Les réformateurs violents et fatalistes
• L. Tosti, Storia délia Badia di monte Cassino, t. III. Napoli, 1843, p. 159.
* Alph. Dantier, les Monastères bénédictins d'Italie, 2 vol., 2e édit. Par., 1867. — Bibliotheca benedictina casinensis sive scriptorum casinensis congregationis, alias S. Justinœ patavinœ, qui in ea ad hœc usque tempora floruerunt operum ac gestorum notitia, auct. Mariano Armellini. Assisii , 1731-1732, 2 part, in i t. in-fol. — Appendix de viris litteris illustribus. Fulginei, 1732. — Additiones et correctiones. Fulginei, 1735. — Append. de quibusdam aliis per îtaliam ordinis sancti Benedicti scriptoribus. Fulg., 1736. — Catalogi très episcoporum, reformatorum et virorum sanctitate illustrium e congregat. casinensi. Ass., 1733; Romae , 1755. — Erasmi Gattolœ historia ahbatiœ casinensis, sœculorum série distributa. Venetiis, 1733, 1734, 4 tom. in 2 vol. in-fol. — Bullarium casinense, éd. G. Margarinus. Venel., 1650; Tuderti, 1G70, 2 vol. in-fol. — Storia délia badia di S. Silvestro di Nonantula , éd. Tiraboschi. Mod,, 1782-1785, 2 vol. in-fol.
§ 1*\ Les faux splrltualistes populaires^.
Une division des cathares et des pétrobrusiens , fondés par Pierre de Bruys , prêtre fugitif et excommunié ; les lienriciens, ainsi nommés du diacre Henri de Lausanne, disciple de Pierre; les vaudois et les arnoldistes appartiennent à la première classe. Ces sectaires, presque tous unanimes entre eux, rejetaient la partie extérieure de la religion, le sacerdoce, par conséquent, dont ils niaient l'institution divine, soutenant que les prêtres avaient perdu leur dignité par leurs vices et leurs richesses. C'était une réapparition des donatistes. Ils étaient principalement opposés au baptême des enfants, et sans doute aussi au baptême en général, niaient la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie et la messe en tant que sacrifice. Culte extérieur, culte des saints, prières pour les morts, rien ne trouvait grâce devant eux. Pierre était tellement ennemi du jeûne qu'un jour de vendredisaint, dans le Languedoc, il ramassa tous les crucifix, y mit le feu et y fit cuire de la viande qu'il donna à manger aux siens : c'était sa manière d'abolir le culte des images et le jeûne. Il fut brûlé lui-même dans une circonstance analogue (vers 11 24-1132). Son disciple Henri (1116-1148) trouva surtout de nombreux partisans à Albi et à Toulouse. De mœurs trèsdépravées, Henri excita dans plusieurs villes, au Mans, par exemple, les plus graves désordres (1116) 2. Les églises, écrivait saint Bernard, sont sans peuple, les prêtres méprisés, les sacrements désertés. Albéric, légat du pape, chargé de ramener ces sectaires dans le sein de l'Eghse, arriva à Albi avec une grande pompe et ne fit (ju'irriter davantage le peuple. Saint Bernard lui succéda, et quelques jours lui suffirent pour convertir les henriciens. (1148). Il les avertit de ne plus ajouter foi désormais au premier venu.
» Ul. Hahn, Gesch. d. Kelzer ira Mittelalter, 3 t. Stuttg., 1845-1850.
' Acta episc. cenomanensium, c. xxxv, ap. Mabillou, Analecta, t. 111, p. 310. — Bernardi Ep. cxcix, ccxli. — Beroardi, Vita auct. Gaufrido, III, 6. — Paul Pioliu , Histoire de l'église du Mans, t. III. Par., 1856, p. 492. — Les Doctrines d'Arnaud de Bresse, de Pierre Bruys et de Henri, par C. baron Eckstein, dans le Catholique, t. IX, p. 394.
LES SPIRTTUALTSTES. 559
5 2. Le» spirittiaISsieA spéculatif» panthéistes.
Arnold de Bresce insistait principalement pour qu'on ravît aux clercs tous leurs biens temporels et qu'on ne leur laissât que la dîme. Il condamnait le baptême et l'Eucharistie. Frédéric I" le fit brûler (1155). Adonné aussi à la spéculation, il enseignait que les âmes humaines sont une émanation de Dieu. Dieu, le Christ et les âmes, disait-il, sont une seule et même chose : toute division est un péché. Quiconque admet cela est prêtre ; les autres ne le sont qu'en apparence *.
