TOME III
dans les affaires et Pie IX rentra le 1^ avril 1850. Au mois de septembre, le cardinal Jacques Antonelli reçut comme secrétaire d'Etat la direction des affaires, à laquelle il préside depuis dix-huit ans.
Le Mémoire de l'ambassadeur français Alphonse de Rayneval (mort en 1858), du 14 mai 1856, relatif aux Etats de l'Eglise, est une justification brillante du pouvoir temporel des papes en général, et de l'Etat ecclésiastique de 1850 à 1856 * en particulier. Il prouve qu'il était difficile de faire davantage avec des ressources humaines. Quoique Pie IX se fût chargé de couvrir les dettes contractées par la république de 1849, il y avait à peu près équilibre entre les dépenses et les recettes; le bien-être de la population s'était accru.
Mais le Piémont , qui avait rendu service aux puissances occidentales dans la guerre de Crimée, déféra la question romaine au congrès de Paris (1857), et à dater de là, l'agitation contre le pape fut poussée en grand : on réclama l'expulsion des Autrichiens de l'Italie et la suppression des Etats de l'Eghse. Napoléon III, tremblant pour ses jours, commença en 1859 la guerre contre les Autrichiens. Pendant qu'il les taillait en pièces, les Piémontais occupèrent Parme, Modène et la Toscane, les Légations et l'Emihe, et s'en emparèrent. L'année suivante, ils pénétrèrent dans les Marches et dans l'Ombrie, et le 8 septembre 1860 ils écrasèrent la petite armée du pape près de Castelfidardo. Le général Pimodan fut tué ; le général Lamoricière s'enferma dans Ancône avec le reste de l'armée ; mais assiégée par terre et par mer, la forteresse fut obligée de se rendre le 8 septembre.
Depuis lors, les Etats de l'Eglise sont réduits au patrimoine de saint Pierre, le cinquième de ce qu'ils étaient auparavant, un demi million d'habitants au lieu de 3 millions. Deux fois, depuis ce temps, en 1862 du côté sud, et en octobre 1867 du côté nord, Joseph Garibaldi a essayé de s'emparer de Rome. La première fois, il a été repoussé par les Piémontais, sur l'ordre de Napoléon III ; la seconde, par les
1 Ce Mémoire est l'eproduit dans les Annales ecclésiastiques de 1846 à 18G6, par M Ghantrel, ia-4o, édit. de 1867, chez Gaurae frères.
{Note du trad.)
PONTinCAT DE PIE IX. 451
Français eux-mêmes. Le 3 novembre 1867, ses bandes ont été dispersées près de Mentana.
Dès le début du pontificat de Pie IX, depuis 1848 surtout, le Piémont, qui a pris en 1860 le nom de royaume d'Italie, a révélé son vrai caractère par une suite ininterrompue d'bostilités contre l'Eglise. Avant et après la mort (6 juin 1861) du comte de Cavour, véritable fondateur de l'Italie actuelle, cette grande puissance édifiée sur le mensonge, le pillage et la force , le mouvement antireligieux est resté le même. La nouvelle Italie court à sa ruine morale et économique aux cris de : Rome ou la mort ! Toutes les complicités, toutes les alliances avec les grands et les petits Etats seront incapables de la sauver.
L'envoi à Rome des Italiens Vegezzi (1864) et Tonello (1867), qui avait éveillé de fugitives espérances, n'eut d'autre résultat que la nomination à un petit nombre d'évêchés vacants depuis longtemps.
Le 8 décembre 1854 en présence de plus de deux cents évêques. Pie IX proclama, par sa bulle Ineffahilis Deus^^ le dogme de l'immaculée Conception de la sainte Vierge. Dix ans après, le 8 décembre 1864, il condamnait, dans une encyclique accompagnée d'un Syllabus, les principales erreurs de l'époque sur le terrain de la science, de la politique et de la morale sociale. Ces erreurs, résumées dans quatre-vingts thèses et dix rubriques extraites de ses Actes précédents, roulaient sur le panthéisme, le naturalisme, le rationaUsme (absolu et modéré), l'indifférentisme, le sociaUsme, le communisme, etc., sur la nature et sur les droits de l'Eglise*.
