IV
instruments et des dupes. Le parlement supprima cette missive ainsi que tous les écrits semblables, en même temps qu'il informait contre les cabales et les assemblées illicites (!'.
Quelque temps après, un des quatre évèques, (•elui de Ghàlons, Vialart, entreprit d'arranger l'afTaire pendante, et, sur ses instances, de Gondrin fit plusieurs démarches auprès du nonce Bargelini, qui promit d'écrire au pape pour connaître ses intentions. Les deux négociateurs convinrent que le moyen le plus sur d'en finir était de présenter une souscription pure et simple du formulaire, mais ils furent plusieurs semaines à briser la résistance de lévèque d'Aleth. Le procès-verbal, enfin signé, arriva à Paris le 14 septembre 1668, et l'archevêque de Sens le remit aussitôt au nonce. Les signataires ayant fait profession d'une entière obéissance au mois de janvier suivant, le pape écrivit une lettre qui mettait le sceau à l'accommodement. Les jansénistes appelèrent cet accord « la paix de l'Kglise », mais, observe Jager, c'était une paix fausse et déshonorante, car elle avait été obtenue en trompant Clément IX par l'assurance d'une entière soumission, alors (|u'il n'en était rien.
\P' de Gondrin ne cessa de manifester son attachement pour Port-Royal, mais plus particulièrement en ces circonstances difficiles. On raconte qu'il mettait toute son application à faire tomber les préjugés du non(;e contre des hommes dont il appréciait la valeur, el, (|uand la paix fut conclue aux conditions qu'il avait proposées, il ne voulut céder à aucun autre la gloire de présenter au nonce Arnauld et les théologiens, compagnons de sa solitude, dont il faisait partout Péloge. Gomme un professeur du séminaire de Sens blâmait ouvertement la morale sévère que ce prélat voulait introduire dans
(l) Jagcr, XVIII, passim. — IJubois, 202 el suiv.
le diocèse (1668) et condamnait la Traduction du Nouveau Testament laite à Poi-t-Royal, il lui adressa de sévères reproches, déclarant qu'il n'avait pas le droit de condamner de lui-même un livre et ne devait recevoir une censure de Rome que par son entremise, et il le menaça, s'il continuait, de le déférer au tribunal de Forficialité (l'.
Ce fut à Sens que. Tannée suivante, Arnauld fit imprimer le tome I"de son fameux ouvrage intitulé; La Perpétuité de la Foy dans l'Eglise catholique touchant l'Eucharistie, pour répondre aux attaques de Claude, ministre à Charenton. De Gondrin se fit un honneur de paraître à la tète des évèques et des docteurs qui lui donnèrent leur approbation A propos de ce livre, il répétait souvent qu'il ne pouvait pas comprendre l'aveuglement de certaines personnes qui accusaient l'auteur de favoriser en toute occasion le parti des calvinistes, alors qu'il les avait terrassés plus fortement que tout autre écrivain. Vers la fin de sa vie, il chargea même son vicaire général, Varet, de faire un extrait de l'ouvrage de ce docteur sur la fréquente communion, qui fut publié sous ce titre : L'usage des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, pour être répandu dans le diocèse. Il demeura fidèle jusqu'au bout à la maison de Port- Royal et, lorsqu'il fut question de supprimer ce monastère, il offrit de recevoir les religieuses dans son diocèse, à l'abbaye du Lys, mais ce projet n'aboutit pas (2).
Malgré les concessions que M^' de Gondrin fit en plusieurs circonstances à l'orthodoxie, soit par politique soit pour éviter les censures de Rome, il demeura au fond très attaché aux doctrines du jansénisme. C'est dans cet esprit que, en 16(39, il
(1) Cf, LeUre de M-^ de Colbert, dans Coll. Languet, XXXV. Cette collection se trouve à la Bibl. de Sens. — Fenel, 946.
(2) Fenel. — Dubois, 256.
rédigea avec beaucoup de soin et de précision un Ahrégr de la doctrine cJirétienne, ou Catéchisme, qu'il imposa dans tout le diocèse. Ce rc(;ueil était précédé d'une ordonnance dont les historiens sénonais vantent la science et la piété '^l'. Deux ans plus tard, un livre qui avait pour titre : Histoire de la Paix de l'Eglise, et dont l'auteur restait anonyme, fut imprimé d'après ses ordres à Sens, pour répandre les idées qui lui étaient chères. Mais celte publication fut présentée au roi comme une infraction à l'édit de 1665 qui prescrivait à tous les évèques de signer et de faire signer le formulaire, sans user d'aucune distinction, interprétation ou restriction qui dérogerait aux constitutions, sous peine de saisie temporelle et des procédures canoniques. Louis XIV fit donc écrire par son ministre. Pomponne, à l'archevêque de supprimer ce livre, et que son commandement exprès était qu'on « estouffe tout ce qui pourroit faire naistre ou entretenir le souvenir des contestations passées ». Le prélat s'empressa de répondre au ministre par une longue lettre oii il lui exposait que depuis six ans il avait travaillé, selon le désir du roi, à procurer la paix dans son diocèse, mais que l'on y persécutait des gens de bien sous prétexte de jansénisme, et que l'on cherchait à persuader les fidèles que sa conduite n'était pas conforme à celle d'un évêque catholique. Il s'élevait contre ceux qui prétendaient que les quatre prélats appelants avaient révoqué leur seconde signature, et il traitait d'(( abomination, commise à la honte et au scandale de toute l'Eglise, » un discours où un jésuite enseignait l'infaillibilité du pape. Tout en protestant de sa soumission au roi, il réclamait la liberté de l'informer des choses qu'il considérerait comme préjudiciables à la cause de la religion et de la paix (1).
(1) Bibl. Nat. D, 5069. — Bibl. dAuxerre, A, 57.
(2) Bibl. d'Amiens, Mélanges^ m. 880, n» 25.
Si Ton a pu reprocher avec raison à l'archevêque de Sens ses sympathies trop vives pour les jansénistes et le jansénisme lui-même, du moins il se montra toujours l'adversaire déterminé de la réforme protestante. Un peu avant 1665, le cardinal Richelieu avait formé le plan de ramener les huguenots au catholicisme par la persuasion, et il se servit dans ce dessein du P. Louis de Laurens, qui avait appartenu au protestantisme avant de se convertir. Le cardinal ne put aboutir par les conférences qu'il se proposait d'organiser entre les deux confessions, et, à sa mort, on songea à M^' de Gondrin, comme ayant de la force d'esprit, de belles manières, et remplissant les meilleures conditions pour le succès. 11 eut aussi quelques pourparlers avec le P. de Laurens, mais sans résultat. Cependant il s'employa avec succès à cette œuvre dans le diocèse, car on y compte, entre 1660 et 1680, de nombreuses abjurations et professions de foi qui furent reçues par l'autorité ecclésiastique. Une lettre autographe qui reste de lui nous fait savoir qu'il travailla également à la conversion du maréchal de Schondierg, mais ses efforts furent inutiles (1).
Il paraît Jiien difficile de laver complètement ce prélat des scandales qu'il aurait donnés dans sa jeunesse et aux premiers temps de son épiscopat. C'est de lui que le cardinal de Retz voulait parler dans ses Mémoires^ quand il écrivait : « Le dérèglement des mœurs, très peu convenable à ma profession, me faisait peur ; j'appréhendais le ridicule de M. de Sens.» Plus tard, quand il fut devenu si sévère et si intraitable en matière de mœurs dans son diocèse, on a dit de lui qu'il « faisait pleurer ses péchés aux autres » (2). Cependant Fenel considère comme sérieuse sa conversion vers 1659 ; il affirme que, se dépouil-
(ll Lettres choisies de Richard Simon (Ed. de 171^0, I, I et 6). — P. Anastase. — G. 182 : F. 15.
(2) Saiute-Beuve, IV, 365.
lant de ses goûts pour le luxe et la mondanité, il renonça à ses vues d'ambition, no s'inspirn plus que de la foi qui était profonde en lui, et donna toute sa sollicitude à la sanctification de son troupeau et à la sienne. C'est alors qu'il devint le confesseur de la princesse de Gondé, et il remplit toujours celte foiution avec beaucoup, de dignité et de piélé.
Le développement de la vie monacale, (|ui s'était épanoui avec tant de force sous M^' de Bellegarde, n'était pas encore épuisé. Son successeur approuva successivement l'installation des cisterciens à Bray (1653), des cordeliers à Bellegarde (1658) et à la Ferté- Alais(1660), des récollets à Moret(1658), et des oratoriens à Provins (1669). Vers ce temps, François Meslier restaurait le monastère de St-Pierre de Melunet y installait les bénédictins de St-Maur (1). On peut se rendre compte de la situation matérielle des anciennes abbayes par un tableau des taxes dont elles étaient redevables au St- Siège pour l'expédition des bulles, et dont le montant était, sans doute, proportionné aux biens de chacune d'elles. En dehors de l'archevêché qui payait 6000 florins 2), Sainte-Colombe et les Echarlis donnaient 1000 florins ; Barbeaux, Ferrières, Saint-Pierre de Melun, 800 ; Saint-Pierrele-Vif. 700 ; Saint-Remy de Sens et Saint-Séverin de Château-Landon, 600 ; Saint-Jean de Sens et Jouy, 500; Morigny, 465 ; Saint-Jacques de Provins, 250 ; Le Jard, 225 ; Cercanceaux, Preuilly et Vauluisant, 200 ; Fonlaine-Jeaii et Chaumes, 100. Les abbayes de femmes étaient taxées uniformément à 24 llorins : Dilo, La Joie, Le Lys, Saint-Paul de Sens. La Pommeraye, Rosoy ou Villechasson, et Villiers.
Le milieu du xvti^ siècle, qui fut dans les divers domaines intellectuels la période la plus brillante de
(1) G. 188 et 189. — Poiiillé, passim.
(2) Mémoires du Clergé, X, 707. — Le florin de Rome valait 106 sols 8 Jeuiers.
l'histoire de France, vit se répandre également parmi le clergé une incu'oyable activité. D'immenses travaux d'érudition furent entrepris et menés à bonne fin, et les ordres religieux rivalisèrent d'ardeur dans ces'nobles entreprises. Pour les études historiques on peut citer en particulier les bénédictins d'Achéry, Martène, Ruinard, Ceillier, et surtout Mabillon, puis les jésuites Mardouin et Labbe. Dans le diocèse de Sens, Sainte-Colombe se mit à la tête du mouvement avec le savant D. Gottron. On lui doit différents travaux : d'abord une Chronique de ce monastère, qui va de 275 à 16^8. Dans la préface, il déclare (jue l'abbé Antonin d'Yepez ayant remarqué, au tome 11 des Chroniques générales de l'ordre de Saint-Benoit, que cette abbaye n'avait pas eu jusque là d'historien pour rédiger ses annales, il a eu la pensée de composer cet ouvrage, mais, comme il est surchargé d'occupations, il n'a pu y consacrer que quelques mois. Il rédigea également une Chronique de Saint-Pierre-Ie- Vif(\\\'\ est plus considérable (1)
Parmi ses autres œuvres historiques il faut mentionner encore une Chronique de Saint-Germain d'Auxerre,e[ une Chronique de Saint-Remy de Sens [2), à laquelle sont ajoutés plusieurs appendices sur quelques monastères sénonais de moindre importance. Dans ces divers écrits l'auteur a une marche uniforme. Suivant la méthode critique mise alors en honneur, il cite d'abord ses sources : textes des légendes ou des chroniques, puis il les résume et y ajoute des observations et des commentaires parfois très longs, surtout sur les dates. 11 copie souvent les chartes en leur entier et il en discute les passages obscurs Si sa chronologie n'est pas toujours exacte, il use d'une manière de procéder qui ne cesse d'être
(1) Bibl. d'Auxerre, m. 213, 217. — L'abbé BruUée n'a fait à la première que peu d'emprunts pour son Histoire de Ste-Colombe.
(2) Bibl. Nat., m. 1. 138/8.
éclairée, solide et judicieuse, cl, bien que la science moderne ait rejeté quelques-unes de ses conclusions, on doit lui attribuer en général une grande autorité. Il donne aussi quelques dessins et plans qui, malgré leur grossièreté, n'en sont pas moins précieux. Son exemple fut suivi par D. Fleureau, barnabite fort érudit, qui était alors préfet de collège de Montargis, et (jui écrivit en 1658 une Notice sur Tabbaye de Villiers, près de la Ferté-Alais (1).
Les couvents de femmes participaient dans une certaine mesure à ce mouvement d'activité religieuse et littéraire. Dès 1648, les annonciades avaient acheté une maison à Sens et, malgré l'opposition d'une partie des habitants, elles s'y étaient installées, grâce à l'appui de l'archevêque, mais elles n'obtinrent qu'en 1653 les lettres patentes qui autorisaient leur établissement (2). Le but de cet ordre, commun à plusieurs autres, était l'éducation des jeunes filles, et de leur apprendre c< à lire, écrire, coudre, faire tapisseries et autres choses dont leur esprit est capable ». Les ursulines, installées au faubourg St-Antoine, étaient en pleine prospérité. Sous l'inspiration des jésuites, elles émirent la prétention d'être indépendantes de la juridiction de l'archevêché, et le vicaire général ayant rédigé pour elles, en 1666, des statuts et règlements, elles adressèrent à M""" de Gondrin une protestation contre tout projet qui ferait élire la supérieure et les dignitaires par l'autorité archiépiscopale. Nous ignorons la suite de cette atl'aire. Elles étaient alors au nombre de vingt-quatre professes. Depuis de longues années le couvent de la Pommeraye abritait parmi ses religieuses les plus beaux noms de la Bourgogne, auxquels s'alliaient les grandes illustrations parlementaires. Son abbesse, en 1631, était Anne Bathilde de Harlay, de la famille des seigneurs de Champval-
(1) Cf. Annales delà Soc. hist. du Gdtinais, 1893, i à 125.
(2) H. 950, — .\ieli. Nat. X», 8658, fol. 438.
Ion ; elle transféra sa communauté dans l'ancien prieuré de Saint-Antoine, à Sens, et la rendit si florissante que, un demi-siècle plus tard, elle comptait une soixantaine de religieuses. A sa mort, ce fut sa sœur qui recueillit la dignité de supérieure (1). Une maison de bernardines s'installe à Bray-sur-Seine (1654), en même temps qu'une association de charité. Depuis le xiv^ siècle, le prieuré du Mont-Notre-Dame de Provins avait été occupé par des moines venus de Preuilly. En 1647, le prieur y installe de nouveau des religieuses, avec le consentement de l'abbé de Citeaux. Vers le même temps, les bénédictines de Champ-Benoit étaient accablées de dettes, au point que l'archevêque de Sens leur permit de rentrer dans leurs familles. Mais leur piété était si grande qu'elles persévérèrent dans leur vie de privations, tout en continuant leurs aumônes comme à l'ordinaire ; aussi la Providence ne tarda pas de venir à leur secours. Ambroise de Bournonville, duc et pair de France, qui avait été instruit de leur détresse, fit une visite à leur maison et, ému de la beauté de leur chant et de leur fidélité à la règle, il s'employa à payer leurs dettes et à relever les bâtiments de l'abbaye, A sa mort, il voulut recevoir la sépulture dans leur chapelle (2).
