JEAN CALVIN
t ^^ § 2. Jean CaUin ».
Le système de Zwingle finit par ne plus contenter qu'un petit nombre d'esprits, à cause du panthéisme répandu dans son écrit Sur la Providence , des idées vagues et inconsistantes qu'il professait sur l'Eucharislie, et qui ne tardèrent pas, elles aussi, d'être abandonnées.
Le vrai fondateur de l'Eglise réformée, c'est J. Calvin, fils d'un tonnelier de Noyon en Picardie, né en 1509. Il étudiait la théologie, et reçut quelques bénéfices avant même d'avoir achevé ses études. Hélas ! l'Eglise réchauffait une vipère dans son sein. Familiarisé de bonne heure avec les doctrines de Luther, il prit goût à plusieurs d'entre elles, et déjà en 1533 il n'aurait pas échappé aux censures de la Sorbonne s'il n'eût trouvé un protecteur dans la personne de François I". Il prit la fuite bientôt après et se rendit à Baie. En France aussi la réforme luthérienne avait fait quelques conquêtes partielles, mais elle n'avait trouvé nulle part d'adhésion définitive. En Suisse, où tout était dans une affreuse confusion, Calvin se présenta tout d'abord avec l'autorité d'un autocrate. Il adressa à François 1" un traité dogmatique où, sans aucune mission, il se posait comme le chef de la réforme en France. Ce traité, toutefois, rencontra en France comme en Suisse, une approbation universelle. C'est alors seulement que des idées plus claires, plus précises, plus circonscrites, se font jour dans les esprits. Au fond, Calvin ne s'écarte point de Luther ni de Zw^ingle ; tout ce que ces derniers enseignent sur la foi, la grâce, le hbre arbitre, se retrouve chez lui, ainsi que la prédestination absolue, qu'il accentue vivement et à laquelle
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il donne une influence surprenante. Sur l'Eucharistie, il se rapproche un peu plus de la doctrine cathohque. Tout en admettant que le pain et le vin demeurent et sont de purs symboles, il enseigne que les prédestinés au salut, les fidèles, en même temps qu'ils communient en esprit , subissent l'influence du corps de Jésus-Christ ; il croit donc à sa présence dans l'Eucharistie. Selon lui, toutefois, Jésus-Christ ne serait pas uni au pain, mais seulement présent au moment de la communion. La raison de cette doctrine, c'est que les vrais fidèles reçoivent seuls le corps de Jésus- Christ, parce qu'ils sont seuls prédestinés de toute éternité.
Ces idées de Calvin agitèrent de nouveau un grand nombre de fidèles. Calvin se distingue encore en ce qu'il accorde beaucoup plus à l'Eglise visible que Luther ne le faisait dans ses premiers temps ; il attribue au clergé une plus grande influence sur la vie religieuse, et de là vient qu'il introduisit l'ordination, sans cependant la reconnaître pour un sacrement.
En 4 535, il se rendit de Bâle à Genève, dont il devint, avec le concours de Farel et de Viret , le -véritable réformateur. La ville essaya de s'affranchir complètement de son évêque et du duc de Savoie. Elle était travaillée par une grande fermentation politique, qui risquait de se traduire en révolution religieuse. Le culte catholique ne tarda pas d'y être aboli. L'évêque de Carpentras, Sadolet, essaya vainement, dans une lettre magnifique, de ramener les Genevois dans le sein de l'Eghse catholique.
Tout n'était pas également répréhensible en Calvin. Si on avait blâmé autrefois ses mœurs dissolues , si on l'avait accusé de sodomie et marqué d'un stigmate honteux, sa conduite était devenue très- austère et l'avait même contraint de se réfugier à Strasbourg. Après son rappel, il institua un consistoire composé de prêtres et de laïques et chargé de surveiller la doctrine et les mœurs. Ce consistoire avait aussi le droit d'excommunier, et il en usait souvent. Quoique menacé de mort, Calvin ne retrancha rien de sa sévérité. Sans sortir de Genève, il mit beaucoup de zèle à régulariser dans d'autres pays plusieurs communautés réformées. Il mourut en 1564.
