‹ Histoire de l'église et de l'ancien archidiocèse de SensChapitre 6 sur 46 · SI · texte numérisé non relu

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crite et <|ir()ii iTv chaiitail (jiriiii beau plain-chant (|iii était l)iun plus a<>réal)lc (1). Ce religieux visita un bon nombre d'abbayes, et il donne sur la plupart des traits intéressants. A Vauluisant, où D. Anthoine avait relevé les ruines matérielles et spirituelles et remis l'étude en honneur, D. Martène vante surtout le vaisseau de la « librairie » qui est très beau, les livres bien choisis et les manuscrits conservés avec soin. Sur le monastère de Vieupou, notons le passage suivant qui a une saveur particulière : « Je trouvai là, écrit-il, sept bons solitaii'es qui font revivre dans leurs personnes le premier esprit de saint Etienne de Grandmont, leur père. Le monastère est fort petit et fort pauvre, leur habit tout rapetassé ; ils portent dans leur maison des sabots ; ils ne vivent presque (jue de légumes et n'usent que très rarement de poisson ; depuis la Toussaint jus(|u'à Noël et depuis la septuagésime jusqu'à Pâques ils ne mangent ni œufs, ni beurre, ni fromage. Le supérieur me fit grand accueil et, pour me régaler, il me fit servir un morceau de merluclie (|ui était apj)aremment une partie de la provision pour le jour de Noël. Il me pressa fort de rester chez eux, mais la crainte d'incommoder ces bonnes gens l'emporta sur le désir que j'aurais eu de m'édifier de leur conversation ; aussi j'allai coucher à la chartreuse de Valprofonde où j'eus la consolation d'apprendre que le dernier prieur mort, qui était )non cousin, s'était attiré l'estime de tout le pays à cause des grandes charités ([u'il faisait aux pauvres «.

Le dénùment des moines de Vieupou n'était pas une exception, car la plupart des abbayes n'avaient pu se relever entièrement des dévastations accumulées au.K siècles antérieurs. Dans les maisons de religieuses en particulier il y avait une grande gène, et plusieurs étaient menacées de disparaître. Pour ob-

(1) 1, 5'J ol 60.

vier à cet inconvénient, le roi permit (28 avril I693j à tous les couvents de carmélites, de filles de Sainte- Marie, d'ursulines et d'autres congrégations établies depuis 1600, de recevoir des pensions viagères et même des dots en fonds. 11 accorda les mêmes avantages aux maisons antérieures à 1600 et qui ne pou valent assurer l'entretien des religieuses, à la condition de soumettre à l'Ordinaire un état de leurs biens et de leurs charges.

Dans les années suivantes, la situation alla plutôt en empirant. A cause des embarras du trésor royal, comme un droit d'amortissement avait été imposé sur les rentes constituées, toutes les communautés de femmes, appuyées par les évoques, adressèrent au roi des plaintes sur ces nouvelles charges qu'elles étaient impuissantes à supporter, et quelques-unes même exposèrent que, n'ayant pas le nécessaire pour vivre, il leur faudrait, en cas de poursuite, renvoyer les religieuses dans leur famille. Louis XIV fit alors demander à l'archevêque de Sens (6 juillet 1705), comme aux autres prélats du royaume, un état des couvents de femmes de son diocèse, avec le nombre du personnel et l'exposé de leur situation matérielle. Il reste encore un certain nombre des déclarations qui furent faites en cette occurrence (1) :

Ursnlines de Sens 38 celigieuses, 7 converses.

N. Damo d'Etanipes 51 id.

N. Dame de Joigny 40 id.

N. Dame du Lys, à Melun. 'i5 id. 17 converses.

Annonciades, id. 53 id. 5 id,

Ursuliues, id. 42 id. 6 id.

Visilandines, id. 52 id. 10 id.

Bénédictines de Monlargis 39 id. 10 id.

Dominicaines id. 26 id. 7 id.

Ursulines id. 47 id.

Visilandines id. 52 id.

Bénédictines de Morel. .. . 18 id. (3 converses.

N. Dame de Nemours. ... 55 id 6 id.

Bernardines de Provins.. 38 id. 10 id.

]jp.s nncicns monastères (riioniiiies étaient moins florissants (1).

Vaiiluisam 12 religieux.

Barbeim 20 i(l.

derrières 20 iil.

Sl-Pierre-de-iM(>liin 5 id.

Dilo ,7 i(l.

Sl-Jean-de-Seus 6 i<i.

Célestins ifl 7 id.

Ste-Colombo id l't id.

Les effets désastreux de la disette de 1693 (-essaient à peine de se faire sentir ((iTune plus affreuse encore sévit dans l'hiver de 1709-1710. Dès le mois de janvier commença à régner un l'roid d'une intensité inouïe et dont les ravages furent épouvantables. Près du dixième de la population périt de souffrances et de misère. Dans les registres de catholicité de Chéroy, le curé notait les remarques suivantes : « Il y eut en cette année (1710) beaucoup de fièvres putrides et malignes, du pourpre, des rougeoles, pleurésies et autres maladies qu'on disait être contagieuses, et dont les plus jeunes, les plus forts et les plus commodes mouraient, ce qui fut assez universel. Le roi envoya en quelques endroits des médecins habiles, comme à Montargis et ailleurs. Il est vrai que cette paroisse ne l'ut pas attaquée aussi violemment que beaucoup d'autres, mais il y eut beaucoup d'endroits oîi le quart et même le tiers des habitants étaient morts cette année. » M=' de la Hoguette voulut donner l'exemple de la charité à son clergé et il se retira avec deux prêtres de son entourage dans le grand séminaire, vivant là comme les jeunes clercs, et faisant distribuer chaque jour des aumônes à plus de trois cents malheureux. Parmi les maisons religieuses qui souffrirent le plus de cette calamité, il faut noter celle de Sainte-Colombe. Le procureur du roi vou-

lut obliger les religieux à fournir (1709) raumône générale qui consistait à donner deux fois chaque semaine deux livres de pain à tous les mendiants qui passaient, mais ils protestèrent en alléguant leur impuissance. Ils tom])èrent, en effet, dans un tel état de dénùment que, en 1711, la communauté était obérée de plus de huit mille livrée de dettes (1).

