EDOUARD VI. — MARIK LA CATHOLIQUE
Le jour même de sou supplice, Henri VIII épousait de nouveau Anne Seymoiir, qui mit au monde Edouard VI. Elle mourut bientôt (1537), et le choix de llemi tomba sur Anne de Clève. Henri attendait sur le port, en costume déguisé, le moment où elle aborderait en Angleterre. La princesse allemande n'ayant pas trouvé grâce à ses yeux, fut renvoyée immédiatement dans son pays, et Ciomwell, accusé de haute trahison pour lui avoir conseillé ce mariage, fut mis à mort. Le roi alors donna sa main à Catiierine Howard, qui fut bientôt après mise en accusation parTh.Cramner et exécutée à son tour. La dernière femme de Henri, Catherine Parr, eut la chance de lui survivre et d'avoir la vie sauve.
§ 5. Edouard VI. — Marie la Caiiiolique.
Edouard VI étant encore mineur quand il succéda à son père Henri (mort en 15-47), la régence fut représentée par l'archevêque Cranmer et par l'oncle du roi. le duc de Somerset.
Cranmer, qui était protestant depuis longtemps , songea sérieusement à introduire la réforme, et le duc entra dans ses vues. Quant à Edouard VI, son grand souci devait être de se faire reconnaître comme roi légitime. On fit venir d'Allemagne Pierre Martyr Vermigli, Martin Bucer et autres réformateurs. Quarante-deux articles, remarquables par leur longueur et leur obscurité, furent rédigés pour servir de fondement dogmatique. En somme, la réforme fut accomplie selon les principes de Calvin. L'épiscopat fut maintenu comme institution divine. La forme du serment prêté aux quarante-deux articles était ainsi conçue : « J'atteste par serment que je préfère la sainte Ecriture à tout jugement humain et que je reconnais les (]uarante-deux articles établis par autorité royale. » Ce serinent est un pur non-sens. On établit ensuite une liturgie et un « recueil de prières publiques et communes. » Cette liturgie est celle qui se rapproche le plus de la liturgie cathohque. Quiconque la rejetait après une troisième sommation était puni de la prison perpétuelle; ceux qui niaient la suprématie du roi à trois reprises différentes étaient punis de mort.
Quelques évêques catholiques furent déposés; les autres, ainsi que le clergé ordinaire, firent ce qu'on leur demandait : au besoin ils se seraient faits Turcs. Cependant il restait encore au moins les onze douzièmes des Anglais sincèrement dévoués à l'Eglise; mais le peuple était seul, ses pasteurs l'abandonnaient honteusement. Force lui fut donc , destitué ainsi de tout secours, de se laisser imposer la nouvelle religion , malgré les soulèvements qui eurent lieu en plusieurs endroits. Nul ne s'intéressait à lui; le clergé supérieur et inférieur souscrivait à tout et ne se souciait guère d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.
Edouard VI mourut en 4553. On n'avait rien négligé pour l'élever dans les maximes du protestantisme et lui dépeindre TEglise catholique sous les traits les plus odieux. On lui avait constamment donné à traduire des thèses où les doctrines qui séparaient les catholiques des anglicans étaient présentées sous des formes repoussantes , et les catholiques traités comme des idolâtres.
Marie, sa sœur aînée, élevée dans les principes de l'Eglise et déjà adulte lorsque Henri inaugura sa réforme, était capable de former elle-même son opinion : elle resta catholique et lui succéda sur le trône. Mais emportée bientôt par le tourbillon des affaires, les intérêts de la politique l'absorbèrent complètement, et elle jugea tout à ce point de vue. Cranmer, inquiet pour le protestantisme, se laissa entraîner dans une conjuration qui avait pour but d'élever sur le trône Jeanne Suffolk. Les coupables de haute trahison furent punis de mort. La reine, ne voyant plus désormais dans les protestants que des ennemis politiques, interdit leur culte et menaça de mort quiconque se soulèverait. Elle se trompait, même sous le rapport politiqU''\ Elle eût mieux fait de suivre l'avis du cardinal Réginald Polus, qui lui conseillait de donner au clergé une éducation distinguée. Elle adopta ce plan, il est vrai, mais ne l'exécuta qu'en partie. — Le parlement se prononça pour le catholicisme, abjura la doctrine protestante , et la nation fut réintégrée dans l'Eglise. Marie s'aliéna encore davantage les esprits en épousant Philippe II d'Espagne , qui n'eut jamais la confiance du peuple. Elle-même resta sans descendants, et à tous ses malheurs se joignit la
LE PROTESlANTISiME SOUS ELISABETH. IHT
perte de Calais, dernière possession de rAngleterre sur le continent. Accablée de douleurs et d'inquiétudes, elle mourut en 1558, emportant avec elle son œuvre dans la tombe.
