‹ Histoire de l'Eglise du MansChapitre 17 sur 43 · SAINT PAVAGE · texte numérisé non relu

SAINT PAVAGE

reur chaque jour croissante arrêtait les hommes les plus courageux, et nul n'osait approcher du lieu qui lui servait de retraite. Pavace seul se montra sans crainte : il alla à la caverne du dragon, le terrassa par la force du signe de la croix, l'enlaça dans les plis de son étole, puis il fit approcher les fidèles qui l'avaient suivi, mais qui s'étaient arrêtés à distance, retenus par l'effroi. L'aspect seul du serpent, tout terrassé qu'il était, les glaçait encore d'épouvante : le saint les força d'approcher, voulant qu'ils fussent témoins du prodige. Mais là ne se borna pas la merveille : Pavace se mit en prière, la terre s'entr'ouvrit, elle monstre disparut pour toujours (4).

Plusieurs siècles après l'épiscopat de saint Pavace, on voyait encore une figure de ce monstre, et la représentation de tout ce que nous venons de raconter, dans le palais des évèques du Mans; le dragon y était représenté avec des proportions gigantesques. De là est venu l'usage de peindre notre saint évêque tenant un dragon enchaîné (2).

Pavace fit encore un miracle signalé en faveur de deux jeunes gens, fils d'un homme puissant chez les Génomans, nommé Benediclus, et de sa femme qui avait nom Lopa. Ces jeunes gens étaient réduits à l'extrémité par une fièvre violente, et leurs parents étaient au désespoir; ils eurent recours au saint évoque dont ils connaissaient le pouvoir miraculeux, car ils avaient déjà embrassé la foi chrétienne, et ils le supplièrent de venir visiter leurs enfants mourants. Le saint se rendit à leurs vœux : dès qu'il fut arrivé, il fit sur les deux jeunes malades le signe de la croix, et leur frotta la tête d'une huile bénite; à l'instant même ils se trouvèrent guéris. Ces heureux parents ne sachant comment témoigner à Dieu et à son ministre toute leur reconnaissance, offrirent leurs enfants eux mêmes à Pavace, pour qu'il les élevât dans la clérica-

(1) Vita sancti Pavacii, uum. 5 et 6.

(8 Mugnitudinem vero cjus hic non descripsimus, sed tantum mensur.i' instimationcm memoiavimus, quia picta crat in domo cpiscopali, in nostrambe constructa. Erat autem longitndo cjus cubitorunidecem, et gros- ;>itudo cjus cmuieiiï valde. — Vita samti Pavacii, uum. 6 et 7.

ture. Ils y joignirent leurs biens, qu'ils voulurent donner à l'Eglise pour subvenir aux besoins du culte, et à l'entretien de ses ministres, des frères qui se trouvaient dans la nécessité, et de tous les malades et les pauvres dont l'Eglise se chargea dès son origine.

Benedicluset Lopa ajoutèrent encore, à tous ces dons un sacrifice plus grand, car ils se consacrèrent eux-mêmes au service de l'Eglise, entre les mains de I'évèque. Ce genre de dévouement qui devint si commun dans la suite, n'était pas inconnu aux premiers siècles du christianisme (i).

La Providence sembla prendre plaisir à répandre la réputation de Pavace bien au-delà des limites du pays des Cénomans, des Diablintes et des Arviens. Un habitant du pays des Andegaves travaillante la moisson, au milieu de la campagne, et s'étant couché à terre pour reposer quelque temps, un reptile s'introduisit subtilement dans son corps : aussitôt ce malheureux éprouva d'effroyables douleurs, et on eut beau appeler les médecins, ils ne purent le soulager. Cet homme était chrétien; il mit tout son espoir dans le Dieu qu'il adorait, et il se fit conduire dans l'oratoire que les premiers apôtres des Andegaves avaient consacré à Dieu, en l'honneur de saint Jean-Baptiste, sous les murs de la ville. II resta là quelque temps, espérant sa guérison Une nuit qu'il y était en prière, le sommeil s'empara de lui, et pendant son repos, il reçut ordre du ciel d'aller trouver Pavace, I'évèque des Génomans, qui devait lui rendre la santé. Ce malheureux se hâta de venir se jeter aux pieds du saint prélat, qui le guérit en présence de beaucoup de personnes, ayant fait sur lui le signe de la croix (2).

(1) ;....Denique vero, concilie sancti Pavacii, voVcrunt pra?dictos puél'os pater et mater Domino: et in online Dco servientium pelierunt ordinari et, si digni lièrent, volvente tempore, consecrari. Ad iiltimum autem, et se ipsos Domino voverunt, et in manibus jam dicti sancti Pavacii se tradiderunt. Et omnes res et possessioncs suas et divitiàs sancto Pavacio eccle-

siaeque sibi commisse legaliter tradiderunt — Vita sancti Pavacii.

num. 13.