La même ferveur était loin de régner dans tous les monastères de femmes. Informée des graves désordres qui avaient été introduits par les cordeliers au couvent des cordelières de Provins, Anne d'Autriche ordonna au provincial, par une lettre de cachet, d'aller faire une information dans cette ville. Deux religieuses, condamnées par lui, se pourvurent à la cour par appel d'abus contre les dérèglements des cordeliers et la mauvaise administration de l'abbave. Le 15 mai 1664 intervint un arrêt qui les ren-
(1) H. 80, 71, 910.— G. 44 et 190.
(2) Gall. Christ. XU, 131, 193.
voyait devant l'archevêque de Sens, leur supérieur naturel, et ordonnait que tout ce qui serait réglé par lui aurait son exécution, nonobstant tout appel. M^' de Gondrin se transporta à Provins au mois de septembre et, après information faite, il interdit aux cordeliers d'exercer aucune fonction du ministère dans le couvent auquel il donna pour directeur un ecclésiastique vénérable. M. Bourrée, docteur de la faculté de Paris. Neuf religieuses coupables ayant refusé de se soumettre au prélat et affichant une résistance scandaleuse, les autres en informèrent la cour qui donna l'appui du bras séculier aux mesures prises et ordonna, s'il était nécessaire, de transférer les révoltées dans d'autres maisons. Les cordeliers intervinrent alors activement, et le procureur général de leur ordre parvint à obtenir de la congrégation des réguliers à Rome un décret en vertu duquel l'archevêque serait assigné pour être entendu, les censures portées par lui seraient levées, et le monastère demeurerait sous la conduite des religieux. Il leur fut accordé aussi par leur général que le gardien du couvent de Paris serait chargé de réformer les cordelières. Celles qui étaient demeurées fidèles à leur règle tirent aussitôt appel de cette décision, et après avoir obtenu (1666) un arrêt du parlement contre le décret du Saint-Siège, elles demandèrent que les pièces de l'information faite par l'archevêque de Sens fussent déposées au greff'e civil de la cour. Pour démontrer que les cordeliers s'étaient rendus indignes, par leur conduite scandaleuse, de diriger leur communauté et de gouverner le temporel de leur maison, elles firent imprimer un Factiun qui, à cause du bruit qu'il suscita, se répandit bientôt dans toute la France. Il y était exposé d'abord que la conduite des monastères appartient en droit aux évêques, que l'ordre de Saint- François avait été soumis dès l'origine aux Ordinaires et que l'ingérence de ces religieux dans la direction des cordelières de
Provins n'avait nullement soustrait celte maison à la juridiction de l'archevêque de Sens. La seconde partie était consacrée à dévoiler les désordres les plus graves dont les cordeliers s'étaient rendus coupables dans le couvent (1). L'efFet de cette publication fut d'autant plus fâcheux pour ces derniers qu'ils ne purent nier les faits dont ils étaient accusés. Ils attribuèrent à l'archevêque de Sens cet écrit, dont le véritable auteur était le vicaire général, Varet. Les représailles ne se firent pas attendre, et il parut plusieurs brochures hostiles aux évêques, et en particulier à Më'' de Gondrin ; il y était traité d'homme outré dans sa morale et dans la discipline qu'il imposait au diocèse, alors que sa conduite n'était pas plus réglée que celle dont le Factum faisait le reproche aux cordeliers. Le plus violent de ces libelles, intitulé : Toilette de M. l'Archevêque de Sens, exagérait toutes les fautes qu'il avait pu commettre dans sa jeunesse, le taxait de galanterie, d'ambition sans bornes, do fierté méprisante, d'hypocrisie, de fausse dévotion, de jansénisme et d'hérésie (2). Le bruit courut que les cordeliers étaient les auteurs de ce pamphlet, mais Fenel déclare tenir de source sûre (3) que d'auties religieux vinrent à Sens demander des renseignements et qu'ils ne furent pas étrangers à ces publications. 11 ajoute que de toutes les questions auxquelles l'archevêque se trouva mêlé, ce fut celleci qui lui attira le plus d'ennuis.
Ms"" de Gondrin pouvait mener de front les affaires les plus diverses, sans se laisser abattre par les obs-
(1) G. 193. - Bibl. Nctt. L, d, 378. — Fenel, II, 1001 à 1008. — Dubois, 44S> à '188. On a lait à cet historien le reproche de n'avoir pas tiré, dans son ouvrage, tout le purli possible des docunoenls qui restent sur ce prélat [Annales S. h. Gdtinais, 1903, 377). Ajoutons que s'il vise à l'impartialité, on peut noter chez lui une tendance à relever surtout les côtés défectueux de son personnage et du rôle de l'Eglise, en passant plus vite sur les autres.
(2) Bibl. Nat. L, k, 8064. - Bibl. d'Auxerre, E, 50.
(3) II, 135 et suiv. - G. 4,
tacles. Celle du démembrement de la province de Sens demeurait toujours pendante, car la compensalion promise se taisait toujours attendre. A rassemblée du clergé, de 1650, il y eut à ce sujet un grand débat. L'archevé(|ue de Sens et Pierre de Gondi furent admis, l'un après l'autre, à présenter leur plaidoyer, et le premier y tint pendant sept heures la réunion sous le charme de sa parole. La proposition du dédommagement fut Tobjet de négociations nouvelles, mais sans aboutir (1). L'archevêque continua son opposition dans l'assemblée de 1655, malgré l'offre des abbayes de Saint-Remy de Sens et de Saint-Jean d'Angély qu'il considérait comme insuffisante [2). Au commencement de 1661 le chapitre de Sens envoya à Rome une requête par laquelle il s'opposait à ce que Alexandre VII expédiât aucune bulle de provision à l'évêché de Paris, alors vacant, et l'année suivante (10 avril; l'archevêque continua ses démarches contre le partage de la province en deux (3). Ce fut sans doute vers ce temps que le chanoine Driot utilisa ses connaissances historiques dans un plaidoyer pro domo ayant ce titre : Senonensis Ecclesise querela de primatii Galliarum adversus Lugduntnsem^ et de metropoUco jure adversus Parisiensem, et exposa les revendications de l'église de Sens tant pour la Primatie des Gaules contre Lyon, que pour ses droits métropolitains contre l'évêché de Paris. Nousy retrouvons les arguments qui avaient été présentés à plusieurs reprises dans les années précédentes. Tous ces efforts furent vains, carie ISjuillet suivant, LeTellier, secrétaire d'Etat, informa M^' de Gondrin que le roi n'avait pas eu égard à ses protestations Entre temps,
(Ij Procès-^erhaux du Clergé, III, 690 à 692.
(2) Ibid. IV, 20, et Pièces Justif. ^ 3, 22-27. — Dubois, 33 à 46. — C'est à tort que le P. Serrant, dans L'abbé de liancé et Bossuel, a prétendu que .M^'' de Goudrin avait donné dans cette assemblée son consentement à l'érection de l'archevêché de Paris.
(3) Bibl. de Sens, n" 'i5. — G. 2.
la ville de Sens parvint cependant à faire apprécier par la cour la perte matérielle considérable que la soustraction de l'évéché de Paris et des trois autres sièges faite à son ressort entraînait pour ses intérêts, car les échevins obtinrent, en 1661, des lettres ])atentes qui réduisaient à treize mille livres le montant de la taille urbaine, avec la faculté de lever quatre sous sur chaque muid de vin passant sous les ponts de Sens (1).
L'opposition ne cessa qu'en 1664, lorsque LouisXlV délivra un brevet (13 mai) qui accordait la mense abbatiale du monastère du Mont-Saint-Martin, de Tordre des prémontrés, au diocèse d'Arras, et dépendant du domaine royal. 11 3^ spécifiait que cette mesure était prise pour indemniser l'église de Sens de l'érection du siège de Paris en archevêché avec les trois diocèses comme sufFragants, et terminer tous les procès entamés à cette occasion. Ce bénéfice était uni à l'archevêché de Sens avec tous ses droits spirituels et temporels, à la condition qu'à chaque vacance du siège, la première année du revenu serait attribuée au chapitre pour être consacrée à l'achat d'ornements, et qu'une somme de mille livres en serait distraite pour l'archidiacre. En compensation, l'archevêque, le chapitre et l'archidiacre devaient renoncer à tous les privilèges honorifiques et utiles sur le diocèse de Paris et ses sufFragants, ainsi qu'à tous les droits métropolitains ou diocésains sur l'hôtel de Sens à Paris. Quelques jours plus tard, les parties intéressées se réunirent dans cet hôtel et ratifièrent de leur signature les divers arrangements énoncés dans le brevet royal. Il y eut sans dout<^ des obstacles à l'union de lamensedu Mont-Saint-Martin, car, l'année suivante, à l'assemblée générale du (dergé. l'archevêque de Sens, qui présidait, déclara qu'il s'opposait à la
(1) BiOL d'un Sénonais, X.
nouvelle création de l'archevêché de Paris, si la mesure promise parle roi n'était pas exécutée. Elle ne fut réalisée qu'en 1668 par une bulle de Clément IX, adressée à l'ofTicial de Laon ; encore les lettres patentes du roi pour l'enregistrement de la lettre papale tardèrent-elles jusqu'au 7 mars 1671, et Tarrét du parlement ne date que du 17 mai 1672 (1). Il était dans la destinée de M^' de Gondrin de batailler toute sa vie contre quelqu'un, et ce fut bientôt le tour du chapitre. Dans la première partie de son épiscopat, il vécut en bons rapports avec les chanoines. Ce corps ecclésiastique jouissait d'un pouvoir considérable dans le diocèse et au dehors. 11 avait sous son patronage quarante-cinq cures, dont ((uelques-unes très importantes, et il gardait sous son contrôle l'entretien et la reconstruction des églises qui étaient de sa dépendance (2). La bonne harmonie régnait encore en 1658, car l'archevêque fit remettre aux chanoines un projet d'ordonnance ((u'il voulait mettre en vigueur dans le diocèse : il y spécifiait que cette démarche avait pour but (l'entretenir l'union entre lui et le chapitre. Peu sensibles à ces avances, les chanoines publièrent l'année suivante, à part et pour leur propre ressort, des ordonnances promulguées le 28 mai 1658 dans le synode annuel (3). L'article 111 défendait aux curés du patronage de recevoir aucun décret ou mandement de personne autre que du chapitre. Un peu plus tard (1661), les chanoines refusèrent d'admettre à la cathédrale un processional que l'archevêque venait de faire imprimer et dans lequel il avait établi quelques réformes, pour ce motif que les livres liturgiques ne pouvaient être publiés sans leur per-
(1) Mémoires du Clergé, II, 54, 55, GO et suiv. — G. 129, 679. Procès- verbaux du Clergé, V, Pièces just. I à 5.
(3} Bibl. de Sens, O, 7, 21 ; Inventaire, 188, 189.
mission. Dans la suite ils allèrent] iisqu'à assigner aux requêtes du palais le prélat pour le contraindre à faire sa résidence dans son église et à y célébrer le service divin, mais celui-ci obtint en 1666 un arrêt le déchargeant de cette obligation (1).
C'est alors que j\P' de Gondrin prit l'offensive, et, l'année suivante, non seulement il se refusa à conférer avec eux, mais il ordonna à son officiai d'informer contre plusieurs membres du chapitre de Bray et quelques curés dépendant de celui de Sens, sans avoir égard au renvoi de ces derniers devant le juge du chapitre de la cathédrale. Sur l'opposition des chanoines à cette mesure, l'archevêque appela comme d'abus de l'obtention, exécution et usage de la bulle du pape Clément VII, donnée à Avignon, et de tout ce qui s'était ensuivi, puis il demanda à la chancellerie de Paris des lettres de restitution contre tous les actes consentis par lui ou ses prédécesseurs avec le chapitre, comme étant nuls. Des deux cotés on produisit alors une multitude de pièces : le chapitre pour démontrer ses droits d'exemption, l'archevêque afin de prouver que ses prédécesseurs avaient joui de leur juridiction jusqu'à Guillaume de Melun, et que la bulle de Clément Vil avait été révoquée par le décret Altendentes du concile de Constance (2). Il intervint plusieurs sentences provisoires, la !■■*, du 8 mars 1667, qui condamnait l'archevêque à une très forte amende au profit de la cathédrale, en raison des coupes qu'il avait fait pratiquer indûment dans les forêts de l'archevêché, et l'autre, du 18 mars, qui lui imposait, entre autres obligations, celle de fournir au chapitre une chapelle d'ornements pour sa nomination au siège de Sens. Les parties eurent, un peu plus tard, un com-
(1) Fenel, II, 186. — G. 54, 103, 104.
(2) Bibl. d'un Sénonais, X. — Bibl. de Sens, S, X, o-l. — G. 713. — Fenel, II, 190 et suiv.
promis pour mettre en arbitrage tous leurs différends devant un tribunal composé de cinq avocats et conseillers du roi (1). Mais cette tentative de conciliation ayant échoué, elles revinrent devant le parlement et, le 28 juin, la cour rendit un arrêt dans lequel, après une discussion approfondie de la cause, elle maintenait l'archevêque dans le droit de visite et de correction sur le chapitre ainsi que sur les curés de son patronage et sur le chapitre de Bray, mais elle déclarait les chanoines exempts de la visite de l'archidiacre et de tous les droits utiles de visite et de synode (2j. Pour affermir devant le public Tautorité de ce jugement et établir ses droits de juridiction contre le chapitre ((ui se disait sous la dépendance immédiate du Saint-Siège, xNP' de Gondrin publia un long Factuin, en même temps qu'un Inventaire de pièces avec commentaires (3). A rencontre du chapitre, il alléguait, entre autres choses, que, à partir du statut établi pendant la vacance de l'archevêché qui précéda l'élection de Jean de Nanton, les chanoines avaient commencé à faire insérer dans les procès-verbaux d'installation des archevêques, cette clause frauduleuse : que ceux-ci «juraient de garder et d'observer les privilèges et exemptions du chapitre, quoique le Formulaire, sur lequel ils juraient et signaient, ne renfermât aucun des termes d'exemption, de concordat et de composition ».
L'année suivante, le chapitre (ît paraître à son tour un Factum, en réponse à celui de l'archevêque, mais ses raisons furent rejetèes, et il ne tarda pas à succomber. Le 2 septembre 1670 parut un arrêt du parlement jugeant les causes pendantes depuis 1666 entre les parties. Il les remettait en l'état où elles
(1) Bibl. dun Sénonais, XIII, XI. — G. 2, 103.
(2) Bibl. de Sons, S, X. 3-1.
(3j Ibid. O, 7, 21, lOG. — Bibl. d'un ;Sénonaiis. XIII.
