CHAPITRE VI
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU GRAND SCHISME d'oCCIDENT
jusqu'au pontificat de Léon x.
Continuation et affermissement du schisme. Boniface IX. Innocent VII. Grégoire XII.
Vitœ Bonifacii IX, Innocentii VII et Gregorii XII, in Muratori t.IÏI,p. 11,831 ss. Leonhardi Bhu.n) Aretim comment, reriim suo tempore gest., in Muratori t. XIX, 921 ss. Anton. Petri Diarium Rom. Ittid. t. XXIV, 973 ss. SozoMENi Presb. Pistor. specimen historiai, ibid. t. XVI, 1055 ss. Laur. BoMNCoNTRii annales (1360-1458) , ibid. t. XXI, p. 1. Matth^i de Gracovia de squaloribus curi» Romanse. in Walchii monumentis med. aevi fasc, I. Acta electionis Benedicti XIII
Glemangis de corrupto Ecclesiae statu , opp. éd. Lydius, Lugdun. Batav. 1«13. p. 26.
Cl gesla Beneilicli XIII , duni iieragrarcl lilora Genuœ et Massiliae, in Muratori t. 111, p. II, p. 777. Jon. Gersomi traclalusdc unilalc Ecclesiœ; de aufcribililatepapœabEcclesia, in ejus opp. éd. Dupin, Hagae Comit. 1728, fol. t. II, p. II. Acta varia , quic concilium Pisanum praeccsserunt, in Martcne cl Durand vet. scriplor. ampliss. coll. l. VII, 425-1078.
Par suite d'une défaite complète que ses troupes mercenaires avaient essuyée en combattant contre l'armée d'Urbain , Robert de Genève s'était réfugié auprès de Jeanne, reine de Naples, et le peuple s'y étant bautement déclaré contre lui, il se rendit à Avignon, Nonobstant cela, le schisme alluma la guerre et produisit un terrible bouleversement en Italie. Urbain déclara la reine Jeanne, qui avait cherché à s'emparer de sa personne pour le livrer à ses adversaires , déchue de ses droits à la couronne; il lit venir , Charles de Durazzo, cousin de cette princesse et neveu de Louis, roi de Hongrie, et l'investit du royaume de Naples. Alin de se procurer l'argent nécessaire pour son expédition , le pape vendit les vases sacrés des églises de Rome, et même les terres affectées à des fondations pieuses. 3Iais Louis, duc d'Anjou, qui, jusqu'alors, avait été un des principaux fauteurs du schisme en France , devait le faire triompher aussi en Italie par la force des armes; Clément l'investit de l'État de l'Église sous le nom de royaume d' Adrie , et Jeanne le nomma son héritier par adoption ; mais les troupes auxiliaires qu'il devait fournir arrivèrent trop tard. En effet , Charles s'empara facilement de Naples , fit la reine prisonnière et ordonna de la mettre à mort, vengeant ainsi l'assassinat de son oncle (jui avait été le premier mari de cette princesse et qui fut condamné à perdre la vie du consentement de son épouse. Urbain prêcha la croisade contre l'armée de Louis ; des maladies contagieuses qui firent d'horribles ravages dans l'armée française, y produisirent plus d'effet, jusqu'à ce qu'après la mort de Louis arrivée en 1384, elle fut entièrement dissoute. Sur ces entrefaites, l'infortuné Urbain, ne voyant partout que trahison, que défection et infidélité, et
étant pour cette raison plein de défiance et d'aigreur, s'était rendu à Naples. Il s'y brouilla bientôt avec le roi Charles qui devait céder au neveu du pape, François Butillo, homme de rien , les meilleures portions de son royaume , à savoir les duchés de Capoue et d'Amalfi. Urbain y fut traité pendant quelque temps comme prisonnier. Leur réconciliation fut bientôt suivie d'un nouveau difTérend , et pour combler la mesure des maux et de la dégradation du Siège apostolique , il se brouilla en même temps avec ses propres cardinaux. Plusieurs de ceux-ci, irrités de ce qu'on les forçait de rester à Nocéra où ils n'étaient pas en sûreté et où ils étaient excessivement gênés, et ne pouvant supporter l'entêtement et la sévérité du pape, qui, sans écouter leurs conseils, se laissait toujours entraîner lui et l'Église dans de nouvelles complications , se firent remettre par Bartolino, canoniste de Plaisance, une consultation, dans laquelle il était dit qu'on pouvait mettre sous la curatelle de quelques cardinaux tout pape incapable d'administrer l'Église, ou qui, par un aveuglement volontaire, l'exposait à de grands dangers , et que, dans toutes les affaires importantes, on devait le rendre dépendant de leur volonté. En conséquence , ils résolurent de s'emparer de sa personne. Au rapport de Gobelin , ils doivent même avoir eu l'intention de lui faire son procès comme hérétique et de le condamner par conséquent au bûcher. Urbain ayant été instruit de leur projet , les fit arrêter, emprisonner et mettre à la torture, sans pouvoir leur arracher aucun aveu. Aussitôt , sans alléguer aucun motif bien fondé , il frappa d'excommunication et d'interdit le roi Charles et la ville de Naples ; le roi l'assiégea dans le château de Nocéra ; mais il parvint à s'échapper et se retira à Gênes où il fit mettre à mort les cinq cardinaux dont nous venons de parler. Après la mort de Charles III, il augmenta, par sa rigueur inflexible et par ses fausses mesures , la confusion à Naples où les partisans de l'antipape firent dès lors de grands progrès. Enfin , il voulut même conquérir Naples, pour en investir son neveu, à ce qu'on croyait; mais il échoua dans cette expédition, par le manque
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d'argent et de soldais, et il mourut à Rome en l'an 1389.
Il eut pour successeur le jeune cardinal Pierre Tomacelli de Naples qui prit le nom de lioniface IX. Robert de Gen«''ve engagea dans l'enlrc-temps le roi Charles YI à venir le voir à Avignon ; il avait l'art d'attacher toujours plus étroitement l'église de France au schisme, en nommant cardinaux les principaux prélats français et en les faisant jurer de ne jamais renoncer à son obédience. En outre, il prodiguait les dispenses, accordait les sièges épiscopaux aux prêtres ignorants attachés à la cour, méprisait ouvertement les sciences tliéologiques , et sous prétexte d'assister le prince Louis d'Anjou qu'il avail couronné roi de Naples, il extorquait de fortes sommes d'argent des églises de France. Ainsi le clergé de France fut fouetté de la verge qu'il s'était faite lui-même, et lorsqu'on 1390, l'université de Paris envoya au roi une deputation pour le prier de s'intéresser au rétablissement de l'unité de l'Église , on lui défendit de faire dorénavant des représentations sur une affaire qui concernait plutôt l'état et l'église gallicane qu'une compagnie de savants.
Boniface que l'antipape excommunia, sans que celui-là songeât dans le principe à lui rendre la pareille , appuya de lout son pouvoir le jeune Ladislas , fds de Charles de Durazzo , <[u'il fit couronner par un cardinal-légat. On se procura l'argent nécessaire soit par des annates , par des expectatives et des dispenses, soit en accordant à plusieurs puissants seigneurs les droits de haute souveraineté sur quelques villes et districts de l'Etat de l'Eglise, sous la condition de payer une redevance annuelle et de fournir un certain nombre de troupes, et de cette sorte on morcela la meilleure portion des terres de l'Église pour en former quelques vicariats. Sur ces entrefaites, on avait aussi manifesté à la cour de France le désir de mettre un lornie au schisme. Une lettre par laquelle Boniface conjurait le roi démettre sérieusement la main à l'œuvre, y fut favorablement accueillie, et dès le mois de janvier de l'an 1393, l'université et le clergé de Paris ordonnèrent des prières publiques et des
processions h ce sujet. En l'an 1394, l'université de Paris proposa trois moyens pour extirper le schisme : la cession volontaire des deux papes, ou un compromis à la décision de certains arbitres, ou la convocation d'un concile général. Le premier moyen était évidemment le moins sûr, parce qu'il ne levait pas la difficulté de savoir de quelle obédience devait procéder l'élection du nouveau pape. Quant au troisième moyen, on pouvait d'autant moins l'approuver à Avignon , que la grande majorité des évéques s'était prononcée en faveur du pape de Rome. Cependant le cardinal Pierre de Luna, et le duc de Berry qui était tout à fait dévoué à l'antipape , mirent tout en œuvre pour paralyser les efforts de l'univerité de Paris, et ils firent ensorfe qu'on lui défendit au nom du roi frappé, à cette époque, d'aliénation mentale, de décacheter les lettres qui avaient rapport à cette affaire , avant de les avoir communiquées à la cour. Toutefois, les docteurs de Paris adressèrent à l'antipape une lettre énergique , en lui enjoignant de se décider pour l'un des trois moyens proposés. Le chagrin que lui causa « cette lettre méchante et empoisonnée, » et l'impression qu'elle lit sur les cardinaux , lui occasionnèrent une maladie et enfin une attaque d'apoplexie dont il mourut.
Le roi Charles écrivit aussitôt aux cardinaux d'Avignon pour les engager à ne pas se hâter d'élire un nouveau pape ; mais ceux-ci résolurent de ne décacheter la lettre dont ils devinèrent le contenu qu'après avoir assisté au conclave. Avant l'élection , ils souscrivirent un acte portant en substance que chacun d'eux promettait et jurait, s'il était élevé au pontificat, de travailler de bonne foi à finir le schisme et de céder celte dignité, si les cardinaux jugeaient que cela fût expédient pour l'union de l'Eglise. On élut le rusé cardinal de Luna (Benoît XIII) , homme d'une ambition sans bornes , qui avec un ton hypocrite faisait entendre à tout le monde qu'il était prêt à tout sacrifier à la paix de l'Église, mais qui, dans ses actions, ne montrait pas la moindre bonne volonté. Des deux hommes qui jusqu'alors avaient dirigé les démarches de l'université par rapport au
3âA HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
schisme, il gagna l'un, réloqucnLCleniangis, au point de l'avoir pour son secrétaire, et nonuna l'autre, le chancelier Pierre d'Aill} , évèque du Pu^ ; il attira aussi à sa cour le pieu.v dominicain Vincent Ferrer. Sur ces entrefaites, une assenihlée du clergé que le roi convoqua à Paris en 1395, décida que la voie de cession était la meilleure; mais la cour, sur les représentations des agents de l'antipape, résolut d'abandonner la décision de cette affaire à ce dernier. Ensuite, les ducs de Berry, de Bourgogne et d'Orléans se rendirent avec plusieurs prélats et députés de l'université de Paris, à Avignon où de Luna leur présenta le triste spectacle de ses subterfuges sans fin , de ses réponses ambiguës et de ses vaines promesses, sans pouvoir empêcher les ambassadeurs d'envoyer à Paris une copie de l'acte qui avait été signé dans le conclave. Ses cardinaux s'étant aussi déclarés en faveur de la cession qui avait été proposée , il désapprouva ce moyen , en publiant une bulle particulière relativement à cet objet ; il leur proposa d'ouvrir à cet égard une conférence avec le pape de Rome et chercha à gagner les princes par de grandes promesses et le roi par l'offre d'une dîme ecclésiastique. Il semblait n'être si fortement attaché à une dignité qu'il avait usurpée que pour la déshonorer et la ravaler. On envoya de Paris des ambassadeurs du roi et des députés de l'université, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et en Hongrie pour engager ces nations à aviser aux. moyens de mettre un terme au schisme. Il est vrai que l'université d'Oxford déclara qu'un concile général était le moyen le plus efficace ; mais Richard , roi d'Angleterre , accéda à la proposition de la France qui consistait à forcer les deux concurrents à renoncer à leur dignité. Les docteurs de Paris furent toujours ceux qui montrèrent le plus d'activité dans celle affaire. Ils se mirent en rapport avec les universités des autres pays ; ils adressèrent à l'antipape une lettre énergique dans laquelle ils disaient qu'il risquait de se faire passer pour schismalique et même pour hérétique, s'il refusait d'entrer dans l'unique voie par laquelle on pouvait rendre la paix à l'Église , et api)e-
lèreut d'avance des censures qu'il pouvait prononcer, au pape futur, unique et véritable chef de l'Église universelle. Vainement de Luna rejeta cet appel comme nul et illusoire ; déjà il était question à la cour de France de lui ôter la collation des bénéfices et la perception de la dîme.
Les ambassadeurs des rois de France, d'Angleterre et de Gastille proposèrent inutilement en 1397 au pape Boniface aussi bien qu'à son adversaire, le moyen de cession. De Luna se montrait d'autant plus exigeant qu'à cette époque il comptait sur le dévouement du roi d'Aragon. Afin de faire approuver aussi ce moyen à Wenceslas, roi d'Allemagne, on l'engagea en 1398 à avoir une conférence à Reims avec le roi Charles et les princes français. En vain, l'électeur palatin Robert lui représenta dans une lettre où il y avait beaucoup de vrai, qu'en commençant ainsi à offenser le pape Boniface, il ne se ferait que du tort à lui-môme , tandis qu'il travaillerait à l'avantage de la France; que c'était celle-ci qui, en se rangeant du côté des cardinaux apostats, était l'unique cause du schisme et qu'elle devait tâcher d'aviser aux moyens de réparer sa faute et de se débarrasser de son faux pape; mais que , quant à lui , il ne devait pas coopérer à la mesure dangereuse et injuste de forcer les deux papes , le pape légitime aussi bien que le prétendant, à renoncer au pontificat. Ces remontrances furent inutiles, et Wenceslas s'engagea à faire accéder l'Allemagne, la Bohême et la Hongrie au décret qui déposait celui des deux papes qui refuserait de résigner ses fonctions. Charles , de son côté, se chargea d'y faire accéder les rois d'Angleterre, d'Ecosse, de Castille, de Portugal, de Navarre et d'Aragon.
Une nombreuse assemblée du clergé de France, qui se tint à Paris, prit aussitôt, au nom de la France, la résolution de refuser d'obéir à l'antipape, et le roi confirma cette résolution en y ajoutant la clause que , dès ce moment , le droit d'élection serait remis en vigueur relativement aux évéchés, aux abbayes et aux dignités ecclésiastiques. Cependant de Luna déclara à Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai, qu'on avait encore une fois
3Ô() IIISTOIUK DE l'kGLISE.
dépêché vers lui, qu'il voulait absolument vivre et mourir comme pape. 11 fut aussitôt abandonné par di\-huit cardinaux; des cinq qui lui restèrent attachés, quatre étaient espaunols, et le maréchal Boucicaut J'assiégea formellement dans >on palais oii ce prêtre opiniâtre se défendit à l'aide de troupes juagonaises que son frère lui avait amenées, jusqu'à ce qu'en 1390 on lui accorda une captivité plus douce, grâce à l'intervention de négociateurs aragonais et à l'engagement qu'il prit de renoncer à sa dignité aussitôt que son compétiteur prendrait le même parti. Sur ces entrefaites, la Castillc et la Navarre avaient également renoncé à son obédience, et l'université d'Oxford, ayant été consultée par la cour d'Angleterre, avait décidé que les Français et les Espagnols avaient sans doul<' raison de renverser l'idole qu'ils n'avaient adorée que trop longtemps, mais qu'on ne pouvait point, sans s'exposer à commettre un péché grief, refuser d'obéir au pape légitime Boniface.
Boniface IX se trouvait alors dans une position beaucoup ])lus favorable. AVenceslas, roi d'Allemagne, et Bichard lï; roi d'Angleterre, qui avaient accédé au plan de la cour de France , lequel consistait à imposer la cession au pape qu'ils avaient respectivement reconnu, avaient été simultanément détrônés. Les Allemands avaient prié le pape de confirmer la déposition de Wenceslas, et le comte palatin Bobert qui avait été élu roi par les électeurs ecclésiastiques, s'adressa également à lui pour obtenir la confirmation de sa dignité , ce que Boniface lui accorda en 1403 avec le dixième des revenus du clergé d'Allemagne. Ajoutez à cela que ce pape parvint à rétablir son autorité à Bome et à réunir toutes les parties de l'Etat de l'Église, et que Louis d'Anjou , son plus grand ennemi, fut obligé de quitter l'Italie pour toujours et de renoncer à l'espoir de récupérer le trône de Naples. Vers le même temps, les rapports de l'antipape changèrent aussi à son avantage. Il réussit en 1402 à s'échapper de sa prison. Les cardinaux qui, en l'an 1309 , avaient encore été en négociation avec la cour pour le
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déposer formellement comme parjure et comme fauteur de l'hérésie, se jetèrent à genoux pour lui demander pardon, et en 1403 le duc d'Orléans replaça d'autant plus facilement la France sous son obédience que des hommes très-influents, tels que d'Ailly , Gerson et plusieurs universités avaient toujours désapprouvé qu'on lui refusât d'obéir. De Luna, selon son habitude , ne manqua pas de promettre en général de faire tout son possible pour mettre un terme au schisme; mais ii refusa constamment d'exécuter ce qu'on lui demandait à cet. égard, et commença de nouveau à disposer arbitrairement des biens et des dignités ecclésiastiques en France.
Boniface mourut en 1404 à Rome, au moment où des députés de l'antipape venaient d'y arriver. Ceux-ci ayant déclaré aux cardinaux que de Luna n'avait nullement envie de résigner ses fonctions, on procéda à une nouvelle élection, et le choix tomba sur le cardinal Cosmato Migliorati de Sulmone. Cependant les cardinaux avaient au préalable pris un engagement en vertu duquel celui qui serait élevé sur le Siège pontifical, emploierait tous les moyens, même celui de la cession, pour faire cesser le schisme. Le nouveau pape qui prit le nom d'Innocent VII, fut contraint par des troubles qui éclatèrent à Rome, de quitter cette ville et de se retirer à Viterbe, tandis que de Luna qui, sur ces entrefaites, avait trouvé un asile à Gênes, se berçait même de l'espoir de pouvoir fixer sa résidence à Rome , tout en faisant mine d'être prêt à abdiquer dans une conférence qu'il devait avoir avec le pape Innocent. Cependant on commença en France à se lasser de ses intrigues , et un concile national qui se tint à Paris en 1406 en présence du roi et des princes, se prononça tout d'une voix pour la convocation d'un concile général , et décida à la pluralité des voix qu'il fallait renoncer à l'obédience de l'antipape. On n'alla pas encore si loin ; mais dès qu'on eut reçu la nouvelle qu'après la mort d'Innocent VII, on avait élu pape à Rome le cardinal Angelo Corraro de Venise , qui prit le nom de Grégoire XII, l'assemblée, d'un consentement unanime, décida que Benoît
devait lui-même présenter son abdication et l'exécuter sans délai ; que , dans le cas contraire , il serait regardé dans l'église gallicane comme un membre corrompu et séparé de l'Église catholique. En effet, les cardinaux romains, réunis en conclave, avaient juré que celui d'entre eux qui serait élu pape, renoncerait i\ sa dignité aussitôt que l'antipape ferait la même chose ou que les cardinaux de son obédience se réuniraient après sa mort aux cardinaux romains pour procéder à une élection commune.
Les députés que Grégoire envoya à Marseille auprès de de Luna et de ses cardinaux, conclurent en 1407, après de longues négociations, une convention, en vertu de laquelle les deux papes devaient avoir une conférence à Savone dans le but de rétablir la paix de l'Église , et dans le cas qu'on ne trouvât pas d'autre expédient, ils devaient l'un et l'autre renoncer au pontificat. Peu de temps après , il se présenta devant de Luna une deputation de trente-six prélats et de théologiens français chargés de l'engager à publier une bulle dans laquelle il abdiquerait formellement; mais tous leurs efforts échouèrent devant cet homme inépuisable en subterfuges , qui , quelque prodigue qu'il fut de promesses verbales , ne voulait se lier par aucun acte. Une partie de la deputation française entama ensuite, avec aussi peu de succès, des négociations avec le pape Grégoire à Rome. Celui-ci montra une extrême aversion pour la conférence de Savone , et dans cette occasion comme aussi dans la suite, il donna en général des preuves de faiblesse, de manque de caractère et de pusillanimité (jui , avec les meilleures intentions , le firent servir d'instrument à l'ambition de ses parents.
Grégoire, craignant d'être dupé par de Luna et cédant aux sollicitations de ses parents, publia encore en 1407 à Sienne un mémoire justificatif où il allégua pour motifs de son refus de se rendre à Savone conformément à la convention de Marseille, la non-exécution des conditions qu'il avait proposées, la forte présomption qu'on s'y disposait à attenter à sa vie, ainsi que
la désapprobation des rois de Hongrie et de Naples. En revanche, de Luna qui vit avec plaisir qu'on pouvait faire un crime à son adversaire de ce que le congrès n'avait pas lieu , arriva d'un air triomphant au temps fixé à Savone , et rejeta toutes les propositions que lui faisait Grégoire pour choisir une autre ville d'Italie ou deux villes voisines pour lieu de réunion. Il est vrai qu'il se rendit enfin , en 1408 , à Porto Venere et de là à Sarzana ; mais il fut impossil^le de le déterminer à quitter la côte et le territoire de Gênes qui était sous son obédience , tandis que Grégoire ne voulait pas s'éloigner de Lucques et apprenait avec joie que Ladislas, roi de Naples, avait empêché de Luna et Boucicaut, que la France avait nommé gouverneur de Gênes, de s'emparer de Rome et qu'il s'était mis lui-même en possession de cette ville et d'une grande partie de l'État de l'Église.
Cependant Grégoire, violant le serment qu'il avait prêté dans le conclave , résolut de nommer quatre nouveaux cardinaux, et de se procurer ainsi un appui contre les anciens qui le pressaient trop vivement de résigner ses fonctions, ou sur la fidélité desquels il croyait ne pas pouvoir trop compter. Cette circonstance amena une rupture entre lui et les cardinaux. Ceux-ci l'abandonnèrent, se rendirent, malgré sa défense, à Pise, et en appelèrent contre lui au concile et au pape futurs. D'un autre côté, le roi de France avait adressé à tous les fidèles, au mois de janvier de l'an 1408 , une déclaration où il était dit que si avant l'Assomption la paix n'était pas rétablie dans l'Église, il proclamerait la neutralité dans tout son royaume , c'est-à-dire qu'il ne reconnaîtrait aucun des deux papes. De Luna adressa ensuite au roi une bulle dans laquelle se trouvait accumulé tout l'appareil des peines et des censures ecclésiastiques contre ceux qui se soustrairaient à son obédience ; mais on la déchira publiquement à Paris et l'on punit sévèrement celui qui l'avait apportée. Pour la seconde fois, le clergé de France refusa d'obéir au faux pape , et, à l'instigation de l'université de Paris , qui de nouveau était devenue l'âme de
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ces évéuemcnls , on prit ties mesures énergiques contre les prêtres qui persistaient à reconnaître Benoît XIII. Sur ces entrefaites, tie Luna, voyant que Coucicaut cherchait à s'emparer de sa personne, s était réfugié à Perpignan et y avait convotjué un concile. Il savait tléjà que les cardinaux de son parli qu'il avait envoyés à ceux qui s'étaient brouillés avec l<' pape Grégoire, afin d'entamer avec eux des négociations, étaient tombés d'accord avec ces derniers et qu'ils avaient pris ensemble à Livourne la décision de réunir les deux collèges et de convoquer un concile œcuménique, alin de rétablir l'unilé de l'Église. Dans la lettre circulaire qui fixait l'ouverture tii» concile au 25 mars de l'an 1409 à Pise, les cardinaux (c'eslà-dire ceux de l'obédience romaine) cherchèrent à justifier leur conduite. « Il est certain, y disaient-ils, et reconnu par les universités, entre autres, par cellt; de Bologne, que les deux compétiteurs sont obligés d'abdiquer tant en vertu du serment qu'ils ont prêté qu'à cause de l'incertitude de leurs droits; qu'en persistant à refuser de le faire, ils devicnneiil fauteurs du schisme et qu'il est du devoir de tous les fidèles de se soustraire à leur obéissance. Que les deux papes n'ayant pas le tlroit de couvot[uer un concile ni de le présider, ce droil appartient naturellement aux cardinaux. » Ils ne songcaiciil pas qu en disant tju il est incertain lequel des deux est le pape légitime , ils révotiuaient eux-mêmes en doute leurs dignités , par conséquent le droit d'en agir ainsi, ainsi que la validité du prochain concile. Après avoir inutilement exhorté les cardinaux à se réunir à lui, Grégoire les déposa et convoqua aussi fie son ctité un concile qui devait se tenir à la Pentecotr fie l'an 1409 dans le patriarcat d'Aquilèe ou tlans la province fie Ravenne. On ignore si , comme il le prélendit dans la suite, la convocation de ce concile est antérieure à la lettre circulaire fies cardinaux. Ensuite, il nomma de nouveaux cardinaux à Sienne , et tUa la légation tie Bologne et de la Romagne à st)n principal adversaire, le cardinal Baldassare Cossa qui paraîl avoir contribué le plus à la séparation du sacré collège d'avct:
le pape. Les cardinaux , de leur côté , se conduisaient comme si le Siège apostolique était déjà vacant; en conséquence, ils nommèrent un des leurs gouverneur de la Marche d'Ancône, et ne se firent aucun scrupule de calomnier en public le vieux pape.
De Luna auquel la Castille , l'Aragon , l'Ecosse , la Savoie et la Lorraine restaient encore attachés , ouvrit au mois de novembre de l'an 1408 son concile à Perpignan. Mais les résolutions qu'on y prit eurent pour lui une issue désagréable en ce qu'on le pria de renoncer au pontificat et qu'on se proposa d'envoyer une deputation de prélats à Pise , afin de se mettre en rapport avec les cardinaux de cette ville. La plupart des gouvernements et des nations de l'Europe penchaient du côté des cardinaux réunis et se disposaient à envoyer des ambassadeurs au concile qui devait se tenir à Pise. Quelques-uns, comme Sigismond , roi de Hongrie, et les républiques de Florence et de Venise, cherchèrent à réconcilier le pape Grégoire avec les cardinaux ; mais ceux-ci rejetèrent leur offre qui consistait en ce que, de concert avec le pape, ils feraient assembler un co)icile unique, et le pape crut devoir désapprouver formellement le concile de Pise. Ses raisons étaient en effet plausibles : il disait aux Florentins qu'on avait prononcé le jugement avanî d'avoir constitué le juge, qu'on avait convoqué le concile, aim de faire confirmer le jugement prononcé par les cardinaux; que le droit de convoquer un concile général n'appartenait qu'au pape et qu'il était prêt à présider celui qu'il aurait fait assembler d'un comnum accord et à abandonner même la désignation du lieu à deux arbitres nommés par lui et par h'S cardinaux; mais qu'il ne pouvait en aucune façon accéder à celui de Pise, sans avilir l'autorité pontificale et sans donner à la postérité le pernicieux exemple d'avoir ébranlé les fondements du Saint-Siège, sur lesquels repose le bien-être dt' l'Eglise.
Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, partit d«' principes diamétralement opposés dans les écrits où il exposait
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la situation de l'Église à cette époque et où il indiquait les mesures que l'on devait prendre pour réformer les abus. L'un de ces écrits, qui fut publié au commencenienl de l'an 1409 dans le but de défendre le prochain concile" de Pise, a pour base cette fausse idée que, les deux papes prétendant avoir également droit à la même dignité, le moyen le plus simple de terminer le différend serait de les en exclure tous deux et de les remplacer par un troisième. Il croyait qu'on peut maintenir l'unité de l'Église au moyen des rapports qu'on a avec son chef invisible Jésus-Christ, et que si elle n'a pas de chef visible, soit parce que le pape est physiquement ou civilement mort, soit parce qu'il n'est pas reconnu par les fidèles , elle peut se donner un nouveau chef dans un concile convoqué par les cardinaux. Il alla encore plus loin dans son ouvrage ayant pour titre : « De la séparabilité [auferihilitate] du pape de l'Église, » dans lequel il voulait prouver qu'il existe des cas dans lesquels le pape peut être privé de son autorité , parce que l'Eglise doit avoir le même droit qu'a (d'après les principes d'Aristote) toute société libre de déposer un prince incorrigible. Le devancier de Gerson , d'Âilly , évt'que de Cambrai , composa alors aussi deux traités en faveur de l'autorité du concile de Pise. Plus modéré que Gerson, il n'admettait que trois cas où l'on puisse convoquer un concile œcuménique sans l;i participation du pape, entre autres, celui du schisme où les droits des prétendants sont incertains. Henri de Hesse, dit de Langenstein, soutenait déjà dans un ouvrage publié en 1381 , que, dans le cas de schisme , on pouvait faire assembler un concile général sans qu'il fût nécessaire que le pape le convoquât et y présidât .