(2) Vita sancti Pavacii, num. 13, 1S et 16.— Cette histoire semble

SAINT ÊAVACE. 49

Pavnce, chargé d'années et de travaux, cessa de vivre le neuvième jour avant les calendes d'août (4). Son corps fut enseveli par les disciples qu'il avait formés, dans la basilique des sainls Apôlres, au cimetière des chrétiens, près des tombeaux de ses deux prédécesseurs, à la gauche de saint Julien. La puissance des miracles dont Dieu avait honoré tout le cours de son épiscopat ne s'éteignit point avec sa vie; après qu'il fut descendu dans lu tombe, les peuples continuèrent à venir l'implorer, et ressentirent les heureux effets de son intercession.

On attribue à notre troisième évêque, l'érection d'un petit nombre d'églises dans des villages dont voici les noms : Roézé, ou selon d'autres Rouez, Déserlines, Gossé, Goulans, Cirail au pays des Diablintes(2), Ruillé, Madré, Argent ré, Souligné.

au P. Henschenius, Acta Sanctorum, ad diem xvi aprilis, de sancto Thuribio, num. 5, une preuve que l'cpiscopat de saint Pavace n'est point antérieur à la paix de l'Eglise; mais cette induction n'est pas très solide, car, d'abord, il est constant que les chrétiens avaient des églises longtemps avant Constantin, même dans les Gaules, et ces églises étaient connues de tout le monde (voir la note 2e, à la fin du volume). D'un autre côté, en admettant que l'évèquc Défenseur, dont Sévère Sulpice parle dans la vie de saint Martin, ait été le premier évèque d'Angers, il ne s'en suit pas nécessairement que l'Evangile n'eût pas été déjà annoneé dans cette cité, et qu'un petit nombre de fidèles n'y conservât le fruit de la prédication chrétienne. En effet, dans la plupart des éditions des Actes de saint Firmin, actes dont nous avons longuement parlé dans l'Introduction à cet ouvrage, on lit que ce saint martyr vint à Angers vers la fin du i" siècle, qu'il y resta quinze mois occupé à prêcher Jésus-Christ, et qu'il y convertit plusieurs infidèles. C'est là une addition faite à la première rédaction des Actes, mais cette addition est ancienne, et peut fort bien reposer sur un fondement solide. — Maceda, de céleri Propaf/ntione Evangelii, pag. 43. — Si l'on voulait fortifier cette objection contre le système chronologique que nous avons soutenu sur l'origine de notre Eglise, en disant que la destruction de l'idolâtrie est clairement indiquée par l;i mort de cet énorme serpent que saint Pavace terrassa; il nous serait facile de répoudre que L'auteur des Actes de notre saint a bien pu désigner par cette allégorie les triomphes personnels du saint é?éque; et d'ailleurs, il n'est pas démontré que ce récit soit allégori*

que.

1 l.e -2 V juillet.

•2 Cette paroisse est aujourd'hui réunie au diocèse de Séez. i. 4

Saint Pavace gouverna, dit-on, pendant quarante-trois ans (1), l'Eglise des Cénomans. On rapporte à son épiscopat la mort d'un grand serviteur de Dieu, qui depuis le temps de saint Julien édifiait celle Eglise. Il se nommait Romain; né à Rome, ii était, dit-on, neveu de noire premier évoque et frère de sainfe Julia (2). Il vint s'unir aux travaux apostoliques de son oncle qui lui conféra les ordres et môme le sacerdoce, et lui ordonna de prêcher l'Evangile dans les lieux qu'il lui désigna. Romain mit un zèle admirable à s'acquitter de celte mission; il contribua puissamment à la conversion des idolâtres et à l'accroissement du nombre des fidèles.- Dieu, pour récompenser ses vertus et rendre ses travaux plus efficaces, lui donna le don des miracles : il rendit la parole à un muet, et, passant par le village de Cragracius (Gré) (3), au pays des Andegaves, il chassa une multitude de démons du corps d'une jeune fille qui en était possédée.

Après la mort de saint Julien, Romain revint dans la cité des Cénomans, pour y vivre près du tombeau de celui qu'il avait aimé et révéré comme un père. Saint Thuribe lui confia le soin de la basilique des saints Apôtres. Celait alors le

(1) 11 est probable que ce nombre d'années n'est pas exact, Pavace étant venu de Rome avec saint Julien pour l'aider dans son apostolat. D'autres aiment mieux voir deux personnages du nom de Pavace : le premier, compagnon des travaux de saint Julien; le second, qui fut son successeur après saint Thuribe. Cette hypothèse contredit formellement les Actes anciens, et il n'est nul besoin d'y avoir recours, d'autant plus qu'une altération dans les chiffres des années d'un personnage aussi ancien que saint Pavace ne présente rien d'extraordinaire.

(2) Gesta Domni Aldrici.

(3) Paroisse autrefois de l'Anjou et du diocèse d'Angers, à l'ouest de la Flèche, sur la rive gauche du Loir, réunie au diocèse du Mans par le concordat de 1801. Il y avait aussi, dans le diocèse d'Angers, une autre paroisse voisine de celle-ci, qui se nommait Saint-Mars-de*Cré, Creiomicatus, Crœ. Cette paroisse est également réunie aujourd'hui au diocèse du Mans, mais il s'agit ici évidemment de la première, qui est un établissement d'une haute antiquité, ainsi que le prouvent les découvertes qui y ont été faites de médailles romaines, fers de lances, sarcophages en calcaire coquillier et en ardoise; rien ne prouve au contraire que Saint- Mars-de-Cré existât à l'époque qui nous occupe.