étaient avant les transactions, et annihilait les actes passés entro les archevêques et le chapitre au sujet de la bulle de Clément Yll (1389) ainsi que les exemptions qu'elle conférait. L'archevêque était confirmé dans le droit de juridiction et de visite ainsi que dans Texercice de la police ecclésiastique sur l'église de Sens et le cloître du chapitre, avec le privilège de visite et de correction sur la personne des chanoines, dignitaires et officiers de la cathédrale, sur les curés du patronage, les maîtres, frères et sœurs de l'hôtel-Dieu. Il était réservé au chapitre l'instruction des procès par son officiai en première instance, dans un délai de trois jours seulement, et l'appel devait avoir lieu devant l'archevêque ou son officiai. Enfin les chanoines étaient maintenus dans le droit de visite archidiaconale sur les curés de leur dépendance, à la charge d'en remettre les procès-verbaux à l'archevêché dans l'espace d'un mois. Chacun d'eux étaient condamné à une amende de soixante-quinze livres. Un dernier arrêt ordonna que les comptes de la cathédrale seraient rendus devant l'archevêque ou ses délégués, conformément à la déclaration du 16 mars 1609 (1).
MS"" de Gondrin ne put jouir en paix de son triomphe, car peu après il parut dans le public, sous le nom des députés du chapitre, une série d'écrits injurieux qui atteignaient sa réputation, et parmi lesquels nous citerons une Epitaphe satirique (2). Fenel proteste que ses collègues n'y eurent aucune part, et il affirme que certains religieux se servirent de cette occasion pour donner plus d'autorité à leurs propres attaques. D'après lui, ces accusations auraient empoisonné les dernières années de la vie du prélat.
(1) Fenel, II, 193. — Bibl. de Sens, S, X, 3, 1. — G. 103. Mémoires du Clergé^ VI, 449 el suiv.
(2) F, 10. — Dubois, Op. cit.
Quoi qu'il en soit, les chanoines ne tardèrent pas à adresser au conseil privé une requête aux fins de cassation de l'arrêt qui les remettait sous la juridiction archiépiscopale ; ils exposaient, entre autres griefs, que le parlement était juge laïque et n'avait aucune compétence dans les causes ecclésiasti({ues, que l'archevêque évitait de s'adresser à Rome, et qu'il s'était départi, dans sa dernière ordonnance, du respect dû au Saint-Siège en se disant « archevêque par la permission divine », et non pas, suivant la formule d'usage, « par la grâce de Dieu et du Saint- Siège ». Ils introduisirent une nouvelle plainte en février, demandant au roi la permission d'interjeter appel devant la cour romaine pour savoir si, en vertu du concordat fait à Bologne entre le souverain pontife et la France, cet appel devait rentrer dans les causes majeures et réservées au pape, ou parmi les affaires ordinaires devant être jugées sur les lieux. M«^ de Gondrin se pourvut alors devant le parlement et obtint, le 20 février, un second arrêt qui ordonnait l'exécution du précédent, sous peine de contrainte, même par saisie du temporel. Mais le chapitre n'en continua pas moins son opposition et il présenta deux appels devant le tribunal de l'Inquisition à Rome. Il devait faire dresser, en 1673. par devant notaire à Sens, une nouvelle protestation contre l'arrêté du parlement (1).
Au milieu de toutes ces procédures, l'archevêque déployait un zèle plus actif que jamais. Il publia, en 1671, un Recueil d'anciens canons, tirés des conciles de 1429, 1475, 1524 et 1528, sur la discipline ecclésiastique, et il le fit suivre de plusieurs ordonnances, l'une pour la visite de l'église métropolitaine et du chapitre, l'autre où il annonçait l'inspection des doyens, des chapitres, des maisons religieuses
(I) Fenel, II, 194 et suiv. — G. W.\.
et des paroisses du diocèse (1). Sur les instances de l'abbé Varet, le prélat entreprit, en 1672, de se rendre dans plusieurs archidiaconés, tandis qu'il s'en remettait aux archidiacres et doyens ruraux du soin de parcourir les autres parties du diocèse. 11 inaugura cette visite générale par une lettre qu'il adressa, le 7 avril, à tous les réguliers confesseurs, leur rappelant qu'ils étaient les auxiliaires des pasteurs pour la direction des âmes, que dans la confession ils remplissaient le rôle de médecins autant que de juges, et que, sans rebuter les pécheurs, ils devaient user à leur égard d'une sévérité salutaire. Il les exhortait ensuite à l'union dans la soumission aux lois de l'Eglise et aux règlements diocésains, et il protestait de son affection à leur égard (2).
Les procès-verbaux que Ton a conservés de ces visites ont un grand intérêt, car ils nous donnent les détails les plus circonstanciés. L'archevêque et ses représentants s'enquièrent avec soin de l'exécution des ordonnances synodales de 1658. Dans l'archidiaconé d'Etampes, M^"" de Gondrin enjoint à ses curés de rédiger un mémoire abrégé de l'état de leur paroisse et des abus qui s'y commettent, et de remplir toutes les conditions exigées en pareil cas. A Etampes il convoque un synode des curés de l'archidiaconé, s'y élève avec vigueur contre certains désordres, menace de faire assigner devant l'ofticialité ceux qui manqueraient à leurs devoirs ou s'abstiendraient d'assister aux conférences, et, entre autres règlements, il leur impose celui d'enlever des églises les statues grotesques. Il eut à s'occuper ailleurs de difficultés concernant les religieuses de la congrégation de Notre-Dame établies à Nemours, Joigny et Etampes (3) Son passage au couvent des capucins de
(1) Bibl.d'un Sénonais, XXVI. — Bibl. de Melun, u» 45.
(2) Bibl. Nat. D, 1883. — Fenel, II, 179.
(3) G. 73, 7(J, 91 à 96 ; '•',. - Bibl. Nat., n. a. 1. 2098, fol. 114-164.
celle (lerriièie ville fui marqué par le refus que ces religieux lui firent d'ouvrir le tabernacle, et par des incidents violents dont Fenel nous donne le détail. Cet historien signale encore toutes les entraves que lui suscitèrent les récollets de Nemours, et au sujet desquelles intervint le 9 octobre une sentence de TofTicial de Sens qui assigna ces religieux devant lui, sous peine d'être appréhendés vA amenés dans les prisons de l'archevêché (Ij.
Des inspections furent faites encore, de 1670 à 1674, dans les doyennés de Sens, Montereau, Melun, Provins, Trainel et la Rivière de Vanne, par les archidiacres et les doyens. Sur quelques points, les enquêtes sont plus fertiles en renseignements que celles de l'archevêque ; dans le doyenné de Provins en particulier, des notes étendues furent fournies sur tous les curés. De l'ensemble de ces rapports il ressort que bien des églises étaient en mauvais état, surtout par la faute des gros décimateurs ; les prati- (jues religieuses semblent exactement observées surtout dans les campagnes, mais les défenses promulguées contre certains usages et amusements licencieux restaient à Télal de lettre morte. Les curés se plaignent fréquemment soit de l'existence des chapelles particulières et des prieurés où l'on suivait les offi(;es au détriment des paroisses, soit des diflicultés soulevées par les châtelains. Les fidèles, de leur côté, relèvent chez certains prêtres des défauts divers, l'ivrognerie, la cupidité et même la vie irrégulière, sans compter ceux que la médiocrité de leur intelligence rendait inaptes à remplir utilement leur tâche. Il y a encore des paroisses qui n'ont pas d'école, et parfois le maître manque du nécessaire.
Au cours de ses dernières visites, en 1674. l'archevêque s'informa si l'on s'était préoccupé dans les paroisses de l'organisation des « Confréries de cha-
(1) II, 161 et suiv.
rite ». Il avait publié, à ce sujet, dans le synode du 16 mai 1673 une lettre pastorale et une ordonnance qui poursuivaient Tœuvre de M^'" de Bellegarde, et prescrivaient rinstitution dans chaque paroisse, sous le contrôle de l'autorité ecclésiastique, d'une association composée de filles, de veuves et de femmes mariées. Leur mission était de s'occuper particulièrement des pauvres malades ; quant aux incurables et aux personnes atteintes de maladie contagieuse, elles devaient s'employer à les faire conduire dans les hôpitaux des villes voisines. On recevait pour cette œuvre tous les dons en nature et les vieux habits. Le règlement déterminait, en dernier lieu, tout ce qui avait rapport aux quêtes, à l'administration de la confrérie, à la nourriture des malades et à la distribution des remèdes (1).
M^"" de Gondrin eut encore à s'occuper d'une importante mesure prise par le pouvoir royal et qui portait atteinte aux droits du clergé. Gomme depuis longtemps déjà la disparition à peu près complète de la lèpre rendait les* maladreries inutiles, des compétitions s'étaient élevées de tous les côtés entre les anciens fondateurs, le clergé et l'administration civile, pour recueillir ce qui restait de leurs dépouilles. Tandis qu'un certain nombre de ces maisons étaient attribuées aux menses épiscopales, comme il fut fait à Sens, ailleurs la chambre générale de réformation des hôpitaux donnait en bénéfice à d'anciens soldats les revenus des léproseries ; quelques villes obtinrent que les biens consacrés jadis à leurs ladres fussent réunis à ceux de leur hôpital. Les prétentions de l'Etat sur les propriétés de ces établissements grandirent de plus en plus, et, par un édit publié en décembre 1672, Louis XIV transféra à l'ordre de Notre-Dame-du-Mont-Garmelet de St-Lazare l'administration et la jouissance de tous
(1) Bibl. d Auxerre, Coll. Baslard, 138. — Fenel, II, 750.
les droits, biens, maisons et revenus de toutes les léproseries du royaume, et il en fit des commanderies dont le pouvoir royal disposerait soit en faveur des officiers et soldats qui entreraient dans cet ordre ou à qui on constituerait une rente, soit pour l'entretien des hôpitaux affectés aux armées. H était d'ailleursfail réserve des ressources nécessairespour hospitaliser ce qui restait de lépreux
Cette mesure de confiscation constituait une ressource financière pour les guerres incessantes de cette période ; Louvois qui l'avait conseillée fut nommé grand-maître de l'ordre et chargé de l'exécution de Tédit. En vain l'archevêque de Sens se joignit aux administrateurs de l'hôpital de cette ville pour demander que les revenus du Popelin ne fussent pas détournés de leur destination primitive qui était l'entretien des pauvres, mais qu'on les unît à l'hospice destiné aux indigents, lequel était chargé, bien au delà de ses moyens, d'un grand nombre de malades et de soldats estropiés (1) ; le décret de 1672 reçut son effet dans tout le diocèse. L'attribution à l'ordre de Saint-Lazare comprenait les maladreries suivantes : Chàtelet-en-Brie, Château-Landon, Bray, Château-Renard, Châtillon-sur- Loing (hôpital et léproserie), Dormelles, Courbeton, Courtenay, Etampes (léproserie et deux hôpitaux), Gharny, Moret (hôpital), Saint-Florentin, Montargis, Nogent-sur-Selne (hôpital), Milly-en-GAtinais, Montereau, Chassy, Aillant, Saint-Florentin (commanderie), Césy (hôpital), Châtenay, Lorris, Triguères, Trainel, Véron, Venisy, Senan, Sépeaux, Pont-sur- Yonne, Villeneuve -le- Roi, Villeblevin, Villefolle (hôpital), Villiers-Saint-Benoit (id.), Venisy (id.), Saint-Maurice-Thizouilles, Provins (2). Des protestations unanimes s'élevèrent dans toute la France,
(2) Arch. Nat. S, 4896 à 4899.
et la mise ;i exécution de cette expropriation suscita tant de difficultés que le roi devait se décider, vingt ans plus tard, à rapporter le décret.
M^' de Gondrin se passionna toute sa vie pour les controverses théologiques. Il avait réuni autour de lui quelques hommes de talent qui étaient en communion d'idées avec lui ; dans leur compagnie il aimait à discuter non seulement les questions qui intéressaient l'administration de son diocèse, mais surtout à examiner les ouvrages importants qui lui étaient envoyés de divers côtés, pour les discuter à fond (1). Au premier rang se trouvait Jacques Boileau, frère du satirique. Il était docteur en Sorbonne, quand il fut appelé à Sens, et il ydemeura près de vingt-cinq ans à titre de doyen du chapitre, puis de grand vicaire etd'official. Ecclésiastique de beaucoup d'esprit et d'une vaste érudition, il a écrit des études nombreuses sur l'histoire et la théologie, mais de peu d'étendue, et dans lesquelles on relève parfois des idées singulières (2\ Il partageait l'aversion de l'archevêque pour les jésuites qu'il appelait « des gens qui allongent le symbole et raccourcissent le décalogue ». Parmi ses œuvres il faut citer celle qui parut en 1676, sans nom d'auteur, sous le titre : De la Contrition nécessaire pour obtenir la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence. Il l'avait composée sur la demande de M^' de Gondrin pour y soutenir cette doctrine, que l'attrition ne suffit pas, avec la confession, pour recevoir le pardon de ses fautes, mais qu'il est nécessaire d'y joindre l'amour de Dieu.
Ce prélat avait tellement à cœur ce principe janséniste, qu'il chargea son autre grand vicaire, Mathu-
(1) Fenel.
(2) D'après Mauclerc, la Traduction des Lettres choisies de saint Grégoire le Grand, publiée sous son nom, doit être attribuée à M8' de Gondrin.
rln (^JiUM-as, de le déreiulre également dans un écrit inlilulé : Eclaircissement de celle célèbre queslion, si le concile de Trenle a décide on déclaré (jue Vallrilion conçue par la seule crainle des peines de l'enfer et sans aucun ainour de Dieu soi/ une disposilion suffisante pour recevoir la rémission des péchés et la i^ràcede la juslification au sacrement de Pénitence[\.). Quéras était né en 1(314 non loin de Nemours, et, après ses études faites comme l)oursier au collège des Grassins, il était entré à la Sori)onne. Lorsqu'il en fut exclu, il accepta sur les conseils de Pavillon, évèque (FAleth, la charge de grand vicaire de Sens. L'archevè(|ue lui attribua une grande part dans l'administration du diocèse, et il concourut beaucoup à la rédaction du catéchisme, et à rétablissement des conférences (ju'il alla lui-même, dans les premiers temps, présider de doyenné en doyenné. Pendant les absences de M^' de (iondrin, il prenait en main la direc'tion des affaires, et à la mort de ce prélat il se retira dans son prieuré de Saint-Quentin de Troyes.