Pour soulager de si grandes misères, on s'occupa activement de divers côtés à réorganiser et agrandir les hôpitaux. A .Joigny, la ville ayant recou vré les établissements attribués h l'ordre de Saint- Lazare, réunit ensemble l'hôtel-Dieu et la maison de charité, puis elle y annexa la maladrerie de Saint- Jacques et Thospice de Saint-Antoine. L'hôpital de Notre-Dame prit ainsi une certaine importance, et l'archevêque y établit un règlement qui eut les résultats les plus heureux (2). En raison des services immenses que rendaient ces institutions charitables, elles se développaient et se perfectionnaient de plus en plus. Une déclaration royale vint en déterminer le fonctionnement intérieur. Le bureau d'administration de chacune de ces maisons-Dieu devait se composer des premières autorités municipales et judiciaires de l'endroit, qui étaient, avec le curé, les administrateurs perpétuels. Dans les villes comptant plusieurs paroisses, (diacun des curés faisait, à son tour, partie du bureau. Outre ces directeurs-nés, il y en avait plusieurs à élire dans les assemblées générales, suivant l'importance de la population, et le choix se faisait parmi les habitants. Aux archevêques ou évêques il était réservé, conformément à ledit d'avril 1695, d'y avoir la première place, et de présider le bureau aussi bien (jue les assemblées générales s'occupant de tous les établissements du diocèse. Les ordonnances ou règlements prescrits

(1) Guicha.d. - G. 228 ; H, 8'i, 9?,.

(2) Cf. Hull. Auxerre, 1862, 54; 1902, 295.

pur eux dans ces maisons pour raclMiinistration spirituelle et la célébration du service divin, avaient force de loi, nonobstant toutes oppositions et appellations simples et comme d'abus

Il restait encore à guérir une autre plaie sociale, fermée momentanément par des mesures énergiques, mais (|ui venait de se rouvrir aussi profonde que jamais : c'était le vagabondage et la mendicité. L'archidiacre de Melun, Le Chapelier, et le curé de la Madeleine, Deloue, tentèrent vers ce temps de fonder un hospice pour y recueillir les orphelins des deux sexes (t leur apprendre un métier; mais comme la ville avait déjà deux asiles installés pour recevoir les pauvres, il fut entendu que ces diverses œuvres seraient réunies pour ne former qu'un seul établissement. M^"" de la Hoquette fit des démarches auprès du roi afin d'établir un refuge analogue à Sens, et, au mois d'avril 1713, Louis XIV publia des lettres patentes f[ui créaient dans celte ville un hôpital srénéral L. 11 était destiné à recevoir tous les mendiants invalides de la ville et des faubourgs ; ceux qui tombaient malades devaient être envoyés à Thùtel- Dieu. Le bureau se composait de Tarchevèque ou de son vicaire général, du lieutenant général du bailliage et du procureur fiscal, administrateurs-nés, de deux chanoines et d'un curé, enfin de trois membres bourgeois ou officiers civils. Parmi les ressources, il faut citer le droit, donné par le roi au directeur de cette maison, de faire (juèterdans les églises, à l'exclusion de toute autre personne, excepté les frères mendiants. Les pauvres des environs n'étaient admissibles que s'il était pourvu à leur entretien par la paroisse (2).

La dernière onivre de M='" de la Hoguette fut la publication du missel préparé par Fenel. L'avertis-

(1) Bihl. d un Sénonais, XX, i3.

(2) F. H. — Arch. N;il. X'*, 8711, »ol. 202. — Hlhl. d'un Sénonais, 1. — Bull. Auxene, J902, 291 a 294.

senieul placé un lèle du ce livre lapporte (juc; Ton en était resté à Sens an missel de 1575 publié par AIs'" de Pellevé, de sorte que presque tous les prêtres se servaient de ceux d'autres diocèses mieux composés. Après avoir étudié, avec la commission choisie par lui. les plus anciens missels de Féglise métropolitaine ainsi que les anticjues statuts du chapitre et les usages on vigueur depuis wn temps immémorial dans le diocèse, l'archevêque avait laissé de coté les rites abandonnés dans un grand nombre de paroisses comme étant tacitement abrogés, et il exposait dans tous leurs détails les ol)servances qui seraient désormais de rigueur dans la célébration du Saint- Sacrifice (1).

Il expira avant l'apparition de ce beau livre liturgique, le 28 novembre 1715, à l'âge de soixante-douze ans On a remarqué que, depuis 1518, il fut le premier archevêque finissant ses jours dans son palais de Sens. Il reçut la sépulture à droite de celle de Pierre de Corbeil. Sur sa tombe fut gravée une courte inscription qu'il avait rédigée lui-même, et dans laquelle il insistait sur son caractère pacifique qui l'avait fait vivre en paix avec les chapitres des trois églises qu'il avait successivement gouvernées : St- Brieuc, Poitiers et Sens. Par son testament, outre plusieurs legs importants au chapitre, il laissa une certaine somme à la cathédrale et aux pauvres des domaines de l'archevêché (2).

(1) 11 en subsiste deux exemplaires : un à la Bibl. Nat. B. K5'i ; l'autre à la Bibl. d'Auxerre, A, 18(5. — Bibl. d'un Sénonais, XVI et XX.

(2) G. 135. — Il reste de lui une oraison funèbie prononcée dans l'église des cordeliers tie Provins par l'abbé Huerne [Bibl. d'un Sénonais, XI).

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La mort de Louis XIV, qui coïncida avec celle de M-"" de la Ilogiiette, fui sans doute la cause de la longue vacance de rarchevèché. Ce n'est, en etï'et, que trois ans plus tard, le lô mai 1718, que le pape Clément XI conféra le siège de Sens à l'évêque de Troyes, Louis François le Bouthillikfi de Chavigny. Ce prélat, petit neveu du célèhie abbé de la Trappe, Armand de Rancey, avait le grade de docteur en Sorbonne et remplissait la charge de vicaire général auj)rès d'un de ses oncles, évèque de Troyes, lorsque celui-ci résigna son siège en sa faveur. Il y avait dix-huit ans qu'il administrait ce diocèse lorsque son mérite éprouvé lui valut la dignité métropolitaine. Sa réception solennelle à Sens eut lieu le 28 août suivant.

Pendant la vacance, les quatre vicaires généraux, MM. Ilainard, Fenel, Amette et de Tencin furent chargés del'administrationdu diocèse. Us pourvurent aux bénéfices et rendirent plusieurs ordonnances. Notons celle qui permettait aux marguilliers de Notre-Dame de Trainel de quêter dans les autres paroisses pour réparer leur église entièrement ruinée (1;. La situation religieuse en France était alors fort précaire. Lorsqu'il prit la régence, le duc d'Orléans avait modifié profondément la direction des affaires en rendant au parlement le pouvoir politique par le droit de remontrance. De même il adopta une attitude hostile à l'égard de l'Eglise, et mit l'archevêque de Paris, M?"" de Noailles, à la tète du conseil de conscience. Cette dernière mesure surtout eut pour effet de donner une grande puissance au parti janséniste. Une partie du clergé de Paris se rallia aux opinions du cardinal, et bientôt dix-huit prélats, dont l'évêque d'Auxerre, de Caylus, suivirent son exemple, ainsi que plusieurs facultés, notamment celle de Paris. La contagion gagna

(1) Bibl, d un Sénortais, X.

j)ai'l()iil v\ un <^raii(] Moinl)i'(' de villes se i"ein|)lirent d'appelants.