\ ' § 6. f.e protestantisme sous Elisabeth.
A Marie succéda sa jeune sœur Elisabeth, fille d'Aum^ de Boleyn. Elle avait été élevée comme Edouard VI. Les catholiques ne reconnaissant pas le mariage de son père avec Anne, ne pouvaient pas admettre la légitimité de sa succession. Elle comprit elle-même qu'elle ne pourrait conserver le trône que dans le cas où la vérité serait du côté des principes protestants. Aussi l'Eglise catholique fut-elle complètement opprimée, et le nombre de ses adhérents diminua de jour en jour. Contrairement à son père, qui s'était déclaré le chef de l'Eglise anglicane, Elisabeth disait que Jésus-Christ seul, et non le roi, pouvait être le chef de l'Eghse; le roi n'en était que le premier administrateur. Elle se fit donc reconnaître comme telle par le parlement et moditla les ordonnances d'Edouard YI. Les articles et la liturgie furent remis en vigueur. Comme elle aimait le luxe et la pompe, elle fit entourer le culte d'une grande magnificence. Du reste, le culte des anglicans se rapproche beaucoup de celui des catholiques. Elle considérait l'épiscopat comme une institution divine, et se donnait elle-même pour le premier ministre de l'Eglise, le centre de l'unité.
Les évêques catholiques furent tous destitués à l'exception d'un seul. Sommés de prêter le serment de suprématie, ceux qui refusèrent furent emprisonnés ou exécutés. Les catholiques furent accusés de plusieurs conjurations, et Elisabeth s'appliqua avec une fureur sanguinaire à les extirper tous successivement. Ses sévérités redoublèrent encore à partir de 1580 ; quiconque rentrait dans l'Eglise catholique était coupable de haute trahison. La célébration et la fréquentation de la messe' étaient punies d'emprisonnement. Sans doute, il restait encore des hommes attachés secrètement au catholicisme, mais leur nombre diminuaitde jour en jour. Le nouvel ordre de choses rencontrait beaucoup de résistance même
parmi les protestants. — Les puritains furent surtout en crédit du vivant d'Elisabeth et sous les règnes suivants*.
Plusieurs Anglais avaient émigré sous le règne de Marie, les uns à Francfort, les autres à Genève. Habitués aux formes nues et arides de la liturgie de ces pays, ils voulurent, après leur retour, les introduire en Angleterre^ tandis que l'acte d'uniformité prescrivait l'unité du culte. Ils entendaient purger le service divin de tout ce qui sentait le catholicisme : signe de la croix pendant le baptême, usage de l'orgue, agenouillement pendant la communion. Ils étaient surtout vexés de ce que l'épiscopat fût traité d'institution divine ; presbytériens , ils demandaient que tous les chrétiens fussent égaux et que l'Eglise fût régie par des synodes. Ils subirent le même sort que les catholiques , sauf qu'ils ne furent pas considérés comme des ennemis politiques.
Les brownistes ^ formaient une secte particulière de puritains, ayant pour devise la liberté de l'Eglise : ils n'admettaient pas qu'il y eût pour tous une seule et même Eglise, mais seulement des communautés chrétiennes particulières. Chaque communauté devait être indépendante de toute influence extérieure.
Elisabeth mourut en 4603. Comme son règne avait été extraordinairement prospère et florissant, elle possédait la confiance et l'amour des Anglais ; tout ce qui venait d'elle était bien accueilli, même les infractions aux lois. C'est à dater de son règne que le protestantisme fut véritablement affermi en Angleterre.
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LA RÉFORME FN ftCOSRF. 189
§ 7. La réforme on F.cosse *.
Malgré les noûibreuses tentatives laites pour introduire de bonne heure la réforme en Ecosse , tout avait été inutile à cause de l'extrême vigilance du roi Jacques V et du clergé. En loi2, le jour de la mort du roi, le réformateur de l'Ecosse, Jean Riiox, passa au protestantisme. Démagogue furibond, il fut le premier à soutenir que la souveraineté résidait dans le peuple, le premier à rejeter cette notion religieuse du gouvernement civil que le roi règne par la grâce de Dieu, et à faire de l'Etat une institution purement humaine. Ce fut donc un élément démagogique important qui ouvrit l'accès de l'Ecosse au protestantisme. Rnox, dont le fanatisme ne connaissait point de bornes, fut. obligé de s'enfuir et se rendit à Genève. 11 prouva par son exemple que la théorie de la prédestination avait complètement fanatisé ses partisans. Pendant la minorité de Marie Stuart, l'Eglise catholique n'eut qu'un faible soutien dans la reine régente. Jean Knox emboucha la trompette et sonna l'alarme contre le régime des femmes, qu'il appelait une monstruosité ; il invita la foule à se soulever et à s'unir. Telle fut l'origine de l'alliance ré-
• J. Knox, History of the Reformation of Scotland (jusqu'en 1S67). Lond., 1064. — Smetonius, Viia Knoxii. Edb., 1379, in-4o. — Thom. M'Crie , Life of J. Knox. Edb., 1811, 2 tomes (Extraits par Planck. Gœtt., 1817.) — G. Weber, Joh. Knox nnd die schottische Kivche [Sludien und Kritiken, 1842, livrais, rv).. — F.-W. Kruuimacher, J. Knox u. Kg. Maria, 1857. — Brandes, Joh. Knox. Elberf., 1862.
