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. I , p. 15. — Cet auteur rapporte une ordonnance du chapitre de Notre- Dame de Paris, de Tan 1248, qui atteste l'usage constant qu'avaient les malades de passer la nuit dans les églises. — Nous trouverons au Mans des traces du même usage encore subsistant un siècle plus lard.
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âmes de son père et de sa mère aux prières des chanoines (1). Depuis que la vie régulière avait disparu en partie de la cathédrale du Mans, un semblable établissement était devenu nécessaire. La vie commune donnait la facilité de subvenir aux besoins de tous les membres du chapitre; maintenant les uns étaient dans l'abondance, d'autres éprouvaient les rigueurs de l'indigence.
Un grand nombre d'établissements de cette nature furent fondés alors dans tous les cantons du diocèse. Les inspirations de la foi découvraient au chrétien dans les lépreux et dans les malades atteints du feu sacré des êtres dignes d'un respect religieux : aussi les consolations de la charité ne leur firent pas défaut. Nous nous réservons de parler de ces fondations dans une autre circonstance.
Pendant les premières années de l'épiscopat d'Avesgaud, une princesse dont les aventures tiennent une place notable dans les annales de l'Église et de la France, vint chercher une retraite dans le Maine, où elle signala sa présence par des dons charitables. On sait que le roi Robert avait épousé peu de temps avant de parvenir à la couronne, et malgré l'opposition de ses parents , Berthe , veuve d'Eude , comte de Tours et de Chartres. Ce mariage fut bénit par l'archevêque de Tours, Archambaud de Sully, qui fut frappé d'excommunication par le Saint-Siège pour cet acte anticanonique. En effet, Robert et Berthe étaient parents à un degré qui ne permettait pas leur union; de plus Robert avait tenu sur les fonts baptismaux un enfant de Berthe et de son premier mari , et il avait par là contracté avec elle une alliance spirituelle qui rendait son mariage illicite. Le pape Grégoire V lui ordonna de se séparer d'elle; et, sur son refus, il lança l'excommunication. Robert essaya quelque temps de lutter contre les foudres de l'Église; et le souverain pontife mit le royaume en interdit. Robert céda enfin aux remords de sa conscience, aux
(l) Le Corvaisier , p. 336. — Cauvin , Recherches sur les établissements de charité, n. 53.
murmures de ses sujets et aux reproches généreux que lui adressait saint Abbon, abbé deFleury. Berthe, obligée de se séparer de son royal époux, se retira quelque temps dans le Maine. Elle habita, dit la tradition, la paroisse de Montreuil-le-Chétif (1), où se voit encore un petit castel désigné parles habitants du lieu sous les noms de Château de la Reine, ou la Bertherie.
De ce manoir solitaire on vit un jour sortir la reine Berthe , montée sur une ane et s'en allant accomplir le vœu qu'elle avait fait d'employer en bonnes œuvres tout le terrain qu'elle pourrait parcourir sans descendre de sa monture, et sans lui donner aucun repos. Or, il arriva qu'elle parcourut ainsi une partie du territoire des parroissesde Montreuil-le-Chétif, de Ségrie (2), de saint Christophe-du-Jambet (3), de Moitron (4) et de Saint-Aubin-de- Locquenay (5). Épuisée de fatigue, elle s'arrêta enfin dans un lieu nommé depuis Plus que lasse.
A partir de cette époque , le terrain voué par la reine devint une propriété commune où chacun avait le droit de mener paître son troupeau, où le pauvre pouvait se créer une fortune, où tous avaient droit de demander à la terre ses trésors : car il était libre à tous d'y prendre les pierres pour construire leurs maisons, les bois de moindre valeur pour l'usage de leurs familles; souvent même le champ d'un individu , devenu par la culture sa propriété viagère , passait à sa mort à celui qui avait pu le premier y conduire sa charrue ou sa bête de somme, sans que les enfants du nouveau comme ceux du dernier propriétaire pussent invoquer le droit d'hérédité. Ces terrains sont connus dans le pays sous le nom de Grands et Petits- Berthons ou Berçons, et contiennent environ quinze cents arpents de terre, méprisables au premier aspect, pour celui qui voit de loin ces collines arides et ces landes couvertes
(1) Monasteriolum , Monterol , Monstrolium.
(2) Sidregus. — (3) Sanctus Christophorus de Jambeto. (4) Médium Ortum. — (5) Locanacus.
AVESGAUU. 43
de bruyères, mais riches assurément pour celui qui voudrait exploiter les carrières et les mines de fer qu'ils contiennent dans leur sein.
La reine ne borna pas là sa munificence ; en expiation de son union incestueuse, elle fit bâtir et dota les églises de Ségrie,de Saint-Christophe-du-Jambet, de Moitron et de Fresnay-le-Vicomte. Jusqu'aux troubles religieux de la fin du xvuie siècle, la reine Berthe fut recommandée aux prières publiques , à chacune des messes paroissiales célébrées en ces différentes églises, avec la qualité de fondatrice. Cet usage n'existe plus ; mais le nom de la reine Berthe et le souvenir de ses bienfaits vivent toujours dans le cœur du peuple , qui regrette de n'entendre plus prier pour sa bienfaitrice. Quant aux églises construites par la reine Berthe , elles furent rebâties à la fin du xnr3 siècle ; celle de Montreuil conserve cependant une tour carrée qui se rapporte à sa première construction ; celle de Fresnay-le-Vicomte est très-remarquable pour son architecture.
Cependant la princesse ne termina pas ses jours dans sa solitude du Maine; elle se retira dans un monastère près de Tours, pour y pleurer jusqu'à la mort sur les passions qui l'avaient rendue sourde à la voix de l'Église (I).
Le zèle que fit paraître la reine Berthe pour la fondation des cinq églises que nous avons mentionnées se montra général, au commencement du xie siècle, plus qu'à aucune autre époque. Les terribles années de la fin du Xe avaient glacé d'épouvante tous les chrétiens : on avait cru, d'après une fausse interprétation des saintes Écritures, que le monde allait finir. Repoussée, combattue môme ouvertement par les esprits les plus judicieux, cette croyance était devenue
(1) L'entrée de Berthe dans un monastère de Touraine ne l'empêchait pas de prendre encore la qualité de reine , comme il se voit dans une charle de l'abbaye de Bourgueil, de l'an 1001. — Le P. Anselme, t. I, p. 71. — Raoul Glabcr , Historia sut temporis , apud D. Bouquet, t. X, p. 40, 106 et passim. — Livct , Nouvelles recherches sur la reine Berthe, dans les Archives historiques rlc la Sarthe , p. 21 et suiv.
44 HISTOIRE DE [/ÉGLISE b\ MA.NS.
presque universelle aux approches de Tan 1000 (1). Aussi, lorsque la fatale époque l'ut passée, les peuples, ressentant en eux-mêmes comme une vie nouvelle, se laissèrent aller
à des transports de joie. Toutes les provinces de la France se couvrirent en peu de temps d'innombrables monuments destinés à satisfaire aux besoins des populations si religieuses. Lorsque l'humanité vit que le soleil continuait sa marche et que la voix de Fange n'appelait pas encore les hommes au dernier jugement, elle se rassura et comprit, comme Ézéchias, que le Seigneur voulait bien ajouter à ses jours. Elle se leva de son agonie, se remit à vivre, à travailler, à bâtir; à bâtir d'abord les églises de Dieu (2). Alors on vit à une morne stupeur succéder une activité extraordinaire. Quelques années s'étaient écoulées à peine depuis l'ouverture du siècle , et déjà dans le monde presque entier, mais surtout en Italie et dans la France, les basiliques avaient été renouvelées. Les peuples chrétiens rivalisaient entre eux à qui élèverait les plus magnifiques. On eût dit, ajoute une chronique, que le monde se secouait lui-même, et qu'ayant dépouillé sa vieillesse, il revêtait partout un blanc vêtement d'églises (3).
Pour seconder cet élan des peuples , un nouveau genre d'architecture fut inventé (4). Doué d'une grandeur, d'une gravité, d'une majesté particulière , il satisfaisait entièrement aux sentiments profonds d'adoration qu'inspire le culte catholique ; aussi fut-il applaudi avec ivresse par les
(1) De fine quoque mundi coram populo scrmonem in ecclesia Parisiorum adolescens audivi... Vita sancti Abbonis Floriacensis , apud D. Bouquet, t. X , p. 332 et passim. — Une foule de chartes du Maine et des autres pays, rédigées à cette époque, offrent ces étonnantes formules : « Mundi termino appropinquante ; fine saeculi imminente... » ou d'autres semblables. Vid. D. Vaissette, Histoire du Languedoc , t. II, Preuves, col. 86, 90, 157. — Cartularium Beatœ Mariœ Caritatis Andegav., n° 229. A la tin du présent volume, voir les Pièces justiiicatives.
(2) Michelet, Histoire de France, t. II.
(3) Raoul Glaber, Historia sui temporis , apud D. Bouquet, t. X, p. 29.
(4) J. Quicheral , dans la Revue archéologique, an. 1853, p. 65-82.
