PIÈCES JUSTIFICATIVES
La PP.EMIÈRF. RecEXSION du MAirrYliOLOCE iuéronymien
E>c France
Mgr Ducliesne place la première recension française du martyrologe hiéronymien entre 592 et 600, à Auxerro, sous l'ôpiscopat d'Aunaire. En dehors de la preuve qui a été doimée plus haut, Mgr D. apporte encore les arguments suivants : d'abord les nombreuses mentions de fêtes, de lieux saints, de basiliques, de translations, de dédicaces et d'anniversaires qui se rapportent à cette ville et qui n'ont l'habitude d'être célébrés que dans l'église propre. De plus, le nombre des saints d'Auxerre est le plus grand de ceux qui sont cités pour la France. Enfin il est fait mention de litanies mensuelles que l'on ne rencontre qu'à Auxerre à cette époque.
Cette thèse de Mgr Dnrhesne a Irouvé deux contradicteurs. Dans les Etudes rclifiieusps (1868. 11^ part. 288 et suiv.) le P. de Buck cherche à prouver que ce critique a des arguments insuffisants pour placer à Auxerre cette recension. D'après lui, l'argimient des litanies mensuelles n'a pas de valeur, car ce n'est pas saint Aunaire qui a introduit cet usage dans l'Eglise, mais le xvii« concile de Tolède, tenu en 59i, qui a ordonné dans son sixième canon de rétablir en Espagne et en France l'ancienne coutume de célébrer les litanies tous les mois. 11 admet pourtant que la compilation définitive chi martyrologe hiéronymien a pu être faite à Auxerre, mais il njoiile qu'elle a été également possible dans une autre église
— \'ôO —
de France ; enfin il renvoie cette composition après 752, pour ce motif que les lalercull hieronymiani n'ont vu le jour qu'à cette époque.
M. Kruscli, dans Neues Arch. (xxiv, 289 et suiv.) place cette recension en 627 ou 628, et pense qu'elle se fit à Luxeuil, monastère fondé par saint Colomban dans l'ancien diocèse- (le Besançon. Mgr Ducliesne a réfuté ses dires dans les Anaiccta Bollandlana (1898, p. 421-447) et il nous paraît l'avoir fait de façon solide.
l^our la date de la première recension du martyrologe, nous admettons le sentiment de Téminent prélat, et la mention du jour de consécration de Syagrius et d'Aunaire, sans que celui de leur mort soit noté comme pour les autres évoques, nous paraît un argument convaincant pour placer cette composition de leur vivant, c'est-à-dire entre 592 et 600.
Mais un examen très attentif de ces calendriers d'Autun et d'Auxerre nous amène à penser que ce travail eut lieu dans la première de ces villes. En dehors de l'autre argument qui a été donné en faveur de cette opinion, si nous prenons les églises qui sont mentionnées avec le plus de sainls, nous avons Auxerre avec trente noms, Autun avec vingt-cinq et Lyon avec vingt-six ; Autun se trouve au centre des deux autres. Mgr Ducliesne a remarqué avec justice que Auxerre était alors une ville très peu connue, en comparaison d'Autun et de Lyon, et saint Aunaire n'était lui-même qu'un des nombreux disciples de saint Syagrius. Ce dernier jouissait d'une grande autorité auprès du roi Gondebaud et du pape saint Grégoire qui lui conféra le pallium pour l'excellent accueil qu'il avait fait à saint Augustin.
D'autre part, la consécration de Syagrius est mentionnée ainsi que celle d'Aunaire ; pour Autun il y a autant do dédicaces, lieux saints et fêtes locales que pour Auxerre, el si la liste des évêques de cette dernière ville est complète, olle l'est aussi pour Autun qui, du reste, n'avait pas de catalogue complet. Enfin, Syagrius avait installé dans son palais une école qui devint une pépinière d'évêques, et ses nombreuses relations lui facilitaient encore le difficile travail de recueillir des renseignements sur tous les diocèses de l'ancienne Gaule et de la Germanie, et de diriger l'œuvre de la recension, telle qu'elle est parvenue jusqu'à nous.
