HISTOIRE l»:. L BOUSE Dl KANS
puissamment à répandre son nom el à raviver la dévotion des peuples. Léthaide, l'un des esprits b's plus cultivés et les plus judicieux de son siècle, avait \u 1<- jour, suivant
une opinion très-probable, dans le diocèse du Mans (1). Dès son enfance il fut placé dans l'abbaye de Micy, au diocèse d'Orléans, sous la discipline de l'abbé Annon, appelé, vers 943, à gouverner ce monastère. Les études littéraires étaient fort en honneur chez les moines de Micy, et Léthaide devint bientôt en leur compagnie l'un des écrivains les plus distingués de son siècle. 11 s'acquit par son savoir une réputation très-étendue , et les hommes les plus savants de son temps ne parlent de lui qu'avec une trèsgrande estime.
Au moment où il se consacra à Dieu dans le monastère de Micy, cette abbaye reprenait son lustre primitif, et l'on y voyait, comme en ses plus beaux jours, des moines d'une vertu rare. Léthaide n'y fit pas moins de progrès dans la piété que dans les lettres. Sa promotion au sacerdoce, l'humilité avec laquelle il parle de lui-même dans ses écrits, les sujets qu'il y traite, la dévotion et l'onction que respirent tous ses ouvrages , sont une preuve non équivoque des
(1) Possevin , Apparatus sacer, t. II, p. 344. — Vossius, Historici latini, lib. II, cap. xli, p 112.— D. Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B., t. I, p. 598. — D. Liron , Singularités historiques et littéraires, t. I, p. 462. — D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 528. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. II, p. 1. — Une note manuscrite ajoutée à un exemplaire du Lignum vitœ d'Arnold Wion, possédé par l'abbaye de la Couture, supposait des liens de parenté entre Létbalde et Garin de Tanie. Suivant cette même note, ce Garin aurait été le fondateur du prieuré de Tanie dépendant de la Couture. Il est vrai que l'historien de la Couture rapporte cette fondation à Hubert Ribole et à Gloriande sa femme (1086-1097) ; mais l'on sait que souvent les héritiers des fondateurs, en confirmant les fondations de leurs ancêtres, s'expriment en termes qui laisseraient croire qu'ils sont eux-mêmes les vrais fondateurs. — Cfr. Compendium historiœ Culturœ.— Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 225, 517. — Quant à la famille de Tanie [Tanida, Thania, Taneia, — Tennie, Tany) , elle tenait un rang distingué dans le Maine aux xie, xne et xme siècles. Cfr D. Martène, Amplùs. collect., t. I, col. 519. — Bilard, Analyse des documents historiques-, etc., passini.
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sentiments qui L'animaient. Il porta cette piété et les principes sévères d'une morale exacte dans les recherches de l'histoire; et si des erreurs se glissèrent dans les écrits qu'il a laissés, on peut affirmer qu'il ne manqua jamais du désir sincère de découvrir la vérité.
Pendant son séjour au monastère de Micy, Léthalde écrivit une relation des miracles de saint Maximin, premier abbé de cette maison , et père spirituel d'un grand nombre de solitaires qui , au vie siècle , peuplèrent les déserts du Maine (1). Cette légende est d'un style plus correct, plus élégant, que ia plupart des écrits qui nous restent de la même époque. A la manière des anciens, qu'il avait étudiés avec fruit , l'auteur expose dans un prologue les motifs qui l'ont porté à recueillir ces prodiges. Le principal est l'utilité d'une telle relation pour consoler les serviteurs de Dieu , en entretenant dans leurs esprits la confiance en l'action de la Providence. L'écrivain y rapporte sommairement beaucoup d'événements accomplis hors de son monastère; mais surtout il insiste sur plusieurs points de l'histoire ecclésiastique du Maine.