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sanctuaire le plus vénéré dos fidèles dans toute la contrée, à cause de la sépulture de saint Julien. 11 devait de jour en jour exciter davantage la piété du peuple, car c'était une pratique constante des premiers chrétiens, de se faire enterrer près des tombeaux de ceux qu'ils regardaient comme les amis de Dieu, et déjà en possession de la félicité céleste. La réunion de ces nombreuses sépultures dans un même lieu, fut cause qu'il s'y forma de bonne heure des communautés dé ces clercs d'un ordre inférieur, que l'on nommait fossoyeurs, fossores, et qui étaient chargés du soin des funérailles. C'est par suite de cet usage, que les premiers cimetières chrétiens donnèrent origine à des monastères en plusieurs lieux (1). Notre saint prêtre présidait peut-être à une communauté de cette nature.

Romain eut révélation du temps de sa mort, par un auge, sept ans avant que'lle arrivât. 11 voulut s'y préparer en visitant à Rome les tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul. Pavace lui permit de faire ce voyage, mais il exigea de lui la promesse formelle qu'il reviendrait au Mans finir ses jours. Romain le promit et accomplit son pèlerinage. A son retour, en passant par le Vendomois, il rendit la santé au fils d'un homme riche, qui était sur le point de perdre la vie. Peu de temps après son retour au Mans, il tomba malade, comme il l'avait annoncé, et il mourut le septième jour avant les ides de novembre (2). Il ne fit pas moins de miracles après sa mort que pendant sa vie. Il fut enterré par saint Pavace lui-même dans la basilique des Apôtres, près des deux saints évoques dont il avait partagé les travaux (3).

(1) Augustinus, de Cura pro Mortuis, cap. i. — Le P. Albert-le-Grand, Vies des Saints de la Bretagne Armorique, pag. 689 (3). — D. Gcrvaise, Vie d" saint Paulin de Noie, pag. 438. — Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Mmie-Madeleinc en Provence, toni. I, col. 408.

(2) Le 7 novembre.

(3) Vita sancti Aldrici. — Le Corvaisier, pag. 8'f. — D. Bomlomict, pag. 95. — L'abbé Guillois, Vies des Saints du Maine, tom. m. — L'abbé Asseline, Table géographique, etc.

Lacune dans nos sources historiques. — Des saints Gundanisolus et Vale rinus. — Evèclié des Diablintes. —Saint Bcatus. — Sainte Alesia.

La religion chrétienne continuait à faire des progrès malgré les persécutions. Il paraît que clans la seconde moitié du 11e siècle de notre ère, les orages contre l'Eglise encore naissante, se firent sentir dans les Gaules avec un redoublement de fureur. Dans la plupart des Eglises, les pasteurs furent obligés de se cacher, et de n'annoncer la bonne nouvelle que dans le secret; dans beaucoup d'endroils, un grand nombre de fidèles furent mis à mort. Antonin-le-Pieux envoya dans toutes les provinces de l'empire des éditsde persécution; on poursuivit en conséquence les chrétiens, depuis l'an 138 jusqu'en 153. Il y eut cependant un moment de repos, et des rescrits adressés à tous les gouverneurs de province pour faire cesser la persécution, mais ce ne fut qu'en 150, après que saint Justin eut présenté à cet empereur et à son fils, sa première apologie; encore un bon nombre de gouverneurs n'obéirent point à ces ordres, et le sang chrétien ne cessa pas de couler.

Marc-Aurèle excita contre les adorateurs de Jésus-Christ une persécution plus cruelle encore; depuis l'an 161 jusqu'à l'an 174, elle fit un grand nombre de martyrs; on ne saurait compter les fidèles gaulois qui répandirent alors leur sang pour la foi.

La persécution excitée par Sévère a laissé moins de traces dans nos annales religieuses; tout porte cependant à croire qu'elle fut aussi cruelle, et elle dura bien long-temps, depuis l'an 199 jusqu'à la mort de ce prince, arrivée en 211.

Maximien tourmenta aussi les chrétiens pendant trois ans. Dèce, à son tour, excita une persécution qui fut très sanglante; mais elle fut de courte durée, parce que cet empereur mourut en 251. Bientôt après, Gallus et Volusien recommencèrent à poursuivre les chrétiens; puis Aurélien les

fit rechercher de nouveau et mettre à mort. Ainsi, chaque empereur renouvelait des édils sanguinaires qui, d'ailleurs, n'avaient point cessé d'èlre mis à exécution dans la plus grande partie de l'empire.

Mais la plus cruelle de toutes les persécutions fut celle de Dioclélien et de Maximien; toutefois, elle fut peu ressentie dans les Gaules, grâce à la clémence de Constance-Chlore qui y commandait.