Concile de Pise. Alexandre V. Jean XXII I. Préparatifs pour le concile de Constance.
I. Varia acla concilii Pisani et ad illud spectantia, in d'Achery Spicilegio 1. 1, p. 803-8G2. Harduini Acta concil. VII, 1929-19C2
et VIII, 1-204, BoNiFACii Ferrerii tract, pro dcfensione Benedicti XIII , in Martene thesaur. II, 14^35. Poggii Bracciouni historia Florentina, éd. Recanato, Venet. 1715. 4. Ïheouorici a Niem vita Johannis XXIII, in H. v. d. Hardt concil. Constant, t. II. p. XV. JoH. Gersonii de raodis uniendi et reformandi Ecclesiam in concilie tmiversali, opp. t. II. p. II.
II. Jacqdes Lenfant, Histoire du concile de Pise. Amsterdam, 1724. 2 vol. 4.
A Pise où le concile s'ouvrit le 25 mars , il se trouva d'abord quatorze, ensuite vingt-trois cardinaux des deux obédiences; en outre, douze archevêques, quatre-vingts évoques et quatrevingt-sept abbés. On y comptait de plus cent deux procureurs ou députés d'évêques et deux cents d'abbés absents , les généraux des quatre ordres de moines mendiants, les députés des universités de Paris, de Bologne, de Toulouse, d'Orléans, d'Angers, de Montpellier, de Florence, de Cracovie , de Vienne , de Prague, de Cologne, d'Oxford, les procureurs de plus de cent chapitres, près de trois cents professeurs en théologie et en droit canon , enfin les ambassadeurs des rois de France , d'Angleterre , de Portugal , de Bohême, de Sicile, de Pologne et de Chypre. La France fournit plus d'un tiers des prélats et des députés. Après la France, l'Angleterre, la Bohême, la Lombardie, la Toscane, les électorats de Cologne et de Mayence, y envoyèrent le plus de députés. Robert, roi d'Allemagne, qui, avec sa pénétration d'esprit ordinaire, avait prédit qu'en suivant la voie dans laquelle les cardinaux venaient d'entrer, on risquait de tripler le schisme, de causer plus de scandale et de produire plus de désunion qu'on n'en avait eu depuis longtemps dans la chrétienté, resta avec l'électeur de Trêves, avec la maison de Bavière et avec quelques autres, inviolablement attaché au pape Grégoire, à qui Naples et quelques petits états italiens restèrent également fidèles, tandis que l'Espagne et l'Ecosse persistèrent dans l'obédience de de Luna. Guy de Malesec, comme doyen d'âge des cardinaux, eut la présidence du concile de Pise jusqu'à l'élection d'Alexandre V. On y cita Angelo Cor-
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raro et Pierre de Luna , ct dans la troisième session on déclara qu'ils étaient sehismaliques opiniâtres. Sur ces entrefaites, se présentèrent comme ambassadeurs du roi Robert !'anhe\èque de Riga , les évèques de Worms et de Verden et un chanoine de Spire nomnié Conrad de Susat, qui firent d'énergiques représentations contre la légitimité du concile cl qui <lemandèrenl que, de concert avec le pape Grégoire, on fixât le lieu et l'époque d'un concile dans lequel le pape pût, comme il l'avait promis , renoncer à sa dignité ; mais, après avoir appelé des actes du faux concile de Pise à un véritable concile général, ils quittèrent aussitôt celte ville, de sorte que leur départ eut tout l'air d'une fuite précipitée. Vers le même temps, Charles Malalesla , seigneur de Rimini , avait pris aussi la défense de Grégoire, en se contentant toutefois d'engager les cardinaux et les prélats de Pise à se rendre à Pistoja, où Grégoire devait se joindre au concile avec les évéques de son obédience; mais on refusa de se rendre à celle invitation. Dans la huitième et neuvième session , le concile se déclara œcuménique et coname représentant l'Eglise universelle ; il prononça sa compétence comme tribunal suprême, agréa par suite la réunion des deux collèges de cardinaux et ordonna aux fidèles de renoncer généralement et absolument à l'obédience des deux prétendants; en efl'el, ce n'est qu'alors que les cardinaux renoncèrent formellement à l'obédience de de Luna. Dans les sessions suivantes, le concile s'occupa à faire les informations convenables contre les deux papes et à entendre les témoins; après quoi, on décida et déclara dans la quinzième session qu'étant sehismaliques opiniâtres el hérétiques incorrigibles, ils s'étaient rendus indignes de tout honneur el dignité, de tout droit de commander ou présider et qu'ils étaient retranchés de l'Église. On prit aussitôt les mesures nécessaires pour procéder à l'élection du nouveau pape, et comme on était généralement convaincu qu'il fallait mettre le plus promplement possible un terme aux nombreus: abus qui s'étaient glissés dans l'Église, les cardinaux publièrent un écrit par lequel ils
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promettaient que celui qui serait élu pape, continuerait le concile jusqu'à ce que la réforme de l'Eglise universelle fût faite, tant dans son chef que dans ses membres. Les envoyés de de Luna étant, sur ces entrefaites, arrivés à Pise, obtinrent, il est vrai, par l'entremise des ambassadeurs d'Aragon, une audience dans une congrégation particulière , mais leur maître ayant, peu de temps auparavant, publié une bulle d'excommunication contre ses anciens cardinaux, ils furent si mal reçus qu'ils se hâtèrent de quitter secrètement la ville de Pise. Le 15 de juin les cardinaux entrent au conclave, et le 2G du même mois, ils élisent pape Pierre Filargo de Candie qui de simple frère mineur qu'il avait été jadis, était devenu archevêque de Milan et cardinal. Cet homme vieux, faible , du reste loyal , se laissait entièrement diriger par le cardinal Cossa qui, ayant refusé, pour le moment, la dignité pontificale qu'on avait l'intention de lui conférer, avait fait tomber le choix sur le cardinal de Candie. Le nouveau pape qui prit le nom d'^llexandre V, présida le concile dans les dernières sessions ; il trouva, ce qui est une preuve qu'on doutait encore de la légalité de tout ce qui avait été fait , qu'il n'était pas inutile de confirmer de nouveau tout ce que les cardinaux avaient décidé à l'égard du schisme depuis le mois de mai de l'année précédente, et publia une série de décrets par lesquels il abrogea de certaines réserves odieuses, exempta les églises des sommes arriérées qu'elles devaient à la chambre apostolique, recommanda la tenue des conciles provinciaux et diocésains comme aussi celle des chapitres de chanoines et des ordres monastiques, et ordonna qu'on ne pourrait plus désormais déplacer les ecclésiastiques sans le consentement des intéressés et celui de la plupart des cardinaux. Ensuite, le pape déclara qu'il avait dessein de réformer l'Eglise dans son chef et dans ses membres , mais qu'il ne pouvait le faire actuellement , attendu le départ de plusieurs prélats et le désir que les autres avaient manifesté de rentrer dans leurs diocèses , et qu'il suspendait cette réforme jusqu'au concile général qui devait s'assembler
dans Irois ans et conlinuer les opérations du présent concile.
Au lieu de terminer le schisme , le concile de Pisc dont les prélenlions de former un concile œcuménique paraîtront au moins très-peu fondées, avait encore augmenté la confusion. Trois compétiteurs s'arrogèrent bientôt la dignité pontilicale, et quoique Filargo fût reconnu par la grande majorité du clergé, cependant de Luna conserva un grand nombre de partisans en Espagne et Grégoire XII en Italie et en Allemagne. Ce dernier ouvrit son concile à Cividal del Friuli, au mois de juin de l'an 1 i09, mais malgré tous ses efforts, il ne put réunir (jue très-peu de prélats qui déclarèrent son élection canonique, annulèrent celles des antipapes d'Avignon et de Pierre de Candie et lui accordèrent Tabsolulion du crime de parjure dont on l'avait accusé. L'assurance qu'il y donna aux prélats qu'il était toujours prêt à renoncer au pontilicat aussitôt que de Luna et Filargo auraienl eux-mêmes renoncé à leurs prétendus droits, et qu'il laissait aux rois Robert, Ladislas et Sigismond la faculté de flxer le temps et de désigner le lieu à cet effet, ne l'aurait point empêché d'être arrêté, si, à la faveur d'un déguisement, il ne s'était enfui sur une galère que le roi Ladislas lui avait envoyée. Il se relira à Gaéte avec une suite peu nombreuse et peu brillante.
Louis d'Anjou, que le concile de Pise avait reconnu comme roi de Naples et quAlexandre avait nommé gonfalonier de l'Église romaine, enleva au roi Ladislas la ville de Rome et une partie de l'État de l'Église. Alexandre qui dès lors aurait pu lixer sa résidence à Rome et augmenter ainsi son autorité, cédant au désir du cardinal Cossa, se retira à Bologne où celuici dirigeait toules les affaires en qualité de légat, et il y raourui le .] mai de l'an 1410. Le conclave était tout à fait sous l'influence despotique de Cossa, qui à Bologne disposait de la force armée; ajoutez à cela que l'ambassadeur de Louis d'Anjou pressait vivement les cardinaux d'élire le légat. De cette façon, il arriva qu'un homme qui ne connaissait que les ruses de la guerre et les artifices d'une politique perfide, un homme qui
s'élail tellement rendu odieux par son ambition, par sa cruauté, parses dérèglements et par sa violence, qu'on l'accusa plus tard^ d'avoir empoisonné son prédécesseur, fut élevé sur le Siège pontifical et reconnu comme vrai pape par la plupart des nations chrétiennes; ce fut là sans contredit la plus malheureuse de toutes les conséquences du concile de Pise. Natif de Naples, Cossa avait été élevé aux dignités ecclésiastiques par la faveur de Boniface IX ; devenu cardinal , il avait causé beaucoup de chagrin aux papes Innocent et Grégoire par sa résistance opiniâtre, et ce dernier l'ayant excommunié, parce qu'il ne voulait pas délivrer Bologne du joug insupportable qu'il luiavait imposé, c'était lui qui avait contribué le plus à la défection des cardinaux. Il prit aussitôt le nom de JecmXXIIÏ; il excommunia, il est vrai , ses deux adversaires , mais il suspendit les censures qui avaient été prononcées au concile de Pise contre leurs adhérents, et cédant aux sollicitations de Louis d'Anjou, il se rendit, au mois de janvier de Tan 1411, de Bologne à Rome, afin de faire la guerre avec plus d'énergie à Ladislas , roi de Naples et protecteur du pape Grégoire, contre lequel Cossa prêcha peu de temps après une croisade. Arrivé à Rome, il y nomma treize nouveaux cardinaux , parmi lesquels il y avait plusieurs hommes distingués , tels que Pierre d'Ailly , évêque de Cambrai , Egide Deschamps , évéque de Coutances , Guillaume Fillastre, doyen de Reims, François Zabarella, évèque de Florence.
Cossa et Ladislas , qui avaient cela de commun que tous les moyens leur convenaient pour poursuivre leurs projets ambitieux, furent bientôt d'accord. En l'an 1412, Cossa investit Ladislas du royaume de Naples, lui permit de faire la conquête de l'île de Sicile qui, à cette époque , appartenait au roi d'Aragon , et lui paya une forte somme d'argent. Celui-ci, en revanche , abandonna le parti du pape Grégoire qui avait trouvé un asile à Rimini sous la protection de la famille de Malatesta qui ne cessa jamais de lui témoigner de l'amitié. Ensuite, Cossa fit assembler à Rome un concile qui , à la vérité, fut très-
nombreux , mais qui ne fil al)soUiraeot rien pour la réforme de l'Église, objet de tous les vœux. Cependant il fut bientôt con- (raint de quitter Rome, parce qu'il (Taip;nait d'y être attaqué })ar le perfide Ladislas qui avait repris les armes; et pendant que le roi de Naples s'emparait de nouveau de Rome et de tout l'Ktat de l'Église en y commettant toutes sortes de cruautés et en profanant les choses sacrées, le pape fugitif et réduit à la dernière extrémité, s'adressa à Sigismond qui venait d'être élu roi des Romains. Celui-ci avait déjà envoyé avant son arrivée en Italie, des ambassadeurs au pape pour lui faire connaître qu'il attachait la plus grande importance à ce que le pape désignât le lieu où devait se réunir le nouveau concile qu'on se proposait de convoquer pour mettre un terme au schisme et pour réformer l'Église, et en conséquence, Jean qui sacrifiait tout à la protection et à l'assistance de Sigismond , donna aux légats qu'il dépécha vers lui , des pouvoirs illimités pour s'entendre avec le roi à cet égard. Les légats consentirent à ce que le concile s'assemblât dans la ville impériale de Constance que leur avait proposée le roi Sigismond , et ce fut en vain que , dans les conférences que Jean eut sur la fin de l'an 1413 avec le roi à Plaisance et à Lodi , il chercha à faire renoncer le roi à cette ville et à en choisir une dans la Lombardie où il aurait eu le dessus. Dès le 30 octobre, Sigismond invita toute la chrétienté et en particulier Grégoire et de Luna à se rendre au concile de Constance , en leur promettant un sauf-conduit, et Jean fut obligé de publier encore à Lodi le 7 décembre une bulle par laquelle il fixa l'ouverture du concile au premier novembre de l'an 1414.
La déclaration solennelle que les ambassadeurs de Sigismond firent à Charles , roi de France , et par laquelle ils notifièrent à ce prince que le concile avait à décider qui des trois prétendants devait être reconnu comme pape légitime, devait faire pressentir à Jean quel était le sort qui l'attendait au concile de Constance. L'uni versité de Paris, sous la puissante influence de d' Ailly et de Gerson , était déjà convaincue aussi que l'abdication ou la
déposilion simultanée des trois compétiteurs était l'unique moyen d'extirper radicalement le schisme. Dans un nouvel ouvrage intitulé : « De la manière d'unir et de purifier l'Église, » Gerson disait qu'il était même permis de déposer un seul pape légitime , toutes les fois qu'il s'agissait de l'unité de l'Église, ou que ce pape se rendait indigne du pontificat par sa mauvaise conduite, qu'à plus forte raison on pouvait déposer trois papes qui se disputaient la tiare, et que par conséquent un de ces trois papes ne pouvait ni présider à un concile ni prendre des décisions relatives à l'administration de l'Église. Gerson supposait que le nouveau concile serait beaucoup plus parfait et plus respectable que celui de Pise où l'on n'avait fait que suivre les premières impulsions d'un zèle inconsidéré, et il termine son ouvrage en faisant une satire piquante contre Jean XXIII , contre ses bulles, sa cour et ses cardinaux '.
Délivré par la mort subite de Ladislas du péril le plus imminent qui l'avait rendu si condescendant envers le roi Sigisniond , Jean , sous prétexte que sa présence était nécessaire à Rome, voulut aussi se soustraire au danger éloigné qui le menaçait à Constance; mais les cardinaux, en lui faisant des représentations énergiques, le contraignirent de garder sa parole; mais avant tout il se fit promettre par Sigismond et par les autorités de la ville de Constance qu'il y jouirait de toute sa liberté et d'une entière sécurité personnelle , et en s'y rendant , il se procura encore à Trente un appui dans la personne du puissant Frédéric, duc d'Autriche, qui s'était brouillé avec Sigismond , qu'il nomma premier capitaine ou gonfalonier du Siège apostolique et qu'il choisit pour son conseiller et son confident. Le 28 octobre , il fit son entrée dans Constance avec une nombreuse suite, et le 5 novembre suivant, il ouvrit le concile qu'il
' Cet ouvrage est du reste tellement passionné, tellement rempli d'erreurs historiques et de faux principes relativement à l'essence et à la constitution de l'Église, qu'il paraît provenir plutôt d'un adhérent de Wiclefque de Gerson. Plusieurs circonstances font présumer aussi que Gerson n'est pas l'auteur de cette production.
désignait toujours avec préméditation comme une continuation de celui de Pise, afin qu'on ne fut point tenté de le mettre de niveau avec ses deux compétiteurs (jui avaient déjà été déposé*et excommuniés au concile de Pise.
Concile de Constance.
ï. Herm. V. D. Haudt magnum œctim. concilium Constanliense. Francof. et Lips. 1697—1700.6 voll.fol. Theodorici Vrie {moine augustin d' Osnabriick qui assista au concile), historia concilii Constant, ap. V. d. Hardi, t. 1. p. 1, Ui.r. v. Reichenthal concilium, zo zu Constanz gebaltcn ist wordcn. Augsburg, 1536. fol. Bourgeois Dcchas- TENET, nouvelle histoire du concile de Constance. Paris, 1718. i. {Cette histoire ne renferme pour aiusi dire que des diplômes). Theod. A NiEM invectiva in Johanncm XXllI ap. Y. d. Hardi, t. H, p. XIV et XV.
H. J. Le.nfant, histoire du concile de Constance, cd. H. Amslerdam, 1727. 2 vol. i. — Eman. Schelstrate compendium chronol. rerum ad décréta Const, spect. , en tête de son Tractât, de sensu et auctoritate décret. Consl. concil. Romse , 1686. 4.
Dans les dernières semaines de Tan 1414 et au commencement de Tannée suivante, scréunitàConsiancele concile le plus nombreux et le plus brillant qu'on eût jamais vu dans la chrétienté. On y comptait en tout 18,000 ecclésiastiques, parmi lesquels il y avait vingt archevêques, quatre-vingt-douze évéques et cent vingt-quatre abbés. J^es Italiens et les Allemands y étaient les plus nombreux, ceux-là y ayant été invités par le pape Jean, et ceux-ci par la proximité du lieu. Parmi les princes séculiers, on remarquait particulièrement le roi Sigismond, les ducs d'Autriche , de Saxe , de Mecklenbourg , de Poméranie et de Lorraine, quatre ducs d(; Bavière et Louis, comte palatin du Rhin. En général, on doit y avoir compté en une fois 30,000 chevaux et plus de 150,000 étrangers. Jean qui comptait trouver un puissant appui dans le clergé français, lui avait
adressé un bref pour rengager à se rendre promptement au concile. L'église de France fit élire dans chaque province quelques évéques , quelques abbés et docteurs , pour les envoyer au concile; l'université de Paris seule, où chaque nation et chaque faculté avaient choisi leurs députés, y était représenté»; par deux cents docteurs. Après avoir obtenu un sauf-conduit, le cardinal de Raguse comme nonce du pape Grégoire fit également son entrée dans Constance, étant revêtu de ses ornements de cardinal et accompagné du prince électeur palatin et de plusieurs seigneurs de l'obédience de Grégoire.
Tant que Sigismond fut absent, on n'osa point attaquer le pape .lean ouvertement et systématiquement; toutefois le cardinal d'Ailly donna déjà à entendre que l'abdication des trois papes était le meilleur moyen de rétablir l'unité dans l'Église. Après l'arrivée de Sigismond à la Noël, l'horizon commença à se rembrunir pour le pape Grégoire. Les légats de Grégoire déclarèrent en pleine assemblée que leur maître était prêt à renoncer à la papauté, pourvu que ses deux adversaires en fissent autant et que Gossa n'eût pas la présidence du concile, et n'assistât pas comme pape à la cession de Grégoire. De Luna se contenta, d'après un plan conçu par Sigismond lui-même, de proposer d'avoir une conférence à Nice avec Sigismond et le roi d'Aragon. Dans les pourparlers que le roi d'Allemagne eut chez lui avec les cardinaux et les évêques, à l'exclusion de Jean , il y fut de plus en plus question de la cession des trois papes ; on y reçut plusieurs avis dans ce sens , et bientôt le cardinal Fillastre déclara qu'il était glorieux pour le pape Jean d'abdiquer volontairement, mais que, dans tous les cas, c'était pour lui une obligation. Cependant Jean eut aussi ses partisans et ses défenseurs qui s'appuyaient particulièrement sur l'autorité du concile de Pise et qui faisaient voir qu'en forçant le pape Jean d'abdiquer, on anéantissait ce concile comme n'ayant point été légitime ni utile à l'Église, et comme n'ayant point agi prudemment en élisant un nouveau pape. D'Ailly , dans un mémoire qu'il composa en réfutation de ces objections , dit que
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lii confusion o{ l'ombarr;>s rtaiont les memos ou poul-ôtre plus grands onrore qu'avant le conrilc de Pise el que si , à l'époque de CO concile, on préféra la cession à tous les autres moyens, cette mesure devait paraître plus urgente encore en ce moment ; que dans la position embarrassante où se trouvait l'Église, celle-ci ou le concile qui la représentait, pouvait , en faveur de la paix, forcer le pape à renoncer à sa dignité et dans le cas qu'il s'y refusât, le déposer comme schismatiquc et comme suspect d'hérésie.
Sur ces entrefaites, l'ordre qu'on établit dans les délibérations du concile lit échouer tous les projets de Cossa. En raison de la composition particulière de l'assemblée dans laquelle les évéques formaient une faible minorité en comparaison de la grande masse du reste du clergé et oij , parmi les docteurs et les députés des universités , il y avait un grand nombre de laïques mêlés aux ecclésiastiques, il paraissait douteux qui aurait le droit de Yoter et de quelle manière les votes auraient lieu. Cossa et ses partisans voulaient que les prélats , parmi lesquels i! comptait un grand nombre de créatures et de courtisans, eussent seuls le droit de voter. Le cardinal d'Ailly, auquel se ioifTnit aussi Fillastre, prétendait au contraire que tous, même les ambassadeurs des princes, les docteurs, les procureurs des prélats et des chapitres , pouvaient voter dans une affaire qui concernait l'union; qu'il fallait distinguer entre les affaires purement ecclésiastiques et l'affaire du schisme; que, dans celle-ci, tous ceux qui avaient été invités au concile, pouvaient donner leur vote. En conséquence, on fut d'accord de n'exclure personne des votes, et dès lors on fut obligé d'adopter un nouveau mode de voter. On partagea donc tout le concile en quatre nations, la nation italienne, la française, l'allemande et l'anglaise; plus tard, après la déposition de de Luna, on y ajouta la nation espagnole. Chaque nation avait son propre président qui changeait" chaque mois, et formait de cette manière un tribunal particulier qui jugeait les affaires en première instance et dans lequel chacun avait voix deliberative sans dis-
tiîiction de rang. Les nations se communiquaient ensuite le résultat de leurs délibérations dans des conférences générales, et la résolution, prise par la pluralité des nations, était communiquée à la prochaine session, où par conséquent on ne prenait aucune nouvelle décision , mais on confirmait et on approuvait ce qui avait été résolu par la pluralité des nations. De cette sorte, on anéantit la prépondérance des Italiens qui comptaient le plus grand nombre d'évéques au concile et qui, pour la plupart, étaient dévoués à Cossa.
Cossa qui était informé par ses espions de tout ce qui se passait dans les conférences , s'occupait activement à entraver la marche du concile par des intrigues, par la ruse et par la corruption , lorsqu'un auteur anonyme remit au concile un mémoire dans lequel il énumérait une série de crimes que Cossa devait avoir commis et où l'on invitait le roi avec les différentes nations à instruire cette affaire. Jean s'effraya; dans son embarras, il voulait même faire publiquement devant le concile l'aveu de ceux de ces crimes qui lui étaient justement imputés; car il pensait qu'on ne pouvait déposer les papes que pour le crime d'hérésie, dont il se croyait, innocent et qu'après un tel aveu , le concile passerait sur les autres chefs d'accusation. Ses amis l'exhortèrent à ne pas trop se hâter, et sur ces entrefaites, les nations, dans une réunion qui eut lieu le 15 février, résolurent de lui proposer de renoncer au pontificat. Les Allemands, les Français et les Anglais étaient d'accord sur ce point; les Italiens seuls furent en doute dans le principe. Cossa, à qui cette demande paraissait le moindre des maux eu égard au procès dont il était menacé , rédigea une formule de cession contenant des clauses qui lui permettaient de différer à volonté la véritable abdication. Sigismond et les nations, de leur côté , rédigèrent une formule plus précise , par laquelle le pape promettait et jurait de rétablir volontairement par son abdication la paix dans l'Eglise, aussitôt que Corraro et de Luna auraient renoncé à la papauté , ou qu'en général l'extinction du schisme dépendrait de sa cession. Cossa, après une
longue résistance, accepta cette formule, soit par crainte, soit par politiciue; il la lut le 2 mars dans la seconde session, cl cédant enlin au\ instances du roi , il publia une bulle pour faire connaître à la chrétienté qu'il renonçait à la papauté. Dès lors Sigismond devait se rendre avec quelques cardinaux et députés à Nice afin d'y entamer des négociations avec de Luna, et l'on espérait que l'opiniâtre Espagnol se montrerait plus condescendant, si Jean nommait le roi et les prélats qui l'accompagnaient, procureurs de sa cession. Mais lui et les Italiens désapprouvèrent cette mesure. Tout à coup on conçut le soupçon qu'ils voulaient quitter le concile, et Sigismond fit mettre des gardes aux portes de la ville. Il y eut à Constance une violente fermentation ; dans les réunions on parlait déjà de l'élection d'un nouveau pontife, et pendant qu'on insistait auprès de Jean pour obtenir sa procuration , celui-ci se plaignait de ce qu'on voulait lui faire violence , et il fit une proposition dont on devina facilement le but, à savoir celle de réunir le concile dans les environs de Nice, parce qu'il y pouvait s'arranger personnellement avec de Luna. La tentative que firent les Italiens de gagner les Français qui, dans le principe , étaient indécis , dans le but d'isoler les Allemands et les Anglais qui demandaient la cession au moyen de la procuration, échoua fort heureusement.
Dès ce moment, il ne resta plus à Cossa d'autre alternative que de céder ou de prendre la fuite. Il se décida pour ce dernier parti. Déguisé en postillon, il quitta Constance avec la coopération du duc d'Autriche qui le suivit de près. De Schaffous(> il adressa aux prélats de la cour de Rome et à ses serviteurs et employés près du concile, un manifeste par lequel il leur enjoignait de le rejoindre dans l'espace de six jours sous peine d'excommunication , et écrivit à Sigismond et aux cardinaux qu'il avait l'intention d'y faire la cession , parce que cette ville convenait mieux à sa santé et qu'il y était à l'abri de toute violence; tandis que dans les lettres qu'il adressait aux princes français et aux universités , il se plaignait des prétentions de
Sigismoad , de la division du concile en quatre nations , cl de plusieurs autres choses. Le concile que Cossa avait espéré dissoudre par cette démarche , resta assemblé grâce à la fermeté et à la prudence du roi Sigismond. Gerson, dans un discours qu'il prononça , mais que les cardinaux refusèrent d'entendre, dit que le pape lui-même était obligé d'obéir à un concile général, et immédiatement après, les autres théologiens de l'université de Paris publièrent un mémoire dans lequel ils soutenaient que l'Église légitimement assemblée peut, dans un grand nombre de cas, juger, corriger, et même déposer le pape, parce qu'il tient son pouvoir de l'Église, et que l'autorité d'une telle assemblée est au-dessus de l'autorité pontificale, puisqu'elle peut publier des décrets auxquels le pape ne peut point s'opposer. Du reste , cet écrit, dans lequel il régnait nécessairement une grande confusion d'idées, parce qu'on cherchait à séparer violemment l'Église de son chef, le pape, et à les opposer l'un à l'autre , ne fut point approuvé par le concile. Le patriarche d'Antioche, dans un mémoire où il rectifiait plusieurs passages de cet ouvrage, défendit l'autorité du pape, en disant que la primauté ne provient pas de l'Église, mais de Jésus-Christ lui-même et que si l'on séparait le concile du souverain pontife , il ne serait plus qu'un corps sans tête et sans vigueur. Ces arguments et d'autres semblables auraient fait beaucoup plus d'impression sur les esprits, si la suprême autorité de l'Église n'avait point été entre les mains des hommes les plus méprisables, et c'est ainsi que les objections de d'Ailly eurent beaucoup de retentissement. Il soutenait que le pape n'était point le chef du concile, mais qu'il n'était que le chef dans le concile, parce qu'il était le chef de tous ses membres ; que le tout étant plus grand que la partie , et le pape n'étant qu'une partie du concile , il en résultait que le concile était plus grand que le pape et que par conséquent son autorité était plus grande que celle du pape. Seulement on ne réfléchissait pas que , abstraction faite d'un cas extraordinaire, te! que celui du schisme qui régnait alors , le concile sans le pape
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n'était lui-même qu'une fraction et ne formait plus un tout. En général, pour justifier la conduite qu'on tint dans la suite à l'égard de Cossa, on aurait pu s'en tenir à l'incertitude de ses droits à la dignité pontificale; mais, d'un côté , on aurait révoqué en doute l'autorité du présent concile qu'il avait convoqué lui-même, et de l'autre, Gerson et tous ceux qui partageaient son opinion, mirent tout en œuvre pour faire adopter un principe qui, d'après leur système, devait être en vigueur non moins dans l'Klat que dans l'Église; car Gerson prétendait que, dans la société politique, le monarque est soumis aux états du royaume et qu'il peut être détrôné par eux.