Un concile ayant été convoqué en 988 (2), à Charroux (3), abbaye du diocèse de Poitiers, les moines de Noaillé (4) s'empressèrent d'y transporter les restes vénérés de saint Junien , premier abbé de leur monastère. Quelques miracles eurent lieu à cette occasion, et Léthalde fut prié d'en faire le récit. Il s'acquitta de cette tâche dans une lettre adressée à Constantin, abbé de Noaillé, et à ses religieux (5).
(1) Liber miraculorum sancti Maximi, apud D. Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B., t. I, p. 59S et suiv — Patrologie , édil. Migne, t.CXXXVII, col. 735-824.
(2) Monasterium Karrofense sancti Salvatoris.
(3) D'autres rapportent ce concile à Tan 998.
(4) Nobiliacen.se monasterium.
(5) Delatio corporis- sancti Juniani in synodum Karrofaise, apud I). Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B., t. V, p. 434.— Acta Sanctorum, •ni diem un augurti, Vita sancti Juniani abbatis. — D. Rouquet, t. X,
Un acte public d'Arnou] , évèque d'Orléans , rédigé par Léthalde, suivanl I). Mabillon, et que l'on croit être de l'an 973, sert à établir qu'il exerçait cette même année les fonctions de chancelier dans l'abbaye de Miey. Arnoul eut
avec Léthalde quelques contestations dont on ignore l'oi igine et la cause. Saint AbboD , abbé de Fleury , qui porta plainte contre cet évèque aux rois de France Hugues Capet et Robert, témoigne que le prélat lit éprouver à notre écrivain les plus durs traitements , au mépris des lois ecclésiastiques, et des égards dus à un religieux aussi vénérable que Léthalde (1 ) .
Malheureusement des passions , triste apanage de la faiblesse humaine, vinrent jeter le trouble dans une carrière si noblement commencée et si saintement remplie jusqu'à ce jour. L'abbaye de Micy fut agitée, vers l'an 996, par le mécontentement que conçurent quelques religieux contre l'abbé Robert, trop affectionné à un moine qui était mal vu des autres membres de la communauté. Les moines ayant accusé ce jeune religieux de divers crimes, l'abbé prit sa défense avec une chaleur qui acheva d'augmenter le mécontentement. Les moines finirent par jeter hors du cloître Robert et son favori, et par remettre la crosse abbatiale entre les mains de Léthalde. Ce fut l'occasion d'un grand scandale. Léthalde, on devait s'y attendre, ne fut pas épargné par les proscrits; ils le dénoncèrent
p. 360.- Patrologie, édit. Migne, t. CXXXVTI, col. 821-826. - Il ne reste qu'un court fragment du travail de Léthalde; ce qu'il contient a peu d'importance, mais est remarquablement écrit. — Vid. D. Mabillon, loc. cit., et Annales 0. S. #., lib. L, num. 5.
(1) ... Oblitus reverentiœ sacerdotalis injuriose et sine ullis legibustractavit. Apologeticus Abbonis, lib. XL1X, num. 112, apud Pithou, Codex canonum veteris Ecclesiœ Romanœ, p. 400.- Vid. D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LI, num. 4. — M. Eug. de Certain, dans un travail récemment publié, a rétabli la vérité des faits concernant l'évêque Arnoul. Les entreprises injustes et téméraires de cet évèque contre les immunités de l'abbaye de Micy, donnent à penser que Léthalde fut la victime de son zèle à défendre les droits de son monastère. Bibliothèque de l'école des Chartes, 3e série, t. IV, p. 425-464.
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comme Jes ayant calomniés, comme ayant provoqué l'insurrection par de coupables manœuvres. Des récriminations se firent entendre de part et d'autre. Pris pour arbitres dans cette querelle , les moines de Fleury se prononcèrent en faveur de Robert ; et saint Abbon écrivit à ce sujet une lettre fort vive. Abbon, jusque-là ami de Léthalde et l'un de ses plus zélés partisans, qui avait pris sa défense dans une autre occasion, crut devoir le blâmer dans une circonstance où les lois de la discipline avaient été violées. Dans la lettre qu'il lui adresse et aux autres religieux de Micy , il les presse avec force, mais en même temps avec un accent de tendresse paternelle , de reconnaître leur faute et de la réparer (1). La manière dont il parle à Léthalde prouve que ce religieux avait un grand crédit sur l'esprit de ses frères. 11 y a tout lieu de croire que cette lettre apaisa les troubles , et qu'ayant fait cesser le scandale, elle rétablit la concorde et la bonne intelligence. Les paroles du saint abbé de Fleury devaient être accueillies avec respect par des hommes animés au fond d'intentions droites. Ce qu'il y a de certain, c'est que Robert fut maintenu dans sa chaire abbatiale, et qu'il y mourut en odeur de sainteté (2) .
