LES BÉNÉDICTINS EN ANGLETERRE, EN SOUABE
chassa l'abbé légitime et occupa la maison jusqu'à la mort de l'évêque de Werdenberg. L'abbé put alors rentrer.
Le malheur de plusieurs de ces abbayes, entre autres d'Ëlchingen et de Blaubeuern, datait de l'époque de la peste noire (1348), dont les ravages n'épargnaient souvent qu'un ou deux rehgieux. 11 n'y avait plus d'abbés, les édifices tombaient en ruine, les propriétés dépérissaient; la disciphne, il n'en était plus question. Plusieurs couvents disparurent sous le règne de Louis de Bavière. Blaubeuern fut réformé par les soins de la congrégation de Sainte- Justine. En 1488, quand Fabri écrivait, les religieux de ce couvent l'emportaient sur tous ceux de la contrée par leurs connaissances en philosophie, en théologie, en médecine, en histoire et en arts libéraux.
L'ordre des cisterciens se relevait en même temps que celui des bénédictins. L'abbesse Elisabeth Krelin réforma avec beaucoup de prudence et de vigueur les cisterciennes de Heggbach, auxquelles Ulm, Biberach et d'autres villes fournirent de nombreuses recrues. La pieuse abbesse, dont Félix Fabri était le confesseur, mourut en 1480*. — La réforme de Heggbach amena celle des bénédictins de Urspring, près de Ulm, dont l'abbesse, Gredanna de Freyberg, fut aidée par la duchesse Mathilde d'Autriche (1475). Il fallut expulser par la force les nonnes récalcitrantes. Les offices de ce couvent furent confiés à des religieuses mandées de Saint- Walbourg à Eichstsedt; mais celles qui étaient restées à Urspring surpassèrent bientôt leurs maîtresses par leur zèle et leur régularité. Hélène de Hurnbaim, qui avait succédé à Gredanna, fit abattre l'ancien édifice du couvent et le remplaça par un nouveau; toutes les religieuses mirent la main à l'œuvre jusqu'à ce qu'il fut achevé.
Entre les couvents réformés de la Souabe, on cite encore celui des rehgieuses de Marie Medingen, de Sœflingen près
* Félix Fabri, p. 291 : « Religio cisterciensium tepesceute fervore remissionem passa iu defectum lapsa fuit, sicut et ceeteroe religioues, et multos annos in dissolutioue ordo sauctus permansit usque ad illa tempora, quo religio S. Benedicti reviviscere cœpit; tune et cistercienses evecti fuerunt. » C'était donc comme en Italie, où les bénédictins réformèreut aussi les cisterciens et d'autres ordres.
od6 histoire de l'église.
de Ulm, et celui des minimes à Ulm. Les frères prêcheurs de Ulm, dont Félix Fabri était sans doute le personnage le plus important, avaient déjà été réformés auparavant. Sur l'avis du prieur des dominicains , Louis Fuchs , le magistrat de Ulm introduisit en 1484, avec l'approbation du pape, la réforme chez les minimes de Ulm; on écarta les anciens religieux, et on les remplaça par des nouveaux déjà réformés. Les clarisses de Sœflingen furent réformées presque violemment. Un jour, « les seigneurs de Ulm, suivis de pieux docteurs appartenant à différents ordres, de citoyens, de nobles, de corporations de métiers, d'hommes armés et non armés, d'une foule immense, marchèrent contre Sœflingen, comme pour livrer une bataille à la gloire de Dieu; ils emmenaient avec eux sur des chariots la nouvelle abbesse et plusieurs religieuses réformées. » L'abbesse et les anciennes nonnes, ne voulant point céder, furent enlevées par des sergents de ville et conduites à Ulm, dans la maison des tertiaires de saint François. Cependant, des évêques, des nobles, des villes entières s'intéressèrent aux religieuses expulsées, et le magistrat de Ulm se vit dans le plus grand embarras. « Il est impossible, conclut Fabri, de décrire la constance, le courage, le sangfroid et la patience des seigneurs de Ulm dans cette circonstance; on écrirait des volumes entiers sur les négociations qu'entraîna cette affaire. » Sœflingen resta toutefois aux nonnes réformées, et il a subsisté jusqu'au commencement de notre siècle.
Si, une génération plus tard, le conseil de Ulm eût montré la même énergie , la ville serait encore cathoUque aujourd'hui, ainsi que plusieurs autres localités du pays; bien des choses seraient ou restées ou devenues meilleures qu'elles ne sont maintenant. Les dominicains réformés de Ulm, successeurs de Fabri, résistèrent vaillamment à la réforme protestante ; mais comme on leur refusait à Ulm le libre exercice du culte, ils se retirèrent à Rottweil et s'unirent aux dominicains de ce lieu.
La congrégation de Sainte- Justine avait, dans le cours du temps, absorbé la plupart des monastères bénédictins en Italie; l'abbaye - mère , le Mont-Cassin, avait été, en 1454, livrée en commende à des étrangers. Après avoir été régie