La Légende de saint Loup
La Vie de saint Loup a été publiée par divers auteurs, en particulier par Surius, Pierre de Natalibus, D. Bouquet, dans Scripl. Cnll. III. 491. iJomenec, dans son Histoire des Sainis de la Catalogne, raconte sa vie cl atteste que son culte était répandu jusqu'en Espagne. Les Bollandistes l'ont donnée {Acta Sanctonim, 1 septemb. 248 et suiv.) d'après un niamiscrit de l'église de Roubaix, collationné avec deux autres manuscrits, l'un de St-Maxiniin, de Trêves, et l'autre de \'aucelles, au diocèse de Cambrai. Malgré des variantes assez considérables, ces écrits semblent du même auteur.
Sollerius, s'appuyant sur ce que Usuard fait mention de cette Vie dans son Marlyrologe écrit vers 870, et qu'Adon n'en parle pas dans le sien (8G0 ?), place sa rédaction entre ces deux dates. D'autre pari, la France Littéraire (iv, 191) fait remonter cette biographie au vni« siècle et suppose que l'auteur est peut-être le même que celui de la Vie de saint Amé, ou du moins son contemporain. Enfin les Bollandistes sont disposés à reporter les Actes de saint Loup plus haut encore, peut-être au vii« siècle, et à admettre que l'auteur était contemporain des faits qu'il rapporte ou vivait peu après, comme on peut l'inférer d'un passage qui y est inséré. Pour être complet, ajoutons que Baillet n'accorde à cet écrit qu'une autorité incertaine, soit à cause des miracles (qu'il a passés sous silence), soit en raison de ce que l'auteur est resté anonyme. Surius, au contraire, regarde ces Actes comme bons et leur attribue la valeur de l'histoire.
D'après notre avis, la Légende de saint Loup, telle que nous la possédons, a dû être rédigée définitivement au i\* siècle, ù l'aide d'une Vie plus ancienne ou de récits qui avaient été recueillis par un témoin oculaire ou du moins im contemporain.
Identité de saixt Gondflbert
Le fondateur de l'abbaye de Sénoncs a-t-il été, comme certains historiens le pensent, un évêque de Sens ? En 661, un saint anachorète porlanl le nom et le titre de Gumbertus episcopus obtint du roi d'Austrasie, Childéric II, un privilège d'exemption pour le monaslère qu"il avait fondé dans les -Vosges, en un lieu qu'il nomma Senones. Il avait alors sous sa direction un grand nombre de disciples (1). Plus tard, un diplôme accordé (949) à cette abbaye par Othon, empereur d'Allemagne, donne au fondateur le nom de Gondelbertus (2). Pour la première fois ce Gondelbert est présenté comme un « très célèbre archevêque de Sens » par le chroniqueur Valcande dans une vie de saint Hidulfe qu'il rédigea dans les premières années du xi® siècle (3). Peu après, saint Pierre Damien, faisant dans un de ses opuscules {De abdicat. Episc. vii) l'éloge des saints pontifes qui se démirent de leur siège et vinrent s'ensevelir dans les déserts sauvages des ^'osges, nomme Hidulphe et Dié, puis venant à Gondelbert, il s'exprime ainsi : « Que dirai-je de l'illustre archevêque de Sens, saint Gondelbert ? Le cœur brûlant d'un ardent désir des biens célestes, il quitta son église et vint dans un lieu appelé Grandiavium où il construisit un monastère auquel il donna le nom de son ancienne église, Sénones ».
Richer, écrivant au xiii« siècle Tliistoire de cette abbaye dont il était moine, émet la même opinion et il fait venir Gondelbert dans les Vosges sous le règne de Childéric II, vers 660. Dès lors il est admis par les historiens que le fondateur de Sénones fut un évêque de Sens (4).
Au XVII* siècle, les Bollandistes ont repris cette question
(1) Cf. Acta Sanctorum, febr. HT, 262.
(2) Cf. Callia Christiana.
C3) Elle se trouve dans divers manuscrits venant de Moyen- Moutier, dEplern;ic et de Paderborn. — Cf. Acta Sanct. Jul. III, 220. — Migne. CLI, 593. — Hist. Littéraire, VII, 239. — Molinîer, Sources de l'Hist. de France, I, 140.