Il reste une lettre fort curieuse qu Un janséniste ardent écrivit, sous le voile de ranonyme, à Henri Fenel, l'un des vicaires capitulaires pendant la vacance du siège, pour le pousser à entrer en lutte contre le pape. « L'honneur que j'ai d'estre du diocèse, dit-il, m'engage, quoiqu'absent, à voua écrire de Paris mes petites réflexions. Verrez-vous tant de célèbres chapitres se déclarer dans les lieux mêmes où des évoques sont si opposés — et votre chapitre ne dira-t-il mot ? A qui Dieu en imputera-t-il la faute à son jugement ? Quelle honte pour vous de vous trouvera

la tète du chapitre le plus vénérable et le plus ancien du royaume et de demeurer dans l'inaction, dans le temps que vous devriez agir le plus rigoureusement et le plus efficacement, veu surtout que vous avé tant de confrères si éclairés et si bien intentionnés qui gémissent de votre lâcheté... Vous composé, dit-on, l'histoire des Doyens de Sens, pouvez- vous lire sans rougeur le courage, le zèle, la fermeté et le désintéressement de tant d'illustres prédécesseurs, autant et plus glorieusement marquez dans le livre de vie qu'ils ne le seront dans vos annales ? — Mais, direz-vous, nous n'avons pas receu la constitution, par conséquent pourquoi nous ferions-nous des affaires mal à propos ? Je vous demande si au jugement de Dieu votre raison sera recevable et si, tout le diocèse l'ayant receu, vous n'êtes pas présumé, selon le langage du droit, l'avoir receu N'appelezvous pas une telle conduite renoncer Jésus-Christ devant les hommes et mériter d'en être désavoué devant le Père céleste ? De quel œil votre s* oncle (Taffoureau de Fontaine) regarde-t-il dans le ciel votre nonchalance et votre timidité, lui qui a été si peu de temps évêque et qui a fourni dans ce peu de temps une si sainte et si glorieuse carrière, jusqu'à s'être exposé à être un autre S' Thomas de Gantor-

béripoiir avoir agi par le mémo esprit ?(1) — Voyons si la qualité que vous avez d'évéque pendant la vacance du siège ne vous oblige point solidairement avec M""^ vos confrères à imiter S^ Pierre, c'est-à-dire à suivre avec courage J. C. de loin si vous n'avez j)as le courage de vous trouver aux pieds de sa croix ? Or je maintiens que vous n'êtes pas en seureté de conscience ni vous ni M""^ vos confrères et que comme vous été en place, vous été obligé soi>bs peine de pécbé et à peine de passer pour des mercenaires, des prévaricateurs de la loix de Dieu et des infidèles dépositaires du dépost de la foi qui vous est confié ; que vous devez, dis-je, rendre une ordonnance par laquelle, sans juger ni blâmer votre défunt arclievéque, ni sans entrer dans aucune contestation, oui, vous devez en conscience à l'Eglise, au bon exemple et à la vérité, donner un mandement dont la sagesse et la prudence ferait un des beaux monuments de 1 histoire ecclésiastique et un des plus beaux titres de noblesse de votre illustre chapitre, dans lequel en peu de mots, vous suspenderié, veu l'acte d'appel au futur concile, pendant la vie de N. S. P. le pape, et veu ((ue cet appel est suspensif, vous suspenderié, dis-je, pendant cette vacance seulement l'effet de l'acceptation de cette constitution faite dans votre

diocèse Comme je parle à un habile homme, je

n'explique pas plus amplement dans quel sens que j'entends qu'il se commet, à l'occasion de la réception Unigenitus, des péchés mortels et des sacrilèges dans le diocèse, vous entrevoies assé pourquoi et ce que je veux dire, que la brièveté d'une lettre m'empêche d'expliquer plus long (2)

On a supposé, d'après le Ion et certains passages de cette lettre, (|ue ce janséniste exalté était Jacc|ues Boileau, ancien doyen et vicaire général de Sens, qui

(1) Allusion à sa conduite dans l'assembléo du clergé de 1702.

(2) Chandenier, Op. cit. 79-8'».

depuis 1716 avait été pourvMi (riincanonicatà la Sainte- Chapelle. Quoi qu'il en soit, Fenel se refusa à accepter des conseils d'une telle violence, et si on l'a considéré, ainsi que son oncle, comme un des chefs du parti des appelants dans le diocèse, du moins il ne voulut pas entraîner le chapitre et tout le clergé dans une révolte ouverte contre la (Constitution papale.

Devant l'audace grandissante des jansénistes, Clément XI condamna (8 février 1718) l'appel des quatre évêques au futur concile comme schismatique, puis il refusa de ratifier la nomination de trois nouveaux évêques, jusqu'à ce qu'ils se fussent engagés h accepter la bulle. A la cour on vit cette mesure d'un mauvais œil, et le duc d'Orléans, mal conseillé, menaçait d'une rupture éclatante avec le St-Siége ; mais il fut ramené à une conduite moins hostile par plusieurs membres de la famille royale et par Ms»" de Chavigny lui-même, et ausitôt après les nominations furent confirmées. Un peu plus tard, le pape eut recours à d'autres rigueurs, et par la bulle PastoraUs officii il retrancha de la communion de l'Eglise comme rebelles et contumaces ceux qui n'accepteraient pas le formulaire. Mais cette mesure n'aboutit qu'à irriter davantage les opposants.

Bien que le nouvel archevêque de Sens ait donné plus tard des gages aux jansénistes, il arrivait dans le diocèse avec la réputation d'être hostile aux appelants qu'il qualifiait de gens outrés C'est ce que Fenel écrivait alors à l'abbé Lebeuf, son ami. en l'informant qu'il n'osait, malgré tout son désir, proposer à Më'' de Chavigny de le nommer chanoine de la métropole à cause de ses sentiments bien connus.

Dès le 20 novembre 1718, ce prélat annonça par un mandement l'intention de visiter le diocèse. Sa lettre pastorale trace un programme plus étendu que celui de Ms"^ de Gondrin. Il commençait par faire valoir l'importance et l'utilité de celte inspection qui permettrait au pontife de connaître les besoins des

fidèles, d'étendre le culte de Dien, de ranimer le zèle des pasteurs et de travailler à la sanctification des peuples. Comme préparation, les curés devaient publier cette circulaire le dimanche qui en suivrait la réception et prévenir ainsi leurs paroissiens, puis dresser un état de leur paroisse, noter pour le spirituel le nombre des communions, des confréries, des expositions du S' Sacrement, etdes processions avec la distance du lieu oii elles se font, puis les scandales, désordres, superstitions et abus, enfin les noms de ceux qui ne faisaient pas leurs Pâques, les divorcés et les gens en procès. Ce mémoire, ainsi que la situation du temporel, seraient remis au prélat, dès son arrivée, par les curés venant assister à la confirmation. Après la visite de l'église et l'administration du sacrement, les pasteurs lui rendraient compte de l'état de leurs paroisses avec prudence, en évitant de parler de (dioses qu'il y aurait inconvénient de faire connaître au public, et aussi sans passion, ni dissimulation, ni respect humain, mais avec vérité et sincérité. Les marguilliers, les dames des confréries et de charité, les maîtres et les maîtresses d'école, les administrateurs des hôpitaux et toutes les personnes constituées en charge étaient tenues également à se présenter devant lui, pour exposer dans quelles conditions ils s'étaient acquittés de leur mission. Tous les paroissiens étaient enfin convoqués pour rendre raison de leur conduite et faire entendre leurs plaintes. En terminant, rarchevèque rappelait l'accueil fait à S"^ Paul par les Galates et il exhortait les curés et les fidèles à le recevoir de même, avec une affection respectueuse et filiale, une docilité confiante et parfaite (1).

