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LA SUISSE

période de trois siècles. L'Eglise catholique s'est affermie à Genève sous son premier curé, Vuarin, qui, depuis 1806 jusqu'en 1843, y a déployé un zèle vraiment apostolique.

Lausanne a eu pour évêques : Jean-Baptiste Odet (1795- 1803), Maxime Guisolan (1803 — 8 décembre 18U), Pierre- Tobie Yenni (10 juillet 1815 — 8 décembre 1845), qui prit le titre d'évêque de Lausanne et Genève*. Ce diocèse comprend le canton de Fribourg avec 82,000 catholiques, les 3,000 catholiques de la ville de Berne ^, les 4,500 cathoUques du canton de Vaud et les 2,500 catholiques du canton de Neuchâtel. L'évêque Yenni a consacré 47 églises, entre autres la première que les catholiques aient eue à Lausanne depuis la réforme. Son successeur, Etienne Marilley (19 janvier 1846), ne resta que deux ans à Fribourg, siège de l'évêché. Saisi en octobre 1848 par le gouvernement de Fribourg, qui était tombé aux mains des radicaux après la guerre du Sonderbund en 1847, il fut déclaré déchu de sa charge et enfermé au château de Chillon, sur le lac de Genève. Après son élargissement, il passa plusieurs années au château de Divonne en qualité d'exilé.

De 1834 à 1848, une persécution cruelle a sévi dans presque toute la Suisse. Les quatorze articles de la conférence de Baden, du 24 janvier 1834^, menaçaient l'EgUse de la pire des servitudes, en visant à étabhr une Eglise séparée de Rome, c'est-à-dire schismatique ; les études théologiques devaient être placées sous la direction des gouvernements et les couvents supprimés. Il ne servit de rien ni au peuple de Lucerne, de Saint-Gall et d'Argovie de réclamer contre ces articles, ni à Grégoire XVI de les condamner (17 mai 1835)*, ni aux évêques et au clergé d'élever la voix. Les articles de Baden furent la charte des gouvernements. A dater de là.

» V. sa vie dans Wagner, loc. cit., p. 319-330.

» La ville de Berne appartient maintenant au diocèse de Bàle-Soleure.

{Note du trad.)

* Fr. Hurter, Befeindung der katholischen Kirche in der Schweiz seit dem Jahre 1831. Schaffh., 1842-1843.

* Voir à ce sujet le Mémoire de l'abbé P. Bélet, alors vicaire de Porrentruy, aujourd'hui camérier secret de Sa Sainteté, accusé de haute trahison et emprisonné pendant huit mois pour a\oir combattu les articles de Baden dans le journal l'Ami de la justice. (Note du trad.)

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des conflits éclatèrent dans la plupart des cantons. Argovie donna le signal de la persécution. On ne vit plus alors qu'emprisonnements, dépositions, suspensions de prêtres et mesures de rigueur employées contre les laïques.