Né en quelque sorte pour commander et faire la loi, Calvin
r.A RÉFOllME EN SUÈDE. 177
avait l'àme tellement impérieuse qu'il ne pouvait tolérer aucune opinion à côté de la sienne. L'Espagnol Michel Servet fut brûlé par ses ordres pour avoir nié la divinité de Jésus- Christ. Doué d'une grande pénétration, d'une éloquence peu commune et d'un savoir beaucoup plus étendu que tous les autres réformateurs , Calvin savait donner une couleur agréable à des doctrines qui auraient semblé abominables dans la bouche d'un autre. Il est regrettable qu'une si grande force d'intelligence ait été mise au service de l'erreur.
§ 3. La réforme en 8uède et en Danemark ^.
Dans ces pays , la réforme fut introduite par calcul politique. Les princes n'y ambitionnaient qu'une chose, les biens de l'Eglise (et un pouvoir illimité) ; la réforme luthérienne, s'ils avaient pu les obtenir sans elle, n'y aurait pas été introduite. De là, pour eux, la nécessité d'adopter les nouvelles opinions rehgieuses.
En Suède, la révolution religieuse marcha de concert avec la révolution politique. D'après la convention de Calmar (1397), le roi de Danemark devait régner aussi sur la Suède et la Norwége ; mais l'union des trois Etats ne fut jamais sohde et brillante. Christian IV de Danemark s'unit à l'archevêque d'Upsal, Gustave Trolle, pour combattre le régent de la Suède, Sten Stui'e, et pour rétabhr l'union (1518), après que larchevèque danois, de Lund, eut excommunié les Etats suédois. Cette combinaison échoua, et Gustave Trolle fut condamné à faire pénitence dans un couvent. Christian IV (II) attaqua de nouveau la Suède, le
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régent Sten Sture mourut dans une bataille, et les Suédois furent réduits à se soumettre.
Christian était certainement dans ses droits, mais il fit un effroyable abus de sa puissance. Quoique l'amnistie eût été proclamée, un grand nombre d'évêques et de conseillers furent mis à mort par ses ordres, et il commit d'indicibles cruautés. Gustave Erichson, de la maison de Wasa^ finit par entraîner la Suède tout entière dans son parti , et fut proclamé roi en 1523. Irrité d'avance contre le pape et contre tout l'épiscopat, Gustave ne demandait pas mieux que d'opérer une séparation. La couronne visait aux moyens de s'enrichir.
Les vrais réformateurs de la Suède, les instruments du roi, furent Olaus Pétri et son frère Pétri, nommé aussi Peterson*. Après avoir fait leurs études à Wittenberg, ils revinrent entichés des tendances dont ils avaient été témoins, et trouvèrent un auxiliaire empressé dans Laurent Anderson, archidiacre de Strengnses. En 1523 , ils prêchaient déjà contre les ordres monastiques, contre le pape, etc. La résistance qu'ils trouvèrent dans le peuple obhgea le roi à les mander auprès de lui. Ils se justifièrent en disant qu'ils prêchaient le pur Evangile, que tout le mal de l'Eghse venait des richesses du clergé, par conséquent que le roi avait le droit, le devoir même de confisquer les biens ecclésiastiques. Wasa, qui était peu difficile à convaincre, parut extrêmement touché; il les pria néanmoins de ménager les préjugés du peuple, leur promettant de les protéger secrètement et de leur prêter son concours. Wasa, sans rien dire à personne, s'adressa en même temps à Luther et se concerta avec lui. Il fut défendu d'attaquer les prédicateurs du nouvel Evangile. Craignant toutefois que le moment de lever le masque ne fût pas encore venu, Gustave permit de pubher le jubilé pontifical qui tombait en 1525, et y prit lui-même une part apparente. En 1527, il crut qu'il pouvait avancer d'un pas et demanda à l'assemblée des états de lui faire livrer les biens d'égUse. Peut-être que si l'adhésion eût été absolue, la réforme n'eût pas (encore) été adoptée. Pour briser la résistance des états, Gustave menaça de déposer la couronne. On le
* J.-A. Schinmeier, Leben der drei schivedisc/i. Refoim. L. Anderson, Oluf und L. Peterson. Lûb., 1783. — (Niedner, Zeitsch. fur hist. TheoL, 1851, i.)