AVESGAUD. 45
contemporains. Les âges suivants trouvèrent des formes plus hardies, plus splendides ; leurs œuvres cependant n'ont point fait oublier les monuments que le style roman nous a laissés. Les églises que l'on éleva à cette époque dans le diocèse du Mans, et elles furent nombreuses, étaient marquées d'un caractère particulier, bien qu'il offre de fréquentes analogies avec l'architecture qui régnait dans la Touraine , l'Anjou et sur la rive droite de la Loire. On remarque aussi que l'école des artistes de ces trois provinces étendit son action fort avant sur le territoire armoricain, tandis qu'elle n'eut presque aucune liaison avec les provinces du Poitou, de la Saintonge et de la Normandie (1). Cette transmission des types architectoniques s'explique naturellement par les rapports constants entre les monastères de ces divers pays. Le rôle de l'illustre abbé Gauzbert et de ses disciples n'y fut pas étranger; presque tous les artistes d'alors, architectes, peintres, sculpteurs , étaient enfants du cloître ; de là le caractère hiératique de leurs œuvres. Pour le Maine , la Touraine et l'Anjou, ainsi que pour une partie notable de la Bretagne et de l'Orléanais, les abbayes de Marmoutier, Vendôme et Saint-Calais étaient les foyers principaux d'où rayonnait la lumière bienfaisante des arts religieux.
Toutefois le caractère local que nous signalons paraissait moins dans les formes essentielles des monuments, que dans les décorations et les ornements. Dans nos contrées , comme dans les pays plus éloignés , les types nouveaux substitués aux anciens avaient été admis avec enthousiasme ; ils se font encore admirer dans les édifices qui ont traversé les siècles et sont venus jusqu'à nous en assez grand nombre.
Mais le zèle religieux des Manceaux ne se bornait pas à construire des églises nouvelles; on vit encore les
(1) De Caumont , Cours d'antiquités monumentales, passim.— Idem, Compte rendu de la session du Congrès scientifique de France tenu au Mans en 1839, t. I, p. 388. — Congrès scientifique de France, quinlième cession, t. II , p. 145.
A(j BIST01RE DE L ÉGLISE Dl MANS.
campagnes de notre diocèse se couvrir comme à l'envi de fondations monastiques. Nous ne signalerons ici que celles
qui se rapportent à une date positive, réservant pour un autre endroit celles dont l'origine n'est pas connue avec autant de certitude.
On avait vu sous l'épiscopat de Sigcfroy des seigneurs manceaux témoigner de leur dévotion envers saint Michel, par les fondations qu'ils firent en faveur de son abbaye. Le pauvre peuple s'associait à ces sentiments, et, ne pouvant les manifester de la même façon, il honorait le grand archange par les pèlerinages qu'il accomplissait à son sanctuaire privilégié, sur les côtes de la Normandie. Sous Avesgaud , ce zèle fut loin de se refroidir. Le comte Hugues en donna de nouvelles preuves dans les dernières années de sa vie. Il remit entre les mains de l'abbé Hildebert la terre de Vouvray-sur-Huisne (4) , avec l'église dédiée à saint Martin et diverses dépendances. La charte, souscrite par l'évêque Avesgaud, est datée de l'an 4014. Par suite de circonstances qui sont restées inconnues , l'établissement que les moines du Mont-Saint-Michel fondèrent à Vouvray n'eut qu'une durée éphémère. Hugues ajouta d'autres dons considérables en faveur de l'abbaye; il lui transmit entre autres propriétés trois moulins situés sur la Sarthe , un peu au-dessous de la ville du Mans (2); puis, dans une autre circonstance, des vignes près de Saint-Vincent (3). Il souscrivit une charte par laquelle un seigneur nommé Gonnor, vraisemblablement du Maine, donna l'alleu de Betteville (4). Les moines du
(t) (Hugo) detlit terrain de Vodebris, cum ecclesia, molendino, pratis et vivariis... Gallia christ., t. XI, col. 514. — D. Briant, Cenomania.
(2) Cartularium sancti Victoris Cenomanensis. Biblioth. Impér., fonds Gaignières La charte du comte Hugues ne porte pas de date ; elle est d'une écriture de la fin du xe siècle ou du commencement du xie. Elle est signée par le comte Hugues, Hugues doyen et Mainard chantre.
(3) Ibidem.
(4) Gallia christiana , t. XI, col. 514. — Cfr. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans. p. 72, an mot Bretescha.
AVESGAUD. 47
Mont-Saint-Michel unirent ces terres et autres revenus au prieuré de Saint- Victeur, dont le personnel était devenu si nombreux qu'il fut l'un des monastères les plus considérables du Maine pendant le xie siècle et les deux suivants.
La piété des religieux et l'attachement des habitants de notre pays pour un sanctuaire consacré par tant de souvenirs, portèrent plusieurs personnes à augmenter son patrimoine. Une dame nommée Béatrix, de Ballon, lui donna les dîmes sur plusieurs moulins qu'elle possédait près de l'église de Saint-Jean-Baptiste au Mans. Cette donation , qui ne porte pas de date certaine, fut faite au temps où Raoul, écrivain distingué, et Réginald, qui avait fait le pèlerinage de Jérusalem ainsi que plusieurs autres religieux remarquables à divers titres, habitaient le monastère de Saint-Victeur (1). Cette église de Saint-Jean-Baptiste elle-même dépendait du prieuré de Saint-Victeur, ainsi que nous le dirons par la suite.
Peu de temps après ces donations , le diocèse du Mans donna à l'abbaye du Mont-Saint-Michel un prélat aussi distingué par ses vertus que par ses connaissances. Il se nommait Almode (2) , et il prit en main le gouvernement de l'abbaye vers l'an 1023. Il reçut d'Alain, duc de Bretagne , deux églises situées dans le territoire de Pavalet, en l'an 1032. Il encourut la disgrâce de Robert Ier, duc de Normandie , surnommé le Magnifique , et aussi le Diable , et il se démit de son abbaye , par suite des craintes que lui inspirait son ennemi. Mais ce terrible adversaire reconnut bientôt ses torts, et conlia à l'abbé Almode le gouvernement
(1) ... Ista donatio facta est quando Drogo monachus morabatur apud sanctum Victurium , et Radulphus bonus scriptor qui nunc erat infirmus necnon Walterius atque Raginaldus , qui fuit Jerosolymis , qui etiam inter fuit ad obitum Beatricis apud Castrum Balaum (Ballon)... Cette pièce est signée de beaucoup de nobles personnages , enlre autres de Constantius Carpcntarius ; or, dans la liste des nobles qui ont défendu le Ilont-Saint-Michel, il y a un Carpcntier, avec ses armes. — Cartularium sancti Fictoris Cenoman.
(2) Àlmodus
48 HISTOIRE DE l/ÉGLTSE D1 MANS.
de l'abbaye de Saint-Vigor-de-Cerisy (1). Almode mourut, étant abbé de ce monastère, Je M mai 1033. On croit qu'il fut remplacé dans la chaire abbatiale du Mont- Saint-Michel par son frère Thierry (2). Ce fut sous le successeur de ce dernier , du temps de l'abbé Suppo , qui était aussi probablement né dans le diocèse du Mans , qu'un chevalier manceau, nommé lléginald, et sa mère nommée Hersende , renouvelèrent le don du monastère de Sain t- Victeur, en 1034. Ils y ajoutèrent le bourg qui portait le même nom , c'est-à-dire la seigneurie de cette partie de la ville du Mans qui environnait le monastère, et qui formait dès lors un faubourg populeux (3).
Il se fit à la même époque, et aussi dans la ville du Mans, une restauration plus importante encore. L'abbaye de Saint-Vincent ne pouvait rester plus longtemps dans l'état de désolation où l'avaient réduite d'abord les ravages des Normands, puis les fraudes sacrilèges de l'évêque Sigefroy (4). Sous l'épiscopat d'Avesgaud , les bâtiments furent réparés, et une église magnifique s'éleva à la place de l'ancienne. Construite sur de vastes proportions, elle était l'un des plus remarquables monuments de la ville du Mans et du diocèse. Elle se composait d'un chœur vaste et fort élevé, et de trois nefs dont les deux collatérales se prolongeaient autour du chœur. Toute cette partie supérieure était couronnée par un rayonnement de chapelles. La façade était cligne de ce noble édifice : aux deux nefs latérales correspondaient deux tours qui s'élevaient à une grande hauteur et étaient terminées par de belles flèches;
(1) Monasterium sancti Vigoris de Cerisiaco.
(2) L'histoire de l'abbaye du Mont-Saint-Michel présente de grandes difficultés pour cette époque. Vid. Labbe , Bibliotheca manus. . t. I, p. 348 et seq. - D. Bouquet , t. X , p. 322 et passim ; t. XI , p. 255. — D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. L, num. 62, 63 et passim. — Gallia christ., t. XI, col. 515.
(3) Cartularium sancti Victoris. — Gallia christ., t. XI. col. 515 et Instrum., col. 106, 107.
