INQUISITION
rapports de l'Eglise avec l'Etat. Etroitement unis malgré leurs fréquentes disputes^ les deux pouvoirs trouvaient dans cette liaison même une source intarissable de conflits. Les intérêts de l'Etat étant à la fois les intérêts de l'Eglise, l'Etat
c. 13, X. De hœreticis, V, 7.) D'autres mesures furent prises par le concile de Narbonne en 1227. Louis VIII mort (1226), une nouvelle guerre des albigeois éclata, qui fut définitivement terminée par la paix de Paris (12 avril 1229). Raymond VIII de Toulouse se soumit sans condition; il devint vassal du roi de France et perdit les deux tiers de ses terres. Comme gage de la paix, sa fille épousa Alphonse, frère de Louis IX. Louis IX se chargea de purger d'hérétiques la France méridionale par les voies de l'inquisition.
Frédéric II, lors de son couronnement à Rome (22 novembre 1220), avait rendi\ un édit où tous les cathares (patarins, etc.) étaient déclarés infâmes, mis au ban de l'empire, frustrés de leurs biens; tous les magistrats devaient jurer qu'ils expulseraient les hérétiques. Ces décrets furent renouvelés à Ravenne (novembre 1231). Dans un autre édit, « il prenait les dominicains sous sa particulière protection, comme inquisiteurs de la corruption hérétique pour toute l'Allemagne ; il les recommandait à tous les fidèles et parlait des hérétiques en des termes qui eussent honoré un Torquémada. Il reconnaissait comme un devoir sacré de poursuivre vipereos perfidiœ fîlios, et de ne pas laisser vivre plus longtemps ces pervers. Tous ceux qui sont condamnés par l'Eglise et livrés au bras séculier doivent mourir par le feu, et s'ils veillent faire pénitence par crainte de la mort : in perpetuum carcerem tradantur! » (Pertz, Leg., t. II, p. 285.) Les lois que Frédéric porta pour la Sicile ne sont pas moins dures. Les hérétiques « doivent être punis plus sévèrement que les criminels de lèsemajesté, car ils pèchent à la fois contre Dieu, contre leurs semblables et contre eux-mêmes. » (Héfelé, C. G., V, 882. — Schirrmacher, Friedrich II, t. II, p. 250.)
Vers le même temps, Grégoire IX confia l'inquisition du midi de la France aux dominicains, qui, à partir de 1233, déployèrent une grande sévérité. La même année, trois d'entre eux furent assassinés près de Cordes ; d'autres furent maltraités et expulsés les années suivantes. Grégoire IX, à qui on se plaignit de leur sévérité, suspendit leurs pouvoirs pour le territoire de Toulouse (1237). Mais après sa mort, l'inquisition dominicaine rentra en vigueur. Quelques-uns furent de nouveau assassinés. — Innocent IV, par bref du 10 juillet 1243, leur rendit l'inquisition, en y faisant quelques adoucissements. (Schmidt, Histoire de la secte des cathares, t. I, p. 297-325. — Hahn, Geschichte der Ketzer im Mittelalter, I, 371-385.) — Les évêques des trois provinces ecclésiastiques Narbonne, Aix et Arles, dans un synode de Narbonne (juillet 1243), tracèrent une règle précise aux inquisiteurs : il leur fut interdit d'imposer des peines pécuniaires, de condamner personne sans preuve évidente ou sans l'aveu du coupable. — Les inquisiteurs apparaissent donc ici comme les simples ministres des évêques ; mais les canons du synode de Valence (1248) leur donnent un tout autre rôle. Ainsi, le canon ix déclare que celui qui, ayant été averti, ne se conformera pas aux sentences rendues par les inquisiteurs, sera considéré comme fauteur ou défenseur des hérétiques. Le canon x : Si un évêque refuse de publier une pareille sentence, l'entrée de l'église lui sera interdite. Depuis 1244, depuis la conquête de la
considérait comme un crime énorme toute infraction aux lois ecclésiastiques et punissait de mort les hérétiques. La rigueur des peines envers les hérétiques dépendait de la rigueur des lois pénales usitées dans le moyen-âge. Les mœurs étant grossières, les peines l'étaient aussi. Ce genre de châtiments provenait aussi de la nature particulière des hérétiques, lesquels, en bien des cas, ne s'écartaient pas moins de la saine raison que du dogme catholique. Plusieurs soutenaient que le vrai Christ n'avait point paru, que le Christ historique était fils d'une pécheresse, etc. Qu'on se figure l'étonnement du peuple fidèle dans un temps où l'étude de l'histoire n'avait point encore familiarisé les esprits avec les opinions les plus extravagantes, et où le blasphème, comme sous l'Ancien Testament, passait pour un crime digne de mort. On s'exphque donc aisément que la peine de mort ait été infligée aux hérétiques.