Les vaudois descendent de Pierre Yaldo , marchand lyonnais , qui ayant perdu la raison, par suite de la mort d'un parent, se décida à ne vivre plus que d'aumônes (vers 1160). Il était pieux, mais la vanité le gagna bientôt. Il extrayait de l'Ecriture sainte certains passages qu'il apprenait par cœur et expliquait dans des prédications publiques. L'archevêque de Lyon s'y étant opposé, il s'adressa à Alexandre III, qui repoussa sa demande (M 79). Il s'égara de plus en plus et trouva bientôt de nombreux sectateurs dans le sud de la France, et surtout dans les montagnes du Piémont, où ils ont subsisté jusqu'à nos jours. Les vaudois pratiquent la communauté des biens, se partagent en parfaits (maîtres) et en imparfaits , et tiennent particulièrement à l'emploi de la langue vulgaire dans leur culte reUgieux ^.
• p. 354. — (Duller, Arnold von de Brescia, 1848.)
* Carol. Duplessis d'Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, qui ah initio xil sœculi in Ecclesia proscripti sunt et nùtaii. Lutet., 1724, 3 vol. in-fol.; t. I, p. 71. - Bernard, abbas Fontis calidi (mort avant 1200), adv. valdensium sectam (Migne, Patrol. lat., t. CCIV). —- Walter Mapes, De nugis curialium. Lond., 18o0, m-4o. — Halm, Ketzer d. M. A., t. II; Phillips, Walt. Map. Wien, 1853. — Stph. de Borbone, vers 1250, De septem donis Spiritus sonrfi, VII, 31 (Argentré, I, 85). — Alanus de Insulis (p. 477). — J. Monela, 0. S. D., vers 1240, Adv. cathoros et valdcnses, éd. Ricchini. Rom., 1743, 1 vol. in-fol. — R. Sacchoni (p. 633). — J. Léger, Histoire générale des vaudoises. Leid., 1669, 2 t., in-fol.; Lips., 1750. — F. Bender, Geschichte d. Waldenser. Ulm, 1850. — Halin, II, 1847. — A. Dieckhoff, Die Waldenser im Mitlelalter. Gœlt., 1851.— Herzog, Die rornaniscUen Waldenser, etc. Halle, 1853. — Dieckhoff, Die Waldenser im Mittelalter. Gœtt., 1858. — Friedrich, Die Verfœlschung der Lehreder Waldenser, dans Oesterr. Vierteljahrschrift, 1866, p. 41-82.
On les appelait aussi la secte de Lyon [leonistœ, liumiliati, sabatati). Comme ils accordaient aux laïques le droit d'enseigner, ils furent excom-
560 HISTOIRE DE l/ÉGLTSE.
Des hommes se rencontraient parmi eux, tels que Eon, qui sans autre argument que ce texte de l'Ecriture : Per eum qui venlurus est, etc., faisaient illusion à des milliers d'esprits. Appelé au concile de Reims (IMS), Eon fut relégué dans le couvent de Saint-Denis. Tanchelm, qui se donnait pour le Fils de Dieu, déshonorait les femmes devant leurs maris, les filles devant leurs mères, et n'en avait pas moins de crédit (1115). Il se maria un jour avec un tableau de la sainte Yierge, et les habitants d'Anvers remplirent de présents de noces les armoires destinées à les recevoir. Norbert parvint seul à ramener ces insensés à la raison *.
Amalric de Bène et son disciple David de Dinant, les frères et les sœurs du libre esprit, V ordre des apôtres et les franciscains exaltés. — Amalric de Bène (près de Chartres), professeur à Paris, possédait une vaste érudition et se consacra plus tard à la théologie (vers 1204). Voici comment il interprétait le dogme de la Trinité : le Père , le Fils et le Saint- Esprit désignent trois périodes historiques ; le royaume du Père est le temps de la loi ; le royaume du Fils a duré jusqu'au temps d' Amalric ; dans la troisième période , celle du Saint-Esprit, les sacrements cesseront et toute loi sera anéantie. Celui qui a le Saint-Esprit peut tout se permettre et se livrer à tous les plaisirs. — Ces sortes d'interprétations étaient fréquentes à cette époque.
h' Evangile éternel a été souvent attribué à Joachim, abbé de Flore en Calabre (mort en 1202). Dans son zèle aveugle, Joachim appliquait les prédictions des prophètes et de l'Apocalypse à l'EgUse visible, qui allait être punie, disait-il, par l'antechrist, sorti des patarins (par l'empereur d'Allemagne et le glaive des mahométans). Quand l'âge du Père, qui vit sous l'empire de la chair, quand l'âge du Fils , intermé-
muniés par Lucius III (1184). Ils disaient que l'Eglise était morte depuis le pape Sylvestre I", et ne subsistait plus que chez quelques hommes « silencieux. » Ils rejetaient le purgatoire et l'intercession des saints. Leurs maîtres, ou barbes, tirés de la classe des parfaits, prêchaient, entendaient les confessions et donnaient l'Eucharistie. Innocent III s'efforça de les amener à l'Eglise.
