HIST. DE I.'ÉGL1SE. — T. I
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«le se rendre elle-même à Rome pour solliciter la dissolution (le son mariajre; toutefois Adrien lui imposa l'oblifjation de retourner à la eour de son «'•jk)u\ et menaça celui-ci de l'excommunication dans le cas qu'il ne la traitât point comme son «'•pousc légitime. Cependant il accorda l'absolution à Valdrade, l'empereur lui ayant donné l'assurance (ju'elle s'était corrigée, et déjà plusieurs évéques zélés, tels qu'Adon de Vienne, crurent de leur devoir de l'avertir de ne pas être trop indulgent à ret égard. Lothaire alla lui-même en Italie en 809, et accompagné de sa belle-sœur, l'impératrice ïngelberge, il rencontra le pape dans le monastère du Mont-Cassin. A cette occasion il manifesta surtout le désir de recevoir la communion des mains mêmes du pape, alin qu'on ne put point le regarder comme excommunié. Le pape lui donna la communion , après avoir reçu sa protestation qu'il n'avait eu aucun commerce avec Valdrade depuis que le pape Nicolas l'avait excommuniée et qu'il était fermement résolu de n'en plus avoir avec elle. Il donna également la communion aux gentilshommes de la suite du roi sous la condition qu'ils n'auraient ni participé ni consenti à l'adultère de Lothaire. Il n'y en eut que peu qui se retirèrent ; Lothaire et la plupart de ceux qui l'accompagnaient reçurent la communion malgré les reproches de leur conscience. Parmi les gentilshommes de la suite du roi se trouvait aussi Gonthicr, ex-archevêque de Cologne , qui alors protestait hautement de sa soumission à la sentence du pape <'t que le pape admit à la communion des laïques. Adrien nomma ensuite des légats qui, en tenqw et lieu, devaient examiner avec les évêques l'alTaire du mariage de Lothaire et lui adresser un rapport à ce sujet; mais Lothaire et tous les gentilshommes qui avaient reçu la communion avec lui, en quittant Rome, moururent en qucîlques j(mrs de temps en Italie même, et Thiet berge aussi bien que Valdrade se retirèrent dans des couvents.
Adrien travailla sérieusement à ce que la succession de Lolliaire restât ouverte en Hiveur de l'empereur Louis, héritier
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légitime, qui, j\ celte époque, devait défendre l'État de l'Eolisc et l'Italie centrale contre les Sarrasins; mais ni ses lettres ni ses légats n'empêchèrent Charles le Chauve de se faire couronner en 869 roi de Lorraine par Hincniar de Reims et par les évéques Lorrains (les sièges de Cologne et de Trêves étaient encore vacants) ; et ce prince céda ensuite à Louis, roi d'Allemagne, le pays situé au-delà de la Meuse, ainsi que la rive gauche du Rhin d'Llrecht jusqu'à Bale. Le pape n'avait encon* aucune connaissance de ce partage, lorsque par une deputation de cinq prélats il lit remettre en 870 au roi Charles une nouvelle lettre dans laquelle il le pressait vivement de renoncer à la possession des pays dont il s'était emparé, et dans une autre lettre il engagea Hincmar de Reims et les autres évéques de France à se séparer de la communion de Charles, dans le cas qu'il persistât dans son usurpation. Tandis que de cette sorte le pape défendait courageusement une cause juste, il eut la faiblesse de prendre sous sa protection comme un innocent qu'on persécutait, Carloman, l'indigne hls du roi, qui était menacé de l'excommunication pour s'être évadé de son couvent et pour se porter aux plus grands excès. C'est ainsi qu'il nuisit à son autorité ; ses légats durent retourner à Rome sans avoir obtenu l'ob'et de leur mission; il est vrai que Charles, de son côté, y envoya des ambassadeurs avec une lettre et des présents, mais toujours dans le but de ne pas être molesté au sujet de ses possessions, et Hincmar, dans une lettre respectueuse! en apparence, représenta au pape qu'il ne pouvait pas se séparer du roi sans causer le plus grand préjudice à l'Eglise, que jusqu'alors aucun pape n'avait élevé si haut ses prétentions , et que, dans ce moment même, l'Eglise de France et la Lorraine avaient d'autant plus besoin d'un puissant appui contre les Normands que l'empereur étant absent, on ne pouvait pas compter sur son assistance. Il est vrai que l'empereur se fit encore couronner en 872 roi de Lorraine par le pape, mais il n'en eut jamais que le titre, et Adrien s'empressa d'autant plus de laisser tomber celte affaire qu'il eut de nouveaux démêlés avec le
roi c\ rarchpvôquo do Roims an sujet d'Hincmar de Laon. Ji'on VIII 872-882 fut le premier pape qui, depuis le rélahlissement de TKinpire dOccident, eut à décider entre deux compétiteurs à l'empire, les deux frères et oncles de Louis H, mort en 875. Il donna la préférence à Charles le Chauve qui, en se hâtant de passer les Alpes, avait aussi prévenu le roi d" Allemagne, et il le couronna à la Noel de l'an 870. (Charles confirma au saint siège toutes ses possessions et prérogatives et fut aussi proclamé roi d'Italie par les évêques et par les comtes réunis à la diète de Pavie, parce que le pape l'avait élevé à la dignité d'empereur. Le pape, après différents avertissements, menaça le roi d'Allemagne de l'excommunication, s'il continuait h attaquer les états de son frère, à cause de l'empire et du royaume d'Italie, D'un autre côté, il s'était formé à Rome un parti puissant à la tête duquel se trouvaient Grégoire Nomendator et Formose, évoque de Porto, et qui, mécontent de ce qu'on avait élevé Charles à l'empire, tenta de faire éclater une révolution ; ses chefs furent en conséquence excommuniés par le pape. Rientôt après Jean fut obligé d'adresser des lettres pressantes et des députés à l'empereur jwur implorer son assistance contre les Sarrasins qui ravageaient même les environs de Rome. Charles passa enfin en 877 en Italie, njais contraint de fuir devant son neveu Carloman, il mourut bientôt après. En France il eut pour successeur son fils Louis le Règue. En Italie Carloman fut élu roi, et tâcha d'obtenir la couronne impériale en promettant au pape de rehausser l'Église romaine plus que n'avait fait aucun de ses prédécesseurs. Le pape lui proposa donc différentes conditions parmi les- «(uelles se trouvait particulièrement la confirmation des donations et des privilèges qui avaient été accordés autrefois à l'Église; mais Carloman ne se rendit point en Italie, probablement parce que le mauvais état d(; sa santé ne le lui permit pas. Jean fut obligé de traiter avec les infidèles et de se soumettre à leur paver un tribut auquel il lui était à peine possible de faire face. Le duc de Spolètc qui était d'intelligence
