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COGRÉGATIO.X DE SAINTE- JUSTINE

abbé du couvent de cette ville en 1409, et évêque de Trévise en 1427, nonce du pape au concile de Bâle (mort le 19 septembre 1443), fut le fondateur de cette congrégation et écrivit son histoire antérieure*. A cette époque, les moines noirs avaient presque complètement disparu de l'Italie. Il y avait des célestins, des olivétains, des cisterciens, des camaldules, des vallombrosiens, des sylvestrins, mais presque point de bénédictins. En 1410, le jour de Pâques, le premier novice reçut riiabit de l'ordre : « C'est en ce jour que naquit la congrégation, et l'ordre des moines noirs, presque totalement éteint en Italie, ressuscita de la mort. » Le nombre des religieux s'accrut bientôt d'une façon prodigieuse. Le deuxième couvent fut établi à Bassano, le troisième sur le mont Agriano, près de Yérone, le quatrième à Gênes, sous l'abbé Joacliim, le cinquième à Saint-Esprit, près de Pavie. Le moine Baptiste de Mantoue ébranla toute la Haute-Italie par ses prédications terrifiantes. De Pavie, la réforme se propagea dans divers couvents, tels que : Sainte-Marie à Florence, Saint- Georges Majeur à Venise, placés sous le général de Sainte-Justine. En 1425, seize moines de ce dernier couvent furent appelés à Saint-Paul de Rome, dont le cardinal de Sienne (plus tard Eugène IV) les mit en possession. Cet établissement, protégé par Eugène IV, porta des fruits magnifiques et grandit de jour en jour.

L'état florissant de la congrégation vers la fin du quinzième siècle est attesté par un dominicain de Ulm, Félix Fabri, qui, revenant d'un voyage en Terre-Sainte, où il était allé deux fois, se trouvait à Venise en 1489 2. Outre Barbo, il cite comme fondateurs de l'ordre Roland de Padoue et Jacques de Ticino. « On trouve chez eux, dit-il, un nombre infini de savants, de juristes, de légistes, de canonistes, de philosophes, d'orateurs, d'historiens, et surtout de théologiens profonds, qui confondent les déclamations verbeuses

1 Ven. Ludovici Barbi, Ep. Tarvisiui, 0. S. B., Liber de initio et progressu congiegationis henedictinœ S. Justinœ de Padua, nunc casinensis ; e cod, ms. monast. S. Justinœ nunc primum erutus, ap. Pez, Thésaurus anecd. tiovissimus, t. II, p. 268-308. — Lud. Tosti, Storia di Monte- Cassino, t. III, p. 253.

* Fratris Felicis Fabri Evagaiorium in Terrœ sanctœ, Arabiœ et ^gypti peregrinationem, éd. G. D. Hassler. Sluttg., 1843-1849,1. III, p. 393.

et criardes de nos gradués et de nos hommes en barrettes. » Les Pères de la nouvelle observance étaient^ de plus, des modèles de vertu et d'activité. Quel ordre est aussi libéral en aumônes, aussi généreux en hospitalité? Quel évêque, quel prince séculier le surpasse en ce point? Des nuées de pauvres s'abattent sur leurs couvents pour y sucer le miel de leur bienfaisance, et leurs maisons semblent moins la demeure des moines que le refuge des malheureux. Les religieux en particulier sont accueillis avec une affection et une cordialité étonnantes, surtout quand ce sont des hommes savants et exemplaires. Aussi sont-ils rarement sans avoir des hôtes de quelque couvent. » Du vivant de Barbo, la congrégation espagnole de Valadolid fut fondée selon le modèle de celle de Sainte- Justine (congregatio vallisoletana) . Sur la demande d'Eugène IV, Barbo composa pour elle ses Explications de la Règle de saint Benoît, à l'usage de la congrégation de Valadolid en Espagne^. Le Portugais Gomès, entré à Sainte- Justine en 1413, réforma l'abbaye Sainte-Marie de Florence en 1415, et fut nommé par Eugène YI visiteur apostohque de tous les couvents de cette ville. Il réforma les cisterciens, les sylvestrins, les humiliants, les minorités, les brigittines.

En 1439, ce pape le nomma général des camaldules, afin qu'il y introduisît la réforme. Il exerça cet emploi pendant trois ans.

Rentré en Portugal sur la demande de son roi pour y rétablir la discipline monastique, il mourut à la tâche, dans le couvent de Sainte-Croix, à Coimbre. Au seizième siècle, une nouvelle congrégation de bénédictins fut instituée en Portugal ^

Eugène VI délégua Placide Pavanello, abbé de Saint-Paul de Rome, pour réformer Vallombreuse et les abbayes de sa

* Armellini, Bibliotheca benedictino - casinensïs , sive scriptorum casinensis congregationis, alias S. Justinœ patavinœ, pars i; ibid., sur Barbo, Leonellus Crocecalle, dans Historia abbatum S. Justinœ, lib. V, p. 135. Assisii, 1731. — Declarationes in regulam S. P. Benedidi pro cùngregatione vallisoletana , — apud Privilégia prœcipua congreg. S. Benedidi vallisoletani a summis pontifidbus concessa et confirmata. Vallisoleti, 1595, p. 101.

' Armellini, Catalogus monachorum s. congregationis casinensis alias S. Justinœ, qui alias monachorum congregationes vel monasteria reformarunt. Assisiis, 1733.