(4) D. Mabillon . Annales 0. S. /?., lib. Ll, num. 114.
AVESGÀUB. 4^
enfin, sur le portique du milieu, on avait construit un campaniJle posé sur une galerie supérieure, qui donnait h l'ensemble de cette église un aspect de grandeur et de majesté (1). Cette basilique , l'une de celles auxquelles se rattachaient le plus de souvenirs, ne subit que de légères modifications jusqu'à la fin du xvrue siècle; elle ne fut renversée que dans les premières années du siècle présent, après avoir traversé les orages de sept siècles. Jusque alors elle avait été regardée avec raison comme la seconde église de la ville du Mans, et même du diocèse, sous le rapport monumental.
L'abbaye de Saint-Vincent elle-même , en laquelle les moines ne tardèrent pas à rentrer à la place des chanoines que Robert y avait établis , reprit le second rang parmi les corps ecclésiastiques du diocèse. Par suite des droits qui lui furent reconnus , et qui s'appuyaient sur une possession immémoriale, les moines de ce monastère tenaient le premier rang après les chanoines de l'église cathédrale. Dans la suite seulement, les chanoines de Saint-Pierre-dela-Cour, ayant contracté une alliance avec le chapitre de Ja cathédrale , obtinrent le privilège d'être considérés comme ne formant qu'un seul corps lorsqu'ils se trouvaient présents à une réunion commune, et parla même de marcher avant toutes les autres corporations ecclésiastiques.
Par suite aussi de la prééminence reconnue à l'abbaye de Saint- Vincent, le prélat qui la gouvernait avait le droit, quand l'évèque était absent du diocèse, de convoquer le synode en son propre nom , et de le présider. Dans ce cas, la réunion avait lieu le plus ordinairement dans l'église abbatiale; mais il était libre à l'abbé de désigner un autre lieu , et même l'église cathédrale. Ces assemblées synodales se célébraient alors régulièrement deux fois l'année,
(1) Plan de L'abbaye de Saint-Vincent du Mans, par Janvier, curé de Changé-lès-le-Mans —Voir aussi un sceau de l'abbaye de Saint-Vincent, appendu à une charte de Tan 1100, et publié par M. Tlurher, Sigillographie du Mainr , p. \1.
;,0 HISTOIRE DE L ÉGLISE Dl MANS,
à Ja Toussaint étala Pentecôte. Selon les traditions de
l'abbaye, appuyées sur des titres très-considérables, cette prérogative remontait jusqu'à l'épiscopat d'Herlemond Ier (710-724); ce saint prélat l'avait accordée à L'abbé Clrirmirus et à ses successeurs (1). Les assemblées synodales ne se célébraient pas sans que les curés de chaque paroisse lussent obligés de payer à l'évèque une certaine redevance, qui constituait l'une des sources de revenu les plus abondantes de la mense; il est probable que dans l'origine cette redevance était abandonnée à l'abbaye de Saint-Vincent toutes les fois que son abbé tenait la place de l'évèque; mais depuis la restauration de l'abbaye au xie siècle , il n'est pas question de ce droit, et jamais les moines n'élevèrent de réclamation à ce sujet.
L'évèque Avesgaud contribua puissamment à la restauration de Saint-Vincent; il favorisa les religieux de tout son pouvoir, et leur fit même des concessions en terres. 11 leur donna en particulier la terre et la forêt du Breil (2) , situées dans la paroisse de Goulaines, sur le ruisseau de Monnet (3). Lorsque l'église abbatiale fut terminée , il en fit une dédicace très-solennelle. En v rétablissant les
(1) Voir Histoire de l'Église du Mans, t I, p. 400. — Historien abbatiœ sancti Vincentii Cenomanensis compendium, Ms., Biblioth. Impér., fonds Gaignières, n° 5445.
(2) Le nom Breil et Breuil, si fréquent dans la province du Maine, signifie bois, forêt , et peut fournir quelques indices pour reconnaître l'état ancien de notre pays. — Maury, Mémoire sur les anciennes forêts de la Gaule, passim.
(3) Quoniam dum in exiiio hujus vite mens humana peregrinatur , multorum criminum mole deprimitur, oportet unumquemque mortalium secundum evangelice veritatis salutifera documenta, de his que possidet sancte Ecclesie vel egenis partem humiliter erogando amicos sibi preparare, quorum meritis et orationibus divine pietali reconriliatus cum defecerit in eternam gloriam reficiatur.
Hoc superni régis consilium ego Avesgaudus Dei gratia Cenomanensium presul, meusque frater Ivo diu mente revolventes et revolvendo intimari dcsiderantes,dûdimus pro nostra parentumque nostrorum sainte ecclesie sanctorum martyrum Laurentii atque Vincentii que extra muros Cenomannice civitatis sita est , de nostris possessis que distincte
AVESGAUD. .v>!
moines, il leur donna pour. abbé Raynauld (I), homnip d'un rare mérite, sous la conduite duquel le nouveau monastère atteignit toutes sortes de prospérités. Plusieurs évèques et des seigneurs laïques, pour témoigner leur affection envers ce sanctuaire et leur estime pour les religieux qui le desservaient, leur transmirent des dons considérables. On remarque surtout parmi leurs bienfaiteurs à cette époque les seigneurs de Montdoubleau et de Bellême (2). Bien que Ton ne connaisse pas d'une manière précise l'état des revenus de l'abbaye, on s'accorde cependant à croire que sa féodalité représente assez exactement son domaine primitif. Or, elle se composait des seigneuries de Saint-Longis, Saint-Pavace (3) et Sarcé (4); des châtellenies des Aiguës-Belles à Gonlongé , avec la seigneurie de la paroisse; et de celle de la Maignane à Dangeul (5). Plus tard , le comte Hélie de la Flèche donna à l'abbaye la seigneurie de tout le faubourg qui l'environnait (6).
A la même époque Hugues , surnommé Doubleau et
hic subnotata sunt; in villa que dicitur Colonia , terram quam tenuit Hiklebertus, cum silva que vocatur Brolius super fluvium cui Blatua vocabulum est terram unius aratri, in territorio quod dicitur Cortisuvadani ; unam plenariara mansionem in villa que dicitur Gurtille. Unde testes sunt: Ivo Robertus, Beraldus de Malcbenaico, Odo Moschec , Raimundusde Sodona, Almericus de Pratis, Walterius capellanus, Hildebertus canonicus sancti Léonard i. Cartularium sancti Vincentii, Ms.
(1) Les anciens catalogues des abbés de Saint- Vincent n'ont pas mentionné ce prélat clairement désigné dans quelques titres et dans la charte de fondation du prieuré de Solesmes.
(2) Pièces justificatives, n°* vi et vu.
(3) Selon Le Corvaisier, p. 285, t'évêque du Mans était seigneur et fondateur de Saint-Pavace.
(4) Savciacus.
(5) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. I, p. 237, 262 et passim. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 622, 025, 635.
(6) Cartularium sancti Vincentii, Ms. — Compendium historiœ sancti Vincentii, Ms. — Mémoires pour servir à V histoire de l'abbaye de Saint- Vincent, Ms.— Armoiries : D'azur au gril d'or, le manche en haut, une discipline de même brochant sur le manche, au chef d'argent h deux fleurs de 1 i< do gueules.
52 mSTOIKE DE I. ÉGLISE I»! MANS.
l'Ancien, fondateur du château de Montdoubleau (4), et chef
de l'une des familles puissantes dans nos contrées, relevait de ses ruines l'abbaye de Tuffé. Quoique la terre de Montdoubleau fût située dans le diocèse de Chartres , les seigneurs qui la possédèrent au xne siècle entretinrent cependant les relations les plus intimes avec les monastères du Maine, et surtout avec Saint-Vincent. Le possesseur du château de Montdoubleau était l'un des barons de l'évèque du Mans; et Hugues, qui tenait alors cette seigneurie, était l'un des fidèles du comte du Maine. Dès les premières années du xie siècle , il entreprit de rétablir l'abbaye de Notre-Dame de Tuffé. Lors de sa fondation, au vne siècle , ce monastère était double, destiné à des religieux et à des religieuses; il était richement doté, et avait trois églises; mais tout avait été ruiné dans le cours du rxc siècle. Hugues Doubleau n'y rétablit que des moines, et lui donna un revenu suffisant. Partageant l'admiration générale pour les vertus qui se pratiquaient dans le cloitre de la Couture, il remit la nouvelle fondation entre les mains de l'abbé; et Herment (2), l'un des disciples de Gauzbert, prit la conduite de l'abbaye de Tuffé. C'était un personnage très-con sidéré dans tout le pays pour ses vertus et ses lumières; il contribua beaucoup par son influence au rétablissement et à l'accroissement de son monastère. Tous les religieux de la Couture y prirent part, mais surtout l'abbé Ingelbaud, successeur de l'illustre Gauzbert. Hugues Doubleau transmit à ses religieux la seigneurie de la paroisse de Tuffé (3). Pour donner plus de solidité à sa fondation, Hugues
(1) Mans Dublellus, Mons Duplex, autrefois du diocèse de Chartres, aujourd'hui du diocèse de Blois. Située sur la limite même de notre diocèse, cette localité fut en rapports continuels avec notre pays. Cfr. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 427. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendornois, p. 137, 216.
