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CHAPITRE II

HISTOIRE DES RELATIONS DE l'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT, DE LA PAPAUTÉ ET DE LA HIÉRARCHIE.

Les essais tentés à la fin du onzième siècle en faveur d'une régénération religieuse et morale au sein de l'Eglise se poursuivirent , en sorte que notre période tout entière, du moins dans sa plus belle et sa meilleure partie, n'est guère que la continuation des efforts commencés au déclin du onzième siècle. Comme les papes, surtout depuis Léon IX, s'étaient mis à la tête de ce vaste et puissant mouvement, et qu'ils étaient en même temps engagés avec l'empire dans une lutte d'où ils sortirent victorieux, non-seulement la papauté entre dans une nouvelle et grande phase, mais elle atteint maintenant à son plus haut période de grandeur terrestre ; sous le rapport même ecclésiastique, sa position est, à bien des égards, complètement modifiée. Elle apparaît désormais comme la plus grande et la plus universelle puissance européenne. L'empereur, le premier et le plus puissant d'entre les princes, ayant succombé dans la lutte, le pape fut considéré comme supérieur à toutes les autres puissances terrestres, et puisqu'il les surpassait toutes, on en conclut qu'il avait le droit de leur commander extérieurement. Pendant toute cette période , le cercle des travaux qui occupent les papes peut à peine se comparer avec ce qui existait auparavant. De même que le pape parait à la tête de l'Europe quand, réunissant ses forces, elle marche vers l'Orient pour propager ou raffermir le christianisme en face des mahométans, de même qu'il se présente comme l'àme, le modérateur et le chef de ces grandes expéditions, nous le voyons présider à toutes les grandes affaires européennes, fixant les rapports mutuels des Etats, vidant les différends des souverains avec leurs peuples, des rois avec leurs vassaux, des rois avec les Etats, apaisant les que-

3U HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

relies domestiques des grandes familles, appréciant et jugeant les griefs des prétendants à la couronne. La cour de Rome, comme on disait alors et comme on a dit depuis , devint la cour judiciaire de toute l'Europe. Toutes les contestations juridiques, civiles non moins qu'ecclésiastiques, lui sont déférées, et de sa décision on attend une justice qu'on n'espère trouver nulle part ailleurs. L'autorité des papes s'étend à toutes les conditions sociales^ depuis les plus hautes jusqu'aux plus humbles; tout est soumis à leur autorité. Les querelles des rois et des évêques, des évêques entre eux, des évêques et des abbés, des abbés et des moines, des clercs et des laïques leur arrivent de toutes parts et trouvent une solution. Leur concours est nécessaire jusque dans les plus petits détails, jusque dans les moindres écoles savantes, afin que tout reste dans l'ordre et suive une direction favorable aux intérêts de l'ensemble. Quand les universités sont créées, ce sont encore les papes qui les prennent sous leur particulière protection, qui souvent leur donnent des lois, les organisent, les suscitent en partie ou en autorisent l'établissement. Et cette activité prodigieuse, commencée par le premier pape de cette période, se continue jusqu'à la fin. Les actes particuhers qui l'attestent sont tellement nombreux qu'il faudrait des volumes pour les rapporter en détail. Rien de plus instructif cependant qu'un pareil spectacle ; l'admiration et le respect y trouveraient un ahment inépuisable*. Mais nous ne pouvons que jeter un regard rapide sur l'histoire de la papauté^ sur l'état des relations de l'Eglise et de l'Etat et sur l'ensemble de la hiérarchie. Les détails, nous le ferons remarquer une fois pour toutes, ne sauraient entrer dans notre cadre.

§ 1. Election de Grégoire VII. — Loi du célibat 3.

Après la mort d'Alexandre II (1073), la ville de Rome fut plongée dans un silence morne et tout-à-fait insolite. Elle

1 Jusqu'à Innocent III, on peut, en partie du moins, se donner ce spectacle en parcourant les Regesta pontificum romanorum a condita Ecclesia ad unnum p. Chr. natum 1198, éd. Phil. Jaffé. Berl., 1850, in-4o, p. 951. Voir aussi les ouvrages mentionnés au tome I, pages 37-38.

* Gregorii VII Registrum (id est Collectio epistolarum, lib. IX; lib. X vacat. — Le livre XI ne contient que deux lettres, puis : Epistolœ extra i-egis-

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