Le troisième grand vicaire, Alexandre A'aret, fut dans les circonstances les plus importantes le confident et le mentor de 1 archevêque, en même temps qu'un ami sage, discret et austère. Né à Paris en 1B32, converti à la suite d'un voyage à Home, et ordonné prêtre à trente ans, il fut un des plus déterminés opposants contre la signature du formulaire. Il rédigea des Mémoires }^o\\v encourager à la résistance, quitta Paris et se retira à Provins où il avait deux sœurs religieuses. On a vu son rôle dans la composition des deux Factu/ns contre les cordeliers de cette ville et le chapitre de Sens. 11 fut à la fois le théologien et le canoniste de M^'^ de Gondrin et, au cours des négociations pour « la paix de l'Eglise »,
(I) Cet ouvi'iigc ne pariU éjfiileruciil qu'après la mort do l'arcli vèqiie, en 1685. — Bibl. dWiixerie, A, 72.
il ne le quitta pas un instant. Malgré son respect de la dignité épiscopale, il ne craignait pas de lui parler haut et ferme et de lui reprocher avec liberté ses l'aiblesses et l'oubli de ses devoirs. S'il accepta en 1671 la dignité de grand vicaire, il refusa tout bénéfice dans le diocèse. Il mourut à Port-Royal, en 1676, au cours d'une visite. En dehors de son Traité de la Pénitence, paru en 1673, il faut citer ses Lettres spirituelles, imprégnées de jansénisme, mais où la pensée est élevée, en même temps que le style revêt de l'aisance et de la fermeté (1).
Burluguay, qui fut le premier supérieur du grand séminaire, était également un homme remarquable. On le compte parmi les docteurs de Sorbonne qui soutinrent la cause d'Arnaud et préférèrent souffrir l'exclusion de la faculté et la privation de leurs droits, plutôt que d'abandonner sa cause. Il était savant en histoire ecclésiastique, et Tillemont lui est redevable de beaucoup dans la composition de ses ouvrages sur cette matière (2 \
Le chapitre de Sens possédait également un érudit de valeur, Jean-Baptiste Driot. D'abord doyen du chapitre de Bray, il fut reçu chanoine de la cathédrale en 1642, avec le titre d'aumônier de l'hôpital et de la prison. Lorsque les frères Ste-Marthe vinrent à Sens pour compléter leurs recherches sur la métropole, il fut chargé ofiiciellement par ses collègues de leur communiquer les archives du chapitre, et il le fit libéralement (3). Avec son Mémoire sur la primatie de l'église sénonaise, on lui doit un Martyrologium se-
(1) Dubois, 284.
(2) Cf. Port-Royal, lY, l'i, 367.— Ms' deGondi-in eut avec ce dernier, ainsi qu'avec Launoy, une correspondance qui subsiste en parlie (Arch. de 1 Y, F, 15.) Nous signalons ces leUres, annotées par Fenel. à ceux qui voudraient Faire une étude plus étendue sur ce prélat. Il existe encore de nombreux documents à la Bibl. Nal., Mélanges de Colheri, et à la Bibl. Mazarine. — Cl. Bibl. de Sens, Z, 2, 21, etc., etc.
(3) Bibl. de Sens, O, 7, 21.
Jionen.se, el des Me/a/ii^e.s //is/t)fiijiies .s///' /(/ ville de Sens qui furent recueillis par le chanoine Leriche, mais dont la valeur est médiocre (li. Les comptes du chambrier de rarchevèché pour Tannée 1663-1664 renferment une noie où il est question d'achat « de parchemin employé à la confection du Légendaire de l'église de Sens. » Nous n'avons malheureusement pas d'autre renseignement sur cette œuvre si intéressante, ni sur recclésiasti(|ue qui en fut chargé, mais il semble que Driot était l'homme le mieux désigné pour mener à bien ce travail délicat. A sa mort ((ui survint en 1673, le cha|)itre voulut l'aire orner le chœur de la cathédrale pour ses obsèques, comme témoignage de la haute estime qu'il gardait de ses vertus (2).
L'ne nouvelle lutte, plus éclatante encore (jue les autres, devait signaler les dernières années de la vie de M"' de Gondrin 11 avait pour nièce la fameuse marfjuise de .Montespan qui succéda à Mlle de la V'allière dans les faveurs de Louis XIV. Lorsqu'il aj)prit ses relations adultères avec le roi, il ne man- (|iia pas d'en manifester son mécontentement, et il passa pour avoir encouragé les esclandres que le marquis de Montespan fil en pleine cour pour venger son affront. Lors(|ue ce dernier s'emporta jusqu'à insulter Madame de Montausier, première dame d'honneur tie la l'eine, la situation s'aggrava encore, et Madame de Longueville écrivait sur ces entrefaites à Madame de Sablé : « N'avez-vous pas peur qu'on fasse (juel(|ue Irait à M. de Sens .' » Le roi étant venu s'installer à Fontainebleau, rarche\èque ne voulut pas tolérei- ce spectacle dans son diocèse. D'après un récit de Boileau, recueilli par Brossette, il imposa la pénitence publique à une femme de Sens (|ui vivait en concubinage avéré, et il fit publier dans toutes les paroisses les anciens canons de l'Eglise
(1) Bibl.d'Auxerre, 210. — Copie de Maçon. Bibl. do Sens, 1^,
condamnant cette violation du décaloguo. Madame de Montespan partit aussitôt de Fontainebleau, mais comme le" scandale continuait, il la blâma fortement. Loin de profiter de ses avis, elle lui manqua de respect de telle sorte que le prélat, n'y tenant plus, alla, dit-on, jusqu'à lui donner un soufflet. Irritée au dernier point, elle prit soin d'en faire informer le roi qui en ressentit une telle colère (ju'il défendit au prélat de venir à la cour et même à Paris (1668;.
M^' de Gondrin n'était pas homme à se laisser abattre par cette nouvelle disgrâce. D'après jNIichaud, il assembla un synode à Sens et posa cette question: si un évèque exilé dans sa ville épiscopale pouvait être empêché de faire la visite de son diocèse. La réponse unanime fut la négative. La cour était alors revenue à Fontainebleau. Le prélat se rendit dans cette ville, il y exerça tous les actes de son ministère,et déclara que si le roi le forçait à retourner à Sens il l'excommunierait ainsi que Mme de Montespan. « 11 le ferait comme il le dit «, observa Louis Xl^^ et il le laissa tranquille. On raconte qu'il (ut question pourtant de l'envoyer en exil, mais ces bruits qui étaient peut-être sans fondement, ne l'effrayèrent point, et il protesta que, malgré tout ordre qui viendrait de la cour, il ne sortirait jamais de son diocèse et n'abandonnerait pas le troupeau confié à ses soins. Comme certains lui rapportaient que, s'il refusait d'obéir à la volonté du roi, on viendrait l'enlever de force, il se fit dresser un lit dans la cathédrale, derrière l'autel de Saint-Savinien, et il résolut de rester en cet endroit, espérant bien qu'on n'oserait pas l'en arracher. Il avait d'abord résolu de faire mettre une couche à côté de la sienne pour son valet de chambre, mais l'abbé Boileau s'offrit à rester auprès de lui. Enfin ces faux bruits se dissipèrent et il put passer en paix le reste de sa vie (1).
(1) Poit-I,'uyal, IV, 28'« et 392. — Revue des Questions historiques, avril 1867.
A mesure qu'il approchait de sa fin, il se livrait avec (le plus en plus de ferveur aux exercices d'une vie austère et laborieuse ; il couchait sur une natte, se contentait d'une table Irugale et consacrait chaque jour trois heures à la méditation. Dans ses dernières années, il s'était attaché au château de Noslondontil fit réparer l'ancienne forteresse, et il aimait à s'y retirer dans la solitude pour s'occuper de son salut. Suivant un récit fait par Boileau à D. Mathoud (l), on découvrit dans un coffret, après sa mort, un fouetmuni de plusieurs cordes à nœuds et un cilice en crin recouvert de soie, dont il se servait souvent. Il se trouvait à l'abbaye de Chaumes lorsqu'il lut atteint de la maladie qui l'emporta en quelques jours à l'âge de cinquanle-(|uatre ans, le 19 septembre 1674. La rumeur courut (2) parmi les jansénistes que son décès, survenu en peu de temps, aurait été causé par un gâteau empoisonné qui avait été oll'ert à un curé chez qui il logeait au cours de cette visite pastorale : mais le fait n'a pas été prouvé de façon sérieuse. La veille, il avait rédigé son testament dans lequel il déclarait mourir dans la foi catholique, apostolique et romaine, et n'avoir jamais eu d'autre sentiment. Il conjurait également « Messieurs du chapitre de Sens d'être persuadés qu'il les honore et qu'il n'a jamais eu dessein d'en blesser aucun dans ce qu'il a cru devoir entreprendre pour les intérêts de son caractère et de la juridiction qui y est attachée » (3). Suivant le désir cju'il en exprimait, son cœur fut enseveli dans l'église du monastère et son corps ramené à Sens oii on l'inhuma près de son oncle. Octave de Bellegarde. Boileau se réserva le soin de composer ses deux épitaphes.
Malgré tout <'e<|ui a pu être reproché, à tort ou à rai-
(1) Calaloyus Arcfi. .seiioneiisiiini. — Mauclerc.
(2) Port- Royal, IV. :J93.
(3) G. 2 ol"l35.
son à Mëï'de Gondrin pendant la prcniièie partie de son épist'opat, on trouve, dans les coiTespondances paiticiilières des personnages de ce temps les mieux informés, des témoignages probants en lav^eur de ses qualités épiscopales. M^''' le Camus, évè({ue de Grenoble, écrivait, à la date du 6 octobre 1674, la lettre suivante à M. de Pontchâteau : « On ne peut être plus surpris (jue je ne Tai été de la mort de M. Tarchevêque de Sens. J'avais envoyé la semaine précédente à M. Varet, son grand vicaire, l'approbation dont il est question. . . On ne saurait trop regretter M. de Sens; il avait en lui toutes les c|ualilés nécessaires pour défendre les intérêts de l'Eglise et il voulait s'en servir; et où est révê(|ue de France qui puisse prendre sa place ? Pour moi, je n'en connais pas. Je regarde sa mort dans un temps de disgrâce comme un elFet de sa prédestination, car avec son amour pour la vérité et pour la discipline, il aurait eu peine à se sauver, s'il fût tlemeuré à la coui*. . . » Et, dans une autre lettre du 2 décembre : « J'ai lu avec un grand empressement le récit que vous m'avez fait la grà(;e de m'envoyer des derniers jours de la vie de M. de Sens. Ce sont de grandes leçons pour ceux qui vivent. 11 faut tâcher d'en faire son profit et de vivre dans les mêmes dispositions dans lesquelles il est mort. Les religieux ont fait courir tant de bruits ridicules sur son sujet que cela fait la plus grande compassion du monde. Si l'on cherchait des avantages temporels ou de la réputation dans l'épiscopat, il y aurait, du temps où nous sommes, degrandes mesures à garder avec eux. . . (1) » Mb''"de Gondrin ne sut observer ces mesures dans les questions dejuridiction si délicates, où les intéi'èlshumains faisaient parfois oublier le jjoint de vue surnaturel et divin, et qui soulevèrent à diverses épo((ues entre le clergé séculier et certains ordres religieux de
(I) Port-Iioyul, IV, 393-394.
regrettables rivalités. 11 remporta finalement la victoire, mais ce fut après lavoir bien chèrement payée.
Lorsque Louis XIV apprit la nouvelle de la mort de M»'" de Gondrin. il venait de provoquer la translation sur le siège de Toulouse de Mo"" de Montpezat, alors archevêque de Bourges 11 le nomma aussitôt à la métropole de Sens, et la lettre royale, datée du 14 octobre, renfermait cette phrase gracieuse : « Il m'était avantageux que vous fussiez archevêque de Toulouse, mais il est beaucoup plus utile à l'Eglise que vous le soyez de Sens (l) >■>. Jean de Motpezat DE Carbon était issu d'une ancienne et illustre famille de Gascogne Ses qualités naturelles, le don précieuxd'une belle intelligence etsesconnaissancestrès étendues lui avaient frayé le chemin de la cour. Son parent, le duc d'Epernon, lui ayant obtenu la faveur royale, Louis XIV Tavaitchargé de plusieurs négociations, particulièrement en Languedoc pendant les troubles de la Fronde, et il s'en était acquitté avec tant d'habileté que le cardinal de Mazarin lui avait donné toute sa (confiance et lui avait confié différentes affaires secrètes. En récompense il avait reçu plusieurs bénéfices, puis l'évèché deSt-Papoul, et il était depuis 1664 sur le siège de Bourges.
Il resta une année sans prendre possession de l'archevêché de Sens, et, dans cet intervalle, les vicaires généraux non seulement publièrent un mandement capitulaire sur la mort de M^"" de Gondrin, mais à la fin de 1674 ils adressèrent une lettre circulaire aux missionnaires et aux prédicateurs de lavent, pour leur donner des instructions sur la manière dont ils devraient s'acquitter de cette
fonction. Us prescrivaient spécialement de ne se servir, dans les instructions familières aux enfants et aux ignorants, que du catéchisme diocésain de 1669, et, pour ne rien faire qui pût autoriser le relâchement de la morale concernant l'administration du sacrement de pénitence, ils leur recommandaient de s'inspirer des maximes contenues dans l'Apologie des casuistes publiée au synode de 1658 (1).
Les bulles de provision n'ayant élé délivrées par Clément X (|u'en 1675, M-*" de Montpezat ne prit possession par procureur que le 11 juillet, après avoir prêté serment de fidélité au Saint-Siège. Il s'acquitta du môme engagement envers le roi dans la chapelle ie Versailles, et vint s'installera Sens le 19 octobre, jour de la fête de saint Savinien. Il avait alors soixante-dix ans. Fenel nous le représente sous les traits d'un excellent pontife, mais que son âge avancé rendit souvent trop faible durant les dix années de son épiscopat. Sa grande douceur et sa bonté occasionnèrent des abus, et il ne poursuivit avec aucune vigueur les jansénistes, bien qu'il fût en butte à leurs railleries. Ils l'accusèrent, en effet, de poursuivre une réaction complète contre l'œuvre de son prédécesseur, et les curés de la ville protestèrent contre l'irrévérence avec laquelle il parlait des actes de Më"" de Gondrin. Ceux même qui s'étaient trouvés en opposition avec ce dernier en vinrent à déplorer les actes inspirés à M^^"" de Montpe/at parles amisdes jésuites. Le chanoine Le Riche écrivit à Queyras en lui adressant des plaintes à ce sujet (2).
Le nouvel archevêque était, en effet, très dévoué à ces religieux. Ils ne manquèrent pas, à son entrée solennelle à Sens, de faire jouer en son honneur par les élèves de leur collège un drame en latin, intitulé : Siwiniajius, sive Se?ionaruni ad fidem
(Il Bibl. Niil. Papiers de Boileau, ii. a. I. 2118, fol. 1 à 5. (2) Maucleic. — Dubois, 572.
chi-islidiKim coin-crsio, di-anui. ("était une pièce en trois actes, siii- la conversion de vSens par saint Savinien, av(;c trois ballets syniboli([ues, où Ton voyait successivement la religion persécutée, puis victorieuse, enfin triomphante. Les vertus et les vices se livraient des combats ou les premières finissaient par l'emporter (l;.