Nous comprenons de même qu'une institution particulière, sous le nom d'Inquisitio hxreticx pravltatis, ait été chargée de rechercher et de punir les sectaires. On croit communément que la véritable origine de l'inquisition se rattache aux légats qu'Innocent III avait envoyés contre les albigeois; mais ce n'était là qu'une mesure temporaire. La guerre terminée (1229), Grégoire IX convoqua un concile pour prendre des niesures contre les albigeois secrets. 11 fut résolu qu'un prêtre et plusieurs laïques vertueux seraient établis dans chaque paroisse pour rechercher les hérétiques : c'était là, comme on le voit, une sorte de renouvellement de cette coutume ancienne suivant laquelle chaque seigneur était obligé d'incarcérer les hérétiques qui se trouvaient sur son territoire, de confisquer leurs maisons, etc. Ce concile défendit aussi pour la première fois la lecture de la Bible aux laïques. On croyait que l'abus de la Bible était la cause des hérésies : opinion étrange, il faut l'avouer, car la vraie racine du mal qui est dans l'homme ne vient point du dehors, mais de la corruption du cœur.
Les évêques, lassés bientôt de cet office, le confièrent aux
forteresse Moutségur, le principal boulevard des cathares, c'en fut fait de leur puissance dans la France méridionale ; la secte ne fit que décliner jusqu'à la fin du siècle.
l'l\C>lisition espagnole. oSl
dominicains ; mais Innocent IV restreignit leurs pouvoirs. Quant aux souverains temporels, dont le concours était nécessaire pour que l'inquisition put fonctionner, les ordonnances de Louis IX (1229) et de Frédéric II attestent qu'ils lui étaient favorables. L'inquisition regardait principalement l'Italie. En Allemagne, en 1215, le dominicain Conrad de Marbourg reçut d'Innocent III des instructions qui devaient être fort vagues, attendu que Conrad ne commença qu'en 1231 son office d'inquisiteur. Il fut saisi un jour qu'il revenait à Marbourg et tué en 1233*. Avec lui, l'inquisition disparut à jamais de l'Allemagne. Seulement, vers le milieu du quinzième siècle, on trouvait encore une espèce d'inquisition des sorciers, qui n'avait rien de commun avec l'inquisition romaine; elle avait été établie et s'était développée dans un temps où l'autorité de l'Eglise romaine était ébranlée en Allemagne; ce qui suffirait à le prouver, c'est qu'elle fut reçue dans les pays protestants comme dans les pays catholiques 2. L'inquisition espagnole est un établissement politique et non ecclésiastique^; elle a sa source dans le caractère et dans
^ Conrad de Marbourg était prêtre séculier et non dominicain ; confesseur de sainte Elisabeth, il mit son obéissance aux plus rudes épreuves, et la sainte en sortit victorieuse. Il fut établi juge des hérétiques probablement en 1232. L'archevêque Sigfroid de Mayence et les archevêques de Trêves et de Cologne l'exhortèrent à la plus grande modération. Le 30 juillet 1233, pendant qu'il revenait à Marbourg, il fut assassiné, lui et son compagnon, le minorité Gerhard de Lutzelkolb, par quelques nobles qu'il avait poursuivis. (A. Hausrath, Der Ketzermeister Conrad von Marburg. Heidelb, 18G1. — E. L. Th. Henke, Konrad v. Marburg, 1861.)
* Nie. Eymericus (mort en 1399), Directorium inquisitoi^um, Barcin., 1503. -- Id., cum commentar. Fr. Pegnse, Rom., 1578. — (Philipp. a Limborch, ///^for. inquisitionis. Amst., 1692.) — Martène, Thésaurus nov. anecdotorum. Par., 1717, t. V, p. 1795-1822, Doctrina de modo procedendi contra hœreticos. — (J.-A. Biener, Beïïrce^e zur Geschichte des hiquisitionsprocesses. Lpz., 1827.)