Trois cardinaux s'étaient rendus avec l'archevêque de Reims à Schaflbuse, afm d'engager Cossa à nommer des procur<^urs chargés de faire la cession en son nom. L'archevêque çn rapporta deux déclarations. La première était la déclaration verbale que ce n'était ni par crainte ni par mécontentement, mais pour des motifs de santé qu'il avait quitté Constance ; la seconde était un bref adressé aux cardinaux , qui les autorisait à renoncer en son nom au pontificat de concert avec quatre procureurs pris dans les quatre nations , aussitôt que de Luna et Corraro auraient fait leur cession ou qu'ils seraient morts. Mais à Constance, on se défiait généralement de Cossa; on y savait ce qu'il pensait du concile ; on croyait qu'il cherchait à le dissoudre en attirant à lui les cardinaux, et en effet, des seize cardinaux de son obédience , il y en avait déjà dix auprès de lui à Schaflbuse ; de ceux qui y étaient restés , d'Ailly et Zabarella furent les seuls qui assistèrent à la troisième session qui eut lieu le 26 mars; mais parmi les prélats mêmes, il n'y eut qu'environ soixante-dix évèques et abbés. On y déclara que le concile légitimement convoqué et assemblé ne pouvait point être dissous par le départ du pape ou d'un prélat quelconque et qu'il ne le serait qu'après qu'on serait parvenu à extirper entièrement le schisme et à réformer l'Église dans son chef et dans ses membres; qu'en conséquence le concile ne pourrait cire déplacé qu'en vertu d'un décret émanant du concile même
et que personne ne pourrait plus s'en éloigner sans un motif plausible , approuvé par le comité qui serait nommé à cet effet.
Dès ce moment jusqu'à la quatrième session il régna une grande agitation parmi les membres du concile. Il est vrai que les cardinaux revinrent à Constance ; mais on y fut loin d'être satisfait des nouvelles offres de Cossa ; sa conduite équivoque fit même suspecter les intentions des cardinaux , et les théologiens des universités qui exerçaient une grande influence sur les trois nations, cherchèrent à profiter de cette occasion pour faire prévaloir leur nouveau système relativement à la supériorité de l'autorité du concile sur celle du pape. Gerson qui était l'âme de ces innovations, dit lui-même ' que les désordres et la confusion causés par le schisme avaient seuls inspiré au concile l'idée de rejeter la doctrine au sujet de la prééminence de l'autorité pontificale qui jusqu'alors avait été généralement reconnue, et qu'auparavant on aurait passé pour hérétique, si l'on s'était avisé à soutenir le contraire.
Dans la conférence du 29 mars , à laquelle les cardinaux et la nation italienne n'assistèrent pas, on adopta les articles suivants : 1" Le concile tient son autorité immédiatement de Dieu, et chacun, de quelque condition qu'il soit, fût-il même pape, est tenu de lui obéir dans tout ce qui concerne la Foi , l'extinction du schisme et la réforme de l'Eglise dans son chef et dans ses membres ; 2" quiconque résiste opiniâtrement aux décrets de ce concile ou de tout autre concile œcuménique , sera puni conformément aux lois ; 3° la fuite du pape qui par là avait l'intention de dissoudre le concile, le rend extrêmement suspect de schisme et d'hérésie, à moins qu'il ne se corrige ou qu'il ne donne satisfaction au concile ; 4" le pape et tous les membres du concile ont toujours joui d'une entière liberté à Constance. Les cardinaux et les Italiens désapprouvèrent ces articles ; ils prétendaient qu'il fallait retrancher dans le premier de ces articles les mots : « la réforme de l'Église dans son chef
• Gebson, tract, de potest, eccl. consid. X et XII.
378 HiSToiuE DE l'Église.
et dans ses membres » et supprimer en entier les trois autres articles, comme contraires à l'hoimeur et à la dignité du pape. Pendant qu'on était en pourparler à cet égard , on reçut la nouvelle que Cossa s'était tout d'un coup retiré à Laufenbourg, s'éloignanl ainsi de plus en plus de Constance, et qu'il y avait protesté contre tout ce qu'il avait promis e( juré dans la seconde session , ce qui naturellement augmenta l'animosité des prélats contre lui. Les débats au sujet des quatre articles continuèrent jusqu'à la quatrième session, jusqu'à ce qu'enfin on trouva, par l'entremise du roi Sigismond, un expédient au moyen duquel les cardinaux et les ambassadeurs de France qui s'étaient joints à eux, assistèrent à cette session. On ne voit nulle part en quoi cet expédient ail consisté , mais on peut conclure des décrets mêmes, tels qu'ils furent proposés dans cette session , qu'il consistait dans l'omission de la clause du premier article qui avait rapport à la réforme et dans la suppression du deuxième et du troisième article. Le cardinal Zabarella fît la lecture des articles avec ce préambule : Le saint concile qui forme un concile œcuménique légitimement assemblé pour l'extinction du schisme , pour l'union et la réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres, voulant effectuer cette union et cette réforme le plus facilement, le plus sûrement, le plus librement et le plus complètement que possible, ordonne, décide et déclare ce qui suit. Après quoi suivait le premier article, mais sans la clause de la réforme. Le second article déclarait que le pape Jean ne pouvait, sans l'assentiment du concile, en retirer la cour pontificale, ni ses employés ni d'autres personnes dont l'absence pourrait entraîner la dissolution du concile. Le troisième article annulait toutes les mesures que le pape pourrait prendre au préjudice des différents membres du concile. Le (juatrième article déterminait la formation d'un comité chargé d'examiner les motifs de ceux qui voulaient abandonner le concile, et dans le cinquième on défendait au pape de nommer des cardinaux pendant son absence.
Les théologiens des trois nations qui ignoraient qu'on eût
accordé en dernier lieu aux cardinaux et à leurs amis la suppression de la clause du premier article , pensaient que Zabarella l'avait supprimée de son propre chef; ils lui firent à ce sujet des reproches amers, et l'on résolut dans la réunion suivante de rétablir la clause dans la prochaine session. Sur ces entrefaites, la bulle dans laquelle Cossa attribuait sa fuite à la crainte et à la violence qu'on lui avait faite, aigrit de plus en plus les esprits. Avant la cinquième session , c'est-à-dire le 6 avril, les sept cardinaux qui avaient l'intention d'y assister, protestèrent avec les ambassadeurs de France qu'ils n'y assisteraient que pour éviter le scandale , et non pour donner leur consentement à ce qui serait résolu dans cette session. L'évêque de Posen lit la lecture des articles dont le premier attribuait au concile le pouvoir suprême , en l'étendant même sur la réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres. Ensuite on rétablit le second article qui avait été arrêté dans la conférence du 29 mars et qu'on avait supprimé dans la suite. Le troisième et le quatrième répondaient au second et au troisième de la quatrième session , et le cinquième au quatrième de cette réunion.
Ainsi , par suite du nouvel ordre qu'on avait introduit dans les délibérations , ordre qui avait changé la voix deliberative des théologiens et des canonistes en voix prépondérante et donné aux vingt voix de la nation anglaise la même valeur qu'aux deux cents voix des Français ou des Italiens, Gerson et son parti avaient triomphé , et l'on avait solennellement proclamé le principe que le pape était soumis au concile. Mais il s'en fallait que par là ce principe fût devenu incontestable. L'assemblée qui le proclamait, s'arrogeait, il est vrai, l'autorité d'un concile œcuménique, représentant toute l'Eglise, mais en réalité , elle ne consistait alors que dans la seule obédience du pape de Pise, tandis que les deux autres obédiences, qui comprenaient une portion considérable de l'Église , n'avaient point été régulièrement convoquées et n'y étaient point convenablement représentées. L'église de Rome elle-même n'y
otail pas représentée, pnisiiu'il n'y avait point de pape et que les cardinaux y votaient , non comme collège , mais comme des membres éparpillés entre les différentes nations. Au concile de Constance même plusieurs prélats soutinrent dans la suite la doctrine opposée concernant la supériorité du pape, et d'Ailly, dans un écrit qu'il composa plus tard sur ce sujet, défendit, il est vrai, l'autorité du concile, mais sans regarder la question comme délinitivemenl résolue, et sans s'en rapporter à l'autorité des décrets de la cinquième session. Enfln, ces décrets ne furent point approuvés non plus par les papes légitimes subséquents.
Continuation. Élection de Martin V. Fin du concile de Constance.
Vers le même temps, Baltbasar Cossa s'était réfugié à Fribourg dans le Brisgau , d'où il envoya sa cession au concile de Constance, mais à des conditions exorbitantes. Le concile dépécha vers lui deux cardinaux avec quatre autres députés qui lui remirent un acte de cession qui avait été approuvé dans la sixième session et qui lui enjoignirent de retourner à Constance ou de se rendre du moins dans les environs de celte ville. Cossa ne voulant rien accepter, on commença à lui faire son procès qui se termina par sa déposition. Après qu'on l'eut cité inutilement et qu'on eut fini d'entendre les témoins, on le déclara convaincu des crimesJes plus abominables, tels que l'incontinence, la simonie, l'incrédulité. De soixante-dix chefs d'accusation, on en cita cinquante-quatre, et la culpabilité et l'immoralité de cet homme furent tellement bien constatées que personne n'osa plus entreprendre de le défendre; il en rejaillit même du blâme sur les cardinaux qui l'avaient élu pape. Ensuite, le margrave Frédéric de Brandebourg, par ordre du concile, s'empara de sa personne, le conduisit de Fribourg à Ratolfszell près de Constance et l'y fit garder comme
OUATRIKME KPOQIK. — CIÎAλ. Vi. 381
prisonnier. Dès lors il déclara qu'il se soumettrait entièrement à la sentence du concile , pria Sigismond de vouloir intercéder pour lui, et demanda seulement qu'on respectât son honneur et sa personne. Dans la douzième session qui eut lieu le 29 mai, il fut déposé comme un simoniaque manifeste qui, par ses mauvaises mœurs, avait donné du scandale à toute la chrétienté et qui était incorrigible, et on délia tous les chrétiens du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté. On décida en même temps qu'on le retiendrait en prison aussi longtemps que le concile le jugerait nécessaire pour le bien de l'Eglise. Cossa se soumit à tout; il fut d'abord conduit dans le château de Gottleben , de là à Heidelberg , et ensuite à Mannheim où il fut étroitement gardé. En l'an 1419, il recouvra sa liberté à force d'argent et fut nommé évêque de Frascati par le pape Martin V , devant lequel il se prosterna , mais il mourut peu de temps après à Florence.
Dès ce moment le vieux Grégoire XIÏ remplit aussi la promesse qu'il avait faite depuis longtemps. Charles Malatcsta de Rimini arriva à Constance en qualité de plénipotentiaire du pape et annonça au roi qu'il était envoyé vers lui, et non vers le concile, parce que Grégoire ne reconnaissait point encore ce dernier. Dans la quatorzième session dans laquelle Sigismond avait la présidence dans le principe, parce que Grégoire ne voulait point renoncer au pontificat sous la présidence d'un cardinal de l'autre obédience, on publia de sa part une bulle par laquelle il convoqua d'abord le concile, afin de pouvoir le reconnaître; ensuite on déclara que les deux obédiences étaient réunies, on annula les censures qui avaient été prononcées de part et d'autre et l'on admit les cardinaux de Grégoire dans le sacré collège. Aussitôt que le cardinal de Viviers eut repris la présidence, Malatcsta fit la lecture de l'acte de cession. Grégoire approuva dans la suite tout ce qui avait été fait , et dans une lettre qu'iladressa plus tard au concile, il se donna le titre de cardinal-évêque Angélus; mais il mourut dès le mois d'octobre de l'an 1417. Afin d'engager aussi le vieux de Luna à renoncer à
382 HISTOIRE DK l'ÉGLISE.
la papauté, Sigismond voulut se rendre avec quatorze députés du concile k la conférence qu'on s'était proposé autrefois de réunir à Nice, mais, comme de coutume, de Luna, par ses subterfuges, flt cnsorte que cette conférence eut lieu à Perpignan , et il y éleva ses prétentions si haut que le roi et les prélats retournèrent à Narbonne et qu'ils furent sur le point de rompre les négociations. Les Espagnols déclarèrent alors qu'ils renonceraient à son obédience , s'il ne se déterminait pas à abdiquer, et on conclut à Narbonne, entre les rois d'Espagne et les comtes de Foix et d'Armagnac d'une part, et entre le roi Sigismond et les députés du concile de l'autre , une convention qui servait de base au rétablissement de la paix de l'Église. Le roi d'Aragon renonça le premier à l'obéissance de son pape, et le célèbre Vincent Ferrer qui était généralement estimé et qui avait été pendant longtemps partisan de de Luna, mais qui , trompé par cet ambitieux vieillard , l'avait déjà accusé publiquement de parjure, annonça cet événement au mois de janvier de l'an 1416. Ensuite le comté de Foix, la Navarre, l'Ecosse, la Castille, se joignirent successivement au concile, de sorte qu'enfin (à l'exception du comte d'Armagnac) toute la chrétienté de l'Occident se trouva réunie au concile de Constance. Sur ces entrefaites, on avait commencé à lui faire son procès. II avait déclaré à doux bénédictins qu'on avait dépêchés verslui, que le concile était une assemblée de schismatiques et d'excommuniés, et que toute l'Église se trouvait à Peniscola, comme jadis tout le genre humain s'était trouvé dans l'arche de Noé. Enfin, dans la trente-septième session, c'est-à-dire le 26 juillet de l'an 1416, il fut déposé comme coupable de parjure, comme schismatique et comme hérétique, ayant notamment nié, autant qu'il était en lui, l'article du symbole de l'unité et de la catholicité de l'Église.
Ainsi le concile avait rempli sa première et sa plus importante mission ; il ne lui restait plus à terminer que deux affaires importantes, à savoir l'élection d'un nouveau pape et la réforme de la discipline. Pour ce dernier objet on avait nommé
un certain nombre de commissaires, les mêmes qui composaient aussi le tribunal de la Foi. On avait sous les yeux des mémoires étendus qui entraient dans tous les détails sur la situation et les besoins de l'Église, et chaque mois, pour ainsi dire, on prononçait sur les vices dominants des discours dans lesquels on ne ménageait pas même les membres du concile. Tous s'accordaient à représenter comme la source de tousles maux la simonie , le trafic des bénéfices , le cumul des prébendes, la non-résidence des prélats, la dilapidation des dispenses, l'ignorance, l'immoralité et la vie mondaine des ecclésiastiques. Les prélats , disait-on , se livrent au jeu , font servir le patrimoine de l'Eglise à l'entretien de bouffons, de chevaux et de chiens, oppriment leurs vassaux , ordonnent plus de prêtres qu'il ne leur en faut , sont toujours prêts à intenter des procès pour des bagatelles, cherchent par avidité ou par ambition à passer d'une église à une autre, fréquentent les cours des princes et les tribunaux civils. Les prêtres possèdent plusieurs bénéfices, ne se proposent qu'un gain sordide dans l'administration des sacrements , font le commerce ou se livrent à d'autres occupations indignes de leur état, entretiennent publiquement des concubines, aiment le jeu ou la chasse, aiment les procès ou exercent l'usure. La cour de Rome qui a également besoin d'une bonne réforme , doit diminuer les charges des églises, qui consistent particulièrement dans les sommes exorbitantes qu'elle leur demande , dans le trop grand nombre d'excommunications qu'elle prononce, dans la trop grande multiplicité de lois et d'exemptions qui ruinent l'autorité des évêques. Les hommes les plus zélés et les plus judicieux , tels que d' A illy et Gerson, pensaient que le moyen le plus efficace de préparer à l'Eglise un meilleur avenir était de faire assembler souvent des conciles et de se montrer sévère dans l'admission de ceux qui se destinaient à l'état ecclésiastique.
Tandis donc que dans le concile on ne parlait que de réforme et que tout le monde en setitait la nécessité, il s'éleva une vive discussion au sujet de la question de savoir
384 msToiuK m: lkglisk.
s'il fallait commencer par la réforme de l'Église ou si, avant tout, on devait élire un nouveau pape. Sigismond désirait particulièrement ([non commenràt par la réforme, et il était appuyé par la nation allemande et far la nation anglaise. Los cardinaux, au contraire, insistaient, de concert avec les Italiens, les Français et les Espagnols, à ce qu'on éliit immédiatement un nouveau pape, prétendant que le concile s'était particulièrement proposé pour but l'union de l'Église et que cette union ne serait point parfaite tant que l'Église resterait sans chef. Des hommes, tels que d'Ailly et Gerson, croyaient que le moyen de réformer l'Église dans son chef et dans ses membres ne consistait point à publier une série de décrets, parce que ceux qui s'en trouveraient lésés pourraient les violer d'autant plus facilement pjir la suite qu'ils pourraient objecter qu'ils émanent d'une assemblée sans chef. Déjà les Français se plaignaient de ce que Sigismond cherchait à faire prévaloir son sentiment dans le concile et à entraver ainsi la liberté des délibérations. En conséquence , le roi ordonna de faire des prières publiques, afin d'invoquer l'assistance du Ciel pour une heureuse élection, et fit préparer le conclave dans la maison publique des marchands, appelée la Bourse. Comme de cette manière il paraissait lui-même reconnaître l'urgence de l'élection, les nations confédérées qui se fortifièrent bientôt aussi par l'accession des Anglais, n'en persistèrent que plus opiniâtrement dans leur sentiment ; elles représentèrent qu'il éclaterait inévitablement un nouveau schisme, si le concile se séparai! avant l'élection , et que la dissolution du concile était d'autant plus à craindre que les pères étaient fatigués de rester si longtemps à Constance, et que plusieurs diocèses, menacés de devenir le théâtre de la guerre ou ravagés par les troupes, rappelaient leurs pasteurs. Les Allemands, au contraire, manifestèrent l'opinion que le meilleur moyen d'éviter un nouveau schisme serait de commencer la réforme par la curie romaine. Ils disaient que depuis cent cinquante ans, les papes s'étaient écartés de la \<>ie dans laquelle avaient marché leurs
prédécesseurs lesquels, pendant douze siècles, avaient gouverné l'Église avec prudence , avec modération et en respectant les droits d'autrui ; que la curie romaine ne cherchait qu'à s'enrichir et s'arrogeait les droits des autres églises; que cela était suffisamment démontré par les réserves, les commendes, la collation des bénéfices, les expectatives, les annates, les dépouilles, les réserves de tant de causes civiles et ecclésiastiques, les absolutions et les indulgences qu'on accordait pour de l'argent. Que c'était de là et de la négligence de convoquer des conciles que provenaient la corruption et le luxe du clergé , la simonie et la décadence des églises et des monastères. Que l'exemple du concile de Pise, dont la réforme, quoique solennellement jurée, resta sans effet, était de nature à ce qu'on fût plus circonspect pour l'avenir et montrait coiubien il était nécessaire de faciliter, par une réforme salutaire de la cour de Rome, à un pape juste et intègre les moyens de réformer le clergé. C'est une chose digne de remarque que l'esprit de réforme qui régnait chez les Allemands se soit borné particulièrement aux bénéfices et aux abus qui en étaient résultés. Sigismond et les prélats allemands demandèrent qu'on accordât la collation des bénéfices aux évêques; mais une universitt^ d'Allemagne, celle de Cologne, s'opposa à cette mesure. Elle avait chargé ses députés d'insister pour qu'on laissât les bénéfices à la disposition du pape, attendu que, les évèques étant trop souvent dans le cas de céder à de puissantes recommandations, il était à craindre que les bénéfices ne fussent fréquemment conférés à des personnes indignes.
La dispute au sujet de la priorité s'anima au mois de juillet et d'août de l'an 1417 au point que les deux partis se firent de& reproches amers qui dégénérèrent en odieuses personnalités ,, et que Sigismond fut sur le point de faire arrêter et emprisonner les cardinaux , afin de les mettre dans l'impossibililé d'élire un nouveau pape. Cependant on publia quelques décreis relatifs à la réforme de l'Église dans la trente-neuvième session qui se tint le 9 octobre; le premier concernait la tenue des
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conciles œcuméniques ; le premier de ces conciles devait s'assembler cinq ans après la fin de celui de Constance ; le second sept ans plus lard, cl Ton devait ensuite en convoquer un tous les dix. ans. Le second décret ordonnait des mesures de précaution contre un nouveau schisme ; le troisième obligeait les papes à faire une profession de foi après leur élection, ce qu'on avait négligé de faire depuis le pontificat de Clément V. Ensuite , on mit des bornes aux translations des évéques et l'on supprima deux réserves, à savoir celle des dépouilles des prélats ou d'autres ecclésiastiques décédés et celle des procurations, c'est-à-dire la fourniture de tout ce qui était nécessaire aux évêques qui faisaient leurs visites, pour leur subsistance et pour soutenir leur dignité. Enfin le respectable évéque de Winchester, oncle du roi d'Angleterre, qui, ayant entrepris un pèlerinage, était venu à Constance, accommoda le différend. Dans la quarantième session on résolut que le pape futur, de concert avec le concile ou avec quelques députés que devaient élire les nations, réformerait l'Église dans son chef et dans ses membres selon la justice et l'équité et conformément aux maximes d'une sage administration, et que quand on aurait nommé des députés pour faire cette réformation, il serait libre aux autres membres du concile de se retirer avec la permission du pape. Que la réforme devait déterminer le nombre , la qualité et la nation des cardinaux, les annales, les collations des bénéfices et les grâces expectatives, les confirmations des élections, les causes qu'on doit porter en cour de Rome, les appels en cour de Rome, les otîices de chancelhîrie et de pénilencerie, les exenqîtions et les unions faites durant le schisme , les commendes , l'emploi des revenus des sièges vacants , les cas auxquels on peut corriger un pape et le déposer, l'extirpation de la simonie, les dispenses, les indulgences et les dîmes, enfin l'entretien du pape et de la cour de Rome.
Dans le conclave qui se composait de tous les cardinaux au nombre de vingt-trois et pour cette fois aussi, d'après une proposition faite par les cardinaux eux-mêmes, d(; trente dépu-
îés, dont six de chaque nation , on élut tout d'une voix , déjà au bout de trois jours , le cardinal Otton Colonne qui était i^éiiéralement estimé. Natif de Rome, il avait été nommé cardinal par Innocent VII et avait abandonné Grégoire XII avant la tenue du concile de Pise. Ce ne fut qu'après son élection qu'on l'ordonna diacre et prêtre; ensuite il fut intronisé le 21 novembre et il prit le nom de Martin V. La nouvelle de son élection fut accueillie à Constance comme partout ailleurs avec la joie la plus vive; seulement la cour de France, où dominait alors le comte d'Armagnac qui était toujours resté attaché àdeLuna, tarda à le reconnaître, et l'opiniâtre de luna était parvenu à réunir au château de Peniscola un petit nombre de partisans dont plusieurs cependant, à son grand déplaisir, le pressèrent de renoncer à la papauté.
Le pape Martin , de concert avec les présidents des nations, établit aussitôt un collège réformateur qui se composait de six cardinaux et de députés des différentes nations. Cependant les Allemands et les Espagnols se plaignirent bientôt de la lenteur ft de l'inactivité de cette commission. Ces deux nations transnîirent des mémoires sur les réformes qu'elles désiraient de voir introduire dans l'Eglise. Le mémoire [avisamenta] des Allemands était rédigé avec une sage modération; on n'y attaquait aucune des prérogatives du pape; on ne faisait que proposer des mesures propres à réformer les abus qui jusqu'alors éîaientrésultésde la jouissance de ces prérogatives. Les Français prièrent le roi Sigismond d'engager le pape à accélérer autant que possible la réforme de l'Église; mais il s'y refusa en disant que lorsqu'il voulait lui-même, avant l'élection du pape, effectuer cette réforme, ils s'y étaient constamment opposés. Le pape, en présence des nombreuses demandes contradictoires qu'on lui adressait, se trouvait en effet dans la position la plus diflîcile , et , dans la situation actuelle, il n'était pas aisé de ramener les choses dans leur état primitif. Lorsqu'il donna sa première audience publique , l'affluence de ceux qui avaient à lui demander des faveurs, était tellement grande
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que chacun des cardinaux qui s'y rendaicul était entouré de quatre à cinq cents personnes (jui sollicitaient sa protection.
Au mois de janvier de Tan 1418, le pape proposa aux nations un projet de reformation. Ce projet pour la rédaction duquel t»n s'en était tenu auv articles proposés par la nation allemande renfermait en substance ce qui suit : le nombre des cardinaux restera fixé à vingt-quatre; parmi les réserves on ne conservera que celles qui sont dans le droit commun et celles qui ont été établies par Benoît XII ;lesannatesdoiventêtreréduitsà un taux modéré et se payer à deux échéances différentes ; toutes lesexemptionsel toutes lesunionsdebénéîices qui eurent lieu pendant toute la durée du schisme sont annulées; on ne conférera plus à l'avenir les grandes abbayes, la dignité de chanoine, ni les paroisses à titre de commendes; les églises \acantes conserveront leurs revenus; la simonie, la possession de plusieurs bénélices incompatibles, l'aliénation des biens de l'Eglise, la non-résidence des prélats , sont absolument défendues ; on ne peut plus imposer au clergé une dîme générale, à moins que ce ne soit dans l'intérêt général de l'Église et avec le consentement des évéques. Comme on souleva la question de savoir dans quel cas on pourrait corriger ou déposer le pape, 3Iartin dit que, d'après l'opinion de la plupart des nations mêmes, il ne convenait pas de rien innover à cet égard, c'est-à-dire que les cas particuliers où cela devait avoir lieu, étaient le résultat de l'hérésie et du schisme. Il voulait que les nations examinassent son projet et qu'elles émissent à cet égard leur avis qui devait ensuite recevoir la sanction du concile. Mais la désunion des nations et la diversité de leurs raj)porls ecclésiastiques engagèrent le pape à faire, deux mois plus lard, sur un grand nombre de points un concordat particulier avec chaque nation. De ces concordats nous ne possédons plus que ceux qu'il fit avec les Allemands , les Français et les Anglais. Celui des Allemands qui ne devait rester en vigueur que l'espace de cinq ans, répondait au vœu de la nation relativement à la 'liberté des élections canoniques, aux annates, aux appels en cour de
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Rome et aux dispenses. Le concordat des Français renfermait les mêmes articles, hormis que les annates y étaient réduits à la moitié pour l'espace de cinq ans à cause de la guerre. Quelques points sur lesquels on était généralement d'accord, furent publiés dans la quarante-troisième session en forme de décrets apostoliques ; ces points consistaient dans l'abolition des nouvelles exemptions, la renonciation du pape aux revenus des églises vacantes, la défense de la simonie dans les ordinations, les élections et les collations des bénéfices , l'obligation d'avoir les ordres ecclésiastiques requis pour pouvoir être investi des bénéfices, l'exemption des églises et des clercs de la dîme du pape , et l'ordre d'après lequel tous les prêtres devaient porter un costume conforme à leur état. Ensuite, on déclara que chaque nation approuvait le concordat qui avait été conclu avec elle et que, par cette disposition et les autres dont on vient de faire mention, on avait entièrement satisfait au décret réformaîoire de la quarantième session. Déjà antérieurement, c'est-à-dire le 26 février, le pape avait publié le règlement qui devait s'observer dans sa chancellerie. Les députés de la nation polonaise avaient demandé qu'on condamnât publiquement l'ouvrage du dominicain prussien, Jean de Falkenberg, qui, écrit en faveur de l'ordre Teutonique, contenait des choses très-offensantes pour le roi et la noblesse polonaise. Le pape ne voulant pas y prêter la main, ils se montrèrent disposés à en appeler au prochain concile œcuménique. Mais Martin sentant que si de tels appels se répétaient souvent, ils détruiraient nécessairement toute autorité el toute sulwrdination dans l'Eglise, et que, par ce moyen, il serait loisible à chacun de s'opposer au chef de la chrétienté , en prit occasion pour publier, le 10 mars, une bulle, en vertu de laquelle il n'était permis à personne d'en appeler du juge suprême, le siège apostolique, ou de se soustraire à ses décisions en matière ecclésiastiqne. Gerson s'éleva contre cette mesure dans un mémoire où il cherchait à prouver que l'au torité du pape même ne reposait que sur l'autorité suprême que le concile
390 lilSlOlRE DE l'église.
avait exercée en vertu de la (lépo:»iliun de Cossa ; du reste, il reconnaissait qu ou ne pouvait point dans toutes les affaires en appeler du pape au concile.