(2) Hennentus, Ementus, Ermentus.
(3) D. Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 373-377-(a)-4S2. — Compendium historiée sancti Vincentii. — D. Briant , Ccnomania. — Mémoires pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint-Vincent. — De Pétigny, Histoire archéologique du Fendomois, p. 137.
AVESGA.UD. 53
Doubleau la lit confirmer, vers 1015, par une charte du comte du Maine Hugues Ier. Cette charte lut ensuite présentée au pape Benoît VIII, qui l'approuva et y apposa son nom. Elle fut aussi signée par l'évèque Avesgaud, Tngelbaud, abbé de Saint-Pierre de la Couture, Sesgualon, abbé de Saint-La u mer de Blois, Genesius, abbé de Saint-Calais , Durand , abbé de Notre-Dame d'Évron , Raoul , vicomte du Maine, Hubert, trésorier du chapitre, Guillaume, doyen de l'église cathédrale, et plusieurs seigneurs laïques. L'abbé Herment occupa longtemps sa dignité; en l'année 1040, il assista à la dédicace de l'abbaye de Vendôme. H eut pour successeurs Sevin , puis Goscelin; ce dernier gouvernait encore l'abbaye de Tuffé en 1071, lorsqu'elle fut soumise à celle de Saint-Vincent (1). 11 suffit d'ajouter ici que le monastère deTuffé, quoique réduit à l'état de prieuré conventuel, subsista jusqu'au xvme siècle. Dans les derniers temps la conventualité cessa, et la mense fut réunie à celle de Saint-Vincent (2).
Quelques années plus tard , Hugues Doubleau établit un chapitre de cinq chanoines pour desservir une église qu'il avait construite en l'honneur de la sainte Vierge, dans son château de Montdoubleau. Il voulut que ces chanoines fussent soumis à l'abbé de Tuffé, et assigna pour leur entretien différents fonds de terre dans le voisinage de sa forteresse. Comme ce fut à l'instigation de Fulbert , évêque de Chartres , des principaux personnages du clergé de cette Église, et du comte Eudes , que le seigneur de Montdoubleau fit cette fondation , ainsi qu'il le déclare
(1) Compendium historiœ sancti Vincentii. — D. Briant, Cenomania. — Mémoires pour servir à l'histoire de Saint -Vincent. — D. Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 373... — D. Mabillon, Annales 0. S.B., lib. LI, nuin. 114; lib. LIV, num. 12 et passim.
(2) Le prieuré de Notre - Dame de Tuflé n'était plus estimé qu'à 5,000 livres de revenus, selon Le Paige, t. II, p. 555; mais selon Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 213, il avait 9,000 livres, soit 18,000 francs. — Il conservait la seigneurie de la paroisse; les armes étaient : D'azur à une fleur de lis d'or , au chef de gueules chargé d'un agneau pascal passant, d'argent, avec la croix et la banderole de même.
lui-même, on peut croire » jlk- les religieux de Tuffé -'t'^iieiit déjà acquis l'estime publique par leurs vertus et J lumières. C'était, en effet, c que l'on devaH -m tien* Ire «l'une colonie de moines élevés dans les cloîtres de la Couture, qui était alors si florissante (I ).
Génésius, abbé de Saint-Calais , qui signa la charte du comte Hugues pour le rétablissement de l'abbaye de Tuffé, fut remplacé quelque temps après par Foulques. On a vu que Génésius succéda à une suite d'abbés sur lesquels on n'a plus aucun renseignement. Foulques lit édifier, vers Tan 1020 , la tour du clocher de son église, et y plaça des cloches remarquables pour l'époque. 11 est probable que la basilique tout entière fut renouvelée vers le même temps. Du moins l'abbaye de Saint-Calais possédait alors des hommes distingués dans toutes les sciences , et parmi les objets des études , les arts n'étaient pas mis en oubli. En effet, l'abbé Adaelelme , qui succéda à Foulques , était l'un des premiers hommes de son temps dans l'architecture et la sculpture. Lorsque la célèbre église de Saiut- Benoît-sur-Loire eut été consumée par un incendie , en l'année 1023 , et que l'abbé Gauzlin voulut la rétablir dans l'état où nous la voyons aujourd'hui , il eut recours aux lumières de l'abbé de Saint-Calais, qui dirigea lui-même les travaux (2). Cet abbé Gauzlin, qui était iils de Hugues Capet et qui occupa dans la suite le siège archiépiscopal de Bourges, honora d'une vénération particulière la célèbre vierge du Mans, sainte Ténestine ; il fit taire pour la portion des reliques de cette sainte restées dans son monastère, une chasse du plus grand prix pour là richesse des
(1) J). Martèné, Ampliss. col/cet., t. I, col. 875. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois, p. 138.
(2) ... Ipsum quoque ecclesiae meridianum introitum condoleas latcricium , post ignis incendium reliquit marmoreum, reverendi abbatis Adaelelmi monasterii sancti Garileffi industria compactum... Vie de Gauzlin, n° G2. — Le nom d'Adaelelme ne figure pas sur les listes des abbés de Saint-Calais publiées jusqu'à ce jour. On doit à M. Léop. Delisle la publication du curieux document où il se rencontre.
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métaux et des pierreries, aussi bien que pour le travail des artistes (I). Adaelelme fut remplacé dans son siège abbatial par Ebrard , qui occupait cette dignité en 1040 (2). Quoique la perte des documents sur cette abbaye nous enlève presque toujours la connaissance des faits qui s'y passèrent, on peut cependant regarder comme certain que l'observance régulière florissait dans une maison religieuse où l'étude des sciences et des arts était l'objet d'un culte traditionnel. Outre le vénérable Adaelelme , dont il vient d'être parlé , d'autres religieux de Saint-Calais ont laissé des œuvres dignes d'attention , et qui témoignent que la musique et la poésie y étaient cultivées avec ferveur. Elles étaient employées surtout à la louange et au culte du saint fondateur (3).
Ce fut aussi vraisemblablement vers la même époque que les droits féodaux et les prérogatives de l'abbaye de Saint-Calais furent établis d'une manière permanente. Le prélat qui la gouvernait tenait le premier rang parmi les abbés du diocèse ; il devait cette prérogative à l'ancienneté de son monastère, et à sa qualité de fondation royale. Il était aussi premier chanoine prébende de la cathédrale du Mans , après le roi toutefois. 11 avait le droit de visiter les quatre paroisses suivantes : Notre-Dame de Saint-Calais, qui comprenait toute la ville , et celles de Marolles (4) 3 Montaillé (5) et Rahay (6). 11 y jouissait de tous les droits et privilèges de doyen et d'archidiacre. Il avait un grand vicaire et était aidé dans l'exercice de la justice ecclésiastique , qui était pleine comme celle du grand doyen du Mans, par trois officiers : un officiai, un promoteur et un greffier. L'abbé était en même temps collateur de ces quatre cures (7).
(1) Vie de Gauzlin.
(2) D. Brian t, Cenomania. — LePaige, Dictionnaire historique du
Maine, t. I , p. 142. — Pesclic, Dictionnaire de la Sarthe, t. V, p. 97. — Cauviu, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 179.
(3j Vid. Pièces justificatives, n° xii.
(4) Macrolln>.— (*>) Mons ^illerii. — (6) Sanctus Germanus de Rahayo.
(7) D. Durai , Historiés regalis abbatial sancti Carilcp. anisolensis
m; histoire ul l église di mans.
L'abbé de Saint-Calais remplissait les fonctions sacrées à la place de L'évoque, dans L'église cathédrale, Le jeudi saint, lorsque celui-ci n<i pouvait officier, et pour éviter toute confusion et tout dérangement dans un jour aussi solennel, te prélat absent devait avertir L'abbé huit jours à L'avance. 1/évèque devait un dîner à L'abbé et à ceux qui L'avaient servi dans les fonctions de cette solennité (1).
L'abbaye possédait dès lors ou posséda peu après cinq prieurés importants dans notre diocèse, et quatre dans celui de Chartres. En outre, près de vingt prieurés moins considérables dans le diocèse du Mans relevaient de cette maison, et cinq ou six autres dans le diocèse de Chartres. Ceux de Saint-Pierre, àMelleray (2), de Saint-Avit, dans la paroisse de ce nom au Perche , de Notre-Dame d'Oigny et de Saint-Pierre , à Authon , tous situés au diocèse de Chartres, subsistèrent jusqu'à la fin du xviir2 siècle. L'abbé de Saint-Calais présentait encore à trente-neuf églises paroissiales ; et Ton peut croire avec fondement que la plupart de ces églises furent dans l'origine des monastères dépendants de l'abbaye (3). Enfin l'abbaye s'était maintenue dans le privilège d'exemption qui l'affranchissait de
compendium, Ms., Bibliotb. Impér. , résidu Saint - Germain , n° 583, t. VII. — Pcsclie, Dictionnaire de la Sarthe, t. V, p. 102. — D. Briant, Cenomania , Ms. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , passim.