(4) Il faut ajouter, pour être complet, que si Robert de Saint- Marien parle dans le même sens, il confond ce Gondelbert avec un autre évêque de Sens, Gombert, qui siégea de 773 à 778. Claude Robert, dans le Gnllia Christiana, et Saussnye, dans son martyrologe, ont commis la même erreur.
et après une étude approfondie ils ont adopté le même sentiment. Enfin D. Calmet, abbé de Séudues (1728-1757), défend la même thèse dans riiisloire do ral)baye. D'après lui, Gondelbert aurait quitté Sens et se serait retiré dans les Vosges vers GiO ou 050. Cette région montagneuse devint vers ce temps ime nouvelle Thébaïde où se réfugièrent plusieurs évêquos. On cite particulièrement celui de Nevers, saint Dié, qui fdnda vers ()59 le monastère près duquel se forma plus tard la ville du même nom ; puis saint Hidulphe qui abandonna vers 071 son évêché de Trêves pour établir une autre abbaye, celle de Moyen-Moutier (1). Ce pays, alors sauvage, aux vallées profondes couronnées de sombres forêts et arrosées par des torrents, offrait des asiles propices à la piété et à la contemplation. D. Calmet pense que ces trois saints prélats vécurent en rapports très fréquents dans ces solitudes, loin des agitations du monde, et son sentiment est partagé par l'abbé Lebcuf (2), dont l'autorité est ici d'un grand poids.
Malgré cette tradition, constante à partir du xi* siècle, certains historiens n'admettent pas que le fondateur de Sèiiones ait été un évêqiie de Sens ; ils se basent sur le silence soit des anciennes listes épiscopales, soit des premiers chroniqueurs sénonais, Odoranne et Clarius. Ils estiment que les auteurs qui ont accepté l'origine sénonaise du fondateur de Sénones ont été trompés par la similitude de noms des deux localités, ainsi que de Gumbert, qui établit cette abbaye, avec Gombert qui fut archevêque de Sens après Gotescalc, vers 773 (3).
Entre ces deux opinions, nous adoptons de préférence celle qui se recommande des Bollandistes, de D. Calmet et de l'abbé Lebeuf, car elle nous paraît réunir en sa faveur le plus de probabilités. En premier lieu, l'omission du nom de Gondelbort sur les anciens catalogues épiscopaux qui ne remontent pas au del;') de la fin du ix« siècle s'explique facilement par ce fait que ces listes, au sentiment des critiques, sont souvent défectueuses et qu'il était assez ordinaire de ne pas inscrire dans les diptyques les noms des prélats qui avaient quitté leur église. Il est naturel que le souvenir de Gondelbert ait été mieux conservé à Sénones où ^'alcan(le l'a recueilli.
L'abandon du siège de Sens par Goii(lell)ert s'explique parfaitement par la cdiiduile analogue d'autres prélats et notam-
(1) Cf. L. Jérôme, L'Abbaye de Moyen-Moutier, 1902.
(2) Cf. Lettre du 17 sept. 17Vi.
(3) Cf. Semaine religieuse de Saint Dio, année 1883, juillet et août. — Semaine religieuse de Sens, 1878, p. 101 : 189'». p. 375.
mont de révoque de Nevers, à cette époque où Jes trouilles profonds du royaume rendaient la situation de Tépiscopat très difficile. Plusieurs des prédécesseurs de Gondelbert avaient fondé des monastères soit à Sens soit dans la banlieue, et il marchait sur leurs traces en allant créer lui-môme celui de Sénones. Peu de temps après, deux évêques, saint Amé et saint Vulfran, furent contraints de prendre le chemin de l'exil, et une cause analogue a pu éloigner de Sens, après un court épiscopat, Gondelbert qui voulut perpétuer le souvenir de cette ville en donnant son nom à l'abbaye qu'il établissait dans les Vosges.
Quant à l'objection de la ressemblance des noms, elle est sans valeur, car Valcande, le premier qui ait présenté le fondateur de Sénones comme ayant été évoque de Sens, lui donne non pas le nom de Gumbert, mais celui de Gondelbert; il n'a donc pas fait de méprise à ce sujet. Il est permis de penser qu'il avait sous les yeux des preuves sérieuses de son assertion (1).
(1) Cf., pour plus de détails, Histoire de VAhhaye de Sénones, dans Documents rares ei inédits de l'histoire des Vosges, V, Paris. — Georges Diez, dans Bull, de la Société arch. de Sens, IX. — Blondel, Vie des Saints du diocèse de Sens. — Analecta Bolland, 1899, 192.