Dans la quarante -cjualrième session, le pape indiqua le futur concile à Pavie. Dans la session suivante qui fut la dernière et qui eut lieu le 22 avril 1418, il confirma les décrets qui avaient été synodalemcnt [concillariter] publiés sur des matières de foi, en ajoutant qu'il excluait de celte confirmation tout ce qui avait été décidé autrement ( c'est-à-dire ce qui avait été traité ou résolu dans les congrégations particulières sur des objets relatifs à la constitution de l'Eglise). Il leva ensuite l'assemblée. Sigismond , après avoir remercié les prélats de la part qu'ils avaient prise à l'extirpation du schisme, prit congé du concile et donna au pape et à lÊglise romaine qu il se disait prêt à défendre jusqu'à la dernière goutte de son sang , l'assurance de son inviolable attachement. Pour l'indemniser des grandes dépenses qu'il avait faites en faveur de l'Église, Martin lui avait accordé la dîme de plusieurs églises d'Allemagne, ce qui était certainement contraire au décret (jue le pape avait récemment publié et qui donna lieu à de pressantes réclamations. Le pape se préparant à ([uitter Constance , les Français le prièrent d'établir de nouveau sa résidence à Avignon ; Sigismond , de son côté , lui conseilla de s'établir dans une ville d'Allemagne , à savoir à Bale , à Strasbourg ou à 3Iayence ; mais Martin partit pour l'Italie, où le bouleversement de l'État de l'Église réclamait tous ses soins. Rome et Bénévent étaient au pouvoir des Napolitains ; Bologne, comme république, jouissait de son indépendance; le reste se trouvait entre les mains de quelques dyuastes particuliers; toutefois le pape réussit insensiblement, soit parla force des armes , soit par des négociations et des conventions, à faire rentrer la majeure partie de ce pays dans le devoir..
Concile de Sienne. Eugène IV. Concile de Bale. Contestations de ce concile avec le pape. Conclusion de la paix.
Acta concilii Scnensis, in Harduin. VIII, 1013-1028. Actaconcilii Basileensis, ibid., t. VIII, 1087-1952, et in Mansi Supplement. Conciliorum, t. IV, V. Jë^em Sylvii de Piccolominibcs de rebus Basileae gestis stante vel dissolute concilio coramentarius , cd. Mich. Catalanus. Firmi, 180B. k. Ambrosii Tiuversari epistola), éd. Laur. Mebiis. Florentiœ, 1759. fol.
Conformément à la promesse qu'il avait faite au concile de Constance, Martin fixa en 1423 le nouveau concile œcuménique à Bale , et chargea quatre prélats de faire l'ouverture de ce concile en son nom ; mais après qu'on eut attendu longtemps, il ne s'y présenta que quelques évèques d'Angleterre; parmi les évêques d'Allemagne i! n'y eut que l'évêque de Posen ; parmi ceux de France , l'évêque d'Amiens avec cinq députés , et parmi ceux d'Italie, outre les légats du pape, il n'y eut personne. Une maladie contagieuse fut cause qu'on transféra le concile à Sienne. Les prélats s'y étant rendus en plus grand nombre, on tint la première session le 22 août. On y condamna de nouveau les hérésies de Wiclef et des Hussites, et l'on avisa aux moyens de réunir l'église grecque à l'église latine. Sur ces entrefaites, Alphonse, roi d'Aragon, irrité contre le pape de ce qu'il ne voulait pas reconnaître ses droits sur le royaume de Naples , mit tout en œuvre pour rallumer le feu du schisme qui couvait encore sous la cendre. Par l'entreprise d'un négociateur, il chercha à rendre les prélats du concile de Sienne favorables à la cause de de Luna qui se maintenait dans la ville de Peniscola. On frappa, il est vrai, d'anathème le petit nombre des partisans de l'antipape ; toutefois Martin fut loin d'être sans inquiétude ; en même temps , les prélats du concile se brouillèrent eux-mêmes , et pour avoir un prétexte plausible de quitter Sienne , on allégua le danger d'une maladie conta-
392 IIISrOIRK DE LKGLiSK.
ffipuse, la proximité du théâtre do la guerre, l'inopporlunité de s'occuper d'aflaires imjiortantes, vu le petit nombre de prélats qui assistaient au concile en l'absence du pape, et comme plusieurs d<> ces prélats étaient déjà retournés chez eux, le pape ordonna de dissoudre le concile. T.es députés des nations avaient désigné auparavant la ville de Bale comme siège du nouveau <oncile, et plusieurs prélats ayant insisté pour qu'on continuât à siéger à Sienne, les légats du pape et les présidents des nations déclarèrent qu'il était plutôt question de la translation du concile .à Bale que de la dissolution du concih» de Sienne. Le pape approuva le choix qu'on lit de la ville de Bale, et , afin d'accélérer la réforme de l'Kglise universelle et de la cour de Rome, il chargea deux cardinaux de recevoir et d'examiner tous les mémoires et tous les projets qui y avaient rapport. Cependant de Luna vint à mourir au mois de novembre de l'an 1424 ; afin (|ue le schisme ne s'éteignît pas avec lui, il avait , dans ses derniers moments, nommé quatre cardinaux. Trois de ces cardinaux, de concert avec le roi d'Aragon, nommèrent antipape un certain Égide Munoz, chanoine de Barcelonne , qui prit le nom de Clément YIll ; mais le quatrième, nommé Jean Carrière, qui se trouvait en France à cette époque, protesta contre cette élection , et fort de la protection du comte d'Armagnac , il se donna un pape particulier qui devait se nommer Benoît XIV. Cette comédie resta d'abord secrète; ce ne fut qu'en 1429 que Carrière la lit connaître, et sa créature qui n'eut aucun partisan disparait dès lors de l'histoire. Le schisme s'éteignit aussi cette même année dans la ville de Peniscola. Grâce aux efforts du cardinal de Foix, le roi d'Aragon se réconcilia avec le siège apostolique ; Munoz renonça à la papauté et obtint l'évéché de Majorque ; ses cardinaux renoncèrent également aux dignités qu'ils avaient usurpées, et enfin le promoteur le plus ardent du schisme, le comte d'Armagnac, se laissa aussi engager à reconnaître le pape légitime.
Après la mort de Martin, les cardinaux élurent pape à Rome au mois de mars de l'an 1431 le vénitien Gabriel Condulmerio,
neveu de Grégoire XII. Le pape Martin ayant extraordinairenient favorisé et enrichi ses parents, îos Colonne, les cardinaux rédigèrent en conclave une série d'articles que le pape futur s'obligeait à observer comme une espèce de capitulation , et le nouveau pape qui prit le nom d'Eugène /Fies publia dans une bulle. D'après ces articles , le pape s'engageait à réformer la cour de Rome et à ne pas la transférer ailleurs sans l'assenti- - ment de la plupart des cardinaux ; il de^ ait faire assembler un concile œcuménique dans le but d'introduire une réforme générale dans l'Eglise; en nommant des cardinaux, il s'obligeait à observer ce qui avait été prescrit au concile de Constance ; il s'obligeait de plus à ne rien entreprendre contre la personne ou la fortune des cardinaux sans le consentement de la pluralité du sacré collège et à ne point porter atteinte au droit qu'ils ont de léguer leurs biens. En outre, tous les vassaux et tous les fonctionnaires de l'État de l'Église devaient pré(er le serment de fidélité non-seulement au pape , mais aussi au collège des cardinaux ; la moitié des revenus de l'Église romaine devait aussi appartenir à ce dernier, et l'on ne pouvait rien entreprendre d'important relativement à l'administration de cet état sans son consentement.
Aussitôt qu'Eugène eut soumis les fiers Colonne qui à Rome même avaient pris les armes contre lui, il fixa toute son attention sur le prochain concile. Martin Y avait fixé l'ouverture de ce concile au printemps de l'an 1431 et nommé légat et président du concile le cardinal Julien Césarini. Eugène confirma tout cela; mais la guerre des Hussites en Allemagne, celle des Anglais en France , le bouleversement de l'Espagne et de l'Italie empêchèrent les prélats de se rendre à Râle. Le légat lui-même était encore occupé de la guerre contre les Hussites , et pour cette raison il fit ouvrir le concile le 23 juillet par l'entremise de deux plénipotentiaires , le docteur Jean Polemar et le dominicain Jean de Raguse. Outre l'abbé de Yezelai et le clergé de la ville de Râle , il n'y eut que quatre députés de l'université de Paris, c'est-à-dire de cette fraction de l'université de Paris
394 UiSTOlIlE DE LEGLISE.
qui était restée sous l'influence des Anglais. Au mois de septembre , Julien vint à Bale , où il ne trouva que trois évoques et sept abbés, et inconlinonl après, il adressa aux princes et aux. prélats des invitations pressantes de se rendre le plus tôt possible au concile. Jean Beaupère , cbanoine de Besançon , qui avait été envojé à Rome par Julien et par le peu de prélats qui se trouvaient à Bale, y annonça que le concile était peu nombreux, que le clergé d'Allemagne se trouvait dans un état déplorai)le, que l'hérésie des Hussites faisait de grands progrès dans plusieurs parties de rj']mpire, que les habitants de Bale méprisaient eux-mêmes le clergé , et que , la guerre étant sur le point d'éclater entre le duc d'Autriche et la Bourgogne, on n'était pas même en sûreté dans la ville de Baie. Vers le même temps, les Grecs se rapprochèrent de l'Église d'Occident, mais ils demandèrent que le concile . relatif à la réunion se tînt en Italie. Deux conciles œcuméniques ne pouvaient point avoir lieu simultanément; le pape avait donc assez de motifs pour dissoudre le concile de Bale pour lequel du reste les circonstances n'étaient point encore assez favorables, et qui, dans le fait , n'existait point encore du tout. Il le fit par une bulle datée du 12 novembre et signée par les dix cardinaux présents à Rome , bulle par laquelle il ordonna à son légat de dissoudre le concile et d'eu convoquer un autre qui devait s'ouvrir à Bologne au bout de dix-huit mois. Immédiatement après, Eugène apprit que le légat, au nom du concile, avait invité les Hussites à Bale, dans la vue de s'entendre de nouveau sur les points contestés, après leur avoir donné l'assurance qu'ils pourraient s'expliquer en toute liberté. Un interpréta cela à Rome, comn»si l'on voulait r(!mettre eu question ce qui avait déjà été décidé par l'Eglise ; on regarda comme une inconséquence qu'on voulût encore a\oir des discussions dogmatiques avec une sectr qui avait déjà encouru toutes les censures ecclésiastiques et qu'on avait combattue avec les armes temporelles. En conséquence, le pape, en alléguant ce motif dans une bulle qu'il publia le 18 décembre , prononça la dissolution du concih' ,
et signa en même temps les lettres de convocation et d'invitation pour le nouveau concile de Bologne.
Soit que la bulle du 12 novembre ne fût pas encore arrivée à Bale , soit que , dès le principe , on la regardât comme non avenue , le concile qui se composait à peine encore de douze j»rélats, tint sa première session le 14 décembre. Dans les réunions préliminaires , on avait déterminé l'ordre et la marche des délibérations. Tous les membres devaient aussi se partager en quatre nations, la nation italienne, la française , l'allemande et l'espagnole. On en forma quatre conventions ou deputations de nombre égal qui se composaient en partie de prélats , en partie de docteurs; chaque deputation tenait ses propres assemblées avec son président, son promoteur et les autres employés. En outre, on forma un comité de douze personnes qui devait examiner si les objets avaient rapport à la proposition ou s'il fallait les rejeter. Une deputation avait-elle décidé une chose à la pluralité des voix, on l'examinait de nouveau dans une autre deputation, et après que celle-ci avait émis son opinion à cet égard, le président proposait la même question à tout le concile qui se réunissait chaque semaine en assemblée générale; était-elle approuvée par celle-ci, on la transformait en un décret qu'on proclamait solennellement dans la session suivante. Toutefois ces formalités ne purent s'observer exactement que dans la suite , lorsque le concile devint plus nombreux. Dans la première session, le concile proposa pour sujet de ses délibérations l'extirpation de l'hérésie et du schisme grec, la confirmation de la Foi, la paix avec les princes chrétiens , la réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres et la remise en vigueur de l'ancienne discipline.
L'évêque de Parenzo étant arrivé à Baie, au mois de janvier de l'an 1432, avec la dernière bulle du pape, Julien se démit aussitôt de sa charge de président , tout en adressant au pape une lettre énergique dans laquelle il exposait les raisons qui lui imposaient l'obligation de laisser le concile à Bale. Il y disait qu'on avait l'espoir de gagner les Bohémiens qui jusqu'à-
396 HISTOIRE DE L'kM.ISE.
lors avaiont été indomptables ; que si on ne leè attendait pas, ils s'imagineraient avec plusieurs autres qu'on eraignait d'avoir avec eux dos discussions sur des articles de foi ; que si l'on dissolvait le concile, sans rien avoir fait pour la réforme , on pourrait d'autant plus facilement croire que le clergé était incorrigible, que les ecclésiastiques d'Allemagne, par le dérèglement de leurs mœurs et par leur inconduite, étaient déjà fort détestés; et qu'il pourrait bien arriver qu'en Allemagne des provinces tout entières se joignissent aux Bohémiens ; qu'enfin le concile se verrait trompé dans l'espoir qu'il avait conçu de rétablir la paix entre la France et lAngleterre , entre la Pologne , la Lithuanie et l'ordre Teutonique. 11 est étonnant que le cardinal ait révoqué en doute la réalité de toutes les circonstances que son envoyé Beaupère avait signalées à Rome comme autant d'obstacles à la tenue du concile, sans en faire la moindre mention , et que dans la troisième session, on ait fait l'éloge de cet homme et qu'on ait en même temps fiiit la remarque que le r»npe avait publié la bulle de dissolution , parce qu'il avait été induit en erreur par un rapport faux et défavorable. Il paraît qu'on voulait épargner cet envoyé et qu'on n'aimait pas à le convaincre d'imposture , ou que cet homme connaissait l'art de tromper à la fois le pape, les cardinaux et le concile.
Le petit nombre de prélats réunis à Bale , ayant aussi l'appui du roi Sigismond, résolut de continuer ses sessions. On y rédi'^ca un appel au pape mieux informé et au concile même; on envoya en qualité d'ambassadeurs à Rome l'évéque de Lausanne et le doyen d'I'trecht, afin de faire rapporter les deux bulles, et dans les lettres circulaires on se donna déjà, quoiqu'on fût à peine assez nombreux pour former au concile provincial, le pompeux titre de concile œcuménique, légitim.'Mnent assemblé au nom du Saint-Esprit. Le 15 fé\Tier, on tint sous la présidence de l'évéque de Constance une seconde session , bien qu'il fût dit dans la bulle de convocation que le concile de Bale ne s'assemblerait qu'après qu'il y aurait un nombre suflisant de prélats et que, pour le moment, il n'y eût
que quatorze membres, soit évêques soit abbés. Afin de se prémunir d'avance contre le pape, on eut hùtc de renouveler le décret duconcile deConstance relatif à la supériorité du concile sur toute autre autorité, même celle dupape, et l'on décida aussitôt que ce concile ne pouvait jamais, sans son propre consentement, être dissous, transféré en un autre endroit ou prorogé par aucune puissance ; ([ue ses membres ne pouvaient être appelés nulle part , pas même à la cour de Rome et qu'il n'était permis à personne de quitter l'assemblée sans une permission expresse de l'assemblée même ; que toutes les censures et tous les moyens de coercition que l'on employerait pour séparer les membres du concile , seraient de nul effet. En même temps, les évêques de France qui s'étaient réunis à Bourges, adressèrent au roi un mémoire pour lui représenter la nécessité du concile de Bale à cause du danger dont on était menacé de la part des Hussites; ils le prièrent de prendre ce concile sous sa protection , d'envoyer à ce sujet une ambassade au pape et de permettre aux évêques de se rendre à Baie. L'archevêque de Lyon , Amédée de Talaru , qui devait se rendre à Rome en qualité d'ambassadeur , engagea les prélats de Bâlc à user de prudence et de circonspection dans leurs relations avec Eugène qui, comme chef de l'Eglise et comme étant d'une conduite irréprochable, méritait qu'on eût pour lui tous les égards possibles. En revanche, les docteurs de cette fraction de l'université de Paris qui subsistait encore, adressèrent au concile de Bale une lettre excessivement arrogante et insolente , en disant que c'était le démon qui avait suggéré l'idée d'établir le concile dans un autre endroit , et que si le pape y persistait, il fallait lui résister en face, comme saint Paul résista à saint Pierre.
Encouragés par l'approbation et les promesses deSigismond, des princes d'Allemagne , des ducs de Milan , de Savoie , de Bourgogne et de Bedford , ainsi que d'un grand nombre d'évêques , les prélats de Bale persistèrent dans leur projet , et dans leur troisième session , qui eut lieu le 29 avril , ils déci-
398 HISTOIRK DE l'ÉGLISE.
durent de requérir le pape de se rendre personnellement, dans l'espace de trois mois , à Bale ou d'y envoyer des plénipotentiaires , afin de prendre part aux délibérations du concile. On fit une semblable injonction aux cardinaux et Ton y ajouta qu'en cas de refus , on agirait contre eux tout aussi bien que contre le pape, par les voies de la justice. Cette fois-ci l'on renouvela aussi le décret du concile de Constance relatif à la supériorité des conciles , car on croyait se faire de cette supériorité un bouclier pour couvrir l'orgueil et les prétentions. Sur CCS entrefaites, Eugène avait refusé de prêter l'oreille aux représentations de Sigismond qui lui demandait de ne point insister sur son décret de dissolution ; en revanche , ce dernier désapprouva le plan du pape qui voulait faire assendder dans une ville d'Allemagne un concile particulier composé d'évéques allemands, dans le but de mettre un terme à l'affaire des Hussites et de réformer l'église d'Allemagne; en même temps, il engagea les prélats de liàle à persévérer dans leur résolution et envoya à Rome un [procureur ([ui afficha aux portes d<' l'église de Saint-Pierre lassignation faite au pape et aux cardinaux. On ne resta pas en arrière au concile de Baie : dans la quatrième session, on décida qu'en cas de vacance du siège apostolique, l'élection du nouveau pape ne pourrait avoir lieu qu'à Bale ; que , pendant la durée du concile , Eugène ne pourrait point nommer de nouveaux cardinaux, ui empêcher les fonctionnaires de sa cour ^l'assister au concile; on se croyait même en droit de nomjner le gouverneur du comté Venaissin ; toutefois le cardinal Alphonse Carillo que le concile avait nommé gouNerneur de ce pays, (;n fut chassé par le cardinal de Foix que le pape y avait envoyé en cjualité de légat.
Les choses en étant venues à ce point, il n'est pas étonnant que, contrairement au droit des gens, on ait emprisonné^ à Bale Jean Ceparelli de Prato, qui y avait été envoyé comme nonce apostolique, de sorte que la nouvelle légation du pape, qui se composait des archevêques de Colocza et de Tarenlc , de l evêque de 31aguelone et d'un auditeur, eut besoin d'un
sauf-couduit. Sur ces entrefaites, Sigismoiid exhorta les prélats de Bale à ne pas pousser les choses jusqu'au point de faire éclater un nouveau schisme , et c'est ainsi que les nonces du pape reçurent enfin audience au concile de Baie , le 22 août. L'archevêque de Tarente y exposa les raisons qui avaient engagé le pape à dissoudre ou , à proprement parler, à transférer le concile à Bologne : il alléguait une maladie grave dont ce dernier avait été attaqué, le petit nombre de prélats réunis à Baie, l'offre que l'on avait faite aux Hussites, et la réunion avec les Grecs qui préféraient Bologne à Bale. Au nom d'Eugène , il proposa ensuite à l'assemblée de convoquer le concile dans une ville quelconque de l'État de l'Église , le pape s'offrant à renoncer à sa souveraineté pendant toute la durée du concile et à en tixer l'ouverture à l'époque que les prélats trouveraient la plus convenable. Ce fut en vain : déjà dans la sixième session qui eut lieu le (5 septembre et dans laquelle on comptait trente-deux prélats, les deux promoteurs insistèrent pour qu'on accusât le pape et les cardinaux d'opiniâtreté; toutefois, les nonces obtinrent encore un délai.
Deux cardinaux , Branca Castiglioni et Capranica , qui , ayant des démêlés particuliers avec le pape, s'étaient réunis au concile , firent tout leur possible pour augmenter l'exaspération contre Eugène. Au rapport d'Énée Sylvius qui se trouvait alors à Bale avec Capranica, ces cardinaux et d'autres employés de la cour de Rome , d'où il en vint tous les jours un plus grand nombre à Bale , représentèrent le pape sous h' jour le plus défavorable, tandis que tous les autres, surtout les docteurs de Paris, de Cologne et d'autres universités, élevaient l'autorité et la dignité du concile jusqu'aux nues , et que tous ceux qui parlaient en public , s'attachaient particulièrement à flatter la multitude. Le cardinal Julien se chargea de nouveau de la présidence , et dans la huitième session on accorda au pape un délai de soixante jours pour révoquer sa bulle de dissolution. Vingt jours après, tous les cardinaux et tous les ecclésiastiques de sa cour devaient l'abandonner , et
personne, pas môme le pape ou le roi, ne pouvait reconnaître d'autre <oneile , puis([u'il ne peut y avoir deux coneiles œcuméniques à la fois.
Le grand nombre de prélats réunis à Bale, car au 19 février de l'an 1433 on en comptait déjà quarante-six, les exhortations incessantes de Sigismond , les faveurs et l'appui que la plupart des cours de l'Europe accordaient au concile, et la probabilité qu'il réussirait à ramener les Hussites dans le giron de l'Eglise, enfin l'appréhension de passer pour un ennemi de la paix et de la réforme de l'Église , tout cela engagea le pape à se rapprocher du concile et h avoir de l'indulgence. Il nomma de nouveau des nonces qui devaient proposer un accommodement au concile ; il désirait toujours de transférer le concile dans une des villes d'Italie; insislait-on à ce qu'il se tînt dans une ville d'Allemagne ; on ne pouvait traiter les questions les plus importantes concernant la réformation de l'Église que dans le cas qu'il se trouvât au moins soixante-quinze é\éques au concile. Peu de temps après, c'est-à-dire le 14 février de l'an 1433 , écoutant les conseils de Sigismond et des princes électeurs, il publia une bulle par laquelle il révoqua son décret de dissolution, disant que les motifs qui y avaient doimé lieu n'existaient plus, et décida que le concile de Bale se tiendrait sous la direction de ses légats, dans le but d'extirper l'hérésie des Bohémiens et de rétablir la paix en Europe. Cependant les quatre nonces, chargés de proposer un accommodement sur les bases qu'on avait arrêtées auparavant, arrivèrent à Bale; mais on y manifesla des principes et l'on éleva (\vs prétentions qui rendaient toute réconciliation difficile, pour ne pas dire impossible. Le petit nombre d'évéques, d'abbés et de docteurs prétendait former, quoique séparé du Siège apostolique, un concile œcuménique, jouissant de tous ses droits, quoiqu'ils ne se fussent assemblés qu'après que le temps de l'ouverture fut passé depuis longtemps, et quoique, par l'entremise de leur premier député , ils eussent prié le pape d'adresser aux prélats de nouvelles lettres de convocation. Eu
conséquence, ils exigèrent que le pape se soumît à eux, qui prétendaient tenir leur pouvoir immédiatement de Jésus-Christ, et qu'il regardât le concile comme une assemblée légitimement convoquée et continuée.
Tandis donc qu'Eugène donnait la présidence du concile a cinq légats assistés du cardinal Gesarini et qu'il promettait de protéger et de défendre de tout son pouvoir les prélats de Bale , tandis que Sigismond qui, à cette époque, reçut de lui la couronne impériale à Rome , approuvait entièrement la conduite du pape à l'égard du concile, celui-ci continua ses poursuites contre le chef de l'Église, accumula ses admonitions, ses citations et ses menaces canoniques , et mit tout en œuvre pour rendre l'autorité du papeabsolument dépendante. Dans la onzième session, on menaça de la suspension et delà déposition le pape qui refuserait d'assister au concile en personne ou par l'entremise de ses légats, et l'on déclara qu'une telle assemblée ne pouvait être dissoute, transférée ailleurs ou prorogée qu'avec son propre consentement. Dans la douzième session , on abolit les réserves du pape et l'on rétablit les élections libres dans les chapitres et dans les abbayes. Dans la treizième session, on devait réellement prononcer la suspension d'Eugène, ce qui fut néanmoins différé encore à l'intercession du duc de Bavière qui avait été nommé vice-protecteur du concile par l'empereur Sigismond. Les légats qui arrivèrent le 11 février avec la bulle du pape, furent reçus avec des dispositions manifestement hostiles, et tout le contenu de cette bulle paraissait aux prélats de Bale être de nature à devoir être ri^eté. Ils disaient que c'était à tort qu'on y prétendait que le cardinal Julien avait été chargé de ne faire assembler le concile que dans le cas qu'il y eût un nombre suffisant de prélats, et cependant c'était là une condition indispensable à la tenue de tout concile œcuménique et qui aussi était clairement énoncée dans la lettre du pape à Julien ; ils trouvaient mauvais que le pape alléguât pour motifs de la dissolution qu'il avait décrétée, les obstacles que Bcaupèye avait portés à leur connaissance, parce que par là il paraissait
vouloir atténuer robjcclion faite par le concile. Ce qui les choquait le plus, c'était la phrase renfermée dans la bulle, par laquelle le pape disait qu'il envoyait ses légats pour tenir le concile de liàle, d'où il résultait, selon eux, qu'il avait l'intention de n'approuver que les résolutions qui seraient prises après l'arrivée de ses légats et de regarder comme nul et non avenu tout ce qui avait été fait jusqu'alors. En'in. ils reprochaient encore au pape de n'avoir fait dans sa bulle aucune mention de la réformation comme objet des délibérations du concile , tandis que, dans une autre bulle du 1" mai, il avait charge ses légats de travailler avec le concile à la réformation de l'Église dans tous ses membres; il leur semblait que, de celte sorte, la réformation dépendait entièrement de la volonté des légats et que le concile n'avait plus qu'une voix deliberative; qu'en outre en parlant de la réformation des membres, il aurait fallu nommer aussi le chef de l'Église.