avec la faction opposée au pape, s'empara de la ville de Rome et y molesla tellement Jean qu'il prit la résolution de s'embarquer pour la France, la route par terre étant inlerceptée. H assembla ensuite un concile à Troyes, auquel il avait invité, tjuoiqu'en vain, les trois rois d'Allemagne Garloman , Louis II et Charles IIL Sans avoir obtenu eu Franco», qui elle-même n'était pas en état de repousser les Normands, le secours dont il avait besoin, le pape retourna en Italie, et, en sa qualité de vicaire du royaume d'Italie, charge que lui avait donnée le roi Carlomau , il convoqua en 879 une diète à Pavie qui n'eut cependant pas lieu. Il est impossible de prouver, et il n'est pas probable non plus que , privé de Tassistance de Carloman (jui était toujours malade, il ait voulu procurer le royaume d'Italie et la couronne impériale au comte Boson qui, plus tard, fut le premier roi de Provence ou d'Arles; il s'attacha plutôt au frère de Carloman, Charles le Gros, qu'il couronna aussi empereur en 881, sans qu'il put obtenir le secours qu'il lui avait demandé. Jean, aprè^s que les irruptions des Sarrasins et l'état malheureux de l'Italie eurent encore abreuvé d'amertume les derniers instants de sa vie, mourut au mois de décembre de l'an 882. Le grand nombre de lettres que nous avons de lui atteste son activité infatigable. S'il a fulminé plus fréquemment qu'aucun de ses prédécesseurs l'excommunication contre des ôvéques et de puissants laïques, il faut l'attribuer aux désordres perpétuels de cette époque et à la nécessité où se trouva le siège apostolique de se défendre contre ses ennemis. Marin l (882-884), le premier qui d'évéque fut élevé à la dignité pontificale, leva les censures que Jean YIII avait prononcées contre l'évèque Formose ; toutefois il lui défendit l'entrée de Rome et de Porto. L'entrevue qu'il eut avec l'empereur près de Modène parait n'avoir eu aucun résultat important à cause de l'impuissance de ce prince. Adrien III mourut en 885, en se rendant à la diète de Worms où l'empereur l'avait invité. Le sacre à' Etienne V eut lieu immédiatement après son élection, peut-être en vertu du décret qu on
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atlribue au pape Adrien III et qui ordonnait de sacrer désormais le pape iininédialeuient après so!i élection, et non en présence des coniniissaires de l'empereur. Celui-ci voulut le faire déposer, mais Etienne lui envoya l'aclc de son élection revêtu de toutes les signatures, et ne fut plus inquiété davantage. Peu de temps après, CharKîS, prince faihle et incapable de régner, fut même détrôné en Alleniagne, et après sa morl arrivée en 888 , l'empire des Francs qui pour la dernière fois avait été réuni sous son règne, fut partagé; les Allemands élevèrent sur le trône Arnoul , lils naturel de Carloman , les Neustriens Odon , comte de Paris. A côté du royaume de Basse- Bourgogne ou d'Arles, fondé par Boson, s'éleva bientôt aussi celui de Haute- !)Ourgogne sous ]?odol[)be, pelil-lils de Louis le Débonnaire. En Italie, Guy, duc de Spolète, et Bérengcr, duc de Frioul , se disputèrent la couronne. Le premier, après avoir vaincu Bérenger, fut aussi couronné empereur par le pape en 891. Etienne mourut bientôt après, et eut pour successeur For most' (891-896) qui avait été déposé par Jean VIII, mais qui avait su gagner la conliance des papes ses successeurs. Comme il était déjà évéque, il ne fut point ordonné, mais seulement intronisé. Il est vrai (ju'en l'an 892 il couronna Lambert, lils de Guy, connue co-régent, mais voyant la malbeureuse situation de l'Italie et l'incapacité de Guy aussi bien que celle de Lambert, il appela en Italie Arnoul, roi d'Allemagne, alin d'y établir un gouvernement stable. Arnoul s'y rendit a[)rès la mort de Guy, prit d'assaut la ville de Rome dans kujuelle la mère de Lambert s'était jetée, délivra le pape de sa captivité et reçut de lui en 890 la couronne impériale. Il se lit ensuite prêter le serment de fidélité par les Romains, sous la réserve de I'lionunage qu'ils devaient au pape. Mais Arnoul ne put point rester longtemps en Italie, et dès lors le siège aposl()li(pie commença à se ressentir aussi d(» la confusion générale et de la barbarie dont les ténèbres se répandaient de toutes parts. Boniface VI qui, après la mort de Formose, avait été élu par une faction populaire, étant mort quinze
jours après avoir été sacré , le parti qui avait toujours été opposé à Forniosc, réussit à élever sur le siège pontifical un des siens, Etienne VI. Celui-ci sacrifia l'honneur du siège apostolique à l'esprit de vengeance qui animait son parti; il fit déterrer le corps de Forniose et assembla un concile qui condamna ce dernier pour avoir, contrairement aux canons, abandonné son église de Porto et usurpé le siège de Rome. On exécuta cette sentence en insultant à son corps et en \v mutilant, et l'on déposa enfin tous ceux que Formose avait ordonnés. Le simple déplacement d'un diocèse dans un autre pouvait d'autant moins justifier une telle conduite qu'on en avait un antécédent dans le pape Marin qui, avant son élévation, avait été évéque de Cervétri. C'est pour celte raison que les ennemis de Formose l'accusèrent en outre de s'être laif consacrer une seconde fois; mais le prêtre Franc Auxilius qui avait été ordonné par Formose et qui composa plusieurs traités pour prouver que les ordinations faites par ce pape étaient valides, regarde cette accusation comme une calomnie;. Etienne ne voulut pas reconnaître non plus l'empereur Arnoul qui avait été couronné par Formose , mais il se rangea du côté de Lambert; cependant, dès l'an 897, un parti qui s'était formé contre lui à Rome, le mit dans une prison où il fut étranglé. Etienne eut pour successeurs Romain el , après la mort prématurée de celui-ci, Théodore II qui neuî que le temps de faire ensevelir le corps de Formose qu'on avait jeté dans le libre et de rétablir les clercs ordonnés par ce pape. Ensuite le parti de Formose éleva en 898 sur le Siège pontifical Jean IX à qui Scrgius, adversaire de Formose, avait disputé la tiare. Dans un concile tenu à Rome, Jean ÎX fit casser tout ce qui avait été fait contre Formose et brûler les actes de l'assemblée convoquée par Etienne VI. On confirma en même temps l'élection et le couronnement de Lambert comme empereur, on refusa de reconnaître Aruoul et l'on renouvela le décret d'Etienne IV de l'an 81G, concernant la consécration du pape, nouvellement élu en présence des com-
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inissaircs do remporour. Tous deux, le pape et Laniherl, couvotjULTcnt en 80<S à Ravenne une nombreuse assemblée de di<ïnilaires ecclésiastiques et laïques, dans laquelle Jean dépeignit la nialbeureusc situation de l'Klat de rÉglise qui était en proie à des déprédations continuelles, ainsi que l'entier appauvrissement de son église.