Depuis 1840, les radicaux redoublèrent de fureur contre le catholicisme; les chefs des cathohques furent incarcérés, et les districts catholiques occupés par des troupes bernoises et zurichoises, sous prétexte de rébellion. Le 13 janvier 1841, on décréta l'abolition de tous les couvents et la confiscation de leurs biens (7 miUions). La Suisse entière, l'Autriche et le pape protestèrent en vain. Ce despotisme amena une réaction dans les cantons cathohques. Fribourg, le Valais et Lucerne venaient de recouvrer des gouvernements conservateurs; aidés des cantons d'Uri, Schwyz, Unterwald et Zug, ils s'aUièrent contre les autres cantons, notamment contre Berne, Argovie et Zurich. Survint la question des jésuites. Les jésuites avaient été appelés à Lucerne (1845), surtout à l'instigation d'un pieux concitoyen, Leu d'Ebersol. Les radicaux trouvèrent là un prétexte de conspirer la chute du gouvernement de Lucerne. Ils essayèrent d'abord de le renverser par des bandes de corps-francs (1844-1845), et, après avoir échoué, ils résolurent d'écraser la Suisse catholique sous le protestantisme armé. Les sept cantons nommés ci-dessus formèrent une ahiance dans le but de sauvegarder leurs droits communs en s'appuyant sur l'article 4 du traité de 1815. C'est ainsi qu'en 1832 sept cantons hbéraux avaient formé une alhance particulière pour le maintien de leur constitution. — Les cantons radicaux demandèrent la dissolution du Sonderhund, ou alliance. Pour obtenir la majorité des suffrages de la diète, ils renversèrent plusieurs gouvernements, entre autres celui de Saint- Gall, dont la voix était décisive. Ce canton, qui déjà en 1843 avait mis le sceau à l'injustice dans l'affaire des couvents d' Argovie, donna en octobre 1847, par son sufl'rage, l'impulsion à la guerre contre les cantons catholiques. Toutes les troupes suisses furent mises sur pied (novembre J847). Fribourg tomba d'abord sans coup férir (14 novembre); quelques jours après, Lucerne se rendait après une faible résistance. Les cantons primitifs et le Valais n'étaient pas de force à se

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soutenir, et la Suisse catholique allait succomber infailliblement. Des gouvernements radicaux furent établis partout, sous la protection des baïonnettes fédérales ; les catholiques furent accablés de logements militaires, de contributions énormes, qui s'élevèrent à 8 millions. Les couvents furent supprimés à Lucerne^ à Fribourg et dans le Valais, les établissements catholiques radicalisés, la souveraineté cantonale foulée au pied, et, ce qui est pis encore^, on chercha à démoraliser la population catholique. Chaque année amenait pour elle de nouveaux désastres. Une chaîne terrible de souffrances enlaçait l'Eglise catholique en Suisse *.

En France, après la révolution de juillet, l'esprit antichrétien se révéla pendant quelques années par la dévastation d'éghses et le pillage de palais épiscopaux. Louis- Philippe se constitua roi des Français le 7 août i830. Le 26 août, l'église de Sainte-Geneviève redevint le Panthéon et fut consacrée aux (( grands hommes » par la patrie reconnaissante. Les années 1830 à 183i furent remplies par la malheureuse affaire de l'abbé Lamennais ^, qui se termina par son apostasie définitive. En 1834 parurent les Paroles d'un croyànFTl écrit incendiaire^ où l'Eglise est dépeinte comme une esclave ! vendue à l'humanité et où l'auteur prédit l'avènement d'un 1 nouvel Evangile. Après avoir abandonné Dieu et perdu la foi, il mourut impénitent (1854). Toutes les prières dont il fut Tobjet ne purent le convertir, car les mystères de Dieu sont impénétrables. Ses disciples, au contraire. Lacordaire, Gerbet, Montalembert et d'autres encore, sont devenus des soutiens de la France et une consolation pour l'Eglise.

Ferdinand-François Châtel, qui avait perdu son pain dans la révolution de juillet, établit en août 1830 une église catholique française, espèce de parodie de la liturgie catholique en langue vulgaire. Le nouveau temple portait pour inscription : A Vunité et non à la trinité divine. Cette comédie, après avoir duré douze ans, fut arrêtée en 1842 par le gouvernement'.

' Blunlschli, Der Sieg des Radicalismus in der Schweiz, 1850. — Buss, Der hœhere und der niedere Radicalismus, 1850, — Ulrich, Der Bùryerkrieg in der Schweiz, 1850. — Sigwart-MûUer, Rathsherr Jos. Leu von Ebersol. Altdorf, 1863.

* Garas, III, 74-76. — ' Id., p. 76-77, avec indication des sources.

L'année 1830 vit paraître aussi les saints-simoniens, dont le chef était mort en 4825 ; leur but était de fonder une -nouvelle religion et un nouvel ordre social*. Eux aussi ne tardèrent pas à disparaître.