(1) Dom Duval, loc. cit. — Pcsclie, îoc. cit.
(2) Meleriacus, Melereium.
(3) Voici la liste de ces Églises, telle que nous la lisons dans le travail de D. Duval : Sanctus Martinus de Lombion, S. Georgius de Boloerio, S. Martinus de Sargeio, B. Maria de Villavardo , S. Laurentius de Montorio, S. Oustrigesilius de Montorio, S. Petrus de Fonta?iis, S. Martinus de Sertives, S. Albinus de Toiselevon, S. Martinus de Herseio, S. Julianus de Vievi (in diœcesi Cenomanensi), S. Martinus de Monte Servato (in diœcesi Gonstantiensi), S. Illierius (in diœcesi Cenomanensi), S. Petrus de Berfayo, S. Petrus de Iscorpayo, S. Johannes de Balloyo, S. Garilefus de Fortitonpore. S. Petrus de Afitono, S. Joannes de Carbonaria (in diœcesi Carnotensi), S. Avitus in Pertico, S. Martinus de Camproyo , B. Maria Dooigni , S. Johannes de Plesseyo Deaurato, S. Petrus de Mellereyo, B. Maria de Monte Miraldo (in diœcesi Carnolensi), S. Jacobus de Bouchants, vulgo de Boiuliaigno?.
AVESGAUD. 57
la juridiction des évêques du Mans, et la soumettait immédiatement au Saint-Siège.
L'abbaye de Saint-Calais avait aussi les seigneuries de Marolles et de Rahay, quelques fiefs situés à Saint-Calais ; Montaillé, et dans les paroisses voisines au nombre de quinze; elle entretenait pour exercer la juridiction civile et criminelle en son nom quatre officiers : un bailli , son lieutenant, un procureur fiscal et un greffier (1).
On a vu l'abbaye de la Couture recevoir du baron de Montdoubleau l'abbaye de Tuffé; peu après, Geoffroy le Vieux, seigneur de Sablé (2), lui fit un don presque aussi considérable. La petite ville de Sablé est d'origine toute féodale. Avant le xe siècle , le lieu qu'elle occupe faisait partie de la paroisse de Solesmes et dépendait de l'église cathédrale (3) . Pendant les troubles du ixe siècle ce domaine passa dans des mains laïques ; en 957, Foulques le Bon , comte d'Anjou, le légua à son fils Humbert, surnommé le Veneur (4). Peu de temps après Sablé appartenait à la maison de Beaumont-le-Vicomte, et Geoffroy, surnommé le Vieux, frère de Raoul de Beaumont, dont on a vu les fondations pieuses, y avait fixé son séjour (5). Pendant sa longue carrière , Geoffroy de Sablé se signala par beaucoup d'oeuvres de piété , qui attirèrent sur lui et sur sa famille les bénédictions du Ciel. Il fit rebâtir les deux églises paroissiales de Sablé , Notre-Dame et Saint-Martin , et les fit consacrer par l'évêque Avesgaud (6). Il était encouragé dans ses entreprises par sa femme , nommée Adélaïde.
(1) Armoiries : D'azur à deux crosses d'or adossées. — Ailleurs ou lui donne : D'azur à trois fleurs de lis d'or posées en pal, accostées de deux crosses de même. — Pcsclic, t. V, p. 102 et passim. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 178.
(2) Sabolium, Sablolium.
(3) Diplômes des années 802 et 832, cités dans le second volume de cette histoire.
(A) VArt de vérifier les dates, t. XIII, p. 44. (5) Ménage, Histoire de Sablé, part, i, p. 21, 25. (8 tbid., p. -20
58 HISTOIRE DE [/ÉGLISE l»i MANS.
Dans Les dernières années de sa vieillesse, voulant lai-
après lui une fondation de prières pour le << rachat do son âme et de celles de ses parents, » il songea à bâtir un monastère. La piété des moines de la Couture répandait dans le pays une grande édification, Geoffroy ne crut pouvoir mieux faire que d'unir le nouveau cloître à leur abbaye, et il voulut aussi lui donner le patronage de saint Pierre et de saint Paul , sous les auspices desquels un si grand nombre de moines militaient non-seulement à la Couture, mais en cent autres lieux de la contrée et des provinces voisines.
Le lieu de Solesmes parut à Geoffroy tout à l'ait propre à son dessein ; situé à deux milles environ de son château (1), et ayant encore une grande importance , il résolut d'y placer le nouveau cloître. Après l'avoir acquis de son frère Raoul de Beaumont , avec tous les droits qui en dépendaient, il y fit construire le monastère et une belle église, dont quelques faibles parties subsistent encore aujourd'hui. Afin de rendre la solennité de l'inauguration du prieuré plus imposante , il y invita l'évêque du Mans Avesgaud, et Hubert, évêque d'Angers : Ingelbaud, abbé de la Couture , vint avec les moines qu'il avait destinés à habiter Solesmes, et Raynauld, abbé de Saint-Vincent. Pour assurer une plus haute protection à son œuvre, Geoffroy avait aussi convoqué à cette fête le comte du Maine Hugues 1er, Raoul de Beaumont-le-vicomte, son frère , et plusieurs autres personnages importants.
Par sa charte de fondation (2) , Geoffroy assure au monastère une dotation en biens fonds considérable. Il lui donne entre autres la partie du territoire de Bouessay qui avait appartenu à un seigneur nommé Primalde, lequel avait récemment embrassé la \ie monastique cala Couture.
(1) Gum GollVedus de Sablolio senuisset, monasteriuin in villa quje Solem is vocatur rodifîcare volait, duabus 1ère a Sablolio disparata millibus.... Ménage, Histoire de Sable', part. I, p. 25.
(2) Vid. Pièces justificatives, n° ix.
AVESGAUU. 59
11 concède la sépulture de tous les habitants de Sablé , fait remise du droit de garde et de service du château. Enfin toutes les terres qu'il transmet aux moines , il les donne en la façon qu'il les tient lui-même, cédant tout droit de coutume, de voyrie (1), forêt, chasse, ban et charrois, en sorte que désormais ses voyers, forestiers, brenniers, et jusqu'à ses chiens, ne paraîtront plus sur ces terres (2).
Geoffroy mourut peu de temps après la fondation du prieuré de Solesmes; il fut enterré dans le chœur de l'église du monastère : son épouse Adélaïde et ses fils Drogon , Burchard et Liziard furent ensevelis près de lui.
Cependant, sous la conduite de Rambert, premier prieur de Solesmes, et de ses successeurs immédiats, le monastère prit des développements assez considérables. 11 possédait par la générosité de son fondateur la seigneurie de Solesmes; bientôt après celle de Bouessay y fut ajoutée (3).
(1) Le mot de voyrie, vicaria, que nous employons ici, doit s'entendre selon l'acception qu'il a conservée dans les Coutumes du Maine, de l'Anjou, de la Touraine et du Blaisois, c'est-à-dire pour signifier la juridiction. De même , le mot voyer signifie juge des villages dans l'ancien langage manceau. On appelait maire du village, en d'autres Coutumes, l'officier chargé de cette magistrature. Voy. les anciennes Coutumes du Maine et les différents commentaires , ainsi que Ménage, Dictionnaire étymologique et le Dictionnaire universel de Trévoux.
(2) Pièces justificatives, /oc. cit. Cfr. Ménage , Histoire de Sablé , part. I, p. 336.
(3) Quoique la charte de fondation du prieuré de Solesmes ne porte aucune date, on est autorisé, par divers arguments, à placer la dédicace de Téglise de Solesmes en l'an 1010. Cette charte avait déjà été publiée par Ménage, nous la donnons de nouveau à la fin de ce volume, d'après une copie plus ancienne et plus exacte que celle consultée par l'historien de Sablé. - Vid. Ménage, Histoire de Sablé, part. I, p. 25, 336 et passim.— 1). Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LUI, num. 30.- D. Bouquet, t. XI, p. 6'i9. — Compendium historiœ regalis abbatiœ sancti Pétri de Cultura. — Historia prioratus sancti Pétri de Solesmis, Ms., Biblioth. Impér., fonds Saint-Germain, n° 583. — LePaige, Dictionnaire historique du, Maine, t. II, p. 473. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. IV, p. 732-806; t. V, p. 170-191. — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 14 et suiv. — Gauvin , Géographie ancienne du
L'Église de Saint-Malo, vulgairement Saint-Marceau, à Sablé, avait été fondée par l'un des prédécesseurs de Geoffroyle Vieux, et un chapitre y avait été établi avec des privilèges assez étendus sur les églises de Sablé. Les chanoines réclamèrent contre l'attribution des sépultures faite aux religieux; mais les droits de ces derniers furent maintenus. Une alliance entre le prieuré et le chapitre se forma peu de temps après , et comme marque extérieure de cette amitié il fut convenu que les chanoines viendraient se joindre aux moines pour la célébration de la fête patronale de saint Pierre, et qu'ils dîneraient avec eux au réfectoire ; de même les moines devaient se rendre à Sablé pour la solennité de saint Malo ; l'abbé ou le prieur célébrait la grand'mcsse, et recevait les offrandes, mais il ne les conservait pas et les rendait aux chanoines. Quelques années plus tard il paraît que les moines eurent la jouissance d'une prébende dans cette collégiale ; et il est certain que l'on vit alors des chanoines de Sablé renoncer à leur position pour embrasser la vie monastique à Solesmes (1).