Après cela, se succédèrent rapidement Benoit IV 900-903) , Léon r qui fut chassé et mis en prison par Christophe encore en 903, Serf/ius 111 à qui Christophe dut céder sa place en 904 et qui s'élant déclaré contre Formose, approuva tout ce qu'Etienne VI avait fait contre ce pape. A cette époque, Bérenger, duc de Frioul, et Louis, roi de Provence, se disputaient la couronne d'Italie avec une alternative de succès et de revers, et pour comble de malheur, les 3Iagyares commencèrent à envahir et à ravager ce pays. Après la courte administration (VAnastase III (911-913) et celle de Lundon, le siège de Rome paraît dans une honteuse dépendance de quelques dames romaines qui, aussi influentes que déréglées dans leurs mœurs, surent y élever leurs favoris ou leurs (ils : situation dans laquelle le siège apostolique ressemblait à un captif, à qui l'on ne peut point imputer l'ignominie dont il est couvert et qui résulte de la perte de sa liberté. Jean X, après avoir été fait successivement évéque de Bologne et archevêque de Ravenne, fut placé sur le siège pontilical par le crédit de Theodora à qui il avait su plaire par sa belle figure. L'histoire de ce pontificat et plusieurs autres choses qu'on rapporte du gouv(Tnement de femmes qui élail alors établi à Rome, sont d'autant plus suspectes que le crédule Luitprand en est le seul garant et que celui-ci s'en réfère à une biographie de Theodora qui, sans doute, était plutôt une satire ou un roman qu'une biographie sérieuse. Luitprand accuse aussi Sergius III de s'être déjà engagé dans un conmierce criminel avec Marozie, sœur de Theodora, et il fait naître de cette union infâme un lilsqui, dans la suite, fut élu pape sous le nom de Jean XI , mais qui , au rapport de diflérents auteurs contemporains, fut le fils d'Albèric,
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duc de Camérino, et de Marozie. Jean couronna Bérenger empereur, et, pour le bonheur de l'Italie centrale, il battit les Sarrasins sur les bords du Garigliano. La puissante Marozie , qui occupait alors le château Saint-Ange à Rome, et qui, en épousant Guy, duc de Toscane, s'était alliée à Hugues, roi d'Italie , lit mettre en 928 le pape en prison, où il périt probablement d'une mort violente. Léon \1 mourut tiéjà quelques mois après, Etienne VU au bout de deux ans ; ensuite Jean XJ lut élevé sur le siège pontifical par le crédit de sa mère , mais renfermé dans le château Saint-Ange par ordre de son frère Albéric, il ne put empêcher celui-ci d'exercer à Rome une domination arbitraire. Il eut en 936 pour successeur le pieux Léon VII, ensuite en 939 Etienne Y HI (IX) qui menaça de l'excommunication les seigneurs français qui, a^ant la Noèl de 942, ne se seraient point soumis à leur roi, Louis d'Oulre- Mer, lils de Charles le Simple. Marin II (943-946) et Agapet II (946-955) eurent une conduite irréprochable. Sous le pontilicat de ce dernier, l'Italie fut le théâtre de quelques événements importants qui exercèrent même une grande influence sur le siège apostolique. Hugues de Provence qui, par son mariage avec Marozie en 932, était devenu maître de la ville de Rome même, mais qui en avait été chassé par son beau-fils Albéric, s'était rendu tellement odieux par une conduite tout à la fois lâche et tyrannique que Bérenger, marquis d'Ivrée et petit-lils de Bérenger I , ayant passé d'Allemagne en Italie, Hugues fut obligé de quitter ce dernier pays en l'an 946, et son jeune iils Lothaire porta, à la vérité, le titre de roi, mais toute l'autorité tomba entre les mains de Bérenger. Après la mort subite de Lothaire en 950, Bérenger et son lils AdellK?rt furent couronnés ensemble rois d'Italie à Pavie. Cependant Adélaïde, veuve de Lothaire, qui avait été maltraitée par Bérenger, et d'autres mécontents engagèrent le victorieux Otton I, roi d'Allemagne, à passer en Italie, alin de tâcher d'obtenir avec la main de la reine le royaume de Lombardie. Otton, secondé par le puissant archevêque de Milan ;^Manassés, entra
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«ians Pavie sur la lin de l'an 951, épousa Adélaïde et prit déjà dans des leUrcs patentes le litre de roi d'Italie. 11 demanda ensuite au papi' la permission de passer à Rome , ce que eelui-ei lui refusa, y étant probablement forcé par Albéric. A son retour en Allema<;ne, Bérenger se rendit avec plusieurs seigneurs italiens à la diète d'Augsbourg, où il rerut la royauté d'Italie, à cbarge d'en faire hommage au roi d'Allemagne, et où il lui prêta le serment de vasselage.
Après la mort d'Agapet , Oetavien , lils d'Albéric , qui exereait alors à Rome une domination tyrannique, s'empara du siège pontifical, n'étant âgé que de dix-huit ans, cl prit le nom de Jean XII. C'est le premier pape qui ait ainsi changé de nom. Ne pouvant supporter la tyrannie de Bérenger et de son fils, il se concerta avec les évéques et les seigneurs italiens pour appeler de nouveau Otton en Italie. Celui-ci, étant encore en Allemagne, avait promis, sous la foi du serment, de maintenir les possessions et les prérogatives de l'Église de Rome, de protéger le pape et de ne point porter atteinte à ses droits de souveraineté sur Rome. Otton passa une seconde fois en Italie en 961 , se fit couronner roi d'Italie à Milan, et ea 902 Jean renouvela en sa faveur à Rome la dignité impériale, qui n'avait plus été portée depuis trente-huit ans. C'est ainsi (jue l'Italie <'t la dignité impériale furent étroitement unies au royaume et à la royauté d'Allemagne. C'est à cette époque qu'Otton doit avoir signé le célèbre diplôme qu'on a souvent regardé comn>e supposé et dans lequel il confirma les donations faites antérieurement au Siège de Rome et ajouta à l'État de l'Église les duchés de Spolète et de Bénévent , ainsi que la Toscane avec la Sicile , dans le cas qu'il fît la conquête de cette île, en se réservant toutefois les droits de haute souveraineté sur ces duchés. On y garantit aussi une entière liberté d'élection au pape qui, de son coté, devait, avant sa consécration , prendre , en présence des commissaires de l'empereur, l'engagement de se conformer au\ lois et à la justice dans l'administration de ses états. La clause (jui a rapport à l'administration de la justice est identique
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avec celle qui se trouve dans la Goiistilution de Lolhaire, A peine Ottou s'étail-il éloigné de Rome qu'il recul de fréquents avis sur la mauvaise conduite de Jean Xll et sur le dérèglement de ses mœurs. Il voulait l'épargner, « car il est jeune encore, disail-il, et peut se corriger, » lorsque tout à coiip Jean chercha à engager les Hongrois à envahir l'Italie et entama avec Adelbert des négociations qui avaient pour but d'élever celui-ci sur le trône d'Italie et de chasser l'empereur de ce pays. Déjà Adelbert, sur l'invitation du pape, s'était rendu à Rome, lorsque Olton, appelé de son côté par les Romains qui lui étaient restés lidèlcs, se hâta d'y arriver en 963, et, Jean s'étant enfui avec Adel])ert, il exigea un serment solennel du clergé et du peuple romain, que dorénavant ils ne permettraient plus que les papes prissent possession du Siège de saint Pierre sans son consentement et sans celui de son fils Otton H. Il convoqua ensuite à Rome un concile, composé de quarante évèques italiens et allemands et de seize cardinaux. Jean y fut accusé par les cardinaux et par les évéques de simonie , de parjure, de meurtre et de sacrilège; il fut accusé en outre d'avoir transformé le palais de La Iran en un lieu infâme, d'avoir placé sur le siège de ïodi un enfant de dix ans et d'avoir proféré des blasphèmes dans l'ivresse et au jeu. Ayant été assigné devant le concile , il dit aux Pères assemblés que s'ils élisaient un nouveau pape, il les excommunierait tous. L'empereur l'ayant, à son tour, accusé de lui avoir manqué de lidèlitè, on le déposa et, du consentement d'Otton, on élut pape (contrairement auv canons) un laïque nommé Léon qui était chancelier de l'Église romaine. S'il est vrai que le pape — et Octavien l'était , puis-, qu'il fut longtemps reconnu comme tel et par toute l'Église et par Otton lui-même — ne peut être déposé que par un concile œcuménique soit pour apostasie, soit pour une erreur opiniàtrt; quelconque, nul doute que cette manière d'agir, quels (jue fussent en apparence les droits de l'empereur et de son concih', ne fût tout à fait illégale et condamnable.