1 En voici le principal passage : « Declaramus, prommciamus et definimus, doctrinam quae tenet beatissimam Virginem Mariam iu primo iustanti suae Conceptionis fuisse singulari omnipotentis Dei gratia et privilegio, intuitu meritorum Christi Jesu, salvatoris humani generis, ab omni originalis culpae labe praeservatam iiiimunem, esse a Deo revelatam, atque idcirco ab omnibus fidelibus firmiter const£interque credendam. » {Pli IX acta, I, 597-619.) j
• Dupanloup, la Convention du 15 septembre et l'Encyclique du 8 dé' cembre. Paris, 18G5. — Stimmen aus Maria-Laach, par P. Roh , Flor. Riess, Rattinger, Schneemann, Meyer. Frib., 1866-18G8. Ueber die Encyclica Papst Fias IX vom 8 Dec. 1864 (9 livrais.). — J. Tosi, Vorlesungen ûber den Syllabus errorum der pœpstlichen Encyclica vom 8 Dec. 1864. Vienne,
45^ HISTOIRE DE L*ÉGLTSË.
Pie IX convoqua une seconde ibis l'épiscopat à propos de la canonisation des martyrs japonais (Pentecôte, 9 juin 1862) *■ ; plus de trois cents évêques répondirent à son appel*. Sollicités en même temps d'émettre leur avis sur la nécessité du pouvoir temporel du pape, tous les évêques qui se trouvaient à Rome et tous ceux qui ne purent s'y rendre la reconnurent d'une voix unanime. Une troisième réunion de l'épiscopat autour de Pie IX eut lieu à l'occasion de la dixhuitième fête séculaire du martyre de saint Pierre et saint Paul (29 juin 1867). — On y compta près de cinq cents évêques. Dans son allocution du 26 juin. Pie IX exprima
^ Voir p. 224 et suiv. du présent volume.
^Wiseman, Rom und der katholische Episcopat am Pfingstfest 1862. Traduit de l'anglais par Reusch. Cologne, 18G2. — A. Niedermayer, Bas Pfingstfest zu Rom. Frib., 18G2. — Schrœdl, Votum des Katholicismas und kathol. Weltconsens ûber die Wichtigkeit und Nothwendigkeit der weltlichen Herrschaft und Souverœnitœt des heil. Stuhles. Frib., 1867. — Les deux ouvrages déjà mentionnés de Tbeiner et Roskovany, Rom. pontifex tanquam primas Ecclesiœ et princeps civilis e monumentis omn. sœculor. demonstratus. Addita amplissima litteratura. Nitriae et Gomaromii, 1867, 5 vol. (p. 704, 1043, 1178, 1307, 1228). Les volumes I-IV traitent du pape comme chef de l'Eglise ; le vol. V, comme souverain temporel. La liste des ouvrages à consulter occupe presque la moitié du volume.
La Sovranitù temporale dei rom. pontifia , propugnata dal suffragio dell' orbe cattolico. Rom., 1860, 7 tom. Les attestations des évêques et du monde catholique sur la nécessité du pouvoir temporel du pape embrassent les années 1859-1863. Le tome I" contient l'Italie; le tome II, la France (cardinal Mathieu, de Besançon, le Pouvoir temporel des papes, justifié par l'instoire ; étude sur l'origine, l'exercice et l'influence de la souveraineté pontificale. Par., 1863. — Dupanloup, la Souveraineté pontificale. Paris , 1860. — Fr. Hettinger , Uebersicht der in Frankreich erschienenen Schriften ûber die rœm. Frage, dans Chilianeum, 1862, p. 35- 40, 109-121).
Le tome IV de la Sovranità contient les déclarations des évêques espagnols et portugais (append., t. VII); le tome V, celles des évêques anglais, irlandais et écossais; les tomes II-III, celles de la Belgique, de la Hollande, de l'Allemagne et de la Suisse; les tomes III, V, VI, VII, l'Autriche, la Pologne, la Hongrie, les missions; le tome V, surtout l'Amérique du Nord; le tome IV, le Alexique ; les tomes VI et VII, le Pérou; le tome VII, le Chili; les tomes IV et VII, le Brésil. — L'adresse remise au pape par les évêques assemblés à Rome le 9 juin 1862 se trouve dans Schrœdl, traduite en allemand, loc. cit. Elle fut signée de 265 évêques présents à Rome. Parmi les évêques et les prélats absents, 443 envoyèrent leur adhésion par écrit. Leurs lettres forment un grand volume à part de la Sovranità, sous ce titre : l'Episcopat catholique après le S juin 1862.