Le Concile de Sens de 658
Les historiens ne sont pas d'accord sur la date de ce concile. Ces divergences proviennent sans doute de l'impossibilité de faire concorder ensemble les signatures épiscopales qui sont à la fin des deux diplômes. Ils portent l'un et l'autre vingt-six noms, mais il n'y en a que seize qui leur soient communs. Ce sont, en dehors d'Emmon : Jean d'Arles, Aunemundus de Lyon, Chaondius (nom corrompu d'Eodaldus) de Vienne, Chrodobert de Paris, Gauthobert de Chartres, Berthoald de Troyes, Berecharius du Mans, Burgundofarus de Meaux, Adebert de Cambrai, Amlecharius de Seez, Bertefredus d'Amiens, Drucfredus de Soissons, Hincho de Lisieux, Concessus d'Evreux et Deocharus d'Antibes.
Les dix noms suivants ne se trouvent que dans la charte de Sainte-Colombe : A'ulfolendus (64-4-G64) de Bourges, Ouen (640-r»83) de Rouen, Carlefredns (de siège inconnu), Canderius (de Lyon ?), Bertarius de Saintes, Eloi (659-6G5) de Xoyon, Leodebaudus (+ G58) de Xevers, Chariochaudus, Ragnobert d'Autun et Boson. De même dix autres noms différents apparaissent sur le privilège de Saint-Pierre-le-\'if. Ce sont : Eodaldus (ou Babolinus, entre 650 et 099) de Vienne, Leobaldus (ou Garibaldus, + avant 086) de Langres, Hughierius (+ 058) de Coutances, Maurinus de Beauvais, Hercherius (+ 060) de Nevers, Momolenus de \oyon, Rigauvaldus, Loup de Châlons, Gyroindus (+ 663) de Clermont et Ragnobert de Bayeux. Parmi ces derniers, il en est deux qui sont les successeurs d'autres évêques nommés dans la charte de Sainte-Coloinbe : Hercherius de Nevers, successeur de Leobaudus, et Momolenus de Noyon, celui d'Eloi.
Pour expliquer ces différences, les PP. Giraud et Richard (1) admettent deux conciles tenus l'un en 657 et l'autre en 670, et placent dans ce dernier l'exemption de St- Picrrc-le-Vif. D. Martène met le second en 665, mais ces deux dates, 665 et 670, ne correspondent nullement à la troisième année du régne de Clotaire, et sont postérieures
(1) Bibliothèque sacrée, XXLX, 202. — Cf. Biblioth. hist. de l'Yonne, I, 166.
à G60, année dans laquelle sainte Ikilliilde, mère du rui, embrassa la vie religieuse au numastère de Clielles, près Paris.
Labbe parle d'un concile tenu à Sens el marque seulement d'après Clarius qu'il eut lieu la troisième année de Clotaire. Lecointe et Alansi n'admettent également connue Mabillon qu'un seul synode. Nous nous rangeons à leur avis et nous pensons que les trente-six évêques dont les noms sont mentionnés sur les deux chartes étaient présents. Pourquoi les signatures d'un certain nombre de ces prélats, et non pas les mêmes, manquent-elles sur l'un ou l'autre des diplômes ? On peut expliquer ce fait soit par l'oubli soit par la faute des copistes ou l'oblitération des signatures. Comme Clarius parle de plus de trente évêques ayant assisté à ce concile, Mabillon a supposé (1) que le nomlDre des signatures sur les diplômes a été diminué dans les copies les plus récentes. 11 y a lieu de supposer que le concile réuni vers le milieu de G5S fut interrompu pendant l'hiver et repris au printemps suivant. Léodebaud et Eloi avaient signé à l'automne la charte de Sainte-Colombe, et ce furent leurs successeurs, Hercherius et Mornolenus, qui apparaissent sur la charte de St- Pierre-le-Vif, donnée au printemps.
(1) Annales Bened. 1 /i50.
Identité de sai.vt Amé
Culte quesliou est fort embrouillée et demande des développements assez étendus. Comme il a été mentionné plus haut, les Bollandistes ont publié une Vie de saint Amé dans le tome IV de septembre ; ils Tont donnée d'après trois écrits de provenances diverses : 1° un manuscrit en parchemin de l'abbaye de Marchiennes ; 2° une Vie extraite d'un très vieux manuscrit de la Collégiale de Douai ; 3° une autre Vie qu'Hensclienius, dans son Conmientaire à la Vie de sainte Eusébie (n° 4), dit avoir tiré d'un manuscrit de la cathédrale d'Arras. On ignore l'âge et le nom des auteurs de ces biographies, dans lesquelles d'ailleurs on relève diverses fautes.
