Rapports entre le pape et r empereur
Le pape Léon , en mettant la couronne impériale sur la têle de Charlemagne, voulut donner un chef suprême à la Chrétienté et un protecteur à l'Église. A cette époque, on ne se proposait pas tant de fonder un nouvel empire que de rétablir et de perpétuer l'ancien Empire romain , dont on était loin aussi d'avoir perdu le souvenir en Occident; on sentait le besoin d'un empire chrétien qui pût servir de contre-poids à la puissance des Musulmans en Orient; d'un autre côté, les empereurs de Constantinople s'étaient depuis longtemps érigés en persécuteurs de l'Église; leur dynastie venait de s'éteindre, et une femme se tenait assise sur leur trône. C'était donc la couronne de l'Empire romain dans son intégrité, comprenant les parties occidentale et orientale, qu'on remit à Charlemagne, et dans la suite, aussi longtemps du moins que l'unité de l'Église sub-
HIST. DE l'église. — T. II. l
sista , on rojiardait aussi l'Empire d'Orient et celui d'Occident non comme deux empires séparés, mais comme un seul Empire romain qui, comme cela se pratiquait jadis, était administré par deux empereurs. Mais tandis que l'Empire grec t onservait en général son ancien caractère païen , le nouvel Empire d'Occident était basé sur le Christianisme; le chef de l'Église conférait la dignité impériale; la principale prérogative de l'empereur consistait dans sa qualité de protecteur de l'Église ; la chrétienté devait avoir, outre son chef spirituel , un chef temporel , l'empereur.
L'empereur prêtait, en conséquence, au pape le serment de foi et d'hommage , le serment d'une soumission et d'un respect personnel , et , dans le principe comme dans la suite , on n'était élevé à la dignité impériale qu'en vertu du couronnement , et parlant du consentement du pape. 11 est vrai que Charlemagne nomma en 813 son fils Louis co-régenl; mais il ne le fit que par suite de l'approbation que Léon III avait donnée en 806 au partage que l'empereur se proposait de faire de ses états. Dans une diète convoquée à Aix-la-Chapelle en 817 , Lothaire fut nommé co-régent par son père Louis, mais il ne prit le titre d'empereur qu'après avoir été couronné par le pape à Rome en 823. Basile, empereur de Constantinople, ayant fait des reproches à Louis II de ce qu'il usurpait le titre d'empereur romain, dans la réponse que celui-ci lui donna, il s'en rapj)orla à l'onction et au couronnement que lui et ses prédécesseurs avaient reçus du saint-siégCr Après sa mort , Charles le Chauve fut couronné empereur par le pape, quoique, comme le plus jeune des enfants de Louis le Débonnaire, il ne pût point j prétendre selon l'ordre de succession ordinaire. Dans la suite, après l'extinction de la famille de Charlemagne et au milieu du choc des partis de la noblesse et de l'anarchie (jui en fut le résultat , les papes n'osèrent point refuser la couronne impériale à celui qui venait de sortir vainqueur de la lutte et qui marchait sur Home à la tète de son armée; de là ces fantômes d'empereurs, tels que Guy, Lambert, Louis III et Bé-
TROISIÈME ÉPOQUE, — ClIAP. IV. 3
ronger. Apros la mort de ce dernier, il y eut un inlerrogn(; jusqu'à ce qu'en 962 le pape Jean XII appela Otton I en Italie , et après que ce prince eut promis , sous la foi du serment , aux légats du pape à Pavie, qu'il ne prendrait à Rome aucune résolution sans consulter ce dernier, celui-ci le couronna empereur dans cette ville, et transféra de la sorte la couronne impériale à la nation allemande qui en est restée depuis en possession. La plupart des papes du dixième et de la première moitié du onzième siècle étant incapables de lutter, sous le rapport politique, contre les factions des puissants seigneurs italiens, furent également incapables d'exercer leur pouvoir temporel dans l'Etat de l'Église , ou ils ne le firent qu'avec de grandes entraves et avec de longues interruptions ; les empereurs d'Allemagne s'arrogèrent aussi à Rome et dans l'État de l'Église une telle autorité qu'on y méconnut, pendant quelque temps, les anciens droits du pape. Ce qui est le plus étonnant sous ce rapport, c'est qu'Arnoul, frère de l'empereur saint Henri , obtint en 1017 , en sa qualité d'archevêque de Ravenne, le droit de régale des commissaires de l'empereur.