On ne possède que peu de souvenirs des visites de M"'' de Chavigny au cours des années suivantes. Eu 1721, il fit un séjour à Melun et visita les commu-

(t) Rihl. d'un Sénonais, XVI.

nautés de la ville, en parliciilier celles des visilandines et des bernardines du Lys. Dans ce dernier couvent il dut agir avec vigueur et sévérité contre l'abbesse, la dame d'Aspremont. INIais ce fut en vain, car elle refusa de se conformer aux statuts de son ordre, malgré les avis et les remontrances du prélat, puis elle quitta le monastère et en gaspilla les revenus qui étaient considérables, au point de les grever de trente mille livres de dettes Sur les plaintes qui lui furent adressées, Tarchevôque retourna en 1726 à Melun, et, après une enquête, il confia la gestion de biens à un économe pour trois ans. L'abbesse fit appel en vain au parlement, car un arrêt du 7 août 1727 la débouta de son opposition et ratifia les décisions arrêtées contre elle. Parmi les autres mesures que prit le prélat, il faut citer encore un règlement qu'il imposa, en 1724, dans une visite à la collégiale de St-Julien-du-Sault, pour y garantir plus elficacement la vie régulière et le service divin (1).

Il reste plusieurs mandements que M^'^deChavigny publia dans les premières années de son épiscopat à Sens, et qui avaient pour but de ranimer la vie spirituelle et la piété non seulement chez le clergé mais encore dans le troupeau confié à ses soins. Dès 1720, il convoqua solennellement les curés de sa ville archiépiscopale pour conférer avec eux des affaires de leurs paroisses. Peu après il détermina les conditions dans lesquelles devait se faire la préparation des séminaristes aux saints ordres (2) Par un autre mandement il réorganisa Tœuvre des conférences en ordonnant l'impression des procès-verbaux, et il s'appliqua à exciter chez ses prêtres une noble émulation en même temps que l'amour de l'étude et des sciences sacrées (3). La Provence était alors

(2) Bibl. d'un Sénonais, XVI.

(3) Bibl. d'Auxei-re, ii° 187 (Années 1726 i 1739).

dévastée [)ar la peste; au milieu de cette calamité, le prélat ne se contenta pas d'apporter aux provinces décimées le secours de la prière; par une lettre pastorale (1721) il invita ses diocésains à venir à leur aide. Plus tard, lorsque la terrible contagion eut disparu (1723), il ordonna le chant d'un Te Deu/n d'actions de grâces à la cathédrale. L'année suivante, par un nouveau mandement, il fit part à son clergé de la déclaration royale du 18 juillet qui ordonnait que les pauvres mendiants seraient enfermés dans les hôpitaux les plus proches : les valides pour y être corrigés et appliqués au travail, les invalides pour recevoir les secours nécessaires. Il recommanda en même temps aux fidèles cette œuvre charitable et prescrivit des quêtes ainsi que la pose de troncs dans les églises paroissiales, afin d'augmenter les ressources de ces maisons de refuge (1).

Tout en se dépensant ainsi pour le bien de son diocèse, M^"" de Ghavigny ne perdait pas de vue les intérêts généraux de l'Eglise de France. 11 fut présent à l'assemblée générale du clergé, de 1723, dont le but principal était de consentir à des subsides pour le bien de l'Etat. Les prélats réunis voulurent profiter de cette occasion pour présenter au jeune roi des remontrances contre les empiétements des parlements, car ceux-ci entreprenaient sur la juridiction ecclésiastique, supprimaient les mandements des évêques, saisissaient leur temj)orel et exerçaient des vexations sur les prêtres séculiers et réguliers. M^'*" de Ghavigny fut chargé de haranguer Louis XV à la clôture de l'assemblée. Après avoir protesté du respect et de la reconnaissance du clergé envers le jeune prince, il l'exhorta à protéger la religion, qui est nécessaire au bonheur du peuple, à extirper les derniers restes de l'hérésie pour ainsi mettre fin aux divisions, ramener la paix et favoriser l'extension

(1) G. 680. — Bibl. d'un Sénonnis, XVI, XX.

de l'Evangile jusqu'aux nations les plus éloignées, puis à relever les ruines et, en particulier, à assurer la subsistance de tant de religieuses tombées dans la dernière indigence. 11 supplia enfin le roi de rétablir les conciles provinciaux, interrompus depuis un siècle. « Ces saintes assemblées, instituées dès la naissance du christianisme, ont toujours, disait-il, été regardées comme le moyen le plus eilicace pour conserver l'unité de la foi, la pureté de la morale et l'intégrité de la discipline, pour procurer entre les pasteurs une sainte union et une uniformité de conduite, maintenir la subordination légitime, augmenter la vénération des fidèles; pour entretenir la science des règles canoniques, soutenir môme les droits sacrés de la couronne et les précieuses libertés de l'Eglise gallicane. Les saints canons et les ordonnances de nos rois ont prescrit l'obligation de les tenir, non seulement dans les conjonctures importantes, mais encore dans des temps fixes et ordinaires. Ces conciles seraient, Sire, d'éternels monuments de votre amour pour l'Eglise, et une source féconde de lumière et de force pour votre clergé. Ils rendraient à l'Eglise de France son premier lustre et son ancienne splendeur (1) ».

Si, favorisé par certaines tolérances, le calvinisme relevait la tète en France, le jansénisme, de son côté, continuait à susciter des luttes interminables, grâce à la complicité tacite du pouvoir royal qui se refusait à appuyer l'autorité de Rome et à défendre l'enseignement des docteurs catholiques contre les empiétements de la magistrature. L'assemblée du clergé, en 1725, réclama de nouveau le rétablissement des conciles provinciaux comme le remède le plus eilicace contre les maux de l'Eglise, ainsi qu'une déclaration du roi qui assurerait aux bulles Vineam et Unigenilus la qualité de lois d'Etat et ferait défense aux parlements

(1) Mémoires du Clergé, XIII, 1729-1733.

de recevoir les appels comme d'abus des réfractaires. Mais ces doléances ne furent pas entendues. L'année suivante, les représentants du clergé adressèrent encore à Louis XV de vives plaintes, lui exposant avec quelle patience Tépiscopat souffrait depuis longtemps les injures faites à l'Eglise ; ils insistèrent sur la nécessité pressante de réprimer ces abus et sur le besoin manifeste d'une loi pour maintenir formellement les droits des évèques que le roi s'était engagé à protéger et à soutenir. Us signalaient, en outre, la licence toujours croissante des écrivains, l'abus de ce que l'on appelait faussement le « silence respectueux, » enfin tant d'écrits audacieux qui souillaient la révolte jusque dans les communautés et les séminaires. Mais ces protestations demeurèrent sans effet (1).