Les Bollandistes ont fait paraître à la suite une quatrième Vie, d'après un manuscrit anonyme de l'église Sainte-Marie d'Avranches qui diffère peu des autres, mais renferme moins d'erreurs et est. rédigée dans un meilleur style. L'Histoire Liltéraire (iv, 191) se basant sur ce que cet écrit ne fait mention ni du transport des reliques de saint Amé à Douai, ni de la destruction du monastère de Breuil qui arriva lors de l'invasion normande, en place la composition vers la fin du VIII® siècle. D'après ces diverses biographies, saint Amé, avant d'être exilé, avait gouverné quelque temps l'église de Sens.
Malgré l'autorité incontestable de ces écrits, plusieurs historiens dans la suite ont considéré que ce personnage avait été évèque, non de Sens, mais de Sion. Le premier qui accrédita cette opinion est Mabillon qui la présenta en s'appuyant sur un manuscrit de la Vie de sainte Rictrude, écrite par Hucbalde vers 907 et qui provenait de l'abbaye de Marchiennes. Il a édité cet écrit dans les Acta Sanct. Ord. S. Bened. scec. ii„ 198. On y lit le passage suivant au sujet de Amé : Siiblimatus est ad episcopatum urbis Sedunensium. Ce moine a plus d'autorité que les auteurs anonymes des Vies de saint Amé, parce que les actes de sainte Rictrude ayant été détruits par les Normands, ce religieux a écrit sur la demande de son évêque et d'après les souvenirs des vieillards ainsi que des documents épars. On devrait donc s'en tenir à son texte, s'il n'était fort probable qu'il a été corrompu. Mabillon lui-même l'a supposé, puisqu'il a ajouté,
en iiule, qu'à la place de Sediinensiu)n il fallait lire Senoncnsimn. Ce point d'histoire lui était connu par la Vie de saint Anié et d'autres écrits ; aussi plus tard, dans ÏEloge historique de saint Ultan (1), abbé de Perrone, il marque encore que Aîné était évêque des Sénonais. Il est vrai que, dans la suite, se reportant au texte de Hucbalde, il écrivit dans les Annales Benediciini (I, 479) que celui-ci avait été évêque de Sion ; mais il eut soin d'ajouter qu'il laissait à d'autres le soin d'étudier à fond cette question. Il n'avait sans doute pas consulté la liste épiscopale de Sion sur laipjelle Amé ne pourrait être placé qu'après 716.
Il faut remarquer en premier lieu que si le texte de Hucbalde publié par Alabillon renferme le mot SedtDiensiuin, dans une autre Vie de sainte Rictrude éditée par Papebrock, d'après un manuscrit de Marchienne et d'autres, on lit Senunensium (2). Il y a donc tout lieu de croire que le texte isolé donné par Mabillon vient de la faute d'un copiste, d'autant plus que les auteurs qui ont traité le même sujet après Hucbalde ont affirmé nettement que Amé avait été évêque de Sens, et qu'ils n'auraient pas été si catégoriques, s'ils avaient eu le moindre doute.
De plus, il existe une \ïe de sainte Eusébie, abbesse d'Harnage, que Rosweydus altribue également à Hucbalde et qu'Henschenius, dans le Commentarius provins, estime être antérieure à son autre écrit (3). Or, Amé y reçoit le titre d'évêque de Sens.
Les historiens qui vinrent après Mabillon n'imitèrent pas sa prudente réserve. Les Annales Benediciini avaient paru en 1739. Dès 1745, l'abbé Lebeuf s'emparait du texte publié par Mabillon et nia que Amé eût gouverné le diocèse de Sens. Il publia en 1753 et 1754 plusieurs dissertations sur ce sujet dans les Mémoires de Trévoux. La grande raison invoquée par le savant auxerrois est que cet évêque ne se trouve ni sur la liste sénonaise, dite de Fontonelle (ix* s.), ni sur une autre qui date de la fin du x^ ou du xi^ siècle (4). Mais on a vu, à propos de saint Gondelbert, que ces listes épiscopales du ix* et du x« siècle ne sont pas d'une absolue fidélité. Tel est l'avis non seulement de D. Calmel mais de D. Piolin (5), et les études historiques les plus récentes
(1) Cf. Act. Sanct. Ord. S. Bened. s.xc. II, 785.
