‹ Histoire de l'EgliseChapitre 26 sur 253 · LA LOI DU CÉLIBAT · texte numérisé non relu

LA LOI DU CÉLIBAT

pour nous, nous ne sommes point des anges. » Le monde ne le savait que trop^ et il en pleurait amèrement. Le pire dans cette affaire, c'est que plusieurs évêques, qui jusque-là n'avaient que toléré le mariage des prêtres dans leurs diocèses, le permettaient alors, notamment l'évêque Othon dans le diocèse de Constance. L'archevêque de Mayence^ Siegfried, (1060-1084) ayant réuni à Erfurt un synode diocésain et un synode métropolitain, les prêtres, un grand nombre du moins , se déchaînèrent contre lui avec tant de passion et de violence, qu'il se vit forcé de prendre la fuite, afin de pouvoir renti'er chez lui sain et sauf*. L'évêque de Passau, Altmann, (1065-1091) subit un sort semblable 2. De telles scènes n'étaient point particuhères à l'Allemagne ^ Un concile de Paris poussa l'insolence jusqu'à dire que le décret de Grégoire était non-seulement insupportable, mais encore insensé, comme s'il y avait eu là innovation, et qu'un tel reproche ne fût pas tombé sur plus de deux cents conciles qui avaient fait la même prescription. Un membre bien pensant de ce concile ayant osé rappeler l'assemblée à la modération, faillit perdre la vie*. Dans un synode de Cambrai un moine fut, dit-on, mis à mort^ pour s'être déclaré ouvertement en faveur de la loi.

Ces signes néfastes ne permettaient guère de compter sur le rétablissement définitif de l'antique loi du célibat, généralement et spontanément observée dans les beaux temps de l'Eglise, et aujourd'hui si honteusement foulée aux pieds. Comment espérer qu'elle ne resterait point à l'état de lettre morte? Ce que nous avons vu à Milan, dans l'histoire du onzième siècle, nous allons le revoir maintenant en divers

* K.-F. Stumpf, Die Reichskanzler vornehmlich des x, ^i et xil Jahrhunderts. Innsb., 1865. — Idem, Acta mogunfina sœculi xii. Urkunden zur Geschichte des Erzbisthums Mainz im xii Jaltrhnndert. Innsb., 1862.

s Vita Altmanni, ap. Pertz, Scr., XII, p. 226-243. — Th. Wiedemann, Altmann, Bischof von Passau, p. 112. Aug3b.,18al. — J. Slûlz, Bas Leben des Bischofs Altmann von Passau, p. 71, in-fol. Wien, 1853. — Altmann von Passau im Investiturstreite. (Histo)\-polit. Blœtter, t. XX, p. 257-276, 333-350, 402-419.)

' Héfelé, Synod. zu Rom, Erfurt u. Passau im Eerhst, 1074; V, p. 25-27.

* Héfelé, Synoden zu Paris, Rouen und Rheims , en 1074, p. 27-31. — Histoire de l'Eglise catholique en France, par (Longueval) Jager, t. VI. Par., 1863, p. 394-405.

endroits, surtout en Allemagne, en France et en Italie. Quand les évêques manqueront de bonne volonté ou d'énergie, c'est le peuple qui fera rentrer les ecclésiastiques dans le devoir. On assistera sans doute à plus d'une scène d'horreur, ainsi qu'il arrive ordinairement, quand la fureur du peuple se déchaîne contre les prêtres indignes, car c'est alors qu'elle est le plus terrible. Frustrés des dimes et autres redevances, privés du baptême des enfants et de la bénédiction des mariages, évités pour les confessions et les autres sacrements , les prêtres mariés se virent bientôt délaissés , indigents, sans ressources. La réforme s'opérait donc d'ellemême. Chose horrible î il arriva plus d'une fois au peuple exaspéré de jeter à terre et de fouler aux pieds les hosties consacrées par des prêtres mariés. Il y eut encore, sous d'autres rapports, diverses profanations commises par la foule. Intimidés d'abord par ces excès , plusieurs de ceux qui étaient favorables à la loi se turent et n'insistèrent plus sur son application. Mais Grégoire VU demeura inébranlable , et la suite prouva qu'avec de l'énergie et de la persévérance, la loi était applicable. Ses partisans se déclarèrent de jour en jour avec plus de franchise et de hardiesse , et elle sortit enhn victorieuse de la lutte.