Les Romains , dans le but de s'affranchir du joug des Aile-
ÔIO HISTOIRE DF, |/kGL1SE.
mands qui leur devint l)ionlùt insupporlahlo , allaquèrcnl , au coinmenconieut de l'an î)()4 , Ollon el le peu de troupes qu'il avait avec lui; cette tentative échoua à la vérité, mais après le départ d'Otton, Jean XII rentra dans Rome, tira une vengeance éclatante des chefs du parti contraire, et, après la fuite de l'antipape, il convoqua un concile composé de seize évêques et de douze cardinaux-prêtres , dont la plupart avaient aussi assisté au concile précédent. On y annula les actes de ce dernier concile, on déposa Léon VIIÏ et les évéques qui l'avaient consacré, et l'on exigea de ceux qui avaient été ordonnés par Léon d'aflirmer par écrit que leur ordination était invalide. Au rap- [)ort du continuateur de Luitprand , Jean XII mourut bientôt après d'une blessure qu'il reçut pendant la nuit dans une partie de débauche. Au lieu de mettre un terme au schisme en élisant Léon YIII , les Romains choisirent Benoit V qui menaça en vain des foudres de l'excommunication l'empereur qui campait devant Rome. Bientôt les portes de cette ville s'ouvrirent devant l'empereur et l'antipape. Celui-ci convoqua à la hâte un concile auquel il présida et dans lequel le faible Benoît se prosterna devant lui pour lui faire l'aveu de sa faute et pour lui en demander pardon. Otton l'emmena avec lui en Allemagne et le mit sous la surveillance d'Adaldag, évé({ue de Hambourg. Après la mort de Léon YIII en 9G5, les Romains envoyèrent à l'empereur des députés chargés de le prier de leur rendre Benoît V , mais celui-ci étant aussi venu à mourir sur ces entrefaites, on élut, en présence d'Otgar, évéquc de Spire, et de Luitprand, évéque de Crémone, commissaires de l'empereur, Jean Xîll qui , peu de temps après, fut mis en prison par les seigneurs romains et (jui y resta, jusquà ce qu'il trouva un asile auprès de l'andulle, prince de Capoue. En conséquence, Otton se rendit pour la troisième fois en Italie en 9GG, punit d'abord ceux qui avaient embrassé le parti d'Adelbert dans la Lombardie et prononça ensuite des peines sévères contre les auteurs de la dernière révolte ; treize des principaux d'entre eux furent pendus, d'autres décapités, d'autres eurent les y<mx
arrachés. Dans un concile tenu à Ravenne en 967, Otton rendit au pape l'Exarchat que les derniers rois d'Italie avai(!nt enlevé au Siège de Rome. Il ne resta pas longtemps en possession de ce pays, puisque, peu de temps après, les Vénitiens lurent maîtres de Ferrare, de Gomacchio, de Ravenne et des autres villes de l'Exarchat. Jean couronna ensuite empereur Otton II qui n'était âgé que de quatorze ans.
Après la mort du pape Jean, on élut en 972 Benoît VI en présence des commissaires de l'empereur. A peine la mort d'Otton le Grand fut-elle connue à Rome que l'ancien esprit de rébellion et de licence se réveilla; Crescentius, fils de la fameuse Theodora , de concert avec l'ambitieux cardinal Boniface Francon , s'empara de la personne du pape et le fit mettre à mort dans sa prison. Boniface voulut ensuite se rendre maître du siège pontifical , mais les Romains se soulevèrent contre lui ; il fut obligé de prendre la fuite , et on élut pape Bonus II qui mourut quelques jours après. Dès lors Otton II tâcha de faire élever sur le siège pontifical le pieux Majole, abbé de Clugny , mais celui-ci refusa cette dignité, disant que les mœurs des Romains difleraient trop des siennes, pour qu'il lui fût possible de régner sur eux. On élut en conséquence en 975, Benoit VII, évèque de Sutri , qui était issu de la famille des comtes de Tuscanelle. Ce pape excommunia Boniface , et paraît être mort en 983, puisqu'Ollon II fit en sorte que, peu de temps avant sa mort, arrivée sur la fin de l'an 983, son chancelier Pierre, évèque dePavic, qui prit le nom de Jean XIV, fût élevé sur le siège pontifical. Mais Boniface revint peu de temps après de Constantinople, et comme il avait un grand nombre de partisans à Rome , il emprisonna le pape dans le château Saint-Ange et l'y fit mourir de faim. Personne ne voulut ou ne put s'opposer à l'usurpateur; heureusement il mourut quelques mois après, et le peuple assouvit sa vengeance sur son corps. Jean X V fut ensuite élu pape, mais il fut tenu dans une sujétion tellement dure par le patrice et consul Crescentius qui exerçait à Romeun pouvoir despotique, qu'il invita enfin le jeune Otton ÎÏI h
venir à Rome pour } recevoir la couronne impériale. Celui-ci se rendit en OUG en Italie, apprit la mort de Jean XV à Kavenne, et reconnnanda au\ députés romains qui , quoiqu'il ne fut pas encore empereur, le consultèrent sur l'élection du nouveau pape, son neveu Bruuon, iils d'Olton, duc de la France rhénane, et de Luitgarde, lille d'Otlon le Grand. Brunon, bien <ju"il n'eût que vingt-quatre ans, fut élu pape , prit le nom de Grégoire V et couronna Otton empereur. A peine le jeune empereur fut-il de retour en Allemagne que Crescentius, à qui Grégoire avait fait obtenir son pardon , chassa ce dernier de Rome et facilita à l'évêque de Plaisance, Pbilagathe, grec de nation né en Calabre, l'usurpation du siège pontilical. Dans un concile tenu à l'avie, Grégoire ex-communia Crescentius. A la nouvelle qu'Otton s'avançait sur Rome, l'antipape voulut prendre la fuite, mais il fut mis en prison par le peuple, et après qu'Otton et Grégoire eurent fail leur entrée dans la ville, il fut cruellement nmtilé et insulté publiquement à la manière des Grecs. Crescentius fut décapité avec douze de s(îs partisans. Grégoire mourut déjà en l'an 999, et pour la première fois un français, (ierbert, précepteur d'Otton 111, monta sur le siège pontilical. Né en Auvergne, il fut élevé au monastère d'Aurillac, et devint abbé de Bobbio. H se retira ensuite à Reims , où il fut chargé de l'école de cette ville. Il fut fuit archevêque de Reims en 992 , après la déposition d'Arnoul. Ayant été déposé par le pape Jean XY, Geibert suivit son disciple Otton en Italie, où il (d)tint rarchevéché de Ravenne. De là il passa à Rome , pour y occuper le siège pontilical sous le nom de Sylvestre II.
