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CHAPITRE IV

INVASION DE l'hérésie EN SUISSE, EN SCANDINAVIE, DANS LA GRANDE-BRETAGNE, EN FRANCE ET DANS LES PAYS-BAS.

§ 1^'. Les z^vin^liens en Suisse *•

Ulric Zwingle naquit le 1" janvier 1484, à Wildhausen, dans le Toggenbourg. Son père, bailli de ce lieu , l'envoya d'abord à Bâle et à Berne pour le préparer aux études savantes. 11 étudia l;i philosophie à Vienne, et la théologie à Bàle, sous Wittembach. Nommé ensuite vicaire de (jlaris, il lia connaissance avec un légat du pape, qui estima tellement ses talents, qu'il lui fit un revenu annuel de cinquante florins. De Glaris il fut transféré à Einsiedeln (1514), et en 1518, nommé curé de Zurich. Il s'était beaucoup occupé de littérature classique, beaucoup plus môme, paraît-il, que de théologie. Il y a des apparences qu'il nourrissait depuis longtemps un esprit d'opposition contre l'Eglise catholique. Wittembach lui avait inspiré des doutes sur les indulgences. Il avait parcouru en outre quelques-uns des anciens ouvrages de la littérature chrétienne, et y avait appris que l'Eglise n'avait pas autrefois la même constitution que de son temps. Avec ses connaissances superficielles, il ne trouvait d'autre explication à ce changement que les basses manœuvres qu'avaient dû employer les papes pour arriver à leur pouvoir. Déjà en 1516, il aurait réfléchi sur les moyens à prendre pour déposer le pape.

« Opéra, éd. Guelther. Tigur., 1545 (1581), 4 tom. \\i-îo\. — Zwingli , Werke. Erste vollst. Ausg. durch Melch. Schuler u. Joh. SchulthesSy die deutsch. Schrift, part. i-iv. Zurich, 1828-1841. — H. Zwinglii Opéra. Gompl. éd. curant, iisdem, vol. I-VIII. Tur., 1829-1842. (Supplém., 18G1.) — Christoffel, Huldr. Zwingli's Leben und ausgew. Schriften. Elbfld., 1857.

.T. Hottinger, H. Zwingli und neine Zeit. Zûr., 1842. — G.-W. Boeder, H. Zwingli, ?. Freunde und s. Geguer. St -Gall., 1855. — Mœrikofer, J.-G., Ulrich Zwingli. Nach d. urkundl. Quellen. Leipz., 1867. — H. Spœrri, Zwingli-Studien. Leipz., 1866.

En 1518, Bernard Samson prêcha une indulgence en Suisse , malgré la défense du vicaire général de Constance , Jean Faber, qui s'adressa également à Zwingle pour arrêter Samson. Zwingle, qui aurait dû être suffisamment averti que l'Eglise n'approuvait point ces abus, prêcha contre l'indulgence de manière à donner à entendre que c'était lui le premier qui les avait découverts.

Comme on s'aperçut de plus en plus qu'il s'efforçait de rivaliser avec Luther, Adrien VI s'adressa à lui en 1522, et l'exhorta en termes fort honorables à réfléchir sur sa conduite. Cet avertissement ne servit à rien. Zwingle annonça (1523) une dispute en soixante thèses sur la puissance de TEghse, la messe, le purgatoire, le chant ecclésiastique, le célibat des prêtres, etc. Comme Luther, il rejetait le libre arbitre et enseignait la prédestination absolue. Seulement, tandis que la doctrine fondamentale de Luther était que l'homme est tellement dégradé par le péché d'Adam, qu'il a perdu toute ressemblance avec Dieu, qu'il ne peut que pécher et que la grâce opère seule en lui, Zwingle n'acceptait le péché originel que pour la forme, et suivait une direction toute panthéiste. Dieu, selon lui, est tout en tout; l'homme n'est qu'un phénomène passager, une force de Dieu ; il est donc privé du libre arbitre et prédestiné de toute éternité. Zwingle croyait sans doute aussi que la foi seule opère le salut, mais dans un autre sens que Luther, suivant lequel toutes les œuvres de l'homme sont mauvaises. Zwingle tolérait la pratique des bonnes œuvres, parce que l'homme, à son avis, n'était déterminé à agir que par Dieu seul, et était sauvé par sa confiance en lui. En vertu de sa doctrine fondamentale, il attribuait à Dieu toutes les fautes et tous les péchés de l'homme. Nous avons vu déjà ce qu'il pensait de l'Eucharistie.

Ses idées furent partagées par Œcolampade * (lampe domes-

* Grynaeus et Capito, De vita et obitu Oecolamp. — S. Hess, Lebensgeschichte Joh. Oec. Zurich, 1793. — J.-J. Herzog, Das Leben Joh. Oecolampad's und die Reformation zu Basel. Bas., 1843 (1853), 2 vol. — Hagenbacli, J. Oecolampad's Leben u. ausgew. Schriften. Elbf., 'J859. — J. Oecolampad und die Reform. in Basel, dans Historisch-pol. Blœtter, t. XIII, p. 705-746, 810-836; t. XIV, 129-147, 273-291, 377-392.