Il ne faut pas confondre cette grande collection avec une autre plus petite et antérieure : l'Orbe cattolico a Pio IX pont, massimo exulante da Romu (1848-1850), 2 tomes in-4o. Napoh, 1850.
PONTIFICAl DE IME IX. lo.l
combien il se sentait heureux et consolé à la vue d'un si grand concours d'évêques *. De leur côté, les évêques formulèrent dans les termes les plus énergiques et les plus touchants leur adhésion au Saint-Siège et à la personne du saintpère. Dix mille prêtres, la plupart italiens et français, assistaient à cette solennité. Il y eut aussi des délégués de cent villes italiennes. — Le 29 juin eut lieu la canonisation de Josaphat Kuncevich, archevêque de Polock, de Pierre Arbues, inquisiteur de Saragosse, tous deux martyrs; de Nicolas Pieck et de ses compagnons, de 16 prêtres et 2 laïques, en tout
* Actenstùcke vom Centenarium der keiligen Apostelfûrsten Petrus und Paulus, dans le Catholique, 1867, II, p. 159-152, 153-163, 2G2-2G6. — Oesterreich. Vierteljahrschrift f. Théologie, 1867, p. 493-512. — Ibid., Neue Untersuchungen ûber den Episcopat und den Martyrtod des heil. Petrus in Rom, par J. Ginzel, p. 449-491 . — Ch. Brandes, Der heil. Petrus in Rom und Rom ohne Petrus. Einsiedeln, 1867. — P. Gams, S. Pierre et S. Paul, année de leur martyre, édit. Gaume, 1867. J'ai essayé de prouver que saiat Pierre avait été martyrisé à Rome le 29 juin 65, et saint Paul le 29 juin 67. M. J. Ginzel prétend que c'est une tentative avortée. Il lui reste à le prouver; renvoyer à Baronius {Annal., I, 788, Aug. Vindel.) n'est pas réfuter. Je crois avoir cité les plus anciens témoignages; le Catalogue de Libère date de 354, au plus tôt. — M. Peters, dans le Theol. Litt.-Blatf de Bonn (n. 21, 1867, 14 octobre), a voulu me réfuter par les Actes du procès, « tout en reconnaissant le grand mérite scientifique de mon travail. » Je ne sais si je reviendrai sur cette question, mais ce n'est point ici le lieu de la traiter en détail; du reste, un auteur critiqué doit éviter de paraître susceptible. La « petite contradiction » qu'on me reproche existerait peut-être si j'avais dit : Pierre arriva pour la seconde fois à Rome le 18 janvier peut-être de l'an 55 ou 56 ; mais j'ai dit simplement : « Beaucoup moins invraisemblable est sa seconde arrivée de Corinthe le 18 janvier peut-être de l'an 55 ou 5G. » M. Peters incline à admettre que le prince des apôtres arriva pour la première fois à Rome le 18 janvier 42, et qae c'est de ce jour que date la Chaire de saint Pierre à Rome. Or, le plus ancien catalogue des papes dit que Pierre occupa cette chaire vingt-cinq ans , un mois et neuf jours. Son martyre aurait donc eu lieu le 27 février 67. Pour moi, il me semble infiniment plus important de prouver que saint Pierre et saint Paul ont été martyrisés le même jour, le 29 juin, qui est celui où l'on célèbre leur mémoire depuis des siècles, que d'établir qu'ils ont subi le martyre en deux jours différents de la même année. En toute hypothèse, je crois pouvoir placer le martyre de saint Pierre au 29 juin. Je me suis servi de cette locution : On a simulé une seconde persécution des chrétiens, parce qu'on croyait que Pierre et Paul avaient été martyrisés ensemble en l'année 67. Je retire ce terme de simulé comme impropre. Sur ce point, du reste, je me réfute en quelque sorte moi-même, puisque j'admets qu'il y eût quatre martyrs le 29 juin 67 : saint Paul et trois' soldats, et même cinq, en y comprenant Timothée, le disciple bien-aimé de l'Apôtre. — J. Margotti, ^'. Pietro e l'Italia, 2 vol. Turin, 1867.
