‹ Histoire de l'EgliseChapitre 95 sur 253 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

oubliant la chute de l'homme, voulurent renouveler au temps des hussites de Bohême l'état de pure nature et tombèrent dans des excès antinaturels*.

L'ordre des apôtres fut fondé vers 1260 par Gerhard Segarelli, de Parme, qui, chassé par les franciscains, se posa en réformateur et voulut rétablir la véritable pauvreté apostolique. Accompagné de sœurs, il s'en allait mendiant partout, prêchant la pénitence et l'approche du royaume des cieux (le nouvel ordre fut interdit en 1286, et Gerhard brûlé à Parme en 1300). Son élève Dolcino^ lança sous Boniface VIII un manifeste où il partageait l'histoire en quatre périodes. Dans la quatrième, celle du Saint-Esprit, la papauté (sauf Clément V) serait anéantie, de même que les ordres religieux ; il ne resterait que l'ordre des apôtres. Dolcino invitait les princes à y entrer. Espérant la restauration de l'empire des Hohenstaufen (ennemis du pape), Dolcino prit les armes avec mille hommes environ. Enfermé dans les montagnes du diocèse de Novare où il s'était retiré , il y périt par la faim et par le glaive avec la « sœur » Marguerite et ses partisans (1307).

§ 3. Les spSrItualistfes dualistes*

Les dualistes (manichéens et gnostiques) ont su se conserver à travers tous les siècles. Connus jadis sous le nom de pauliciens, nous les trouvons maintenant sous celui de bogomiles ^.

* Lenfant, Histoire de la guerre des hussites, t. I, p. 79, — Beansobre, Sur les adamites de Bohêine, vol. II, p. 304. — Pez, Scriptor. rerum austriacarum, t. II, p. 533.

* Mosheim, Geschichte des Apostelordens, dans Ketzergeschichte , p. 193.

— Historia Dulcini, et Addidanientum ad Historiam Dulcini (Muratori, Scriptor., t. IX, p. 423). — Schlosser, Abœlard und Dulcin. Gotha, 1807.

— J.Krone,Frà Dolcino und die Patarener. Lpz., 1844, p. 264. — Baggiolini, Dolcino e i Patareni. Novara, 1838. — A. Hahn, Studien der evang. Geistl. Wûrtembergs, 1846, t. XVIII. — César Gantu, les Hérétiques italiens aux treizième et quatorzième siècles, dans Bévue des questions historiques. Par. (octobre, décembre), 1866.

^ Euthymius Zygabenus, narratio de bogomilis seu Panopliœ dogmaticœ tit. XXIII..., ^rœce recognovit et primum in Germania integram edidit , P.-Fr. Zifii interpretationem latinam adjecity J. G. L. Gieseler, Gœtt., 1842 {Op. Euthym., ap. Migne, Patrol. grœc, t. CXXVIII-CXXXI. Par.,

F.KS SPIRTTT'ALISTRS DTAURTES. ^03

Ils rejetaient tout l'Ancien Testament et une partie du Nouveau , enseignaient le docétisme et la doctrine de Sabellius sur la Trinité, condamnaient le mariage, l'usage de la viande et des œufs, le culte extérieur et surtout le baptême et l'Eucharistie. Ils furent découverts par l'empereur Alexis, qui sut habilement s'emparer de leur chef Basile, en se déclarant son disciple et en le priant de lui communiquer sa doctrine. Quand il eut tout appris, Alexis le fit incarcérer avec plusieurs de ses adhérents. Ceux qui furent convaincus d'honorer la croix furent relâchés, de même que ceux, en petit nombre, qui abjurèrent. Les opiniâtres furent condamnés à la prison perpétuelle. Basile fut brûlé en 1119. La secte continua de subsister, et au treizième siècle, le patriarche Germain (1 2-21-1 239) combattait encore les bogomiles comme des contempteurs de la croix.

Suivant leurs doctrines, deux principes émanent du Dieu suprême, le Christ-Logos et Satanael. Ce dernier, qui fut d'abord un bon esprit, tomba avec une partie des anges, produisit le monde visible et forma l'homme. La créature n'ayant pas su se tirer d'affaire, le Dieu suprême eut pitié d'elle et lui communiqua de sa vie divine. Satanael, le souverain et le fondateur de l'Ancien Testament, essaya de retenir l'homme sous sa domination. Dieu, pour le délivrer, envoya, 5,500 ans après la création du monde, le Logos-Christ, c'est-à-dire l'archange Michel, qui parut dans un corps fantastique, mourut et ressuscita seulement en apparence. Satanael, précipité par lui, devint Satan. L'âme humaine, libérée par le Christ, est vraiment mère de Dieu, car elle enfante la vie divine. Au lieu de baptiser, le président de la secte plaçait sur la tête des nouveaux membres sa main et l'Evangile de saint Jean, puis