///. Jusqu'à la mort d'Alexandre II, 1073.
DiTiiMAH (le Mcrseljourg. Gi-aber Rodolphe. Landuu'UE r.iiiié et Landlxi'HE le jeune. Leoms Ostie.nsis Chronicon Cassinense. Desi- DERif (Victoris III) Dialog, libri 111, in Bibliolh. max. PP. t. XVIII. Bo.vizoMs Sulricnsis cpiscopi liber ad amicuin, in Oefelc script, ronmi
TROISIÈIHE KPOQUE. — CHAP. III. 519
Boicarum I. II. Brij.noms Signicnsis vita Leo.ms IX, in Biblioth. max. PP. l. XX. WiBERTi Vita Looiiis iX , in Mabillun Act. SS. O. S. B. saec. VI. p. II. S. Petri Damiam epistolœ et opuscula, éd. Cactari. Bomic, IGOG fol.
Après la mort du pape Sylvestre en 1003, Jean XKiel Jean XVI f (qu'on nomme souvent aussi Jean XVIII) , ensuite Sergius IV (en 1009 ) , et Be7ioU VIII ( en 1012 ) de la famille des comtes de Tuscanelie qui était si puissante à Rome, se succédèrent rapidement. Un certain Grégoire qui avait disputé le saint siège à i3enoîl YIII et qui était à la tète d'un parti considérable, le chassa bientôt de Rome. Benoît se rendit à la cour de Henri II, roi d'Allemagne, pour implorer son secours. Henri marcha en Italie en 1013, vint à Rome en 1014, et après avoir fait serment de défendre efficacement l'Église de Rome et d'être iidèlc en tout au pape et à ses successeurs, Benoît lui donna ainsi qu'à son épouse Cunégonde la couronne impériale. Dithmar de Mersebourg observe que Benoît administra l'Eglise avec beaucoup plus de liberté et d'indépendance que ses prédécesseurs immédiats. Il délit les Sarrasins qui de la Sardaigne étaient venus s'emparer de la Toscane ; il donna au^î. Pisans qui , à son instigation, avaient expulsé ces ennemis de la Sardaigne, l'iiivestiture de celte île , et confirma au siég<' de Ra venue qui était alors occupé par Arnoul, frère de l'empereur, la donation que ses prédécesseurs lui avaient d(^à faite et qui consistait dajis les villes de Ravenne, de Bologne, d'Imola et de Faënza (y compris sans doute aussi Forli et Cervia). En l'an 1020, invité d'un côté par l'empereur et de l'autre effrayé des progrès que les Grecs avaient faits dans la Basse-Italie , il alla trouver l'empereur à Bamberg pour le prier de lui accorder son secours. Il paraît qu'à cette occasion l'empereur signa un diplôme , conçu à peu près dans les mêmes termes que celui d'Olton , et par lequel il confirma au saint siège non-seulement les donations qui lui avaient été faites antérieurement en Italie, mais aussi la possession de l'abljaye de Fulde et des autres monastères d'Allemagne , immédiate-
nioiil soumis au papo, ainsi que celle du nouvel évèché d»' Bainherg, et il renouvela aussi la clause qui portait que le pape, élu par le peuple et par le clergé de Rome, serait consacré en présence des commissaires de l'empereur. Benoit eut pour successeur, en i()2i, son frère Jean XIX que, d'après l'expression de llomuald de Salerne, le même jour vit tout à la fois laïque et pape ; tant était grande alors l'influence des comtes de Tuscanelle ! C'est lui qui eu 1027 couronna empereur Conrad II le Sali([ue, premier roi d'Allemagne de la maison de Franconie. Les comtes de Tuscanelle qui avaient déjà vu le siège pontifical occupé par plusieurs membres de leur famille, tels que Sergius III, Jean XI et Jean XII, Benoît VII et enfin par les deux frères Benoît YIII et Jean XIX, cherchèrent à rendre la dignité de pape héréditaire dans leur famille, et le comte Albéric , frère du pape Jean XIX qui mourut en 1033 , parvint à force d'argent à faire élire pape malgré sa jeunesse et son ignorance, son fils ïhéophylacte qui prit le nom de Benoit IX et qui , par sa vie infâme , osa déshonorer le saint siège pendant onze ans. L'Église de Rome, et parlant toute l'Église catholique, ne pouvait souffrir impunément un tel opprobre qu'à une époque de profonde corruption à laquelle, au rapport de Guy de Pompose, la plupart des évèques commettaient simonie. Le genre de vie abrutissant de ce malheureux excita enlin l'indignation du peuple ; il fut chassé de la ville, mais ramené en 1038 par l'empereur Conrad IL Quelques années après, il dut (juilter Rome une seconde fois, et ses adversaires, en corrompant le peuple, parvinrent à mettre à sa place l'antipape Jean, èvècjue de Sabine, sous le nom de Sylvestre III. A l'aide de ses puissants parents, Benoît chassa l'antipape au bout de quelques mois en 1044, et dès lors il songea sérieusement à épouser formellement une de ses proches parentes. Le père de cette lillc, partisan de Sylvestre, ne voulut la lui accorder que sous la condition qu'il renoncerait à la dignité pontificale, et Benoît qui espérait d'avoir plus d'aisance et de liberté dans la Aie pri\ée et qui craignait de
devenir de plus en plus l'objet de la haine publique , écoula les conseils de l'archiprêlre Jean, homme pieux, d'une moralité et d'une droiture d'intention irréprochable, et, moyennant une forte somme qu'il reçut de celui-ci, il convint de se retirer dans un château appartenant à sa famille. Jean, qui depuis longtemps désirait ardemment d'affranchir l'Église romaine de la tyrannie des patriciens et de rétablir l'ancienne liberté d'élection, ne trouva pas d(; moyen plus efficace pour empêcher le peuple qui était déjà accoutumé à la corruption , d'élever désormais les nobles sur le siège pontifical, que d'engager, à force d'argent, ceux qui exerçaient la plus grande influence sur les esprits, à le faire élire pape lui-même. Il prit le nom de • Grégoire VI, et fut sans doute le seul pape légitime, bien que Benoît qui n'avait pas obtenu la main de la lille de Gérard, se repentît bientôt d'avoir renoncé à la pajKiuté et qu'à la foveur de l'appui que lui prêtaient ses parents, il