Dans l'espace de temps qui s'écoula depuis que les empereurs de Constantinople furent dépouillés de leur autorité à Rome jusqu'au rétablissement de l'Empire d'Occident , l'élection des papes était parfaitement libre. Le décret synodal qu'on trouve dans Gratien et par lequel Adrien I aurait donné au roi Charles, dès l'an 774 , le droit de nommer le pape et d'investir tous les évoques de son royaume, est apocryphe; cependant Léon IIÏ envoya déjà en 796 le décret de son élection au roi des Francs. Si , comme il résulte des recherches de Pagi , ce qui eut lieu à la consécration d'Etienne Vet dont nous avons fait mention au tome I , p. 509 et suiv., s'applique plutôt à Etienne VI (VII) en 897, ce ne fut que par le concordat passé entre le pape Eugène II et Lothaire qu'il fut statué que le pape , après avoir été librement élu par le clergé et par le peuple, ne serait consacré qu'en présence de l'empereur ou de ses commissaires. II est Arai qu'un grand nombre de papes, tels que Valentin, Sergius II,
Leon IV, Adrion II, Jean VIII, furent sncrés, sans qu'on at- U'iulît rarrivéc des commissaires de l'empereur; mais cela n'arrivait que dans un danger imminent ou dans des circonstances particulières, comme du temps de Léon IV. L'empereur avant déjà perdu beaucoup de son autorité, Adrien III ordonna ((ue désormais le pape serait consacré immédiatement après son élection , sans égard pour l'empereur ou pour ses commissaires; mais par suite de la lutte sanglante qui existait alors entre les diverses factions dont Rome était déchirée et qui cherchaient aussi à s'arroger le droit de disposer du siège pontifical, Jean IX fut obligé en 898 de rétablir les choses dans leur ancien état; toutefois, les temps malheureux et l'impuissanec des empereurs rendirent son décret inefiicace; le saintsiége, privé de tout appui temporel, devint la proie des factions dominantes et des hommes ou des femmes qui étaient à leur tête. Par le serment que les Romains prêtèrent à l'empereur Otton 1, ils renoncèrent à la libre élection des papes; l'anarchie dans laquelle ils étaient alors tombés, les en rendait incapables. La conséquence en fut que, sous le règne de son (ils et sous celui de son petit-(ils, les papes furent directement nommés par les empereurs, et sous le règne de Henri III, le schisme qu'occasionna Benoît IX eut les mêmes suites. Mais un telle sujétion n'était pas naturelle en elle-même et ne pouvait exister qu'aussi longtemps que la noblesse factieuse de Home continuait à menacer le saint-siège de lui imposer un joug pesant et insupportable. C'est pour cette raison que àèyx Léon IX, après avoir été nommé pape par l'empereur, se (il d'abord élire formellement à Rome; mais Nicolas II, en vertu du décret du concile qu'il avait convoqué à Rome, rétablit en 1059 la libre élection, et, en la confiant à un collège électoral ()articulier, il chercha à la rendre, autant que possible, libre cl indépendante de toute iniluence étrangère. Les membres de < {• collège portaient le nom de cardinaux, qui, dans le principe, désignait les évêques, les prêtres et diacres qui, dans l'Kglise, remplissaient des fonctions inamovibles et qui n'é-
taient pas de simples administrateurs provisoires. Les évoques qui siégeaient dans le collège des cardinaux à Rome étaient les sept prélats qui administraient les diocèses limitrophes d'Ostie, de Rufina, de Porto, d'Alhe, de Tuscoli, de Sabine et de Paleslrine , qui , comme suffragants de la métropole de Rome et en prenant part à toutes les délibérations et à toutes les affaires importantes qui regardaient l'Église romaine , comme aussi en célébrant alternativement, en vertu d'un décret d'Élienne IV , le service divin dans l'église de Latran, s'étaient insensiblement confondus avec le clergé romain. Les cardinaux-prêtres se composaient des vingt-huit curés des paroisses de Rome; on y comprenait aussi les dix-huit cardinaux-diacres, les quatorze régionnaires [Regionarii] et les quatre palatins [Palatini] ; ces derniers étaient chargés du service au palais de Latran.