Bien que ces tempêtes n'aient laissé dans les annales particulières de l'Eglise du Mans aucune trace précise, nous les y reconnaissons cependant, à l'absence presque complète de documents historiques, pour les temps correspondants à ces époques désastreuses. D'ailleurs, si l'Eglise eut beaucoup à souffrir dans tous les lieux de l'empire, dans les Armoriques, sanctuaire privilégié du culte druidique, elle dut être soumise à de plus rudes assauts. Les ministres du nouveau culte furent obligés de se dérober à la recherche des magistrats romains qui les poursuivaient dans les villes, et des druides qui ne les persécutaient pas avec moins de fureur dans les campagnes. Comment auraient -ils pu veiller à la garde des titres et autres monuments de leurs Eglises, ces apôtres qui ne pouvaient que fuir devant leurs ennemis, ou mourir sous leurs coups?

Mais quelque violentes que l'on se représente les réactions soulevées contre l'Eglise par le pouvoir impérial, aggravées encore par les fureurs des partisans et des ministres du druidisme, elles n'approchèrent point des cruautés commises dans tout le pays, entre la Seine et la Loire, contre les chrétiens, par les fanatiques adorateurs de Wodan ou Odin.

En ce temps-là, en effet, les Saxons, ou hommes aux longs couteaux, commencèrent à infester la mer la plus voisine de notre pays (1); quelquefois ils descendaient sur les côtes pour

(1) Probus Gallias a barbaris occupatas iugouti pr.oliorum feli-

citatc restituit Per tuec teiupora etiam Carausitis, qui \ilissime uatus,

strenM niilitia: ordine famain epegian) fucrat ronsenitus, cuui apud

les ravager, d'autres fois ils remontaient les fleuves de la Seine et de la Loire, et de là se jetant sur les rivières qui s'y déchargent, et qu'ils parcouraient facilement avec leurs légères barques d'osier recouvertes de peaux de bêtes, ils répandaient dans toute la contrée armorique la t,erreur et la mort. Pour connaître l'histoire de ces excursions aventureuses, pour en saisir l'origine et le principe, pour jwuvoir s'expliquer ces réunions de bandes intrépides autour des rois de la mer, comme ils appelaient leurs chefs, il faut surtout avoir recours aux historiens des peuples de la Scandinavie; c'est faute d'avoir consulté suffisamment ces sources, que l'histoire des temps dont nous parlons est restée si obscure.

A peu près à la même époque où la religion chrétienne s'établissait sur le sol que nous habitons, le culte d'Odin se répandait parmi les peuples septentrionaux (4). Ce fut une sorte de régénération pour ces peuples, et surtout pour ceux qui habitaient le Jutland. parmi lesquels il s'enracina plus profondément. Le culte et les constitutions d'Odin produisirent entre autres effets, chez les peuples qui s'y soumirent, le rétablissement d'une forme degouvernemenl théocratique. renouvelée sans doute d'après un type primitif. L'aristocratie saxone se rattacha à ce nouvel état de choses, et ce fut de cette union du pontificat et de l'aristocratie, que naquirent ces expéditions gigantesques dont tout le monde occidental a ressenti les terribles effets.

Il existe au fond de cette religion, nouvellement adoptée

Bononiam per tractum Belgieœ et Armoricse pacaaduiii mare accepisset,

quodFranci et Saxones infestabant — Eutropius, Breviarium historiœ

romanœ, lib. ix, num. 17, 21 — Aurelius Victor, de Cœsaribus,

cap. xxxix. — Orosius, Historia, lib. vm, cap. xxv. — Beda, Historié/, lib. i, cap. vi. — L'abbé Delarue, Essais historiques sur la ville de Caen, tom. i.

(1) Quelques savants croient que celui des trois Odin qui fonda le système religieux qui porte son nom, vécut environ un siècle avant l'ère chrétienne; mais l'opinion de M. Ozanam, que nous avons admise, nous semble plus fondée. —Voir les Germains avant le Christianisme, pag. 13.

alors par les peuples du Nord, un système qui fait comme l'essence de la mythologie de l'Edda, système que l'on retrouve d'ailleurs dans les croyances anciennes des Orientaux et des Romains, et qui, en réalité, se rattache à une vérité primitive défigurée par les instincts dépravés de l'homme. D'après cette croyance, les diverses dominations de la terre sont considérées comme n'existant que par rapporta un point central, celui du siège de la religion d'Odin, dont elles sont censées devoir relever. Ainsi, les conquérants du Nord, comme plus tard les hordes soulevées par Mahomet, étaient mus par l'idée d'une monarchie universelle religieuse. Dans ces expéditions, qui demandaient un courage et un dévouement prodigieux, ils obéissaient moins à la voix du besoin qu'à celle de la religion. De là vient le caractère de persécution atroce qui distingue tous les exploits de ces peuples fanatisés. Ennemis de tout culte étranger à celui qu'ils avaient adopté, ils portaient une haine particulière à la religion de Jésus-Christ.