• Ranke est du même avis : Fûrsten u. Vœlker von Sûdeuropa im xvi und XVII Jakrhundert, I, p. 242. « Il est démontré que l'inquisition n'était qu'un tribunal royal pourvu d'armes spirituelles. Dans son esprit et dans son but, c'est avant tout une institution politique. L'intérêt du pape est de l'entraver, et il le fait chaque fois qu'il le peut. » H. Léo parle dans le même sens : « Isabelle, par ce tribunal qui dépendait d'elle uniquement et qui était dirigé à la fois contre les laïques et les ecclésiastiques, sut courber la noblesse et le clergé de Castille. » Ecoutons enfin le prolestant Guizot : « L'inquisition fut d'abord plus politique que religieuse, destinée à maintenir l'ordre plutôt que la foi. » [Cours d'histoire moderne. Par., 1828.)
le développement historique du peuple espagnol. L'Eglise catholique n'en est point responsable. L'examen impartial des faits historiques prouve également que cette inquisition est le produit naturel des circonstances d'alors, que la juridiction régulière et normale tendait à la fois à opprimer les hérétiques (notamment les juifs et les mahométans) et à défendre les innocents ou les pénitents. Nul ne peut nier que l'inquisition espagnole ne fût un établissement populaire et estimé. Etant donnée la nature croyante du peuple d'Espagne, il était impossible que trois confessions religieuses contradictoires (et peut-être davantage), les unes croyant au Messie futur, les autres à Mahomet, celles-ci au Fils de Dieu, pussent coexister sans luttes incessantes. L'histoire atteste que du quatrième au huitième siècle, les juifs d'Espagne employèrent tour à tour la ruse, la supercherie et la violence pour judaïser les Espagnols; on sait également que les Maures d'Espagne poursuivaient le même but. De leur côté, les cathoUques d'Espagne, non contents de réagir contre ces menées, entendaient convertir à Jésus-Christ tous les juifs et tous les mahométans. L'Espagnol, tant qu'il conserve la foi, est un croyant exclusif, fanatique même, si l'on veut ; il était donc impossible que plusieurs religions subsistassent face à face. Ajoutons que les Maures ou les juifs qu'on croyait convertis ne l'étaient le plus souvent qu'en apparence, et essayaient sous main d'amener les chrétiens d'Espagne à leur propre croyance. Des Maures déguisés en chrétiens, ou réellement baptisés (appelés maranos) , s'insinuaient en foule dans les postes élevés et jusque dans les sièges épiscopaux. Ce furent eux principalement qui, en 4478, déterminèrent Ferdinand le Catholique et Elisabeth à instituer une nouvelle inquisition, dont le premier tribunal fut érigé à Se ville en 1481, là même où les judaïstes avaient publiquement outragé le christianisme. Sixte lY, dans plusieurs brefs, s'éleva contre cette inquisition et accueilht ceux qui appelèrent de ses sentences. Le dominicain Thomas Torquémada, nommé grand inquisiteur de toute l'Espagne (1483-1498; Didace Deza, 1498-1506), créa quatre cours de justice à Se ville, à Cordoue, à Jaën et à Villa-Réal (plus tard à Tolède). Les déhbérations de cette cour attestent que l'inquisition était surtout
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dirigée contre les juifs et les mahométans (baptisés). Sur son avis, un édit de bannissement fut rendu le 31 mars 1492 contre les juifs qui refuseraient de se convertir. Cent milles environ émigrèrent ; les autres, encore plus nombreux peutêtre, préférèrent rester, reçurent le baptême pour la forme tout en restant juifs de cœur, et maintinrent ainsi pendant des siècles l'activité de l'inquisition. Il en fut de même des mahométans baptisés (les moriscos). Obligés, à la suite des soulèvements qu'ils avaient provoqués, d'opter entre le baptême et l'émigration , la plupart choisirent le baptême. Sur les juifs et les mahométans non baptisés, les inquisiteurs n'avaient aucune juridiction. En 1609, après des insurrections réitérées, tous les moriscos furent bannis de l'Espagne.