45 i HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
dix-neuf martyrs (de Gorcum dans les Pays-Bas, 1572) ; des confesseurs Paul de la Croix, Léonard de Port-Maurice, Marie-Françoise et Germaine (Cousin de Pibrac), vierges*.
§ 2. Les missions étrangères.
Turquie et Asie.
Nous allons passer sommairement en revue Thistoire et la situation présente des missions catholiques.
On porte généralement à 900,000 le nombre des catholiques de Turquie; 260,000 appartiennent à l'Europe, 640,000 à l'Asie. — En 1782, après la suppression des jésuites, les missions du Levant furent remises aux lazaristes par un décret du pape ; — mais les lazaristes ne purent y envoyer que très-peu de missionnaires. En 1816, quand l'ordre fut rétabli en France , il n'avait que 7 missionnaires en Orient,
6 Français et 1 Arménien. De 1816 à 1830, il n'y eut que
7 lazaristes envoyés dans ces missions; elles commençaient seulement à se relever. En 1782 , la mission de Bulgarie et de Yalachie fut confiée aux passionnistes, dont le fondateur, Paul de la Croix (mort en 1775), a été canonisé le 29 juin 1867. De 1782 à 1841 environ, près de 24 passionnistes, dont 4 évêques, y furent envoyés. L'évêque de Nicopolis en Bulgarie, Angèle Parsi, qui était en même temps administrateur apostolique de la Yalachie depuis 1 847, mourut en 1863, et eut pour successeur le passionniste Joseph Pluym, élu en septembre 1863. — La Moldavie, au dixhuitième siècle, comptait encore plus de 50,000 catholiques, le même chiffre que vers 1847 '. — Elle est évangéUsée par les minorités. — En 1840, on ne comptait que 3 évêques et 71 ,000 catholiques dans la Moldavie, la Yalachie et la Serbie. La Turquie d'Europe (outre la Grèce et la Moldavie) renfermait 11 évêques, 423 prêtres et 281,000 cathohques^ tandis qu'en
* Geschiehte der Martyrer von Gorkum. Von ihrem Zeitgenossen Wilhelm Estius Hesselius. Warendorf, 1867. — Les Martyrs de Gorkum, par N.-J. Laforet.
* Annales de la propagation de la foi, 1843, t. IV, p. 52.
* Marshall, les Missions chrétiennes. Par., Bray, t. II.
LES DUSSIONS ftTRAXGF-RES : TrRQlTIE ET ASTE. 4IS.S
1854, suivant Ubicini*, le chifTre des chrétiens latins, dans la seule Turquie, s'élevait à 640,000 âmes, dont 505,000 indigènes. Les Bulgares, dont la réunion avec l'Eglise romaine est encore douteuse, n'y sont pas compris.
La Bosnie comprenait 43,000 catholiques, et 140,000 avec l'Herzégovine^ : ces catholiques n'avaient que cinq misérables églises. Les missions sont dirigées par les franciscains. En 1853, ils reçurent la permission de construire ou d'agrandir sept églises nouvelles. Les catholiques de Serbie, 7,000 environ, distribués en 6 paroisses, sans églises ni écoles', étaient placés sous l'évêque de Scopia.
L'Albanie possédait depuis fort longtemps deux archevêchés, Antivara et Durazzo, puis quatre évêchés; la population était très-faible : Antivari n'avait que 15 villages renfermant environ 3,500 catholiques. Le diocèse de Scutari avait autour de 16,000 âmes, 30 prêtres, 35 paroisses; celui de Pulati, administré par l'évêque de Scutari, possédait 11 communes et près de 11,000 catholiques; celui d'Alessio renfermait 20 prêtres, 27 églises et 20,000 cathohques ; celui de Sappa, 12 paroisses et 14,000 catholiques. — Les îles ioniennes contenaient environ 12,000* catholiques dans l'arcliidiocèse de Corfou et dans le diocèse de Zante (Céphalonie) ^.