Ceux qui formaient ces expéditions étaient l'élite de la nation; il n'y avait pas encore migration de peuples, comme plus lard, lorsque l'élan une fois donné se fut communiqué aux masses, et que toutes les idées se furent tournées de ce côté; mais alors, en s'élendant sur une plus vaste échelle, en entraînant des nations presque entières , ces inspirations aventureuses perdirent de leur énergie, il est vrai que la doctrine et le culte d'Odin ne pénétrèrent point aussi avant les peuples de la Germanie, que ceux des régions plus septentrionales. L'autorité sacerdotale y fut aussi moins puissante : tout cela explique comment l'invasion des peuples germaniques, bien que très cruelle, fut cependant suivie de désordres moins longs, produisit des ruines moins sanglantes, et fut plus facilement comprimée par l'ascendant des prêtres chrétiens.

Mais dans les régions de la Finlande, du Danemarck et de la Scandinavie, les peuples embrassèrent avec ardeur une doctrine qui promettait à ses sectateurs l'empire du monde, une vie de combats et d'expéditions lointaines, tout à-fait

analogue au génie de cette race, et après la mort, surtout la mort soufferte dans les combats, un paradis rempli de jouissances voluptueuses et sanglantes. L'histoire ne présente qu'un seul fait comparable à la révolution produite par l'établissement de la religion d'Odin dans les contrées du Nord, c'est le changement que les prédications de Mahomet amenèrent dans l'esprit des Arabes; encore les ravages que firent ceux-ci sont -ils moins terribles que ceux qui furent l'ouvrage des premiers, dont la marche et les redoutables exploits sont à peine éclairés par quelques lueurs de l'histoire.

Sous de telles inspirations se forma parmi la jeunesse Scandinave et saxone, une sorte de maçonnerie ; tous les enfants perdus de ces nations naturellement aventureuses et guerrières s'associèrent dans ces confréries païennes; quelques chefs de l'aristocratie, ou quelques soldats plus énergiques que les autres, se mirent à la tête de ces troupes nouvelles; ils devinrent les rois de la mer. Pour admettre dans leurs rangs un jeune homme, ils le faisaient passer par de terribles épreuves, s'assurant ainsi de son courage et exaltant de plus en plus son fanatisme. Aussi, au milieu des combats, on voyait ces jeunes guerriers se recommandera leurs dieux avec une ardeur effrénée; souvent leur enthousiasme allait jusqu'à les jeter dans une sorte d'extase, causée par un délire de rage sanguinaire et religieuse; sans cesser un moment de se battre avec fureur, ils recevaient de cruelles blessures et paraissaient insensibles. Les chefs brandissaient à leur tête le marteau symbolique deThor, ou la hache, leur arme favorite; les Scaldes, les animaient par leurs chants, et les Normes, ou vierges aux boucliers, furies sanglantes, ne craignaient pas de se mêler au milieu de leurs rangs, pour leur communiquer une fureur qu'elles ressentaient les premières.

Contre des expéditions ainsi organisées, quelle résistance pouvait présenter l'Armorique? Il n'y avait plus d'esprit public dans les Gaules que celui que le christianisme commençait à y créer; mais trop peu de temps s'était écoulé depuis son heureuse importation quand les Saxons arrivèrent.

A l'époque où les Francs parurent, deux siècles plus tard, il en était autrement; le sacerdoce el le monachisme sauvèrent les débris de la société, et forcèrent les vainqueurs à s'incliner devant la puissance morale. D'un autre côté, le culte druidique, assez puissant pour élever des obstacles redoutables contre la religion chrétienne et persécuter ses ministres, ne pouvait plus armer les populations. D'ailleurs, que sont les doctrines des Druides, quelque curieuses qu'elles soient, en comparaison de celles des Pontifes d'Odin? Peuton sérieusement comparer les chants des bardes Taliesin, Aneurien etMerdyn, avec ceux des scaldes de l'Edda; et surtout les poèmes épiques d'Ossian, avec ceux des peuples de la Germanie? Aussi la race celtique, bien que remarquable par la culture de son esprit, devait succomber sous les efforts d'un peuple soumis à une doctrine religieuse plus puissante et animé d'une foi plus vigoureuse. Quant à l'empire romain, ce n'était plus qu'un corps ruiné par la corruption; les peuples des Gaules, et de l'Armorique en particulier, auxquels il ne sut jamais inspirer d'enthousiasme, se détachèrent de lui de plus en plus, le voyant impuissant à les défendre, et alors commencèrent les guerres des Bagaudes(t).

