TOME II
désirable. Nous avons encore celui d'un anonyme et celui de Guillaume Durand, évêque de Mende (mort vers 1328). C'est la première fois qu'on réclame une réforme in capite et membris, et les raisons qu'on allègue seront reproduites un siècle plus tard à Constance et à Bàle sous une forme absolument identique. Le concile de Vienne, malheureusement, ne satisfit point à ces réclamations. En le faisant, il aurait prévenu les terribles orages qui éclatèrent à Constance et à Bâle. Clément Y ne s'y intéressait pas sérieusement, et la situation ne le permettait point*.
* Héfelé, Das XY allgem. Concil zu Vienne, VI, 460-473; les canons, 473-487. — Mansi, t. XXV ; Harduin, t. VIL— Goleti, t. XV. — Le 16 octobre 1311 eut lieu la première séance. Trois points étaient à examiner : l'atfaire des Templiers, les besoins de la Terre-Sainte, la réforme des mœurs. La deuxième séance fut tenue le 3 avril 1312. La majorité du concile était contre la suppression des Templiers, lorsque le l^r février 1312, le roi arriva à Vienne avec une suite nombreuse afin d'influencer le pape et le concile. Le 2 mars, il écrivait au pape une lettre où il insistait vivement sur la suppression de l'ordre. Le pape prit un détour en supprimant l'ordre non per modum definitivœ sententiœ, mais per modum provisionis seu ordinationis apostolicœ; non par une sentence juridique, mais en vue du bien général et par ordonnance pontificale, parce que l'ordre était soupçonné d'hérésie, parce que le grand maître et plusieurs membres avaient fait des aveux en matière d'hérésie et de vices, parce que l'ordre était odieux aux rois et aux prélats, parce qu'aucun homme de bien ne voulait le défendre, parce qu'il était devenu inutile pour la Terre-Sainte, te parce qu'en ajournant la sentence, ses biens pourraient être perdus pour la Terre-Sainte. — La bulle de suppression, Vox clamuntis, à\x 22 mars, a été retrouvée à la fin du dernier siècle par l'Espagnol P. Garesmar, dans Ips archives d'Ager, et imprimée dans Viage litterario à las Iglesias de Espana, Madr., 1806, t. V, p. 207-221 (et 221-224); mais elle est restée pendant près de cinquante ans inconnue en deçà des Pyrénées. Réimprimée dans Ticb. theol. Quartalschrift, 1866, p. 56-84, elle a été traduite dans les Archives théologiques, la Correspondance de Rome, le Monde, etc. On la trouve aussi dans Memorias de D. Fernando IV de Castilla, por Ant. Benavides. Madr., 1860, t. II, p. 833-857. Les biens des Templiers furent assignés aux chevaliers de Saint-Jean par la bulle Ad Providam du 2 mai; mais il va sans dire que Philippe ne s'en désaisit point : ils l'intéressaient beaucoup plus que l'hérésie. Dans la troisième et dernière séance (6 mai), il fut annoncé que Philippe le Bel entreprendrait une croisade avec ses fils, ses frères, etc., dans les six premiers prochains ans; que s'il mourait avant ce temps (ce qui arriva;, l'ainé de ses fils accomplirait sa promesse (ce qui n'arriva pas). Il reçut à cet effet le décime ecclésiastique pour 6 ans. — Boniface VIII ayant trouvé à Vienne d'habiles apoloiiistes, Philippe dut se déclarer satisfait. Les décrets de réforme (dix-neuf au moins) furent publiés en 1314 et 1317 dans les Clémentines, que Clément V, peu de temps avant sa mort (21 mars 1314), avait collectionnées pour faire suite aux décrétâtes {liber sextus) de Boniface VIII.