En 1848, le vicaire apostolique des catholiques (latins) de Constantinople, M^^ Hillereau, archevêque de Petra in partibus, était à la tête de 13,000 catholiques seulement. Les Arméniens unis ou cathohques y avaient un archevêque distinct, le primat (quoique le vrai patriarche des Arméniens catholiques résidât sur le Liban). Le premier était à la tête de 60 prêtres et de 17,000 fidèles. Grégoire XVI et Pie IX ont fondé plusieurs évêchés nouveaux pour les Arméniens de la Turquie. Sous Benoît XIV, le nombre approximatif des cathohques arméniens était de 130,000. En soixante années, la persécution et diverses influences le réduisirent de moitié.
' Ubicini's Letters on Turkey [Lettres sur la Turquie). Par., 1854. « Allg. Ztg., 21 déc. 1852. — Augsb. Postzeitung du 2; Allg. Ztg. du 3 février 1853. — Sonntagsblatt, 1854, n. 19, 23-28. ^ Missionsannalen , 1840.
♦ Gams, K.-G. des xix Jahrh., I, 176-291 ; III, 595-607.
• D'autres disent 35,000 âmes.
4oO HISTOIRE DE l/ÉGLlSE.
De 4820 à 1830, les Arméniens catholiques furent cruellement persécutés par les schismatiques. Des firmans très-sévères les exilèrent de Constantinople en Asie*. Ce ne fut qu'après la conclusion de la paix d'Andrinople avec la Russie (14 septembre 1827), que la Porte reconnut l'entière innocence des Arméniens catholiques. Le sultan restitua leurs biens et ils purent rentrer dans la capitale, où ils auraient à l'avenir un patriarche distinct, chargé de défendre leurs droits vis-à-vis de la Porte. Pie VIII déploya beaucoup de zèle dans cette circonstance ; il donna de sa propre main le pallium au nouvel archevêque, qui fut sacré à Rome le 11 juillet 1830*. — Grégoire XVI , qui avait eu, comme cardinal Cappellari, la principale part dans cette affaire, adressa le 3 février 1832, ainsi que Pie IX le 2 février 1854, un bref aux Arméniens catholiques sur leurs controverses intestines^. Dans le cours de vingt années, le nombre des Arméniens s'était accru de plus de 25,000, grâce surtout au retour de plusieurs communes composées d'Arméniens schismatiques.
Le siège primatial des Arméniens catholiques subsiste donc à Constantinople, outre l'ancien patriarcat de Cilicie fondé par Benoît XIV en 1742. Tous les patriarches portent le nom de Pierre. Hollas Pierre VI mourut le 16 février 1843 dans sa résidence de Bsommar, sur le Liban. Le 7 juillet 1843, l'épiscopat arménien (l'archevêque de Césarée et les évêques d'Adena, Amasia et Maras), se réunit à Bsommar pour procéder à une nouvelle élection. Le choix tomba sur Michel Derasduazadurian (Pierre VIII), archevêque de Césarée et évêque de Tokat; Grégoire XVI le confirma le 25 janvier 1844 et lui envoya le palUum. Les évêques d'Aleppo et de Mardin n'assistèrent pas à l'élection. Pierre VIII mourut en janvier 1866 et eut pour successeur Pierre IX (12 juillet 1867).
Le patriarcat de Cihcie, il y a quelqiies années, ne comptait que 60 reUgieux et missionnaires pour 12,000 laïques, tandis que le primat de Constantinople était établi sur 60 ecclésiastiques et 50,000 catholiques épars dans toute l'Asie mineure.
» Le Catholique de 1828, append.
* Neueste Kirchengeschichte, p. 843.
*PnIX acta, I, p. 561-ÎS79.
TURQUIE, MELCHITES SYRIENS. 457
En 1858 et 1859, plusieurs milliers d'Arméniens schismatiques se convertirent avec quelques-uns de leurs prêtres, notamment dans deux villes situées près d'Erzerum; à Marasci près de Diarbékir, plus de 600 familles rentrèrent au bercail. L'arcbidiocèse de Constantinople fut divisé par Pie IX en cinq évêchés pour les Arméniens convertis.
A Constantinople même, il y avait des franciscains, des dominicains, des capucins, des récollets et des lazaristes qui administraient les cinq églises latines de la capitale, ainsi que les communautés catholiques d'Andrinople, de Thessalonique et de Bujukdère. Quatorze lazaristes étaient à la tête de deux collèges, et 17 frères des Ecoles chrétiennes distribuaient l'enseignement à 600 enfants pauvres. Environ 40 sœurs de la Miséricorde tenaient à Galata et à Bebek des écoles fréquentées par plus de 700 enfants. Elles dirigeaient en outre l'hôpital français. Les processions publiques des chrétiens loin d'être interdites sont protégées à Constantinople*.