Tout en condamnant ouvertement le jansénisme, Ms"" de Chavigny laissa cependant l'esprit de la secte triompher dans la rédaction de nouveau bréviaire sénonais. L'édition de 1702 étant presque épuisée, il s'appliqua, dès son arrivée, à en faire préparer une nouvelle, plus parfaite encore, avec le concours des membres de l'ancienne commission et d'autres ecclésiastiques très versés dans la connaissance de la Sainte Ecriture, des Pères et de la liturgie. Il confia la haute direction du travail à l'évèque de Waterford, en Irlande, exilé de son siège et de sa patrie pour la cause de la foi : c'était un prélat d'une grande vertu, que l'église de Sens avait reçu avec vénération et à qui M^"" de Chavigny avait donné le titre de chorévè- (|ue. Penel fut chargé de la présidence effective, et il sempressa de faire appel de nouveau à la science de l'abbé Lebeuf, tant pour le bréviaire que pour le missel qu'il était également question de corriger (2).

(1) Jager, XVIII. 93 et 114.

(2) Lettres de Konel à Lob<Mif, du 17 janvior 1717 et 19 octobre

Parmi les nouveaux membres de la commission se trouvaient Lesseré, Hédiard, Ferrand, etc., et en particulier Léonard Poisson, alors vicaire à Sourdun, dans l'archidiaconé de Provins (1). C'est à ce dernier que fut confiée, malgré sa jeunesse, la tAche importante de revoir, corriger, refondre et même renouveler, s'il était besoin, les chants liturgiques du diocèse. Pour remplir cette mission délicate, ce savant musicien s'entoura d'aides laborieux et de conseils éclairés. Ses lettres prouvent qu'il négligea rarement les avis de l'abbé Lebeut' ainsi que ceux de Fenel avec qui il était en communication très fréquente. L'activité qu'il déploya dans cette œuvre mérite tous les éloges.

Pour réformer le bréviaire de 1702 on s'était efforcé de supprimer toute pensée humaine dans les antiennes, les versets et les répons et de n'y mettre que « la plus pure parole de Dieu a. L'église de Sens se faisait un honneur d'avoir, parmi les premières, entrepris cette réforme, et d'autres s'étaient empressées d'adopter son bréviaire comme un des meilleurs, ou du moins de le prendre pour modèle. M^"" de Chavigny tendit encore à une plus grande perfection, et fit insérer les textes de l'Ecriture sans aucune interpolation ou coupure intentionnelle, dans leur entier, et suivant leur sens naturel ou, du moins, adopté par l'usage de l'Eglise et l'interprétation des Pères. 11 renouvela également, d'une façon plus large que son prédécesseur, les anciennes coutumes du diocèse, surtout celles qui se recommandaient par une plus haute antiquité 2). Ce recueil parut en 1726 « avec le consentement du doyen et du chapitre ». L'archevêque l'avait annoncé par un

(1) Il fut nommé ensuite curé de M;irs;tngis, près de Sens; il y resta jusqu'à sa mort, non sans éprouver dans la suite de rudes traverses à cause de ses opinions jansénistes.

(2) Bibl. Xat. B, 4869, 4 vol. in-8°. — Bull. Auxerre, 1852, .39 à

mandement à son (lergé, et il publia en même temps le missel. Ces deux compositions liturgiques furent jugées si parfaites que l'église d'Auxerre, sur les conseils de Tabbé Lebeuf, les adopta sans retard (l).

Le doyen Fenel, qui avait pris une part si considérable à ces divers travaux, était épuisé. Il mourut le 7 février 1727, à l'âge de 62 ans, et il fut inhumé dans la nef de la cathédrale, au bas de la grande porte du chœur. Les membres du présidial, les échevins et le corps des marchands voulurent assister à ses obsèques pour honorer la mémoire de ce savant éminent qui avait illustré sa ville natale (2;. C'était un grand ami des livres, et il en recueillait le plus grand nombre possible, particulièrement les manuscrits. Dans sa bibliothèque, la plus belle de la région, on voyait des missels sénonais du xii* et du xiii* siècle, des chroni(jues locales, un manuscrit du roman de Gérard de Roussillon, et surtout la fameuse Chronique (le Vézelay, par Hugues de Poitiers. Dans le but d assurer après lui la conservation de celte bibliothècjue, il en fit don au chapitre le 21 mars 1725, à la condition expresse de l'ouvrir au public le lundi et le samedi de chaque semaine. Il compléta ces dispositions testamentaires en ajoutant une donation pour l'entretien de cette collection, afin que, disait-il, « dans un pays où le secours des livres manque entièrement, l'on put au moins en certain temps avoir cette petite ressource ». Le chapitre accepta avec joie ce don généreux et il en détermina l'usage par un règlement (jui demeura en vigueur jusqu'à la Révolution (3).

Henri Fenel doit être considéré comme le plus

(1) G. 566. — liibl. d'un Sénonais, XX — Le prix de chaque exemplaire du bréviaire, eu feuilleô, fut lixé à 16 livres. — Ce prélat lit paraître encore vers ce temps ua Psautier el uu Lisre de messe, à l'usage du diocèse (Bibl. d'Auxerre, A, 127, 128.

grand historien sénonais, non seulemciil pour son Obituaire du Chapitre, composé d'après les textes originaux, et son Catalogue des dignités, chanoines, vicaires, etc., gouverneurs de V Hôtel-Dieu, depuis le III* jusqu'au XYiii" siècle, rédigé vers 1717, et qui renferme une multitude de renseignements curieux sur les dignitaires de l'église de Sens à travers les âges (1), mais surtout à cause de ses Mémoires pour servir à l'histoire des Archevêques jusqu'en 11 16. C'est par modestie qu'il n'avait donné à cette étude que ce simple titre (2), bien qu'il l'eut composée avec soin d'après un grand nombre d'auteurs manuscrits et autres et de chartes originales. Il y suit les chroniqueurs qui l'ont précédé, mais sans trop de rigueur, et il réfute leurs erreurs en se basant sur les documents authentiques. Sa chronologie est exacte. En raison du rôle considérable joué par les archevêques, il relie son récit aux grands faits de l'histoire générale auxquels ils ont été mêlés, afin de rendre son travail plus intéressant et plus complet. Chérest considère avec raison ces Mémoires comme l'essai le plus sérieux et le plus digne de confiance qu'on ait jamais tenté sur l'histoire de Sens. Lebeuf les connaissait et les appréciait à leur juste valeur ; il suppliait Fenel de faire imprimer au moins le premier volume, mais un sentiment regrettable d'humilité empêcha toujours le doyen de se conformer à ce désir, comme on le voit par la lettre qu'il écrivit le 20 juillet 1722 à son ami auxerrois, en s'excusant : « Il faut bien examiner l'histoire des archevêques de Sens avant de la livrer à l'impression, et je n'ay pas la présomption de penser que cet ouvrage soil digne de paraître en public. Lorsque vous aurez le temps, si vous avez assez de patience pour la lire, je vous l'enverray pour y faire vos réflections avec toute la liberté possible... » Il