F. V. Raumer, Elisabeth und Maria. Leipz., 1836. — Migne, Histoire de Marie de Scotland. Par., 1851, 2 tom. — Chalmers, Life of Mary Scot. Lond., 1822, 3 tom. — L. Wieseuer, Marie d'Ecosse et le coynte Bothwell. Par., 1863 (dans Branet, t. Vi-XXXII. 32 ouvrages sont cités sur Marie). — Gil. Stuart, Hist. of the rcform. in Scotland. Lond , 1780, 1 vol. in-4o. (Altb., 1786.) — G. Cook, History of the church of Scotland from the Reform., 3 tom., 1815. — C.-H. Sack, Die Kirche in Schottland, Beitrœge zu deren Geschichte und Besckreibung , 2 part , Heidelb,, Winter, 1844-1845. — D. Calderwood, History of the Kirk of Scotland. Edimb., 1845, 7 tom.
Rob. Keith, An historial catalogue of the Scottish Bishops down to the year 1688. Edimb., 1824. — Keitii , The History of the uffairs of Church and State in Scotland from the begining of the Reformation in the reign of James V, to the retreat of queen Mary into England, lo68. Edimb., 1734, 1 vol. in-fol.; nouv. édit. par J. Parker Lawson, 3 vol., édit. 1845- 1850. — Lawson, The church cathol. in Scotland, 1838.
190 HISTOIRE DR l'ÉGLÎSE.
formée conclue en 1od7. Le gouvernement voulut la dissoudre; mais les protestants se mirent à abattre les églises, les croix et les autels. Knox revint de Genève. Une armée composée d'Ecossais et de Français fut opposée aux confédérés, mais elle ne put se soutenir. Sous la conduite de Knox, les rebelles marchèrent sur Saint-Andrews, où se trouvait une grande et superbe cathédrale ; ce chef-d'œuvre, travail de plusieurs siècles et dont les ruines excitent encore l'admiration, fut renversé en quelques jours. Le thème invariable des discours de Knox au peuple, c'était le devoir de la résistance. — Les résidences royales étaient partout saccagées et détruites. Marie Stuart, qui avait été élevée en France et avait épousé François II , fit des propositions aux insurgés. On l'invita à jurer que ceux qui entendraient ou diraient la messe seraient d'abord frustrés de leurs biens, puis menacés de l'exil et de la mort.
La reine rejeta ces propositions, et comme François II venait de mourir, elle partit elle-même pour l'Ecosse (1561). Elle y fut très-mal accueillie ; on l'insulta de la façon la plus ignoble, et dans leurs sermons les prédicants exhortèrent leurs auditeurs à ne pas tolérer l'idolâtrie de la reine. Marie venait de se remarier, mais son époux fut assassiné; et comme elle épousa dans la suite le meurtrier de son mari, on l'accusa d'avoir été complice de ce crime. Ce soupçon, engendré par la haine religieuse, fut la source de son malheur ; on lui refusa l'obéissance ; son armée fmit par disparaître complètement , et elle n'eut plus d'autre ressource que de se mettre à la merci de ses ennemis. Elle espérait être traitée en reine, mais on la contraignit d'abdiquer le trône. Ehe fut, il est vrai, délivrée de prison, mais ayant été vaincue dans une bataille considérable, elle se réfugia auprès d'Elisabeth, qui lui avait promis son appui. Mais Elisabeth détestait les catholiques et nourrissait l'espoir de réunir l'Ecosse à l'Angleterre. Du reste, Marie Stuart, belle, spirituelle, éloquente, lui inspirait une jalousie invincible; elle ne voulut pas même que sa rivale parût devant elle, et elle évita sa vue. Le soupçon que Marie avait trempé dans l'assassinat de son mari servit de prétexte pour la mettre en jugement, et la tête de l'infortunée Marie tomba sous la hache du bourreau.