On ne peut nier que cette inquisition n'ait puissamment contribué à agrandir le pouvoir royal et à briser l'influence de la noblesse et du clergé (des évêques). Populaire parmi le peuple, elle était détestée dans les hautes classes. Joignez-y l'aversion naturelle et indélébile des Espagnols indigènes contre les descendants des juifs et des mahométans, aversion égale à celle qui existe entre la race blanche et la race noire en Amérique. De là vient que les papes ont constamment combattu l'inquisition espagnole et tâché d'adoucir ses procédures. En 1519, Léon X excommunia les inquisiteurs de Tolède ; Grégoire XIII essaya aussi de la mitiger, et Paul III appuya ceux qui s'opposèrent à son introduction à Naples.
Ce tribunal, toutefois, était infiniment plus tolérant que tous les autres tribunaux civils de l'époque : ceux-là seuls peuvent le nier qui ignorent ses procédures. Dans chaque tribunal de l'inquisition on commençait par annoncer un délai de grâce; quiconque, ayant apostasie, se livrait lui-même dans un laps de temps déterminé, était pleinement absous. On ne pouvait arrêter que ceux dont les crimes étaient établis par des preuves suffisantes ; les membres de ce tribunal ne pouvaient ordonner un emprisonnement qu'à la pluralité des voix ; les interrogatoires devaient avoir lieu en présence de deux prêtres, chargés d'empêcher les sévices et les mesures arbitraires. L'accusateur était tenu de jurer qu'il n'obéissait point à un ressentiment personnel; tous les protocoles devaient être lus deux fois à l'accusé et reconnus vrais par lui ;
il pouvait récuser les témoins qu'il tenait pour ses ennemis, demander des témoins à décharge, lesquels étaient tous assignés, fussent-ils en pays étranger. Chaque procès traversait une série d'instances. En somme, on doit reconnaître qu'aucun tribunal civil en Europe n'observait aussi rigoureusement que l'inquisition civile d'Espagne toutes les formes de la juridiction et toutes les lois de l'humanité. Les auto-da-fé (ou actes de foi), dont on a tant médit, se faisaient généralement sans effusion de sang. Peu de procès se terminaient par la mort des accusés.
On a dit, mais sans le prouver, que l'inquisition espagnole avait été le tombeau de la science. Il est indubitable, en effet, que les seizième et dix-septième siècles, alors que l'inquisition était en pleine vigueur, furent l'âge d'or de la littérature espagnole. Cette littérature, Tinquisition ne l'a ni produite ni arrêtée; au contraire, depuis que l'inquisition a été supprimée en Espagne (1813), la littérature n'y a pas vu de nouvel âge d'or^
De ce qu'un juge de l'inquisition espagnole, saint Pierre Arbues, assassiné dans l'exercice de ses fonctions et mort martyr (1492), a été canonisé récemment (quatre siècles après sa mort), on a tort de conclure que l'Eghse romaine a sanctionné l'inquisition espagnole. Ce qui décide de la canonisation, ce n'est ni la vocation ni la vie qu'on a menée autrefois, c'est la manière dont on est mort. Depuis Marie-Madeleine, l'Eglise a canonisé et honoré comme saints une multitude d'hommes et de femmes dont la première existence n'avait été rien moins qu'édifiante. — De même qu'en Madeleine l'Eglise n'a pas canonisé l'impudicité, ni tout autre vice , de même, dans Pierre Arbues, elle n'a pas canonisé l'inquisition espagnole.
1 Paramo, De origine inquisitionis. Matr., 1598. — J.-D. Reuss, Sammlung der Instructionem des spanischen Inquisitionsgeridites. Aus dem Span. ûbers. Mit einer Vorrede voji Spittler. Hannov., 1788. — Llorente, Histoire critique de l'i?iquisition d'Espagne. Par., 1817, 4 tom. in-4°. — José Clémente Garnicero, la Inquisicion justamente restablecida, o impugnacion de la obra de D, Juan Antonio Llorente. Madr., 181G. — J. de Maislre, Lettres à un gentilhomme russe sur l'inquisitio?i espagnole. Lyon, 1837. — Héfelé, Der Cardinal Ximenes, 2e édition. Tûb., 1851, XVIII. Hauptstûck, die spanische Inquisition u. Llorente's geringe Glaubumrdigkeit, p. 241-350-368.
4« USAGES ECCLÉSIASTIQUES. — FÉIES. 585
§ II. lTsa«^es l'cclésiastiqucti. — F<^tes.