(1) Bibl. de Sens, 51. — G. 700 et 701. (2j Lelong. Bibl. hist. 650.

laissa, en mourant, le manuscrit à son neveu, avec la mission de le compléter et de le publier, mais ce vœu ne devait pas se réaliser. Malheureusement l'ouvrage ne nous est pas parvenu en son entier (1) : il y manque les périodes allant de 8'tO à 865, et de 976 à 1406. De tous les annalistes sénonais, il est celui que nous avons consulté avec le plus de fruit, surtout pour les deux derniers siècles qui le précèdent (2).

Le clergé sénonais fournit encore vers ce temps un historien d'une certaine valeur, le P. Anastase Guichard, gardien de la maison des religieux picpuciens. On lui doit deux études sur Sens : d'abord, une Histoire de cette ville, puis une Histoire des Archevêques datée du 21 avril 1709(3). Cette dernière n'est qu'un résumé incomplet, très étendu sur certains points, et laissant beaucoup d'autres dans l'ombre. Malgré quelques erreurs, il ne manque pas de critique, et il est généralement exact (4).

Par une anomalie des plus singulières, à cette époque où le clergé français, dans un travail colossal, créait de toutes pièces l'histoire nationale, l'architecture religieuse était tombée dans une complète

(1) Bibl. de Sens, X" 77 et 77. — Le tome I va jusqu'à Louis de Melun (1*33), et le II jusqu'à la mort de M^'' de h» Hoguetle (1715). Le tome III (N" 78) n'est qu'un recueil de pièces manuscrites ou imprimées relatives à celle histoire.

1^2) Il reste encore de lui un manuscrit renfermant des f.ettres d^i piété et de direction (Bibl. de Sens, 282.) Dans un manuscrit latin de la Bibl. Nat. N'^ 16805, se trouve une lellre, datée du 2 février 1716, dans laquelle il demande au P. Lebrun, de l'Oratoire, le secours de ses lumières et ses critiques sur le nouveau missel de Sens.

(3) Bibl. de Sens, 71 et 72. — Il existe un double de ce dernier travail à la Bibl. Mazarine, N*" 3252, in-io. Une autre copie appartient à M. Chandenier, érudit sénonais.

(4) La Bibl. de Sens possède encore, sous le X'^ 66, une copie de l'Histoire de Sens, faite en 1726 par un chapelain dv la cathédrale, Jérôme Muuclerc. Il ne faut pas confondre ce personnage avecJules Mauclerc, médecin à Sens, qui rédigea en 1825 une Histoire des Archevêques : elle se trouve à la même Bibl., N" 79. C'est un résumé qui a de sérieuses qualités, et auquel nous avons fait quelques emprunts.

décadence. Les magnificences de l'art ogival étaient incomprises et méprisées comme appartenant à un style barbare. Aussi dans les réparations ou les reconstructions des édifices religieux on ne s'inspira guère que d'une Renaissance grecque, bâtarde et sans caractère. Le faux goût provoqua alors dans maints endroits plus de dégradations et de destructions que n'en produisirent ensemble les guerres du protestantisme et la Révolution. 11 y eut à Sens, en 1725, un projet général pour la restauration de l'intérieur de la cathédrale. On voulait, à la fois, tout renverser et tout rétablir à neuf(l) Le devis des travaux fut dressé par Benoît de Portier, architecte à Paris, mais la pénurie des ressources ne permit de procéder qu'au renouvellement des stalles et des grilles du chœur. Des orgues furent aussi fabriquées à Troyes, et la dépense, sans compter le buffet, se monta à dix mille cinq cent vingt-quatre livres (2).

Bien que le chapitre put encore s'imposer de gros sacrifices pour l'entretien de la cathédrale, la dimi nution progressive de la valeur de l'argent rendait de plus en plus insuffisantes la plupart des fondations anciennes faites à charge de services religieux. Déjà un grand nombre d'anniversaires, notamment ceux de plusieurs rois, avaient été diminués. L'archevêque porta un règlement pour les réduire encore, et supprimer l'office et la procession du S. Sacrement, dits r « Office de la Coupe », et fondés par l'archidiacre Jean Ferrand L^ne suppression fut faite également sur le nombre des paroisses de la ville. L'église de Sainte -Colombe- du -Carouge menaçant ruine, les habitants demandèrent qu'elle fût démolie et réunie à la paroisse de Saint-Benoit. Après une enquête de conimodo et incommoda^ M^'' de Chavigny donna son approbation à cette requête (3).

(1) Bull. Sens. I, 77 et suiv.

(.']') G. 136 cl 166.

Dans les couvents de femmes, la siliialiou devenait de plus en plus précaire, soit par la crise monétaire, soit par la diminution des revenus, soit parle? amortissements qui avaient dû être payés dans les dernières années, soit enfin par le nombre des religieuses trop grand pour les ressources disponibles. Dans le but d'empêcher la ruine d'un grand nombre de ces maisons, et en même temps de prévenir le relâchement de la discipline religieuse ainsi que d'autres inconvénients aussi nuisibles à la société qu'à la religion, le conseil d'Etat rendit, le 31 juillet 1717, un arrêt en vertu duquel les monastères et communautés de religieuses consacrées à l'instruction de la jeunesse ou à d'autres œuvres de piété et de charité, seraient tenus de présenter devant leur Ordinaire les titres de leur fondation et un état de leur situation matérielle. Les procès-verbaux donnent les chiff'res suivants pour 1727 :

Annonciades de Sens 15 religieuses, 3 converses.

Carmélites id 17 id. 3 id.

Ursulines id 31 id. 7 id.

Bénédictines de St-Anloine 37 id. 8 id.

Bernardines de Bray 12 id.

Bénédictines de Villechassori 21 id. 7 converses.

id. Monlargis 37 id. 10 id.

Dominicaines id 15 id. 2 id.

Visilandines id 'il id. 3 id.

Franciscaines de Provins 13 id. 3 id.

Bénédictines de Yilleneuve-le-Roi . 22 id. 3 id.

id. Giy 12 id. 3 id.

Nous ignorons la suite qui fut donnée aux enquêtes dressées sous la direction de l'archevêque. La chambre du clergé alloua, en 1729, aux ursulines de Sens la somme de huit cents livres, « attendu leur extrême besoin et les soins qu'elles prennent pour l'enseignement des petites filles » (1).