(2) Cf. Act. Sanct. 1. c. 123.
(3) M. Maurice Prou, professeur à l'Ecole des chartes, d'après une note manuscrite estime qu'il y a un rapport étroit entre ces deux Vies.
(4) Bibl. Nationale, manus. latin, n» 17187, fol. 363.
(5) Suppl. à la Vie des Saints. Petits Bollandistes, 21 février, en la fête de saint Gombcrt.
viciineiil le clL-inoiilror. Ces listes paraissent tirées du canon d'un sacrunientaire de Tégiise de Sens, dans lequel le roi proscripleur, sinon Ebruin, avait défendu dinserire le nom de sa victime.
Après Lebeuf, le CalUa Christiana rij\-inl sur l'opinion qu'il avait émise en 1725, et il se déjugea en ITÔl, dans le tome ix, puis en 177U dans le tome xii, en retirant à saint Amé son titre d'évôque de Sens. Malgré la très savante élude des liollandistes qui avait paru en 1753, les noms du chanoine d'Auxerre et de Sainle-Marlhe eurent assez de crédit pour faire accepter leur sentiment à Sens. On n'osa 'pas supprimer le culte du saint pontife dont la fête continuai! à être célébrée le 13 septembre, mais, vers 1750, monseigneur Languet omit son nom dans la liste des prélats sénonais qu'il fit graver sur une table de marbre apposée à l'un des piliers du chœur de l'église métropolitaine.
A notre époque, D. Piolin a repris la thô.se des Bollandistes (1) mais, contre son habitude, le savant bénédictin l'a mal défendue, au point d'invoquer, parmi ses références, des ouvrages qui lui sont opposés. Dès le xi^ siècle, une foule de documents démontrent qu'il y a unanimité chez les historiens pour attribuer à Amé le titre d'évêque de Sens (2). \'arnerius, le scholastique, écrivant un livre pour Gerbert, abbé de Saint-Pierre-le-Vif, rapporte différentes choses sur Amé dont il vante la sainteté et les précieuses qualités d'esprit (3). Vers le même temps. Baudri, de Cambrai, cite saint Amé comme ayant été évèque de Sens. La môme aillrmation se retrouve dans la chronique de Sigebert (4).
Une charte de 107() (5) donnée par Robert, comte de
(1) Cf. Semaine religieuse de Sens, 9 sept 1893.
(2) Un manuscrit du martyrologe d'Usuard provenant de l'abbaye de Sainl-Aiidrë d'Archin (diocèse d'Arras) présente la correclioii suivante dont nous ignorons la date : « A Douai, translaùon de saint Amé, archevêque de Sens, qui chassé de son siège par le roi Thierry, sur le conseil d'Ebroïn, maire du palais, fut relégué dans celte province par ordre de ce prince. Devenu abbé du monaslère de Remireinont, il fut un anachorète, etc., » comme dans Adon et Usuard. Le martyrologe ne mentionne pas d'autre Aillé, ce qui montre que, dans l'esprit du correcteur, l'abbé et l'ancien évèque de Sens étaient le même personnage. Il était dans l'erreur, car le religieu.v du monastère de Breuil et l'abLé tie Remiremont sont dill'irents l'un de l'autre. Les Boliandistes leur consacrent à chacun une étude approfondie (13 seplembrej.
(3) D. Mathou^, Calalogus arc/tien, serion. 31.
(4) Cf. Migne, CLX, 127.
(5) Cf. Collection des monuments inédits de l'histoire de France, éd. de Champollion. III, i'il.
l'iuiidre, ù rùglise de Douai fait allusion au k bienheureux Anié qui avait élé expulsé de son évôclié de Sens par la lyraïuiie de Thierry ». Dans une chronique manuscrite de la Bibliothèque de Douai (n° 753, p. 04), paraissant avoir 6(6 composée au .\n« siècle, l'auteur cite Amé, avec le même titre parmi les prélats qui, sous le règne de Thierry, faisaient la gloire de la Gaule (1). La Vie de sainte Rictrude, écrite par Gualbert, entre 1125 et 1131, rapporte la même chose (2). 11 en est ainsi dans les Gesla des évèques de Cambrai, rédigés vers 1140 (3). Le catalogue de la compilation de Clarius qui s'arrête à Hugues de Toucy, mort en 1168, contient l'additio)) de Amé (4). Il est également cité et placé entre Loup et Médère soit dans la Chronique d'Hugues de Saint-Marien (5) soit dans la liste d s archevêques qui accompagne celle de Geoffroy de Courlon.
