anabaptistes et les mennonites
Avec cette hardiesse de confiance qui caractérise les fanatiques, les anabaptistes avaient prédit l'avènement prochain sur la terre d'un royaume de Dieu où la sainteté régnerait sans partage ; mais leurs illusions s'évanouissaient de jour en jour, et ils finirent par renoncer à leurs espérances. Ils n'avaient pas réussi davantage à déterminer la portion des chrétiens la plus considérable sinon par le nombre, du moins par sa valeur intrinsèque, à préparer l'avènement du Christ par la destruction de toute autorité civile, et à fonder une théocratie sacrée. Ils avaient trouvé au contraire une résistance si vive que les plus crédules avaient dû reconnaître l'inanité et la folie de leurs prétentions. En perdant ainsi son idée dominante et sa raison d'être, la secte tombait d'elle-même et n'offrait plus aucuu intérêt historique. Elle ne tarda pas à prendre des allures extérieures beaucoup plus
* L'empereur, en accordant ce dernier point, alla contre le vœu des protestants.
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modestes ; elle devint plus calme et plus conciliante dans les relations civiles. Comme elle avait renoncé au but suprême et pratique de son existence et qu'elle continuait de rester étrangère aux questions dogmatiques, les anabaptistes appliquèrent l'énergie qui leur restait de leur premier et puissant enthousiasme, à régler les détails les plus insignifiants de la vie matérielle, et se mirent ainsi en contradiction flagrante avec leurs premiers débuts, où tout était disposé pour une réforme en grand.
Déjà ils étaient entrés dans cette seconde voie, lorsqu'un prêtre catholique, Menno Simonis, curé de Franeken dans la Frise, se donna aux anabaptistes et imprima à cette nouvelle phase de leur histoire un caractère plus précis (1536)*. Cet homme avait juste assez peu d'esprit et d'instruction pour se rattacher à un parti dont le but réel était définitivement reconnu comme chimérique, et il en avait assez pour paraître un homme distingué aux yeux de ses nouveaux coreligionnaires. Pieux, du reste, et animé d'un zèle ardent, auquel se joignait une sorte de modération (dont il n'usa jamais envers les catholiques), le crédit dont il jouissait lui permit de calmer les disputes, de réconcilier les esprits et de régler la situation sociale des anabaptistes. Ils adoptèrent son nom, et portèrent désormais le titre de mennonites. Simonis mourut en 1561.
Chose remarquable, les mennonites ne voulaient point qu'on les fît descendre des premiers anabaptistes : une fois l'ivresse passée, ils oubliaient tout ce qu'ils avaient fait dans cet état, et ils étaient convaincus que ce qu'ils entendaient raconter d'eux s'apphquait à une société toute différente. Tantôt ils prétendaient remonter aux premiers chrétiens *, tantôt ils soutenaient que Menno Simonis avait formé ses convictions particulières indépendamment de toute influence
• Hermanni Schyn, Historiœ mennonitarum plenior deductio. Amsterd., 'J729, c. V, p. 116.
2 Le bon Schyn dit dans son Historia menn. plen. deductio, c. i : « Ex primis christiauis, qui ex instilutione Domini nostri Jesu Ghristi exemplisque apostolorum , per omnia christiana sœcula in hune usque diem inter caetera dograata adultorum baptisnium docuerunt, et adhuc docent, descendisse (mennonitas). » Et immédiatement après : « Inter hos sœculo undecimo (ou plutôt duodecimo) emicuerunt waldenses. » Passer du premier siècle au douzième, c'est faire un grand saut!
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extérieure et par la seule étude de l'Ecriture sainte*, tantôt ils disaient qu'il y avait eu aussi parmi les premiers anabaptistes des hommes pacifiques et modérés, et que c'est de ces hommes-là qu'ils descendaient : cette opinion n'est pas absolument à dédaigner^.
Menno Simonis fit des sauv^ages anabaptistes des fanatiques tranquilles et pacifiques, qui s'établirent dans les Pays-Bas et dans le nord de l'Allemagne. Amateurs de l'ordre, de la paix et du silence, ils tâchaient d'imiter les premiers chrétiens par la sévérité de leur discipline religieuse, considéraient le lavement des pieds comme une action sainte, condamnaient les procès, le serment et la guerre. Ils existent encore de nos jours, principalement en Amérique^.