LA RÉFOrOIE EN SUÈDE. 179
supplia, on se montra disposé à embrasser sa cause, surtout depuis qu'il avait attiré la noblesse dans ses intérêts ; car la noblesse, travaillée des mêmes besoins, entrait complètement dans ses desseins. Il tut convenu que le roi, après avoir confisqué les biens d'église, assurerait aux évêques un revenu convenable. On devait aussi publier partout que l'intention du roi n'était pas d'introduire un nouveau culte , mais de maintenir l'ancienne et véritable religion chrétienne. Il n'en fut rien, malheureusement. La faculté accordée au roi de déposer les ecclésiastiques indignes le laissa libre de remplacer les évêques et les prêtres anciens par des hommes favorables à ses principes ; la hiérarchie cathohque fut conservée en apparence, mais dans un rang et dans des conditions toutes nouvelles. Dans une assemblée tenue en 1529, il fut résolu que la plupart des cérémonies catholiques seraient maintenues , notamment celles du baptême ; on conserva aussi l'extrême-onction, non comme sacrement, mais comme une cérémonie indifférente ; il en fut de même, à peu de choses près, de la confession , de la messe , des prières pour les morts, etc. On voulait persuader à la foule crédule que rien n'était changé à son ancienne religion. Le roi, s'érigeant lui-même en pontife suprême, institua en 1531 Laurent Anderson archevêque d'Upsal et chef du clergé suédois, et, afin de se l'attacher par des liens étroits, il le maria avec une de ses parentes. Les réformateurs essayèrent de concentrer toute l'autorité dans les mains du roi, mais Wasa eut bientôt affaibli l'influence des nouveaux évêques; il était beaucoup plus habile qu'ils ne l'eussent souhaité. Tandis qu'ils étaient impatients d'agir, lui voulait user de lenteur; de là les plaintes les plus amères. Jusqu'ici, disait Gustave, ils ont toujours prétendu que les richesses du clergé étaient la cause des malheurs de l'Eglise romaine , et ils voudraient maintenant suivre son exemple.
Une conspiration tramée par Laurent Anderson et l'un des frères fut éventée en 1540; les coupables, condamnés à mort, furent cependant graciés. En 1539, le roi fit venir de Wittenberg un « réformateur, » qui prit le titre de surintendant et fut placé à la tête de tous les évêques. On abolit peu à peu quelques usages catholiques, mais le culte conservs^
i80 HISTOIRE DE l'Église.
toujours beaucoup de ressemblance avec la liturgie romaine. D'autres réactions, mais d'une nature secondaire, eurent encore lieu dans la suite.
En Danemark, la réforme fut également appuyée dans le principe par Christian II (dans l'intérêt de ses aspirations à l'omnipotence). Les premiers réformateurs, venus de Wittenberg, étaient : Martin Reinhardt, Carlstadt et Gabier. Paul Elle, prieur des carmes, qui s'était d'abord rattaché à eux, revint bientôt à des idées plus saines , et leur fit une vigoureuse opposition. Le roi favorisait les réformateurs, faisait confisquer les biens des évêques , foulait aux pieds les droits de la noblesse et de la bourgeoisie , et c'est pourquoi il fut déposé en 1523. Un autre grief élevé contre lui, c'était d'avoir voulu introduire une fausse religion.
Il eut pour successeur Frédéric, duc de Schleswig et Holstein. Séduit par son fils Christian, qui avait fait connaissance en Allemagne avec la réforme, Frédéric apostasia en 1526, sans même savoir ce qu'était la réforme. La liberté des cultes fût proclamée en 1527, en attendant qu'un synode universel eut fait disparaître les divergences. Il permit aux prêtres de se marier, refusa au pape, pour se l'arroger à luimême, le droit de confirmer les évêques et se fit payer les droits de pallium, bien qu'il n'en distribuât aucun. En 1528, il fit construire un hôpital pour le repos de l'âme de ses ancêtres : preuve qu'il ne connaissait pas la doctrine des réformateurs sur cette matièie. Rencontrait-il de la résistance, il recourait à la force.
Sous la conduite d'un comte de l'empire, des églises et des autels furent renversés, des prêtres expulsés. Les vaillants Dithmarses firent à la réforme une résistance énergique. Mais comme ils avaient renoncé à toute alliance avec l'étranger, et que le culte catholique était interdit dans leur pays, la génération suivante a oublié son passé cathohque.
Le roi Frédéric, mort en 1533, eut pour successeur son fils Christian III. La réforme fut introduite avec élimination de l'ancienne Eghse catholique.
