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Harbor-Grâce

En 1776, lorsque les colonies anglaises se détachèrent de l'Angleterre, les catholiques du Maryland et de la Pensylvanie reçurent de Pie VI la permission de se nommer un supérieur pour leur mission. On n'y comptait que 34,000 catholiques et 24 prêtres. Mais les Etats-Unis ayant accordé la liberté de religion, des catholiques y arrivèrent de Saint-Domingue, de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne. En 1790, J. Carrol fut sacré premier évêque du nord de l'Amérique et emmena avec lui un grand nombre de sulpiciens pour fonder un séminaire ecclésiastique. En 1791, il célébra son premier synode, qui eut cinq séances et réunit environ 31 prêtres*. En 1810, il tint un couvent provincial avec les

• Concilia provincialia Baltimori habita, ab anno 1829 usque ad 1840. Baltimori, 1842. (Contient aussi les actes du synode de 1791.) — Shea, Die katholische Kirche in Nord-Amcrika. Regsb., 1864. — Le même, Geschichte der kathol. Missionen unter den Indianerstœmmen der Ver. Staaten, 4529-1860. New-York, 1855; Wûrzb., 1863. — J. Salzbacher, Meine Beise nach Nord-Amerika, 1842. Wien, 1865. — Henry de Gourcy, l'Eglise aux Etats-Unis, dans l'Ami de la religion, 1854-1855. — Historical Sketches of ihe early Christian Missions arnong the Indian tribes of Maryland. Baltimore, 1847. —James Bayley (évêque de New- York), History of the catholic Church in the City of New- York. New-York, 1853.

l' AMÉRIQUE DU NORD. 489

trois évêques de la province. Le premier concile provincial fut célébré en 1829, le troisième en 1840. Avant 1846, il n'y avait qu'un archevêché, Baltimore, et 21 évêchés. En 1847, on en comptait 33. En 1816, les évêques d'Amérique tinrent leur sixième concile ; 23 évêques y assistèrent ; le septième, en 1849, se composait de 2 archevêques (Baltimore, depuis 1808; Saint-Louis, depuis 1847) et de 28 évêques.

Le 19 juillet 1850, sur la proposition du concile de 1849, les évêques de Cincinnati, de New- York et de la Nouvelle - Orléans furent nommés archevêques. Il y avait alors 6 archevêchés, y compris Oregoncity. En 1852 (mai), les évêques célébrèrent leur premier concile national , qui fut fréquenté par 6 archevêques et 26 évêques. « Le pouvoir ecclésiastique, écrivaient les Pères, est maintenant représenté par 33 évêques, et bientôt 12 nouveaux princes de l'Eglise viendront se joindre à eux. » Le 29 juillet 1853, les évêques de ces nouveaux diocèses furent effectivement proclamés; 5 furent subordonnés à l'archevêque de New-York, 1 à celui de la Nouvelle-Orléans, 1 à celui de Baltimore, 1 à celui de Cincinnati, et 2 à celui de Saint -Louis. Dans le même temps, Saint- François fut érigé en archevêché. On comptait alors 7 archevêchés, 35 évêchés et 3 vicariats apostoliques. Plus tard, on y joignit encore quelques vicariats apostoliques ; en 1866, le nombre des évêchés était de 40. Du 7 au 21 octobre, les évêques de l'Amérique septentrionale tinrent leur second concile plénier ou national, et y proposèrent l'érection de 13 nouveaux évêchés, attendu que la population catholique s'était accrue de 6 (?) millions. C'est pourquoi, au consistoire du 13 mars 1868, plusieurs évêques furent proclamés pour les diocèses nouvellement établis. — Le nombre des prêtres s'est élevé de 34 à environ 2,700*.

Les 6 évêchés institués dans l'Orégon ne purent pas être amenés à terme ou du moins prospérer. La Californie détourna de l'Orégon le torrent des émigrés. — Les missions chez les Indiens des montagnes Rocheuses ont surtout attiré l'attention grâce aux spirituels récits du jésuite de Smct '.

1 Mùnchener Missions- Annal en, 1866, p. 615-631; ann. 1867, p. 294-296 * Ovegon Missions and travels over the Rocky Mountains in 1845-1846, by Father R. J. de Smet. New-York, 1847.