Parmi les historiens favorables à la même opinion nous mentionnerons encore Duchcsne, D. Bouquet, Ménard, dans son martyrologe bénédictin, et le martyrologe romain, annoté par Baronius (6).
Tout bien pesé, malgré la force des arguments et l'autorité des critiques opposés à la thèse des Bollandistes, nous inclinons à adopter l'opinion de ces derniers et à penser que l'exilé de Péronne a dirigé, quelque temps du moins, l'église de Sens.
(1) Cf. Tailliar, dans Bulh delà Commission historique du dép. du Nord, XI, 217.
(2) Cf. Act. Sanct. maii, III, 19.
(3) Cf. Migne, CILIX, 39.
(4) Bibl. Nat. manus. lat. 5002.
(5) Bibl. Vaticane, Fonds de la reine de Suède, LXXXVIII, ». 42.
(6) Pour les autres auteurs qui ont traité cette question, on peut consulter la Bibliographie de 1 abbé Chevallier.
Identité de saint lIoNonHin et de saint IIonulphe
Il nous parait nécessaire de reprendre ce prublcme obscur el de donner une IS'ote coinpléinenlaire sur ces deux évoques do Sens au sujet desquels existe une confusion. Certains historiens les placent, en effet, au vii« siècle, tandis que d'autres les renvoient au vni*, et cette incertitude est encore augmentée par les variations de l'orthographe des noms propres dans cette période.
On ne trouve ces deux saints ni dans Adon ni dans Usuard, et le sacramentaire de Stockolm, qui donne, dès le x« siècle, la liste des prélats sénonais alors béatifiés, est muet sur saint Honobert et saint Honulphe. Geoffroy de Courlon est le premier histc^-ien qui, au xiii* siècle, ait joint au catalogue épiscopal de Fontenelle les noms de ces deux saints, après Ebbon, et qui présente Honobert comme le fils et à la fois le prédécesseur d'Honulphe sur le trône pontifical. Il identifie Honulplie avec ÎMérulphe.
Les assertions de Geof. de Courlon ont été admises dans la suite par les chroniqueurs sénonais, Robert d'Auxerre, Claude Robert, Democharès, Chenu et enfin par le P. Henschenius qui {Acl. Sanct. I, 288) a lui-môme appliqué aux deux successeurs d'Ebbon, tels que les a rectifiés Geof. de C, le texte suivant de la recension d'Usuard par les Chartreux de Cologne : (( Au 5 janvier, à Sens, Honobert et Honulphe, évoques et confesseurs. »
Henschenius s'est aperçu cependant d'une grosse difficulté qu'entraîne ce système. Tout en plaçant la mort d'Honobert en 755 et celle d'Honulphe en 761, il est obligé de reconnaître que leur successeur, Artbert ou Ardobert, reçut en 744, comme évêque de Sens, une lettre du pape Boniface ! Il y a là une impossibillé matérielle des plus manifestes.
Le Gallia ChrisUana est d'un avis différent. S'en référant entièrement à la liste de Fontenelle, il n'admet après saint Ebbon que Mérulphe et Artbert, et il identifie saint Honobert et saint Honulplie avec les successeurs d'Hildegaire, .Aumbcrtus et Arnulphus (vn* siècle) entre lesquels se trouve .\rmentarius. Il incline à leur attribuer ce passage d'un très ancien hagiographe : « Aux noues de janvier (5), mort des évêques Honobert et Aunulphe, de la même ville. Honobert el Aunulplie furent le père et le fils. Tous deux reposent dans l'église de Saint-Didier. »
II y a lieu, pensons-nous, de se rallier au Gallia Chrisliana, ou de rectifier le système de Geoflroy de Gourion, ainsi qu'il suit. Bien que le catalogue de Fontenelle ne soit pas absolument sûr, on ne peut le modifier sans des motifs sérieux, et aucune raison ne vient confirmer l'adjonction du nom d'Honobert faite à cette liste par cet historien. Nous inclinons à croire que l'Honobert de Geof. de C. n'est qu'un dédoublement d'Artbert ou Ardobert et qu'il n'a pas existé. Nous avons déjà relevé {JSolc de la page 151) que peu d'années séparent la mort d'Ebbon du concile de Leptines (743) où se trouvait Ardobert, tandis que l'évêque Loup II n'apparaît qu'en 7G5. On peut facilement placer dans cet intervalle Merulphe ou Honulphe, qui ne seraient également qu'un seul personnage, et, dans cette hypothèse qui nous paraît la plus vraisemblable, il serait possible d'attribuer aux deux successeurs d'Ebbon le passage du vieil hagiographe mentionné par le Gallia Chiisliaiia.