* Il se disait l'égal du Christ, en vertu du Saint-Esprit. Il fut assassmé vers 1124. (Argentré, t. I, p. 11. — Vita i>. Norherti, c. xxxvi (Bolland., juin, t. l, p. 84â.)
LES SPÎRITÎÎALISTES. r>(i1
diaire entre la chair et l'esprit, seront écoulés*, arrivera l'âge (lu Saint-Esprit, qui s'est déjà annoncé en saint Benoît. Joacliim passait aux yeux de ses contemporains pour un prophète et un saint -.
Les frères et les sœurs du Uhre Esprit invoquaient surtout ce passage de YEpître aux Romains, vm, 2-4- : « La loi de l'esprit m'a affranchi de la loi du péché et de la mort. » Le chrétien pariait, concluaient-ils , n'a pas hesoin de loi ' ; les œuvres de l'homme charnel ne souillent point celui qui vit de l'esprit. Aussi se livraient-ils aux plus infâmes débauches. Les uns n'avaient point de femmes, mais bien des personnes du sexe , ou suestriones. Ils enseignaient aussi formellement le panthéisme et l'antinomisme.
Ces sectaires, connus aussi sous le nom de beghards ou vaudois, subsistèrent jusque bien avant dans le quatorzième siècle. Ils étaient répandus en France, en Italie et en Allemagne. Les adamites, qui avaiçnt avec eux des affinités,
* p. 512. Engelhardt, Abt Joachim und das ewige Evangelium; Amalrich von Bena; zur Gesch/chte der Dreieinigkeitslehre im zwœlften Jahrlt., dans KirchengescJdchtliche Abhandlungen. Erl., 1832, p. 251. — J.-H. Krœnlein, De genuina Âmalrici a Bena ejusque sectatorum ac Davidis de Dinanto doctrina. Gissae, 1842. ( Le même, Am. v. B. und David v. Dinant, dans Theologische Studien, 1847. — G.-U, Hahn, Amalrich von Bena, Theol. Studien. 1846; Geschichte der Kefzer des M. A., tome III, 1850, p. 176.
' Joachim, d'abord cistercien à Sambucina, devint abbé du couvent de Guratium. Vers 1290, il construisit le monastère de Flore et lui donna des statuts particuliers, que plusieurs couvents de cisterciens adoptèrent dans la suite. — Ses vues sur la Trinité ( il considérait la nature commune aux trois personnes pour une quatrième personne) furent condamnées au quatrième concile de Lalran. — Liber concordiœ Nov. et Vet. Testamenti. Venet., 1519, in-4o. — Psulterium 10 chordarum (sur la Trinité), ed Venet., 1527, in-4o. — Comnwntarius in Isaiam, ed. Venet., 1517, in-4o. — In Jerem. Venet., 1519, 1525; Colon., 1577. — In ApocaL, ed. (cum Psalt, 10 c/iorrf.) Venet., 1527, in-4o. — Vaticinia (sur les papes, deituis 1288- 1388, apocryphe). Patav., Î625, in-4o.
Vita B. Joachimi abbatis, auct. Jacob. Graeco Syllanaeo, mon. Florensi [Acta sanct., 29 mai, VII, p. 94). — Miracula ... collecta ab eodem, ibid., p. 112-124. — Synopsis virtutum B. Joachimi, auct. Luca, Consentino archiepisc. (1224), ap. Ughelli, Italia sacra, IX, p. 205. — Papebroch, Comni. pvœvius, loc. cit., p. 89, et Disquisilio liistorica de Florensi ordine, prophetiis, doctrina beati Joachimi, ibid., p. 125-143. — G. Greco, Vita dell' abbate Gioachimo. Gosenza, 1612, in-4o. — Gregor. Lauro, Apologia e Vita di Gioachimo abate. Napoli, 1660, in-8°. — Fr.-Arm. Gervaise, Histoire de l'abbé Joachim, surnommé le Prophète. Par., 1745, 2 vol. in-80. — Hahn, t. III, 1850.
' Cf. Jean, iv, 23 et suivantes.