Malheureusement, dans les années suivantes, les Indiens ont été visités par une mortalité et une disette affreuses ; puis est venue la pénurie des missionnaires et d'autres causes qui ont arrêté le progrès des missions dans ces contrées*. Les maladies, les armes à feu, la famine, « l'eau de feu » et l'action impitoyable de ce que les Américains appellent the destin (le sort, la destinée) déciment de plus en plus les Indiens. Leur destinée est d'être supplantés par les Américains du Nord. En 1836, il y avait encore 81,236 sauvages à l'orient du Mississipi ; à l'occident 265,567 vivaient errants et vagabonds (on en comptait 2,600,000 pour le Mexique et le Texas; 1,400,000 pour les possessions russes et anglaises*. Plusieurs tribus sont complètement éteintes. En 1837, le gouvernement exila ou conflua tous les Indiens dans un district situé à l'ouest de l'Arkansas et du Missouri, où devaient se rassembler les restes des anciennes tribus.

Depuis 1848, le sol du Nouveau-Mexique appartient à l'Amérique septentrionale et forme aujourd'hui l'évêché de Santa-Fé. — A cette époque, il était inondé d'émissaires envoyés par différentes sectes pour faire apostasier les Indiens (8,000) et les Mexicains chrétiens (60,000). Il y avait de plus une très-grande pénurie de prêtres, et le clergé indigène laissait un peu à désirer. Cardenas fut le seul prêtre qui apostasia; il revint à Santa-Fé avec le méthodiste Nicholson, pour y recruter des apostats. Il prêchait sur les places publiques ; mais les catholiques le laissaient crier et ne lui faisaient point l'honneur d'aller l'entendre. Des 68,000 catholiques, aucun n'apostasia. Deux anabaptistes et méthodistes, a braves gens » à leur façon, avaient chacun une école, mais point de prosélytes^.

La Californie, où les missions des jésuites étaient très-florissantes, fut, après l'expulsion de ces derniers, évangéhsée par les franciscains, qui fondèrent dans la Californie supérieure les missions qui s'étendent de San- Diego à San-Francisco. En 1821, on y comptait 24 missions, centres d'autant

1 Annalen (édit. de Cologne), 1850, IV, 4-14; IV, p. 50, 1851, livrais, ii, n. 6; 1852, III, 45; IV, 37, 55, 58; V, 42; VI, 26; 1854, VI, 63. « Annalen, 1851, IV, 13.

^ Ami de la religion, 31 janv. 1854. — Missionsannalen, iuiWet 1855.

LA CALIFORNIE. i-H

de petites villes, dont chacune avait une élégante église, entourée de maisons confortables. En i833, les missions renfermaient 3i,000 catholiques indigènes. Le gouvernement du Mexique persécuta les franciscains et les remplaça par des administrateurs tirés de la lie du peuple. En 1839, les religieux furent momentanément rétablis, mais bientôt après les missions furent complètement sécularisées et leurs biens confisqués par les fonctionnaires. On assura aux religieux un maigre salaire, qui souvent ne fut pas payé. Ils se virent contraints de quitter le pays. En 1845, il y restait à peine 5 Pères, indignement traités par les fonctionnaires. Le P. Sarria mourut en 1838. « C'est un bonheur de l'avoir* connu, disait de lui un Américain; il a succombé à la faim et à la tristesse dans sa mission de La Soledad ; il est mort au pied de l'autel, dans les bras des Indiens auxquels pendant trente ans il a servi de père. » Le P. Fortuni, fondateur de la mission de San-Rafaël, mourut bientôt après. — En 1838, le franciscain François Diego Garcia fut préconisé évêque pour la Californie; mais la décadence n'était pas moins irrémédiable; en 1842, plusieurs missions furent complètement fermées; le nombre des Indiens était tombé de 30,000 à 4,150. Diego n'arriva dans son diocèse qu'en 1842. Il n'y put rien faire et mourut en 1846*. La même année et l'année suivante, les Américains du Nord s'emparèrent du pays. En 1848, la nouvelle qu'on avait découvert de l'or en Californie parcourut le monde, et chacun partit pour ce pays aurifique. Les Indiens furent traqués et tués comme des bêtes fauves, et ceux qui survécurent n'en devinrent que plus sauvages. Le gouvernement essaya plus tard de rétabUr les réunions (rassemblement en certains lieux précis) ; mais comme l'élé-

