‹ Histoire de l'EgliseChapitre 86 sur 253 · TOME II. B · texte numérisé non relu

TOME II. B

î)30 HifiTOiRE DE l'Église.

diverses engendrèrent entre lui et son père une division qui contraignit François à déserter le foyer paternel. Il se présenta à l'évêque d'Assise et fit entre ses mains le vœu de pauvreté. Affranchi désormais de tout lien terrestre^ il parcourait les prairies et se sentait transporté d'admiration. Considérant la pauvreté comme le symbole d'une âme dégagée des entraves de la terre, il croyait n'appartenir plus qu'à Dieu. Cependant, il est aisé de voir par tant de phénomènes étranges que nous remarquons en lui, qu'il n'avait pas encore une conscience bien nette de son état. Un riche citoyen d'Assise et un chanoine s'attachèrent à lui , et bientôt ils se trouvèrent au nombre de onze. François, après avoir hésité d'abord s'il choisirait la vie purement contemplative, résolut enfin d'imposer la prédication à ses religieux et d'en faire même le principal article de sa règle , car la prédication était alors fort négligée. Prenant donc à la lettre le précepte du Seigneur à ses apôtres, il envoya ses rehgieux sans leur donner aucune ressource; il leur recommanda de prêcher l'Evangile avec toute la simplicité possible, de se donner tout entiers à la pauvreté, mais sans mépriser les riches. Dieu étant le Dieu des riches aussi bien que des pauvres. Ils produisirent partout la plus grande sensation ; mais quand ils en venaient à demander l'aumône , ils étaient souvent accueillis par des moqueries et des refus. En 1210, François se rendit à Rome et pria Innocent III de confirmer sa règle. Ce pape, alors très-occupé, et le prenant pour un esprit exalté, le congédia brusquement. Mais il ne tarda pas à le rappeler, confirma son ordre et le prit sous sa protection. Cette confirmation toutefois , le pape ne la donna que de vive voix : il voulait attendre l'événement. François, au comble de la joie, envoya ses disciples dans le monde entier, et en 1222, son ordre fut formellement reconnu par Honorius III.

Sa règle, une des plus belles productions de la littérature chrétienne, ne peut qu'inspirer de l'attachement pour un homme qui a su tirer de son cœur des paroles si enflammées. Ses disciples ne devaient rien posséder, ni en argent ni en biens-fonds ; ils ne devaient pas même toucher de l'argent. Le genre de vie qu'il leur prescrivit est un des plus misérables qui se puissent concevoir. Le travail manuel serait

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LES FRANCTSCAINS. 531

leur gagne-pain; s'il ne suffisait pas, ils iraient mendier. Ils devraient s'adonner tout entiers à l'enseignement, à la prédication et à l'instruction des infidèles, mais surtout agir par le bon exemple.

François donna aussi une constitution à son ordre , la première que nous rencontrions dans l'histoire ecclésiastique. Un seul chef fut assigné à l'ordre tout entier et reçut le nom de ministre général, pour exprimer l'humilité de l'ordre et afin que son chef se la rappelât constamment. L'ordre fut divisé en provinces ; chaque province eut à sa tête un ministre provincial, et chaque couvent un gardien. Un chapitre devait être tenu tous les trois ans. Les provinciaux et les gardiens devaient se réunir en chapitre. Ce chapitre nommait le général et le déposait en cas d'indignité. Un cardinal était protecteur de l'ordre. François était allé un jour auprès d'Innocent III, et comme il l'avait trouvé fort occupé, il l'avait prié de lui désigner un cardinal auquel il pourrait s'adresser régulièrement. Innocent y consentit, et depuis lors un cardinal resta toujours intéressé à Tordre.

