‹ Histoire de l'EgliseChapitre 6 sur 253 · LA SAINTE MESSE · texte numérisé non relu

LA SAINTE MESSE

ployé au concile de Limoges en 1031 , lorsqu'on établit la paix de Dieu.

Vint ensuite la juridiction des archidiacres*. A certaines époques, l'évêque envoyait son archidiacre auprès des curés du diocèse pour les préparer à son arrivée. De pieux laïques, constitués en jurés, étaient chargés de révéler les vices de la paroisse, et les coupables étaient punis selon les lois existantes. Les archidiacres jugeaient à la fois les délits politiques et les délits religieux ; ils ne dédaignaient même pas d'entrer dans les plus infimes détails , s'informant , par exemple, si personne n'avait bu à une fontaine dans laquelle aurait reposé un cadavre, ou mangé d'un lièvre dévoré par un oiseau de proie. De nos jours, on a blâmé l'Eglise d'être descendue à de si vulgaires détails. Ce reproche étonne par son inintelligence. Cette génération étant encore à l'état de minorité sous le rapport religieux, il fallait bien que l'Eglise intervînt jusque dans ses affaires de police. Il faut châtier l'enfant sans pouvoir ou sans devoir lui en expliquer chaque ibis le motif; car ce motif, son intelligence ne saurait encore le comprendre. Pour attirer ces peuples à elle, il fallait que l'Eglise s'abaissât jusqu'à eux. Dans l'Ancien Testament, la loi comprenait à la fois la législation religieuse et civile, car les Israélites d'alors étaient aussi trop peu cultivés pour qu'il fût possible d'agir sur eux par d'autres moyens. 11 en fut de même du christianisme au temps dont nous parlons; il lui fallait en quelque sorte redescendre jusqu'au judaïsme, afin d'élever jusqu'à lui les hommes placés à un si bas degré.

§ 5. L'sages nouveaux introduits dans- la sainte messe ^.

Dans les premiers temps, le pain destiné à la consécration avait la même forme que le pain ordinaire, c'est-à-dire la forme d'un gâteau. Mais on comprit bientôt la nécessité de le préparer avec un soin particulier. Déjà auparavant, on avait choisi les grains de blé et cuit séparément le pain qu'on en faisait. C'est alors que parurent les hosties, qui prévalurent

1 R.-W. Dorn, Die frœnkischeii Sendgerichte , dans Dove, Zeitschr. fur Kirchenrecht, 4» et 5e années. (Tûb., 1864-1865.) * Voir, pour les ouvrages à consulter, t. I, p. 600.

dans le cours du septième siècle. Le pain de la consécration s'appela désormais Hostia ou Oblata. On est tout édifié de lire dans la Vie des saints que de pieuses femmes préparaient ces hosties pour toute la contrée. Quand elles furent définitivement adoptées, les fidèles en offrirent eux-mêmes. Dans l'ordre de Cluny, jusqu'au treizième siècle, chaque moine offrait une hostie pendant le saint sacrifice.

C'est également de cette période que datent les messes particulières et les messes individuelles. Ces dernières sont celles qui se célébraient sans la participation d'aucun membre de la communauté. Jusqu'au septième siècle, il était assez ordinaire de voir un prêtre communier sans célébrer la messe en personne. L'évêque officiait, et les prêtres étabhs dans l'église principale communiaient les dimanches avec les autres fidèles. Mais à partir du septième siècle, les prêtres, et surtout les missionnaires, célébrèrent le saint sacrifice en leur particulier et se communièrent de leurs propres mains : de là le nom de messe solitaire. AYalafrid Strabon et Eugène II, sans parler de divers conciles tenus sous Louis le Pieux, se déclarèrent contre cette pratique, attendu que le prêtre, étant seul, ne pouvait pas dire : Dominus vohiscum.; Sursum corda, ni prier pour les assistants {circiimstantes) . Il fut donc décidé qu'un prêtre ne pourrait dire la messe sans que les fidèles fussent au moins représentés à l'autel par des servants. — On appelait messes particulières celles qui se disaient non pour l'Eglise entière, mais pour un ou quelques membres de la communauté. Dans l'origine, tous les fidèles faisaient leurs offrandes à la messe et y communiaient. Mais le nombre des offrants et des communiants diminuant progressivement, il n'y eut plus que l'une ou l'autre personne pour offrir et pour communier, et c'est pour elles que la messe fut particulièrement appliquée. On le voit, les conditions de fortune avaient complètement changé pour l'Eglise. Dans les premiers siècles, on faisait en outre des offrandes en nature pour les prêtr^es et les fidèles pauvres. Maintenant que l'Eglise possédait des biens-fonds, elle pouvait tirer de là la matière des offrandes. Outre les besoins généraux, il y en avait de particuliers pour lesquels on priait les prêtres d'intercéder auprès de Dieu : de là les honoraires de messes, déjà

Page 1