Le 29 juillet Eugène publia un bulle dans laquelle il déclara d'abord qu'en envoyant ses légats à Bale il n'avait pas eu l'intention de convoquer un nouveau concile, mais seulement do continuer celui qui était déjà assemblé. C'était faire une concession importante aux prélats de Bale; mais il annula ensuite tous les décrets qui étaient émanés du concile ou qui devaient encore en émaner et qui portaient atteinte à sa personne et à la dignité du Saint-Siège. Il se montra encore plus indulgent dans une autre bulle qu'il publia trois jours après. Il disait dans celle-ci qu'il approuvait que le concile se fût tenu à Bale et qu'il consentait qu'il y restât désormais assemblé ; qu'il y accédait purement et simplement et qu'il le protégerait de toul son pouvoir, pourvu qu'on en donnât la présidence à ses légats et qu'on révoquât tout ce qui y avait été résolu contre lui, contre les cardinaux et contre ses partisans. Il chargea ses légats, l'archevêque de Spalatro, l'évéque de Cervia et l'abbé de Moniaco, de procéder aux révocations qui devaient avoir lieu de part et d'autre au concile de Bale. Cette modération et celle résignation de la part du pape causèrent tant de joie et d'éton-
QIATRIKME ÉPOQUE. — CHAP. Vf. 403
nement à Sigismond qu'il disait qu'Eugène avail l'ail plus qu'il ne devail faire el que si les prélats de Baie conlinuaienl à lui être hostiles, il prendrait les mesures les plus énergiques eontre eux. D'autres princes reconnurent aussi combien la conduite des prélats était injuste et préjudiciable au repos et à l'unité de l'Église. Les ambassadeurs du roi d'Angleterre s'opposèrent à la publication du décret de la douzième session, et Charles VII, roi de France, écrivit au concile en disant que le décret qui menaçait de suspendre le chef de l'Eglise, ne pouvait causer que du scandale , troubler les consciences et bouleverser les états de la chrétienté, et qu'un schisme funeste pourrait seul être la suite d'une pareille conduite. Les princes électeurs , les ducs de Bourgogne et de Savoie, le doge de Venise, manifesîèrent également leur mécontentement au sujet de la tendance du concile de Bale.
Cependant Eugène se trouvait dans la position la plus pénible : le duc de Milan , plusieurs condottieri et dynastes, sous prétexte de soutenir le concile contre le pape, attaquèrent l'État de l'Église de toutes parts, s'emparèrent de plusieurs provinces et d un grand nombre de places fortes; les Colonne se soulevèrent de nouveau contre lui; plusieurs cardinaux l'avaient abandonné et s'étaient réunis à ses adversaires; enfin, à la douleur que lui causaient les menaces et les mauvais traitements auxquels il était en butte de la part des prélats de Bale, se joignaient des souffrances corporelles pour ainsi dire continuelles. Réduit à celle extrémité , et cédant au désir de l'empereur, il consentit à remplacer dans sa dernière bulle les mots désagréables au concile : « nous voulons et nous consentons » par ceux-ci : « nous ordonnons el nous déclarons.» On avait alors adopté à Bale comme maxime favorite, la nécessité de rabaisser l'autorité du pape; on voulait, comme les prélats le disaient eux-mêmes, donner un exemple aux papes futurs, afin qu'ils ne fussent plus tentés de s'opposer à l'autorité suprême et inviolable d'un concile œcuménique. Cependant, grâces aux représentations énergiques de l'empereur et des
îOi HISTOIRE DE l'église .
ambassadeurs des différents princes, on en revint à des sentiments plus pacifiques. Le duc de Bourgogne, entre autres, avait chargé les députés de ses états , parmi lesquels se trouvaient les évéques de Rouen, de Cambrai, de Coutances, d'Auxerre et de Chalons , de quitter la ville de Bale , dans le cas que les prélats ne voulussent point songer sérieusement à se réconcilier avec le pape. C'est ainsi que sous la médiation d'une ambassade solennelle que l'empereur , le roi de France et le duc de Bourgogne envoyèrent au pape , la paix se conclut sur la fin de l'année 1 133. Eugène révoqua tout ce qu'il avait fait contre le concile, même ses bulles du 29 juillet et du 13 septembre de cette année (dans lesquelles il avait condamné ce qu'on avait résolu contre lui au concile de Bale) , et il déclara que ce concile avait été légitimement continué depuis son ouverture ; il nomma en même temps présidents du concile les cardinaux Orsini , Albergati, Fosco et Pierre de Foix , et dans le cas qu'ils en fussent empêchés, rarcbevéque de Tarcnte, l'évêque de Padoue et l'abbé du monastère de Sainte-Justine à Padoue, conjointement avec le cardinal Cesarini. Au rapport d'Augustin Patrice , chanoine de Sienne, qui se trouvait alors à Bale , il avait été statué par le traité de paix que les légats seraient nommés présidents du concile et qu'on révoquerait expressément tous les actes qu'on avait dirigés contre la personne et la dignité du pape; mais dans les actes de la seizième session , dans laquelle on fit la lecture des documents relatifs à la paix , il n'en est fait aucune mention , omission dont il faut probablement chercher la cause dans la nouvelle rupture qu'il y eut entre le concile et le pape.
Continuation. Nouvelle rupture entre le^concile et le pape. L'antipape Félix V.
Depuis qu'on était en paix avec le pape, le nombre des prélats s'augmentait considérablement au concile de Bale, et
dans la dix-septième session qui se tint le 26 avril de l'an 1434, on en compta jusqu'à cent. Un des membres les plus influents était alors le cardinal d'Allemand , archevêque d'Arles , qui , poussé par un zèle ardent pour la réforme de l'Eglise, avait quitté secrètement la cour du pape et s'était réuni au concile dont il fut longtemps le chef et l'oracle. Du reste, les prélats eurent toujours les mêmes opinions et les mêmes passions; les nouveaux-venus remarquèrent que dans les deputations dans lesquelles ils entrèrent insensiblement, ces opinions formaieri S déjà un système arrêté, auquel se ralliait tout le monde, et h leur insu, ils se laissèrent à leur tour entraîner par le torrent. Quoique, cédant à des motifs apparents, on se fut raccommodé avec le pape , cependant on ne renonça en aucune façon au projet de l'humilier et de rendre , autant que possible , complète et éclatante la victoire que le concile venait de remporter sur le pape. On en eut bientôt la preuve dans la conduite que l'on tinta l'égard des légats; avant de les admettre aux délibérations , on les forçait de jurer de garder le secret sur leurs votes, de ne pas quitter la ville de Bale sans la permission des députés des nations , de maintenir les décrets du concile , surtout ceux qui regardaient la supériorité des conciles sur le pape. Toutefois on leur permit de prêter ce serment en qualité de personnes privées, et non comme légats, et le cardinal Turrecremata ' qui assistait au concile, fait observer qu'en leur qualité de légats ils avaient protesté contre l'obligation qu'on voulait leur imposer. On exigea aussi un pareil serment de plusieurs autres personnes , même des ambassadeurs des princes , c'est ce qui engagea la cour d'Angleterre à s'adresser au concile pour lui en faire des reproches amers. Dans la dixseptième session, on ôta aux légats l'emploi des moyens coercitifs , et on les obligea à maintenir l'établissement et l'organisation actuelle du concile. Dans la dix-huitième session, à laquelle les légats n'assistèrent point à l'exception de Cesarini .
' Respons. ad Basil, de Pontif. et concil. author. 1503 , p. o8.
406 uiSToiRE DE l'Église.
on renouvela quatre ou cinq fois le décret du concile de Constance relativement à la supériorité du concile sur le pape en tout ce qui regarde la Foi, le schisme et la réforme de l'Église, probablement pour montrer que ce décret n'était pas compris dans ceux qu'on avait dirigés contre le pape et qu'on avait ensuite révoqués.
Sur ces entrefaites, le duc de Milan et les condottieri Fortebraccio et Piccinino, de concert avec les Colonne, se servant toujours du prétexte d'agir au p.oni du concile de Bale, excitèrent une révolte à ïlome ; F^ugéne lut assiégé dans son propre palais; il s'enfuit à la faveur d'un déguisement et vint à Florence au mois de juin de l'an 1434. Il y trouva les ambassadeurs d'Alphonse, roi d'Aragon, qui lui mandait qu'au concile de Bale on avait l'intention de le déposer. En effet, Capranica et ses amis y répandirent le bruit que l'élection d'Fugène était illégale, parce que Capranica que Martin IV avait nommé cardinal sans lui conférer ni le chapeau ni le titre, avait été exclu du conclave. En général, il y eut un concours de circonstances qui produisirent bientôt une nouvelle rupture. Le concile entama des négociations avec l'empereur de Constantinople au sujet de la réunion des deux Églises, et quoique ces négociations ne laissassent pas que d'exercer une influence funeste sur la correspondance que depuis longtemps le pape avait eue à ce sujet, Eugène communiqua cependant en toute confiance aux prélats de Baie le résultat des démarches qu'il avait faites jusqu'alors. Ensuite, il fut résolu au concile de Bale d'abolir les annates et toutes les taxes que l'on payait ordinairement à la cour de Home pour la collation ou la confirmation des bénéfices , et l'on menaça ceux qui ne se confornieraient pas à cette disposition, des mêmes peines canoniques qu'encourent les sinioniaques, en y ajoutant que si le pape s'opposait à cette ordonnance , on le citerait devant le concile. V'oilà ce que lit une assemblée qui elle-même trouva bon d'imposer le clergé des différents diocèses pour l'entretien de ses membres. Vainement il s'était élevé dans les congrégations
un grand nombre de voix éloquentes contre ce projet qui devait dépouiller le pape de sa principale ressource , et cela à une époque où il était chassé de ses états ; vainement les légats avaient représenté qu'il était injuste de publier un décret si préjudiciable au siège de Rome , sans l'avoir consulté au préalable; que tout le clergé avait consenti à pa}er les annates lorsqu'on les introduisit à une époque déjà reculée; que sans cette ressource , le pape ne pouvait point se maintenir dans sa dignité, qu'il lui serait impossibli; d'avoir des légats dans les pays étrangers , de prendre sous sa protection des prélats et des princes persécutes , et de s'opposer aux entreprises des hérétiques. On leur signifia, sous peine d'être exclus du concile et d'en encourir les censures , de retirer leurs protestations contre ce décret, et deux députés furent chargés de faire connaître au pape le rétablissement des élections libres et l'abolition des annates. Eugène envoya dès lors à Bale, en qualité de légats , le savant général des Camakiules , Ambroise Traversari , et un auditeur du palais, et les chargea de faire des représentations au concile contre la suppression des annates et contre le décret par lequel on permettait le tratic des indulgences, dans le but de se procurer l'argent nécessaire pour opérer la réunion de l'église grecque à l'église romaine. Les légats firent observer que cette manière de se procurer de l'argent était tout à fait contraire à l'esprit de l'Église, très-dangereuse eî propre à rendre le clergé odieux , dans le cas que la réunion ne réussît pas. En même temps , ils disculpèrent le pape de ce que le concile lui imputait et qui consistait en ce que, contrairement aux décrets du concile, il s'arrogeait la connaissance d'une foule de contestations et violait la liberté des élections. Ils disaient que c'était plutôt au concile qu'on pouvait reprocher de s'attribuer la juridiction d'un graïul nombre d'affaires et de contestations grandes et petites , générales et particulières. Ce reproche était assez bien fondé : non-seulement le concile s'arrogeait le droit de terminer toutes sortes de contestations religieuses; non-seulement il décidait des éleclions douteuses
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et d'aulrcs choses semblables; mais il se permettait môme d'empiéter sur l'autorité impériale et sur les droits de la cour supérieure de l'Empire, puisqu'ontre autres , il s'immisea dans le dilTéreml qui existait entre Eric, duc de Saxe-Lauenbourg , et Frédéric II, duc de Saxe , au sujet de la dignité électorale. L'empereur Sigismond avait déjà manifesté son mécontentement à cet égard , comme aussi à l'égard de la tiédeur et de la négligence avec lesquelles on travaillait à la réformation de l'Eglise; et en effet, on avait fait très-peu de chose pour cet objet principal dans l'espace de quatre ans. Il paraissait que la malheureuse lutte qu'on soutenait contre le pape, absorbait tous les loisirs et toute la vigueur de l'assemblée. Ce ne fut que dans la seizième session qu'on publia quelques bons décrets au sujet de la convocation régulière des coiuiles diocésains et provinciaux, et dans la vingtième et la vingt-unième session, on avait pris des mesures contre l'incontinence des clercs et contre la multiplicité des appels et des interdits.
Sans avoir réussi dans leur mission , Traversari et son compagnon quittèrent Baie au mois de novembre de l'an 1435 , et se rendirent à Stuhhveissenbourg où ils prièrent l'empereur de prendre le Siège apostolique sous sa protection et de préserver l'Égiise d'un nouveau schisme. Les prélats de Bale, de leur côté, adressèrent à tous les souverains un pompeux manifeste où ils signalaient les services qu'ils avaient rendus jusqu'alors à l'Église et aux nations et où ils invoquaient l'assistance des princes contre le pape qu'ils faisaient passer pour le plus grand ennemi de la réformation et de l'autorité suprême du concile. Ils saisissaient avidement toutes les occasions qui se présentaient pour faire sentir au pape tout le poids de leur puissance et de leur arrogance. C'est ainsi que , sur les plaintes de l'évéque de Grasse qui prétendait avoir été lésé par Eugène dans ses droits temporels sur Antibes , ils dépêchèrent vers le pape trois députés porteurs d'un monitoire, et lui donnèrent un délai pour révoquer tout ce qu'il avait entrepris , surtout dans l'affaire de cet évêque, contre l'autorité du concile et contre la réforma-
QUATRIÈME ÉPOQIE. — CHAP. VI. iOD
tlon géîiérale de l'Église dans son chef et dans ses membres. Eugène avait reçu quelques appels du concile au siège apostolique, ce qui ne tarda pas à occasionner une nouvelle rupture. Dans un véritable concile œcuménique où le pape, comme chef de l'Église , aurait occupé le rang qui lui est dû et aurait eu sa part d'influence, de tels appels auraient été absolument défendus ; mais Turrecremata , dans un mémoire qu'il remit à oette époque au concile , montra qu'à Bale le pape , en sa qualité de primat , ne présidait ni en personne ni par l'entremise de ses légals, mais qu'il devait être considéré comme tout autre évêquc, et que par conséquent on pouvait en appeler à lui comme on appelle à l'évéque , d'un chapitre auquel l'évêque n'appartient que comme chanoine.
Dans la vingt-troisième session qui se tint le 25 mars de l'ati 1436, on devait poser les bases de la réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres. On détermina l'ordre du conclave, les qualités du pape à élire, la profession de foi qui! devait faire et les serments qu'il devait prêter, le nombre et la qualité des cardinaux; on défendit au pape de confier des fonctions à ses parents dans l'Étal de l'Église et l'on supprima les réserves. Mais Eugène, qui dès lors vit clairement qu'une nouvelle rupture entre lui et l'assemblée était inévitable , envoya ses nonces aux différentes cours de l'Europe, après les avoir chargés de leur remettre un mémoire détaillé sur les rapports qu'ils avaient eus avec le concile jusqu'au mois de juin de l'an 1436. Il y disait que les Pères du concile de Bale avaient rabaissé ses légats en limitant arbitrairement leur autorité; qu'eu déclarant que, nonobstant l'opposition des légats, leurs décrets pouvaient être publiés par toute autre personne, ils s'étaient eux-mêmes réduits à la condition d'un corps sans chef; qu'en donnant une fausse interprétation ans. décrets du concile de Constance , ils avaient soumis le pape au contrôle dii concile ^ chose jusqu'alors inouïe dans l'Église. Il se plaignait en outre de la suppression des annates que depuis lors les agents et les collecteurs du concile se faisaient partout payer au profit de
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celle assemblée; il cond.imnait les nouvelles indulgences plénières et les décrets de la vingt-troisième session ; il reprochait au concile de s'arroger la connaissance d'une foule d'affaires qui n'étaient pas de sa compétence , d'avoir conféré un grand nombre de bénéfices , établi des conimendes et donné des dispenses de certaines irrégularités et des empêchements de mariage, d'avoir pris un sceau particulier, de s'être arrogé la révision des cas que le Siège apostolique avait déjà décidés et d'avoir supprimé la prière pour le pape dans la liturgie. Enfin , il indiquait dans son mémoire la source principale de tous les maux, qui consistait en ce que, contrairement h l'ancienne coutume des conciles , on avait accordé une voix deliberative ;\ une immense majorité de personnes privées; il disait que le concile de Constance l'avait d'abord fait, parce qu'il s'agissait alors d'avoir une décision unanime dans une affaire qui intéressait toute la chrétienté, à savoir le schisme; mais qu'au concile de Bale, les deputations qui ne se composaient en majeure partie que de personnes insignifiantes , décidaient , en s'en rapportant à tort à cet exemple unique, les affaires les plus importantes et les plus délicates et les faisaient ensuite passer pour les décrets d'un concile œcuménique. Il chargea en conséquence les nonces de demander aux différents princes de rappeler leurs ambassadeurs et les évéques qui se trouvaient au concile de Bale , afin qu'on pût convoquer un concile qui fût animé de meilleurs sentiments.
Sur ces entrefaites , on avait continué à négocier avec les Grecs, et il s'agissait de savoir dans quelle ville on convoquerait le concile qui devait opérer la réunion des deux églises. A Bale, on voulait absolument choisir un endroit hors de l'Italie, probablement afin que le pape ne pût point assister en personne à ce concile; en conséquence, on désignait à (;et effet Avignon ou une ville de Savoie ; mais l'ambassadeur de l'empereur de Constantinople s'opposa à ce projet, en disant que le concile devait s'assembler dans une ville qui fut à la fois à la convenance du pape et de ses compatriotes. Les légats apostoliques
proposèrent donc Florence ou Udine, et, outre le cardinal Cesarini, les ambassadeurs des différents princes, surtout ceux de France, furent aussi de cet avis. Toutefois, la majeure partie de l'assemblée s'opposa opiniâtrement à cette résolution ; c'était, au rapport de Patrice, la lie du concile dont on était parvenu à augmenter le nombre en admettant aux congrégations une foule d'ecj^lésiastiques de la campagne et de fonctionnaires subalternes, aux ordres des différents prélats. A la tête de ce parti se trouvait le cardinal d'Allemand, qui, dès ce moment, fut l'âme de toutes les résolutions du concile; en revanche , le cardinal Césarini se rangea de nouveau du côté du pape. De cette façon , il arriva que dans la vingt-cinquième session, qui se tint le 7 mai de l'an 1437, la diversité des opinions dégénéra en une opposition manifeste et en un schisme formel. Les prélats les plus considérés , de concert avec les légats, les cardinaux Albergati, Cervantes et Césarini, résolurent de faire assembler le congrès qu'on devait avoir avec les firecs , à Florence , à Udine ou dans une autre ville de l'Italie ; de ne lever la dîme destinée à faire face aux frais de voyage des Grecs qu'après leur arrivée , afin qu'en se procurant de l'argent pour un but qui pouvait manquer, on évitât d'encourir le reproche d'une mystification; et de ne pas dissoudre le concile de Bale à cause de ce congrès. Mais les autres Pères du concile de Bale , sous la présidence du cardinal d'Arles , décidèrent à une grande majorité de tenir le concile des deux églises à Bale , à Avignon ou en Savoie , d'imposer aussitôt la dîme et d'envoyer immédiatement quelques évoques à Constantinople, afin d'engager les Grecs à se rendre dans l'un des trois endroits désignés. Chacun ayant dès lors manifesté le désir que le sceau du concile fût apposé sur son décret , on chargea le cardinal Cervantes, Nicolas Tedeschi, archevêque de Palerme. et l'évêque de Burgos de terminer ce différend. Mais les actes publiés par Patrice et le rapport de Tedeschi se contredisent au sujet de la question de savoir sur quel décret on apposa finalement le sceau du concile. Le pape confirma le premier
ï\'2 HISTOIRE bK LliGLlSK.
de CCS décrets qui lui avait été remis par les évèques de Digne et d'Oporto et par Nicolas, prévôt de Cusa; les ambassadeurs grecs déolarcrent qu'ils reconnaissaient le concile de Bale dans ces prélats qui s'étaient joints aux légats du pape, et non dans le parti contraire, et au mois de septembre, les trois députés du concile de Bale dont il vient d'être parlé, arrivèrent à bord de sept galères à Constantinople , étant accompagnés des légats apostoliques, Garatoni, évéque de Coron et l'archcvêque de Tarantaise. Peu de temps après, arrivèrent aussi les vaisseaux équippés par les habitants d'Avignon et chargés des évèques de Lubeck, de Parme, de Viscu et de Lausanne que la majorité du concile de Bale avait dépêchés vers l'empereur de Constantinople. Ceux-ci cherchèrent en vain à engager l'empereur h s'embarquer avec eux et à se décider en faveur de Bale ou d'Avignon ; ils lui donnèrent même l'assurance qu'à son arrivée en Italie , il trouverait le pape déposé ; malgré cela , Paléologue et le patriarche se rendirent avec leur suite à bord de la flotte du pape et abordèrent à Venise au mois de février de l'an 1438.
Dans l'entre-temps , la majorité du concile de Bàlc était sortie, à l'égard du pape, des bornes de la modération et se montrait prête à pousser les choses au point de faire éclater le schisme. Dans la vingt-sixième session qui se tint le 31 juillet de l'an 1437, on donna au pape et aux cardinaux un délai de soixante jours pour se présenter devant le concile. Les chefs d'accusation sur lesquels cette citation était basée , étaient les suivants, à savoir, que dans les élections, dans les réserves et dans les appels, le pape agissait contrairement aux décrets du concile, qu'il s'était rendu coupable de simonie, qu'il s'opposait à la réunion des Grecs à l'église d'Occident , qu'il avait violé le serment qu'il avait prêté lors de son intronisation et enfin qu'il abusait de son autorité. On lui fit même un grief des dernières guerres et des derniers tronbles qui avaient éclaté dans l'Etat de l'Église, tandis que le duc de Milan avouait ouvertement que c'était le concile de Bale qui y avait allumé la guerre. En-
suite , ils annulèrent la dernière nomination qui avait été faite d'un cardinal. Mais, le 11 septenil>re , Eugène publia une bulle par laquelle il transféra à Ferrare le concile qui devait se tenir à la prochaine arrivée des Grecs. Les prélats de Baie se hâtèrent aussitôt d'accuser le pape d'entêtement et de regarder sa dernière bulle comme nulle et non avenue. Ils le suspendirent pour l'espace de deux mois et le menacèrent d'une déposition formelle. Le cardinal Julien Césarini , en sa qualité de député du concile de Bale, complimenta l'empereur grec à Venise; mais voyant que tout espoir d'une réconciliation s'était évanouie, il se rendit à Ferrare et se joignit au pape et au concile qui s'y était assemblé. De tous les cardinaux, d'Allemand fut le seul qui resta à Baie , eî au mois de février de l'an 1438 , le nombre des prélats y réunis se trouvait réduit à vingt-cinq évêques et dix-sept abbés , tandis que le concile de Ferrare compta bientôt, sous la présidence du pape, soixante-dix prélats, et deux mois après cent soixante, sans y comprendre les Grecs.
Sans s'inquiéter de cette diminution sensible , les Pères du concile de Bale, dans la trente-unième session qui se tint le 24 janvier de l'an 1438, suspendirent Eugène de toutes ses fonctions spirituelles et temporelles, et invitèrent tous les rois, princes et ecclésiastiques à refuser de lui obéir, attendu que, dès ce moment, le concile se trouvait investi de tous ses pouvoirs. En même temps, ils renouvelèrent les anciens décrets qui portaient que toutes les contestations , à l'exception des causes majeures [causœ majorei^) et des différends au sujet des élections, seraient terminées en leur lieu et que les expectatives seraient supprimées. Ensuite, dans la trente-deuxième session, on cita devant le concile tous ceux qui s'étaient rendus à Ferrare, pour qu'ils eussent à se justifier en personne. En revanche, le concile de Ferrare frappa d'anathème tous ceux qui s'assembleraient encore à Bale, et leur ordonna à tous de quitter cette ville dans l'espace de trente jours, en enjoignant en même temps aux magistrats de les chasser de leur ville après
il 4 UISTOIRE DE L EGLISE.
loxpiralion de ce délai. Plusieurs princes, entre autres le duc (le Bavière, les rois d'Angleterre et de Caslille, même le roi d'Aragon et le duc do ]\Iilan qui, à cette époque, étaient les ennemis personnels du pape , désapprouvèrent la conduite du concile de Bale qui devait nécessairement produire un schisme dans l'Église. Le roi de France seul se laissa tellement influencer par les députés du concile de Bale et par l'assurance qu'on lui avait donnée que tout ce qui avait été fait pour la réformation serait annulé par la translation du concile à Ferrare , qu'il défendit à ses prélats d'assister à ce dernier concile et qu'il invita en même temps le pape à sabstenir de toute espèce de procédure contre l'assemblée de Bale. Cependant on vit arriver à Ferrare plusieurs évoques français des états des ducs de Bourgogne et d'Anjou et du roi d'Angleterre.
A la diète de Franckfort il se présenta des légats du pape comme aussi des députés du concile de Bale; les uns et les autres cherchèrent à gagner les princes électeurs ; mais ceuxci déclarèrent que , pour le moment , ils voulaient rester neutres; que s'ils échouaient dans la tentative de réconcilier le pape avec le concile , ils se décideraient , au bout de six mois, de concert avec le roi qui serait élu dans l'entre-temps et après avoir pris l'avis des prélats et des docteurs pour l'un ou l'autre parti. Mais au lieu de six mois, six ans s'écoulèrent au grand détriment de l'église d'Allemagne, avant qu'on ne prît aucune décision. Après l'élection d'Albert d'Autriche, on envoya deux ambassades, l'une à Ferrare et l'autre à Bale: ici, l'on engagea les Pères à ne plus rien entreprendre contre le pape , et là, on proposa de choisir une ville d'Allemagne pour y fixer le congrès avec les Grecs. Dans les deux diètes qui se tinrent à Nuremberg aux mois de juillet et d'octobre de l'an 1438, on ne prit aucune résolution , bien qu'il y eût des députés de pari et d'autre ; cependant le roi et les princes électeurs envoyèrent de nouveau une ambassade à Bale, afin d'engager les Pères à consentir à la translation du concile dans une troisième ville. Eugène avait notamment consenti par amour de la paix à ce
qu'on fît la proposition de convoquer le concile dans une troisième ville, c'est-à-dire une ville d'Allemagne. On proposa donc Strasbourg, Constance et Maycuce, et le roi d'Allemagne, de concert avec les autres princes, se chargea de s'a.dresser au pape et aux Grecs pour les inviter à choisir l'une de ces villes. Mais à Bale on resta sourd à de telles propositions. Cependant on continuait toujours en Allemagne à regarder le concile de Baie comme une assemblée légitime par suite de la nomination de Conrad de Weinsbcrg en qualité de vice-protecteur de ce concile. En France aussi l'on prit le parti de rester neutre dans cette affaire. Une assemblée du clergé de France qui se tint à Bourges et dans laquelle on entendit aussi les légats apostoliques et les députés du concile de Bale, décida que le roi offrirait sa médiation aux deux partis , mais que , dans tous les cas, on continuerait à reconnaître Eugène comme pape légitime, et cette décision fut suivie d'un édit du roi, connu sous le nom de Pragmatique sanction , en vertu duquel on adopta , sauf quelques modifications, la plupart des décrets de réformation du concile de Bale qui, dès lors , eurent force de loi en France. Cependant on avait modifié en faveur d'Eugène le décret qui supprimait toutes les taxes de la cour de Rome relatives aux confirmations et à la collation du pallium et des bénéfices, en ce sens qu'on lui abandonna, sa vie durant, le cinquième des taxes qui se percevaient en France avant la tenue du concile de Constance. Il est évident que c'est au besoin d'une réforme de l'Eglise , besoin qui se faisait généralement et profondément sentir ; que c'est à l'importance que le concile sut se donner comme tribunal réformateur et à l'espoir de voir cette réforme se réaliser un jour tant par les décrets qui avaient déjà été publiés que par ceux qui restaient encore à publier, qu'il faut attribuer qu'en Allemagne aussi bien qu'en France on ferma les yeux sur la conduite violente et arbitraire de celte assemblée et sur la tendance de ses principes contraires au bon ordre et à la stabilité de l'Église.