1864). — Cf. Gallandi, t. XIV, p. 293. — J. Chr. Wolfii Historia bogomilorum, diss. très. Vitem., 1712. — Oederi Prodromus historiœ bogomilorum crit. Gott., 1743, l vol. m-4o. — C. A. Heumanu, JVoi-a syll. dissert. Rost., 1754. — V. Engelhardt, Kirchengeschiditliche Abhandlungen , ErL, 1832; Die Bogomilen, p. 151. — Ce noQi, en langue bulgare (Bog i= Dieu, Miloui m ayez pitié, kyrie eleison), signifie des hommes qui sont constamment en prière et ne cessent d'invoquer Dieu. Le moine Constantin (Chrysomalus) se fit, dit-on, le propagateur de la secte, vers 1140. — En 1143, les évêques cappadociens Clément et Leontius furent déposés par un concile de Constantinople. Bientôt après, le moine Niphon fut jeté en prison, et on déposa le patriarche Gosmas qui l'avait protégé.

^C)\ HISTOIRE DE l/ÉGLISE.

on récitait sur eux le Pater. — Les bogomiles condamnaient la science , le signe de la croix , les images , le mariage , et pratiquaient un jeûne sévère et continu. De l'Ecriture sainte, qu'ils divisaient en sept livres et expliquaient à leur façon , ils ne recevaient que les Psaumes, les seize prophètes, les Evangiles, les Actes, les Epitres de saint Paul et l'Apocalypse. — Le baptême d'eau n'était, selon eux, que le baptême de Jean ; la scène leur était en horreur. Ils estimaient fort les reUgieux , mais ils ne les appelaient pas moins des renards qui avaient encore leurs tanières, et les stylites des oiseaux qui avaient encore leurs nids.

En Occident, ils apparaissent sous le nom de cathares* (deuxième division des cathares), et se propagent surtout en Italie, dans le midi de la France et sur le Rhin. Nous les trouvons à Trêves en U21, et bientôt à Cologne (M 46). Quelquesuns, nommés patarins, enseignaient que le Christ n'avait jamais vécu ; que celui qui est adoré par les catholiques est le fils d'une femme impure; que Dieu se révèle à tout homme pieux, et surtout à eux. Au temps d'Alexandre III , nous les voyons condamnés à Lombers, près d'Alby, sous le nom de bons hommes, bons chrétiens. Yers la fm du douzième siècle, ils se révèlent violemment sous le titre d'albigeois, du nom d'Albi, siège principal de la secte. A leurs idées manichéennes et gnostiques se mêlaient les doctrines de la plupart des autres hérésies. Puissamment protégés , ils comptaient dans leur sein les comtes de Toulouse (Raymond VII), Béarn et Foix (Raymond Roger, vicomte de Béziers et Carcassonne, ainsi que les comtes d'Armagnac et de Comminges), presque toute la noblesse, plusieurs bourgeois, et jusqu'à des

* G. Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois. Par., 1847-1849, 2 tomes. (La première partie contieut l'histoire de la secte, et lui assigne pour patrie l'Europe orientale.) — Le dominicain Rainier Sacchoni (mort en 1259), et attaché lui-même à la secte pendant dix-sept ans, dit dans sa Summa de catharis et leonistis (Martène, Thesaur. anecd., t. V, Par.^ 1717; — Bibliotheca Putrum maxima Lugdunens., t. XXV, Lugd., 1677; — Gieseler, De Raynerii Sacch. Summa, Gott., 1834, 1 vol. in-40), que toutes les communautés des cathares émanent de la communauté bulgare et de celle de Trau (Trau ou Tragurin, île des côtes de la Dalmatie ) ; que la communauté de Trau servit de transition entre la Thrace, la Macédoine et l'Italie, où Milan était son siège principal. C'est de là que ces sectaires entrèrent en France.

LKS SI'IRITI ALISTES DIALISTES. oOo

paysans, des femmes et des enfants. Ils ne conservaient plus rien du christianisme. En rejetant le mariage et autres doctrines essentielles , ils se posaient en ennemis de la société qu'ils détruisaient en principe, excitaient à la lutte les deux pouvoirs civils et religieux, dont ils ruinaient les fondements. Cette secte, qui gagnait journellement du terrain*, n'était pas une hérésie; c'était l'hérésie par excellence. Déjà une croisade avait été faite contre eux en 1181, sous Alexandre III. Depuis lors, ils formaient une Eglise distincte. Dans la France méridionale, Manès, le mauvais principe, comptait plus de sectateurs que Jésus-Christ 2, et régnait sur plus de mille villes; presque toute la noblesse du pays était dans les rangs des croyants. Faisant aux catholiques la guerre la plus cruelle, les albigeois leur enlevaient les dîmes et les éghses, et massacraient leurs prêtres. Ils avaient, de plus, un culte spécial d'impudicité. Quelques-uns cependant étaient moins corrompus. La secte ne pouvait être extirpée que par le glaive et le feu ; comme elle exerçait la violence , on lui répondit par la violence. Son irréligiosité et sa répudiation du mariage devaient soulever contre elle tous les princes catholiques. Les cisterciens Raoul et Pierre de Castelnau (1206), envoyés par Innocent III en qualité de légats du pape, commencèrent leur mission à Toulouse. Ils n'obtinrent aucun résultat et demandèrent leur rappel. Le pape leur adjoignit Arnold, abbé de Citeaux, et exhorta le roi de France à procéder contre eux avec énergie. En 1206, un concile fut tenu à Montpellier. Diego, évêque d'Osma, et saint Dominique, revenus de Rome, se joignirent à eux, et la mission commença immédiatement. Ils parcoururent le pays pieds nus et mal habillés, et tinrent avec les hérétiques une multitude de colloques et de conférences.