1 Shea, p. 114. — Kirchliche Zustœnde von Californien und Neu-Mexico, t. XX, Histor.-pol. Blœtter, p. 611-616. — Seemann, Reise um die Welt, 1853, t. I, p. 114. — Wappaeas, Handbuch der Géographie und Statistik von Nordamerika. Leipz., 1853, p.. 967-982. — Gerstsecker, Reise um die Welt, 2 vol., Californien. Stultg., 1853, p. 57 : « Dans le nord de l'Amérique, l'oppression des Indiens n'eut lieu que progressivement; mais il n'en fut pas de même en Californie. Une seule année suffit pour produire cette différence fabuleuse, et déjà l'Iudien n'existe plus comme tribu. » L'iiistoire des Indiens de Californie finit avec l'année 1849. Tels sont donc les merveilleux effets de Vuuri sacra famés; une année lui a suffi pour extirper du sol un peuple tout entier. Cf. Sion, 1850, n. 27,

492 HISTOIRE DE LÉGLISE.

ment religieux fait défaut, les Indiens s'éteindront tôt ou tard. — L'archevêché de San-Francisco et l'évêché de Monterey ont été établis pour les peuples qui émigrent présentement.

L'Espagne cathoHque a perdu la cathohque Amérique du Sud par l'esprit anticatholique et impie qui, dans le dernier siècle^ avait envahi son gouvernement et avait atteint son apogée dans la personne du « prince de la Paix, » de triste mémoire. La malheureuse révolution de 1820 porta le coup de la mort à la domination espagnole, en offrant aux Américains du Sud l'occasion et la faculté de se séparer de la mère patrie. Les guerres horriblement cruelles qui ont duré de 1806 à 1827 ont creusé un chaos inextricable et suscité une infinité de républiques dérisoires , dont les guerres civiles, les morcellements incessants aiguisent de jour en jour l'appétit de leur grande sœur : l'Amérique du Nord, en effet a décidé depuis longtemps que l'Amérique ne devait être régie que par des Américains.

De la période espagnole il existait depuis longtemps au Mexique (vice-royaume de la Nouvelle-Espagne) un archevêché à Mexico, et 8 évêchés à Puebla, Yalladolid, Guadalaxara^ Durango, Linares (Nouvelle-Léon), Yucatan, Oajaca, Sonora. 1^073 paroisses étaient administrées par 2,300 prêtres, curés ou auxiliaires, les uns séculiers, les autres religieux. Ces derniers étaient divisés en 13 provinces : 3 pour les dominicains, 6 pour les franciscains, 2 pour les augusiins, 1 pour les carmes, 1 pour les mercédariens. Il existait 206 couvents, 149 pour hommes et 57 pour femmes; la population des premiers était estimé à 1,933, celle des seconds à 1,962. De 1810 à 1818, la richesse ecclésiastique était descendue de 44,500,000 pesos à 20 millions. La moitié des dîmes ecclésiastiques avait été abandonnée à la « piété » des fidèles, c'est-à-dire supprimée.

En 1829, des 10 sièges épiscopaux du Mexique (en y joignant Chiapa), 8 étaient orphehns. A chaque vacance nouvelle, le (nouveau) gouvernement du Mexique nommait et le roi d'Espagne protestait à Rome. Sous Grégoire XVI, une convention eut lieu dans laquelle le pape ne reconnaissait formellement ni le droit de patronage du gouvernement , ni