La communion du calice, restée en usage parmi les laïques jusqu'au douzième siècle, devint de plus en plus rare. Ce furent les bénédictins qui les premiers conçurent des craintes que le précieux sang ne fût répandu. On renonça donc de plein gré au calice, et cette coutume prévalut insensiblement; les prêtres eux-mêmes s'abstenaient du calice quand ils ne célébraient pas la messe. Cette pratique nouvelle ne fut érigée en loi qu'au concile de Constance, où elle fut rejetée par les hussites. Robert Halan fut l'apologiste de la communion sous une seule espèce, et reproduisit ses arguments au concile de Constance *.
La Fête-Dieu fut instituée au treizième siècle, à l'instigation d'une pieuse religieuse, Julienne de Liège, et introduite par l'évêque de cette ville (1245). Mais elle trouva tant d'opposition qu'elle disparut bientôt après. Les papes seuls parvinrent à la faire adopter ; elle fut généralement admise et célébrée le jeudi après la semaine de la Pentecôte ^. On établit aussi la fête de la sainte Trinité, que Pierre d'Ailly fit recevoir partout. — Jean XXII établit la fête de la Visitation de Marie, et le concile de Bâle celle de T Annonciation.
Le rosaire fut également institué. L'usage de la salutation angélique n'était pas général avant le treizième siècle , quoiqu'on en trouve déjà des traces au onzième ; ce qui le prouve , c'est qu'il n'en est pas fait mention dans les statuts des templiers et des franciscains. — Voici l'origine des petits grains du chapelet. Palladius, dans son Historia lausiaca,
* C'était une doctrine indubitable et universellement admise chez les scolastiques que Jésus-Christ est présent sous chacune des deux espèces tout entier et sans division. La communion sous une seule espèce s'établit graduellement, sans prescription et sans défense formelle, par cette première et presque uuique raison qu'on craignait de profaner le précieux sang en le répandant. A Constance, il s'agissait surtout de savoir s'il fallait accorder aux Bohémiens, qui la demandaient, la communion sous les deux espèces.
* Urbain IV, ancien archidiacre de Liège, recommanda cette fête à la suite du miracle de Bolsena (12G4), et le concile universel de Vienne la rendit obligatoire pour toute l'Eglise (Histoire du pape Urbain IV, par George). — Binterim, Denkwûrd., t. V, part, i, p. 275. Elle fut introduite en Allemagne par Nicolas de Cuse.
rapporte que saint Paul l'Ermite, ayant coutume de réciter tous les jours trois cents prières, avait mis dans son sein trois cents petites boules et en extrayait une après chaque prière. On raconte aussi qu'au onzième siècle une princesse anglaise avait donné tous ses biens à un couvent et ne s'était réservé qu'un cordon de perles pour compter ses prières. Mais le véritable rosaire , accompagné de mystères , n'a été introduit que par les dominicains. Il est donc faux de prétendre que l'habitude de compter les prières émane des mahométans.
C'est aussi l'époque où parut la fête de l'Immaculée Conception, introduite au douzième siècle par les chanoines de Lyon. Que Marie eût été conçue sans péché, c'était l'opinion de plusieurs anciens théologiens, notamment de Paschase Radbert; mais on ne célébrait point de fête. Dès que saint Bernard apprit qu'on en avait établi une, il écrivit aux chanoines de Lyon une lettre, irréfléchie peut-être, où il les blâmait sévèrement et rejetait comme n'étant pas universellement reçue la doctrine qui lui servait d'appui. Sixte IV défendit que les partisans de Tune et de l'autre opinion se traitassent mutuellement d'hérétiques. Cependant l'Eglise incline visiblement vers la doctrine de l'immaculée conception, et pour des raisons assurément très-graves. Sans doute les arguments de saint Bernard sont difficiles à réfuter, mais il est encore plus difficile de comprendre que le Fils de Dieu ait été conçu d'une vierge qui aurait été, ne fût-ce qu'un instant , sous l'empire du démon. Il est à croire que saint Bernard se fût montré moins rigide envers les chanoines de Lyon s'il n'avait pas voulu combattre une nouveauté. — Sur ces entrefaites, le 8 décembre 1854, la doctrine de l'immaculée conception a été classée parmi les articles de foi * .
* D'autres points, qu'on a coutume de traiter ici, tels que la prédication, la catéchétique, l'art chrétien, etc., sont renvoyés à l'introduction du troisième volume du présent ouvrage.