Après les troubles de Micy, Léthalde revint dans sa patrie; il se rendit au Mans pour trouver près du tombeau de saint Julien les remèdes dont son esprit et son corps avaient également besoin , comme il ledit lui-même (3).
(1) Tandem ad te, mi quondam familiaris Léthalde, nunc sermo dirigitur, cujus alias singularem scientiam mea parvitas amplectitur, et summis laudibus extollcre nititur...
(2) Epistola Àbbonis, apud Pithou, loc. cit., p. 414. — D. Mabillou, Annales 0. S. B.y lib. LI, num. 49. — D. Bouquet, t. X, p. 440.
(3) Reverendissimo patri Avesgaudo frater Lethaldus salutem in Domino. — Cum desidcrio afflatus tam spiritualis quam corporalis rcmedii, ad memoriam praeceilentissimi prœsulis Juliani accessissem , et dulci afllaminc vestrœ dilectionis frui licuisset... Epistola Lethaldi monachi ad Avesgaudumepiscopurn, apud du Bosquet, Ecclesiœ gai licanœ historiœ pan II, p. 73. — Acta Sanctorum Januarii, t. II, Append., p. 1182. Patrologie, édit. Migne, t. CAXXVI1, col. 781-784.
Il fut reçu au Mans avec la distinction que son mérite à tous égards réclamait; l'évoque Avesgaud fit paraître pour lui une affection particulière, et l'on croit que ce fut sur les instances du prélat et celles de ses nombreux amis qu'il se détermina à fixer son séjour dans l'abbaye de la Couture. Avesgaud voulut mettre les talents de Léthalde à profit pour son Église ; il l'engagea à retoucher les anciennes légendes de la vie de saint Julien. Léthalde entreprit ce travail avec une affection filiale; il réunit toutes les compositions antérieures, et en fit l'un des ouvrages les plus parfaits qui aient été publiés au moyen âge. Il le dédia à Avesgaud, par une épître à laquelle s'est attachée une certaine célébrité (I). C'est dans cette dédicace que Léthalde professe des principes qui lui ont tant mérité d'éloges de la part des critiques modernes. On y trouve en effet de nobles pensées, exprimées avec force et élévation, sur le respect que l'historien doit à la vérité , et sur la dignité de sa mission. « On ne saurait rapporter avec trop de respect et de gravité, dit-il, ce qui est destiné à être lu en présence du Dieu de vérité : de peur que le moyen par lequel on se flatte de l'apaiser , n'irrite davantage sa colère. Il est certain, ajoute-t-il, qu'il n'y a que ce qui est exactement vrai, qui puisse lui plaire (2). Cependant, il se rencontre des écrivains qui, par un zèle mal entendu à rehausser les actions des saints , comptent pour rien de heurter la lumière de la vérité : comme si l'on pouvait réussir par le mensonge à relever la gloire des bienheureux (3), eux qui ne seraient jamais parvenus à l'état de la béatitude, s'ils avaient été partisans du mensonge ! Il faut donc, conclut Léthalde, il faut rapporter avec une exacte
(1 ) Si Ton peut juger de l'estime que l'on a faite d'un livre par le grand nombre de copies qui en ont été exécutées, on doit regarder la Vie de saint Julien, par Léthalde, comme Tune des lectures les plus chères au moyen âge. Vid. Bollandus, Casimir Oudin, Vossius et D. Montfaucon , Bibliotheca biblioth. Ms.