i/amértodh m' srn. le mextqtje. i93

la séparation du Mexique d'avec l'Espagne. Le 28 février 1831, Grégoire XVI préconisa 5 évêques pour le Mexique, notamment le chanoine Paul Vasquez, qui fut nommé évêque de Puebla : c'était lui qui avait dirigé les négociations avec Rome. Le 25 mai, le gouvernement publia que Grégoire XVI avait reconnu six des candidats proposés par lui pour les sièges vacants. Quant aux futures nominations épiscopales, il fut décidé que les chapitres des cathédrales proposeraient trois candidats au gouvernement, lequel en choisirait un et le présenterait au pape. Grâce à cette méthode, l'Eglise du Mexique a obtenu jusqu'ici des évêques vertueux et capables. Les ennemis de l'Eghse s'insurgèrent contre ce nouvel ordre de choses*. En 1833, une violente persécution éclata contre l'Eglise du Mexique, dont la destinée fut à la merci des factions qui prévalurent tour à tour, persécutée et opprimée quand les « libéraux » l'emportaient. Cette Eglise a rendu au Nouveau-Monde des services dont la mémoire est impérissable. Les sept neuvièmes de la population du Mexique sont des Indiens. Tandis que dans le nord de l'Amérique l'homme blanc a supplanté l'homme rouge, c'està-dire foulé aux pieds et extirpé avec une barbarie impitoyable, l'Eglise du Mexique et de l'Amérique en général a relevé et civilisé l'Indien rouge et l'a sauvé pour le christianisme et la société^ . Malgré cela, les autorités du Mexique n'ont pas cessé jusqu'à ces derniers temps de mépriser ou d'asservir l'Eglise, tandis que le peuple lui porte un attachement sans bornes. — En iSM^ on y comptait encore 150 couvents d'hommes, 25 de dominicains, 68 de franciscains

* Ed. Mûhlerpfort, Versuch einer getreuen Darstellung der Republik Mexico. Hannov., 1844, t. I. — Allg. Ztg., du 2 janv. et 6 mai 1840. — Catholique de 1844^ n. 15 et 19 : Die katholische Kirche in Mexico. — Gams, K.-G. des xix Jahrh., III, 670-695. — Alainan , Disertaciones sobre la historia de la republica mejicana. Mexico, 1844. — Bêches, Mexiko in den Jahren 1832 und 1833. Hamb., 1834. — Cavo, Los très siglos de Mexico. Mex., 1836. — Zavalo, Ensayo historico de las Revoluciones de Mexico. Mexico, 1845. — Thûmel , Mexico und die Mexicaner. Erlang., 1848. — G.-B. Heller, Reisen in Mexico in den Jahren 1845-1848, Leipz., 1853. — J.-I.-V. Eyzaguirre , Los Intereses catôlicos en America, t. II. Paris, 1859 (ouvrage capital), p. 271-378. — Coleccion eclesiastica mejicana. Mejico, 1834, 4 tomes.

* Die katholische Kirche im alten Mexico, dans le Catholique de 1847, n. 45-46 [Missionsbeilagen).

4^04 HTSTOÎBE DE l/éaUSE.

lesquels ont surtout rendu au Mexique d'inappréciables services; 22 d'augustins, 16 de carmes et 19 de mercédariens. Le nombre des religieuses était estimé à 2,000, distribuées en 50 maisons. A Mexico, il y avait un couvent qui ne renfermait que des Indiennes.

Une nouvelle persécution éclata en 1855 ; le clergé fut privé du droit d'élire et d'être élu ; la juridiction ecclésiastique abolie, les évêques déportés, les biens d'Eglise confisqués, la liberté religieuse proclamée, des prêtres, ainsi que des laïques fermes dans leurs convictions, exilés, les lettres pastorales des évêques arrêtées, etc. Ces attentats et d'autres encore furent flétris par Pie IX en son allocution du 15 décembre 1856*; le pape se plaignit en même temps de l'état d'abandon et d'illégalité où se trouvait l'Eglise dans les divers Etats de l'ancienne Amérique espagnole. Quelques années après, la situation s'améliora. L'érection des deux évêcliés de Méchoacan et de Guadalaxara en sièges archiépiscopaux fut proclamée au consistoire du 6 mars 1863. Méchoacan obtint pour suffragants les évêchés de Léon, Saint-Louis de Potosi, Queretaro et Zamora ; Guadalaxara reçut Durando, Linares, Sonora et le nouveau diocèse de Zacatecas. Les évêchés d'Antequara (ou Oaxaca), de Chiapa, d'Yucantan (Merida), de Puebla et les nouveaux diocèses de Chilaca, Tulacingo, Vera-Crux (ou Zalapa, depuis 1845), devinrent les suffragants de Mexico : en tout 3 archevêchés et 15 évêchés 2. Les espérances d'un avenir meilleur pour l'Eglise du Mexique furent si peu justifiées, même sous l'empire éphémère qui dura de 1864 à 1867, que le nonce du pape se vit contraint de quitter le pays. Cet empire tombé, l'Eghse fut punie comme son complice, et la sécularisation des biens ecclésiastiques fut de nouveau promulguée.

