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CONVERSIONS EN AFRIQUE ET EN AMÉRIQUE

leur passion pour l'argent, leur avidité insatiable, leur dureté et leur barbarie envers les indigènes? Qui ne sait qu'au commencement les Espagnols consentaient à peine à reconnaître les Américains pour des hommes, qu'ils les chassèrent de leurs possessions et en firent des esclaves ? On se figure aisément les difficultés que la prédication évangélique devait rencontrer parmi ces multitudes inertes et insensibles. D'autre part, il ne faut pas oubher que l'Eghse ne néghgea rien pour modérer les Espagnols et préparer aux Américains un sort digne d'une créature humaine. A l'exemple du légat du pape, Guillaume, évêque de Modène, dont la présence dans le nord de l'Europe avait été si bienfaisante ; à l'exemple des papes qui n'avaient cessé de recommander aux chevaliers de l'ordre teutonique d'user de douceur, de charité et de patience envers les -Prussiens, le clergé opposa lui-même une vive résistance aux manœuvres de ces farouches guerriers. Les franciscains et les dominicains , ces derniers surtout, méritent tout éloge non-seulement pour ce qu'ils ont fait, mais encore pour ce qu'ils ont enduré en soutenant la cause des Américains. Pierre de Montesino * flétrit énergiquement du haut de la chaire la conduite de ses compatriotes envers les Américains, mais surtout l'habitude de les réduire en esclavage (1511). Ses chefs, à qui on l'avait dénoncé, se réunirent en assemblée, prononcèrent en sa faveur et décidèrent qu'il fallait excommunier tout Espagnol qui entreprendrait encore de faire son esclave d'un Américain.

L'homme qui se signala le plus dans ces tristes conjonctures fut le dominicain espagnol Barthélémy de Las Casas ^. Impossible de concevoir les fatigues auxquelles il se soumit joyeusement pour faire observer la loi chrétienne à l'égard

* Héfelé, loc. cit., p. 485. — J. Margraf , Kirche und Skîaverei seit dev E?itdeckung Amerika's. Tûb., 18G5, p. 23-74. — Cochin, l'Abolition de l'esclavage. Par., 1862, 2 tomes.

' Barthol. de Las Casas, mort en 1560, archevêque de Ghiapa, Brevissima relacion de la destruycion de las Indias 1552, in-4o (en 1614). — Weise , Ueber Las Casas [Zeitschr. fur die histov. TheoL, 1834), p. 166-219. — J.-A. Llorente, Œuvres de don Barthélémy de Las Casas. Par., 1822, 2 t. — Quintana, Espagnoles célèbres, t. III. — Prescott, Conquest of Mexico. New-York, 1850, 2 tom. — Arthur Helps, The spanish conquest and colonization in America, 3 vol. Loud., 1855-1861 (principalement sur Las

des Américains; il courut tous les dangers, brava plus d'une fois la mort pour accomplir ce noble et évangélique dessein. Il réussit enfin , grâce au concours de son ordre et des amis qu'il s'était conciliés, à alléger le sort des Américains. Les dominicains n'avaient pu empêcher dans le principe que l'esclavage des Américains ne fût autorisé par un décret royal de Madrid. Il était stipulé sans doute qu'on les traiterait avec humanité ; mais les missionnaires, peu satisfaits de cette réserve, obtinrent enfin que tout Américain qui embrasserait volontairement le christianisme et resterait en paix, pourrait résider dans ses possessions; que nul Américain ne serait plus réduit en esclavage ; qu'ils seraient tous , comme les Espagnols eux-mêmes, les libres sujets du roi d'Espagne. Mais ce que les franciscains et les dominicains ne purent empêcher, c'est que des esclaves fussent emmenés d'Afrique dans les Indes occidentales et dans le continent d'Amérique pour y exécuter les travaux qu'on avait dans le principe imposés aux indigènes et en vue desquels on les avait tous réduits en esclavage. On sait que ce trafic odieux, cette flétrissure du christianisme, qui consiste à traîner des esclaves d'Afrique en Amérique , s'est continué jusqu'à nos jours ;

Casas). Oscar Peschel, Geschichte des Zeitalters der Entdeckungen. Stiittg., 1858 (surtout liv. II, chap. x). — M.-F. Navarrete, Coleccion de viages y descubrimientos que hicieron por mar los Espanoles desde fines del siglo XV. Madr., 1825-1837, 5 vol. in-4o.

Plusieurs sont aujourd'hui d'avis que Las Casas a exagéré. Peschel traite « d'exagération sauvage » cette assertion du vaillant évèque que l'île Espanola (Saint-Domingue) renfermait au temps de sa découverte de 3 à 4 millions d'habitants, tandis que leur nombre dépassait seulement 200,000 et n'allait pas à 300,000. On sait maintenant que les indigènes en contact avec les émigrés diminuent d'eux-mêmes et s'éteignent rapidement, et que c'est l'Eglise catholique seule qui a conservé les habitants primitifs de l'Amérique. — « Les missions catholiques d'Amérique sont hors de pair pour l'abnégation héroïque, la force de la volonté, la pureté du mobile et la sainteté du but. On ne trouve rien d'aussi sublime nulle part, même pour des yeux qui se laissent éblouir par le prestige de la grandeur humaine. Nulle part, on ne voit des preuves plus victorieuses de la puissance de la religion, même en ce qui concerne le bien-être temporel des peuples.» — J.-Gilm. Shea , Die kathol. Missionen unter den Indianern in N.-Am., 1864, p. 21 . — Cardinal Caj. Balulii, Das vormals spanische Amerika , aus d. relig. Gesichfspwikfe , von s. Entdeckung bis 1843. Wicn, 1848. — Baluffi, la Chiesa romana riconosciuta alla sua carità verso il prossimo. Imola, 1854. — T.-W.-M. Marschall, les Missions chrétiennes, 3 vol. Par., 1863.

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mais on sait aussi qu'il diminue de plus en plus : puisse-t-il disparaître bientôt jusque dans ses derniers vestiges !

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