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EXTENSIOIV RAPIDE DE LA RÉFORME

et n'aspirant qu'à la licence. On leur démontrait par la parole même de Dieu que la discipline extérieure, la soumission à l'Eglise, l'obéissance à ses préceptes étaient incompatibles avec la notion du chrétien, à moins que le chrétien ne consentît lui-même à plier sous ce joug.

Que tel fût alors le progrès des idées, nous en avons les preuves les plus convaincantes. Luther ne niait point l'insolence et l'immoralité de ses sectateurs; il avouait qu'avant la réforme la vie chrétienne portait des fruits incomparablement plus beaux*, et il ne trouvait pas d'expression pour dépeindre les scènes hideuses de barbarie qu'il remarquait parmi les siens. « Quand le diable est sorti de leurs corps, disait-il, il y rentre avec sept autres diables, et les choses sont pires que jamais. » S'il cherche des consolations, il n'en trouve que chez un très-petit nombre ; la plupart, dit-il, abusent honteusement de la liberté.

Non moins remarquables sont les déclarations d'Erasme et deWillibald Pirkheimer, conseiller fort instruit de Nuremberg, qui, après avoir d'abord favorisé la réforme, s'en retira navré de douleurs, dès qu'il la vit à l'œuvre. Dans le triste tableau où il dépeint les mœurs de ceux qui ont passé à la réforme , il remarque que plusieurs reconnaissent l'énormité de leur bévue, mais sont retenus par le respect humain.

La vérité de cette observation éclatera dans tout son jour quand nous aurons entendu Luther se plaindre amèrement de ce que personne ne veut plus contribuer à l'entretien des ecclésiastiques , de ce que les écoles dépérissent et les églises tombent en ruine. « Si l'on n'y remédie pas bientôt, dit-il, c'en est fait de l'Evangile, des pasteurs et des écoles de ce pays ; les pasteurs seront contraints de partir, car ils n'ont rien, ils errent à l'aventure et ressemblent à des spectres. » Et ailleurs : « Les gens ne veulent plus rien donner, ils ont une telle ingratitude pour la sainte parole de Dieu, que si je savais comment m'y prendre, en bonne conscience, je ferais en sorte qu'ils n'eussent plus ni curés ni prédicateurs, et vécussent comme des porcs, qu'ils sont déjà. » Des hommes de cette

* Auslegung des Br. un die Gai. Werke, l'» part. Wittenb., 281, 290 et suiv.

loO HISTOIRE DE L ÉGLISE.

espèce^ et qui sont représentés tels par leurs propres chefs, n'étaient pas à coup sûr inspirés par de très-nobles idées.

Cette diversité dans les motifs de ceux qui se rattachaient à la réforme se retrouve également dans les princes qui se mirent à la suite de Luther. Ce fut sans conviction personnelle , sans comprendre le caractère de la nouvelle doctrine, que Frédéric de Saxe l'appuya dans le principe ; il le fit uniquement parce que la réforme lui paraissait très-propre à assurer l'avenir de l'université qu'il venait d'établir à Wittenberg. L'attention de toute l'Allemagne était fixée sur ce nouvel établissement , qui prenait un essor si hardi et si vigoureux ; on ne découvrit pas de suite les erreurs essentielles qui s'y enseignaient sur le dogme : cette découverte eût nui à la fréquentation de l'université; ou, si on les aperçut, on les considéra plutôt comme des théories spéculatives et scientifiques que comme une atteinte portée aux fondements de l'Eglise et de sa doctrine. Heureux de voir prospérer son établissement, Frédéric protégeait volontiers l'homme qui lui avait rendu de si grands services. Non-seulement il ne donna jamais un concours direct à la réforme, mais il la combattit en face dès qu'on voulut en appliquer les principes au culte et aux choses de la religion : il ne toléra jamais que ce qu'il ne put empêcher. Luther sut parfaitement utiliser son caractère irrésolu et en retira les plus grands avantages.

Si l'indécision de Frédéric était tout ce que les réformateurs pouvaient attendre de plus heureux, ses successeurs Jean , et surtout Jean-Frédéric, épris des principes de Luther , entrèrent dans son parti avec une pleine conviction. — Le landgrave de Hesse, Philippe, un des plus influents promoteurs de la réforme, vivait dans de graves désordres, qui le rendaient incapable de comprendre une idée religieuse. Il n'avait de goût que pour les vues de Luther qui flattaient sa sensualité ; mais celles-là il les acceptait d'autant plus volontiers qu'il y trouvait son compte personnel. Les doctrines de Luther sur la foi et sur la liberté chrétienne le séduisaient autant que la populace dont nous avons parlé ci-dessus ; il en était de même des biens d'églises et de la dignité épiscopale, que Luther revendiquait pour les souverains. La réforme fut donc recommandée au peuple par le prince dans le landgraviat de

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