Les premières nominations épiscopales de Louis-Philippe ne furent pas heureuses. Deux d'entre les élus furent, il est vrai, reconnus à Rome (1831), mais il ne se trouva personne en France pour leur conférer le sacre, et ils durent céder devant la répulsion du clergé et du peuple. Les élections subséquentes furent généralement bonnes. Le gouvernement de juillet voulait des évêques recommandables, et il les trouva 2. Grâce à ces heureux choix, l'Eglise de France se releva à vue d'œil. Des relations meilleures, puis tout-à-fait cordiales, s'établirent entre Grégoire XVI et le gouvernement de juillet. Pendant que la persécution sévissait dans les pays d'alentour, l'Eglise de France s'occupait à panser ses vieilles blessures et à se fortifier pour de nouveaux événements. Il y eut des querelles intestines, des contestations entre le gouvernement et l'épiscopat, mais point de conflit sérieux avec Rome, et dans ces luttes mêmes, on resta fidèle de part et d'autre aux lois de la bienséance , dont l'oubli ne fait qu'envenimer la dispute. Une de ces querelles fut provoquée par la condition extérieure des desservants. Depuis le concordat de 1801, il y avait en France trois classes de curés, les curés cantonaux de première et de seconde classe, puis les desservants ou succursalistes. Ces derniers, nommés par les évêques sans l'intervention du gouvernement, administraient les neuf dixièmes des paroisses françaises et jouissaient de tous les droits curiaux, excepté qu'ils étaient amovibles au gré de l'évêque. De 1835 à 1842, de violentes discussions eurent lieu à ce sujet, mais Rome ne voulut point trancher le débat; la congrégation du concile de Trente se contenta de déclarer (1845), à propos d'une affaire semblable qui occupait la Bel-

* Mœhler, Gesammelte Schriften, II, 34-53. — Hubhard, Saint-Simon^ sa vie et ses travaux. Paris, 1857. — Œuvres choisies de Saint-Simon. Bruxelles, 1859.

2 Sur l'excellent mode d'élection aux sièges épiscopaux, voir l'article France, dans VEncycL de la théol. cath., édit. Gaume. — V. la biographie de chaque évèque dans Gams, III, 78-87.

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gique, c( qu'il ne fallait opérer aucune modification dans le régime des églises succursales avant que le Saint-Siège en eût disposé autrement. » Cette réponse termina la dispute en Belgi(iue et en France *.

Quant à la discussion sur l'enseignement, dont l'Etat avait le monopole, elle fut soulevée par des laïques, qui demandèrent la liberté de l'instruction telle qu'elle existait alors parmi les Belges, comme l'indiquait ce titre d'un journal : la Liberté comme en Belgique. Or, la liberté d'enseignement fait partie intégrante de la liberté^. Les évêques furent accusés d'inaction. M. de Montalembert publia sa brochure intitulée : Devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement, et M. de Lamartine écrivit lui-même en faveur « de la liberté de l'Eglise et de l'instruction^. » On vit ensuite l'épiscopat tout entier s'élever contre le monopole de l'université. Un projet de loi sur l'enseignement, présenté par M. Yillemain en 1844, souleva toute la presse catholique, qui en 1844 se composait des journaux suivants :

1° Gazette de France, 3,064 abonnés ; 2° l'Univers, fondé en 1838, supprimé en 1862, renouvelé en 1867 (avec 9,000 abonnés environ), avait alors 3,226 abonnés; 3° Quotidienne^ 3,410; 4° France, 1,290; 5° Nation, 1,194; 6° Journal des villes et des campagnes, 6,875 (expédiés par la poste, 6,400 environ) ; 7° Ami de la religion, 1,666. Ce dernier, quia existé de 1814 à 1862, était le plus ancien des journaux catholiques en France et en Europe. Il a vécu quarante-huit ans. La Revue théologique trimestrielle de Tubingue, qui existe encore, a été fondée en 1819. Ces journaux se répandaient à 22,081 exemplaires, dont 17,000 dans la province. Il y faut joindre autant de feuilles départementales, également vouées à la défense des intérêts religieux , puis quelques revues théologiques, entre autres : Les Annales de la philosophie chrétienne (687 envois par la poste) ; la Bibliographie catholique (889 abonnés), l'Université catholique (601 abonnés); la