En 1208, Pierre de Castelnau ayant été assassiné à Saint- Gilles par deux soldats inconnus, Innocent III proclama la croisade. Le comte Raymond de Toulouse parut vouloir se soumettre et fut relevé de l'excommunication le 18 juin 1209; son exemple fut suivi par un grand nombre de seigneurs et

» Schiuidt, t. 1, p. 66-68 ; 180-200. — Hurter, Innocent III et son temps, 11, 309. — Stolberg-Brischar, t. VI de la continuation, p. 309. » I, 94, Epist. Innoc. III.

56H HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

de villes; d'autres résistèrent. Les croisés s'emparèrent de la terre dont Simon de Montfort fut établi le seigneur. Différents conciles furent convoqués pour rétablir l'ordre (A^vignon, sept. 1209; Saint-Gilles, sept. 1210;Montpellier et Arles, 1211; Lavaux, Muret et Bourges^ 1213; Montpellier, 1215)*.

§ /(. Réformateurs fatalistes et violents.

Wiclef^.

Jean Wiclef, Anglais d'origine, né en 1324, était docteur et professeur de théologie à Oxford (depuis 1372), et curé de Lutterworth. Une dispute dans laquelle il fut impliqué avec des religieux, décida de toute sa vie. Islep, archevêque de

* Plantier (évêque de Nimes), Instruction pastorale sur l'hérésie des albigeois, avril 1867. — Sisraondi, la Croisade contre les albigeois au treizième siècle. — J. du Tillet, Historiée belli contra albigenses initi compendium, ex bibl. vaticana , nunc primum éd. Alb. Dressel, 1845. — Ch. Schmidt, Die Katharer in Sùdfrankreich in der ersten Hœlfte des XIII Jahrh., 1851. — Revue des questions historiques, janvier 1867 : la Guerre des albigeois et Alphonse de Poitiers, parE. Boutaric. — La Guerre des albigeois, par ïomisey de Larroque; ilDid., juillet 1866. — Hahn , t. I, 1846, Geschichte der neu-manichœischen Sekten. Mit einer Karte iiber den Schauplutz des Albigenserkrieges.

*Thorn. Walsingham, 0. S. B., de saint Albain, à Londres, Historia anglica, éd. Henry Thom. Riley. Lond., 1863 (2 tom.). — Rerum britannicarum medii œvi scriptores. — H. Knighton (chanoine de Leicester, contemporain), Chronica de eventibus Angliœ, lib. V, 950-1395 (ap. Twysden, Scriptores historiée anglicanœ X. Lond., 1652, 2 vol. in-fol., p. 2, 311). Fasciculi zizaniorum magistri Joannis Wyclif cum tritico. Ascribed to Thomas Setter of Walden., éd. by W. W. Shirley, Rerum brit. m. œvi script., t. V, 1858, contient entre autres des opuscules de Wiclef et de ses adversaires, et d'intéressantes notices historiques.

Writings of J. Wyclif. Lond., 1831 . — J. de Wiclif, Tractatus de officio pastoralij éd. J. V. Lechler. Lips., 1863. — The last âge of the Church, by John Wyclyffe now fiist printed, éd. with notes by James Henlhorn Tod. Dubl., 1840 (d'après Vaughan, non de Wiclef). Catalogue des autres écrits de Wiclef et de leurs éditions : Tlie bibliographer Manual of English literature; from the invention of printing. Lond., 1834, 4 vol.; 2e édit. de H. -G. Bohn. Lond., 1857, 9 part, en 4 vol. (dans la première édition de 1834, p. 1943; se trouve aussi dans Vaughan, première édition, tome II, p. 380-392). — J. Levis , History of the life and sufferings of i. W. Lond., 1720; Oxf., 1820. — Robert Vaughan, The life and opinions of John Wycliffe. Lond., 1828 (1831).— Le même, John de Wycliffe, a monography, vjith an account of the Wycliffe mss. Lond., 1853, 2 t.

A. J. de Ruever Gronemanu, Diatribe in J. Wycliffi refonnationis prodromi vitam, inyen., scripta. Traj. ad Rhen., 1837. — Engelhardt,

Page 1