Un des premiers actes de M*^' de Montpezat lut de rendre aux jésuites tous les pouvoirs spirituels dont ils avaient été dépouillés, par un mandement c|ui parut le 22 juillet 1675. « Comme, écrivait-il, Tun des principaux soins des évesques que le Saint- Esprit a establis pour régir et gouverner son Eglise a toujours esté de mettre partout la paix, nous avons cru que notre première sollicitude devait estre (Texaminer les sujets et causes des troubles et contestations qui peuvent estre dans le diocèse que la Providence divine nous a confié et de les faire cesser ; et ayant trouvé qu'un des plus considérables provenait de plusieurs procédures, ordonnances et sentences données par Tollicial de défunt M^"" de Ciondrin et par lui-même, défendant aux P. P. jésuites du collège de Sens de prêcher et administrer les sacrements dans le diocèse et aux autres jésuites de l'aire aucune fonction ecclésiasli(|ue dans l'étendue tlu diocèse, excepté leur église où il leur était permis de célébrer la messe, nous avons estimé qu'il était nécessaire de pacifier tous ces troubles — » Le supérieur tle Sens et les autres pères luiayantdemandéles approbations nécessaires pour prêcher, administrer les sacrements et faire les fonctions ecclésiastiques, il chargeait en conséquence son grand vicaire de donner les permissions voulues, suivant les canons (2).
Peu de temps après (6 octobre) il établit les lazaristes
(1) Hibl. d'un Sénonais, XI.
(2) (iall. Christ. XII, Inair. 97,
au gpand séminaire. Gomme il comprenait tous les avantages de ce genre d'institution pour la formation du clergé, il avait résolu, déclarait-il dans son ordonnance, d'user dès son arrivée de ce moyen de salut, si utile et si nécessaire aux besoins de ce vaste diocèse, et d'assurer l'avenir de la création faite par son prédécesseur, en la confiant aux prêtres de la mission qui dirigeaient déjà plusieurs maisons semblables. Etant bien informé de leur vertu, probité et suffisance, il les instituait directeurs de son séminaire aux conditions suivantes : Obligation d'y nourrir et entretenir à perpétuité quatre prêtres, dont un directeur, deux professeurs de théologie scholastique et morale, et un maître destiné à enseigner le chant et la liturgie, le tout moyennant deux mille cent livres de revenu annuel à prendre sur les rentes de l'établissement ; soumission à la juridiction de l'archevêque en tout ce qui concernait la direction des séminaristes et, sous ces conditions, liberté de remplir les fonctions de leur institut dans le diocèse. L'accord fut signé par M^'" de Montpezat et M. Jolly, supérieur de la congrégation (1).
Parmi les premiers professeurs qui enseignèrent la théologie au grand séminaire, le plus remarquable fut le P. Hébert. Né à Tours en 1651. il entra chez les lazaristes en 1670, puis après un séjour de quelques années à Sens, il devint curé de Versailles. Il était le protégé de Bossuet qu'il assista à son lit de mort, quehjues jours après avoir été sacré évêque d'Agen. Pendant son ministère à Versailles il devait jouer un rôle important et il bénit, dit on, le mariage
(I) G. 159. — Arcli. Nat. X'» 8G7ii — .Menlioimous ici la date de réunion des divers bénéfices qui furent joints successivement au séminaire pour subvenir aux besoins toujours grandissants : 1679. Prieuré de 5'-Georges de Marolles. — 1735. Prieuré de S'-Bond. — 1742. Prieuré de Sixie. — 1743. Mense conventuelle de Morigny lez Etampes. — 1747. Prieuré de Pontloue. — 1780. Rente de 400 livres sur l'Enfourchure, et mense du prieuré de Vieupou. - G. 1532, 1533 ; H, 328.
de Louis XI \' avec madame de Maintenon. On le cite comme un des disciples de Qiiesnel, et f|iii fil appel au concile (1).
En dehors de l'assemblée générale du clergé à laquelle il prit part, M^' (le Montpe/at réunit à Melun un concile provincial sur lequel nous n'avons pas de détails, puis un synode diocésain qui lui permit de prendre (Contact avec son nouveau clergé (2). Dès Tannée suivante, il fit donner à Sens une grande mission ayant pour but spécial de combattre l'usure, les divisions intestines et la débauche. Malgré son à"re avancé et sa santé délMle, on le vit constamment à la tête des exercices, aussi les conversions se produisirent par milliers. Avide de relever partout les ruines spirituelles, il organisa en 1677 d'autres missions par tout le diocèse, et si, retenu au lit par Tarthrite, il ne pouvait s'y rendre lui-même, il animait par ses lettres le zèle des prédicateurs. Pour prêter secours au clergé séculier, il fit appel à plusieurs religieux, en particulier aux jésuites. D. Mathoud, à qui nous devons tous ces détails, ajoute (ju'il confirma douze mille personnes à la mission de Montargis, autant à celle de Melun, et un nombre prodigieux de fidèles, tant de la ville que des campagnes, à celle d'Elampes. On rapporte que le grand roi, dont il reçut vers ce temps la visite, proclama hautement que « à Sens il trouvait un prélat comme son cœur le désirait ».
La réformation du commencement de ce siècle avait ramené la prospérité et la vie régulière dans jjon nombre de monastères, mais il en était encore qui continuaient à péricliter. A Sens, celui de Saint-Jean demeurait en ruines malgré plusieurs essais de restauration. En 1672, par les soins de l'archevêque, une somme de vingt mille livres fut consacrée à
(Ij Cf. Etudes des P. Jésuites, 1902, 385. (2) G. 563. — Bi/jl. d'un Sénonais, XX.
reconstruire réglise, et trois ans plus tard, les chanoines réguliers obtinrent du roi l'autorisation de faire un emp?'unt poui terminer cette œuvre de; relèvement, et de rétablir les bâtiments claustraux (1). D après Fenel, on enleva dans le cimetière de Saint-Sauveur les tombes de plusieurs doyens des xiP et xiii" siècles, pour repaver l'abbatiale.
Le couvent des dominicains avait souffert moins ([ue beaucoup d'autres maisons religieuses de la décadence du xvi° siècle ; il possédait encore dans les premières années du xvii* un religieux de grand mérite, François Bernier, né à Pont-sur-Yonne, et qui était alors brillant professeur de théologie à la faculté de Paris. Mais depuis la décadence était survenue par un relâchement dans le zèle et la discipline,etdivers symptômes de désagrégation commençaient à s'y manifester ; aussi parut-il nécessaire d y porter remède sans retard. AP' de Montpezat poursuivit ce but avec une sollicitude toute particulière. Des lettres du 8 avril 1()82, émanées du supérieur général de l'ordre, soumirent la communauté de Sens à l'autorité de Jean Floriot, ancien prieur de Provins, ex-provincial de France et commissaire général des couvents réformés delà province, et lui donnèrent mission de la faire rentrer dans l'observance de la règle. Cette mesure eut d'heureux effets. Mais la décadence de l'ordre de Saint-Dominique commençait presque partout, les monastères se dépeuplaient, et celui de Sens, (jui avait été si prospère et comprenait encore au siècle précédent une quinzaine au moins de religieux, lut réduit au nombre de six à sept. Les liens qui rattachaient entre elles les diverses maisons se rompaient peu à peu, et chaque communauté, en s'isolant de plus en plus, n'allait bientôt plus trouver dans ses propres ressources ni les biens temporels néces-
saires à son l'xislencc ni siuloul l'énergie morale qui assure l'avenir (1).
A coté de ces déchéances, M^'^ de Monlpezat avait la consolation dr, voir naître dans sa ville épiscopale une œuvre charilahle des plus intéressantes. Un [)eu avant 1680, Mademoiselle Cécile de Marsangis, touchée de voir l'extrême misère dans laquelle se trouvaient les orphelines pauvres de la ville et des faubourgs, avait commencé de recueillir dans sa maison les plus délaissées et les plus exposées. Elle les nourrissait, les entretenait, les élevait chrétiennement et leur apprenait à travailler. Un pareil dévouement inspira à un sénonais, bourgeoisie Paris, Nicolas Bellocier, la pensée de le perpétuer par une fondation durable. De concert avec elle il établit dans le faubourg d'Yonne une maison de charité « pour les pauvres filles orphelines de la ville et des faubourgs, nées en légitime mariage, abandonnées de leurs parents et sans moyens pour subsister ». Ils consacrèrent l'un et l'autre à cet établissement une dotation importante. L'archevêque et les habitants ayant donné leur consentement à la création de cet orphelinat, celui-ci fut autorisé par lettres patentes de Louis XIV en juillet 1680 Le conseil d'administration était composé d'un chanoine, du curé de St-Maurice, du maire de Sens, d'un conseiller au [)résidial et du substitut du procureur général. On recevait les enfants à l'âge de 1 à 5 ans et on les gardait jusqu'à celui de 16 ou de 17. Si une orpheline possédait quelque bien à son entrée, les administrateurs le recueillaient pour le lui rendre avec les fruits à sa sortie, après en avoir prélevé une pension annuelle de cent livres (2).
Il ne reste plus guère, dans les années suivantes, de traces de l'activité de M^''' de Montpezat dans le
(1) Cf. iM. Roy, Hull. Sens, 151 à 153.
(2) G. 19i. — An-h. Ni.l. X'>'\ 8675, 391.— BihI. diin Sénonais, I. = litill. Sens, 1858.
diocèse, sinon Tachai de plusieurs maisons voisinesde la cathédrale, qui lui permit d'agrandir rarchevéché, et de céder à la ville du terrain pour élargii- lagrande rue et en ouvrir une autre qui reçut son nom (1). On signale encore sa présence à plusieurs assemblées générales du clergé qui eurent lieu vers ce temps, et dont Timporlance fut grande pour les destinées de TEglise de France. Celle de i675 adressa au roi une longue requête dans le but de réclamer un ensemble de mesures propres à empêcher la diffusion de Thérésie. L'article 1"" demandait, en particidier, une déclaration royale qui défendit aux catholiques d'abjurer leur religion et de faire profession de protestantisme, pour cette raison que la liberté n'en avait jamais été accordée par les édits (2).
Depuis plusieurs années de grands efforts étaient faits en France pour la conversion des huguenots, et un projet de réunion avait même était négocié, mais sans aboutir. L'assemblée du clergé, réunie à Paris en 1682, s'occupa encore de cette question et elle adressa une lettre à tous les évêques du royaume en même temps qu'un avertissement pastoral aux réformés. Louis XIV appuya cette mesure et ordonna que chaque évêque communiquerait cet appel aux consistoires de son diocèse ; en même temps il recommandait aux prélats de ménager avec douceur les esprits, de ne se servir que de la force du raisonnement pour les ramener à la vérité, et de ne rien entreprendre contre les édits qui toléraient le protestantisme en France (3). Chose singulière, à cette assemblée où Bossuet prononça comme discours d'ouverture son sermon sur « l'Unité de TEglise », qui
^2) Mémoires du Clergé, I, 1173.
(3) G. 28'^'' comprend la letlre qui fut adressée à l'archevêque, et qui est contresignée de Colbert.
passe poiii- un des plus beaux chefs-d'œuvre de la parole humaine, il souffla un vent de révolte «•ontre Rome, provoqué principalement par la question de la régale et de l'investiture des bénéfices à charge d'Ames. On y vota les quatre fameux articles dans lesquels la primauté et la supériorité du pape ainsi que l'indéfectibililé de l'Eglise étaient proclamées, mais sous certaines conditions cl notamment avec c^ette restriction que les jiigemenls dogmatiques du pape n'étaient irréformables qu'avec le consentement de l'Eglise. Cette doctrine devaitètre condamnée peu après par Innocent XI comme contraire au dogme catholique.
L'assemblée de 1685 revint encore sur la (juestion des réformés, f^es (commissaires furent chargés de réfuter leurs calomnies contre l'Eglise, et au nom de tout le clergé ils écrivirent au roi pour se plaindre de leurs attaques et demander qu'il leur fût défendu de continuer les injures répandues par eux tous les jours dans leurs prêches et dans leurs écrits contre le catholicisme(l). LouisXIVallabeaucoup plusloin,car, le 18 octobre suivant, cédant à des considérations plus politiques que religieuses, il prononça l'ordonnance célèbre, connue sous le nom de « Révocation de l'édit de Nantes », qui annulait toutes les concessions faites antérieurement aux réformés. El le prescrivait la démolition de leurs temples, défendait toute réunion pour l'exercice de leur culte, enjoignait à tous les ministres qui ne voudraient pas se convertir de sortir du royaume sous quinze jours et assurait le sort de ceux qui abjureraient, supprimait les écoles protestantes etordonnait que les enfants seraientbaptisés et élevés dans la doctrine de l'Eglise romaine. Un délai de quatre mois était accordé aux exilés pour rentrer dans le royaume et faire abjuration. Toutefois, si ledit abolissait leur culte public, il laissait aux huguenots la
(1) Mémoires du Clergé, I, I et suiv. 39, 1228.
liberté de conscience, « jusqirà ("e qu'il plut à Dieu de les éclairer ». Nous manquons de renseignements sur les conséquences cju'entraina celte mesure dans le diocèse de Sens (1).
Ce fut au moment de quitter l'assemblée de 1085, à laquelle il avait pris une part active, que Ms"" de Montpezat fut atteint de la maladie qui l'emporta le 5 novembre, à Tcàge de 80 ans. Son corps fut ramené à Sens et inhumé dans la cathédrale, près du chancelier Duprat. Par son testament il créait diverses fondations en faveur de ses domestiques, des pauvres, des chanoines et des ordres mendiants (2).
(1) G. 56'i, el Bibl. d'un Séiionais, X,renlermcnt plusieurs pièces concernant la démolilion du temple de Cli:*itillon-sur-I^oing.
(2) G. 135. — D.Mathoud,
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Dès que le siège archiépiscopal fut vacant, l'église (Je Sens exprima, paraît-il, après d'autres, le vœu d'avoir pour pasteur le grand Bossuet qui était alors dans tout l'éclat de sa gloire. Mais Louis XIV préféra confier ce diocèse à un autre prélat, également éloigné de l'excessive sévérité de Ms^ de Gondrin et du laisser-aller de son successeur, capable à la fois de dissiper les semences de division et de rallier tous les esprits (1). Il porta son choix sur l'évêque de Poitiers, Ha.rdoui>; Fortin de la Hoguette, qui fut transféré à Sens le 13 novembre 1685. Comme les relations étaient rompues avec la cour de Rome, cette nomination ne fut pas confirmée par le pape. Muni d'un brevet du roi qui lui conférait la jouissance du temporel de l'archevêché (2), le prélat se rendit à Sens où il fut reçu avec grand honneur, et le chapitre, ayant à sa tète Boileau, doyen et grand vicaire sede vacante, lui conféra le titre de vicaire général. C'est avec cette qualité que M^"" de In Hoguette administra le diocèse pendant plusieurs années (3). Il était originaire du Périgord, et sa mère, Louise de Péréfixe, avait pour frère l'archevêque de Paris, du môme nom. Il se distingua d'abord comme
(1) Correspondant, 10 sept. 1899, p. 811. — Mauclerc.
(2) Les revenus se montaient alors à environ 50 000 livres, fournies par les domaines de Brienon,Sl-Julien,VilIeneuve-l'Ar(lievè<jue, Noslon, Nailly, Villelolle et Voisines, sans compter le produit des forêts qui comprenaient 6.832 arpents (G. 'i53 et 454).