' Gams, p. 87-94, avec indication des ouvrages à consulter. « Dieringer, Die Universitœt von Paris und die Kirche, dans Kathol, Zeitschr. f. Wissensch. u. Kunst., 1844 (trois articles). « Paris, 1843.

Revue catholique (443 abonnés); le Monde catholique (129 abonnés), etc. Le Correspondant venait de reparaître*.

Le ministre des cultes, Martin, ayant pris un ton de menace vis-à-vis des évêques (8 mars 1844) ; M^' Denis AffcfB, archevêque de Paris, lui fit une réponse excellente, qui obtint l'approbation de tout l'épiscopat. Le cardinal de Lyon remit à la chambre des pairs une adresse où il était dit en substance : Nous demandons la Uberté telle qu'elle existe (existait!) en Belgique, la liberté pour tous; nous demandons que tout Français ait la faculté d'ouvrir des écoles indépendantes de l'université ; nous demandons surtout le retrait des ordonnances de 1828 sur les écoles ecclésiastiques. Les 16 et 26 avril, le 8 mai, M. de Montalembert prononça ses trois célèbres discours sur la liberté d'enseignement. — Le 14 mai, cependant, la loi qui enchaînait cette liberté fut adoptée par la chambre des pairs, à une majorité de 136 voix contre 51 ; jamais, depuis 1830, la minorité n'avait été aussi forte. — Le gouvernement voulut frapper un grand coup..., et fit fermer les cinq noviciats de jésuites. La province de Paris comptait alors 14 maisons renfermant 122 jésuites^. — De nouveaux démêlés survinrent. — 11 s'agissait maintenant d'expulser les jésuites, contre lesquels M. Thiers déchaîna l'orage le 2 mai 1845. L'affaire fut cependant apaisée à Rome. Après que le roi eut écrit au pape de sa propre main, le général de la compagnie de Jésus notifia aux jésuites qu'ils n'auraient plus à l'avenir ni noviciats ni collèges, et que les pères vivraient comme les prêtres séculiers. La première impression des cathoUques fut si vive que l'Univers s'écria : « Cette nouvelle nous brise le cœuri » Aujourd'hui, après vingt ans écoulés, toutes ces mesures ont disparu. A partir de là jusqu'à la chute du gouvernement de juillet, il n'y eut plus en France de contestation sérieuse. — Quand Louis-Philippe se vit précipité du trône, le 24 février 1848, il prononça ces mots : « Absolument comme à Charles X ! »

Ferdinand YII d'Espagne mourut le 29 septembre 1833.

* Allg. Ztg. du 8 février 1844, d'après la Revue des Deux-Mondes.

* Allg. Ztg., 14 janv. 1845. — Buss, Die Gemeinsamkeit der Interessen und Redite des Katholicismus in Frankreich und Deutschland, \oL II, 1850.