Les melchites ou catholiques grecs, rentrés dans le giron de l'Eglise, sont placés sous la juridiction du patriarche d'Antioche, qui ne dirige que 5,000 melchites. Ceux de Jérusalem, 50 environ , ont un évêque et deux prêtres. Les melchites possèdent des écoles et des prêtres dans toutes les localités importantes de la Palestine.
Les Syriens ou monophysites devenus cathohques, ont un patriarche (à Antioche de Syrie), qui siège à Alep en quahté d'évêque. En 1783, le patriarche Giarve se soumit au pape et fut maintenu dans sa dignité. Il eut pour successeur (1853) Antoine Samhiri, mort en 1864, puis Denis-Georges Scelhot, évêque d' \lep. Le siège métropolitain de Mossul compte à lui seul 30,000 fidèles, la Mésopotamie 7,000, les autres diocèses 50,000.
Les nestoriens convertis se nomment chrétiens chaldéens. Le patriarche Jean de Hormuz rentra dans le sein de l'Eghse en 1780, fut confirmé dans sa dignité en 1783, mais ne reçut le pallium qu'en 1834, à un âge où il était probablement le plus vieux évêque de la chrétienté. Il ramena à l'Eghse la plupart des prêtres des diocèses de Mossul, Amedia et
* Civiltà cattolica, 5 août 1854, p. 335. —Voir les détails dans Mgr Mislin, Pèlerinage à Jérusalem. Par., Lecoffre.
.i?)R HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.
Kerkouk. Il vivait encore en 1837*. Le patriarcat chaldéen renfermait 30,000 âmes environ et 8 évêques. Sa condition extérieure est misérable. En 1826, on comptait encore 120,000 Chaldéens; en 1839, 15,000 seulement. — En 1842, le patriarche de Babylone dirigeati 4 archevêques, 3 évêques, 90 prêtres, 66 éghses, 15,000 âmes. Les nestoriens convertis ou chaldéens résident près de Mossul ; les nestoriens hérétiques habitent les montagnes Curdiennes^.
L'Arabie n'avait presque plus de chrétiens; il ne restait qu'une petite communauté à Kérak, non loin de la mer Morte. En Egypte, les catholiques coptes étaient placés sous un vicaire apostolique résidant au Caire. Les missionnaires franciscains possédaient des stations en Egypte; la plus grande, composée de 2 prêtres et de 1,200 fidèles, était à Girgeh. Selon quelques-uns, il y aurait encore de 12 à 17,000 catholiques, et plus encore, au dire de James Patterson.
Depuis i847, les Abyssiniens catholiques sont administrés par un vicaire apostolique, Georges de Jacobis ; 10 évêques et plusieurs prêtres sont rentrés dans l'unité. Le patriarcat latin de Jérusalem fut rétabli en 1847 ; en d'autres termes, le patriarche latin dut transférer son siège de Rome à Jérusalem^. Joseph Yalerga fut le premier patriarche. Cent dix-neuf franciscains dirigeaient en Palestine 18 paroisses comprenant 21,000 âmes, dont 14,000 sont du rite latin. A Jérusalem même il n'y avait que 963 latins.
En 1849, les maronites possédaient 82 couvents, 1,420 moines, 330 nonnes, 356 églises desservies par 1,205 prêtres ; ] ,200 églises et chapelles. On estimait le nombre des maronites à 500,000 âmes, ou 220,000 seulement, d'après quelques-uns. Il est à craindre que des guerres incessantes ne les réduisent à 150,000.
Bagdad, élevée en 1848 au rang de métropole par Pie IX, comptait près de 100,000 catholiques latins dans le Kurdistan,
* Annales de la propag. de la foi, 1838.
' Layard , Ninive et ses débris. — M. Wagner , Reise riach Persien und dem Lande der Kurden. Leipz., 1852, 2 vol.
* Allocutio hab. die 4 oct. 1847, dans Acta, etc., 1, 64-69.