Au mois de mars de l'an 1439, il se tint à Mayence une
HISTOIRE DK L EGLISE.
nouvelle diète à laquelle assistèrent, outre les trois électeurs ecclésiastiques, des ambassadeurs du roi d'Allemagne et de plusieurs états, comme aussi des ambassadeurs des rois de France, ilii Castillo et do Portugal, ainsi que du duc de Milan. Le patriarche d'Aquiloe qui s'arrogeait le titre et les prérogatives •l'un légat à latere, y vint do Bàlo. La cause du pape fut détondue dans cette assemblée par doux hommes distingués, .loan Turrocromata et Nicolas de Gusa. Celui-ci, l'ornoment de l'Allemagne et l'homme le plus profond de son temps, avait d abord embrassé avec beaucoup d'ardeur le parti du concile i\('' Bale et composé, dans ce cens, son ouvrage intitulé : Concordantia catholica; mais voyant que les prétentions de ce concile [)i>rlaiont atteinte à l'autorité du pape et que par suite elles menaçaient de rompre l'unité de l'Eglise, il s'était franchement rallié à la cause d'Eugène et du concile de Ferrare, et Enée Sylvius le nomme l'Hercule des défenseurs de l'autorité pontificale. Turrocromata réfuta victorieusement dans son discours la contradiction qui consistait à dire que le pape est le chef de l'Église dispersée, et non de l'Eglise représentée par un concile, qu'il est le chef de ceux qui sont représentés , et non de ceux qui représentent, qu'un concile doit représenter l'Église malgré l'absence de son chef. Cependant, à l'exemple de la France, on adopta aussi à Mayenco les décrets de réformation du concile de Bale, en y faisant également d'importantes modilications; mais les états renouvelèrent aussi leur protestation contre la suspension du pape. On en revint à l'unanimité au projet de proposer au pape et aux Grecs do choisir une autre ville d'Allemagne pour la tenue du concile; mais les Pères du concile de Bale répliquèrent que le salut de l'Église reposait sur le maintien du principe do la supériorité du concile et que, pour cette raison , il fallait continuer les poursuites contre Eugène qui s'arrogeait cette supériorité de fait. Il est vrai qu'à la fin ils promirent de consentir à la translation du concile, mais seulement à condition qu'il conserverait son organisation et sa constitution actuelles et que les princes allemands prendraient
l'engagement de faire exéculer ses décrets par la force , dans le cas qu'Eugène fût tenté de s'y opposer. Cette proposition fut naturellement rejetée.
Sur ces entrefaites, on avait commencé à Bale à entendre des témoins à charge du pape ; mais comme leurs dépositions au sujet de l'administration et de la conduite d'Eugène n'étaient pas de nature à provoquer une sentence de déposition contre lui , on rédigea huit articles qu'on fit passer pour des articles de foi , afin qu'on pût accuser le pape d'hérésie. Ces articles renfermaient en substance que le concile était au-dessus du pape , qu'il ne pouvait point être dissous ou tranféré ailleurs sans son propre consentement, que celui qui s'opposait à cette décision, devait être regardé comme hérétique, et qu'Eugène s'y était effectivement et formellement opposé. On souleva ensuite la question s'il fallait le considérer simplement comme hérétique, ou, comme le prétendait le parti le plus violent, comme hérétique relaps [relapsus]. Les principaux orateurs étaient le cardinal d'Arles, les archevêques de Palerme , de Lyon , de Milan et de Tours , l'évêque de Burgos , les professeurs Jean de Ségovie, Thomas de Gourcelles, Louis Dupont et le dominicain Nicolas de Bourgogne. Tedeschi et l'évêque de Burgos étaient à la tête du parti modéré , auquel appartenaient la plupart des évoques; ils refusaient de croire que l'article relatif à la supériorité du concile sur le pape fût un article de foi. Tedeschi, voyant que la plupart des membres du concile se laissaient aveugler par la passion et qu'ils désiraient de hâter la condamnation et la déposition du chef de l'Eglise, déclara dans une congrégation générale qu'il était honteux qu'un concile, dont l'autorité ne résidait que dans les évêques, fût obligé de céder à une masse de clercs inférieurs ; que les prêtres n'y avaient qu'une voix deliberative et que pour la première fois on donnait le scandale d'établir un article de foi sans et malgré l'autorité des évêques. D'Allemand, qui lui répondit que la crainte de déplaire aux princes et de perdre leurs biens temporels retiendrait les évêques , que les prêtres seuls montraient
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du courage et de réncrgic, et méprisaient les anallièmes d'Eugène, avoua ingénument qu'il n'y avait que peu de prélats de son parti et que si les évoques et les cardinaux avaient eu seuls une voix prépondérante dant le concile, les affaires y auraient pris une tout autre tournure. Lorsqu'il fut question de voler les huit articles, tous parlèrent et crièrent à la fois; en vain Tedeschi avertit ceux du parti opposé de se garder de devenir la risée de tout le monde , en entreprenant de décider une affaire aussi importante, tandis qu'ils n'avaient que trois évéques de leur côté; il leur dit que lui et les évéques qui votaient avec lui formaient la majorité des évéques et qu'ils composaient le concile, et non cette foule de copistes [coUuiies copislarum) qu'il remarquait de l'autre côté. Jean de Ségovie lui répondit que si la majorité des voix était requise pour la validité d'un décret synodal, la plupart des décrets du concile de Baie seraient nuls, puisque la plupart des évéques avaient voté contre ces décrets. D'Allemand déclara enfin que les trois premiers articles étaient adoptés comme articles de foi.
Dans la congrégation qui précéda la trente-troisième session, les débats furent extrêmement animés; l'archevêque de Tours, ambassadeur du roi de France , et l'évéque de Cuença , ambassadeur de Castille , insistèrent d'autant plus à ce qu'on mît un ternie à la discussion , que les députés du congrès de Mayence étaient arrivés. L'archevêque de 3Iilan attaqua vivement d'Allemand et sa démagogie ecclésiastique : il lui reprochait d'être l'auteur de ces intrigues , de s'être entouré d'une foule de copistes et de maîtres d'école pour établir avec leur concours des articles de foi ; il lui disait en outre que semblable à Catilina , il était le refuge de tous ceux qui n'avaient rien à attendre ni rien à perdre et qu'il voulait s'en servir pour gouverner l'Église. Cependant malgré toutes les protestations, d'Allemand fit rédiger le décret qui déclarait Eugène hérétique , parce qu'il s'était formellement opposé à l'article de foi relatif à la supériorité du concile. On approuva aussi cet arti< le de foi dans la trente-troisième session qui se tint le IC mai de
l'an 1439 ; mais les ambassadeurs des princes et la plupart des évêques n'assistèrent pas à cette session ; il n'y eut que vingt prélats , parmi lesquels fort peu d'évêques , aucun Espagnol , aucun Anglais. En revanche , il s'y trouva plus de quatre cents ecclésiastiques du second rang, et pour remplir les places vides le cardinal d'Arles qui présidait , s'avisa d'y faire mettre toutes les reliques des saints qu'on put trouver dans les églises de Bale.
Dans la trente-quatrième session on couronna l'œuvre. Gabriel Condulmério y fut déposé comme perturbateur de la paix et de l'union de l'Église, comme simoniaque, parjure, incorrigible, schismatique , hérétique. Voilà ce qu'entreprit une assemblée dans laquelle il n'y avait que sept à huitévèques, en tout trenteneuf prélats, y compris les abbés , tandis que, d'après le droit commun, il fallait pour la déposition d'un simple évêque, au moins douze évêques et que dans le petit nombre de ceux qui prirent part à cette déposition, plusieurs pouvaient être récusés comme juges, conformément aux maximes de jurisprudence les plus ordinaires; tel entre autres Raimond Talon, qui avait pris le titre d'évêque de Tricarico et que le pape avait autrefois déposé comme auditeur du palais. On n'avait pas encore eu d'exemple dans l'Église d'un tel renversement de l'ordre naturel et d'une violation aussi manifeste du droit positif. Peu de temps après , la peste éclata à Bale et enleva plusieurs membres du concile ; cependant , dans la trente-cinquième session , d'Allemand fit prendre un décret en vertu duquel l'assemblée devait continuer ses sessions malgré cette épidémie ; on résolut de plus d'élire un nouveau pape dans l'espace de deux mois et d'admettre, en attendant, au concile tous ceux qui en manifesteraient le désir. Mais ce qui venait d'être fait fut loin d'être accueilli comme d'Allemand et ses partisans l'avaient espéré. En France , les états du Languedoc supplièrent le roi de défendre l'autorité du Siège apostolique et de ne pas permettre qu'on déchirât l'Église au concile de Baie. Déjà avant la trentequatrième session , Charles VII avait écrit dans ce sens à cette
assemblée en l'engageant à ne pas pousser les choses plus loin. Après cela , il avait envoyé à deux reprises différentes des ambassadeurs au pape pour lui donner des preuves de fidélité et de dévouement. Le duc de Bourgogne défendit sous des peines sévères de publier les décrets du concile de Bale dans ses états, Un Allemagne, on arracha, dans plusieurs villes , ces décrets des portes des églises où on les avait affichés, et la diète qui venait de s'assembler à Mayence , répondit aux députés qu'y avait envoyés le concile de Bale qu'on appellerait des résolutions de cette assemblée au futur concile général, au pape Eugène et au Sainl-Siége.
La bulle par laquelle Eugène, de concert avec le concile de Florence , condamna les trois articles du concile de Bale , et prononça contre ceux qui avaient assisté au brigandage de cette ville toutes les censures relatives au schisme et à l'hérésie, fut regardée plus tard à Bale comme hérétique, quoique Jean do Ségovie qui d'ailleurs était un des promoteurs les plus actifs du schisme, s'y fût énergiquement opposé. Sur ces entrefaites, on se disposa à Bale à élire un antipape. On désigna trois docteurs en qualité d'électeurs principaux ; ceux-ci s'en adjoignirent un quatrième et choisirent ensuite les vingt-huit autres électeurs. Ainsi , le conclave , outre le cardinal d'Arles, se composait de trente-trois électeurs, parmi lesquels il y avait douze évéques , sept abbés, cinq docteurs en théologie et neuf canonistes. On s'aperçut bientôt que la plupart des électeurs , surtout les évoques, appartenaient aux états du duc de Savoie. D'allemand exhorta le conclave à élire un homme riche et puissant, car on avait alors besoin dune somme de 40,000 ducats, et un pape qui fût en état de défendre le concile avec vigueur et énergie. De cette sorte, on avait assez clairement désigné l'homme à qui l'on destinait cet honneur équivoque : c'était Amédée, duc de Savoie, qui, depuis trois ans, avait abdiqué en faveur de ses fils, et s'était retiré à Ripailles sur le lac de (icnève au milieu d'un certain nombre de chevaliers qu'il avait réunis pour former l'ordre de Saint-Maurice. Pour prévenir le
conclave en sa faveur, on disait qu'il était allié à toutes les cours et qu'il avail un pied en Allemagne et l'autre en Italie; qu'il ne fallait pas faire attention que c'était un laïque ignorant, parce que l'état chancelant du concile qui avait été désapprouvé par plusieurs cours et qui n'avait été reconnu que de nom par d'autres, exigeait un pape qui eût par lui-même beaucoup d'autorité et d'influence.
Le duc agréa le choix qui tomba sur lui et prit le nom de Félix V ; toutefois il resta six mois à Thonon , et ce ne fut qu'au mois de juin de l'an 1440 qu'il vint à Bale où il fut intronisé le 24 juillet. Cependant son obédience fut très-limitée; il ne fut reconnu que par la Savoie , la Suisse , la ville de Strasbourg, le duc Albert de Bavière à Munich, le comte palatin Etienne à Simmern , le grand-maître de l'ordre Teutonique en Prusse, par Albert, duc d'Autriche , par quelques villes de la Basse-Allemagne et par quelques universités; d'autres qui s'étaient réunis au concile de Bale, refusèrent néanmoins de reconnaître leur antipape, comme, entre autres, les rois d'Aragon et de Pologne et le duc de Bretagne. Les ambassadeurs de France protestèrent aussitôt contre celte résolution ; ils disaient qu'il était fort douteux que le concile qui s'était arrogé le pouvoir d'établir et de déposer les papes , eût suffisamment représenté l'Église, et que, pour cette raison, leur maître avait décidé de rester provisoirement dans l'obédience d'Eugène. On tint ensuite à Bourges, au mois d'août de l'an 1440, une assemblée du clergé de France à laquelle assista le roi et où l'on entendit aussi bien les nonces du pape Eugène que les agents du concile de Bale. Le résultat de cette assemblée fut qu'on reconnaîtrait Eugène seul comme pape légitime et qu'on l'inviterait à convoquer en France un concile général pour mettre un terme au schisme. En même temps , le roi engagea les Pères de Baie de faire trêve à leurs censures et à leurs anathèmes et de travailler plutôt au rétablissement de la paix de l'Église. D'un autre côté , on refusa aussi d'accorder aux nonces du pape les deux points qu'ils avaient demandés, à savoir la recon-
422 HISTOIRE i)E l'Église.
naissance du concile de Florence el la révocation de la pragmatique sanction.
Amédée était entièrement aux ordres de ceux qui l'avaient choisi pour chef. Lorsqu'il leur écrivait, il mettait son nom après celui du concile, et celui-ci, pour constater, en toute circonstance, sa supériorité, avait encore particulièrement approuvé son élection dans sa quarantième session. Cependant l'affaire la plus urgente consistait à se procurer de l'argeiit, et comme les décrets du concile de Bale avaient ôté au siège pontilical les revenus des différentes églises , le concile qui avait regardé les annates comme une charge insupportable, fut obligé d'imposer aux églises qui étaient dans le cas de se soumettre à son autorité, une contribution bien plus insupportable , puisqu'il accorda à son pape pour l'espace de cinq ans un cinquième des revenus de tous les bénéfices et un dixième pour les cinq autres années. Il était naturel que les églises de Savoie fussent les seules qui consentissent à payer cette contribution. Une nouvelle lettre circulaire devait bientôt après faire sentir à tous les fidèles la nécessité de reconnaître la toutepuissance des conciles et d'obéir par conséquent au concile de Bale. Amédée nomma en même temps un grand nombre de cardinaux ; il accorda particulièrement cette dignité aux prélats français les plus distingués ; toutefois il ne réussit pas à gagner la France. Vers le même temps , Eugène nomma aussi dix-sept cardinaux en les choisissant parmi les prélats les plus érainents de toutes les nations, entre autres le célèbre Turrecremata qui venait de publier son grand et profond ouvrage intitulé : Summa de ecclcsia, en réfutation de l'apologie du concile de Bale, rédigé par Nicolas Tedeschi, archevêque de Palerme.
En Allemagne , on sen tint à une commode neutralité. Dans une diète qui se tint à 3Ia)ence au mois de février del'anli^l, et à laquelle assistèrent les ambassadeurs du nouveau roi, Frédéric 111, les députés du concile de Bale et ceux de l'antipape furent contraints de renoncer aux litres de légats et de cardi-
gUATRlÈiME ÉPOQUE. CHAP. VI. 423
naux qu'Amédée leur avait donnés. Nicolas de Gusa , avec son éloquence ordinaire , plaida la cause d'Eugène , et l'on résolut à la fin de convoquer immédiatement un nouveau concile dans une des villes d'Allemagne ou de France et d'en laisser le choix au roi Frédéric , dans le cas qu'Eugène et Félix ne fussent pas d'accord à cet égard. La diète qui se tint à Nuremberg en 1442, envoya des députés au concile de Bale pour sommer les Pères de faire assembler un concile dans l'espace d'une année. De nouvelles négociations entammées à Franckfort eurent pour tout résultat qu'on y reconnut la nécessité d'un nouveau concile. C'était cependant Eugène à qui, à l'exclusion de l'antipape, on reconnaissait en Allemagne, si non les droits du Siège apostolique , du moins la dignité pontificale.
Sur ces entrefaites, le concile de Bale ne se composait pour ainsi dire plus que de professeurs et de docteurs de différentes universités, et c'est pour cette raison que les universités et particulièrement celle de Paris, malgré la défense formelle du roi, restèrent si opiniâtrement attachés à ce concile et au pape de son choix. Cependant cette assemblée se sentait trop faible sous tous les rapports pour prendre encore quelque décision importante , et c'est de la sorte que dans les années 1441 et 1442, on tint, à longs intervalles, quelques sessions, afin qu'on eût l'air de donner encore quelque signe de vie. Les Pères de Bale ne tardèrent pas à se brouiller avec leur créature , l'antipape; ils ne permirent pas même de publier les décrets en son nom, et celui-ci, fatigué d'être dans la dépendance perpétuelle de ces fiers schismatiques , se retira à Lausanne, et répondit à l'invitation que lui fit le concile de retourner à Baie en se plaignant des dépenses excessives que , sans avoir de revenus comme pape, il était obligé de faire pour les légations et d'autres objets de cette nature. Il est vrai que le concile de Bale paraissait avoir un puissant appui dans la personne d'Alphonse, roi d'Aragon, qui, à cette époque, s'était rendu maître du royaume de Naples et qui s'était prononcé en faveur de l'antipape, parce qu'Eugène avait refusé de reconnaître ses
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droits sur co royaume ; mais on fui bientôt trompé dans cet espoir, le roi s'étanl réconcilié peu de temps après avec le pape , et dès lors ses sujets, entre autres l'archevêque de Palerme, le plus grand canoniste de celte époque, quittèrent le concile de Bale. Ceux qui y étaient restés, tinrent, le 16 mai de l'an 1443, leur dernière session, la quarante-cinquième. On y décida qu'au bout de trois ans ou en moins de temps, si le pape Félix le jugeait à propos, on ferait assembler un concile général à Lyon et qu'en attendant on continuerait de siéger à Bale. Un certain nombre de scbismatiques opiniâtres restèrent en conséquence à Bale et tinrent encore quelques congrégations, jusqu'à ce qu'en 1444, une partie se rendit à Lausanne par suite des menaces que leur avait faites le roi Frédéric IIL
Réconciliation de l'Allemagne avec Eugène IV, Nicolas V. Pie //.
L Glil.Koch Sanctio pragraatica Germanorum illustrata. Argentor. 1789. 4. avec la Sylloge documentorum. JEskje Sylvii historia Frcderici III, dans Koch p. 301-309. Ejusdeji cpistola in ejus opp. Basileac, 1571. fol. Janotïi Manetti vita Nicolai V, in Muralori t. III. P. II, p. 905. JoH. A>T. Campam vita Pii II, ibid. p. 965. Jon. Gobelim comment, rerummemorabilium (par Pie lui-même.) Fraricof. 1614-. fol.
II. Georgii ^'ita Nicolai V ad fîdem veterum monumentorum. Romœ, 174-2. 4.
Plusieurs conférences qui avaient eu lieu entre les princes allemands n'avaient jusqu'alors eu d'autre résultat que de convaincre ces derniers, qu'un nouveau concile général était l'unique moyen de mettre un terme au schisme. Mais Eugène (jui sentait combien il était difficile de réunir un semblable concile et qui connaissait les dispositions peu favorables d'un grand nombre d'ecclésiastiques et leur tendance à faire de la su])ériorité du concile sur le pape, le mot de ralliement d'une nouvelle lutte, avait donné une réponse négative aux ambassadeurs qui étaient venus le trouver à ce sujet. Au nombre de
ces am])assadeurs se trouvait Enée-Sylvius Piccolomini , qui venait d'abandonner le concile de Bale et d'entrer au service du roi Frédéric. Etant arrivé à Rome en l'an 1445, avec la mission d'insister auprès du pape sur la convocation du concile, le pape, sur sa demande , lui pardonna d'avoir pris part à la rédaction des décrets que le concile de Bale avait publiés contre lui, et dès lors il eut en lui un zélé défenseur de ses droits. Deux princes électeurs, Jacques de Trêves et Eugène de Cologne , loin d'observer la neutralité, avaient embrassé le parti de l'antipape ; c'est pour cette raison qu'Eugène les déposa au mois de février de l'an 1445, et les remplaça par deux parents du puissant duc de Bourgogne. Ensuite, dans une diète qui se tint à Francfort en 1446, les électeurs résolurent de ne reconnaître Eugène comme pape , qu'après qu'il aurait approuvé le décret relatif à la supériorité des conciles , qu'il aurait convoqué dans l'espace de treize mois un nouveau concile dans une des villes d'Allemagne, qu'il aurait ratifié les décrets du concile de Bale et révoqué la sentence qu'il avait prononcée contre les deux archevêques ; que s'il refusait de faire tout cela, on se rangerait du côté du concile de Bale et du duc dé Savoie. Depuis le temps du grand schisme, on avait des idées si confuses et si fausses concernant les rapports qui existent entre les différentes églises et leur chef, que, sans égard pour les droits et les devoirs, on paraissait disposé à reconnaître comme pape, celui à qui l'on pourrait le plus extorquer. On envoya à Rome, en qualité d'ambassadeur des électeurs, Grégoire de Heimbourg, syndic de Nuremberg, qui cherchait à faire passer une sotte ambition et une arrogance ridicule , pour la loyauté et la franchise allemande , et qui , dans un ouvrage qu'il composa à cette époque , provoqua ouvertement les Allemands au schisme , ou les excita , comme on était alors dans l'habitude de dire , à secouer le joug du pape. Eugène lui répondit en peu de mots ; il ne s'occupa point du fond de la chose ; mais il envoya l'évêque de Bologne, Thomas de Sarzana, l'espagnol Carvajal et Nicolas de Cusa à Francfort , où les électeurs avaient ouvert de
i26 niSTOiRK DE l'église.
nouvelles conférences depuis le mois de septembre de l'an 144 (i. Les évêques d'Augsbourg et de Chiemsée , les margraves de Bade et de Brandebourg , le chancelier Schlick el Énée Sylvius assistèrent à ces conférences, en qualité d'ambassadeurs du roi Frédéric, qui s'intéressait vivement à ce qu'Eugène fût re- (onnu comme pape. Le cardinal d'Arles, qui s'y présenta de nouveau comme plénipotentiaire du concile de Baie, bien que ( e concile n'existât plus , offrit de sa propre autorité aux Allemands de tranférer cette assemblée dans un autre endroit , ou d'en convoquer une nouvelle, dans tel lieu qu'on jugerait convenable. Grégoire de Heimbourg et ses compagnons ne raan- ({uèrent pas de présenter Rome sous les couleurs les plus sombres et de faire passer le pape et les cardinaux pour des ennemis irréconciliables de la nation allemande, pour des hommes qui ne cherchaient qu'à enrichir la cour de Rome et qu'à rabaisser les conciles. De là il résulta que la diète de Francfort fut d'abord manifestement hostile au pape, jusqu'à ce que Sylvius parvint à gagner l'électeur de Mayence , en corrompant ses conseillers et surtout son vicaire général , Jean de Lysura. Dès lors il rédigea un projet de convention , qui modifiait les propositions des électeurs et qui promettait au pape une indemnité pour le préjudice que l'approbation des décrets du concile de Bale pourrait lui causer dans ses droits et dans ses revenus. La plupart des princes et des prélats se prononcèrent en faveur de ce projet; les électeurs de Trêves, de Cologne et de Saxe furent les seuls qui le désapprouvèrent. Des ambassadeurs des princes et du roi , parmi lesquels se trouvait Énée Sylvius , se rendirent à Rome , afin de faire approuver ce projet par le pape, et de se ranger ensuite, au nom des Allemands, sous son obédience. Mais à Rome plusieurs cardinaux s'opposèrent à la conclusion d'une convention qui limitait considérablement les prérogatives du Siège apostolique et qui donnait un mauvais exemple aux autres nations, de sorte qu'Eugène fut obligé de fortifier le parti de ceux qui désiraient la paix , par la nomination de quatre nouveaux cardinaux.
Après de longues négociations, les sis. cardinaux que le pape avait chargés de ce soin , tombèrent d'accord avec les ambassadeurs allemands. Le pape promit de faire assembler dans un an et demi un concile dans l'une des cinq villes d'Allemagne <[ue l'on avait proposées, pourvu que les Allemands eussent le ( onsentement des autres rois et princes. A l'égard des décrets du concile de Bale, tels qu'ils avaient été adoptés en Allemagne, Kugène déclara qu'à la vérité tout ce qui avait été fait en vertu de cette approbation, devait être valide et que chacun pouvait stî conformer provisoirement à ces décrets, pour autant que le futur concile n'y dérogeât point, mais qu'il se proposait d'en- > oyer en Allemagne un légat qui serait chargé de conclure une convention particulière , relativement à l'observance et aux modifications qu'on pourrait y apporter, comme aussi sur les revenus du Siège apostolique qui devaient remplacer les annates. Les deux archevêques déposés devaient être rétablis sur leurs sièges. Ce qui fut le plus difïicile à régler, ce fut la reconnaissance de la supériorité des conciles généraux sur le pape, reconnaissance sur laquelle les ambassadeurs allemands avaient d'abord insisté. Toutefois, en renonçant au décret du concile de Bale à cet égard, ils déclarèrent bientôt qu'ils se «ontentaient de celui du concile de Constance relativement au même objet, et Eugène confessa dans sa bulle qu'il reconnaissait et qu'il respectait l'autorité et la dignité du concile de Constance et des autres conciles qui représentaient l'Église universelle, et qu'il admettait aussi le canon du concile de Constance sur la convocation fréquente des conciles. Par une bulle particulière, Eugène disait qu'en faisant ces concessions aux Allemands, il entendait qu'il ne fût dérogé en rien à la dignité et aux prérogatives du Siège apostolique. Ensuite , les ambassadeurs prêtèrent au pape , qui alors était déjà sur le lit de mort, le serment d'obédience. Cet événement donna lieu à de grandes réjouissances à Rome. Seize jours après , c'est-à-dire le 23 février de l'an 1447, Eugène IV rendit le dernier soupir. Eugène eut pour successeur Thomas de Sarzana , évêque de
i2H HisroiuK de l'église.
Bologne, qu'il avail nommé cardinal pou de temps auparavant, afin de hâter la conclusion de la paix avec les Allemands. Il prit le nom de Nicolas Vet confirma aussitôt la convention qui venait d'être conclue. Il avoua IVanchement aux ambassadeurs allemands que les Pères du concile de Bale avaient trop lié les mains au Siège apostolique, mais qu'en limitant trop le pouvoir des évoques , les papes avaient eux-mêmes donné lieu à ces empiétements. Sur ces entrefaites, les électeurs de Cologne, de Treves, de Saxe et l'électeur palatin conclurent à Bourges une alliance avec les Français et les Anglais, dans le but d'extirper le schisme. Tous y étaient d'accord pour reconnaître le pape Nicolas; on voulait réduire le duc de Savoie au désespoir ; mais le concile dont on espérait obtenir la convocation du pape, devait, conformément au désir du roi de France, se tenir absolument dans ce dernier pays. On entama ensuite, dans un congrès qui se tint à Lyon, des négociations avec Félix et avec les députés de Bale; outre l'électeur de Trêves et les plénipotentiaires allemands , on y remarqua les ambassadeurs des rois de France, d'Angleterre et de Sicile. On négocia en même temps à Lyon, à Genève, oii demeurait l'antipape, et à Tours où résidait le roi de France, mais les prétentions exorbitantes du duc de Savoie firent traîner la chose en longueur. Cependant les ecclésiastiques qui prétendaient toujours représenter le concile de Bale, furent obligés de quitter cette ville , parce que le roi Frédéric avait ordonné à la ville de Bale, sous peine d'être mise au ban de l'Empire, de les expulser de son sein; mais ils continuèrent à jouer le même rôle à Lausanne. Au mois d'avril de l'an 1449, on conclut enfin la paix : Amédée fit encore un acte de sa prétendue autorité , en confirmant par trois bulles les règlements de discipline qui avaient été établis pendant le schisme , en annulant les censures qui avaient été prononcées et en approuvant les collations de bénéfices qu'Eugène avait faites dans son obédience. Nicolas fit la même chose à l'égard des partisans de son adversaire; après quoi, celui-ci renonça à la dignité pontifi-
QUATRIÈME Ei'OQLSi;. — CHAP. VI. 120
cale dans une session de son concile qui eut lieu à Lausanne. De son côté, ce concile ne voulut point se dissoudre sans faire valoir son autorité : il annula les censures qu'il avait prononcées pendant le schisme, approuva tout ce qui avait été fait en matière de foi pendant ce temps , confirma l'élection de Nicolas V, et après avoir nommé Amédée cardinal-évcque de Sabine et légat-né delà Savoie, du Piémont et de quelques diocèses liniitrophes, il se déclara dissous. Nicolas approuva tout ce quoEi avait promis à l'antipape et admit dans le sacré collège ceux qu'il avait nommés cardinaux.