en reprît publiquement les insignes, de sorte qu'à la vérité il y eut alors trois prétendants au saint siège, mais Grégoire qui jouissait aussi de l'estime et de la considération de tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens parmi ses contemporains, fut réellement seul en possession de la dignité pontificale. L'Eglise romaine était alors dans l'état le plus déplorable et le plus avilissant; la majeure partie de ses terres , de ses possessions et de ses revenus se trouvait dans des mains étrangères; il ne restait plus de quoi faire restaurer les églises des Apôtres qui menaçaient ruine de toutes parts, et Grégoire fut obligé de demander des aumônes à Guillaume, duc d'Aquitaine et à d'autres. Les environs de Rome et Rome même étaient remplis de voleurs, de sorte que les offrandes étaient enlevées des autels aussitôt qu'on les y apportait. Les armes spirituelles étant inefficaces, Grégoire dut se mettre lui-même à la tête d une troupe qu'il avait rassemblée, afin de rétablir autant que possible la tranquillité publique. Sur ces entrefaites, le roi d'Allemagne Henri IlLarriva en Italie , dans le but de mettre un terme au schisme. Il fit célébrer un concile à Pavie en l'an 1046, et les prélats qui s'y trouvèrent
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réunis n'avaiil pas voulu condamniT le pape sans l'avoir entendu, il en convoqua un second à Sulri, et Grégoire y accompagna l'empereur qu'il avait trouvé à Plaisance où ce dernier i'avait invilé à se rendre. On v déposa Sylvestre III et on le condamna à la réclusion dans un couvent; quant à Benoit, on n'en (it aucune mention, puisqu'il était censé avoir abdiqué le ponlilicat. Grégoire lui-même lit connaître à l'assemblée les moyens (juil avait employés pour parvenir à la papauté et conl'essa qu'à cet ciïet il avait eu recours à la simonie avec les meilleures intentions. Les prélats ayant refusé de le condamner en sa qualité de pape légitime, Grégoire le fit lui-même, en déclarant (juil renonçait à la dignité pontilicale pour s'être rendu coupable de simonie dans son élection. Il fallait donc élire un nouveau pape , mais les Romains avaient juré que, du vivant de Grégoire, ils n'eu éliraient pas d'autre, et dans le clergé romain il ne se trouvait personne qui fût capable d'exercer ces fonctions importantes. En conséquence , on abandonna au roi qui, du reste, avait obtenu le titre de patrice conjointement avec tous ses successeurs, le sain de nommer le nouveau pape, Henri fit élire Suidger, évêque de Bamberg, qui prit le nom de Clément II cl qui couronna empereur le roi d'Allemagne. Dans un concile que Clément tint ensuite à Rome en 1047 en présence de l'empereur, on excommunia tous ceux qui achèteraient ou vendraient des dignités ecclésiastiques ou des ordres sacrés, et l'on condamna tous ceux qui auraient été ordonnés par un simoniaque, sachant qu'il l'était, à faire quarante jouts de pénitence. Henri, après avoir pris quelques mesures pour protéger le Siège apostolique contre la tyrannie des seigneurs romains, retourna en Allemagne et y emmena Grégoire qui était accompagné de son disciple Ilildebrand qui, dans la suite , fut fait pape sous le nom de Grégoire Yli. Clément mourut déjà quelques mois après à son retour d'un voyage qu'il avait entrepris en Allemagne, et dès lors Benoît IX, à l'aide de ses parents, s'empara., pour la troisième fois, du saint siège qu'il occupa pendant huit mois. Cependant les députés romains bc
rendirent à la cour de remporeur cl le prièrent de leur accorder pour pape Alinard, arclievèque de Lyon; mais celui-ci avanl refusé cette dignité, ils obtinrent Poppon , évéque de Brixei:, qui prit le nom de Damase II et qui mourut en Palestine, vingt-trois jours après son élection. Le jour de son intronisation , Benoît avait quitté Home, et se repentant de ses fautes et désirant d'en faire pénitence, il s'était retiré dans l'abbave de la Grotte Férée IGrotla Ferrata] près de Frascati , où i! mourut en l'an 1048 '. Une nouvelle deputation étant arrivée de Rome en Allemagne , pour demander un pape à l'empereur, les évcques d'Allemagne, effrayés par la mort subite des deux derniers papes, refusèrent tout d'une voix cette dignité dangereuse; enfui on parvint à engager le pieux et infatigable Brunon, évéque de Toul , qui était généralement aimé, à l'accepter; il ne le lit toutefois qua condition d'avoir le consentement unanime du clergé et du peuple romain. Il arriva à Rome en habit de pèlerin, et déclara dans une assemblée du clergé qu'il était prêt à retourner à Toul, à moins que son élection ne fût généralement approuvée. On ne répondit îi ces mots que par des acclamations de joie qui le déterminèrent à accepter la tiare. Il fut intronisé solennellement le 12 février 10i9, et prit le nom de Léon IX. Avec lui arriva aussi à Rome Hibb^brand , dont l'esprit vaste et solide prit insensiblement un grand ascendant sur les résolutions de ce pape et de ses successeurs , ainsi que sur les affaires de l'Eglise en général.
Léon travailla aussitôt avec une ardeur infatigable à faire cesser le grand fléau qui avait tant désolé l'Église, la simonie. Dans un grand concile tenu à Rome, il commença par déclarer nulles toutes les ordinations des simoniaques; mais non-seulement le clergé de Rome, mais aussi un grand nombre d'évèques se prononcèrent ouvertement contre une mesure aussi
' C'est sans doute par cireur que l'auteur dit en cet endroit que Benoît IX mourut nprê^ l'an lOCo, car tous les tiistoriens ecclésiastiques qu'il m'a été possible de consulter sont d'accord sur l'année lOîS. .Y. d. 1\
ô2i HISTOIRE DE l'église.