Outre Geoffroy de Sablé, l'abbaye de la Couture trouva d'autres bienfaiteurs à la même époque, parmi lesquels nous devons signaler Yves, évêque de Séez (2).
L'année même où le prieuré de Solesmes fut consacré , Foulques Nerra fonda près de Loches , sur la rivière d'Indre , au diocèse de Tours , l'abbaye du Saint-Sépulcrede-Beaulieu (3). Lorsque l'église fut achevée, Foulques fit prier Hugues de Chàteaudun , archevêque de Tours, d'en venir faire la dédicace. L'archevêque , qui avait à se plaindre de quelques violences de Foulques , répondit qu'il ne se rendrait pas à son désir avant qu'il eût réparé les torts causés à son Église. Foulques obtint du pape Jean XVtll un
diocèse du Mans. p. 212, et passim. — Armoiries du prieuré de Solesmes : De sable à une crosse d'argent, accompagnée de deux étoiles de même.
(1) Ménage, loc. cit., p. 336.
(2) Vid. Pièces justificatives, n° x.
(3) Chronicon Turoncnse magnum, apud And. Salmon, Chroniques de Touraine, p. 118.
AVESGAUJ). 01
légat , le cardinal Pierre , qui accomplit la fonction sainte au nom du Siège Apostolique. Les évêques de France refusèrent de se rendre à la solennité; néanmoins ceux du Mans et d'Angers, passant sur la défense du métropolitain et l'opposition de leurs collègues, accompagnèrent le légat et l'assistèrent dans la dédicace (1).
Antérieurement à ce dernier fait, pendant qu'Archambaud de Sully occupait la chaire archiépiscopale de Tours, Avesgaud s'était déjà trouvé engagé dans une affaire délicate. L'archevêque avait entrepris de disputer aux chanoines de Saint -Martin le privilège d'exemption, dont l'abbaye jouissait dès le temps où les moines l'habitaient. Il commença par refuser de sacrer Pierre , qui en 995 avait été élu évèque de ce chapitre, selon la prérogative ancienne. Il chercha même l'appui des évêques du Mans, d'Angers et de Nantes , et ces prélats se rendirent sourds à la voix du pape Grégoire V, qui confirma le privilège de Saint-Martin par une bulle spéciale. Les partis s'échauffèrent de part et d'autre, et l'on en vint à une sorte d'animosité : les chefs des Églises de France se prononcèrent soi t pour les évêques soit pour les chanoines; mais le plus grand nombre soutenait les évêques. Il parait certain que les menaces sévères de la Chaire Apostolique apaisèrent cette commotion. Pierre reçut Fonction épiscopale; mais, après sa mort, Urbain II déclara l'évêché de Saint-Martin uni à perpétuité à la personne des Souverains Pontifes (2). La participation d'Avesgaud à cette révolte contre un
(1) Raoul Glaber, Historia sui temporis , lib. TI, c. iv. — Pitliou , Preuves des libertés de l'Eglise gallicane, t. I, p. 466. — Cette histoire et les circonstances fabuleuses qu'on y ajoute , ont été invoquées par tous les défenseurs des principes gallicans ou protestants; elles se trouvent rapportées fort au long par le P. Longueval et les autres historiens attachés aux mêmes doctrines; mais Barth. Roger, dans son Histoire de l'Anjou, a fourni la preuve évidente de la fausseté de ces faits. Voir aussi Gallia christiana ( vêtus ), t. I , p. 756. — Salmon , Chronique de Touraine , p. 118, 120 , 187, 377.
(2) Gallia christiana ( vetus ) , t. 1 , p. 755. — Maan , Ecclesia Turonensi», p. 75 , 97. — I). Mabillon, Annales O. S. B., lib. LI , num. 46.
(i-2 HISTOIRE DE L'ÉGLISE Dl M INS.
privilège apostolique es( regrettable; mais il sut réparer n faute en assistant à la dédicace de l'abbaye deBeauiieu, malgré la défense du métropolitain el sur l'ordredu lé Peut-être aussi l'influence du comte d'Anjou, déjà suzerain du Mairie , eut-elle quelque part sur sa détermination.
Avesgaud eut occasion de se trouver présent vers cette époque à plusieurs assemblées «les prélats de la province de Tours. Il dut se rendre à la dédicace de L'ég et du monastère de Saint-Martin de Tours . rebâtis par le célèbre Hervée, trésorier de cette insigne basilique, le modèle et la gloire du clergé de la France en ces temps (1).
Se trouvant à Angers, à une autre époque , il se rendit à la prière de Gauthier , abbé de Saint-Aubin , et confirma par sa signature plusieurs titres de l'abbaye. Le comte d'Anjou Foulques Nerra , Geoffroy Martel , son fils , Hubert, évêque d'Angers, plusieurs seigneurs, comme Suhard de Craon , Thibaut de Sainte-Maure et d'autres encore , assistèrent à cette réunion qui eut lieu dans la salle capitulaire de l'abbaye (2). On retrouve d'autres fois encore l'évêque Avesgaud dans la eapitale de l'Anjou et dans les châteaux de la province, où la nécessité de faire la cour au comte devait attirer souvent tous les grands de notre pays. Avesgaud s'y rendait aussi pour prendre part aux solennités religieuses , qu'il aimait.
Dans son propre diocèse, notre prélat travaillait à la splendeur du culte divin. Les stations établies, ou plutôt réglées
— D. Bouquet , t. X , p. 424, 438. — Chalmel, Histoire de Towaine , t. I , p. 320.
(1) Raoul Glaber, Historia sui temporis , lib. III, c. îv. — D. Bouquet, t. X,p 30 et passim. — D. Mabillon , Vetera analecta , t. II, p. 32. — Idem , Annales 0. S. B., lib. V, nuin. 5.— Chalmel, Histoire de Towaine, t. I , p. 323. — And. Salmon , Chroniques de Touraine , p. 219 et passim. — Il est très-difficile de concilier Les auteurs sur la date de cette dédicace qui semble devoir se rapporter à Fan 1018 ; cependant le Chronicon sancti Martini Turonensis la met en Tan 1015.
(2) Cette charte porte pour date : Indict. 5 ; an. 1037. 11 j a là une erreur évidente. — Gallia christiana (velus), t. IV, p. 25. — tyénagc, Histoire de Sablé, part. I , p. 1 1 1.
AVESGAUD. 03
avec plus d'ordre et de pompe par saint Aldric (I), n'étaient pas entièrement abolies. Avesgaud, voulant donner une marque de sa piété envers saint Julien , et procurer à sa cathédrale l'édification que ne manque jamais d'apporter au peuple une psalmodie régulière et pieuse, eut l'idée d'associer les moines de la Couture et le chapitre de Saint-Pierrede-1 a-Cour à la célébration de la fête principale de notre apôtre. Il n'oublia pas non plus les saints martyrs milanais, et prit des mesures pour ajouter à la pompe de leur principale fête. Après avoir longtemps cherché le moyen d'accomplir son dessein, il passa le 19 juin 1009 un accord avec les moines de la Couture, par lequel il leur abandonnait, du consentement de son chapitre et des trois archidiacres Gervais, Yves et Guillaume, les droits de releva tion d'autel dans les églises de Saint-Pierre de Solesmes , Saint- Vincent de Volnay, Saint-Denys de Joué-1'Abbé , Saint-Rem y-du- Plain dans le Sonnois , Saint-Malo des Mées ; Saint-Martin de Nuillé, Saint-Benoît de Thévalles ou Saint-Benoît-sur- Sarthe, et Saint-Viventin, aujourd'hui Saint- Vincent-des- Prés (2). Par une autre concession, consentie soit par Avesgaud , à une époque postérieure , soit par l'un de ses successeurs, les moines de la Couture reçurent les mêmes
(i) Histoire de l'Église du Mans , t. II, p. i 87-205.
(2) Quoniam duin in exilio hujus vite mens humana preregrinatur, multorum criminum mole deprimitur ; oportet unumquemque raortalium secundum Evangelice verilatis salutifera documenta , de his que possidct, Ecclesie vel egenis fidelitor crogando, amicos sibi preparare, quorum meritis et orationihus ad superna direclus , eternis gaudiis , cum ab hac vita migraverit , Deo largiente , donetur : hoc divine pielalis consilium ego Avesgaudus, Dei gratia Cenomanensis presul , diu mente revolvens et revolvendo imitari desiderans , dedi, mcorum consilio atque assensu archidiaconorum Gervasii scilicet , Ivonis atque Guillelmi , monachia sancti Pétri , qui dicitur ad Culturam , suorum relevationes et recompensationes altarium , sancti Pétri videlicet deSolempnis, sancti Vincentii de Volonaco, sancti Dionisii de Gaudiaco , sancti Rigomcri de Piano Saloonensi , sancti Macuti de Manso , sancti Martini de Noiliaco , sancti Benedicti de Tesaulo , nec non et sancti martiris (sup. Viventiani). Livfe Blanc , n° 181. - Cfr.Ms. Biblio th. Impér. n<> 5211 , B, fol. 101, I0î, — Compendium historim Cultures, Biblioth. du Mans, Ms. n°9l.