Au milieu de ces bouleversements de la société, la religion souffrit beaucoup dans les trois cités qui composent le terri-

(1) D. Housseau, Notes manuscrites. — L'abbé Dubos, Histoire critique de l'établissement de la Monarchie, tom. i, pag. 148. — Le baron d'Eckstein, Le Catholique, tom. i, pag. 309; tom. vu, pag. 219; tom. vin, pag. 210; tom. x, pag. 168; tom. xvi, pag. 712. — M. Le Bas, Suède et Norvège, pag. 2-19, et passim. — Le Dr John Lingard, Histoire d'Angleterre, tom. i, pag. 101-507. —Traduction du baron de Roujoux, 2e édit. — Pour connaître la terreur que les Saxons avaient répandue dans toute la Gaule, il faut lire le sixième poème du huitième livre de Sidoine Apollinaire, évèquc de Glcrmont.— L'horreur que les Armoricains avaient pour les Saxons s'est conservée dans une expression du langage actuel : un homme capable de tous les crimes est encore appelé par les Bas-Bretons ar Saozon, un Saxon. — Note de M. de Roujoux, loc cit., pag. 114. — Depping, Histoire des Expéditions maritimes des .W//m??c/s, pag. 48. 54.

loire de noire diocèse actuel. Tout porte à croire que c'est aux guerriers de Thor que l'on doit rapporter la ruine complète, et défini! ive de Vagoritum, chef- lieu des Arviens. et celle ôeNœodimum, capitale des Diablintes, dont le désastre ne fut pas aussi complet ou qui s'en releva un peu. Nous ne savons si la ville des Cénomans, Suùidinwn, fut assez forte pour résister à leurs assauts, quoique certains indices puissent porter à croire qu'elle fut aussi ruinée; mais si elle succomba, elle se rétablit bientôt après. Les Saxons exercèrent les mêmes ravages dans les conlrécs voisines, et l'on a, de nos jours, retrouvé dans le Perche la place de plusieurs cités détruites à cette époque, comme l'indiquent les médailles enfouies sous les ruines.

Cependant, après avoir répandu par toute l'Armorique le pillage, l'incendie et la mort, ces aventuriers voulurent fixer leur demeure dans les champs dévastés par leurs mains ; ils s'établirent donc dans le pays des Cénomans, sur une assez grande étendue de terrain qui, depuis, conserva leur nom, et que l'on appelle encore le Sonnois. Cette contrée pouvait occuper, à cette époque, le territoire assigné plus tard aux doyennés de Sonnois et de Lignières, et elle avait encore, au ixe siècle, un gouverneur particulier dont il sera parlé plus lard. Les Saxons fondèrent d'autres établissements importants sur les frontières de notre province, entre autres dans le Perche, au lieu nommé autrefois Curia-Saxonica, et aussi, dit-on, la ville de Séez.

La grandeur du terrain qu'ils occupèrent dans le pays dépeuplé des Cénomans, et l'importance des établissements qu'ils y fondèrent après leurs sanglantes victoires, permettent d'apprécier combien étaient puissantes et nombreuses les bandes qui s'abattirent sur notre pays pour le ravager; les ruines de plusieurs cités fortifiées par les légions romaines, et défendues par toutes les forces d'une nation à laquelle les vainqueurs ne faisaient point de quartier, sont des témoins parlants de la misère à laquelle fut réduit le pays; mais nous ne devons pas oublier que le caractère propre de ces expé-

ditions était un fanatisme violent, irrité surtout contre la religion chrétienne, et qui se proposait pour but de tout soumettre à la religion d'Odin, par la puissance de la hache.

Toutefois, l'Eglise fondée par saint Julien ne fut point détruite entièrement, ni par les persécutions des empereurs romains, ni parles ravages des adorateurs d'Odin. Il se trouva même à cette époque, dans les rangs de la hiérarchie sacerdotale, de saints personnages qui ont mérité les honneurs que l'Eglise rend à ses héros, et dont les noms sont venus jusqu'à nous; tels furent saint Gundanisolus et saint Valerinus. Quoique nous ne sachions point positivement à quel degré de la hiérarchie ils appartenaient, il est très probable que saint Gundanisolus était évêque et qu'il gouvernait notre Eglise. Nous n'avons pas autant de renseignements sur saint Valerinus (l).

Durant cette époque si obscure de notre histoire, l'Eglise fut amenée, par les progrès qu'elle avait déjà faits dans toute l'étendue de l'empire, à régler un point important de sa discipline, et sur lequel elle n'avait pas encore porté son attention. Les apôtres et leurs premiers successeurs ne s'astreignirent pas d'abord, dans l'établissement des diverses Eglises qu'ils fondaient, à suivre une circonscription régulière, pas plus celle adoptée par l'empire que toute autre; l'on vit plusieurs fois des évêques établir leurs chaires dans de simples villages, et plus d'une fois aussi deux évèques se trouvèrent résider dans une même cité. D'autre part, le même évêque, quand les circonstances le lui permettaient , annonça souvent la foi chrétienne dans plusieurs cités différentes, et c'est ce que fit saint Julien, comme nous l'avons raconté plus haut. Mais cet état de choses ne pouvait durer long-temps. Lorsque l'Eglise eut fait d'assez grands progrès dans l'Occident, les Pontifes romains réglèrent que désormais chaque cité aurait son évêque et formerait une Eglise. Afin dehaler l'application de ce décret, ils établirent eux-mêmes différentes métropoles ecclésiastiques en Occident, selon la circonscription de l'ordre

(1) Voyez l'Introduction.