LES BÉNÉDICTINS EN DALMATIE, EN l'RANCE, ETC. 553

dépendance*. Pavanello y travailla pendant quinze ans. La réforme des cisterciens d'Italie fut conduite à bonne fin par Antoine Nobili, entré à Sainte-Justine en 1424. Aux seizième et dix-septième siècles, c'était encore dans cette congrégation que les papes prenaient des religieux pour régénérer d'autres ordres '. Pie V chargea Archange Rossi et plusieurs autres moines d'entreprendre la réforme des cisterciens de Toscane.

Chrysostome Calvini, né en Calabre, fonda en 1547, sur Tordre de Paul III, la congrégation deMéléda, près de Raguse en Dalmatie, suivant le modèle de Sainte- Justine. Louis Grisoni, à la demande de Grégoire XIII, réforma en 1575 les couvents des religieux de saint Basile dans les Etats de l'Eglise, de Naples et de la Sicile. Nicolas Riccioli (mort en 1693) institua, à l'appel de Charles Kopek, noble Polonais, le couvent de Castro- Cassino en Lithuanie, et réforma celui de Sainte-Croix dans la même province.

Didier de la Cour, abbé de Saint- Vannes (1596), est le fondateur de la congrégation lorraine de Saint-Hidulphe et Saint -Vannes. Sur l'avis de Paul V, Rozet fut envoyé au Mont-Cassin pour y étudier les usages des bénédictins. A son retour, le pape lui adjoignit l'excellent P. Lucalberti, pour l'aider dans la réforme. Telle fut l'origine de la congrégation de Saint-Hidulphe et Saint- Vannes^ précurseur de la fameuse congrégation de Saint-Maur.

En Angleterre, sous Marie la Cathohque, le monastère de Westminster et l'ordre des bénédictins furent rétablis en 1553 et supprimés par la reine Elisabeth. L'abbé Feckenham, ayant refusé de passer dans la haute Eglise , fut enfermé dans le Tower, où il mourut en 1585. Un seul des anciens bénédictins vivait encore, Dom Bucleus, lorsque l'Anglais Thomas Preston se rendit au Mont-Cassin et fit de la conservation des bénédictins anglais la tâche de toute sa vie. Plusieurs jeunes Anglais furent élevés par ses soins dans les couvents de Sainte-Justine. De concert avec ses confrères d'Angleterre sortis de la congrégation de Valadolid, il institua en 1609 la congrégation des bénédictins anglais, qui eut des établissements à Douai, en Flandre, à Dieuleward en

* Armellini, I, 9.

' Armellini, Cataloy, episcop. e congreg. S. Justinœ, etc., p. 49.

Lorraine, à Zelle en Brie, à Cambrai, à Lanspringe près d'Hildesheim.

Dans le sud de l'Allemagne et de l'Autriche, les congrégations de Mœlck * et de Castel subsistaient dès le seizième siècle. Mais la congrégation de Sainte-Justine se répandit encore davantage dans la Souabe. Ulric Hablutzel fut le premier, dit Félix Fabri', qui mit la main à l'œuvre, en réformant son couvent de Wiblingen (1445). On ne saurait dire tous les déboires que la résistance des siens lui fit essuyer ; il parvint cependant, à force de travaux et de peines, à élever son couvent à une telle perfection, qu'il servit de modèle à tous ceux d'Alemannie et devint, par les hommes nobles, zélés et prudents qu'il produisit, le foyer général de la réforme^. — Dans le couvent voisin de Elchingen, la réforme fut introduite en 1451 par l'abbé Frédéric Zwirna, qui envoya la jeunesse de son couvent dans les universités et dans les monastères déjà relevés, et s'apphqua ensuite, avec le concours de l'évêque d'Augsbourg, le cardinal Pierre de Schombourg, à réformer sa propre maison. Le cardinal étant arrivé à Elchingen avec son coadjuteur Gossel et l'abbé Hablutzel, l'abbé Zwirna résigna entre ses mains. Les moines ayant renoncé à leur droit électoral , le cardinal nomma abbé le prêtre Paul Kast de Ulm, qui sortait de l'université de Vienne et venait de célébrer sa première messe. Sous son gouvernement, Elchingen fut complètement renouvelé au temporel comme au spirituel, et fournit à d'autres couvents une multitude de réformateurs et d'abbés, notamment à celui de Ottobeuern, où l'évêque Jean de Werdenberg envoya des bénédictins réformés de Elchingen et de Saint -Ulric. Mais les anciens religieux se révoltèrent, et il fallut recourir à un légat du pape pour rétabhr l'ordre. Profitant de ces discordes, le duc Georges de Bavière fondit sur le couvent,

1 Fr. Keiblinger, Geschichte des Benediktiner-Stiftes Melk. Wien, 1867,

t I p. 499 etc.

aVelix Fabri, Historia Suevorum, dans Goldast , Suevicarum rerum scriptores aliquot veteres. Fraiicof., 1603.

8 Lorsqu'on voulut, à la fin de ce siècle, réunir les établissements de Melk, Cassol et Bursfeld, les députés qui arrivèrent dans ce but au chapitre général de Seligenstadt, eu 149G, venaient de Wiblingen et d'Elchingen. Ils n'appartenaient donc pas à Sainte-Justine, mais à Melk.

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