Les cinq Etats qui constituent l'Amérique centrale, tout en marchant chacun dans une voie différente, se détachèrent de l'Espagne dans les années 1815 à 1821. Nicaragua, Guatemala, San-Salvador, Honduras et Costa- Rica se réunirent pour élaborer la constitution de 1823. L'assemblée constituante se montra très-hostile à l'Eglise. L'obéissance fut re-

» Acta PU IX, P. M., t. H, p. 538-545. — * Le Monde, 23 mars 1863.

i/amkrtqît, centrale. 49?)

fusée à l'archevêque rie Guatemala. « Le peuple » de Salvador nomma un évèque de son goût. Costa-Rica suivit son exemple. Les couvents furent abolis, la liberté religieuse proclamée, l'enseignement retiré à rEglis(\ Le directeur Morazon fit arrêter Ramon Casaus, archevêque de Guatemala (41 juillet i829), ainsi que les supérieurs des différents ordres, les fit escorter de soldats jusqu'à la mer et embarquer sur des vaisseaux. Le 7 septembre 4829, le congrès de la confédération abolit toutes les congrégations reUgieuses sur toute l'étendue du territoire de la république. L'archevêque fut déclaré traître à la patrie, les bulles du pape interdites, le mariage civil adopté. En 1832, une insurrection d'Indiens ayant échoué à Sau-Salvador, fut punie par l'abolition de toutes les fêtes des saints et autres solennités. La guerre civile sévit avec fureur de 1836 à 1841. Une autre guerre non moins sauvage éclata entre les Indiens et les blancs. La rupture de l'alliance entre les cinq Etats commença en 4838. Raphaël Carrera, président du grand Etat de Guatemala depuis 1839 jusqu'à sa mort (4865), adopta une autre conduite vis-à-vis de l'Eglise; les jésuites furent rappelés, et d'autres couvents rétablis. Le 7 octobre 4852, un concordat en vingt-neuf articles fut conclu avec Rome * ; un autre le fut dans le même temps avec le président de la petite république de Costa-Rica, Raphaël Mora, qui reçut le droit de nommer à l'évêché nouveau de San- José et à quelques bénéfices*. L'Etat délabré de Nicaragua, ce rendez- vous de tous les aventuriers, possède un évêché sous ce titre (appelé aussi Léon). On se plaint d'une décadence universelle^. — L'Etat d'Honduras possède un évêque à Comayagua, de même que celui de San-Salvador dans la ville de ce nom (depuis 4843). Le 16 avril 1854, un tremblement de terre a renversé la cathédrale et la plupart des égUses.

La situation de l'Eglise dans le Haïti est si affreuse qu'on

» PU IX acta, 1854, t. I, p. 506-522.

* Loc. cit., p. 449-463. — (Wagner et Scherzer, Reisen durch Costa Hica, 2 vol. 1835.)

» Der Staat Nicaragua, par Squier. Leipz., 1854. — Die Staaten Central^ Amerika's, par E.-G. Squier. Lpz., 1830. — Baily, Die Staaten von Central' Amerika, 1851. — Heiiie, Wanderbilder aus Central- Amerika, 1853. — Reichardt, Der Staat Nicaragua, 1853.

A^6 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.

est tenté de la croire irrémédiable. Il reste à peine vestige du christianisme. Les nègres sont retombés en plein paganisme*, et le pays est inondé de protestants. Dans son allocution du 19 décembre 1853^, le pape exprima le regret que le nonce Spaccapietra eût été forcé de quitter ce pays, surtout à cause des mauvais prêtres qu'on y avait accueillis, faute de meilleurs. Cette île comprend la république de Saint- Domingue ; un archevêque réside dans la ville de ce nom. Le siège est vacant par suite de la guerre malheureuse des Espagnols avec ce pays. L'île de Cuba, « la perle des Antilles, » qui appartient aux Espagnols, renferme un million et demi d'habitants ; elle possède un archevêché à Santiago de Cuba et un évêché à la Havane. Les travaux de l'archevêque Claret (1850-1857), aujourd'hui confesseur de la reine, sont célébrés comme ceux d'un apôtre. L'île de Porto-Rico possède un évêché à San-Juan de Porto-Rico. (Aujourd'hui l'Espagne ne nomme plus qu'à trois évêchés de l'Amérique.)