si'vève qui, si elle élail adoptre, les obliijorailà fermer leurs églises et à inlerroiupre le service divin. Eu eonséquenee, le j)ape ordonna qu'on remellraiten vigueur le décret de Clément II, et dans la suite il nomma lui-même quelques évè(jues qui, sans leur faute, avaient été ordonnés par des simoniaques. Pendant son ponlilicat, il fut eonlinuellement en voyage, alin que, par sa présence, il fût plus à même de travailler efficacement à la réforme de l'Église; c'est ainsi que, peu de temps après, il tint des conciles à Pavie et à Reims, bien que les prélats français qui se sentaient coupables cherchassent à mettre U) roi en avant pour se soustraire à cette juridiction synodale. Au concile de Reims, le pape lit l'énumération des abus qui s'étaient glissés dans l'église de France et exhorta les évêques et les abbés qui avaient quelque chose à se reprocher, à le confesser publiquement. Quelques-uns le firent et renoncèrent en même temps à leurs fonctions ; les évêques de Langres et de Nantes furent déposés ; et ceux qui se sentant coupables, n'avaient point comparu , ou qui , pour ne pas devoir assister au concile, avaient suivi le roi à la guerre, furent excommuniés. Le pape ayant ensuite repassé en Allemagne, convoqua un concile à Mayence, et fut puissamment secondé dans sa réforme par l'empereur qui se faisait un devoir de n'accorder les hautes fonctions ecclésiastiques qu'à des prêtres qui en fussent dignes sous tous les rapports. Un concile qu'il tint à Mantoue en 1053, fut troublé par une violente sédition, ex- <itée par quelques évêques qui craignaient sa juste sévérité. Sur ces entrefaites, les Normands avaient, à dater de l'an 1017, fait sur les Sarrasins et sur les Grecs de l'Italie méridionale des conquêtes auxquelles ils donnaient de jour en jour une plus grande extension ; ils vexaient et tyrannisaient les habitants des pays conquis, saccageaient les villes, les églises et les couvents, et ils finirent par s'emparer des terres que l'Eglise romaine possédait dans la Pouille et dans la Calabre. Léon, à qui l'empereur venait de donner le territoire de Bénévent en échange de l'évêché de Bamberg, et qui s'était déjà rendu plu-
sieurs fois dans la Pouillc pour enn^agor les Normands à épargner les habitants de eelte contrée, ainsi que les domaines de l'Église, voyant que les prières et les exhortations ne faisaient aucune impression sur ces barbares qui ne respiraient que le pillage et l'assassinat, marcha enlin contre eu\ à la tête d'une petite armée; mais les Normands ayant, dans une attaque imprévTie, battu ses troupes, l'assiégèrent dans Civitate. Léon ayant reçu de la part des Normands des marques de repentir et d'empressement à satisfaire à ses désirs, se rendit dans leur camp, y fut reçu avec tous les égards dus à son rang, et conclut avec eux une convention par laquelle il les investit non-seulement de toutes les conquêtes qu'ils avaient faites jusqu'alors, mais aussi de celles qu'ils seraient dans le cas de faire encore sur les Sarrasins en Calabre et en Sicile.
Après la mort de Léon en 1054, le clergé de Rome ne trouvant aucun de ses membres digne d'occuper le saint siège, dépêcha Hildebrand avec d'autres députés vers l'empereur, afin de lui demander un prélat allemand. Henri ne se décida qu'avec peine à leur accorder Gebehard , évêque d'Eichstet, que les députés désiraient d'obtenir. Gebehard fut élu pape à Rome , au mois d'avril de l'an 1055 et intronisé sous le nom de Victor II. Peu de temps après, il assista avec l'empereur à un concile qui se tint à Florence et qui confirma les décrets de son prédécesseur. Hildebrand , que le pape avait envoyé en France en qualité de légat, afin de continuer la réforme de l'église de France que Léon avait commencée, assembla à Lyon un concile, où six évêques furent déposés pour simonie. Les archevêques d'Aix et d'Arles , en leur qualité de légats du pape, eurent la même mission dans le midi de la France. A l'invitation de Henri , Victor passa en 1056 en Allemagne, y vit son ami, le grand empereur, sur son lit de mort, aida ensuite de ses conseils l'impératrice Agnès, tutrice du roi Henri IV qui n'avait que cinq ans et mourut à Florence en 1057, à son retour d'Allemagne. On élut alors d'un consentement unanime, malgré son refus, le cardinal Frédéric, abbé du Mont Cassin , et frère
•Vit) iiiSToiRK DE l'Église.
(le Godcfroi le Harbu, duc de Lolliarinnic, qui avail cpousô Beatrix, marcjuisc do loscane. A cause de l'iulerrègne, il n'cul pas besoin de la conlirmalion de l'empereur. Il prit le nom d'Éliennc JX, et lit des préparatifs contre les Normands (jui eomineltaienl de nouveaux actes d'hostilité contre le saint siège, mais il mourut à Florence dès le mois de mars de lan 1058. Peu de temps avant sa mort, les Romains lui avaient pnmiis, sous la foi du serment, de ne point faire d'élection avant le retour d'Ilildebrand (jui était alors archidiacre de l'Eglise romaine et qui était allé en ambassade en Allemagne i^e parti des comtes de Tuscanelle prolila de ce temps pour élever sur le siège pontilical le cardinal Jean, èvèque de Velclri, sous le nom de Benoit X. Pierre Damien et la plupart des cardinaux prolestèrent contre cette élection, mais ils furent obligés de s'enfuir. Ceux-ci préférant de demander de nouveau un pape à l'empereur que de se soumettre à celui qui était redevable de sa dignité à l'élection d'une faction méprisable, envoyèrent en xVllemagne des députés chargés de déclarer au roi Henri qu'ils auraient pour lui la même soumission qu'ils avaient eue pour son père et qu'ils étaient prêts à élire pape celui qu'il jugerait apropos de leur désigner. Hildebrand qui se trouvait alors à Florence, fit élire Gérard de Bourgogne, èvèque de cette ville. Lorsque celui-ci, accompagné du duc Godefroi et d'autres seigneurs italiens, s'approcha de Rome, Benoît dèposii les insignes de la papauté et se retira dans son diocèse de Veletri. Le nouveau pape qui prit le nom de Nicolas II, fut intronisé en 1059. Il dépouilla des ordres sacrés le parjure Jean de Veletri. Les derniers événements ayant prouvé qu'il était urgent de suivre, dans l'élection du Souverain pontife, une règle lixc et uniforme, on décréta dans un concile assemblé à Rome dès l'an 1059 et composé de cent treize évèques, que le pape venant h mourir, les sept évèques-cardinaux traiteraient ensemble les premiers de l'élection ; qu'ils y appelleraient ensuite les clercs-cardinaux, et enfin (pie le reste du clergé et du peuple y donnerait son consenlejnent; qu'on choisirait toujours dans
ip sein de l'Église de Rome même, s'il s'y trouvait un sujet capaltle, sinon dans une autre, saul l'honneur du au roi Henri qui devait être un jour empereur, ainsi qu'à ses successeurs, à qui le saint siège aurait persomiellemcnt accordé le mênie droit. La clause par laquelle on établit que, dans l'élection des papes, le roi ne pouvait exercer son droit de conlirmation qu'en sa qualité d'empereur (et le pape était encore une fois la source de la puissance impériale) , ou qu'en vertu d'une permission particulière qui ne s'accordait que personnellement, était trèsconvenable et très-importante pour la liberté de l'Église. Dans le même concile, on confirma les décrets de Léon contre les prêtres concubinaires et contre la simonie.
