LE TONKIN
rompit la persécution. Tout le monde prit la fuite, à l'exception des chrétiens, qui « régnèrent par la grâce du choléra. » Jour et nuit ils assistaient les païens mourants. Le danger passé, la persécution revint, et l'Eglise d'Anam fut illustrée par de nouveaux martyrs.
L'évêque Retord écrivait que seize ans auparavant, quand il avait été préposé à la mission du Tonkin occidental, on n'y comptait que 100,000 chrétiens, tandis qu'elle en possédait alors 139,000, quoique le choléra en eût enlevé plus de 9,500. Dans la Cochinchine, la persécution sévit avec une nouvelle violence en 1853 ; au Tonkin, ce fut en 1854 *.
Une persécution générale éclata derechef en 1858, après le départ de la flotille française, et atteignit à son point culminant en 1862. Quatre évêques furent martyrisés ces annéeslà : Hermosilla, vicaire apostolique du Tonkin oriental; Joseph-Marie Diaz (20 juin 1857), son successeur Melchior Garcia, et le successeur de ce dernier, Ochoa, tous trois vicainis apostoliques du Tonkin central. Les anciens vicaires apostoliques (8 en tout, outre 2 pour Siam) , ayant presque tous succombé à la fureur des ennemis ou à d'autres souffrances, la plupart des évêques actuels ont été nommés de 1864 à 1865 ».
Le royaume de Siam renferme environ 7,000 chrétiens; les indigènes montrent peu d'inclination pour le christianisme ^.
L'empereur chinois Kienlung, qui régna de 1735 à 1795, et que la caducité de l'âge obligea d'abdiquer en faveur de son fils Kiaking (1795-1820), avait protégé les missionnaires dans les derniers temps de sa vie ; mais sous Kiaking, leur situation empira. Toutefois, ce ne fut qu'en 1815 que la persécution sanglante éclata contre les catholiques. Les exécutions à mort , le glaive et le feu , l'empereur employa tout
* Voir les sources dans les Annales de la foi , surtout les années 1855 et 1856; l'année 1854-1855 contient un aperçu historique des missions anamites.
* Stand der Ki/che von Anam, dans Missiomannalen, 1866, p. 537-563- J867, p. 9-44. (Statistique et histoire de 1832 à 1865.)
* Description du roijaume de Toi ou Siam Annales de Taï et précis
historique de la mission, par Mgr Pallegoix, évèque de Mallus. Par., 1854, t vol. — Missions de la Cochinchine et du Tonkin. Puris^ 1858.
pour les extirper. Plusieurs milliers périrent de la main du bourreau * ; mais nulle part la persécution ne fut aussi effroyable que dans la province de Su-Tschuen. Dufresse , évêque de Tabraca, vicaire apostolique et missionnaire en Chine depuis 1776, fut décapité le 14 septembre 1815, après d'indicibles tortures. Le 23 septembre 1816, Pie VII adressa aux cardinaux une allocution sur sa mort. Le prêtre Augustin Schao, âgé de soixante-treize ans, mourut à la même époque des sévices qu'il avait endurés*. Partout, les églises des chrétiens furent fermées ou abattues. Au Su-Tschuen, dans un court espace de temps, le nombre des chrétiens fut réduit des deux tiers.
La Chine, de même que les Indes orientales, n'avaient plus alors que des missionnaires âgés; depuis trente ans, peu d'Européens avaient renforcé la mission. Le lazariste Clet , âgé de soixante -treize ans, et missionnaire depuis 1794, fut, après de longues souffrances, étranglé dans sa prison, le 18 avril 1820. Le nombre des martyrs, prêtres et laïques, était immense^. Plusieurs moururent dans les prisons à la suite des coups et des sévices auxquels ils avaient été en butte.
L'empereur Kiaking mourut le 2 septembre 1820, détesté de ses propres compagnons de cruauté'*. Son fils et successeur Taokuang traita les chrétiens avec plus de douceur. Sous son règne (1820-1850), il n'y eut que des persécutions partielles dont il ne fut point l'auteur et qu'il n'encouragea pas *. Cependant l'œuvre des missions fut très-négligée pendant les dix années de son règne : on manquait de prêtres indigènes et de prêtres européens. Les chrétiens, à tout prendre, ne furent pas inquiétés. En 1839, une persécution éclata dans la province de Hupe. Le lazariste Perboyre, un
* K. Gûtzlaff, Das Leben des Toa-Kuang, verstorbenen Kaisers von China. Trad. de l'anglais. Leipz., 1852, p. 8.
* Bullarii romani continuatio, t. XIV. Rom., 1849, p. 240-241.
8 Geschichte der katholisdien Missionen in China, 2 part. Vienne, 1845, t. II, p. 312. — Henrion, Op. cit., édit. Gaume. — Annalen des Glaubens, vol. I. Einsiedeln, 1832, 2e livrais., p. 34. — Annalen von 1853, 2e livrais. — Comme ces Annales forment déjà 35 volumes et qu'il est parlé des missions dans chaque livraison, il est difficile de leur rien emprunter,
* Gûtzlaff, p. IG. — Un critique de Gûtzlaff, dans VAusland, n. 79-80, lui reproche son ton haineux contre l'énergique empereur Kiaking.
» (îûfzUiff. p. 27.