Dans les grandes Antilles, la Jamaïque, qui appartient à l'Angleterre, a un vicariat apostoh que depuis 1837. La Trinité est le centre des petites Antilles. Le nombre des cathohques dans les Indes occidentales britanniques est estimé à 200,000. A la Trinité même, résident 60,000 catholiques et 10,000 non catholiques. En 1850, le vicariat apostolique a été érigé en archevêché; son siège est à Port-d'Espagne. La nouvelle cathédrale gothique a deux cents pieds de longueur et coûte près d'un million : elle a été consacrée en février 185J. Le nouvel évêché de Roseau, sur l'île Dominique, dépend de la Trinité^. Un synode diocésain fut tenu en février 1856; on y publia les décrets du concile provincial célébré deux ans auparavant à Port-d'Espagne ; ces décrets ont été approuvés depuis par le Saint-Siège. — L'île de Grenade renferme 25,000 catholiques sur une population de 28,000 habitants. En 1852, elle avait 6 curés et 6 éghses. Les Grenadilles ont deux éghses. Cariacou contient 3,000 catholiques sur 4,000 habi-

1 Weltreise des Grafen Gœrtz, 1854, 2 vol., p. 94-1C4.

* Acta PU IX, I, p. 559.

* Relation d'un voyage aux Indes occidentales, par Talbot, camérier du pape, dans Civiltà cattolica, du 25 août 1856 {Augsb. Postzeitung, 16, 29, 30 octob., 1-3 nov. 1856).

J.KS ANTILLES. iOT

tants. L'île Sainte-Lucie, où domine la langue française, a 20,000 catholiques sur 20,400 habitants, 10 paroisses et églises. Les catholiques y sont exemplaires ; le juge de Sainte- Lucie, un protestant , assurait que depuis treize ans il n'y avait eu qu'un seul crime capital, et que le nombre des petits délits, dont la plupart sont des vols de comestibles, n'était que de vingt par année. L'île Saint-Vincent n'a guère que 5,000 catholiques sur 20,000 habitants. L'archidiocèse comprend dans son entier environ 110,000 catholiques et -40,000 protestants.

Saint- Dominique a 10 paroisses et 20,000 habitants, presque tous cathohques. Sa population est la meilleure des Antilles sous le rapport du caractère; pour être la plus pieuse, il ne lui manque qu'un peu d'instruction. Les Caraïbes eux-mêmes, autrefois anthropophages,, ont, grâce au catholicisme, échangé le naturel farouche et sauvage de leurs aïeux contre une douceur et une docilité surprenantes. L'innocence de ses mœurs dispense Saint-Dominique d'avoir des soldats; le juge protestant attribue au catholicisme seul la différence qui existe entre les mœurs protestantes et les mœurs cathohques*.

Les deux préfectures apostohques de la Martinique et de la Guadeloupe, l'une avec 140,000 habitants catholiques, 32 paroisses et 31 curés; l'autre avec 120,000 habitants, la plupart catholiques, comprennent les Antilles françaises, puis Saint- Barthélémy avec 8,000 habitants, Marie-Galante, Saint-Désiré, Saint-Martin et les Saintes, en tout 26 paroisses et 30 prêtres. Le 27 septembre 1850, la Martinique est devenue le diocèse de Fort-de-France, et la Guadeloupe celui de Basse-Terre ; ils dépendent de l'archevêque de Bordeaux. Le premier évêque de Fort-de-France, Leherpeur, a opéré de grandes choses dans un petit nombre d'années : il a réformé et augmenté le clergé, construit un séminaire, une cathédrale et plusieurs éghses. Le siège de l'évêché de Basse-Terre est à Pointe-à- Pitre; il a 85 prêtres, mais point encore de séminaire propre*. — Les îles hollandaises de Curaçao et Saint-Eustache, avec 17,570 catholiques, ont un vicaire apostolique à Curaçao*.

' Missions-annalen, 1866, p. 160, ann. 1867, p. 465-477. ' Im France ecclésiastique pour l'an 1868, p. 187.

' Denkschrifl ùber die Lage der Katholiken in den Niederhndfrj, p. 02. TOME III. 32

4^8 HISTOIRE DE L'É(iLlSE.