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La régence, confiée à sa veuve Marie-Christine, en remplacement de sa fille Isabelle, tomba bientôt aux mains des ennemis de l'Eglise. Il s'agissait d'abord d'une nouvelle circonscription ecclésiastique et de la dotation du clergé (1834). Pendant que le choléra sévissait à Madrid en 1834, les moines furent dénoncés au peuple comme empoisonneurs des fontaines. La foule massacra d'abord quelques religieux , puis envahit les couvents, pillant et étranglant tout ce qui lui tombait sous la main. Dix-huit jésuites et seize capucins perdirent la vie. L'inquisition fut abolie le 15 juillet 1834, et les jésuites expulsés le 4 juillet 1835; le 25, on supprima tous les couvents qui ne renfermaient pas au moins douze religieux : 848 furent anéantis d'un trait de plume. Ceux qui étaient à la source s'abreuvèrent largement , et l'Etat fut à la veille de faire banqueroute. Le 25 juillet , les couvents de Barcelone furent livrés aux flammes, et les moines qui voulurent s'enfuir affreusement massacrés. Les derniers coups furent portés aux couvents par le juif Mendizabal : un décret du 11 octobre 1835 annonça qu'ils seraient tous supprimés. Trente-sept furent fermés à Madrid par ordonnance du 18 janvier 1836; les moines furent chassés au miheu de la nuit et abandonnés à la misère. Enfin, le 8 mars 1836, Mendizabal abolit tous les ordres de moines et de chevaliers qui existaient dans la Péninsule. Les couvents de rehgieuses furent réduits à un petit nombre. Les moines supprimés reçurent trois réaux par jour, — sur papier, bien entendu, — et comme cette pension ne fut pas livrée , ils furent réduits à mourir de faim. Les biens des couvents étant échus à des particuliers, l'Etat n'obtint rien et ne donna rien. La somme destinée à l'entretien des moines et des nonnes s'élevait à 47 miUions de réaux, qui ne furent jamais payés*. « Le peuple espagnol, dit le protestant Ziegler, grâce à la bassesse de ses fonctionnaires, n'a retiré aucun profit matériel de tout ce mouvement contre l'Eglise^. » Le gouverneur, dont le devoir était de conserver les monuments nationaux qui se trou-

* Wiseman, Ueber die Schicksale des Kirchenrauhes, dans Gesammelte Schriften, \, p. 301. L'auteur raconte que les boutiques de Londres furent longtemps pourvues de calices volés en Espagne.

2 Alex. Ziegler, Heise in Spanien, 1852, I, 21, 77.

valent dans les couvents, ne s'en est point soucié , et la plupart ont péri de la façon la plus misérable. Au consistoire de 1836, dans la première allocution qu'il prononça sur l'Espagne, Grégoire XVT énuméra en détail les attaques dont l'Eglise y était l'objet*. L'expulsion violente des évêques était déjà commencée alors. Parmi les premières victimes figurait le cardinal Cienfuegos de Séville, qui resta à Alicante jusqu'en 1844. Il avait été exilé parce qu'on redoutait son influence. L'archevêque de Saragosse^ Caballero, l'avait été dès 1835 c( pour des raisons de tranquillité et d'ordre public. » Il eut beaucoup de peine à échapper à la fureur populaire et à se réfugier en France. En 1837, ce fut le tour de Merino, évêque de Minorque. Celui d'Alcala, âgé de quatre-vingts ans, fut relégué dans un présidio africain, où l'on ne voit d'ordinaire que des esclaves condamnés aux galères. Les rigueurs se succédaient sans interruption. Des administrateurs hostiles à l'Eglise étaient substitués par force aux évêques morts ou exilés. jMais rien n'égala le retentissement qu'eut l'intrusion à Malaga de Yalentin Ortigosa.

En 1841, il n'y avait plus que 20 évêques résidant dans leurs diocèses; 16 étaient exilés et 21 évêchés vacants. De 1837 à 1840, la persécution s'était un peu ralentie; mais en septembre 1840, la régente fut obligée de fuir devant le régent Espartero, et la persécution se déchaîna avec plus de fureur que jamais. Le 1^' mars 1841 , Grégoire XVI prononça sa seconde allocution sur la détresse de l'Eglise espagnole. En 1842, le gouvernement proposa la rupture effective de l'Espagne avec Rome. La situation était si tendue que le fameux Ortigosa se vit lui-même obligé d'abdiquer. Le 22 février 1842, le pape publia sa célèbre encyclique où il invitait l'Eglise entière à prier pour l'EgUse opprimée en Espagne. Espartero succomba dans la guerre civile de 1843 et se retira en Angleterre. La persécution finit, mais la misère continua. En 1844, sept années de pensions étaient dues aux religieuses expulsées. Pendant l'hiver rigoureux de 1844 à 1845^ elles reçurent^ à titre de faveur, quatre mois de pensions pour

