SAINT PAVAGE
naître surtout par les miracles qu'il opéra, parce que l'esprit peu cullivé encore des populations auxquelles il adressait ses instructions, était principalement accessible à ces merveilles, dont la mémoire restait comme un argument invincible en faveur de la nouvelle doctrine.
On ne recueillit même qu'un petit nombre des miracles opérés par notre saint évêque, et il en avait déjà fait plusieurs, lors qu'arriva l'événement que nous allons rapporter.
Une femme chrétienne et riche nommée Casla, accablée de plusieurs maladies à la fois, avait dépensé sa fortune à chercher du soulagement à ses maux, et avait enfin perdu tout espoir dans les remèdes humains. Dans cet état désespéré, elle entendit parler des guérisons miraculeuses que le saint évêque avait procurées à plusieurs malades, et elle désira éprouver elle-même la charité du serviteur de Dieu. Elle se fit porter par ses parents et ses amis au lieu où se trouvait Pavace, et, dès qu'elle fut en sa présence, elle sentit son espérance redoubler; elle lui exposa ce qu'elle attendait de sa piété; il pria pour elle, lui adressa aussi quelques saintes instructions et elle fut guérie de son mal. En reconnaissance de ce bienfait elle donna à l'Eglise ce qui lui restait de fortune, et prit la résolution de mener désormais une vie plus sainte (l).
Cette guérison eut un grand éclat, et elle attira vers le saint évêque une multitude de malades qui venaient aussi lui demander le soulagement de leurs douleurs. De ce nombre fut un paralytique, perclus de tous ses membres, qui avait vainement essayé tous les secours que lui offrait la médecine. 11 vint trouver Pavace avec une grande confiance d'obtenir sa guérison; il resta plusieurs jours près de lui, sans toutefois ressentir encore la puissance du saint évêque; cependant celui-ci priait toujours à celte intention, il offrit même, pour obtenir la grâce qu'il demandait, le saint sacrifice; enfin Dieu
(1) Nominatim autcm rcs quas ci ^Pavacio) tradidit, in Gcstis Pontiiicalilms inscrtu: esse dignoseuntur. Ulco hic non iiu>cruntur. — Vita tcmeti Pavacii, nuiu. 2.
exauça les prières de son serviteur et la confiance du malade qui fut entièrement guéri.
Après avoir rendu la santé à ce paralytique, Pavace l'engagea à se consacrer au service de Dieu pour le reste de ses jours. Cet homme répondit à cette vocation, et Pavace le fil instruire de la doctrine chrétienne, avec plus d'étendue que le commun des fidèles; il n'oublia rien de son côté pour le faire entrer dans la connaissance des dogmes sacrés; car, c'est ainsi que pendant plusieurs siècles, les premiers évoques présidaient eux-mêmes à l'école caléchismale, et que la doctrine que saint Julien avait reçue des apôtres, et enseignée le premier, s'y conservait vivante (4).
Toutefois, les merveilles qu'opérait Pavace furent connues non seulement dans la contrée qui en avait été témoin, mais encore dans les pays voisins; elles réjouirent et affermirent dans la foi les nouveaux fidèles.
Il obtint par ses prières une grâce beaucoup plus signalée encore. Une peste, causée par la corruption de l'air, décimait la population dans tout le territoire des Cénomans, le saint évêque fut vivement ému de ce malheur, et il recourut à la prière pour fléchir le courroux de Dieu; il joignit le jeûne à l'oraison et fut enfin exaucé. La peste cessa, [et non seulement les fidèles, mais encore toute la population du pays, lui fut redevable de son salut.
Peu de temps après cet événement, un serpent d'une grandeur et d'une férocité prodigieuses parut dans la contrée (2). Telle était la terreur que répandait ce terrible animal, que tous les villages voisins de son repaire voyaient leurs habitants s'enfuir, et chercher plus loin un asile moins dangereux. Ce monstre n'épargnait ni les hommes ni les animaux, l'air même était infecté de son soufle pestilentiel. La ferlai) Cui (paralytico) et majora dona largitus est, et Domino JesuChristo (liebus vitœ suœ servire prœcepit, et qualiter ei scrvire debcret, sapientcr instnmt. Hœc autem nota facta sunt per totum pagum illum, sive per alias regioncs, et omnes credentes in fide confirmât! sunt, et Deo gratis? egerunt.— Vita sancti Pavacii, num. 4, (2) Voyez la note 3e à la fin du volume