EXTENSION RAPIDE DE LA RÉFORME. H
— Hugo Laeramer , Monumenta vaticana , historiam ecclesiasticam sœculi XVI illustrantia. Ex tabular. S. Sedis ap. secretis, éd. Frib., 1861.
— H. Laemmer, Zur Kirchengeschichte des xvi und xvii Jahrh. Frib., 1863.
— Analecta romana, kirchgesch. Forschgen. ScbafFh., 1861. — F.-L. Soden, Kaiser Karl V in Numberg. Zur Kriegs und Sittengcsch. des xvi Jahrh, Nûrnb., 1858, etc.
§ 15. Extension rapide de la réforme. — Raisons de ee
phénomène.
Quand nous réfléchissons sur la guerre des paysans qui éclata à la suite de la réforme, et sur les discussions dogmatiques qui s'élevèrent dans son sein ; quand nous voyons ses propres partisans se partager en deux camps et se heurter dans de sanglants combats, il nous semble impossible que la réforme se soit propagée sur une si vaste étendue de territoires. En 1526, c'est-à-dire après la guerre des paysans et pendant que les réformateurs se disputaient entre eux , elle comptait déjà parmi ses sectateurs, outre l'électeur de Saxe, le grand maître de l'ordre teutonique en Prusse, Albert de Brandebourg , Philippe , landgrave de Hesse, les ducs de Braunschweig-Lunebourg, le duc Henri de Mecklembourg, le prince Wolfgang d'Anhalt, les comtes Gebhard et Albert de Mansfeld, sans parler de plusieurs villes impériales, déjà nommées en partie, et nous la verrons bientôt envahir l'autre moitié de l'Allemagne.
Ces sortes de grands mouvements ne s'expliquent point par des causes purement extérieures, pas plus que la lutte et le triomphe de Grégoire VII ne trouvent leur raison suffisante dans l'ambition personnelle et la soif de la domination, ni les croisades dans l'amour des combats et le désir des conquêtes. Toute grande idée, vraie ou à moitié vraie (car elle ne peut jamais être radicalement fausse), se rattache à son siècle ou jaillit de son siècle, agit puissamment sur ce qui l'entoure, et, dans sa lutte, — car elle forme toujours opposition à quelque chose, — elle entraîne tout. Les passions personnelles, les intérêts privés ne font que l'exploiter ; elle leur sert de moyen et de prétexte , mais ils ne peuvent rien sans elle.
L'idée qui remuait alors le monde européen, c'est que le
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système religieux suivi jusque-là avait anéanti la gloire de Dieu et de son Christ et l'avait remplacée par un élément tout humain, élément privé de liberté, complètement corrompu depuis Adam et ne pouvant produire que le péché. En d'autres termes : la doctrine catholique touchant la liberté et l'indépendance de l'homme semblait inconciUable avec la nature du christianisme, selon lequel le mérite de toute bonne action revient exclusivement à Dieu ; l'homme n'étant sauvé que par la foi aux promesses de Jésus-Christ et sans coopération de sa part. Tout le reste se développait d'après ce principe, ainsi que nous l'avons montré précédemment.
Chacun, à peu d'exceptions près, reconnaîtra sans peine combien cette vue est étroite et exclusive; c'était elle, néanmoins, qui inspirait à une foule innombrable d'esprits une horreur profonde pour le catholicisme, où l'homme était élevé au rang de la divinité, tandis que Dieu lui-même était voué au mépris. Les hommes qui agissaient sous l'inspiration de cette idée formèrent le noyau fécond de la réforme; aussi ne laissent-ils pas, malgré leurs égarements si manifestes, de nous inspirer une sorte de respect ; car si l'homme n'est pas libre dans ses actes, il n'est pas responsable du mal qu'il opère, et la faute en retombe sur Dieu. Et voilà comment la notion même de la divinité se trouvait anéantie. Mais les hommes qui s'inspiraient de l'idée fondamentale de la réforme et qui agissaient en conséquence étaient de beaucoup les moins nombreux; la plupart de ceux qui se rangèrent autour de Luther obéissaient à des instincts charnels qui trouvaient dans sa doctrine un aliment tout préparé. Il leur plaisait infiniment d'entendre prêcher que l'homme est incapable de tout bien, qu'il ne peut pas même coopérer à l'action de Dieu, que ce qui décide du bonheur éternel, ce ne sont ni les bonnes œuvres ni les pieuses intentions, mais uniquement la foi en Dieu. Peu capables de comprendre et de saisir l'idée de Luther dans ce qu'elle avait de plus élevée, ils s'attachaient au côté défectueux avec l'ardeur fougueuse et empressée d'un homme dominé par ses appétits sensuels.
La pensée fondamentale de Luther, présentée sous forme de liberté chrétienne, ainsi qu'il l'appelait, était extrêmement séduisante pour les esprits vaniteux, amoureux d'eux-mêmes