60 HISTOIRE DG l/tf(iLISE DU MANS.

civil, tandis qu'au temps de saint Pierre et de ses premiers successeurs, il n'y avait point eu d'autre métropole ecclésiastique pour tout l'Occident que Rome môme. Les conciles qui furent célébrés presque immédiatement après la conversion de Constantin, proclamèrent de nouveau ce point de discipline promulgué d'abord par les Papes, et l'Occident tout entier s'y conforma. Pour l'Orient, il n'en fut pas entièrement de même; le nombre des évêchés y fut toujours plus grand que celui des cités dans l'ordre civil.

Quoique le pays des Diablinles eût souffert, comme celui des Arviens et celui des Cénomans, le terrible fléau des invasions saxones, et que Nœodunum, leur capitale, eût été ruiné vers le milieu du mc siècle; cette nation, aussi bien que celle des Cénomans, n'avait point lardé à se relever, au moins en partie, de ses ruines; et leurs villes, à la fin du ive siècle, se trouvaient l'une et l'autre sur la même ligne, au rang des cités épiscopales de la troisième Lyonnaise. C'était précisément à l'époque où l'on commençait à assigner des limites à chacune des Eglises des Gaules; celle des Cénomans comprit tout le pays occupé par celle antique nation, ayant pour chef-lieu l'ancien Suindinum; l'Eglise des Diablintes s'étendit dans les limites assignées à ce peuple, et les pasteurs de ce nouveau troupeau durent établir leur chaire soit dans l'ancien Nœodunum, soit dans quelque lieu voisin. Au reste, il n'est nullement nécessaire de rechercher le lieu où siégeaient ces évêques, dont la vie et les gesles nous sont inconnus, et qui furent réduits, comme ceux des cités voisines, à recommencer sur de nouvelles bases l'œuvre de la conversion du pays et des hôtes barbares qui s'y étaient fixés.

Celle séparation des deux Eglises devait, dans l'intention des décrets pontificaux, avoir une durée aussi longue que les Eglises elles-mêmes; mais bientôt de nouveaux malheurs vinrent fondre sur notre pays; un autre flot de l'invasion barbare lança sur lui une horde d'aventuriers avides de pillage et de ruines; la population fut décimée et la nation des Diablintes tellement réduite, qu'elle cessa de tenir rang parmi les cités de la Gaule et d'avoir son évêché. C'est alors

que les évèques du Mans reçurent du Saint-Siège l'ordre détendre leurs soins sur celte population malheureuse, et nous verrons bientôt, particulièrement à l'épiscopat de saint Innocent, la foi commencer à refleurir dans ces mêmes lieux, grâce surtout aux travaux apostoliques des moines (1).

Cependant tout porte à croire que les missionnaires de la parole évangéliquene manquèrent jamais, et que l'on vit, au milieu des persécutions les plus violentes, des apôtres nouveaux qui soutinrent la foi du petit troupeau fidèle, et convertirent même des idolâtres. Au nombre de ceux qui parurent vraisemblablement à cette époque dans le diocèse du Mans, nous comptons saint Beatus (2).

(1) Voir la note 4e, a la fin du volume.

(2) Acta Sanctorum, ad diem ix maii, Vita sancti Beati. — Le P. Le Long dit, en parlant de ce saint, qu'il a fleuri au i\e ou au ve siècle, et que sa Vie ne peut pas faire une grande autorité. — Le Long et Fontctte, Bibliothèque historique de la France, liv. n, n° 4330. — Dom Rivet porte sur cette légende un jugement à peu près semblable : « Les continuateurs « de Bollandus, dit-il, qui ont publié la légende de saint Beat, prêtre, « qui finit ses jours, on ignore précisément en quel temps, près du Chà- « tcau-du-Loir au Maine, l'ont préférée à plusieurs autres vies du même « saint, qui leur ont passé sous les yeux. Cependant on n'y découvre K point le caractère d'un missionnaire, qu'elle fait venir prêcher dans les « Gaules, envoyé par saint Pierre; et tout ce qu'on y dit, ne paraît avoir « d'autre fondement que des traditions populaires. Comme l'auteur affecte « dans sa narration de faire sentir le besoin d'une grâce prévenante pour « toutes les actions de piété, c'est ce qui nous a fait juger qu'il pouvait « fort bien avoir vécu du temps des disputes qu'il y eut au ixe siècle sur « ce sujet. » — Dom Rivet, Histoire littéraire de la France, tom. V, pag. 331. — Le P. Henscbcnius exprime aussi des doutes sur la valeur historique de plusieurs traits racontés dans cette légende; mais il y reconnaît un fond vraiment respectable. Ainsi, il est indubitable que ce saint prêtre a été honoré d'un culte fort ancien et fort répandu, comme le savant éditeur le prouve par l'autorité de beaucoup de martyrologes, témoignages auxquels Giorgi a encore ajouté de nouvelles preuves; il est incontestable qu'il a habité le Vcndomois, et qu'il est venu mourir dans notre diocèse; il est certain qu'il a prêché à Nantes, etc. La grande difficulté est de trouver l'époque à laquelle il a vécu. Nous suivons l'opinion du P. Le Long en rapportant cette vie au ive siècle, à un temps où la loi a^uit été cruellement attaquée dans notre pays, de nouveaux missionnaires durent v être envoyés.