§ 2. La querelle des investitures '.

Le décret sur le célibat rendu par Grégoire VII sous une forme si particulière n'était pas la cause du grand mouvement qui agitait l'univers chrétien; cette cause, il faut la chercher principalement dans sa loi sur les investitures laïques publiée en 1075. Ici encore, si Grégoire VII avait eu des devanciers, il employa des moyens qui n'appartenaient qu'à lui. Ses prédécesseurs n'avaient jamais sévi contre la simonie que dans la personne même des prêtres, en décrétant que les simoniaques seraient déposés, excommuniés, anathématisés même au besoin. Ils n'avaient pas fait davantage.

* E. Noris, Istoria délia investiture délie dlgnita Eccles. Mant., 1741. — Petrus de Marca, De concord. sacerd. et imperii, lib. VIII, c. xix. — Héfelé, Rœm. Fastensynode, 1075, p. 31-43.

Grégoire YIII défendit aux ecclésiastiques de recevoir l'investiture des laïques, et aux laïques de la recevoir des ecclésiastiques. Cette loi avait une tout autre portée. Grégoire interdit aux laïques de nommer des évoques et des abbés ; d'installer dans leurs fonctions des évêques, des abbés et autres ecclésiastiques par le symbole de la crosse et de l'anneau ; aux évêques et aux abbés de prêter au souverain le serment de fidélité. Tous ces points étaient contenus dans la défense de l'investiture laïque. Jamais prédécesseur de Grégoire n'avait eu l'idée d'aller si loin, et, à dire vrai, ce dernier avait dépassé les bornes*; car non content d'interdire les empiétements des rois et des seigneurs sur les droits réels de l'Eglise , il défendit encore qu'à l'avenir les princes exerçassent des droits sur les affaires purement civiles des ecclésiastiques, et porta une profonde atteinte à l'établissement féodal. Ainsi fut rompu le lien féodal qui existait entre les rois et les princes d'une part, et de l'autre entre les évêques et les abbés possesseurs de fiefs impériaux.

Cette constitution de Grégoire YII, immédiatement envoyée et publiée en Allemagne, en France, en Angleterre, n'y produisit d'abord aucun résultat. On la considéra comme l'œuvre d'une tête exaltée qui ne savait plus ce qu'elle faisait, et on ne songea pas le moins du monde à la mettre en pratique. Cependant, quand Grégoire VII monta sur le siège pontifical, la simonie était à un niveau qu'elle n'avait peut-être jamais atteint jusque-là, et non-seulement en Allemagne , mais encore et surtout en France. Les Français, qui sont toujours plus adroits et plus rusés que les Allemands, pratiquaient la simonie avec plus de délicatesse et savaient mieux la dé-

* Héfelé (p. 41, 42) soutient le contraire. «Il est clair, dit-il, que la défense de l'investiture laïque était en soi pleinement justifiée. Mais si la défense devait s'étendre jusqu'à enlever au roi toute participation aux choix épiscopaux , c'était là trop exiger, notamment pour l'Allemagne, puisque les évêques et les abbés y étaient en même temps princes temporels. La difficulté de restreindre dans ses justes bornes et sans violer le principe ecclésiastique cette intervention du roi ou de l'empereur, occasionna la longue querelle des investitures et les violences qui l'accompagnèrent, jusqu'au moment où le différend fut aplani par le concordat de Worms. » En 1075, Grégoire VII se déclarait encore disposé à faire, de concert avec les légats de Henri IV, « quelques modifications » à ce décret.

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