Catalogues archiépiscopaux
DU SACRAMENTAinE DE StOCKOLM ET DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE I^AIUS
Stockolm
Sanctus
Saviiiianus
id.
Potentianus
Leontius
Severinus
Aucdactus
Eraclius
Lunanus
Simplicius
Sanctus
Ursicinus
Tlieodorus
Siclinus
Sanctus
Ambrosius
id.
Agricius
id.
Eraclius
id.
Paulus
id.
Lco
Constitulus
Sanctus
Arthemius
Lupus
Mederins
Hildegarius
Auripertus
Ermentarius
Anulphus
Landebortus
Sanctus
Emmo
id.
Vulfrannus
Giricus
Sanctus
Ebbo
Merulphus
Autbcrtus
Lupus
Wiliarius
Gotescalcus
Gunbertus
Pelrus
Vuillcbaldus
lierrardus
Ragembertus
Paris
Saviniauus
l'olt'idianiis
Lconluis
Severinus
Adactus
E radian IIS
Lnnvarins
Simplicius
Ursicinus
Throclerus
Siclinus
Ambrosius
Agritius
Eraclius
Paulus
Leonius
Constitulus
Artemius
Lupus
Mrdcrus
Ilildierus
Auinbrrlus
Armentarius
Aunulplius
Emmo
Landebertus
\'ul[rannus
Giricus
Ibbo
Merulphus
Arbertus
Lupus
Villiarius
Godescalcus
Cumbertus
Pelrus
Vildebaudus
Bernardus
Stockolm
Paris
S;ilir|i|.s
Magnus
Iliorejnias
AIdricus
W'onilo
Egil
Anscgisus
Evrardus
Gualtcrius
Gualterius
Aldaldus
(niillelmus
Gerlanus
Hildemannus
Archenibaldus
Anastasius
Sevuinus
Leothericus
Magnus llereniias AIdricus ■ Wenilo Agclo Afiscgisus Evrardus Walterius Watterius Adalaldus Willelmits Gerlanus Hildemannus Archembaudus
Liste de Paroisses
QUI SE TltOUVE DANS LE SaCUAMENTAIRE DE StOCKOI.M
(x* siècle) {Elle comprend le grand Archidiaconé de Sens)
Nomina Ecclesiarum
Sononum, de Minislerio....
Beraldus,
Johannes, Eldocrius.
Doyenné
Cusei
C'iij
de
Trainel
\'illare
Villers-Do)ineu.r
id.
(Û) rusa
La Chapelles. -Oreuse
id.
Sanctum Projectuin
Saint-Pregls-Grisy
id.
(Sa) ucoia
Suucy
id.
\'illedois
V illuis
id.
....lom Orusa
Monte-Sancti-Martini
St-Martin-sur-0 relise
id.
Pacei
Passij-sur-Seine
Sanctum-Librum
(Th) oringia
Thorignij-sur-0 relise
id.
Pallei
Paillij
Id.
(V)illacato
Villechat (comm. de
Grau ges-le-Bocage)
id.
Moysei
Mouy-ïes-Brag
id.
\'illanova
Villiers-sur-Srine ?
id.
Noviomo
Noyen-sur-Seine
id.
(G) ranchias
Granges-le-Bocage
id.
Sirgengia
Sergines
id.
Florengii
Fleurigny-siir-0 relise
id.
....ungia
Fontanas
Fontaine s-la-GaiUarde
id.
(St) abulas
Les Tables de Traîne
{prieuré)
id.
(Gu) mireia
G limer ij
id.
(T)illide
La Mothe Tilt y
Vcnenissa
Vitlenaux-la-Petite
id.
(J)onna
Janine
id.
De
Ministorio Elavii
Banlieue
Sanctus-Marliniis
St-Marlin dn Tertre
di
e Sens
Nahilei
Nailly
id.
Bradenns
Prannay
id.
Sanclus-nispanus