En Allemagne, la diète d'Aschaffenbourg avait ratifié, au mois de juillet de l'an 1447, la convention conclue avec le pape Eugène , et elle avait résolu en même temps que le montant de l'indemnité qui devait lui être accordée serait ûxé à la prochaine diète de Nuremberg. 3Iais ceci n'eut pas lieu; en revanche, au commencement de l'an 1448, Garjaval, légat du pape, et le roi Frédéric conclurent, avec l'assentiment de plusieurs princes allemands, un concordat semblable à celui de Constance , qui accordait au Siège de Rome, sur les églises d'Allemagne, de plus grandes prérogatives qu'il n'était en droit d'attendre après avoir acceplé les décrets du concile de Bale, Ainsi, le pape obtint les annates, qui devaient lui être payés à un taux modéré, et, outre les réserves stipulées dans le droit commun, il eut à sa libre disposition les canonicals ouverts dans les mois de rigueur, à savoir dans ceux de janvier, de mars, de mai, de juillet, de septembre et de novembre. Les élections canoniques et capilulaires devaient être rétablies dans tous les chapitres; mais lorsqu'elles n'avaient pas lieu eu temps utile, ou que le pape ne pouvait pas les ratifier, la nomination aux sièges épiscopaux appartenait à ce dernier. Considéré en lui-même, le droit de disposer de tant de fonctions ecclésiastiques devait paraître contraire au but qu'on avait en vue, surtout quand on fait attention que le grand éîoignement empêchait le pape de bien connaître les personnes et les localités; mais, en raison de l'esprit de caste et de l'orgueil de {a
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noblesse, qui dominaient déjà dans les différents chapitres, ce droit aurait pu avoir pour l'église d'Allemagne d'heureux résultats. S'il n'en fut pas ainsi, et si, soixante-dix ans plus tard, lorsque le torrent de la nouvelle doctrine envahit l'Allemagne, plusieurs centaines de bénéficiers, ceux même que la cour de Rome avait comblés de faveurs, s'empressèrent d'apostasier, il faut l'attribuer en grande partie au mauvais usage que les papes subséquents faisaient de leurs droits avec une sécurité incroyable.
Nicolas V mourut au mois d'avril de l'an 1455. Il s'acquit une estime universelle par la protection qu'il accordait à l'étude de l'antiquité chrétienne et païenne , qui avait été comme ensevelie pendant plusieurs siècles et qui commençait à reprendre naissance. Il comptait au nombre de ses secrétaires les savants les plus distingués de son temps, tels que Poggio de Florence, Georges de Trapezonte, Ilario Biondo, Léonard Aretin, Antoine Loschi, Gianotto Manetti, François Filelfo. Il fit rechercher avec soin les plus beaux manuscrits grecs et latins; il récompensa avec magnificence ceux qui s'appliquaient à traduire les Pères et les classiques grecs. Il jeta les fondements de la bibliothèque du Vatican et bâtit ou restaura , dans la ville de Rome seule, plus de quarante églises. Il eut pour successeur le cardinal Alphonse Borgia de Xativa , dans le royaume de Valence, qui était le fils d'un gentilhomme catalan et qui prit le nom de Calixte III. Saint Vincent Ferrer lui avait prédit son élévation, et c'est pour cette raison que n'étant encore que cardinal , Borgia avait fait vœu de déclarer la guerre aux Turcs et de chercher à leur enlever Constantinople. Élevé sur le siège pontifical, il publia par des lettres circulaires la croisade générale que son prédécesseur avait déj;i prèchée en 1453 ; il envoya des légats dans tous les états chrétiens pour réconcilier les différents princes et pour les engager à se croiser, et, afin de pouvoir équipper et entretenir une flotte contre les Turcs, il vendit les ornements de l'église de Rome et même plusieurs terres de l'État ecclésiastique. 3Iais son zèle
pour les intérêts de la chrétienté n'eut aucun retentissement dans les cours des princes. En Allemagne, on assembla des diètes infructueuses, et une partie du clergé de ce pays, étant tombé dans le relâchement et l'égoïsme, couvrit du voile de son zèle pour les libertés de l'Eglise d'Allemagne son opposition contre la dîme que le cardinal Carvajal devait lever pour subvenir aux dépenses qu'occasionnait la nouvelle croisade. D'ailleurs Calixte ternit sa réputation qui, du reste, était sans tache, par une excessive libéralité envers ses indignes neveux dont, pour le malheur de l'Eglise, il en fit entrer deux en un jour dans le collège des cardinaux et nomma le troisième duc de Spolète et gouverneur du château Saint- Ange. Il paraît que cette conduite du pape engagea les cardinaux réunis en conclave à signer, après sa mort , une capitulation à laquelle le futur pape devait jurer de se soumettre. Cette capitulation portait que le pape devait avoir le consentement du sacré collège pour déplacer la cour de Rome , pour nommer de nouveaux cardinaux, pour conférer lesévéchés et les abbayes, pour aliéner les terres de l'Etat ecclésiastique et pour faire la paix ou déclarer la guerre ; que le pape pouvait réformer la cour de Rome, continuer la guerre contre les Turcs, mais qu'il ne devait accorder à aucun souverain le droit de nommer les évêques de ses états.
Ensuite, au mois d'août de l'an 1458, ont clul pape Enée Sylvius Piccolomini, né à Gorsignano * d'un gentilhomme qui avait été chassé de Sienne. Cet homme spirituel avait paru autrefois avec éclat au concile de Bale et avait pris, pendant quelque temps, la défense de l'antipape Félix ; ensuite il avait été nommé secrétaire de l'empereur Frédéric, avait obtenu du pape Nicolas l'évéché de Triesle , puis celui de Sienne, et enfin , en qualité d'ambassadeur de l'empereur, il avait reçu de Calixte le chapeau de cardinal. Le nouveau pape qui prit le
' D'autres disent Corsini ou Corsigni. A propos du lieu de sa naissance, on dit aussi que Pie II changea le nom do Corsini en celui de Pienza. N. d. T.
432 , iiisroiuK m-: llglisi:.
nom de Pie II, rcnouiiul comme roi Ferdinand, iils nalureld'Alphonse, roi de Naples, à qui Calixlc avait contesté ce royaume comme uu fief déyolu au Siège apostolique, et l'Etat de l'Église^ jouissant en général d'une profonde tranquillité, il lui fut loisible de diriger tous ses soins et toute son activité contre le dangereux ennemi qui menaçait l'Europe du côté de l'Orient. En 1459, il convoqua à 3Iantoue ou à Udine, une assemblée des princes chrétiens , pour } délibérer sur les moyens d'empêcher les conquêtes des Turcs ; mais l'empereur Frédéric ne s'y présenta point. La cause de la chrétienlé le touchait si peu que, dans la vue de s'emparer de la couronne de Hongrie , il impliqua dans une guerre sanglante cette contrée qui devait servir à l'Europe de boulevard contre les Turcs, et ce ne fut qu'après avoir été complètement défait qu'il écouta les conseils du pape. Pie II ne trouA a à Mantoue que quelques princes italiens ; les ambassadeurs des souverains d'au-delà des Alpes n'y arrivèrent que lentement; après avoir attendu longtemps , le pape ouvrit enfin le congrès, et il y fut résolu qu'on ferait sérieusement la guerre aux Turcs. Mais l'effet ne répondit pas à ces belles promesses.
Comme une suite de la lutte qui existait entre le pape et le concile et de la diminution de l'autorité pontificale, il y avait eu, depuis quelque temps, plusieurs appels du saint Siège au concile œcuménique. C'est ainsi que, sous le pontificat de Calixte, le clergé de la province de Rouen et l'université de Paris avaient appelé de la perception de la dime destinée à la guerre contre les Turcs, Pie II reconnut que l'abus qu'on ferait de ces appels , achèverait de ruiner l'autorité pontificale et d'anéantir laMiscipline ecclésiastique; que d'ailleurs c'était une chose absurde que de vouloir en appeler à un juge, à un tribunal qui, lors même qu'on voudrait suivre à la lettre le canon du concile de Constance , ne s'assemblait que tous les dix ans. En conséquence, il publia encore h Mantoue , du consentement des ambassadeurs qui y étaient réunis, une bulle par laquelle il défendit ces appels sous peine d'excommunication
QUATRIÈME ÉPOQUE. — CUAP. VI. iS'i
et déclara nuls ceux qui avaient déjà eu lieu. Mais comme Pie II , en qualité de secrétaire du concile de Baie, avait autrefois manifesté sur les rapports du concile avec le pape et sur les limites de leurs prérogatives réciproques des principes dont il avait depuis longtemps reconnu la fausseté, même avant que d'être revêtu de la pourpre , et comme plusieurs personnes s'en rapportaient encore aux ouvrages qu'il avait publiés dans le temps, il jugea à propos de révoquer formellement ces principes dans une bulle qu'en l'an 1463 il adressa au recteur et à l'université de Cologne. Il y disait que s'étant laissé induire en erreur par son ignorance, il avait, comme l'apôlre saint Paul , persécuté dans sa jeunesse l'Église de Dieu et le siège apostolique ; que bien des personnes pourraient dire : (( c'est ainsi que le dit dans ses ouvrages cet Enée qui devint ensuite pape, » et elles pourraient croire que Pie II a dit tout ce qu'Énée a écrit, et que le Saint-Siège l'a approuvé ; que par conséquent elles ne devaient point ajouter foi aux écrits qui! avait publiés autrefois , mais plutôt croire et professer avec lui que le pape a reçu immédiatement de Jésus-Christ l'autorité suprême sur toute l'Église, et qu'à son tour il communique tous ses pouvoirs aux différents membres du corps ecclésiastique.
Le mauvais succès des démarches que le pape avait faites pour engager les princes chrétiens à prendre une part activ»* à la croisade, n'avait point ralenti son ardeur. Après avoir inutilement tenté, au moyen d'une lettre détaillée, de convaincre le sultan Mahomet des vérités de la religion chrétienne, il résolut de faire un dernier effort et de se mettre lui-même à la tète d'une armée contre les Turcs , qui venaient de s'emparer de la Bosnie et de l'Esclavonie. Peut-èlre, disait-il dans le consistoire, les princes chrétiens rougiront-ils de rester chez eux , s'ils voient marcher à la tête d'une armée leur ancien précepteur et leur père, le pape, le vicaire de Jésus-Christ, un vieillard accablé de toutes sortes d'infirmités. Une bulU; pathétique appela de nouveau les peuples et les princes au
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combat, mais la voix, qui, trois siècles auparavant, avait mis plusieurs centaines de mille personnes en mouvement pour une lutte bien plus dangereuse, resta pour ainsi dire sans retentissement , dans un temps où l'on était tombé dans un grand relàeliement et où l'on se laissait guider par les maximes d'un misérable égoïsme , et il fut facile de reconnaître que le système d'une politique étroite et mesquine , adopté par les papes d'Avignon , ainsi que le honteux trafic que faisait la cour de Rome, avaient changé l'ancienne confiance en jalousie, l'ancien amour et l'ancien respect en indifférence, peut-être en ce qui est pis encore. Au mois de juin de l'an 1464, le pape quitta Rome, pour aller s'embarquer à Ancône, où devait aborder aussi la flotte de Venise. Il y arriva malade; le chagrin qu'il éprouva de voir ses derniers efforts couronnés de si peu de succès, empira son état, et le 14 août de l'an 14C4, il mourut, après avoir conjuré les cardinaux de poursuivre la croisade par tous les moyens au pouvoir de l'Eglise.
Paul H. Sixte IV. Innocent VIII. Alexandre VI.
Pauli II vita (par Canèse), pnemissis ejus vindiciis adv. Platinam aliosqiie obtrectatorcs, cd. Quirîm, Rom. 1740. i. Gasparis Vkronensis do gestis tempore Pauli il, in Muiatori t. III. P. II, p. 1023. Jacobi PiccoLOMiNEi, card. Papiensis [il mourut en li79) rerum suo tempore gcstarum comracntarii (I46i-G9), cum cjusdem epislolis. Mediol. Io06. fol. FuANcisci Garpesam commenlaria suorum temporum (1170-1326), in Martene Goll. ampliss. V, 1173. Jacobi Yolater- RAM diarium Rom. {iklk-Sï), in Muralori t. XXIII, 86. Stepuam Infessur-e diarium urbis Romœ [jvsquen 1V94) in Muralori t. III. P. II. 1 199. Blrchardi diarium curiœ Rom. sub Alexandro VI, in Eccardi corp. hist. II, 2017. Guicciardim istoria d'Italia. Venez. 1567. A.
Les cardinaux réunis en conclave à Rome rédigèrent une nouvelle capitulation qui, outre les articles renfermés dans la capitulation précédente , imposait au pape futur l'obligation
de continuer la guerre contre les Turcs, de fixer à vingt-quatre le nombre des membres du sacré collège, de n'y admettre qu'un seul de ses parents et de convoquer un concile général. Ensuite, on élut pape le cardinal Pierre Barbo de Venise , neveu d'Eugène IV, qui prit le nom de Paul II, et qui, pour se mettre audessus de ce qui avait été stipulé dans la capitulation , se fit remettre par plusieurs jurisconsultes un mémoire d'où il résultait que cette capitulation n'était pas obligatoire pour lui , du moment qu'elle était contraire au bien-être de l'Église, et que le pape était seul autorisé à en juger. Tous les cardinaux , à l'exception de Carvajal seul , s'étant laissé gagner ou intimider, signèrent l'acte de révocation , et Paul qui unissait, à un haut degré, la faiblesse du caractère à l'amour du faste et au népotisme, accorda dans la suite la pourpre romaine à trois de ses neveux. Lui et ses successeurs songèrent d'autant moins à faire assembler un concile général que , d'une part , la folle conduite des Pères de Bale envers Eugène IV faisait craindre le renouvellement des scènes qui avaient eu lieu à cette époque ; et que, de l'autre, les derniers papes avaient renoncé au projet de réformer les abus qui s'étaient glissés dans la collation des bénéfices et que la cour de Fiome était intéressée à perpétuer ; et que bien plus , ils avaient poussé si loin l'odieux système des expectatives et des comuiendes qu'on avait conféré, à titre de commendes, presque tous les monastères de France.
Paul II supprima le collège des soixante-douze abréviateurs, que son prédécesseur avait formé du grand nombre d'employés qui expédiaient les bulles relatives à la collation des bénéfices. Les plaintes qu'on éleva sur la simonie qui se commettait si fréquemment dans ce collège , et le mécontentement des employés qu'on n'avait pas voulu y admettre, l'engagèrent à prendre ce parti. Au nombre de ces abréviateurs se trouvaient plusieurs savants et célèbres littérateurs qui ne cachèrent point le dépit d'avoir été privés de leurs grands revenus. Outre cela, plusieurs de ces savants étaient membres d'une académie des
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anli([uilés classiques, qui avait été fondée par le célèbre PoinjK)nio Leto , disciple et successeur de Laurent Valla , et ils poussaient si loin leur enthousiasme pour ce qui tenait h l'ancienne Rome qu'ils rélahlirenl les cérémonies du Paganisme. C'est ainsi qu'ils furent soupçonnés à la fois de conspirer contre le pape et d'apostasier. En 1468, ils furent arrêtés et mis à la (juestion, mais on les relâcha quelque temps après, et sous le pontilical de Sixte IV Pomponio rouvrit son académie. Un de ces savants, Platina, en présentant, dans son histoire des Papes, sous un jour très-défavorable, les mœurs et les actions de Paul II , s'est vengé du tort ([ue ce dernier pouvait avoir eu à son égard.
La mort de Paul II, arrivé en 1471, fut le signal d'une époque d(; tribulations et de scandale pour l'Eglise romaine. Le Siège apostolique lui-même ne fut pas à l'abri de la corruption générale de ces temps, et on éleva dès lors auv plus hautes dignités ecclésiastiques, des hommes que l'ancienne Eglise n'aurait pas admis aux fonctions subalternes. Le cardinal François délia Rovère de Savone , qui avait été autrefois professeur de théologie, ensuite général de l'ordre des frères mineurs , fut élevé, le 25 août de l'an 1471 , sur le siège pontifical sous le nom de Sixte IV, et un de ses premiers actes fut de donner le chapeau de cardinal à ses deux neveux. L'un, nommé Pierre Riario, jeune homme incapable , léger et rempli de vanité, fut aussitôt comblé de dignités ecclésiastiques; il fut pourvu des sièges épiscopaux et des abbayes les plus riches d'Italie, de France et d'Espagne; il fut nommé gouverneur de quelques provinces et légat de toute l'Italie; sa cour se composait de plus de cinq cents personnes ; mais il mourut bientôt , après des excès de débauche et laissant des dettes considérables. Un autre , Raphaël Sansoni, fut nommé cardinal à l'âge de dix-sept ans, et il avait à sa suite seize évêques. Sixte entreprit de fonder dans la Romagne une principauté en faveur de son neveu Girolamo Riario, qui n'avait point embrassé l'étal ecclésiastique. C'est ainsi qu'on lit servir l'autorité spirituelle
du chef de l'Eglise à des vues futiles et purement temporelles ; ("est ainsi qu'on combla la mesure des abus et qu'on produisit une confusion dangereuse dans les idées que le peuple s'était formées de l'essence du pouvoir ecclésiastique et de la position du pape.
Les Florentins, sous la conduite du grand Laurent de 3Iédicis , s'étaient souvent opposés aux projets du pape et de ses neveux; ils avaient particulièrement défendu contre Sixte IV Vitelli, seigneur de Citta di Castello, et les Médicis refusèrent de reconnaître François dei Salviati que le pape avait nommé archevêque de Pise. Dès lors , Sixte et son neveu Girolamo prirent la défense de la puissante ftunille de Pazzi, qui s'était révoltée contre le pape. Les frères Laurent et Julien de Médicis devaient être assassinés ; mais, d'après l'aveu que fit Montesecco, condottiere du pape, qui avait eu avec lui un entretien à ce sujet, et qui dans la suite fut mis à mort par les Florentins, ie pape n'avait pas approuvé ce point de l'entreprise , au conîraire il avait demandé qu'on renversât le gouvernement de Florence sans effusion de sang. L'entreprise échoua, parce que Laurent parvint à se sauver, et les conjurés, parmi lesquels se trouvait l'archevêque de Pise , périrent immédiatement après sur l'échafaud. Ensuite parut une bulle violente du pape. Elle acccusait d'abord les maîtres de Florence de plusieurs délits, tels que ceux d'entretenir des relations avec les ennemis du siège de Rome, de dévaliser ceux qui se rendaient à Rome, d'avoir assassiné l'archevêque de Pise et d'autres ecclésiastiques , de retenir en prison le cardinal Riario , enfin d'abandonner Florence au gouvernement tyrannique de Laurent de Médicis. En conséquence, Laurent et les autres magistrats de la République furent déclarés infâmes et mis hors la loi; leurs enfants et leurs descendants furent déclarés inhabiles à recevoir kl prêtrise (cependant les fils des deux Médicis furent élevés dans la suite sur le siège apostolique), et l'on jeta l'interdit sur les diocèses de Florence, de Fiésole et Pistoja.
Les Florentins se firent remettre par les plus célèbres juris-
(onsuUes de celte époque un mémoire qui les aulorisaith en .appeler à un <.oncile général el à mépriser l'inlerdil. On convoqua à Florence un concile provincial dont les actes, écrits de la main de Gentile, évéque dArezzo, existent encore; mais on ignore si le concile eut réellement lieu , et les actes paraissent être un simple projet, élaboré par Gentile. Sixte et ses alliés, le roi de Naples et les Sanèses, espéraient de s'emparer de Florence par la force des armes. Il est vrai qu'on ne déclara la guerre qu'à Laurent seul , et le pape écrivit à cette époque que son intention n'était que de délivrer Florence de ses tyrans ; mais le peuple resta fidèlement attaché à Laurent, et en conséquence, une nouvelle bulle excommunia les Florentins et défendit tout commerce avec eux. Mais Louis XI, roi de France, prit dès lors le parti de ses alliés. Une ambassade française vint à Rome, pour demander, au nom de l'église gallicane, la convocation d'un concile œcuménique, et elle menaça le pape, si cela n'avait pas lieu , de refuser de payer la taxe des bénéfices et les annates , et de rétablir la pragmatique sanction , si le pape ne révoquait pas les censures qu'il avait prononcées contre Florence et qu'il ne punît pas les assassins de Julien de Mt"— dicis. La réponse du pape fit connaître l'attitude que la cour <le Rome avait prise à l'égard des princes les plus puissants et combien peu les différentes églises des campagnes pouvaient compter sur l'appui de Rome contre les prétentions de la puissance séculière. Sixte se plaignit du ton impérieux et menaçant qu'on avait adopté contre lui; il croyait du reste qu'il valait mieux pour l'honneur de plus d'un prince de ne point convoquer le concile qui pourrait bien découvrir les biens ecclésiastiques dont on s'était emparé par violence. Il est certain que Louis pouvait rendre avec usure au pape ce que celui-ci lui reprochait ; il aurait pu lui reprocher à son tour la scandaleuse dilapidation des biens de l'Eglise et la manière honteuse dont il violait les lois canoniques , en conférant les fono tions ecclésiastiques les plus importantes à des personnes (ju' en étaient indignes. Sur ces entrefaites, la terreur que répan-
(lit dans toute l'Italie la prise d'Otrante par les Turcs et la retraite du roi de Naples rendirent le pape plus traitable, et les Florentins lui ayant envoyé des députés pour lui témoigner le repentir qu'ils avaient conçu , d'avoir mis à mort les ecclésiastiques impliqués dans la conjuration des Pazzi , il leur en accorda l'absolution en 1480.
Peu de temps après, Sixte se trouva dans une semblable position envers les Vénitiens. Il avait fait avec eux une alliance dans la vue de renverser la maison d'Esté , dont les possessions devaient servir à former un état pour son neveu Girolamo; mais quelques mois après , il fit sa paix avec le duc de Ferrare et avec le roi de Naples , allié de ce dernier. Peut-être lui et son neveu craignaient-ils l'accroissement de la puissance de la République, et le dernier s'était laissé séduire par les promesses que lui avaient faites les ennemis de Venise. Les Vénitiens n'en continuant pas moins la guerre, Sixte excommunia, en 1483, le doge et les principaux de la République et fulmina un interdit sur la ville et sur le territoire de Venise. Les Vénitiens en appelèrent à un concile général et les magistrats ordonnèrent de célébrer le service divin malgré l'interdit : on bannit le petit nombre de ceux qui refusèrent d'obéir à cet ordre. Un an après, les ennemis de Venise firent, malgré le pape, leur paix avec la République, et la nouvelle de cet événement doit avoir hâté la mort de Sixte.
La conduite de ce pape ne fut pas moins infâme à Rome même. Son neveu s'étant allié avec les Orsini , il se rangea aussi de leur côté, et porta inimitié aux Colonne et aux Savelli. Il fit renfermer dans le château Saint- Ange deux cardinaux qui appartenaient à ces familles; à cette occasion, le peuple menaça de se révolter, et le pape fut obligé de faire venir des troupes à Rome. Mais bientôt le désordre augmenta au point que des rues tout entières furent détruites ; enfin , le protonotaire Laurent Colonna fut mis h la torture et décapité contre la foi des serments, lorsque Sixte vint à mourir le 12 août de l'an 1484.
MO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Réunis en conclave, les cardinaux croyaient pouvoir prévenir le retour d'une si mauvaise administration en rédiffeant une nouvelle capitulation, bien qu'en agissant de la sorte, ils se missent en opposition avec un décret d'Innocent VI et que Paul II eût foulé aux pieds une capitulation à peu près semblable, qu'il avait juré d'observer. Ils voulaient particulière- «lent empêcher le pape futur de donner à ses neveux les provinces de l'État ecclésiastique ; mais ils voulaient en même temps aussi s'assurer des avantages particuliers. C'est ainsi qu'ils stipulèrent dans cette capitulation que chaque cardinal recevrait mensuellement cent ducats delà chambre apostolique, s'il n'avait pas 4000 ducats de revenu provenant de ses bénéfices. Il paraît qu'ils ne comprirent point que pour arrêter les désordres de toute espèce, une bonne élection est un moyen bien plus efficace que la capitulation la plus détaillée. En promettant d'accorder aux cardinaux des légations et de riches prébendes, le cardinal Jean-Baptiste Cibo , génois de naissance, mais grec d'extraction, vint à bout d'avoir dans le conclave le nombre de voix nécessaire. C'était un homme qui , d'un commerce illicite avec plusieurs femmes, avait déjà eu quelques niles et un fils. Innocent VIII, c'est ainsi qu'il s'appelait, avait cependant sur son prédécesseur, qui, en allumant la guerre en Italie, avait plongé cette contrée dans un abîme de maux, l'alantage d'aimer la paix et d'avoir un caractère doux et conciiiant. Mais cette douceur était de la faiblesse. Il eut le malheur d'être toujours gouverné par d'indignes favoris, à qui il pardonnait tout. Son principal soin fut d'enrichir autant que possible son fils Franceschetto Cibo. La ville de Rome était devenue un repaire de malfaiteurs et d'assassins qui avec de l'or ^uhetaient à la fois le droit du crime et de l'impunité, et ces amendes formaient une partie des revenus de son fils. Cependant on mit à mort deux faussaires , Dominique de Vitcrbe , secrétaire du pape, et François Maldente, pour avoir fait de fausses bulles, lesquelles, pour de l'argent, permettaient de commettre les crimes les plus atroces.
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Malgré son caractère pacifique , Innocent eut à soutenir <leux guerres contre le perfide aragonais Ferdinand, roi de Naples; mais il y montra tant de faiblesse et d'irrésolution que le roi interprétait toujours à sa manière et violait , quand bon lui semblait, la paix qui fut conclue dans les années 1486 et 1492 et qui lui imposait l'obligation de payer au Saint-Siège le cens que les rois de Naples lui devaient de temps immémorial en qualité de vassaux. Afin de se procurer un appui en lîalie, le faible pontife fît une alliance avec Laurent de 31é- (licis que son prédécesseur avait attaqué avec tant de violence ; il maria son fils avec la fille de son nouvel allié et donna le chapeau de cardinal à Jean, fils de Laurent, qui n'avait que Jreize ans et qui, dans son enfance et dans son adolescence, avait été insensiblement pourvu de vingt-neuf bénéfices ecclé- -siasliques. Le soin des aiTaires temporelles ne permettait pas à de pareils papes de s'occuper de Igurs fonctions ecclésiastiques; iisi fermaient les yeux sur tous les signes qui devaient être les avant-coureurs de cette terrible catastrophe qui allait bouleverser l'Europe d'un bout h l'autre et ébranler l'Eglise jusque dans ses fondements; ils vivaient et agissaient comme si tout allait au mieux dans la chrétienté et comme s'il fallait attribuer il une causticité morose ou à des scrupules excessifs el mal fondés, les angoisses des personnes éclairées et pieuses qui soupiraient après une réforme radicale. Et cependant c'était peutêtre la Providence elle-même qui, par sa tendre sollicitude pour son Eglise , empêcha ces papes de se mêler plus souvent. des affaires ecclésiastiques. Innocent mourut le 24 juillet de l'an 1492. Afin d'augmenter les trésors du Siège apostolique, il avait, à l'exemple de son prédécesseur, nommé, pour la rédaction des bulles, cinquante-deux employés, dont chacun devait payer 2500 ducats pour obtenir cet emploi. Dans le même but, il avait nommé trois cents autres employés, et augmenté de trente le nombre des secrétaires du collège apostolique. Cette foule d'employés était intéressée à trouver de nouveaux expédients pour sucer les revenus des églises et
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pour s'opposer à toute réformation de la cour de Rome.