* Die spanische Kirche seit dem Ableben Ferdinand's VU, ans der preussischeu Staatszeituug, dans Sion, 1841, d. 128 b. — Allocution, dans Allg. Zty., 18 févr. 1836.

LE PORTrGAL. il")

Tannée 1837. En revanche, elles furent astreintes à payer tous les impôts. Des sociétés se formèrent pour les empêcher de mourir de faim, et Marie-Christine se mit à leur tête. Le ministre Gonzalès Bravo rappela la plupart des évêques; quelques-uns étaient morts en exil (tels que Caballero et Merino). En 18-47, le clergé reçut de nouveau l'administration des quelques biens d'Eglise qui subsistaient encore. — Castillo y Ayensa négocia avec Rome un concordat. Le 29 janvier 1846, le Saint-Siège approuva des évêques pour l'Eglise d'Espagne : c'était la première fois depuis douze ans. Le nouveau nonce du pape (Brunelli) entra à Madrid le 29 mai 1847. L'année orageuse de 1848 fut relativement paisible pour l'Espagne * .

Le Portugal, qui n'a pu encore aujourd'hui s'élever audessus des préjugés de Pombal, se sentit assez fort en 1814 pour protester solennellement contre la restauration des jésuites 2, et en 1816, pour publier une sorte de manifeste comre le rétablissement de l'inquisition. — En 1820, les Portugais, voulant imiter les Espagnols, firent une révolution qui, à l'exemple de celle d'Espagne, prit une tournure antireligieuse, mais moins sanglante. Quand les Français pénétrèrent en Espagne en 1823, l'infant don Miguel se mit à la tète de l'armée, et annonça, le 16 mai, que la constitution était abolie. A la mort du roi Jean VI (1826), le Brésil se sépara du Portugal. Don Pedro, fils aîné de Jean, ayant à opter entre la couronne du Portugal et celle du Brésil, renonça à ses prétentions et à celles de son fils sur le Portugal en faveur de sa fille aînée, donna Maria, qu'il maria à son oncle don Miguel, lequel devait être chargé de la régence. Miguel se fit reconnaître comme roi légitime « par les anciennes cortès de Lamegos ^. » Il se mit en bonne intelligence avec l'Eglise. Don Pedro laissa le Brésil à son fils aîné, revint en Portugal, supplanta son frère, et en 1833, s'établit régent du Portugal pour sa fille donna Maria. Le nonce fut aussitôt expulsé, sept

* Spanien seit dem Sturze Espartero's bis zur Gegenwart. Lp^., 1853. — Wiseman, Op. cit. — Gains, III, 147-178.

' Crétineau-Joly, Histoire des jésuites, t. V, 604.

* Allg. Ztg. du 19 juillet 1834, Die portugiesische Thronfolge, geschichth und staatsrechtlich erœrtert.