64 HISTOIRE DJB i. Ki.Llsi: Dl MANS.
privilèges pour trois autres églises relevant également de
leur abbaye, et probablement à la condition de nouveaux services religieux. Ces trois églises étaient celles de Saint- Iligomer-des-Bois, SaintrMaurille dans le Sonnois, sur le territoire de Neucfhàtel, et Saint-Rem y-de-V illaine, aujourd'hui Vilaines-la-Carelle (1).
Ces concessions sont consenties par l'évèque et par le chapitre, à la condition que chaque année à la fête de saint Julien , le 27 janvier (2), tous les moines de l'abbaye se rendrontprocessionnellement à l'église cathédrale, qu'ils y chanteront les vigiles, c'est-à-dire les offices de matines et de laudes, et une messe solennelle en l'honneur du saint patron. Au jour de la fête principale des saints martyrs Gervais et Protais, qui se célèbre le 19 juin (3), tous les moines de l'abbaye ne seront pas obligés de se rendre à l'église-mère , mais seulement les principaux d'entre eux ; et ils devront uniquement assister à la messe solennelle. Afin de lier les successeurs d'Avesgaud qui auraient pu songer à enfreindre cette convention sous le prétexte que les concessions étaient considérables, et le service exigé des moines très-léger, on stipula encore que les églises mentionnées ci-dessus paieraient les droits de synode, de visite, et ceux relatifs aux violations de cimetières . connue le faisaient les autres églises du diocèse (4-).
(1) Ecclesie sancti Remiyii de Sylva , sancti Maurilii de Saveniensi, sancti Remigii de Villena. — Compendium histor. Cultur.
(2) Eo scilicet pacto atque tenore , ut quotannis, in die i'esto sancti Juliani , patroni quidem nostri , qui est vi kal febrnarii.... Celte circonstance est spécifiée, parce que l'on célébrait un autre jour la translation des reliques de saint Julien.
(3) Die autera festo sanctoruin inartiruni Gervasii atque Protbasii , qui est xm kal. julii , non omnes cum sua processione, neque ad nocturnale officium, sed pars eorum sublimior ad misse tantum principalis sollempnia dévote celcbranda conveniant. Livre Blanc, loc. cit. — L'Église du Mans célébrait le 13 décembre la translation des reliques des saints Gervais et Protais.
(4) Ne mitera buic conventioni successores episcopi quid babeant rationabiliter reclamare, aut dicerc présumant
AVESGAUD. ()5
Les droits que percevaient les évoques à propos des synodes et des visites pastorales formaient un revenu annuel considérable; ceux, au contraire, que Ton comprenait sous le nom de rachat des autels n'étaient dus qu'à chaque nouvelle provision du bénéfice. Sous le nom d'autels on comprenait en ce temps-là les offrandes des fidèles, et sous le nom d'églises on entendait ordinairement non-seulement l'édifice consacré au culte , mais encore les terres et autres revenus fixes qui y étaient attachés. Cet usage du rachat des églises et des autels (1) fut condamné dans la suite par Urbain II , au concile de Glermont , comme entaché de simonie ; mais alors il était pratiqué presque universellement dans tous les diocèses, du moins en France. Il avait pris son origine dans l'envahissement des biens ecclésiastiques par les laïques et dans l'esprit de la féodalité. Lorsque les seigneurs consentirent à restituer les terres , dîmes et autres biens ecclésiastiques , la plupart les donnèrent à des monastères. Les moines desservirent d'abord eux-mêmes les églises qui leur étaient ainsi confiées; mais lorsque le clergé séculier eut réformé ses mœurs , les moines rentrèrent dans leurs cloîtres, et mirent à leur place des vicaires ou desservants : c'est ce qu'on nommait une personne. En vertu des droits qui leur appartenaient, les moines étaient toujours curés primitifs , jouissant de plusieurs prérogatives et supportant en même temps plusieurs charges onéreuses. Toutes les fois qu'on changeait le desservant ou la personne, il fallait racheter de nouveau l'église des mains de l'évêque , en lui donnant une somme convenue , à peu près comme dans les fiefs on devait aux seigneurs dont ils relevaient une nouvelle redevance chaque fois que le fief changeait de possesseur (2). On peut conclure des paroles
(1) Relevatio , rcdemptio , recoin pensatioaltaris.
(2) Il nous a semblé nécessaire d'entrer dans ces détails , parce que quelques historiens, et entre autres le P. Longueval, dans son Histoire de l'Église gallicane, liv. XXII , à Tannée 1091 , donnent une explication aussi fausse qu'odieuse <!o la pratique du radiât des autels.
00 HISTOIRE DE LÉGLI8E Dl KANS.
del'évêque Avesgaud que le droit de rachat était porté dans
le diocèse du Mans à une taxe fort élevée.
La piété des moines de la Couture lit désirer au chapitre du Mans de contracter avec eux une union plus intime
encore, et il l'ut stipulé par le même acte, qu'à la mort des chanoines les religieux feraient pour leurs aines les mêmes prières et les mêmes aumônes qu'ils avaient coutume d'offrir pour les membres de leur communauté (1). La charte qui ratifie ces conventions est signée de l'évêque Avesgaud , des dignitaires du chapitre et de quelques seigneurs laïques (2).
Peu de temps après avoir conclu la confraternité dont il vient d'être parlé avec l'abbaye de la Couture, le chapitre en forma une semblable avec les chanoines de Saint- Pierre-de-la-Gour. Sous la protection des comtes du Maine, ce chapitre prenait tous les jours de nouveaux accroissements; le comte lui-même en était considéré comme l'abbé et le premier chanoine; il porte ce titre sur plusieurs diplômes , et prenait solennellement possession de sa stalle et de son canonicat, le jour même où il faisait son entrée d'inauguration dans la ville du Mans. Ce qui engageait surtout les chanoines à rechercher ces confraternités, c'était le pieux désir d'augmenter la pompe des solennités de saint Julien et des saints Gervais et Protais. On croit que dès le xie siècle les fêtes des saints patrons de notre Église furent disposées à peu près comme le rapporte le Cérémonial de l'Eglise du Mans , rédigé au xvie siècle par le
(1) Prœtera, si quis noster canonicus mortem obierit, idem orationum et elemosinarum pro ejus anima reddere studeant, ac si monachus fuerit.
(2] Signum Avesgaudi presulis. — S. Guillelmi decani. — S. Gerv&sii thesaurarii. — S. Ivonis archidiaconi — ■ S. Roberti cancellarii. — S. Raginadi cantoris. — S. Anscgisi capellani. — S. Hugonis prepositi. — S. Huberti canonici. — S. Durandi custodis. — S. Guillelmi antcsignani. — S. Haimonis militis. — S. Hugonis, Gelduini filii. — S. Helinandi. — S. Heribranni. — S. Hugonis Guillelmide. — S. Landrici. — S. Hervei de Asciaco. — S. Herbcrti. — S. Alberici. — Livre Blanc , n° 181. — Cfr. D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LI , num. 114.
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chanoine Pierre Hennier. Le 26 janvier, vigile de la fête rie saint Julien, le syndic et les douze derniers mariés de la paroisse de la Chapelle-Saint-Aubin, qui dépendait de la seigneurie du chapitre , étaient tenus de faire la garde à. l'église cathédrale pendant la nuit. Ils arrivaient un peu avant sept heures du soir, prêtaient, devant le bailli du chapitre, le serment de s'acquitter fidèlement de la garde de la porte de l'église qui leur était confiée (1) ; de ne laisser entrer quiconque portant épée ou bâton ; de faire déposer ces objets ou toutes autres armes sur le bureau où le bailli tenait séance (2). Les bailli, procureur et greffier devaient en conséquence s'y trouver avec deux huissiers, tous enrobes, veiller à ce qu'il ne se fît pas de bruit pendant tout le temps de l'office , et juger de suite les affaires qui leur étaient déférées à l'occasion de la cérémonie. Le chapitre commettait aussi les deux chanoines derniers reçus, pour maintenir alternativement le bon ordre. Un feu de charbon , allumé dans le bas-côté de l'église , près et au-dessous de la porte , servait à chauffer la garde (3).
Le même jour, à sept heures du soir, on commençait à sonner pour annoncer l'office des matines; le son se prolongeait pendant une heure et était très-solennel. Pendant ce temps-là, les chanoines de Saint-Pierre-de-la-Cour se rendaient processionnellement à la cathédrale, et ils commençaient l'office des vigiles à huit heurse. Pendant qu'ils chantaient laudes, on sonnait les matines du chapitre. Les chanoines de Saint-Pierre ayant terminé laudes, ceux de Saint-Julien entraient au chœur pour chanter leur office selon le rit le plus solennel. Pendant les laudes, on sonnait les matines des religieux de la Couture, qui
(1) Il s'agit de la porte latérale, en face de la Grande-Rue; les autres restaient fermées.
v2) Le bureau du bailli était placé dans la nef, un peu au-dessous de la porte , du côté opposé.