Bientôt arriva l'époque où le Siège apostolique fut déshonoré et avili au dernier degré. Une ehose inouïe eut lieu : un homme sur les dérèglements et même sur les crimes duquel personne ne pouvait se faire illusion, quoiqu'il se distinguât d'ailleurs par une grande pénétration d'esprit, par beaucoup d'éloquence et d'habileté dans le maniement des affaires , mais surtout par les artifices d'une politique astucieuse , fut élevé à la suprême dignité ecclésiastique, et cela parce qu'au moyen d'une avidité insatiable, il était parvenu à ramasser les sommes d'argent dont il avait besoin pour se procurer le nombre de voix nécessaire dans le conclave. Sans être influencés par des causes extérieures, et sans trop se hâter, quinze d'entre les vingt cardinaux qui composaient alors le conclave, élurent librement et d'un commun accord, un homme qui avait eu plusieurs enfants d'un commerce incestueux, un homme dont le caractère était si bien connu que le peu de cardinaux qui s'étaient opposés à son élévation cherchèrent aussitôt à se soustraire à sa vengeance par la fuite. C'étaient de tels cardinaux que les papes antérieurs avaient donnés à l'Eglise. Et c'est ainsi que le cardinal et vice-chancelier Rodrigue Lenzuola , natif de Xaliva dans le royaume de Valence , et appelé Borgia par son oncle maternel Calixte III, qui l'avait adopté dans sa famille et qui, dès l'an 145G , l'avait nommé cardinal , monta dès lors sur le Siège pontifical sous le nom d'Alexandre VI. Jusqu'alors il n'avait vécu que pour satisfaire ses penchants désordonnés et pour enrichir et relever sa famille; comme pape, il suivit la même règle de conduite; il profita à cet effet de sa position, et tous les moyens, le mensonge connue le parjure, même l'assassinat et l'empoisonnement, lui étaient bons pour atteindre à son but.
Charles A'III, roi de France, ayant été invité par Louis le 3Iore, duc de Milan , et encouragé par le cardinal de la Rovèrr qui cherchait à se venger d'Alexandre , se rendit en 1494 en Italie, afin de faire valoir contre la famille d'Aragon les pré-
tentions de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples. Le dernier jour de l'an , le roi de France fit son entrée dans Rome, et Alexandre , réduit à l'extrémité , conclut avec lui un traité par lequel il promit de lui donner l'investiture de Naples, lui céda quelques forteresses de l'Etat ecclésiastique et le fit accompagner par son fils César Borgia, qui , en apparence, portait le titre de cardinal-légat, mais qui en réalité lui servait d'otage. Charles s'empara en peu de temps du royaume de Naples; mais, dans le but de chasser les Français de l'Italie, le pape conclut aussitôt une alliance avec l'Espagne, avec la république de Venise, avec le roi d'Allemagne et avec le duc Sforzc. Le roi de France fut obligé d'évacuer en toute hâte la presqu'île italique, et dès lors Alexandre eut le loisir de chasser ou d'exterminer, de concert avec son infiime fils César Borgia, les vicaires et les petits tyrans qui s'étaient rendus indépendants dans l'État ecclésiastique. 11 avait nommé cardinal César, qui était son fils cadet ; mais après la mort du duc de Gandie , son fils aîné, que César avait fait mettre lui-même à mort, il avait dispensé ce dernier de l'état ecclésiastique. César épousa une princesse française , et soutenu par la protection du nouveau roi de France, Louis XII, qui lui avait donné le titre de duc de Valentinois en reconnaissance de la dissolution de son mariage, il fonda dans la Romagne une grande principauté; et en l'an 1501 , son père lui en donna l'investiture.
On a remarqué que la plupart des cardinaux qui avaient vendu leurs voix à ce pape , en furent punis par lui-même , puisque , soit par avarice , soit par défiance , il les fit assassiner ou emprisonner, ou bien il les força à prendre la fuite. Cependant Alexandre n'était pas inaccessible à de meilleurs sentiments. L'assassinat de son fils aîné l'ébranla ; il voulut alors renoncer à la dignité pontificale , croyant que ses crimes lui avaient attiré ce châtiment. Il chargea six cardinaux de faire un nouveau règlement pour son palais et d'introduire une réforme dans la cour de Rome ; il ordonna à ses enfants de s'éloigner de lui et s'accusa lui-même, les larmes aux yeux , dans
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■le consisloiro. Il communiqua aussi l'intention qu'il avait d'abdiquor, à Ferdinand , roi d'Espa{?no, qui, on ne lui répondant que d'une manière générale , lui conseilla de peser mûrement la chose, avant que de prendre cette résolution. Mais sitôt que la douleur que lui causait la mort de son fils, se fut calmée, il renonça au projet que lui avaient présenté les cardinaux , en disant que de telles ordonnances porteraient atteinte à son omnipotence pontificale , et il reprit son ancien genre de vie.
Il s'éleva dans l'Église un assez grand nombre de voix pour avertir le pape et pour condamner sa conduite. L'éloquent et respectable dominicain Savanarola prêcha contre lui à Floreirce; il exhorta les princes chrétiens, et surtout le roi de France , à faire assembler un concile général , car il croyait qu'un pape dont toute la vie était l'expression de l'incrédulité la plus manifeste, ne pouvait pas être pape à proprement ,parler; que, par conséquent, l'Église se trouvait sans chef et qu'Alexandre devait être déposé par le concile. Pour avoir tenu ce langage, des commissaires du pape le condamnèrent -à mort comme hérétique en 1498. Charles VIII adressa la même année à l'université de Paris des questions qui manifestaient son intention de convoquer un concile général , ou , dans le cas que les autres souverains refusassent d'y prendre part, un concile de l'église gallicane, afin de réformer aussitôt que possible l'Eglise dans son chef et dans ses membres. Une mort prématurée l'empêcha d'exécuter ce projet. Sur ces entrefaites, Emmanuel, roi de Portugal, et Ferdinand, roi d'Aragon, tirent au pape de sérieuses représentations sur la nécessité de mettre un terme aux abus les plus graves.
Toutes les exhortations furent infructueuses : aveuglé par la fortune, Alexandre continua de marcher dans la voie où il était entré. Son fils, le duc de Romagne, qui devait réunir encore à celte province la Marche d'Ancône et l'Ombrie, commit crimes sur crimes , et son père prêta complaisamment ^a main h tout cela. Déjà tout paraissait aller à souhait; les chefs et les barons étaient en partie exilés, en partie exter-
minés , lorsque tout à coup Alexandre vint h mourir de la fièvre, ou — comme on prétendait déjà à cette époque, et comme l'état horrible de son corps le faisait présumer avec raison — des suites du poison qui, ayant été préparé pour un des cardinaux , lui avait été présenté par erreur.
Jules IL Concile de Pise. Concile de Latran. Léon X.
I. Acta concilii Pisani. Paris, 1612. ^. Acta Lateranensis concilii, in Harduini Coll. conc. IX , 1561. Paridis de Grassis diarium curiae Roraanae, in Hofmanni Collectione nova script, et raonum, t. I, et in Raynald Lettres du roi Louis XII et du cardinal d'Amboise. Bruxelles, 1712. 4 vol.
IL RoscoE Vita e Pontificalo di Leone X, trad, e corrcd. annotazioni da L. Bossi. Milano, 1816. 12 vol. A. Fabroni Vita Leonis X. Pisis, 1797. 4.
Afin de réparer le scandale de l'élection précédente , les cardinaux élurent en 1503 Piccolomini, digne neveu de Pie II , qui prit le nom de Pie III. Son premier mot fut celui de réformation. Il ne voulut point, ainsi qu'on l'avait résolu dans le conclave , attendre encore deux ans pour convoquer le concile; mais il se proposa d'entamer aussitôt des négociations à cet effet avec les différentes puissances. Il avait aussi l'intention de réformer la cour de Rome , mais il mourut déjà vingtsix jours après son élection. Il eut pour successeur un homme d'un caractère tout différent : c'était le belliqueux, l'ambitieux Julien délia Rovère, neveu de Sixte IV, qui fut élevé sur le Siège apostolique sous le nom de Jules IL Son principal but , auquel il consacra tout ce qu'il avait de force et d'activité, fut de rétablir, d'affermir et d'étendre l'État ecclésiastique. Pour l'exécution de ce plan , il avait toutes les qualités requises à cette époque : des vues profondes en politique , beaucoup de courage et de persévérance, et même des talents militaires. Comme chef de l'Eglise, il est au-dessous du médiocre, mais
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comme prince, «'était un grand homme. Il réussit d'abord à empêcher le redoulai)le César Borgia de lui nuire. Son duché rentra sous la souveraineté immédiate du pape; il en fut de même de Pérouse et de Bologne. Les Vénitiens s'étant tout récemment emjkirés de la majeure partie des côtes de l'État ecclésiastique, et refusant de prêter l'oreille aux propositions pacifiques que leur faisait le pape, Jules II accéda en 1508 à la ligue de Cambrai que Maximilicn, Louis XII et Ferdinand d'Aragon avaient conclue dans la vue d'humilier la république de Venise et de se rendn; maîtres des contrées que cette république possédait en Italie. Outre les armes temporelles, on employa de nouveau , contre cette république rebelle, qui acheva d'aigrir le pape en en appelant au futur concile et à Jésus-Christ, les armes spirituelles de l'excommunication et de l'interdit, en poussant même la sévérité jusqu'à priver ceux qui en étaient atteints, de tous les droits civils. Mais les Vénitiens voyant la prépondérance de leurs ennemis, les pertes qu'ils avaient déjà essuyées et la ruine dont ils étaient menacés, cherchèrent à prévenir cette ruine en se réconciliant avec le pape. Ils y réussirent facilement, car Jules II craignait que les Français qui possédaient déjà Gênes et Milan, n'eussent le dessus en Italie. Il voulait délivrer Gênes, sa patrie, et chabser les Français et tous les étrangers en général de l'Italie. Aussitôt donc que les Vénitiens lui eurent témoigné du repentir, et qu'après avoir renoncé à l'appel qu'ils avaient interjeté et promis de ne plus empiéter sur les immunités des ecclésiastiques ni sur la collation des bénéfices, ils eurent rendu à l'État ecclésiastique les parties dont ils s'étaient emparés, Jules II leur accorda l'absolution en l'an 1570.
Jules attaqua d'abord son vassal Alphonse Este, duc de Ferrare, qui s'était rendu coupable de plusieurs actes de violence, qui avait enq)iété sur les droits de souveraineté du pape et qui, en dernier lieu , pouvait fort bien avoir mécontenté le pape pour s'être étroitement uni à la France. En conséquence, Alphonse fut dépouillé de son fief et excommunié. En vain .
Louis XII avait cherché à être médiateur entre le pape et le duc de Ferrare ; il commença à se trouver lui-même dans une position de plus en plus hostile à l'égard du pape. Dès l'an 1509, Jules avait indisposé le roi de France en nommant à un évéché de Provence, un prélat qui déplaisait à ce souverain , et en revanche , Louis XII avait ordonné de confisquer dans le Milanais tous les biens des ecclésiastiques qui demeuraient à la cour de Rome. Ajoutez à cela l'aversion que Jules avait pour le cardinal d'Amboise qui était l'ami et le ministre dirigeant du roi Louis et que, dans la bulle qu'il publia contre Alphonse, il accusait d'avoir aspiré au pontificat du vivant du pape légitime et d'avoir semé la discorde entre lui et la cour de France. Il se repentait d'avoir donné à ce prélat déjà trop puissant le pouvoir de légat dans toute la France, tandis que Louis et Maximilien étaient irrités de ce que le pape avait fait sa paix avec les Vénitiens, et quoique d'Amboise mourût déjà en 1510, l'animosité entre Jules et la cour de France ne fit qu'augmenter. Déjà Louis avait envoyé des troupes au secours du duc Alphonse, à qui le pape faisait la guerre ; bientôt après, quelques cardinaux lui indiquèrent le moyen d'exaspérer le pape encore davantage. Jules avait notamment pris avec les autres cardinaux dans le conclave l'engagement de convoquer un concile œcuménique dans l'espace de deux ans; mais ses autres occupations l'avaient jusqu'alors empêché de donner suite à cette mesure. Ces cardinaux conseillèrent dès lors au roi de faire assembler lui-même, sans et contre le pape , un concile que , contrairement à sa promesse , celui-ci refusait de convoquer. Les cardinaux Borgia, Carvajal et Briçonnet, qui étaient les auteurs de ce projet , abandonnèrent la cour pontificale ; leurs collègues SanSeverino et de Prie les suivirent bientôt; le cardinal Glermont-Lodève fut arrêté dans la fuite et renfermé dans le château Saint-Ange. Les cardinaux de Luxembourg, Final, Ferrara, Corneto et d'Albret se joignirent aussi à ce parti, ou penchèrent du moins de son côté.
Déjà Louis XII avait ordonné à tous les ecclésiastiques qui
possi'daiont dos hénéficcs dans son rovauine, d'abandonner la cour de Rome, sous peine d'être privés de ces bénéfices, et dans le Milanais on avait séquestré toutes les prébendes qui appartenaient aux prélats et aux ecclésiastiques romains. Au mois d'août de l'an 1510, il fit assembler à Orléans les prélats de son royaume, ainsi que les députés des chapitres et des universités. Cette assemblée, transférée peu de temps après à Tours, répondit aux questions que le roi lui avait soumises, que le pape n'avait pas le droit de faire la guerre à des princes étrangers ; que, pour se soustraire aune aggression injuste, ces princes pouvaient occuper pendant quelque temps les terres de l'Eglise , et que, pour défendre leurs droits temporels , ils pouvaient renoncer à l'obéissance du pape ((ui leur était hostile; que,dansles aflaires ecclésiastiques, on n'avait qu'à s'en tenirà l'ancien droit canonique et à la pragmati([ue sanction et regarder comme nulles les censures du pape. L'assemblée décida en même temps qu'on enverrait au pape une deputation pour l'engager à ne plus attaquer injustement le duc de Ferrare et le roi de France, et pour le sommer, en cas de refus, de convoquer un concile œcuménique conformément aux décrets du concile de Bale. Ainsi, pendant que le pape combattait les Français en Italie avec les armes temporelles et qu'il se trouvait lui-même à la tête de son armée, le roi de France l'attaqua avec les armes spirituelles. Louis XII défendit dès lors aussi à ses sujets d'avoir des relations avec le siège de Rome et de lui envoyer de l'argent. Il convoqua en même temps un second concile à Lyon Sur ces cntrefiules, Maximilien avait, par l'entremise de son ambassadeur Matthieu Lang, évêque de Gnrck, resserré lesliens de son alliance avec Louis XII. Dans une lettre circulaire en date du IG janvier de l'an 1511 , il dit qu'il était décidé à engager sérieusement le pape, et dans le cas que celui-ci s'y refusât , les cardinaux , à convoquer le concile que , conformément aux décrets du concile de Constance , le pape avait pris l'engagementdefaire assembleret qui était devenu si nécessaire un rétablissement de la paix de l'Église. Les plénipotentiaires
des deux princes prièrent, à Milan au mois de mai de 1511, les trois cardinaux Borgia, Garvajal et Briçonnet de convoquer ce concile qui ne pouvait plus être différé à cause de la conduite scandaleuse du pape et de l'état pitoyable de l'Église. Ceux-ci se montrèrent disposés à le faire : ainsi, ils convoquèrent en leur nom et au nom des cardinaux de Luxembourg, d'Esté, de Corneto, d'Albret, de de Prie, de Final et de San Severino, un concile qui devait s'ouvrir à Pisc au premier septembre , et ils protestèrent d'avance contre toutes les censures du pape. Trois de ces cardinaux protestèrent peu de temps après de n'avoir pas donné leur consentement à cette convocation ; toutefois ils se réunirent dans la suite, du moins San Severino et le cardinal de Luxembourg, au concile de Pise.
Dans son dépit, Louis XII parlait déjà de faire déposer le pape parjure, tandis que Maximilien qui avait plus de modération , avait chargé l'évêque de Gurck, son ambassadeur à Bologne, d'entamer avec le pape des négociations qui n'eurent aucun résultat. Dans des conjonctures aussi critiques , Jules comptait particulièrement sur l'appui de Ferdinand le Catholique à qui il accorda l'investiture du royaume de Naples , et sur l'alliance qu'il avait conclue avec les Suisses. Il donna pour réponse aux cardinaux que la guerre qui désolait l'Europe, et l'état malheureux de l'Italie l'avaient empêché jusqu'ici de convoquer le concile conformément à sa promesse; mais que maintenant il en convoquait un qui devait s'ouvrir à Rome au premier avril de l'an 1512, et qu'il déclarait nulle la convocation qui avait été faite ailleurs. Cependant il ménageait encore les cardinaux schismatiques ; il chargea l'évêque d'Alexandrie de les inviter à rentrer dans le giron de l'Eglise, et il promit de leur accorder le pardon . Ceux-ci cherchèrent à don ncr à leur conduite une apparence de justice ; ils déclarèrent qu'ils n'avaient aucunement l'intention de se soustraire à l'obéissance du pape ; qu'au contraire , on le recevrait au concile de Pise avec tout le respect qui lui était dû et qu'on ne porterait aucune atteinte à ses prérogatives essentielles. Tout en disant cela, il s professaient
tSê HISTOIRE DE LEGLISE.
les maximes du concile de Bale el cherchaient à rétablir l'ancien gouvernement aristocratique dans rÉgiise.
En Allemagne, ce projet ne fut approuvé nulle part. 11 est vrai que Mavimilien chercha à engager les prélats allemands, qu'h cet effet il avait fait assembler à Augsbourg, à assister au concile dePise; mais ils s'y refusèrent tous, et l'abbé de Tri (tenhcim lui conseilla d'abandonner un concile dont la convocation était déjà irrégulière par elle-même et qui ne pouvait produire qu'un nouveau schisme. Dans une lettre adressée à la ville de Gelnhausen, le roi exposa, il est vrai, à la nation allemande qu'en envoyant annuellement des sommes considérables à Rome, cette nation avait jusqu'alors alimenté le luxe d'une cour aussi corrompue que celle de Rome, et que le concile aurait aussi bien la volonté que le pouvoir de mettre un terme à cet abus; cependant il n'envoya pas lui-même d'ambassadeurs au concile de Pise, et de cette sorte, il arriva quececoncile,qui s'ouvrit le 5 novembre, ne se composait pour ainsi dire que de Français. Les cardinaux Carvajal , Briçonnet , de Prie et d'Albret y assistèrent en personne; celui de Luxembourg, Borgia et San Severino s'y firent représenter. Il y vint de France deux archevêques, quatorze évêques, différents députés des universités de Paris, de Toulouse et de Poitiers , quelques abbés , un grand nombre de théologiens et de jurisconsultes. Le chevalier de Lautrec y assistait en qualité de protecteur du concile au nom du roi. Ce concile ne comptai t donc pour ainsi dire que des prélats français. Ceux qui yassistèrent sentaient bien eux-mêmes qu'ils n'étaient que les instruments de la politique et de l'animosité de la cour de France; aussi Louis XII avoua-t-il franchement à l'ambassadeur d'Espagne que c'était un tour qu'il voulait jouer au pape. C'est pour cette raison que dans toute la chrétienté et même en France on regarda cette assemblée, qui se donnait le titre de concile œcuménique, comme un conciliabule schismatique.
Tout ce qu'on y fit n'était qu'une faible copie de ce qu'on avait fait , dit et résolu au concile de Bale. On voulait réformer
l'Église dans son chef et dans ses membres ; le concile devait rester assemblé jusqu'à ce que cette réforme pût s'effectuer et la paix se rétablir dans toute l'Europe. Dès lors , on ne manqua pas de confirmer le décret du concile de Constance au sujet de la supériorité du concile. Déjà après les trois premières sessions, on fut obligé de transférer le concile à Milan , parce que le peuple de Pise témoignait du mécontentement et que les Florentins, qui étaient maîtres de Pise, avaient de l'aversion pour cette assemblée. Ici , le nombre des prélats se monta à trente. Le pape à qui ils avaient proposé en vain un certain nombre de villes d'Italie, de France, d'Allemagne et de Suisse, à l'exclusion de la ville de Rome ou de toute autre de l'Etat de l'Église, pour y convoquer un concile œcuménique, fut invité à se rendre au concile de Milan ; mais, sur son refus, on l'accusa d'opiniâtreté et on déclara nul le concile qu'il avait fait assembler au Latran. Mais à Milan même , on regardait les membres du concile comme schismatiques et comme excommuniés. Lorsqu'ils entraient dans les églises, on cessait de célébrer le service divin, et le cardinal de Médicis ayant été conduit à Milan après la bataille de Ravenne , où les Espagnols elles troupes du pape essuyèrent une défaite complète, les officiers et les soldats français le prièrent , sous les yeux du concile même , de les absoudre des censures qu'ils croyaient s'être attirées en faisant la guerre au pape, et de leur permettre de faire donner la sépulture ecclésiastique à leurs compagnons qui avaient succombé dans la bataille. Les prélats français désiraient ardemment eux-mêmes de rentrer dans leurs diocèses. Tout à coup un événement imprévu leur en fraya le chemin : le pape , secondé par les Suisses et par l'élan patriotique des villes qui aA aient gémi jusqu'alors sous le joug des Français , parvint à renverser la domination du roi de France en Italie. Les prélats se rendirent dès lors de Milan à Asti, et de là à Lyon, où ils continuèrent à se donner le titre de concile œcuménique, mais ils se bornèrent à demander des subsides au clergé de France et à l'université de Paris.
Cependant Jules II avait déposé et excommunié les cardinaux qui s'étaient soustraits à son obéissance; il avait fulminé un interdit sur toute la France à l'exception de la Bretagne, et, par un singulier abus d'autorité, il avait puni en particulier la ville de Lyon en lui ôtant le droit de tenir désormais des foires libres, droit qui lui avait été octroyé par Louis XL Le 10 mai, il avait fait l'ouverture du concile de Latran, auquel assistèrent d'abord quinze cardinaux et soixantedi\-neuf évéques, nombre qui s'éleva plus lard h cent vingt, la plupart évéques italiens. Dans la troisième session se présenta aussi l'évéque de Gurck qui avait reçu de Maximilien la mission de reconnaître l'autorité du concile. Les délibérations et les décrets des cinq sessions qui eurent lieu jusqu'à la mort du pape, étaient uniquement dirigés contre le concile de Pise et contre la pragmatique sanction. Jules II mourut au mois de février de l'an 1513. Étant sur le lit de mort, il déclara que comme Julien délia Rovère il pardonnait aux cardinaux scbismatiques, mais qu'il les condamnait comme pape. Quelques auteurs prétendent que le pape se serait repenti d'avoir trop aimé la guerre, mais les Italiens ne font aucune mention de cette circonstance.
La nouvelle de l'état désespéré du pape avait inspiré à Maximilien le singulier projet qu'il avait déjà formé auparavant, de se faire élire pape lai-méme. Si l'on fait attention à la tendance toute temporelle et toute politique que la papauté avait à cette époque et qui effaçait nécessairement son caractère spirituel, on conçoit aisément que Maximilien ait pu avoir cette idée ; du reste , le fait est avéré. Comme il était veuf, il lui semblait qu'il n'y avait plus aucun empêchement essentiel, et le cardinal Corneto à qui il avait communiqué son projet, l'avait approuvé. Déjà antérieurement, le roi avait chargé l'évéque de Gurck de se rendre à Rome immédiatement après la mort du pape, afin de tâcher de disposer les cardinaux en sa faveur. Le riche Fugger d'Ausbourg devait avancer les sommes nécessaires à cet effet. Après cela, il chargea son ambassadeur qui,
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«lans l'entre-temps , avait é(é nommé cardinal , de prier le pape qui était déjà dangereusement malade, de le prendre pour son coadjutcur, mais Jules s'y refusa.
On élut pape le cardinal Giovanni de Médicis qui n'avait pas encore trente-huit ans et qui prit le nom de Léon X. Le concile de Latran continua de siéger; les cardinaux schismaliques se soumirent insensiblement et obtinrent leur pardon; d'un autre côté , on mit tout en œuvre pour se réconcilier avec la cour d.' France. Louis qui avait essuyé de grandes pertes et en Italie et dans son propre royaume, et qui voyait que son concile était généralement méprisé, se montrait disposé à signer un accommodement. Il renonça à ce concile et prit l'engagement de le dissoudre et d'envoyer à Rome, conjointement avec quatre docteurs, six prélats de ce concile, afin de demander l'absolution au pape. Il accéda ensuite au concile de Latran et promit d'y envoyer quelques évéques de son royaume. Cependant différentes causes l'empêchèrent de remplir cette dernière promesse. De cette sorte , le concile de Pise disparut sans laisser aucune trace remarquable de son œuvre réformatrice.
Sur ces entrefaites, on délibérait à Rome sur les décrets de réforme destinés à rétablir la discipline ecclésiastique et à mettre un terme aux abus qui s'étaient glissés dans la collation des bénéfices. 3Iais la plupart des prélats ne prenaient point la chose au sérieux , d'un côté , parce que l'excès du mal les.effrayait, de l'autre, parce qu'ils ne connaissaient pas, la plupart du temps, les véritables sources et les véritables causes des abus, ou parce qu'ils redoutaient de couper jusqu'au vif d'anciennes blessures profondément enracinées. Un pape tel que Léon qui aimait le faste et prodiguait ses trésors, devait être le moins disposé à renoncer au trafic de la cour de Rome , quelque funeste et quelque odieux qu'il fût. Les évéques enviaient aux cardinaux les privilèges qu'ils possédaient ou qu'ils désiraient d'avoir et qui, du reste, étaient préjudiciables à l'Église ; ils demandaient qu'on dépouillât les ordres monastiques des prérogatives dont ils jouissaient dans l'Océan Atlan-
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tique [mare magnum) , sans songer qu'il était bien plus urgent de faire subir une réforme aux évéques eux-mêmes et au clergé séculier. A la fin, les décrets relatifs à la réformation de l'Église n'eurent la plupart du temps pour objet que des affaires accessoires. On limita les commendes, les exemptions de la juridiction des évéques et le grand nombre des bénéfices; on défendit de déplacer les évéques sans leur consentement ; on reconnut à l'Église le droit de censurer les \'i\ res; on obligea les cardinaux à résider à Rome ; on défendit d'empiéter sur les immunités et sur les biens de l'Église, et l'on renouvela les anciens canons contre la simonie , ainsi que ceux qui avaient rapport aux qualités requises pour remplir des fonctions ecclésiastiques et à la fréquente célébration des conciles provinciaux. On ne s'aperçut que trop tôt combien peu ces dispositions étaient propres à satisfaire à toutes les exigences de l'époque.
Pendant que le concile était encore assemblé, Léon X eut à Bologne, en 1515, une entrevue avec le jeune et victorieux roi François 1" qui, en peu de temps, avait rendu aux armes françaises la prépondérance en Italie , et, après avoir aboli la pragmatique sanction , on y conclut au sujet des affaires de l'église de France, un concordat qui fut aussitôt approuvé par le concile de Latran. Les cardinaux croyant que, de cette manière, le concile avait atteint son but et qu'on n'avait plus aucjin schisme à craindre, s'assemblèrent pour la dernière fois le 16 mars de l'an 1517. Vainement Thomas de Vio de Gaële, général des dominicains, qui pressentait l'orage qui devait bientôt éclater, exhorta les prélats à ne point se séparer ; le pape et les cardinaux croyaient être en sécurité de ce côté-là-
/€bs /^'V> /■'H i^\ /^■\ '^\ ^ -K ^^ ••^•V /^'5> ^1 FIN DU TOME SECOND.