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LES FLAGELLANTS

trésor des mérites de Jésus-Christ et des saints, et elle peut tirer de cette surabondance une partie des grâces qui lui sont confiées pour les appliquer à ceux qui en sont dépourvus.

§ 2. Les flagellants *.

Dans le commencement du moyen-âge, les chrétiens s'appliquaient volontairement des coups de verge et de fouet, alin de se mieux représenter les supplices des réprouvés, et de s'exciter au regret et à la douleur de ses fautes. Plus tard les flagellations furent imposées comme pénitences. Des couvents cette pratique passa dans toute l'Eghse. Les pèlerinages propagèrent les flagellants de Bresce dans le reste de l'Italie et dans l'Allemagne. Comme ils se réunissaient par bandes et parcouraient les campagnes, ils provoquèrent l'intervention des papes et des évêques. Ils furent surtout en vogue au quatorzième siècle, pendant les ravages de la peste noire. En Westphalie, on expliquait leur origine en disant qu'une lettre tombée du ciel prescrivait de se flageller, puis de rompre tout lien avec l'Eglise. Plusieurs hommes distingués, Gerson entre autres, s'élevèrent contre les excursions des flagellants, qui avaient fini par dégénérer en désordres et en épidémie. En AUemagne, nous rencontrons les derniers flageUants vers 1511.

Saint Vincent Ferrier (mort le 5 avril 1419), qui compte parmi les plus grands saints de tous les temps, avait souvent à sa suite, pendant ses missions évangéliques, des troupes de pénitents et de flagellants; mais ces derniers n'avaient rien de commun avec les hérétiques de ce nom : non-seulement ils ne commettaient ni violences ni débauches, mais ils contribuaient à l'édification et à la piété. Toutefois Gerson

*J. Boileau, Historia flagellantium. Par., 1700. — Schœttgeu, De secta flagellantium. Lips., 1711. — Fœrsteiriann , Die Geisslergesellschafteyi. Halle, 1828. — Mohnike, Ueber die Geisslergesellsch. {Zeitsch. fûv histor. Théologie, 1833, II; 1839, I; 1840, 111). - L. Schneegans, le grand Pèlerinage des flagellants. Slrasb., 1837. — Hecker, Der schvoarze Tod im xiv Jahrhundert. Berl., 1832. — Christophe, Histoire de la papauté au quatorzième siècle, t. II. — Gersou , Tractât, contra sectani flagellantium se {Op., t. II, p. 660j. — C. Schmidt, Lied und Predigt der Geissler nac/i der Chronik Closner's, — dans Studien und Kritiken, livrais, k^, 1837. TOME u. 37

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supplia le saint, au nom du concile de Constance, de les éloigner de sa suite, et Vincent se rendit à sa demande*.

A partir de là, les flagellants prennent une direction de plus en plus hérétique. En Thuringe , une société de flagellants traitait le clergé d'antechrist, réprouvait le culte de la croix, des saints et des images, rejetait tous les sacrements sans exception, et les remplaçait par le baptême de sang de la flagellation*. Vers le même temps parurent ces danses frénétiques si répandues dans quelques villes du Rhin (1378- 1418), et qui furent considérées comme une possession démoniaque. A Strasbourg, saint Vit fut appelé à combattre cette maladie, qui a gardé depuis le nom de danse de saint Vit'.

§ 3. Punition des hérétiques. — Inquisition. — Inquisition

espagnole ^.

Les punitions infligées maintenant aux hérétiques, la prison perpétuelle, la mort, etc., ne semblent point suggérées par l'esprit de l'Eglise. Il vaut donc la peine d'étudier la cause de ce phénomène. Sa cause véritable réside dans les

* Acta sanct.y surtout au 5 avril, I, p. 475-523. Vitœ et miracula. — Fr. Diago , Historia de la vida , milagros y muerte de S. Vicente Ferrer. Barcel., 1600. — V. Gomez, Historia de la santa vida, etc., de Vie, Ferrer. Valenc, 1618. — M. Ant. Orti, Segundo centenario de los annos de la canonizacion del... san V. Ferrer. Val., 1656 (canonisé déjà en 1455). — Lopez Goëlho, Historia da prodigiosa..., vida de S. Vinc. Ferrer. Lisboa, 1713. — Valdecebro, Historia de la vida maravillosa..., de S. Vie. Ferrer. Madr., 1740. — Ludw. Heller, Vincentius Ferrer, nach seinem Leben und Wirken dnrgestellt. Berl., 1830. — W. Hohenthal-Stœdtelu , Dissertatio de Vincentio Ferretio confessore. Lips., 1839.

' Hardt, Concil. constantiense , t. I, c. cxxvi. — R. Stumpf, Historia flagellantium prœcipue in Thuringia, 1780.

8 G.-F. Mueller, De chorea S. Viti. léna, 1839. — Hecker, Die Tanzwuth, eine Volkskrankheit im Mittelalter. Berl., 1832.

♦ On peut trouver les commencements de l'inquisition dans le décret de Lucius III, rendu de concert avec l'empereur Frédéric I" (1184), au concile de Vérone (il figure c. 9, X, De hœreticis, V, 7), contre les cathares (les purs), les patarins , les humiliants ou pauvres de Lyon , les vaudois (mentionnés ici pour la première fois), les passagiens, les joséphins, les arnoldistes. Après la guerre des albigeois, le concile de Montpellier (1215) prit des mesures plus précises. (Hurter, II, 587. — Brischar, VI, p. 420.) Le canon m du quatrième concile de Latran organisa ensuite l'inquisition épiscopale d'une manière plus exacte. {Corpus juins canon. ^

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