(3) Guicliard. — On peut voir à G. 3 et 101, la lettre que les chanoines lui écrivirent dès sa nomination el la belle réponse qu'il leur fit.
agent du clergé en 1670, puis il liil nommé à i'évéché de Saint Brieuc, et plus lard à celui de Poitiers où, à force de zèle, de prières et d'exhortations il avait converti des milliers de calvinistes
La première mesure importante prise par le nouvel archevêque concernait les écoles. Après s'être enquis de leur situation, il résolut de réformer divers abus et, profitant de son séjour à Fontainebleau, en novembre 1686, il provoqua un arrêt du conseil d'Etat qui défendait à tout régent ou régente d'enseigner dans le diocèse de Sens sans l'approbation de l'Ordinaire, et aux olïiciers royaux de troubler dans la direction des écoles ceux qui avaient cette approbation (1). Il rendit ensuite une ordonnance qui fut adressée à tous les maîtres et maîtresses d'école du diocèse, pour leur rappeler les devoirs de leur charge (2). « Les premières semences de la doctrine et de la vertu se prenant dans les petites écoles, c'est avec justice que les lois civiles et canoniques en ont commis le soin et la direction aux évêques des lieux, avec injonction aux maîtres et maîtresses qui les voudront tenir, de prendre leur approbation desdits évêques ou de ceux qu'ils ont commis à ce sujet ». Enumérant ensuite les divers abus qui se commettaient dans les classes, il édicta les prescriptions suivantes, dans le but de les éviter désormais : « Ceux et celles qui voudront tenir les petites écoles ne devront s'y ingérer qu'après avoir reçu l'autorisation par écrit de l'archevêque ou de ses représentants. Ceux et celles qui exercent déjà dans le diocèse auront l'obligation de se présenter au doyen de leur chrétienté, lors de sa prochaine visite, pour que leur permis d'enseigner soit approu-
(1) G. 184. — A?w. de lY. 1875, 101.
(2) Ibid. — Le prélat y prend ce titre : « évèque de Poitiers, nommé par Sa Majesté à l'archevêché de Sens, e1 vicaire général, le siège archiépiscopal vacant ».
vé ou rév(>(|ii«i, suivant les bons ou mauvais léiiioignages ({ue les doyens recevront sur leurs mœurs, capacité et conduite dans Texercice de leur fonction. Les maîtres et maîtresses qui seront confirmés auront soin d exhorter leurs élèves à la vertu, de leur a|)prendre le catéchisme et de les conduire à la messe le plus souvent possible. Conformément aux ordres de Sa Majesté, les maîtres n'enseigneront que les garçons, et les maîtresses, les filles, et les curés seront chargés de veiller à l'observation de ce règlement. « Les statuts synodaux de 1692 devaient confirmer cette ordonnance et prescrire aux prêtres chargés des paroisses de ne recevoir que des maîtres capables et de bonnes mœurs, de leur imposer la permission préalable de Tarchevèque et de maintenir la séparation des sexes dans les écoles (1). Au reste, le pouvoir royal appuyait de toute son autorité ces mesures salutaires, et Louis XIV, pour donner une impulsion plus grande aux progrès de Tinstruclion primaire, porta en 1698 un édit qui obligeait toutes paroisses à se pourvoir de maîtres et de maîtresses d'école.
Dans les deux années qui suivirent, M^r de la lloguette fit la visite du diocèse. 11 reste un certain nombre de provisions de bénéfices et de procèsverbaux d'actes divers accomplis par lui au cours de cette inspection (2).
Par suite des guerres que la France avait eu à soutenir avec l'étranger j)endant la minorité du roi et aussi en raison des troubles de la Fronde, le trésor royal était presque épuisé, et chaque année l'assemblée générale du clergé votait un don gratuit de plusieurs millions afin de subvenir aux besoins de l'Etat. Comme le numéraire était insulïisant pour les transa<'tions, Louis XIV publia (1689) une déclaration
(2) Cf., pour plus Je détails, G. 12, 187.
par laquelle il prescrivail de faire dans toutes les églises paroissiales et conventuelles un inventaire de Targenterie, et d'en expédier une partie à Thôtelde la Monnaie, à Paris, pour servir à la frappe de nouvelles pièces en argent et en or. Suivant l'ordre royal, l'église de Sens fit un envoi de plusieurs crosses en vermeil et de bassins d'argent pour une valeur de mille six cent soixante-quinze livres (1).
Ce tribut n'était que bien peu de chose en comparaison des richesses inestimables que renfermait alors le trésor de la cathédrale L'inventaire qui en fut fait en 1653 par plusieurs chanoines, notamment par J.-B. Driot et Paul Leriche, nous est parvenu, mais il est malheureusement incomplet. Ce qui reste du procès-verbal comprend deux cent trente numéros, dans lesquels ne sont pas compris les douze châsses qui étaient conservées derrière le maître autel, le rétable d'or de Sévin, la sainte coupe, l'anneau de saint Loup, etc. 11 y est énuméré des reliquaires, des croix, des statues, des vases sacrés, des coffrets en métaux précieux et enrichis de gemmes, des objets divers en cristal de roche ou en ivoire, des chapelles, des ornements d'église et des étoffes anciennes, le tout d'un mérite rare. On y admirait aussi de véritables merveilles d'art, en même temps que de précieux vestiges d'archéologie dont la valeur aujourd'hui serait de premier ordre. Mentionnons seulement le manuscrit des Evangiles qui servait aux intronisations des archevêques, et qu'une estimation du xviii' siècle portait à quarante mille livres (2). La couverture en bois était revêtue de lames d'or, repoussées en ronde bosse, et le cadre en relief portait incrustées près de cent pierres précieuses D'un côté était représenté le Christ en croix, d'or massif, accompagné de la Vierge et de saint Jean ; au-dessus
(1) Pour le diocèse, cf. G. 87, 171, 220, 709, 1093.
(2) Bull. Sens, 1877. 339-387. — 1).- Monlaiglon, 2'.
(les croisillons deux anges paraissaient, les ailes éployées, avec le buste entièrement détaché des nuées. Au revers, dans une rosace quadrilobée on voyait une « Majesté assise », et chacun des lobes était occupé par une des figures symbolisant les (juatre évangélistes (l).
La rupture de la France avec la cour de Rome pesait beaucoup à Louis XIV ; il aspirait à mettre fin au désaccord, et, s'il ne révoquait pas son édit de mars 1682, du moins il promit à Innocent Xll de le tenir comme nul et d'en empêcher l'exécution. Satisfait de cet engagement, le pape s'empressa de régulariser la situation de plusieurs prélats nommés par le roi, et, dans le consistoire du 12 janvier 1692, il délivra les bulles de provision de l'archevêché de Sens à M" de la Hoguette, après que celui-ci lui eut prêté serment de fidélité. Le doyen du chapitre, Boileau, prit possession pour lui le 23 mars suivant, mais il ne fit son entrée solennelle que le 20 août (2). Un mois plus tard, à l'imitation de plusieurs de ses prédécesseurs, il réunit un synode diocésain et il y publia une nouvelle édition des statuts de M^ de Gondrin, après les avoir réformés et complétés (3).
Cette année 1693 procura au clergé l'occasion de montrer sa charité et son dévouement. Les récoltes ayant fait presque complètement défaut à cause des intempéries, une grande misère envahit les campagnes et jeta sur les chemins une multitude de malheureux et de vagabonds. A Sens, l'archevêque
(1) A côté des reliques précieuses et très authentiques mentionnées dans cet inventaire, on regrette d'en trouver quelques-unes dont l'origine serait considérée aujourd'hui comme très suspecte, tels : un morceau de la verge de .Moïse, du sang de N.-S., un morceau de la robe de N. S., de la chemise de iS'. D. U en était des restes vénérables des saints comme des légendes ; leur authenticité n'était pas appréciée toujours avec justesse, même par les membres du clergé.
(2) G. 3, 177. — Gall. Christ. XII.
^3) Bibl. d'Auxerre, A. 178 et 179.
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et le chapitre donnèrenl l'exemple en faisant d'abondantes distributions d'aumônes aux pauvres de leurs terres (1). Le parlement intervint pour remédier aux désordres causés par la famine, et un arrêt du 20 octobre prescrivit aux mendiants de rentrer chacun dans leur pays pour y être secourus au moyen d'une contribution levée sur les habitants. 11 ordonnait de plus que dans les villes où il n'y avait qu'une paroisse et dans les bourgs et villages les juges dresseraient en présence du curé, du procureur fiscal, du syndic et de deux habitants nommés après la grand' messe, un rôle de ceux qui avaient besoin d'assistance à cause de leur âge, de leurs infirmités ou du trop grand nombre d'enfants dont ils étaient chargés, et qu'il leur serait distribué des secours du 20 novembre au 20 juin suivant. Cette mesure était des plus sages, caria disette augmenta encore pendant l'hiver, et les populations tombèrent dans un déniiment tel qu'elles furent plusieurs années à s'en remettre
Cette cruelle épreuve fut atténuée en certaines localités par une ordonnance que le gouvernement rendit sous la pression de l'opinion publique. L'union de toutes les léproseries à l'ordre du Mont-Carmel et de St-Lazare avait soulevé partout de telles protestations qu'un nouvel édit vint changer celte destina tion ; il transformait en hôpitaux les maladreries qui possédaient encore des revenus suffisants, et les autres étaient réunies à l'hospice le plus rapproché '2).
Il restait dans l'organisation du diocèse U))e grave lacune à combler. Le grand séminaire ne recrutait qu'un nombre insuffisant de prêtres pour desservir toutes les paroisses, surtout celles de la campagne. Dans le but de multiplier les vocations, plusieurs
(2) On peut trouvLi' daus le Pouille du Diocèse le détail de ces diverses attributions : 19, 24, 34, 52-5'4, 70-72, 87-89. 12.3-126, 145-I'i8, 169-171, 190-191, 231-232, 261-262, 283.
évèques, et celui de Gliartres en particulier, avaient déjà établi des petits séminaires. M"' de la lloguette eut à cœur de suivre leur exemple et, grâce aux largesses de personnes pieuses, spécialement de M. de Bonnefons qui fournit non seulement le local mais encore les ressources nécessaires à l'entretien des directeurs, il créa un établissement semblable à Cerny, près de la Ferté-Alais, au doyenné d'Elampes, et il en confia la direction au curé de Gerny. Il publia, à cette occasion (6 sept. 1697), une instruction pastorale dans laquelle il faisait valoir tous les avantages d'une telle inslitution et notait les résultats heureux qu'en avait obtenus saint Charles Borromée.u L'obligation où sont les évesques d'apporter tous les soins pour former à .1. G. des prestres qui soient capables d'un tel ministère, estant un de nos principaux devoirs et celuy dont les suites sont d'une plus grande étendue, nous avons cru que rien n'était plus propre pour y satisfaire autant qu'il est en nous, que de nous appliquer à l'instruction des jeunes clercs, de travailler à les former de bonne heure à la piété, de les instruire des règles et maximes de l'état ecclésiastique et de leur en inspirer l'amour, avant que l'esprit et les maximes corrompues du monde aient infecté leur cœur... Us y seront sous la conduite du sieur curé du lieu et seront instruits par des maîtres qui demeureront avec eux, des principes et de la connaissance de la langue latine et de tout ce qui s'enseigne dans les collèges, jusqu'à ce ((u'ils soient en état d'entrer dans notre séminaire pour se disposer aux ordres sacrés. Nous exhortons les curés d'avertir aux prônes leurs paroissiens de ce nouvel établissement et de leur en faire connaîtie les avantages et d'apporter tous leurs soins pour qu'ils en puissent profiter » (J). Après avoir imposé dans cette école le règlement que l'évéque de Chartres avait établi dans son petit
séminaire de Saint-Cyr, il chargea Amette, son vicaire général, d'adresser au clergé une lettre circulaire faisant connaître les conditions d'admission. Un concours était organisé chaque année, un mois avant la rentrée, afin d'examiner les enfants présentés par les curés. Pour être reçu, il fallait appartenir au diocèse, avoir de quatorze à dix-huit ans, être de bonnes mœurs, « avoir de l'ouverture d'esprit, » savoir au moins lire et écrire et être garanti par ses parents d'un titre clérical. Le montant de la pension se montait en général à trois setiers de bon blé par an et douze écus en argent Chaque séminariste devait s'habiller et se blanchir à ses dépens, apporter son lit, ses meubles et ses livres et se fournir en vin, s'il en désirait. En cas de maladie, il payait le médecin et le chirurgien, et si elle se prolongeait, il devait être repris par ses parents (1). Le règlement intérieur qui fut rédigé, pourrait encore aujourd'hui servir de modèle. Il concernait l'emploi du temps de chaque jour et donnait en détail les observances à suivre pour la formation spirituelle des étudiants, principalement par la pratique des vertus d'obéissance, de charité, d'humilité et de modestie.
M^"" de la Hoguette eut encore à s'occuper vers ce temps de l'organisation paroissiale de la ville de Sens. La cité et la banlieue étaient alors divisées en trente et une paroisses, dont dix-huit dans l'intérieur des murs et neuf dans les faubourgs. La confrérie des treize prêtres laissait de côté les curés de Ste- Groix, St-Savinien, St-Nicolas et Ste-Madeleine dont l'érection était postérieure au xiii" siècle, et elle s'attribuait certains droits, à l'exclusion et au préjudice des autres. Ces derniers rédigèrent en 1697 un mémoire qu'ils adressèrent à l'archevêque, lui demandant de régler par une ordonnance que les affaires.
(1^ G. 164. — Bibl. d'un Sénonais, XI, 260. — Ann.deVY. 1887, 162. — Annales de la Soc. hist. du Câlinais, 188T, 162.
droits et fonclions des curés, de iiiènie (lue la direction des paroisses de la ville et des fanl)ovirgs, seraient traités par tous les curés, réunis chez le plus ancien d'entre eux, de la même manière que les prêtres de chaque doyenné le faisaient chez leur doyen, et qu'il serait nommé un syndic du clergé de la ville, chargé de convoquer ces réunions. Nous ignorons si le prélat fit droit à cette requête et s'il étendit à tous les curés de la ville les règlements que l'association des treize prêtres s'était donnés dès le temps de Pierre de Corbeil et qu'elle avait remaniés à plusieurs reprises, notamment en 1695. Ils étaient vraiment inspirés par la sagesse et la charité chrétienne. (( Si quelqu'un d'entre nous, disait l'article 1^', soit dans son ministère soit dans sa conduite publique ou privée a provoqué le scandale, et si quinze jours après un avertissement charitable de ses confrères il ne s'est pas corrigé et n a pas travaillé à faire disparaître le scandale, il sera puni de la privation de ses bénéfices pour l'année comme indigne et, s'il en est besoin, il sera dénoncé à ses supérieurs pour être puni plus gravement ». Le 2' et le 3" article avaient pour but d'éviter les discussions et d'entretenir la charité entre eux. Dans les sept autres étaient réglés l'ordre et la matière des réunions mensuelles. Les huit suivants déterminaient le mode d'élection du syndic chargé de la gestion des affaires temporelles de l'association durant deux années. Enfin les huit derniers établissaient les conditions dans lesquelles devaient être admis les confrères nouveaux. Parmi divers articles qui furent ajoutés en 1695, notons celui où il est arrêté ([ue, si lun des confrères tombe malade, deux d'entre eux, délégués à cet effet, lui rendront visite pour le consoler, et qu'il sera pourvu à l'administration de sa paroisse pendant le temps de sa maladie (1).