Nicolas acheva ce que Léon IX avait commencé à l'égard des Normands. Il donna au comte Robert Guiscard, leur chef victorieux, avec le litre de duc, l'investiture de la Pouille et de la Calabre, et lui confirma d'avance la possession de la Sicile moyennant une redevance annuelle. En revanche, Robert prêta au pape le serment de foi et d'hommage et prit l'engagement de protéger le Siège de Rome, ses possessioîis et la libre élection des papes. Et en effet , une troupe considérable de Normands marcha avec le pape contre Rome et rasa les forteresses de Préneste et de Galéra que les comtes de Tuscanelle avaient aux environs de cette ville , de sorte que l'Église de Rome put enfin espérer d'être délivrée de ces tyrans.
Après la mort de Nicolas II en iOGl, les cardinaux jetèrent les yeux sur Anselme de Radagio, évêque de Luqucs, qui était généralement estimé. Mais un parti puissant qui se composait des comtes de ïuscanelle et de Galéra, de différents dignitaires ecclésiastiques et laïques qui s'opposaient à toute espèce de réforme et parmi lesquels se trouvaient l'audacieux brigand Cencius et l'ambitieux cardinal Hugues, envoya les insignes du patriciat au jeune roi Henri, en le priant de nommer un nouveau pape. De leur côté, les cardinaux et tous ceux qui s'intéressaient à la liberté et h la réforme de l'Église, dépêchèrent un des leurs, le cardinal Etienne, vers l'impéra-
Ty2H iMSTOiRK i)K l'kglise.
trice qui réunit i\ TiMr los «irands tics deux royaumes dans une assemblée mixte. Les évè(|ucs de la Lomhardie qui était alors le loyer de la simonie et du concubinage, se laissant diriger par le chancelier Guibert , se rendirent particulièrement à cette assemblée. « Le pape , disaient-ils , doit être choisi dans le paradis de l'Italie (la Lombardic); il doit être un homme qui ait de la condescendance pour nos faiblesses. » L'impératrice écoutait leurs inspirations, et après qu'elle eut fait attendre le cardinal Etienne pendant cinq jours sans lui donner audience, celui-ci prit le parti de retourner en Italie. Ilildebrand et ceux qui pensaient comme lui, ne voulant point se laisser imposer par un enfant de dix ans et par une femme un pa[M' <hoisi parmi les évéques corrompus de la Lombardie et ayant élu et intronisé solennellement Anselme sous le nom d'^hxandre II, on revêtit à Bale le jeune roi des insignes du patriciat , on cassa les décrets du concile tenu à Rome sous le pontificat de Nicolas au sujet de l'élection des papes et l'on annula l'élection d'Alexandre IL Ensuite, par les intrigues des évéques de Yerceil et de Plaisance, on élut pape Cadaloùs, évéque de Parme, homme riche, mais vicieux, qui avail été autrefois chancelier de Henri III et qui prit le nom d'Honoré IL Ainsi se trouvèrent en présence les deux partis ecclésiastiques de cette époque, dont l'un désirait le rétablissement de l'ancienne discipline dont on s'était beaucoup relâché, et la liberté et l'indépendance de l'Eglise de tout pouvoir temporel arbitraire, l'autre voulait la continuation des abus existants qui satisfaisaient à ses désirs , et les deux papes étaient les représentants de ces partis. Dans cette lutte on eut aussi recours aux armes temporelles; Benzo, évéque d'Albe, précéda Cadaloùs et chercha partout, mais surtout à Rome, à lui procurer des partisans par la persuasion , par les promesses et par la corruption; Cadaloiis lui-même, en marchant contre Rome, battit l'armée d'Alexandre; cependant il n'osa pas se fixer à Rome même, et la crainte d'être surpris par le puissant duc (iodefroi l'eniragea, en 10G2, à retourner dans son diocèse
de Parme. En Allemagne, on abandonna le parti du pape légitime pour suivre celui de son adversaire toutes les fois que la tutelle du jeune roi tomba dans d'autres mains. Dans une assemblée tenue à Augsbourg, Annon, archevêque de Cologne, lit rejeter l'élection de Gadaloiis, et le chancelier Guibert qui était 1 ame du parti de cet antipape comme Hildebrand l'était du parti contraire, y fut déposé. Cependant Adalbert, archevêque de Brème, qui jouit pendant quelque temps des bonnes grâces du roi , se prononça en faveur de Gadaloiis. Pendant qu'à Rome même la lutte continuait toujours, à quelques interruptions près , et qu'on assiégeait Cadaloiis dans le château Saint-Ange qui lui avait été livré par Cencius, Alexandre luimême y convoqua un grand concile ayant pour objet la réforme de l'Église ; il fut reconnu comme pape dans toute la chrétienté, hormis la Lombardie et une partie de l'Allemagne, et il envoya en France en qualité de légat, Pierre Damien avec de grands pouvoirs. L'impératrice Agnès se repentit ellemême d'avoir pris part au schisme et se laissa infliger une pénitence par Alexandre. Sur ces entrefaites, Annon se chargea de nouveau en 1066 du ministère en Allemagne conjointement avec les princes qui lui étaient attachés, et dès lors il fut résolu qu'on assemblerait à Mantoue un concile où l'on se déciderait en faveur de l'un ou de l'autre pape. Annon se rendit lui-même avec une nombreuse suite en Italie, d'abord à Rome, puis il accompagna Alexandre à Mantoue. Alexandre s'y justifia de la conduite qu'il avait tenue lors de son élection , et le duc Godefroi, Réatrix et Annon s'étant prononcés en sa faveur, il fut reconnu comme pape. Dès ce moment, le parti de Cadaloiis qui, pendant la tenue du concile, avait traversé d'un air menaçant les rues de Mantoue à la tête de ses soldats, s'affaiblit de plus en plus, et en 1069, Alexandre eut déjà assez d'autorité pour empêcher le jeune roi d'accomplir le divorce qu'il méditait. H est vrai que les prélats allemands, à l'exception de Sigefroi, archevêque de3Iayence, se conduisirent mieux en cette circonstance que n'avaient fait autrefois en pareil cas les évêques
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de Lotharingie; mais re fut le cardinal Pierre Daniien qui, envoyé au concile de Mayence en qualité de légat du pape, et en y déclarant formellement que le Siège de Rome ne souffrirait jamais que le roi Henri se séparât de son épouse Berthe et que, s'il persistait dans sa résolution, il ne le couronnerait jamais empereur, engagea ce prince non-seulement à renoncer à ce projet, mais aussi à se réconcilier avec la reine. Le dernier acte de la puissance d'Alexandre, dont toute l'importance appartient au pontificat de son successeur qui développa le système de ce pape avec une persévérance étonnante, fut de faire excommunier par un concile les conseillers du roi Henri ((ui trafiquaient des dignités et des fonctions ecclésiastiques ; Alexandre mourut peu de temps après, en 1073.
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Depuis la fondation de V Église jusqu'à la fin des persécutions qu'elle essuya de la part des pàiens. (33-313).