La première maison et la première église des franciscains furent un présent des religieux de saint Benoit. Le terrain où s'élevait leur église s'appelait Portioncule, et a donné son nom à l'église. C'est là que François séjournait de préférence. Le Christ lui étant apparu un jour, il lui demanda une indulgence pour cette église. François portait sur son corps les cinq plaies du Sauveur ; plusieurs refusaient déjà d'y croire à cette époque, mais elles sont attestées par les hommes du plus grand mérite, entre autres par saint Boiiaventure , et des milliers de personnes les virent après sa mort. Yoici la description qu'en donne ce dernier. Un clou, dur au toucher, s'était formé au milieu de la blessure même, et quand on pressait dessus, il sortait par- dessous. — La vie du saint fut abrégée par ses souffrances, et il mourut avant qu'on s'y attendit (122(5). Sa vie a été écrite par saint Bonaventure, un (le ses disciples les plus initiés ; on ne peut la lire sans se sentir profondément ému et édifié. Elle contient aussi sur la propagation rapide de l'ordre de très-nombreux et importants renseignements.

Les dominicains^.

Saint Dominique naquit en 1170. Son père appartenait à la race des Gusmans, célèbre famille espagnole. Il fréquenta de bonne heure les écoles de Valence , plus tard celles de Salamanque, et se signala par son application, ses talents, sa piété et ses bonnes mœurs. Comme saint François, les souffrances de l'humanité le touchaient profondément, et un jour, encore simple étudiant, il vendit ses livres pour en distribuer la valeur aux pauvres. Il fut nommé chanoine d'Osma. Son évêque, qui devait parcourir le midi de la France en 1205, l'emmena avec lui. Les hérétiques ravageaient alors cette portion de l'Eglise, et l'indifférence du clergé obligea d'y envoyer douze religieux de Citeaux, qui déployèrent une grande énergie. Nos deux Espagnols s'attachèrent à eux. Cependant l'évêque dut bientôt repartir, et les cisterciens perdirent tout espoir de succès. Dominique resta seul. Comprenant qu'il lui fallait des auxiliaires habiles, il en réunit un grand nombre

* Vita S. Dominici (mort en 1221) et miracula, auct. Bernardo Guidonis, et Aliœ viiœ, ap. BoUandist., 4 août, t. I, p. 358-545, 647-658. — Tim. Bottoni, Vita di S. Domeyiko. Ven., 1589 (Fir., 1596), 3 vol. in-fol. ~ Joann. Nys, Vita et miracula s. p. Dominici. Antv., 1611, m-4o, 32 grav. — Nie. Jansonius, Vita S. Dominici ord. prœd. Antv., 1622, iu-8o. — F. Castillo y Juan Lopez, Historia gênerai de santo Domingo y de su orden de predicadores.WdW'SiàoWà., 1612-1622, 6 vol. in-fol. (enital., Firenze, 1645, 2 vol. in-fol.). — L. Sousa, Historia de S. Domingo, 3 vol. in-fol. Lisboa, 1623-1626-1678 (1774). — Ambr. Gomez, Vida del S. Domingo. Madr., 1653, 1 vol. in-fol. — Ant. Touron, Vie de saint Dominique de Guzman. Par., 1739, in-4o (1747). — Histoire des hommes illustres de l'ordre de saint Dominique, par le même. Par., 1743, 6 vol. in-4o. — Annales ordinis prœdicatorum, aucl. Th. M. Mamachio. Romae, 1756, 1 vol. in-fol. (t. I, Vita S. Dominici). — Vie de saint Dominique, par le P. H.-D. Lacordaire. Par., 1840. — Hurter, IV, 231-265.

Monumenta et antiquitates veteris disciplines ord. prœdicatorum ab an. 1216 ad i^!{S,prœsertim in romana provincia, etc., op. et stud.P. PiiThomae Masetti. Romae, 1864, 2 vol. (p. 478 et 333). — Bullarium ordinis fr. prœdicatorum; opéra F. -Th. RipoU. Romae, 1729 1740, 8 vol. in-fol. — Les Annales et la Chronique des dominicains de Colmar, édition complète d'après le manuscrit de la bibliothèque de Stuttgart, etc., par Gérard et Liblin. Colmar (Bàle), 1854, in-8o. — P.-Th. de Burgo, Hibernia dominicana. Goloniae, 1762, in-4o (presque introuvable). — Bibliotheca dominicana, a Fr. Ambrosio de Altamura. Romae, 1677, 1 vol. in-fol. — Jac. Quetif et Jac. Echard, Scriptores ordinis prœdicatorum. Par., 1719, 2 vol, in-fol.

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