(2) Nihil enim ei placet, nisi quod verum est.
(3) ... Quasi sanctorum gloria mendacio crigi valeat...
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vérité ce que la vérité a fait elle-même; car si quelqu'un des anciens passe pour avoir opéré quelque miracle , ce n'est point à l'homme mais à la vertu de Dieu qu'on doit l'attribuer; elle seule peut l'opérer en qui et par qui il lui plaît. »
Dans tout son travail , Léthalde suivit scrupuleusement les vues qu'il exprimait avec tant de gravité. Il rechercha avec attention tous les récits anciens, et il n'eut pas de peine à en rencontrer plusieurs; car la vénération pour le saint apôtre du Maine les avait multipliés (1). Usant librement de sa critique et des lumières que pouvait lui prêter son siècle, il forma son récit de tous les faits qu'il crut pouvoir admettre, et n'hésita pas à rejeter comme apocryphes tous ceux qui se trouvaient en contradiction avec ses idées et ses principes. Cette franchise de critique, très-louable dans les vues de Léthalde , mais appliquée par lui avec un certain défaut de circonspection , a contribué à introduire quelques difficultés sur les origines de notre Église. Mais , tout en rendant un juste hommage au talent et au mérite de cet écrivain, on peut, à l'aide de documents qu'il n'a pas connus, faire voir qu'il s'est mépris sur la question chronologique (2).
(1) Il reste encore deux Vies de saint Julien, antérieures toutes les deux au ixe siècle : l'une a déjà été donnée au public ; nous nous proposons de publier la seconde dans un autre travail.
(2) Nous ne pouvons nous étendre ici sur le système de Léthalde, qui place la mission de saint Julien au iv siècle; nous avons rapporté dans l'Introduction à cette histoire les principales raisons qui obligent à rejeter son opinion. Lui-même avoue qu'il est en opposition avec tous les documents historiques relatifs à saint Julien , et antérieurs à son époque. Il est vrai que Léthalde dit qu'il ne saurait rapporter la mission de saint Julien au temps des apôtres, parce que l'autorité des anciens n'est pas d'accord sur ce point : « nec ratio temporum , neque veterum consensit « auctoritas. » Mais il est clair que par ces anciens auteurs Léthalde entend seulement Sulpice Sévère, dont le texte est si bref qu'il ne prouve rien, et saint Grégoire de Tours, dont il ne connaissait pas tous les ou\ rages, en particulier le livre de Gloria murtyrum , dans lequel l'historien des Francs reconnaît que les premiers missionnaires de la Gaule fmnt <li»ciplfs immédiats des Apôtres. Enfin quelque savant qu'ait été
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Dans sa reconnaissance pour saint Julien, auquel il donna le titre de très-excellent père, Léthalde composa encore un ofïice pour les solennités de noire apôtre. 11 suit dans ce travail les traces <U>< jilus anciens rédacteurs de la liturgie catholique , c'est-à-dire que, ne se jugeant pas astreint à puiser uniquement dans les livres saints les paroles de son office, il disposa en antiennes et en répons les parties les plus saillantes de la légende de saint Julien, telle qu'il l'avait rédigée.
Léthalde distribua aussi en leçons pour le second nocturne pendant toute l'octave de la l'ète du saint apôtre, les différentes parties de la légende. Mais l'on y fit de bonne heure un changement important ; et malgré tout le respect que l'on avait pour la science et le caractère du vénérable hagiographe , on remplaça le passage dans lequel il attribuait la mission de saint Julien au ive siècle, par une rédaction qui conservait les véritables et anciennes traditions des peuples du Maine. Cet office est resté en usage dans l'Église du Mans jusqu'à la funeste innovation effectuée au xvine siècle. Tout le monde reconnaît dans cette composition un mérite réel et une entente parfaite de ces œuvres de piété et d'a£t dont nos siècles positifs et raisonneurs semblent avoir perdu le secret.
