‹ Histoire de l'EgliseChapitre 230 sur 253 · Siam · texte numérisé non relu

Siam

Totaux

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Catholiques

Comme en 1854 on comptait 19 vicariats, 780 prêtres et 794,450 fidèles, il y a eu, en quatorze ans, une augmentation de 15 prêtres seulement, mais d'environ 130,000 fidèles.

Au ThibetS depuis 1707, les capucins ont travaillé avec beaucoup de fruit, surtout le P. Honoratius délia Penna. Le dalai-lama leur permit de construire un hôpital dans la capitale Lhassa. Chassés du Thibet en 1744, ils se fixèrent dans l'empire du grand Mogol, dans les Indes orientales. En 1808 fut érigé le vicariat apostolique d'Agra et de Thibet, que les capucins administrent encore aujourd'hui. Celui de Patna, qui en a été détaché en 1845, était également administré par deux capucins, Athanase Zuber et Anastase Hartmann (mort le 1" mai 1866). C'est en 1844 et en 1845 seulement que Hue et Gabet, les deux plus célèbres lazaristes, parvinrent à pénétrer de nouveau dans le Thibet par le détour du Mongol. Mais ils durent en sortir bientôt après, et ils arrivèrent à Canton et àMacao. Dans l'été de 1848 ^, pendant que le souverain du Thibet vivait dans la meilleure intelligence avec les missionnaires, le plénipotentiaire chinois obtenait leur expulsion. En 1851 et 1852, la Propagande y envoya des missionnaires de l'Inde, qui essayèrent d'y pénétrer par la vallée du Brahmaputra. Leur tentative échoua ; ils réussirent plus tard en passant par la Chine ^. En septembre 1864, Joseph-Marie Chauveau fut nommé vicaire apostolique de Lhassa (Thibet). Une nouvelle persécution éclata en 1864, et plusieurs chrétiens moururent pour la foi cette année-là et l'année suivante.

Au Tonkin et en Cochinchine **, les chrétiens furent cruellement éprouvés à partir de 1775 ; la première persécution dura depuis 1775 jusqu'en 1782. En 1795, une persécution passa-

* Missio opostolica thibetano-seraphica , par Fr. Horat. délia Penna et Philipp de Montibus, en allem. Mûnchen, 1740.

* Hue, Souvenirs d'un voyage dans la Tartane, le Thibet et la Chine , pendant les années 1844, 1845 et 184G. Par., 1850, 2 vol. Ce livre a eu beaucoup de succès et a été traduit en plusieurs langues. — LEmpire chinois , faisant suite à l'ouvrage intitulé : Souvenirs d'un voyage dans la Tartarieetle Thibet. Par., 1854,2vol. (2eédit., 1862).— ^le Christianisme en Chine, en Tartarie et au Thibet. Par., 1857-1858, 4 vol. — Les deux missionnaires retournèrent à leur poste; Gabet mourut quelques années après dans les Indes occidentales; Hue se fixa à Paris pour cause de santé, et y mourut le 26 mars 1860, âgé seulement de quarante-sept ans. Ce fut une perte considérable pour les missions.

3 Missions-Annalen von 1854-1856, 1867, p. H8-120.

* Voir les ouvrages indiqués p. 234.