La Guyane hollandaise, sur le continent de l'Amérique méridionale, dont le vicariat a été fondé à Surinam en 1842, possède 4,000 catholiques, 2 éghses, A prêtres. La Guyane française dépend de la préfecture apostolique de Cayenne*. Le nombre des cathoUques blancs et noirs est évalué à 16,000; ils ont 3 églises et 6 prêtres. Pour la Guyane anglaise, il y a le vicariat apostohque de Demerary, créé en 1837. En 1856, la Guyane anglaise comptait 25,000 émigrés portugais, 6,000 créoles cathohques d'Espagne, de Hollande et de France, 300 catholiques indiens, 80,000 hérétiques de toutes sectes, 40,000 païens. Il n'y a malheureusement que 5 prêtres. Les Indes occidentales entières possèdent 3 archevêchés, 5 évêchés et 3 vicariats apostoliques. Le nombre des catholiques (avec Cuba et Haïti) est de 3,700,000; celui des protestants de 500,000 2.

Les Etats de la Nouvelle-Grenade, de Venezuela et d'Ecuador se sont principalement signalés par leurs efforts pour obtenir de Rome des évêques^. Mais des difficultés ne tardèrent pas à surgir. L'Etat de Venezuela eut de longues discussions avec le Saint-Siège sur la nomination des évêques, tandis que la Nouvelle -Grenade travaillait positivement à se séparer de Rome. Les jésuites , solennellement rappelés , furent expulsés et accueillis dans l'Ecuador, ce qui faillit provoquer une guerre entre les deux républiques sœurs V L'Ecuador se décida aussi à les expulser. Les jésuites émigrèrent , partie au Mexique (pour peu de temps), partie dans les Indes occidentales. Les couvents et les biens ecclésiastiques furent confisqués , le clergé fut mal rétribué ou ne le fut pas du tout ; les évêques chassés. En 1852, le président Lopez proposa la séparation complète de l'Eglise et de l'Etat. Le 27 septembre 1852, Pie IX prononça une allocution sur la persécution de l'Eglise dans la Nouvelle-Grenade *, com-

< Catholic Standard, 28 février 1857.

* Voir l'article Indes occidentales , dans le Dictionnaire encyclop. de la théoi. cathoL, édit. Gaume.

» Y. Gams, tom. II, p. 425-426, 469, 477, 524, 535, 546-547, 549; toni. lil, p. 144-146, 700-707. — Baluffi, Das vormals spanische Amerika bis 1843. Vienne, 1848. 2 vol.

♦ Rectablecimiento de la Compania de Jésus en la Nuova-Granada. Bogota, 18''i2. (Voir Baluffi, II, p. 257, trad. allemande.)

5 Pi/ IX acta, I, p. 383-395.

l'amérioue du sud. iO<)

mencée en 1845. L'archevêque de Bogota, M«^' Mosquera, fut uialtraité et expulsé. A Venezuela, les couvents furent abolis dès 1839 ou transformés en collèges nationaux.

En 1854, les évêchés vacants de la Nouvelle-Grenade furent repourvus. L'archidiocèse de Bogota a pour suffragants les évêchés plus anciens de Cartliagcne, Sainte-Marthe, Popayan et Panama, tous occupés en 1866; puis la Nouvelle-Pampelune et Antioche, érigés par Grégoire XVI ; Pasto, érigé par Pie IX. Le dernier évêque d'Antioche, Joseph-Antoine Riano, est mort en exil le 20 juillet 1866. — Venezuela possède l'archevêché de ce nom ( appelé aussi Caraccas ) , les anciens évêchés de Mérida (de Maracaibo) et d'Angostura, et enfin les nouveaux évêchés de Cuyo, établi sous Grégoire XVI, de Calabozo et de Barquisimeto, institués par Pie IX. — La répubhque d'Ecuador (environ 600,000 habitants), possède l'archevêché de Quito et les deux évêchés de Cuenca et Guyaquil (ce dernier érigé par Grégoire XVI) , Ibarra et Riobamba , créés en 1866. Le 7 octobre 1850, Pie IX a béatifié Marie- Anne Paredes (née à Quito en 1618, morte en 1645), surnommé « le Lis de Quito * . » — Bolivia, érigé en Etat depuis le 6 août 1824 (environ un million et demi d'habitants), possède sur son territoire le célèbre archevêché de Charcas ou la Plata (dont le siège est à Ghuquisaca) ; cette ville a 27 églises. Dans la ville de la Paz (Pace), qui possède 15 éghses, on travaille depuis trente ans à une cathédrale qui doit être la plus belle église de l'Amérique méridionale. Les évêchés de Santa-Cruz de la Sierra et la Paz datent de la domination espagnole. Celui de Cochambamba a été institué sous Pie IX. On n'a point entendu parler que l'Eglise catholique ait été persécutée dans ce pays ; mais le manque de prêtres s'y fait douloureusement sentir; de là l'accueil empressé qu'on a fait aux franciscains de France et d'Italie *.