Les études liturgiques étaient en grand honneur au xe et
Léthalde, il est certain qu'il commence sa légende par une erreur de chronologie. Il dit positivement que saint Pothin, qui souffrit le martyre à Lyon dès l'an 177, ne vint dans la Gaule qu'au nir siècle, avec les sept évoques dont parle saint Grégoire de Tours. — Nous ne pouvons nous arrêter à citer ici de nouveaux textes ; ceux que nous avons rapportés dans notre Introduction suffisent pour éclairer tout esprit libre de préventions ; toutefois , nous ne pouvons passer sous silence ces paroles du Chronicon Turonense abbreviatum , manuscrit récemment publié. On y lit: « xlix (i. e. anno Christi) sanctus Martialis Lemovicas mittitur. — L. Ursinus , Silvanus et Julianus Cenomanis mittuntur. » Ce qui donne une nouvelle force à ce texte, rédigé dans l'Église même de Tours, c'est que dans cette partie la petite chronique n'est que l'abrégé du Chronicon Turonense magnum. And. Salmon, Chroniques de Touraine,^. !63, 164. Cfr. ihidem, p. xvi à xli.
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au xie siècle ; le roi Robert composait des antiennes et des répons, et il aimait à les exécuter lui-même dans les églises. Plus d'un puissant seigneur avait les mômes goûts et s'adonnait aux mêmes travaux (1). Léthalde est l'un des premiers liturgistes de son temps. Tl avait embrassé ces études dans toutes leurs parties, et la science du chant lui était familière. Deux écoles divisaient les liturgistes sur les mélodies qu'il était à propos d'employer dans les offices divins : les uns restaient fidèlement attachés au style ancien du chant grégorien, et les autres introduisaient un style nouveau dans la notation. Léthalde se rangea dans le camp des premiers , et ce fut en se conformant fidèlement aux traditions grégoriennes qu'il nota tout l'office dont il avait d'abord composé les paroles. « Car, dit-il, je n'aime pas la nouveauté de certains musiciens, qui introduisent un genre tellement à part qu'ils dédaignent de suivre les anciens (2). » Les mélodies composées alors par Léthalde furent conservées d'âge en âge; elles étaient l'un des héritages gardés le plus précieusement dans l'Église du Mans , où elles régnèrent pendant huit siècles ; et elles ne furent répudiées qu'au moment où de déplorables influences amenèrent la destruction des souvenirs les plus chers à nos pères (1748).
Dans son épître à l'évèque Avesgaud , Léthalde promet d'entreprendre l'histoire des miracles qui se faisaient journellement près du tombeau de saint Julien (3). On ignore
(1) Doin Guéranger, Institutions liturgiques, t. 1, p. 272.
(2) Acta Sanctorum, loc. cit. — Voyez aussi D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. Ll, num. 50. — D. Bouquet, t. X, p. 385. — D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 536 et passhn. — D. Guéranger, Institutions liturgiques, t T, p. 262, 274.
(3) ... Nusquam tamen de meritis tanti patris quemquam diffidere suademus ; qui dum apud suos sacros cinercs Deo largiente fauta et talia operetur, multa majora et clariora, dum in hoc mundo adhuc viveret, eum opérât um Cuisse cunctis recte credentibus liquet. Quod si haec nostra clinguis rusticitas vel utilitati vel devotioni aliquod emolumentum contulerit, ea etiam quœ nostra aetate apud sacrum cjus tumulum patrata sunt, Domino Cluisto largiente» dum nostra; accesserint notitiœ, subnecterecogitainus... Èpistola, num. '».
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s'il exécuta son dessein ; ce qu'il y a de certain , c'est que ce travail n'a pas encore été découvert. Toutefois, les paroles du pieux historien attestent le concours si nombreux des peuples au tombeau de notre saint apôtre. Elles ne permettent pas non plus de croire que Léthalde se soit désormais éloigné d'un lieu où il avait recouvré la santé du corps et la paix de l'esprit.