LE TOiNKlN ET LA COCHINCHINE. 4(55

gère sévit dans le Tonkin et dans la haute Chine, et se renouvela en 1798. Le roi Gia-laong s'assujétit la Cochinchine et le Tonkin tout entier, et régna jusqu'en 1820. On y comptait près de 300,000 chrétiens, dont 200,000 en Tonkin, 60,000 en Cochinchine et le reste dans les pays d'alentour (Cambodja, Laos, Tsiampa et Lactho). Sous Gia-laong, il n'y eut point de persécution ouverte ; mais le règne de son fils et successeur, le redoutable Min-Menh, inaugura pour l'Eglise de ce pays une période aussi triste que glorieuse ^ En \SW, l'Eglise d'Anam (ou royaumes unis) comptait 400,000 âmes : 180,000 dans le Tonkin occidental, 150,000 dans le Tonkin oriental et 60,000 en Cochinchine, dirigées par quatre ou cinq évêques octogénaires, aidés de douze à treize prêtres européens encore inexpérimentés pour la plupart. La véritable persécution éclata en 1830. Quatre cents chapelles furent détruites, toutes les congrégations religieuses dissoutes , tous les établissements de la mission , fruit de deux siècles de travail, anéantis en quelques jours. Toutefois, c'est en 1833 seulement que Min-Menh commença ce qu'il appelait sa guerre de destruction. La tête des missionnaires fut mise à prix : quiconque n'abjurerait pas devait être puni de mort. Dans tous les coins de rues étaient placées des croix destinées à être foulées par les pieds des passants. L'armée entière faisait la chasse aux chrétiens; on fit des perquisitions dans toutes les villes et les villages soupçonnés de receler des chrétiens; les maisons furent renversées de fond en comble, les jardins mêmes bouleversés par la charrue. Plusieurs fugitifs se cachèrent dans les tombeaux ; il y eut quelques apostasies, mais elles furent largement compensées par le nombre et la persévérance des martyrs. Les chrétiens rivalisaient d'héroïsme au miheu des souffrances. On voyait souvent emporter des victimes affreusement broyées, inondées de sang et comme inanimées. De pauvres religieuses, des mères à qui on arrachait leurs enfants étonnaient les

* Annalen des Glaubens von 1846, livrais, ii (édit. de Cologne). — Histoire générale des Missions catholiques depuis le treizième siècle jusqu'à nos jours, par le baron Henrion; ouvrage illustré de 320 gravures avec cartes géographiques gravées sur acier. 4 vol. grand in-S» à deux colonnes, édit. Ganrae.

TOM£ III. âO

juges et le peuple par leur fermeté. Parmi les prêtres indigènes, Pierre Tuy fut le premier martyr de la foi ; 23 de ses confrères anamites^ 5 missionnaires européens et 3 évêques marchèrent sur ses traces. Une multitude de néophytes, de catéchistes, de savants, de médecins, de laboureurs, de marins et de soldats périrent par la corde ou par le feu.

Dans le principe, les exécutions n'étaient qu'une effroyable boucherie; à la fin, la constance des chrétiens vainquit la rage de leurs ennemis. Dans un laps de vingt années, le nombre des chrétiens s'accrut d'environ i 00,000. Tous les persécuteurs périrent de la mort la plus misérable. Le tyran perdit son frère et ses deux fils aînés. De nouveaux édits sanguinaires furent publiés, et Min-Menh ordonna de tuer quiconque refuserait de marcher sur la croix ; « il fallait s'armer du premier instrument venu, hache, sabre, espadon, pour extirper cette race aveugle et endurcie. » — Ignace Delgado, depuis quarante ans vicaire apostolique dans le Tonkin oriental, succomba aux souffrances de la captivité le 12 juin 1838; son coadjuteur, Dominique Henarez, missionnaire depuis quarante-neuf ans dans ces régions, fut décapité le 25 juin 1838. Une foule de prêtres indigènes et européens suivirent ces deux évêques dans la tombe. Le 24 novembre, Pierre Dumoulin-Borie, évêque d'Acanthe, fut affreusement martyrisé. En 1840, la persécution avait moissonné la plupart des évêques et des prêtres. Min-Menh fut rappelé de ce monde le 20 janvier 1841, et parut au tribunal de Dieu, couvert du sang des martyrs.

Grégoire XYl, dans une allocution prononcée le 27 janvier, célébra les mérites des martyrs du Tonkin, cita leurs noms et raconta les différents supphces qu'ils avaient endurés. Déjà en 1839, il avait adressé un bref aux chrétiens du Tonkin. La béatification de ces martyrs eut heu le 19 juin 1842. Le fils de Min-Menh continua la persécution; des sentences de mort furent prononcées , mais non exécutées ; il tremblait devant les canons de l'Europe , qui alors retentissaient en Chine. Cinq missionnaires français durent être rendus à la liberté. Tieu-Tri mourut dès le 4 octobre 1847. Son successeur Tu- Duc marcha sur les traces de Min-Menh. Heureusement, qu'en 1851 le choléra vint en aide aux chrétiens et inter-

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