MARIE STL'AHT, JACQUES l", CKARl.KS l". 191
% 8. Ucla4ions des catholiques et des protestants en Eeosse et en Angleterre jiisqii*«>n 1688.
Marie eut pour successeur son fils Jacques, qui ayant été soustrait à sa mère dès son enfance, avait reçu une éducation entièrement protestante, ou plutôt anticatholique. Toutefois, on n'en était pas mieux disposé à reconnaître ses droits à la succession; s'il devint roi, c'est parce qu'on n'en trouva point d'autre. Après la mort d'Elisabeth d'Angleterre, en 1603, les deux couronnes d'Angleterre et d'Ecosse furent réunies sur sa tête. Pendant la minorité de Jacques , les protestants se scindèrent en épiscopaux et en presbytériens ou puritains : ce furent ces derniers qui prévalurent. Plus d'une fois les presbytériens s'étaient emparés de lui et l'avaient retenu prisonnier, afin de s'assurer la prépondérance. Au fond, cependant, il inclinait vers les premiers, parce qu'ils attribuaient à la royauté une origine divine. Il tolérait aussi les catholiques dans une certaine mesure, quoiqu'ils eussent vainement attendu de lui le rétablissement de leur culte. Jaloux à l'excès des prérogatives royales, il soupçonnait tous les catholiques de vouloir assujétir la puissance royale à l'autorité du pape; aussi était-il heureux d'entendre dire que le pape n'avait rien à démêler dans les affaires civiles.
Jacques eut pour successeur l'infortuné Charles ï" (1625) qui refusa, malgré les réclamations des protestants, de destituer les catholiques que son père avait investis de quelques emplois. Sa femme, une fille de Henri IV, roi de France, avait sa propre chapelle et soutenait vivement les catholiques. Charles I" se vit refuser l'impôt pour n'avoir pas voulu signer les décrets du parlement contre les catholiques. Ainsi que l'avaient fait souvent Elisabeth et son père , il créa un conseil secret qui fut chargé de le percevoir. Il en résulta de grandes divisions.
Dans le même temps, le roi avait ordonné de supprimer la constitution presbytérienne en Ecosse. Aussitôt les Ecossais se soulevèrent, le parlement se réunit et tint tête au roi. Les épiscopaux étaient impuissants. Charles I", également malheureux dans l'un et l'autre pays, assembla de nouveau un
parlement anglais, appelé le Long-Parlement, qui agit avec une pleine indépendance du roi et ne se laissa point dissoudre . Les presbytériens finirent par y prévaloir et s'appliquèrent à introduire leur constitution en Angleterre.
Pendant ces agitations et ces déchirements, on vit se former peu à peu la secte des indépendants, hostile à toute constitution religieuse , et républicaine en matière politique. Se croyant immédiatement inspirés de Dieu, ils prétendaient que tout chrétien avait le droit de prêcher. Les visions, les extases étaient communes parmi eux. Ils l'emportèrent bientôt sur les presbytériens, surtout après que Fairfax et Olivier Cromwell furent devenus les généraux du Long-Parlement. L'armée de Cromwell ne se composait que d'inspirés , aussi ne pouvait-on lui reprocher que le fanatisme. Le roi fut enfin livré h la discrétion de cette armée. On négocia avec lui, afin de savoir s'il entendait maintenir la liturgie épiscopale avec l'Eglise épiscopale. Il se décida enfin à ne garder le culte épiscopal que pour sa propre personne , mais cela même lui fut refusé. La complication devint si grande, que Charles fut accusé de haute trahison et traîné devant le Long-Parlement. Il refusa de répondre et mourut sur Téchafaud (1649).
On établit alors la république et l'Eglise des indépendants. Olivier Cromwell, qui faisait prier l'armée pendant qu'il ordonnait l'exécution du roi, devint le protecteur de la république. Il chercha à maintenir l'équihbre entre les partis en les favorisant tous. Son fils Richard, qui lui succéda (1059), dut bientôt abdiquer ; de nouveaux désordres éclatèrent , mais ils furent comprimés par le général Monk, qui marcha d'Ecosse contre l'Angleterre et fit proclamer roi Charles II par le parlement. Sous ce prince, l'Eglise épiscopale fut rétablie, mais on accorda la tolérance à tous les dissidents, c'est-à-dire aux indépendants, aux quakers, aux anabaptistes, etc. Les catholiques seuls, malgré les efîorts de Charles, n'obtinrent point la liberté rehgieuse. En 1673, on alla jusqu'à faire passer le serment du test (test signifie épreuve, pierre de touche), qui avait pour but de révéler les catholiques secrets. Quiconque voulait occuper une fonction publique devait prêter le serment de suprématie et déclarer (pi'il rejetait le dogme de la transsubstantiation. Un catho-