Dans sa retraite studieuse , Léthalde composa quelques pièces de poésie; une seule a été publiée. Ce petit poème , dans lequel l'auteur célèbre un miracle opéré par un saint évêque , donne une idée avantageuse du talent de Léthalde pour la poésie (1). Tels sont les travaux qui ont fait placer Léthalde parmi les écrivains les plus célèbres du xe siècle. 11 doit cette gloire surtout à la perfection relative de sa diction. On croit généralement que ce fut dans l'abbaye de la Couture que ce docte religieux fut accueilli à son arrivée au Mans, et qu'il y finit ses jours (2). L'illustre abbé Gauzbert gouvernait encore ce monastère ; il y maintenait dans toute leur ferveur les traditions de la piété, et l'étude des lettres et des beaux-arts.
La vénération qu'inspiraient aux habitants du Maine la vertu et le génie de ce grand homme , se transmirent en quelque sorte à ses successeurs. L'abbé Théodelin , qui gouverna après lui le monastère de Maillezais, sut en profiter pour l'avantage de sa maison (3). Théodelin était lui-même un personnage très-vénérable et jouissant d'une grande autorité parmi ses contemporains. Comme il était
(1) Le poëme de Léthalde porte pour titre : Versus Lethaldi monachi de quodam piscatore , quem balœna absorbuit. Il a été découvert par M Hauréau dans un Ms. delà Biblioth. Impér., et publié dans le Bulletin des comités historiques, t. I, p. 178. La Bibliothèque de Tours possède un Ms. qui contient le même poëme plus complet de quatorze vers.
(2) D. Mabillon, Annales 0. S. B. , lib. LT, num. 50. — D. Bouquet, t. XL — D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 531. — D. Liron , Singularités historiques et littéraires. 1. 1. — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 13.
(3) Galïiachristiana, t. II, col. 9363, 1363.
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très-puissant sur l'esprit de Guillaume , duc d'Aquitaine et comte de Poitou , Hugues, comte du Maine , employa son crédit près de ce prince. Ayant obtenu par cette voie tout ce qu'il désirait , le comte Hugues lui offrit de riches présents; mais l'abbé de Maillezais les refusa, disant qu'il était assez riche des biens de ce monde , mais qu'il était fort dénué des reliques des saints ; qu'il le priait en conséquence de lui accorder le corps d'un serviteur de Dieu célèbre par ses miracles. On voit que le Maine avait conservé une partie de son ancienne gloire sous ce rapport. Quoique le comte Hugues entrevît de grandes difficultés dans la demande de l'abbé Théodelin , il ne put s'empêcher de lui promettre tout ce qu'il désirait. Il songea donc à saint Rigomer , qui reposait encore à Souligné- sous- Vallon, et au tombeau duquel s'opéraient souvent des prodiges éclatants. Toutefois, lorsque deux moines de Maillezais furent arrivés pour réclamer l'exécution de la promesse , le comte rencontra de puissants obstacles , et il fallut user de beaucoup de précautions. Il introduisit de nuit les deux moines dans la basilique où reposaient les précieuses reliques, sous le prétexte de les vénérer. C'était encore l'usage de passer ainsi la nuit dans les églises, près des corps saints; et la demande des envoyés poitevins ne dut pas éveiller de soupçons. Ils parvinrent avec le même bonheur à détourner l'attention des gardiens, et à se rendre les maîtres du trésor tant désiré. Prenant aussitôt la fuite , et faisant grande diligence, ils arrivèrent le même jour à Angers. Le lendemain , qui était la fête de saint Aubin , étant allés avec leur précieux dépôt à l'église de ce saint pour y assister à l'office , un paralytique fut guéri par l'intercession de saint Rigomer.
Toutefois, la crainte que Foulques Nerra, comte d'Anjou et suzerain du Maine, ne fût averti par ce miracle du trésor enlevée Tune de ses provinces, les porta à laisser attribuer par le peuple cette guérison à saint Aubin, pour n'être pas découverts. D'Angers, les moines qui portaient les saintes reliques allèrent à l'abbaye de Bourgueil , où