ÉLECTION DE GRÉGOIRE VII
n*eurent qu'à suivre la voix du peuple, qui fut considérée comme la voix de Dieu. Ils le firent d'autant plus volontiers que ce choix répondait à leur propre désir. Quant à Hildebrand lui-même, il n'accepta son élection que malgré lui. Son témoignage, à cet égard, joint à celui de plusieurs de ses contemporains, mérite toute créance. Employé à la cour de Rome depuis vingt ans, il avait été le principal instrument de tout ce qui s'y était fait de sérieux et d'important pour l'Eglise durant cette période. Son vaste esprit comprenait à merveille le temps où il vivait, ses besoins, ses vices et ses vertus. Il prévoyait les diflicultés contre lesquelles il aurait à lutter ; il n'ignorait pas la mission que son siècle^ avec ses immenses nécessités, imposait au pape. Il n'échappait pas à son regard que lui , l'homme désarmé , il aurait à combattre avec les plus grandes puissances de la terre. On s'explique donc fort bien qu'il n'ait accepté le pouvoir qu'en tremblant et à contre- cœur. Toutefois, il était plein de confiance en Dieu et dans la justice de la cause qu'il avait défendue jusque-là et à laquelle il allait désormais se vouer tout entier. Comme le roi des Romains, l'empereur d'Allemagne, était le protecteur de Rome, il avait le droit de confirmer la nomination du pape. C'est pourquoi l'archidiacre Hildebrand, quoique déjà élu, ne se fit point consacrer, ou plutôt introniser, avant d'avoir reçu l'acte de confirmation. Il écrivit à Henri lY, roi d'Allemagne, de ne le point confirmer, qu'il y allait de son propre intérêt , car une fois pape, Hildebrand ne laisserait pas impunies les graves et nombreuses fautes qu'il avait commises. Aussi les évêques et les grands * qui vivaient dans l'entourage de Henri lY n'étaient pas d'avis que le roi accordât la confirmation * ; Hildebrand était redouté de plusieurs évêques d'Allemagne, qui n'attendaient rien de bon de son pontiticat. Mais Henri lY, quoiqu'il eût beaucoup perdu dans le milieu
* Héfelé, Hat Gregor Vil, bei Heinrich IV, um Bestcetigung seiner Wahl nachgesucht ? {Tûb. theol. Quart. -Schri ft , 18GI , p. 411-416) cherche à prouver contre Papencord ( Geschictite der Stadt Rum im Mittelalter, publiée par Hœfler, Padoue, 1857, p. 208, et Damberger, Synchronist. Gesch., VI, p. 797, que Grégoire VII sollicita la coufirmalion impériale 3 mais que ce fut le dernier pape qui fit cette démarche.
' Ed. Roehrig , De sœcularibus consiliariis Henrici IV,^, i. Dissertât, histor., p. 56. Halse, 1867.
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OÙ il avait été élevé, valait beaucoup mieux encore que la plupart de ceux qui l'environnaient. Il ne suivit donc pas leur conseil, et envoya à Rome le comte Eberhard de Nellembourg pour s'enquérir de l'élection, et, dans le cas où elle aurait été régulière, pour confirmer la nomination d'Hildebrand. Hildebrand fut reconnu et prit le nom de Grégoire YII.
Le maintien du célibat ecclésiastique fut le premier objet de sa sollicitude. Nous savons que dans les derniers temps de la période précédente, un rude assaut avait été livré au concubinage et à la simonie des prêtres , deux vices qui résumaient toute la corruption de ce temps , en tant qu'elle émanait du clergé, et qui, malgré les efforts opiniâtres d'une multitude de papes et de conciles antérieurs à Grégoire VII, n'avaient pas disparu de l'Eglise. Grégoire YII avait donc liérité de ses prédécesseurs le devoir d'y remédier en achevant ce qu'ils avaient entrepris. Il mit au service de cette œuvre le génie et les aptitudes merveilleuses dont le ciel l'avait doué, mais, tout en suivant les traces de ses devanciers, il l'exécuta à sa manière. Au synode pascal de 1074-, il édicta une loi qui supprimait ce qu'on appelait le mariage des prêtres, menaçant d'excommunication les fidèles qui assisteraient aux fonctions sacerdotales des prêtres mariés. Ce dernier trait caractérise à lui seul toute la législation de ce pape. Ses prédécesseurs ne s'en étaient jamais pris qu'aux ecclésiastiques, en leur interdisant le mariage là où il était introduit. Grégoire alla plus loin, et défendit aux fidèles toute relation spirituelle avec les prêtres mariés. C'est par là qu'il parvint à atteindre un but depuis si longtemps poursuivi.
Tout n'était pas fini, cependant, il s'en faut de beaucoup. Le décret du pape excita dans plusieurs parties de l'Eglise le plus vif étonnement, provoqua des résistances ouvertes et donna lieu en certains pays à des phénomènes qu'on pourrait appeler des insurrections cléricales. Grégoire fut traité d'hérétique et accusé d'agir manifestement contre l'Ecriture sainte. Et comme s'il avait défendu le mariage, à tous les chrétiens, au lieu de l'interdire seulement à une institution qui datait des origines du christianisme et ne renfermait qu'une portion relativement très-faible de l'Eglise , on le qualifia de manichéen. « Qu'il fasse venir des anges du ciel, disait-on,