(J) G. 57 et 2359. — Bibl. d Auxene, A, 135.
A côté de cette œuvre qui visait à la sanctification du clergé, 'SW de la Hoguette en fonda une autre en 1695 dont le but était d'entretenir la piété parmi les fidèles. D'accord avec les gouverneurs de Thotel- Dieu, il établit dans la chapelle une confrérie du St- Sacrement. Quelques personnes pieuses, qui avaient fait réparer et embelli ce sanctuaire, y fondèrent le siège d'une association de fidèles des deux sexes « qui s'uniraient ensemble par les liens de la charité pour adorer N. S. J. C. au S. Sacrement de l'autel, en esprit de réparation des outrages qu'il reçoit tous les jours dans cet adorable mystère ». La pratique principale consistait à venir dans cette chapelle tous les jeudis, excepté le jeudi-saint, le jour et l'octave du St-Sacrement, puis, l'hostie demeurant exposée sur l'autel, à offrir à N. S. leurs adorations aux heures qui leur seraient indiquées (1).
Les confréries, qui avaient été si florissantes aux XII* et XIII'' siècles, redevenaieiit alors en grande faveur. Dans la seule église des cordeliers de Sens on comptait, au courant du xviii*' siècle, les associations suivantes : Boulangers et marchands (patron S* Antoine), vignerons (S* Vincent), bouchers (Purification), chapeliers (S* Michel), maçons (Trinité), parcheminiers (S* Jean-Baptiste), potiers d'étain (S' Christophe), menuisiers (S'^ Anne), rôtisseurs (S' Laurent), notaires (S* Augustin), drapiers (S* François), cordonniers (S* Crespin), tanneurs (S* Simon et S"^ Jude), tisserands (S* Lié), maréchaux (S*Eloi], bonnetiers (S^^ Barbe) et procureurs (S' Nicolas). (2)
L'agitation profonde soulevée par le jansénisme n'était pas encore calmée quand surgirent d'autres controverses religieuses. Jeanne Bouvier de la Mothe.
(I) Bibl. d'Auxerre, A, 60. — Nous igaorons si cette association ëlait reliée à la laineuse Confrérie du St-Sacrement qui joua vers ce temps un rôle si considérable.
plus connue sous le nom de madame Guyon et orif^inaire de Monlargis, s'était rendue célèbre par ses doctrines qiiiétistes qu'elle avait pu, grâce à son onction et à son éloquence, faire pénétrer jusqu'à la cour. Elle possédait une méthode par laquelle on pouvait conduire les âmes les plus communes à une perfection telle qu'un état continuel et immuable de contemplation et d'amour de Dieu les dispensait pour toujours des autres actes de religion ainsi que des pratiques de piété que l'Eglise considère comme indispensables au chrétien. Il s'éleva au sujet de cette question une controverse fameuse entre F^énelon et Bossuet. Dans l'intention de défendre et de justifier la théorie de Mme Guyon contre les attaques de l'évèque de Meaux, Fénelon publia un livre sous le titre : Explication des maximes des Saints, et dans lequel, sans aller aussi loin, il admettait la possibilité d'un état habituel de pur amour, d'où sont exclus, comme autant d'imperfections, tous les actes explicites des autres vertus, même le désir du salut et la crainte de l'enfer.
Innocent Xll, à qui cette dispute fut soumise, condamna la doctrine professée dans ce livre comme téméraire, pernicieuse et erronée. Dès qu'il eut connaissance de ce jugement, l'évèque de Cambrai s'y soumit avec un empressement et une humilité dignes de toute admiration. Sur le désir exprimé par le pape, Louis XIV convoqua des synodes dans chaque province ecclésiastique pour y faire accepter le bref pontifical. Celui de Sens eut lieu le 1®"" juin. Mg"" de la Hoguette réunit dans la chapelle de l'archevêché ses sufFragants, André Colbert, évèque d'Auxerre, Denis Bouthillier de Chavigny, évèque de Troyes et Bargedi, vicaire général de l'évèque de Nevers. Après lecture de la lettre du roi et de la constitution d'Innocent XII, les prélats exprimèrent d'abord le regret que le pape n'eût pas, dans cette affaire, respecté comme ses prédécesseurs les libertés
gallicanes, et déclarèrent cependant accepter avec respect et soumission le bref du 12 mars, et condamner le livre de Fénelon comme le pape l'avait condamné, mais « sans approuver les termes opposés à leurs usages et à leurs libertés qui se trouvaient dans la constitution ». Ils décidèrent ensuite d'employer, chacun dans leur diocèse, les mêmes mesures pour la notification de la bulle, c'est-à-dire un mandement, suivi de la traduction française de la sentence du St- Siége, puis son enregistrement par les offîcialités, et enfin la défense de lire le livre incriminé. Recommandation fut faite également de rappeler la soumission admirable de Fénelon, pour inviter les fidèles à l'imiter (1).
Les restrictions que le synode provincial de Sens mit dans son acceptation du décret pontifical attestent que l'archevêque et ses sufFragants n'avaient pas rejeté entièrement les principes votés par l'assemblée de 1682. D'autres actes démontrent que Ms'' de la Hoguette témoigna sa sympathie non seulement aux jansénistes mais encore à leurs doctrines. Dans le nouveau rituel du diocèse qu'il fit paraître en 1694, on relève, entre autres choses, qu'il demandait des prières à la fois pour les évèques, les curés et les autres pasteurs ayant charge d'àmes, et qu'il professait ainsi que le gouvernement de l'Eglise a été donné, non pas au pape et aux évèques seuls, mais encore aux prêtres (2).
Il se montra plus catégorique encore dans le choix qu'il fit, pour composer un nouveau bréviaire, du chanoine, Jean Burluguay, qui n'avait jamais signé le formulaire et s'était lait condamner par l'oflicialité de Paris, alors qu'il était retiré dans la modeste paroisse des Trous, près de Magny. Bien loin de lui
(1) G. 82. — Bibl. i\at. U, 6519. — Mémoires du Clergé, I, 500. — Bibl, d un Sénonais, XI.
(2) Bibl. d'Auxerre, A, 12». — Lettres de Leheuf, I, 92 et 9.'}.
enlever la dignité de théologal du diocèse de Sens, il le mit à la tête de la commission qu'il chargea de la Télaboration et de la correction de cet important travail. Après une étude préparatoire de quelques années, l'archevêque lui adjoignit plusieurs des membres les plus distingués du clergé sénonais, entre autres TafFoureau de Fontaine. Fenel, et Besnault, (uiré de St-Maurice de Sens, qui composa une foule d'hymnes nouvelles dont l'abbé Lebeuf faisait le plus grand cas. Le bi éviaire parut au mois de juin 1702, en quatre \olumes in-12. Il y eut bien quelques protestations contre tous les changements qui y avaient été introduits ; on demanda ce qu'était devenue la célèbre maxime : Ecclesia senonensis nescit novitates, mais ces plaintes ne furent pas écoutées. Pourtant, lorsqu'il fut question de la réforme de la musique, l'esprit de tradition l'emporta sur l'influence des novateurs, et il ne fut pas tenu compte de la quantité dans les pièces de chant qui entrèrent dans la ( omposition du rituel.
On aperçoit très bien l'esprit dans lequel fut rédigé ce bréviaire, par le monititm placé en tête du premier volume, et qui renferme les considérations suivantes : « Xous avons suivi les rites anciens de notre Eglise, dont ce n'est pas une louange médiocre de dire qu'elle ne connaît pas les nouveautés, et nous avons rétabli ceux qui étaient tombés dans l'oubli soit par incurie, soit par le fait des années. Comme l'Ecriture Sainte, au témoignage de l'apùtre, est utile pour enseigner, reprendre, corriger et instruire dans la justice, nous avons eu soin de la distribuer de telle sorte qu'il n'a été laissé de côté aucun livre, ni même aucun texte qui ait paru utile à fortifier la foi, ou propre à perfectionner les mœurs. En ce qui concerne les hymnes, comme plusieurs étaient d'un style grossier ou dépourvu de versification, nous en avons supprimé quelques-unes et corrigé d'autres qui étaient recommandables par leur antiquité. Xous
en avons ajoulé égalemcal crime composition plus élégante et plus propre à augmenter la piété, laissant intact tout ce qui a été écrit parles docteurs et les auteurs ecclésiastiques. Dans les leçons et les histoires des Saints, on n'a rien laissé que de juste et revu, rien qui ne vienne des écrits certains des Pères ou d'auteuro contemporains, ou enfin lire soit de documents offrant la meilleure garantie, soit de traditions certaines et indiscutables (1). C'est pourquoi nous avons supprimé quelques leçons de Saints et nous avons préféré ne donner d'eux qu'une simple commémoration, lorsqu'il n'y a rien de certain sur leur vie et sur leurs actes, car nous sommes persuadés qu'il vaut mieux passer sous silence des récits douteux, lors même qu'ils seraient favorables aux mœurs; il ne convient pas que l'Eglise, qui est la colonne de vérité, se serve d'histoires incertaines » (2).
Le principal collaborateur de Burluguay dans la révision du bréviaire était Charles .\icolas TafFoureau de Fontaine, né à Sens le 25 août 1655. Après avoir pris le bonnet de docteur en Sorbonne, il était devenu prieur d'Auxon, chapelain de Saint-Eustache à la cathédrale, chanoine en 1673, cellerier en 1690, puis officiai. Par la retraite de Jacques Boileau il fut nommé doyen en 1694, et vicaire général. Ses mérites supérieurs lui valurent d'être promu à l'évêché d'Aleth, et M»'" de la Hoguette le sacra dans la cathédrale le 29 mars 1699. Il devait mourir à Aleth en 1708 (3). En quittant le chapitre il résigna sa
(1) En ce qui concerne les leçons de S' Savinien, le texte portait qu'il a été envoyé de Rome pour prêcher la foi dans les Gaules, sans déterminer en quel siècle ni de quel pape il avait reçu sa mission, pour ôter, dit Fenel, toute occasion de disputer dans uu ouvrage qui n'est fait que pour exciter la piété.
2) Bibl. Nat. B, 4868. — Bibl. d'Auxerre, A, 12.5.
(3) F. 14. — Il reste de lui à la Bibl, de Sens une Correspondance assez considérable avec son neveu, Fenel, et diverses religieuses, sous les n°" 140 à 144. On trouve également divers opuscules et ouvrages de piété du même prélat aux n"' 157 à 162., 284 et 285.
charge de doyen en faveur de son neveu, Fenel,.qui en prit possession le 4 sept. 1700, à Vàge de trentecinq ans.
Charles Henri Fenel, d'origine également sénonaise, était fils d'un avocat au parlement; il avait pris ses grades en Sorbonne lorsqu'il l'ut reçu chanoine le 23 mai 1694, à l'âge de vingt-neuf ans. Ses connaissances très étendues en histoire religieuse et en liturgie le rendaient digne du choix que M^'" de la Hoguetle fît de lui, en 1702, après la mort de Burluguay, pour diriger les travaux d'une nouvelle édition du bréviaire ainsi que du missel. 11 fut aidé surtout dans cette œuvre par Besnault, et par Ferrand, prieur de Dollot, à qui Tarchevèque conféra pour ses services le titre de chanoine théologal en 1719. Son oncle, Taffoureau de Fontaine, suivait de loin ses efforts et l'encourageait de ses éloges (1).
11 s'éclaira aussi beaucoup des lumières que lui apporta l'abbé Lebeuf, le grand érudit auxerrois, et il commença avec lui des relations qui durèrent de longues années. Gomme sous-chantre, Lebeuf avait été chargé par son évê((ue de réviser le bréviaire d'Auxerre ; il était très versé dans la science du plain-chant, et Fenel devait le charger de composer la musique du missel sénonais. Malgré leur difTérence d'âge (Lebeuf était plus jeune de vingt-deux ans), ils se lièrent étroitement d'amitié, et échangèrent une correspondance très instructive qui nous a été conservée (2). On y voit qu'ils ne s'entretenaient pas seulement de liturgie, mais encore des intérêts religieux de la province, et surtout d'histoire, de plain-chant, d'archéologie, etc. Aidé de tous ces concours, Fenel montra, dans son œuvre de piété et d'érudition, un profond savoir qui excita l'admiration
(1) Cf. Quelques lettres adressées au chanoine Cli. II. Fenel, doyen du Chapitre de Sem, par F. Chandenier. 1891.
:2i Elle a été publiée en deux volumes ^1868) par M. Cliéresl..
d'un grand nombre de prélats et de savants. En 1707, M^"" de Chavigny, évêqiic de Troyes, l'informait que le nouveau bréviaire de Sens avait été adopté par lui et son chapitre, et il le consultait sur les moyens de l'accommoder aux usages de son diocèse. Plusieurs lettres de Lebeuf nous attestent, d'autre part, que le bréviaire, le missel et même le rituel sénonais furent mis en usage de bonne heure dans les diocèses d'Auxerre et de Lisieux. Plus tard, Déhéricourt, doyen du chapitre de Soissons, invoqua également les conseils de Fenel, sans le connaître et sur sa seule réputation, avant d'entreprendre pour son église un travail analogue à celui que terminait l'érudit chanoine (l).
En 1695, Louis XIV, qui empiétait de plus en plus sur le spirituel, ordonna par un édit aux évéques de visiter chaque année une partie de leur diocèse et de faire inspecter le reste par les archidiacres ou d'autres mandataires. Dans ces visites, que le roi leur imposait surtout dans le but de maintenir l'ordre public, ils devaient pourvoir à tout ce qui se rapportait à la bonne administration des paroisses et des églises, maintenir la discipline dans les monastères d'hommes et de femmes, exempts ou non exempts, en s'y rendant eux-mêmes s'ils le jugeaient à propos, et avec le droit d'imposer leur volonté aux supérieurs (2). Bien qu'il ne reste plus de procèsverbaux de cette époque, il y a tout lieu de supposer que M^''de la Hoguette s'acquitta consciencieusement de cette charge, d'autant plus qu'elle était prescrite également par le droit canon.
Par ses hautes qualités et les œuvres fécondes qu'il réalisa dans le diocèse ce prélat avait grandi dans l'estime du roi, aussi, en 1701, il le nomma commandeur de l'ordre du Saint-Esprit; mais, sous l'inspira-
(1) Chandenier, Ibid. 18.