(1) G. 195, 196 et 5G0. — Arch. Nat S, 7546.

Comme beaucoup de ses prédécesseurs, M^'' de Chavigny donna une part de sa sollicitude à la question de l'enseignement public. Le collège de Grassins, dont il était proviseur, continuait à prospérer. En septembre 1719, il fit paraître, avec le prospectus de cette maison, une lettre pastorale par laquelle il rappelait aux doyens ruraux que le collège était établi principalement pour les jeunes gens originaires du diocèse, et il exprima le désir de voir tous ceux qui se rendaient à Paris pour leurs études y fixer leur résidence, afin d'être mieux sous le regard de leur archevêque et en rapports plus étroits avec lui (1) Il s'occupa également des écoles primaires et publia en 1724 une déclaration royale, dont l'article V ordonnait d'établir, autant que possible, des maîtres et des maîtresses d'école dans toute les paroisses où il n'y en avait point, pour veiller à l'instruction et à l'éducation chrétienne des enfants, et apprendre à lire et à écrire à ceux qui pourraient en avoir besoin, le tout ainsi qu'il serait prescrit par l'Ordinaire, en conformité avec l'édit de 1695 touchant la juridiction ecclésiastique. Dans les lieux qui n'avaient pas de ressources, il pourrait être imposé sur les habitants la somme nécessaire à l'entretien des maîtres et des maîtresses, soit cent cinquante livres pour les premiers, et cent pour les autres (2). En vertu de cette ordonnance, l'archevêque organisa dans la suite (1728) pour les instituteurs et les institutrices, un nouveau règlement où il complétait les prescriptions de M^'^de la Hoguette, et il donna en particulier le texte des lettres d'approbation dont chaque titulaire devait être muni.

Il ne reste que peu de renseignements sur les dernières années de M^^ de Chavigny qui furent assombries parla maladie. Il entreprit une révision du ca-

(l) Bibl. d'un Sénonais, XX.

(•il Mémoires du Clergé, I, 2114.

téchisme, mais il ne put la terminer avant sa mort. Dans V Abrégé de la doctrine chrétienne, qui parut sous ses auspices en 1729 (1), on voit le dessein qu'avait conçu (^e prélat de combattre désormais les doctrines répandues dans son diocèse par INIg"" de Gondrin, et dont les conséquences commençaient à l'effrayer. L'agitation créée en France par le jarvsénisme, bien loin de s'apaiser, prenait un caractère de plus en plus aigu. La révolte ouverte de Soanen, évêque de Senez, contre la bulle 'Unigenitiis avait provo(|ué sa condamnation par le concile de la province d'Emljrun. Douze prélats, parmi lesquels de Caylus et Bossuet, évêques d'Auxerre et de Troyes, avaient pris sa défense dans une lettre publique. A leur tête se tenait le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, mais il ne devait pas aller plus loin dans cette voie périlleuse, car bientôt il accepta la bulle purement et simplement, et son exemple fut suivi par plusieurs de ceux qui l'avaient suivi dans son égarement, en particulier par l'archevêque de Sens (2). A partir de ce moment, grâce au changement d'attitude du pouvoir royal, une ère de répression active (•ontre le jansénisme commença à s'exercer, et elle fut facilitée par la mort dn cardinal de .Noailles survenue en 1729. Son successeur, Ms'" de ^'intimille, travailla, avec l'appui du roi et du cardinal de Fleurv, à réduire les appelants qui étaient fort nombreux dans son diocèse, et la faculté de théologie de Pai-is reçut à nouveau la constitution papale comme un jugement dogmatique de l'Eglise. Dès l'année 1727, Ms"" de Chavigny commença à faire signer par les curés et les religieux soumis à sa juridiction le formulaire d'Innocent X et d'Alexandre VII (3). Il n'hésita pas à prendre des mesures de répression contre

(1) Bibl. d'Auxerre, A, 186, 54.

(2) Picot, Mémoires, II, 236. — Jager, XVIII. 134.

(3) G. 21. Le regisU'e contenant les signatures va de 1727 à 1757.

les opposants, et en 1728 il frappa doux religieux de l'abbaye de Yalprofonde. Des ballots de livres suspects lurent visités surle coche d'eau venantde Paris à Joigny. En môme temps, les jésuites du collège de Sens reprirent confiance et menèrent la campagne avec zèle contre les membres du clergé attachés au jansénisme (1).

Malgré les mesures prises par un grand nombre d'évèques, comme l'opposition à la bulle était loin d'être vaincue, Louis XV publia une nouvelle déclaration par laquelle il imposait à tous les ecclésiastiques la signature pure et simple du formulaire, sous peine de privation de leur bénéfice ; en même temps il reconnut la bulle comme loi du rovaume, prescrivit le silence sur les matières controversées et empêcha les appels d'abus d'avoir un eft'et suspensif. Le parlement de Paris, suivi par ceux de province, fit opposition à cet arrêt et manifesta toute sa sympathie à l'égard des appelants ; mais l'assemblée générale du clergé, réunie peu après à Paris, condamna les prétentions des magistrats qui encourageaient ainsi la révolte des curés et empiétaient de plus en plus sur la juridiction épiscopale, puis elle adressa de vives doléances au roi sur les maux que cette situation entraînait pour l'Eglise (2).

La province de Sens avait nommé comme députés à cette assemblée le vénérable archevêque de Sens et Nicolas de Ghamron, abbé commendataire de St- Galais et chanoine de la collégiale de Brienon. Malgré la protestation de M&'"de Chavigny qui préférait s'abstenir à cause de sa santé débile, l'assemblée confirma à l'unanimité son élection, et il se rendit à Paris. Après avoir été nommé second président, il prit la parole à la session du 9 juin pour remercier l'assemblée de

(1) Coll. Languet,XXX\[, Bibliothèque de Sens.

(2) Recueil des actes et mémoires concernant les affaires du Clergé, p. 1631.— Jager, XVIII, 1:^8.

riioniieur (|iu lui était fait, et il félicita Mk"" de Vintimille de sa harangue au roi. Mais il se vit dans Timpossilnlité de remplir les fonctions de président d'une commission financière qui lui avaient été confiées, et il rentra en toute hAte à Sens (i). Il expira le 9 novembre suivant, à l'âge de soixante-cinq ans, et sa dépouille fut inhumée dans le chœur de la cathédrale, à gauche de la sépulture de Pierre de Corbeil (2).

Jean Joseph Languet de Gergy naquit en 1677 à Dijon où son père était procureur général au parlement. Il avait cinq frères qui se sont tous distingués par des services rendus à l'Eglise ou à l'Etat. Après qu'il eut pris le bonnet de docteur dans la maison de Navarre, Bossuet, son compatriote et son protecteur, le fit admettre dès 1700 à la cour, et il devint trois ans plus tard aumônier ordinaire de la duchesse de Bourgogne En 1709, il obtint du roi une abbaye en Bretagne, et l'évèque d'Autun le nomma son grand vicaire, mais il demeura auprès de la duchesse et ce fut lui qui l'assista à ses derniers moments. Sa piété,' son savoir et son zèle appelèrent sur lui l'attention de madame de Maintenon, et, comme il le raconte lui-même, il fut employé par elle « dans des affaires secrètes » qui avaient principalement pour objet la lutte contre le jansénisme et les eflorts qu'elle fit pour en retirer le cardinal de Noailles.