En 1536, il convoqua les états du royaume, confirma leurs privilèges et leur persuada de confisquer les biens des évêques en leur abandonnant ceux des couvents. Les états dé-
i/église anglicane. 181
clarèreiit alors publiquement qu'ils ne voulaient plus d'évêques et qu'ils s'en tiendraient à l'Evangile. Vn surintendant fut établi l'année suivante , mais on maintint le nom des évêques, afin de tromper le peuple. Telle est l'origine des évêques luthériens qui existent de nos jours ; mais ils n'ont pas comme ceux de Suède , séance et voix à la diète. En Danemark, le culte a beaucoup plus de ressemblance avec la liturgie catholique qu'en Suède.
En Norwége, la réforme fut importée de Danemark par la force armée.
§ d. L'Kl^lise anglicane ^.
Les idées luthériennes pénétrèrent de très-bonne heiu'e en Angleterre, et prirent racine dans quelques localités. Un nommé Tindal traduisit la Bible en anglais et se passionna pour les vues de Luther. Heureusement l'Eglise cathohque nourrissait dans son sein un puissant défenseur. Thomas Morus eut l'art de réfuter les erreurs de Luther avec une ironie mordante et une grande profondeur ; il sut également tirer un excellent parti de ses crudités de langage. Il trouva un auxiliaire dans John Fisher, évêque de Rochester, aussi savant que lui et d'une piété exemplaire^. Henri VIII écrivit aussi contre Luther, et empêcha par des lois l'invasion des luthériens et surtout des anabaptistes.
Arthur, le fils aîné de Henri YII, avait épousé Catherine,
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fille de Ferdinand le Catholique, mais il était mort sans laisser d'héritier. Henri YIII, frère d'Arthur, ayant voulu épouser sa veuve, eut besoin d'une dispense, et l'obtint du pape Jules II. Le mariage fut célébré en 1509. Il avait épousé cette princesse par inclination et sans aucune contrainte; c'était du reste une personne très-aimable. Elle donna à son époux deux princes, qui moururent , puis la princesse Marie. Cette union fut heureuse pendant plusieurs années ; mais dès que Henri commença à dégénérer, ses relations conjugales s'en ressentirent. Sa femme était de quatre ans plus âgée que lui, et plus elle devenait faible et maladive, moins elle lui inspirait d'attachement, surtout depuis qu'il avait fait connaissance avec une dame de la cour, la séduisante Boleyn. Feignant d'avoir des scrupules religieux à propos de son mariage avec sa belle-sœur, il prétendit que le pape n'avait pas eu le droit de lui accorder dispense, qu'il était du reste tellement tourmenté par sa conscience, qu'il désirait la dissolution de ce mariage. Anne de Boleyn refusait de satisfaire désormais à ses passions, à moins qu'elle ne devint sa femme, d'autant plus que le roi avait déjà déshonoré et renvoyé sa sœur. Clément YII, prié de dissoudre cette union, usa d'une louable prudence, afin de traîner l'affaire en longueur. En 1528, il eiivoya en Angleterre le légat Gampégius, chargé d'instituer une enquête de concert avec 1h chancelier et archevêque Wolsey. Le légat avait ordre de procéder avec lenteur, mais bientôt il lui fut impossible de temporiser davantage. Le pape évoqua l'affaire à son tribunal , mais elle ne fit point de progrès.
Un théologien d'Oxford, Thomas Cranmer, conseilla au roi de consulter les théologiens et de suivre leur décision. Henri y consentit. On envoya donc interroger les universités de France, d'Allemagne et d'Italie ; on offrit de l'argent aux professeurs, car le délégué avait assuré qu'on pouvait les gagner tous avec de l'argent. Un très-grand nombre, corrompus ou mal renseignés, se prononcèrent pour la dissolution du mariage. En Allemagne, Henri YIIÏ ne put gagner personne, et les théologiens d'Angleterre ne cédèrent qu'aux promesses et aux menaces.
Content de cette solution , Henri fit un pas de plus , et en
l'église AXGLICANK. — HENRI VIII. 183
1531, il se déclara lui-même chef de l'Eglise anglicane. En
1532, il retira les annates au pape et décréta que, si les évêques nommés aux évêcliés n'étaient pas confirmés par lui, ils seraient néanmoins consacrés, attendu que Henri VIII était juge suprême en cette affaire. Son but étant d'amener le pape à dissoudre son mariage, il accepta volontiers la déclaration des évêques qui le reconnaissaient pour chef de l'Eglise en tant que cela était compatible avec le droit divin.