Bealus (l) clait né à Rome au sein d'une famille opulente, dit-on, mais de bonne heure il renonça aux richesses, distribua ses biens aux pauvres, et fut envoyé par le Pontife romain pour prêcher l'évangile dans la Gaule, qui renfermait encore un si grand nombre d'infidèles. Bealus s'acquitta de ce ministère avec un grand zèle; il prêcha d'abord dans l'Aquitaine où il restait beaucoup de partisans du vieux culte, et où l'hérésie arienne faisait de grands ravages dans les Eglises. II convertit un bon nombre de ceux auxquels il annonça Jésus-Christ; puis il vint dans l'Armorique où les périls de la foi étaient plus grands encore. H y prêcha également en différentes contrées, convertissant toujours quelques infidèles. Sur la fin de sa carrière apostolique, il vint prêcher dans la cité de Nantes (2), et il s'informa auprès des bateliers qui parcouraient la Loire, d'un lieu où il pourrait trouver le repos de la solitude. Ces hommes lui indiquèrent, comme une situation conforme à ses goûts, les bords du Loir qu'ils avaient quelquefois remonté, ils lui dépeignirent les rivages déserts alors de cette paisible rivière, cl les grottes que l'on y trouvait naturellement creuséesdans le rocher. Bealus se hâta de se rendre au lieu indiqué, mais quand il y arriva, les habitants du voisinage lui apprirent, qu'au fond de la grotte solitaire et environnée de bois qu'il désirait habiter, un horrible serpent faisait sa demeure, et de là, répandaii la terreur dans la contrée. La confiance de Beatus ne fut point ébranlée par cette nouvelle, il se rendit à la caverne, et détruisit le serpent, par la vertu du signe de la croix (3); puis il nettoya la grotte, et en fit le lieu de sa retraite. 11 y demeura seul avec un disciple plus jeune que lui, nommé lia, qui l'avait accompagné dans ses courses apostoliques. Quoique tout entier livré aux exercices de la pénitence et de la

(!) Vulgairement saint Béat, Bié ou Bienheuré.

(*2) Un lectionnairc ancien de l'Eglise de Paris, cité par le P. Henschenius, porte ces mots : divertit in civitatem Cenomanicam; mais c'est évidemment une faute qui ne se trouve point dans les autres manuscrits.

(3) C'est pour cela qu'on le représente un bâton à la main, foulant un dragon sous ses pieds.

contemplai ion, il ne laissait pas d'annoncer encore la parole de Dieu dans les pays voisins de sa solitude. Le lieu que Bealus habitait était près de Ghûleau-du-Loir, dans le diocèse du Mans (1).

Saint Bealus vécut jusqu'à une extrême vieillesse, et plus d'une fois ses mérites éclatèrent par des miracles. Enfin il mourut, et au bruit de sa mort, des hommes religieux de la contrée se rassemblèrent, et ensevelirent son corps dans la grotte, témoin de ses austérités et de ses vertus. C'était le seplième des ides de mai (2).

Long- temps après, une vierge nommée Alesia ou Alcffa, consacrée à Dieu dès son enfance, et qui édifia pendant sa vie, par les exemples de toutes les vertus, la région de Ghâteau-du-Loir, voulut être enterrée après sa mort dans la grotte où reposaient les restes précieux de saint Beatus. Ses intentions furent remplies, et à partir de ce jour, les miracles qui se faisaient dans ce sanctuaire devinrent plus nombreux, et le concours des pèlerins s'accrut avec ces signes de la protection du Ciel (3).

Au xie siècle, le corps de saint Beatus fut transféré à Laon, et déposé dans la cathédrale. En 1564, les Bénédictins de l'abbaye de la Trinité de Vendôme obtinrent une partie de ses reliques (4).

(1) Clinique curiose a navigantibus in\cstigaret hujusmodi ncgotiuni, sudivit a naucleris de Yendoncnsc oppido carum sibi nuntium, esse videliect cavernam excisait! in lapide remotiorc quodam, non longe a Castro Ledo, ad radiées montis, desuper nemore contecto. — Vita saneti Beati, num. 4.

($,) C'est-à-dire le 9 mai.

(3) Sancta Alesia, virgo Dco dicata et signis inclyta... Vêtus Breviarium. — Post haec peracto longo spatio, Alcna quicdam femina, e\ infantia Christo consecrata, nobili l'ulgens ex génère..... — Vifa sanàti Beati, nom. 7.

(4) Godescard, Vies des Saints, au 8 niai, citant les nouveaux Bréviaires de Blois et de Chartres. — Voir surtout L'abbé Simon, Histoire de Vendôme, tom. m, pag. 62-80 et passimi — Ce dernier auteur semble avoir bien étudié ce qui concerne le culte de ce saint, mais, pour ses Actes, il ne le- a pas connus.

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