Dès sa nomination à l'évêché de Soissons (1715), il se signala chaque année par des mandements et des écrits polémiques en faveur de la constitution et contre l'appel, et c'est alors que commencèrent ses

(1) Bibl. Nat. L. d, 5, 30.

(2) G. 16, 117. — Le Gall. Christ. XII, 107, donne l'inscription de son tombeau. — Il jouissait de la comniende des abbayes de Marcignv, Vauluisant et St-Loup de Troyes.

démêlés avec le parlement. Sur la demande de madame de Maintenon, il écrivit (1718) son Traité de la confiance en Dieu, pour la consolation des âmes que la crainte jette dans le découragement, qui fut plusieurs fois réimprimé. En 1721, il fut reçuàTAcadémie française, à la place du garde des sceaux, d'Argenson, puis le régent lui donna trois commendes et le fit entrer au conseil de conscience. Ses ouvrages de controverse qu'il multipliait tous les jours lui acquirent une grande considération dans TEglise de France, mais ils lui suscitèrent aussi d'ardents ennemis. Le pape à qui il les avait envoyés lui répondit par un bref très élogieux (18 juin 1725). Peu de temps avant son élévation au siège de Sens, Mê'" Languet publia la Vie de la vénérable Mère Marguerite Marie, religieuse de la Visitation, morte en odeur de sainteté, en 1690. Cet ouvrage, désigné ordinairement sous le titre de Vie de Marie Alacoque, et composé par ordre de la reine à qui il était dédié, donna une force nouvelle à la dévotion au Sacré- Cœur. A Fépoque où le jansénisme et la philosophie athée travaillaient de concert à durcir et à glacer les cœurs en répandant partout la sécheresse de Fégoïsme et le froid d'un scepticisme impie, un mouvement opposé s'était produit dans l'Eglise pour enflammer et attendrir les âmes, en proposant à leur imitation l'amour immense de Jésus-Christ envers les hommes. Gomme, selon le langage ordinaire, le cœur est le siège de toutes les affections, on proposa aux adorations des fidèles le Cœur du Sauveur comme l'organe sensible et le symbole de l'amour divin. Cette pratique avait été répandue surtout par la vénérable Marguerite Marie Alacoque, après ses visions, et cette religieuse avait été secondée surtout dans cette œuvre par le P. de la Colombière, de la compagnie de Jésus. Dès le 20 octobre 1729, Mg"" de Belzunce, le grand évêque de Marseille, à qui Ms"" Languet avait fait hommage de son livre sur la bien-

heureuse, lui répondait en le félicitant de cette publication qui « l'avait en(dianté, « et dont c il ne pouvait dire tout le bien qu'il pensait. » 11 ajoutait seulement qu'il avait consacré son diocèse au Sacré- Cœur, et que la délivrance merveille use de la peste était survenue après une grande procession publique qu'il racontait dans tous ses détails (1).

Si cet écrit fut reçu avec faveur par les fervents de la dévotion au Sacré-Cœur, il suscita ailleurs les plus vives réclamations, au point que le prélat l'ut contraint de le réviser à plusieurs reprises, et, malgré ces corrections, il a été considéré (;omme le plus médiocre de ses ouvrages. Les railleries de A^oltaire ne lui furent pas épargnées Le parti janséniste l'accabla de ses épigrammes, et l'on répéta sur tous les tons fjue Tournely (collaborateur supposé de Languet) avait emporté, en mourant, l'esprit de ce prélat, et ne lui avait laissé que la « coque » ! Les Etudes des Pères Jésuites ont reproduit un article (2) où M. Hamon adresse, à ce propos, les plus graves reproches à Tévèque de Soissons. ainsi qu'au P. Croiset qui écrivit la première Vie de Marguerite-Marie presque aussitôt après sa mort. « Sous leur plume timide qui veut être respectueuse et qui ne réussit qu'à être maladroite, écrit-il. les effusions enthousiastes d'une âme aimante, les mots si piquants parfois dans leur réalisme populaire, les expressions où l'âme a passé toute entière, se refroidissent, s'atténuent ou disparaissent, et la phrase pittoresque s'éleint dans une phrase banale ». La meilleure manière, en effet, de

(1) Bibl. d'Amiens, 59G1, autographe. — Il subsiste encore dans la Collection Languet, à la Bibl. de Sens, une série de lettres fort curieuses que ce prélat reçut en 1720 et 1721 de plusieurs évéques du Midi, pour le remercier des secours envoyés aux diocèses de la Provence en 1720. Ces lettres, sorties du foyer de l'infection, furent trempées dans du vinaigre, pour être désinfectées. Cf. Bull. Sens, 1867, 1 et suiv.

(2) Année 1902, 721 et suiv.

défendre la voyante contre les jansénistes, n'était pas d'affadir les effusions ardentes et sublimes de son amour pour le Christ qu'elle sentait tout proche, et de donner ainsi prise au ridicule. Ils ont défiguré pour longtemps le caractère et les écrits de Marguerite Marie, et la critique accuse avec raison le prélat biographe d'avoir commis dans cet écrit « une étrange maladresse » (1).

Bien que transféré à l'archevêché de Sens en 1730, MB"" Languet ne reçut ses bulles qu'au commencement de l'année suivante. Il s'installa par procureur le 9 mai, et le 12 juin il prenait lui-même possession solennelle du siège, accompagné d'un nombreux cortège de nobles, de magistrats et d'échevins de la ville (2). Saint-Simon qui, dans ses Mémoires, s'est fait l'écho des pires accusations contre lui, rapporte qu'il fut transféré à cet archevêché « par des voies peu correctes «, que, dès cette époque, il aspirait au chapeau de cardinal et qu'il le brigua toute sa vie. Mais, ajoute-t-il perfidement, Rome, qui connaissait ses ambitions, les entretenait sans vouloir « prostituer sa politique à un sujet aussi infime, parce qu'elle était sûre de tirer, à beaucoup moins, toutes les folies et les fureurs qu'elle voudrait » (3).

Le nouvel archevêque se consacra sans retard à l'administration de son diocèse, et la première ordonnance qu'il publia fut pour réorganiser les conférences ecclésiastiques (4). Ce moyen que M^' de Gondrin avait utilisé pour répandre dans le clergé le venin du jansénisme, il résolut de s'en servir pour le ramener à l'orthodoxie. Il s'occupa ensuite des petites écoles, et publia un règlement, en dix-huit articles, où étaient exposés les devoirs des maîtres

(1) Cf. Analecta Rolland. 1908,220.

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