La même année, Cranmer fut institué par lui archevêque de Cantorbéry, et obtint la confirmation de Rome, car le pape ne le connaissait que médiocrement. C'était un homme fort instruit , mais de la classe de ces hypocrites raffinés qui croient que tous les moyens leur sont bons pour parvenir à leurs fins. Envoyé à Rome en 1529, il avait traversé l'Allemagne, et en sa qualité de réformé, y avait épousé une nièce d'Osiandre, le réformateur de Nuremberg. Cette démarche ne l'empêcha point, lorsqu'il fut consacré, de prêter le serment des archevêques catholiques, après avoir déclaré auparavant dans une chapelle, en présence de quatre témoins, qu'il ne ferait ce serment qu'à titi*e de formahté. Il prenait donc Dieu à témoin d'une pure cérémonie. Grâce à lui, l'affaire du divorce marcha rapidement. Il cita Henri VIII et Catherine devant son tribunal, et leur déclara qu'il ne souffrirait plus leur commerce incestueux. Puis il écrivit au roi de rompre ses relations avec Catherine. Henri avait déjà vécu trois ans avec Anne de Boleyn, et attendait encore qu'elle lui donnât une postérité. Sur ces entrefaites, la question avait aussi avancé à Rome. Le collège des cardinaux se prononça tout entier pour l'indissolubihté du mariage, et le pape somma Henri VIII, sous peine d'excommunication, de rompre les liens qui l'attachaient à Anne Boleyn.
Mais en Angleterre les choses étaient déjà arrivées à la dernière extrémité ; Henri s'était fait reconnaître chef de l'Eglise par décret du parlement, et en 1538, Thomas Cromwell fut nommé son vicaire-général. Anne Boleyn mit au monde EUsabeth (qui fut reine dans la suite), plus tôt que ne le faisait supposer le mariage de Henri. Marie , fille de la reine Catherine, fut déclarée incapable de régner, comme étant née d'un mariage illégitime. Tous les habitants du
royaume furent obligés de jurer qu'Elisabeth était légitime héritière du trône^ et de reconnaître ainsi la vahdité du divorce. Plusieurs refusèrent ce serment, notamment le lord chancelier et l'archevêque de Rochester, qui furent jetés en prison. On exigea ensuite le serment de suprématie , par lequel on déclarait reconnaître le roi pour chef suprême de l'Eglise.
Plusieurs furent condamnés à la peine capitale; Thomas Morus et J. Fisher subirent la mort du martyre (1535). La majeure partie des prêtres, les religieux exceptés, prêtèrent le serment de suprématie. On se débarrassa, par différents moyens , d'un grand nombre de religieux de saint François. Ces exécutions rappellent en bien des cas les plus beaux temps de l'Eglise primitive. Plusieurs franciscains à qui on voulut témoigner de la faveur, furent simplement noyés. Comme on leur voulait faire avouer l'indulgence dont ils étaient l'objet, ils répondirent que par mer ou par terre le chemin était également long. Le cardinal Réginald Polus dut quitter le pays ; son frère et sa mère perdirent la vie.
Désormais l'attention du roi va se porter de préférence sur les couvents. Ceux qui étaient pauvres furent supprimés parce que, disait Cromwell, ils le méritaient par leurs mauvaises mœurs ; ceux qui étaient riches le furent à cause de leurs biens, qui servirent à engraisser les favoris du roi. L'épiscopat, d'abord suspendu brusquement, reçut de nouveau ses pleins pouvoirs, non point parce que le roi le jugeait nécessaire , mais parce que son vicaire-général ne pouvait suffire à tout. Aucun changement ne fut apporté au dogme , aucune question dogmatique ne fut traitée dans l'assemblée du clergé tenue par Henri VIIL On retint scrupuleusement jusqu'aux usages ecclésiastiques , par exemple l'eau bénite, les cendres, etc. En 1539, le roi fit dresser six articles par lesquels on reconnaissait et jurait tous les points controversés au seizième siècle (excepté la primauté du pape).
Cependant les exécutions des catholiques et des protestants continuaient leur cours ; on pendait les catholiques et on brûlait les protestants. La femme du roi, Anne Boleyn, fut accusée d'adultère et mise à mort. On ne peut nier qu'elle était légère de caractère, mais le crime ne fut pas prouvé ; l'archevêque Cranmer ne prononça aucune parole en sa faveur.