AAC) HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

évêchés déclarés vacants en un seul jour et remplis par des administrateurs intrus. Le 28 mai 1834, tous les couvents furent de nouveaux supprimés, et, comme toujours, on trafiqua honteusement des richesses monastiques et surtout des bihliothèques *. Don Pedro mourut le 24 septembre 1834-, mais la persécution continua son cours. En octobre 1836, on s'empara du traitement des curés. La vente des biens monastiques ne rapporta pas une obole à l'Etat. « Il est incroyable combien de fraudes furent commises : des gens qui n'avaient rien auparavant s'étaient enrichis tout-à-coup. ïl est inouï que la fortune publique ait jamais été traitée de la sorte 2. La morale et la religion firent place à l'indifférence religieuse; les anciennes fêtes de l'Eglise furent abolies. La reine donna Maria, personnellement pieuse, désirait une réconciliation avec Rome. Grégoire XVI avait prononcé précédemment deux allocutions sur la persécution de l'EgUse en Portugal (30 septembre 1833, 1'' août 1834 3). En janvier 1842, M^' Capaccini partit pour Lisbonne en qualité d'internonce et de légat du pape, et ne rentra à Rome que le 24 novembre 1844. — Il n'avait rien obtenu d'important; la perfidie et l'esprit de mercantilisme empêchèrent tout accord durable. L'Eglise et l'Etat étaient également appauvris; les évêques eux-mêmes étaient en quelque sorte réduits au pain et à l'eau; l'archevêque de Rrague " était descendu de 100,000 thalers* à 6,000; l'évêque de Coïmbre, de 80,000 à 4,000^ et ainsi du reste. L'administration de 1834, quoique complètement anticanonique, fut maintenue par le gouvernement®. Le 27 août 1844, de Piétro arriva en Portugal en quahté de nonce ordinaire du pape.

La canonisation qui eut heu le 26 mai 1839 fut le point lumineux du pontificat de Grégoire XYI. Les saints cano-

1 Allg. Ztg. du 6 février 1837, Die Klosterschœtze in Portugal. — Cf. Allg. Ztg. du 23 août 1837.

« Allg. Ztg. des 20 et 24 août 1837, Die Geistlichkeit in Portugal.

8 Livrais, ix, (Donner) Zeitschrift fur Philosophie und katholische Théologie, 1834, p. 192-196 ; livrais, xi, p. 195-198.

* Allg. Ztg., 30 juin 1843.

* Le thaler vaut un peu moins de 4 francs. [Note du trad.)

* Lage der Kirche in Portugal, dans le Sion, 11 octobre 1844 (d'après l'Univers). — Katholik, 17 janvier, 21 avril 1844.

MORT DF. GRÉCOTRE XVT. Ail

nisés étaient : Alphonse-Marie de Liguori, François de Géronimo, Jean-Joseph de Lacroix d'Alcantara, Pacifique de San- Severino, minorité, Véronique Giuhani, capucine*. — Les Etats de l'Eglise, qui avaient été en paix jusqu'en 1843, virent commencer alors les agitations qui devaient se terminer par la catastrophe de 4848, la fuite de Pie IX et la république romaine de hideuse mémoire. La sécurité avait disparu de partout; les dettes de l'Etat ecclésiastique se multiplièrent; on rassasiait d'opprobres le pape Grégoire XVT, qui vivait trop longtemps au gré des révolutionnaires. Le 2 février 18-46, il entra dans la seizième année de son règne et dans la quatre-vingt-unième de son existence. Le 21 mai, fête de l'Ascension, il accomplit encore toutes les cérémonies sacrées; mais le 31 mai, jour de la Pentecôte, sa maladie prit une tournure dangereuse, et il demanda lui-même le saint viatique. Le 1" juin, il s'endormit comme il avait vécu, dans le calme et la sérénité.

Grégoire XVÏ avait érigé 38 archevêchés ^t évêchés, établi 36 vicariats apostohques, nommé et confirmé 82 cardinaux, 986 patriarches, archevêques, évêques et vicaires apostoliques, tenu 54 consistoires. Grand protecteur des arts et des sciences, il possédait dans un rare degré le don de la prière et des larmes. Il avait continué de porter l'habit et d'observer la règle sévère de son ordre. Ses repas étaient d'une grande simplicité. Il couchait sur une paillasse ou sur la terre nue. — Grégoire XVI compte parmi les plus grands papes qui aient existé.

' Lebensbeschreibung der 5 jûngst canonisirten Eeiligen, 1839.

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