LES ZWTNGLIKNS EX STÏÏSSE. 173

tique), né à Weinsberg en 148:2. Après avoir fait ses premières études à Heilbroini et à lleid«^.lberg, GEcolampade alla étudier le droit à Bologne, la théologie à lleidelberg, l'hébreu à Stuttgart auprès de Jean Reuchlin. En 1515, il fut nommé prédicateur à Bàle , où il fit comiaissance avec Erasme ; en 1518, il devint prédicateur de la cathédrale d'Augsbourg, professa à Bàle depuis 15iî2 et y remplit les fonctions de curé à partir de 15:24. Pour faire ressortir son contraste avec Zwingle, on le comparait souvent à Mélanchtlion. Distingué par ses connaissances dans les belles-lettres et la théologie , rien n'atteste chez lui, non plus que chez Mélanchthon, le génie de la spéculation profonde; ce n'était, comme Zwingle lui-même, qu'un esprit superficiel.

Les « réformateurs » de la Suisse apprirent de Carlstadt et des anabaptistes comment on abattait et foulait aux pieds les images et les autels. Zwingle ne pouvait supporter le chant ni les orgues * . L'Eucharistie n'était à ses yeux qu'un signe commémoratif ; il abolit naturellement la messe et toutes les formes de la liturgie : de là sa fureur contre les autels. Avant de réformer une ville, on tenait une conférence, et la décision dépendait de son issue et de l'impression qu'elle avait faite. Ceux qui avaient les plus forts poumons l'emportaient ordinairement. Dans cette animation des esprits , aucune question n'était discutée à fond ; le moyen, du reste, de vider les plus graves atfaires dans l'espace d'une heure? Les catholiques eurent donc parfaitement raison de ne prendre aucune part à la conférence annoncée par Zwingle pour l'an 1523. Faber, vicaire général de Constance , arriva deux années après et fut traité avec une barbarie sans exemple. En 1524-, Zwingle, suivi de quelques conseillers et maçons, pénétrait dans les égUses et procédait à la réformation. Jamais on n'avait vu tant de grossièreté et de sauvagerie mis au service d'une pareille réforme. Nous ne voyons partout que la froide raison engluée dans les choses matérielles et attachée à la superficie.

Bàle fut réformée par Œcolampade, aidé du Français Farel, depuis 1524 jusqu'à 1530^. Erasme, qui se trouvait alors à

» Riffel, t. III. — Historisch-pol. Blœtt., XIV, 139.

« KLirchhofer, Leben With. Farel's, -2 vol. Zûr., 1831. — Gh. Schmidt,

Bâle, où il publiait ses écrits, eu sortit pour jamais^ plein d'un profond dégoût. Une poignée de gens , grâce à une énergie soutenue par le fanatisme, imposait la loi à une majorité immense ; rien ne résistait à la fougue des réformateurs , et les catholiques cédaient le terrain. — Dans d'autres villes, tout marchait avec une rapidité inouïe. A Mulhouse, en 1523, on abolit quelques pratiques du culte, et l'œuvre entière de la réforme se trouva accomplie ; ce qui prouve combien le peuple s'entendait peu à la réforme. Berne ne fut envahie que tardivement par les idées nouvelles, et il ne s'y passa rien de caractéristique. Une discussion y eut lieu en 1528; on renversa les églises, on abolit le céhbat, et la réforme fut achevée.

Seuls les cantons primitifs considéraient toutes ces choses avec une horreur profonde et invitaient à la réflexion. On voulut aussi leur imposer la réforme, mais les cantons d'Uri, Schwitz, Unterwald, Zug et Lucerne, ne se laissèrent point intimider. Un certain Jean Kaiser, prédicateur zwinglien, fut expulsé de Schwitz, où il procédait avec la violence accoutumée des réformateurs. Les réformés allèrent plus loin encore : ils coupèrent les vivres aux cantons primitifs, afin de les obliger par la famine de se rendre à composition, c'est-àdire d'accepter la réforme. On courut aux armes, une bataille fut livrée près de Kappel , où les Zurichois succombèrent. Zwingle qui, en sa qualité d'apôtre de la paix et de l'Evangile, avait été le promoteur de la guerre, s'était placé à la tête de l'expédition et portait le drapeau : il tomba un des premiers. (Ecolampade étant mort la même année (1531), les luthériens et les cathohques virent en cela un heureux présage. Œcolampade, disait-on, a été emporté par le diable pour avoir si indignement outragé la doctrine eucharistique. Ces hommes habitués à ne juger que des choses du dehors, ne voyaient jamais que la surface, et le sentiment religieux ne trouvait dans ce genre de réforme aucune espèce d'aliment.

Etudes sur Farel. Strasb., 1834. — Gh. Chenevière , Parel , Froment, Viret, reformat, religieux. Genève, 1835. — G. Schuiidt, Farel und Viret. Elberf., 18^0.

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