(2) Mémoires du Clergé, VII, 52 et sniv.
tiori (I une l(Mial)l(' cl r;iii3 in(»d(^slie, l'archevè([iie déclina celte offre des plus flatteuses, alléguant qu'il n'avait pas les quarliers de noblesse requis pour ce titre, car Tanoblissement de sa famille ne remontait qu'à Henri IV (l). Louis XIV accepta cette raison, mais trois ans après, Bossuet étant venu à mourii", il lui donna la place que le grand évèque occupait au conseil d'Etat.
M^' de la Hoguette eut besoin de recourir (1702) à Tautorité royale dans une (ùrconstance assez délicate. Le grand archidiacre, Himberl, dont Fenel dit (|u il aimait les procès au delà de toute expression, avait commis de nombreuses malversations dans les visites de son archidiaconé (2), et il eut avec son archevèfjue tU; longs démêlés, prétendant cju'il lui appartenait, d'après la bulle de Grégoire XI, d'installer les archevêques et les évéques de la province et de percevoir la redevance attachée à cette fonction. Pour mettre fin à ce différend, le prélat adressa une plainte au roi, et peu après une lettre de cachet envoya Himberl en exil à Tonnerre (3). Trois ans plus tard, il dut faire appel de nouveau au pouvoir royal dans une visite pastorale pour briser certaines résistances, et il obtint l'autorisation d'exercer sa justice sur certains ecclésiastiqu(;s par son officiai. Afin d'éviter divers abus, il publia une
(t) Cette belle aolion lui valut les félicitadons de son clergé, et un clianoine, Jacques Cliaiinioi-et, se (it i'inteiprèle tle ces sentinionls dans une pièce de vers où il exaltait les niériles du prélat {Bihl. d'un Sénonnis, V). On doit encore à ce poète un livre intitulé : Journal historique (Bull. Sens, 1895, 26).
(3) Mémoires du Clergé. Vil, 860. — M^'' de la Hoguelte eut également connue vicaire général pendant quelques années l'abbé de Tencin, qui n'a guère laissé de souvenir dans le diocèse. Celte situation honorilique n'était pour lui que le cheniiu pour parvenir plus lard à l'arolievèché de Lyon el au cardinalat. — Cf. Madame de Tencin, par Pierre iMasson, 1909. — Ne\'iie du Clergé français, mars 1910, 732.
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ordonnance qui délimitait exactement la juridiction des doyens ruraux (1).
Durant son pontificat relativement long. M*-- de la Hoquette se rendit à la plupart des assemblées oénérales du clergé, qui se tenaient d'ordinaire a Paris pour délibérer sur les intérêts divers de l'Eglise de France et voter des subsides au roi (2). Celle de 1700 eut à s'occuper d'une question particulièrement grave. Pendant la controverse sur le quiétisme, le jansénisme s'était réveillé. Dans le but d'en arrêter les progrès, les évêques présents s appliquèrent à trouver les moyens de sauvegarder la saine doctrine, et ils déterminèrent les mesures a prendre pour réduire au silence les appelants et faire proscrire en même temps les maximes répandues par les partisans de la morale relâchée (2). Fidèles àleur tactique, lesjansénistes se retranchèrent
derrière le u silence respectueux », et cette situation équivoque put se maintenir quelques années. Mais le 16 juillet 1705, Clément XI confirma, par la bulle Vineam Domini, tous les décrets de ses prédécesseurs contre la doctrine de Jansénius, et prescrivit la signature du formulaire. Dès la réception de l acte pontifical, l'archevêque de Sens le publia dans le diocèse, avec un mandement dans lequel il condamnait à son tour l'hérésie.
La suppression de Port-Royal et d'autres mesures énergiques ne parvinrent pas à abattre l'ardeur des jansénistes, que le livre du P. Quesnel : Réflexions morales sur le Nouveau TestamenI, avait ravivée Pour mettre fin à ces agitations, Clément XI tit paraître (septembre 1713) la bulle Unigenitus, dans laquelle un grand nombre de propositions furent
(\\ G 3. — Bibl. d'un Sénonnis, XX. ^
(2 Cf, pour plus de détails, Procès-serhaux, Bibl. Jsal. Ld,o; Z, 228'*. — Mémoires du Clergé, passim. (3) Jager, xvii, 410 et suiv.
coiidaiimécs comme servant mauireslemenl Ihérésie. Aussitôt qu'elle fut |)arvenue en France, Louis XIV la coinmuriifjua aux évoques qui se trouvaient alors à Paris. Si quehjues-uns (Tentre eux, ayant à leur tête le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, refusèrent d'accepter la sentence du Saint-Siège, quarante autres la reçurent avec respect et Siiumission, et, avant de se séparer, ils arrêtèrent un modèle d'instruction pastorale à pul)lier dans chacjue diocèse pour confondre les arguties du P. Quesnel. M^' de la Hoguette, qui était retenu à Sens, se rangea du coté de ces derniers, et au commencement de 171'i il publia un mandement pour l'acceptation de la bulle (1).
A côté des savants liturgistes qui ont été mentionnés plus haut, le clergé sénonais comprenait alors plusieurs historiens remarquables. Le principal, Jacques P\ousseau, était curé de Saint-PiOmain lors- ([u'il mourut en 1713. Son œuvre principale est une Hisloire de la ville de Sens, où Ton voit, dit le titre, son antiquité ... la fondation de son église métropolitaine, des paroisses, couvents, etc., et qui comprend l'histoire civile et ecclésiastique de la cité. C'est en 1682 que fut achevé cet ouvrage dont la composition dut occuper l'auteur pendant bien des années, car il comprend 6i3 pages in-i** d'une écriture très serrée et suppose des travaux préliminaires et des recherches très étendues. L'auteur a toujours soin d'indiquer en marge l'ouvrage où il a puisé, et son recueil est d'autant plus précieux (jue ces sources ont, en partie, cessé d'exister. Parmi ces' dernières citons un poète anonyme qui date, au plus tard, du xiv® siècle et qui avait écrit en vers une Chronique des archevêques, comme Guillaume le Breton a fait celle de Philippe Auguste. L'amour du pays natal est chez Rousseau plein d'exaltation, et sa
(I) Bibl. d'un Sénonais. II, XX.
crédulité naïve lui fait recueillir avec soin sur Tanliquité de Sens les fables du moyen-âge les plus absurdes. 11 hésite, il est vrai, entre le système de Munster qui a dérivé Sens de Sem et donné à la cité pour fondateur ce fils de Noé, et les récits de Robert (De re gallica) qui a créé un Samothès, quatrième fils de Japhet, pour lui attribuer Tbonneur de cette origine mythologique. Mais dès qu'il arrive aux temps relativement modernes, et dont la tradition authentique se trouvait fixée dans des documents qu'il a pu découvrir, il abonde en renseignements du plus haut intérêt et qu'on chercherait vainement ailleurs. Malgré son manque de critique, il apporte tant de faits et d'indications sur le passé delà vieille cité, que son recueil est une mine inépuisable pour ceux qui veulent s'occuper de l'histoire de cette ville. Beaucoup l'ont copié sans le citer, et c'est de là que Tarbé a extrait pendant quarante ans à pleines mains les notices de son almanach (1,. Dans la préface, l'auteur exprime ses doléances sur la grande indifférence des Sénonais pour l'étude et les travaux historiques. Mais c'est là un goût, une curiosité qui ne se rencontre guère que chez une élite d'esprits cultivés, et les plaintes du savant curé pourraient être de tous les temps et de tous les pays (2).
(1) Bibl. de Sens, 11° 65. — Cf. Challe, Bull. Auxerre, 1858, 626 et siiiv. — Il reste encore de Rousseiiu une étude intitulée : Noniina, Vitse senonensium Archiep. (Bibl. Sens, n" 91). et un Mémoire sur la primatie de Sens (Arcli. de l'Y. F. 2).
(2) Il faut mentionner encore, dans un ordre de luérile inlërieur, plusieurs chanoines du nom de Leriche. Paul, d'abord curé de Ste-Colombe, puis chanoine et préchantre, annota des Mémoires sur Sens écrits par D. Janet, prieur de St-Pierre-le-Vif (Bibl. de Sens, n° 74). — Jean, chanoine et chantre, composa vers 1709 un Calendrier sénonais ou Recueil d'épliémérides (Bibl. d'Auxerre, 174 et 2071. — Enfin Jacques, procureur à la cour archiépiscopale, a rédigé un Inventaire des titres de l'Archevâclié (G. 229). On lui doit également un Catalogue des Officiau.r (Bibl. Nat., n. a. 1. 4467) — Vers le même temps (1695), Julien Amélie, secrétaire de M»"^ de la Hoguelte et cellerier du chapitre, composa un Pouillé des bénéfices du diocèse (G. 226). Enfin le chanoine Maçon, mort en
Alors ([lie Ste-Coloinlx^ avait pour prieur D. Urbain Plancher (1704-1713), le lutur auteur de THisloire du duché de Bourgogne, St-Pierre-le-Vif venait de perdre un véritable érudit dans la personne de D. Mathoud. Il était né à Màcon en 1622. Après avoir été admis dans ce monastère, il s'y était fait remarquer par ses talents, et M^^" de Gondrin, qui le considérait fort, lui avait donné le titre de grand vicaire. Il pid)lia d'abord une édition critique des œuvres du cardinal anglais, Robert Poulie, puis il prit part à la controverse qui s'agitait autour de l'origine des églises de France. Jean de Launoy dirigeait alors ses attaques contre l'apostolicité de Péglise de Sens, et comme l'abbaye de St-Pierre-le-^'if défendait ce lait auquel était liée sa propre fondation, il rejeta les actes de saint Savinien comme apocryphes et prétendit que les moines de ce monastère avaient interpolé sciemment et même fabriqué de toutes pièces la charte de Clovis et le testament de S*® Théodechilde II y eut grand émoi h Sens. D. Mathoud, devenu prieur, 'il le fut pendant douze ans) reçut de M""" de Montpezat la jnission de réfuter ces assertions. Kncouragé par l'appui de Jacques Boileau, de Burluguay, ainsi que des grands et des magistrats de la ville, il publia à Paris, 1687, son livre intitulé : De vera Senoniim o/'iqinc clwistiana. Après avoir protesté de ses loyaux sentiments à l'égard de Launoy avec qui il s'était trouvé en bonnes relations d'amitié, il résumait, dans un premier chapitre, l'histoire de l'origine de l'église de Sens et il s'efforçait ensuite de prouver que S' Savinien a été envoyé par S' Pierre en Gaule, invo([uant comme preuves la tradition, puis les actes de S' Savinien et de S' Sanction, le diplôme de Clovis dont il s'efforçait de défendre
1723, a écrit udo Histoire des Archevêques (Bibl. d'Auxerre, n° 204), un Recueil de pièces sur le même sujet (Ibid. 171), un Processionnal de l'Eglise do Seus (Ibid. 61) et un Mémoire sur l'exemption du chapilit' loïK'li.mt la juridiction épiscopale (G. 660).
raiithenticité, enfin les martyrologes et trautres documents. Il terminait en discutant les difficultés apportées contre sa thèse. Si Ton doit rendre hommage à son érudition très étendue et à sa parfaite connaissance de la question, son style diffus et emphatique rend l'étude de son ouvrage fort difficile, et les données actuelles de la paléographie ainsi ([ue la critique historique viennent plutôt contredire ses assertions.
L'année suivante, D. Mathoud donna un autre travail de moindre importance, sous ce titre : Cafalogiis Archiepiscoporuni senonensium, ad fontes Jiistorise accuratus, où il défendit avec passion les gloires de l'église de Sens, mais auquel le P. Lelong reproche (l) de manquer aussi de critique et d'être écrit dans un style obscur et affecté. N'ayant pu parvenir à publier, comme il l'avait projeté, la Chronique de Geoffroy de Gourion, il rédigea ce Catalogue des Archevêques de Sens, pour y suppléer. Il le composa, dit-il dans sa préface, à l'aide des chroniques qui avaient été dérobées ou empruntées au monastère et que lui avait restituées le P. Sirmond(2) Parmi les manuscrits qui furent rendus généreusement à St- Pierre-le-Vif, il faut citer la Chronique de Clarius, avec laquelle D. Mathoud rédigea une étude qu'il communiqua à Luc d'Achery, et que cet historien compléta pour la publier dans son Spicilegium.
Quelque temps après le sous-prieur, D. Toussaint
(1) Rihl Hist. I, 650. — Cf. Ph. le Cerf, Bibl hist. des auteurs de la congrégation de St-Maur, 1726.
(2) A uue époque quil est difficile de préciser el qui va du xiv* siècle au xvi*, il arriva, par ICnet de l'ignorance ou de la cupidité, que la cathédrale et les monastères de Sens furent dépossédés de leurs manuscrits les plus précieux. On ignore par quelles vicissitudes ils passèrent avant d'être achetés, en partie, par la reine Christine de Suède. Elle fit don du sa(!ranieutaire du ix' siècle à la Bibliothèque royale de Stockoliu où il est resté, et abandonna plus tard plusieurs autres manuscrits à la Bibliothèque du Vatican qui les possède encore. Cf. Bull. Auxerre, 1856, 312.
(lu Oirroy. iiiarchanl sur les traces chi prieur, réunit les éléments d'une élude approfondie sur sainte Tliéodechilde et il Tenvoya (1691) au successeur de Bollaudus, le P. Daniel Papebrock, pour être insérée dans leur vaste et savante publication (l). Peut-être ce travail était-il une réponse à (juelcjues-unes des conclusions que D. Mabillon avait données dans son grand ouvrage des Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti, et qui étaient contraires aux traditions sénonaises. Malgré la lettre circulaire qui fut envoyée en 1702 aux monastères bénédictins, leur demandant communication de tous les renseignements utiles pour la composition des Annales de l'ord/'e de Saint- Benoît, il semble qu'à Saint-Pierre le-Vif on se mit plus volontiers en rapport avec les BoUandistes.
La plupart des savants historiens qui exhumaient de la poussière des bibliothèques et des archives monastiques les principaux documents du passé pour reconstituer les annales de la France, s'adressèrent aux érudits sénonais pour obtenir d'eux tous les documents qui leur étaient connus sur l'histoire de l'antique métropole. Les auteurs du Gallia Ch'istiana déclarent qu'ils ont rédigé la liste et les notices des doyens de Sens d'après les données du chanoine Maçon (2). Le P. Lelong, de son côté, eut recours à Fenel (1717) pour obtenir un mémoire sur les auteurs qui s'étaient occupés avant lui de l'histoire de son pays, et il ne fit pas difficulté de reconnaître que les notes de son ouvrage sur la bibliographie sénonaise venaient de ce doyenqu il traitait en ami (3).
(1) Dans la Collection de Chanijja^ne (A. 42, fol. 213j, à la Bibliollièque Nationale, se trouve une copie de la lettre envoyée par ce père à D. Mathoud, pour lui demander des renseignemenis, avec la recoinuiandatiou de les envoyer à Faris, au P. Hardouin. Suit la réponse de D. Malliou<!, datée de Chàlons (23 sept. 1691), où il dit qu'il a quitté Sens depuis quinze mois, et le prie de s'adresser au prieur de Saint-Pierre-le-Vif.