Dans le Chili et le Pérou la vie religieuse a été cultivée avec beaucoup de zèle et de sollicitude. Le Pérou en général, et sa capitale Lima en particulier, patrie de sainte Rose de

' Acta PU IX, t. I, p. 247--251 ; Eyzaguirre, II, 1-51.

' Tschudi, Reiseskizzen ans Peru. Saint-Gall, 184G. — Ausland, 1853, u. 45 et 46. — Kathol. Blœtter aus Tyrol, 3 juin 1844. — Eyzaguirre, Paris, 1859, t. I, p. 268-336.

ce nom , « cette première fleur de la sainteté dans les Indes occidentales , » patrie du saint archevêque Turibius, ville remarquable par le grand nombre de ses églises, de ses couvents et autres édifices consacrés à la religion, ont toujours été vantés par les voyageurs à cause de leurs sentiments religieux*. Le peuple, les femmes surtout, montrent un grand attachement à l'Eglise. Malheureusement, de longues guerres civiles y ont causé bien des ravages, et la disette des prêtres a pesé lourdement sur le pays. Plusieurs ecclésiastiqes d'Espagne s'y rendirent en 1842 ^ Les franciscains furent salués à leur retour par des cris de joie. En somme, le gouvernement et le peuple sont toujours restés fidèles à l'Eglise ^ En 1848, un certain Yigil publia à Lima, en six volumes, une Défense de Vautroité des gouvernements contre les 'prétentions de la cour de Rome, oeuvre misérable, qui fut solennellement condamnée par Pie IX le 10 juin 1851 '^ Ses lecteurs et propagateurs encourent l'excommunication majeure et ne peuvent être absous que par le pape. — La population du Pérou s'élève à 2,150,000 âmes. L'archevêché de Lima^ a pour suffragants

< Ida Pfeiffer, Meine zweite Weltreise, 3 vol. (Californie, Pérou, Ecuador). Vienne, 1856, p. 10.

* AUg. Ztg., 24 janv. 1837; n. 114, 1842.

3 Ensayo sobre la supremacia del papa, notamment sur l'institution des évêques, par J.-Ign. Moreno, archidiacre de Lima. Lima, 1836. — Eyzaguirre, II, 436-496.

♦ Wiseman, Abhandlungen ûber verschiedene Gegenstœnde. Rgsb., 1854, 1, p. 255 : Das Ansehen des heil. Stuhles in Sûdamerika. — Damnatio et prohibitio operis, in 6 tom., hispanico idiomate editi sub titulo : Defcnsa de la autoridad de los Gobiernos y de los Obispos contra las pretenciones de la Curia romana, por Franc, de Paula G. Vigil, in PU IX acta , I, p. 280-284.

s Comte de Gœrtz, Reise um die Welt in den Jahren 1844-1847, 3 vol. Stuttg., 1852-1853, t. I, p. 425 : Lima, Kirchen-und Klœsier. Weihnachten. — Tschudi, Reiseskizzen aus Peru. St. Galleu, 1846. — Le Catholique de 1848, n. 5, append. — Smyth et Lowe, Narrative of a journey from Lima, etc., 1836. — Gœrtz ayant entendu rire aux éclats, un jour de fête, dans un couvent de Lima, en conclut qu'il doit y régner des mœurs dissolues. C'est être trop puritain. Eyzaguirre, un Américain du Sud, se plaint aussi de la décadence de la discipline monastique au Pérou et il en donne les raisons ; cependant il cite un assez grand nombre de religieux qui, dans les années 1850 à 1855, sont morts martyrs de la foi parmi les sauvages indiens, entre autres les franciscains Cimiui et Morentin, le P. Galizans, les PP. Pallares et Calvo. « Le sang de tant de martyrs n'aura pas coulé en vain pour la conversion et la civilisation des infidèles » (1, 496).

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