(3) Le rliapitrc fournissait une pipe (environ cinq hectolitres) de charbon
arrivaient processionnellement de leur monastère. Par cette succession d'offices la ouil entière retentissait des chants sacrés à la gloire; de L'apôtre du Maine. Dans l'origine , les moines de la Couture célébraient après l'office des laudes une messe solennelle , puis chaque religieux prêtre offrait le saint sacrifice dans l'église cathédrale. Dans la suite, cette coutume fut abrogée, et les chanoines leur permirent de retourner à l'abbaye après les offices de la nuit, qui se terminaient vers le matin.
Le 27 janvier , jour de la fête de saint Julien , les chanoines de Saint-Pierre -de-la-Gour , tous en chape , et les moines de la Couture également en chape , assistaient à la messe de la cathédrale. Les premiers se plaçaient dans les hautes stalles de droite , les seconds dans celles de gauche ; Je chapitre de la cathédrale occupait le fond du chœur. Après le chant de prime et de tierce , les reliques de saint Julien étaient solennellement portées en procession autour delà cathédrale.
Entre l'offertoire et la préface , le secrétaire du chapitre faisait , à la principale porte du chœur , l'appel des abbés qui devaient se trouver présents à l'office de la cathédrale ce jour-là; c'étaient les abbés de Saint-Calais , Saint-Vincent, la Couture, Beaulieu, Évron, Lonlay, le Gué-de-Launay, la Pelice , Saint-Geo rges-des-Bois, et Vaas. On a vu plus haut l'origine de cette cérémonie. Lorsque saint Aldric transporta le corps de saint Julien de l'église des Saints- Apôtres du Pré en l'église cathédrale , la solennité attira tous les abbés de la province , et ils amenèrent avec eux quelques-uns de leurs religieux. La réunion de tons ces prélats donnant un nouveau lustre à cette solennité , on conclut avec eux des traités qui les obligeaient à se rendre tous les ans à l'anniversaire de cette fête. Les monastères qui furent fondés dans la suite prirent aussi des engagements à cet égard. Tout porte à croire que cette réunion imposante et pieuse édifia les peuples du Maine, jusque vers le milieu du xvie siècle, lorsque les commendes devinrent presque générales. Alors cet appel ne fut plus qu'une
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simple formalité , que l'évêque et le chapitre n'en ont pas moins maintenue jusqu'à la fin duxvme siècle, faisant déclarer contumaces et excommuniés tous ceux qui ne se présentaient pas à cet appel. L'abbé de la Couture prétendait en être exempt à un titre particulier ; mais le chapitre déclarait cette prétention mal fondée. Primitivement les abbés de Saint-Pierre-de-1 a-Cour et de la Couture assistaient l'évêque dans les fonctions de ce jour.
Sous L'évêque Avesgaud et sous ses successeurs , durant assez longtemps, les moines de la Couture, venus à la cathédrale vers le soir , ne retournaient pas à leur monastère avant que la messe solennelle fût terminée, c'est-à-dire vers midi. Pendant tout ce temps , il leur était nécessaire d'avoir un lieu où se retirer , et où prendre quelque nourriture ; les évêques s'engagèrent donc à les recevoir dans leur palais, à leur fournir une salle chauffée et éclairée, et un repas consistant en une longe de porc (1), ou soixantequatre harengs , lorsque la fête de saint Julien se rencontrait un jour d'abstinence , quatre-vingt-dix pintes de vin, du pain en quantité suffisante , et quelques autres mets. Cette convention , toute conforme à l'esprit du temps où elle fut conclue, se modifia dans la suite. Les moines avaient reçu en échange quelques redevances et toutes les offrandes apportées sur l'autel de saint Gervais et saint Protais, consistant en argent , luminaire et autres objets (2).
A la fête de saint Gervais et de saint Protais d'été , une députation du chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour se rendait à la cathédrale; trois moines de la Couture s'y rendaient également; mais ni les uns ni les autres n'étaient tenus à se trouver présents à d'autres offices qu'à la messe solennelle, où ils paraissaient revêtus de chapes (3). Les
(1) Longia porci.
(2) P. Hcnnier, Cérémonial de l'Église du Mans, Ms., Biblioth. du Mans.— Compendium historiée regalis abbatiœ sancti Pétri de Cultura, Ms. — Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre de Saint-Pierrede-la-Cour, Ms., aux Archives de la Sarthe.
(3) Die autem festo sanctorum martyrum Gervasii atque Prothasii, qui
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trois moines <lc la Couture chantaienl àl'ambon le verset 0 rex gloriœ et à l'offertoire Gtoriosus Deus. Lescha noines de SaintrPierre remplissaient «les offices analogues. Quoique le concile de Glermont de lo(.>:> eût aboli les droits de rachat d'autels, les moines de la Couture ne continuèrent pas moins à se rendre tous les ans aux fêtes de saint Julien et des saints Gênais et Protais , en la manière qui vient d'être décrite. Les moines de la Couture et les chanoines de Saint-Pi erre-de-la-Cour formèrent entre eux à leur tour une confraternité semhlahle à celle qu'ils avaient liée avec le chapitre de l'-église cathédrale. On ne connaît pas positivement l'époque où elle s'établit, mais on ne pense pas s'éloigner de la vérité en la rapportant à l'épiscopat d'Avesgaud ou de l'un de ses premiers successeurs. D'après les conventions arrêtées, les chanoines de Saint-Pierre devaient se rendre processionnellement à la messe solennelle au jour de la fête de saint Bertrand ; ils devaient assister revêtus de chapes à la procession et à la messe ; deux d'entre eux tenaient le chœur avec le chantre du monastère, et chantaient le verset 0 rex gloriœ... Alléluia. Opater inclyte Bertranne... , le verset et la séquence Bertranne inclyte. Ils pouvaient se retirer après l'élévation. De leur coté les moines de la Couture avaient contracté l'obligation de se rendre à l'église collégiale de Saint-Pierre pour la fête de sainte Scholastique , le 10 février. Ils y remplissaient des fonctions analogues à celles que les chanoines avaient remplies dans leur église. Cette alliance fut maintenue jusqu'au commencement du xvme siècle (l). La fête de saint Bertrand avait dès lors un grand éclat dans l'abbaye de la Couture ; tous les prieurs des prieurés et des obédiences qui en dépendaient devaient s'y trouver; on y tenait une sorte de chapitre général dans lequel lurent
est xiii. kal. julii, non onincs cum sua processione, neque ad nocturnale offîcium, sed pars eorum sublimior ad misse tantum principalis sollempnia dévote celebranda conveniant. Livre Blanc, n° 181.
(1) Compendium historiœ Culturœ. —Mè ir servir à F his-
toire du chapitre de Saint-Pierrc-de-ia-Cour.
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promulgués à diverses reprises des règlements de réforme importants. On voit aussi par grand nombre de chartes émanées de ces assemblées que des seigneurs laïques ne laissèrent pas de s'y rendre (I). Vers cette époque chaque abbaye établissait une solennité semblable; précieuse garantie du maintien de la régularité , et source féconde d'édification pour les peuples.
C'est ainsi que le culte de saint Julien reçut de nouveaux développements sous l'épiscopat d'Avesgaud. Depuis la translation des reliques de notre saint apôtre dans l'église cathédrale, au temps de saint Aldric, il en est reconnu pour le patron ; mais ce n'est guère qu'à partir de l'épiscopat d'Avesgaud qu'on le voit désigné seul comme titulaire. Désormais on ne rencontre plus qu'accidentellement, dans les monuments anciens, les noms de la sainte Vierge et de saint Pierre parmi ceux des patrons de cette église; néanmoins, l'autel majeur 'est toujours demeuré sous leur patronage.
A la même époque, et, jusqu'aux derniers jours du xvme siècle, on célébrait une procession très- solennelle le 25 juillet, fête de la translation de saint Julien de l'église du Pré en la cathédrale. Tout le clergé de la ville, le présidial en robes rouges, le corps de ville et la population entière s'y rendaient. On y portait la châsse contenant les reliques du saint apôtre, et la procession parcourait une grande partie des rues de la cité. Au carrefour de la rue Dorée , une maison était obligée de faire un reposoir et de fournir quatre bouquets de fleurs, deux blancs et deux verts (2).
Outre les fondations de l'évêque Avesgaud et du chapitre pour la fête de saint Julien, et cette brillante station dont on vient de voir rétablissement , les travaux que Léthalde entreprit à la gloire de l'apôtre du Maine, contribuèrent
(1) Cartularium sancti Pétri de Cultura. — Compendium historiœ f'ulturœ. — Cenomania.
(t) Almanach manceau, 1758, p. 44. 45.