‹ Histoire de l'ÉgliseChapitre 18 sur 27 · HISTOIRE DES PAPES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES PAPES

/. Jusqu'à la mort de Léon III, 810.

l. Monumcnta dominationis Pontificise seu Codex Carolinus, éd. Cenni. Rom. 1700. 2 vol. 4. ((]cl ouvrage contient les Icllrcs que les

TROISIÈME ÉPOQUE. — CHAP. III. i85

papes, depuis Grégoire III jusqu'à Adrien I, adressèrent à Charles Martel, à Pépin, à Carloman et à Charlemagne). Anastasius Biblio— ihecarius, voyez plus haut.

II. Oksi délia origine del dominio e délia sovranità di Rom. Pontefici sopra gli stati loro temporalmentc soggeti, II ediz. da Gaet. Genni. Roma, 1754.

Au commencement de cette époque, l'Eglise romaine se trouva dans une situation très-critique et bien embarrassante; mais les rapports politiques de l'Italie qui avaient fait naître cette situation, n'offraient aucune garantie de stabilité; ils portaient plutôt en eux les germes d'un grand bouleversement , et les papes étaient manifestement destinés et forcés par leur position à jouer, à cette époque de transition , non un rôle purement passif, mais un rôle actif et capable de diriger les événements. Les empereurs grecs qui possédaient encore Rome avec l'Italie méridionale et une partie de l'Italie septentrionale, étaient trop faibles pour protéger ces pays efficacement, mais assez forts pour leur faire beaucoup de mal. Les Lombards poursuivirent, à quelques interruptions près, le plan si naturel à leur position de se soumettre toute l'Italie, mais particulièrement Rome avec le pape , et de cette façon il ne restait plus aux papes et aux Romains que le choix entre la domination des Grecs ou celle des Lombards, qui leur était encore plus odieuse. Les premiers papes de cette époque, Léon II (682-684) et Benoît II ( — 686) , reçurent encore de l'empereur Constantin des marques d'affection et de respect. Ce prince permit de sacrer le pape immédiatement après avoir été élu par le clergé et par le peuple, et sans attendre la confirmation de l'empereur ou de l'exarque de Ravenne; mais il paraît que cette permission fut déjà révoquée par Justinien II. L'élection des papes mêmes donnait souvent lieu à des contestations; car le haut rang politique que les papes occupaient déjà comme chefs effectifs de la République romaine (de sorte que le duc ou l'exarque, nommé par la cour de Constantinople, y avait peu de pouvoir comparativement à eux) , faisait naturellement que

-i8G HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

los Romains préféraient, dans les élections , avoir égard à des considérations politiques, tandis que le cler};é volait en laveur de ceux (fui avaient le plus de titres sous le; rapport ecclésiastique. Après la courte administration de Jean V cl de Conon, Sergius I fut élevé sur le Siège ponlilical en 687. En 69i Juslinien II ayant voulu le Hiire mener en captivité à Constantinople , parce qu'il avait improuvé les canons du concile m TruUo, il fut délivré par les soldats de Ravenne et de la Pcntapole. L'exarque Jean échoua également dans la tentative qu'il fit de chasser Sergius du Siège pontifical et d'y élever l'archidiacre Paschal, parce que le peuple prit chaudement la défense de son évéque. Sous le pontilicat de Jean VI (701-705), rien que le soupçon que l'exarque méditait qutîlque entreprise préjudiciable au pape, paraît avoir allumé une sédition que les représentations du pape furent seules capables d'éteindre. Il est à remarquer que les sept papes qui se succédèrent alors immédiatement, nommément après Conon , Sergius et Jean YI , Jean MI (705-707), Sisinnius (708) et Constantin (708-715) aussi étaient Grecs ou Syriens de nation , ce que l'on doit sans doute attribuer ou au manque de prêtres romains assez versés dans la théologie pour remplir des fonctions aussi éminentes, ou à l'influence de la cour de Constantinople sur les élections des papes; dans tous les cas, il paraît qu'à cette époque une foule de savants Grecs habitaient Rome et qu'une partie du clergé romain se composait de Grecs dont le nombre augmenta encore considérablement par suite des persécutions des empereurs iconoclastes. Constantin ayant été invité par l'empereur Justinien à se rendre à Constantinople, probablement h cause du concile in TruUo dont le siège de Rome avait rejeté en partie les canons, fut reçu avec respect et avec magnilicence à Nicomédie, L'empereur, la couronne sur la tête, se prosterna devant lui, reçut la conununion de ses mains et confirma toutes les imnmnités de l'Église romaine.

Grégoire // (715-731), romain de nation, était un pape distingué, qui méril(; d'être mis en parallèle avec son grand

prédécesseur du même nom. C'est lui qui le premier vit éclater l'orage qui d'un côté menaçait Rome depuis longtemps. La tentative de l'empereur Léon de faire exécuter aussi en Italie ses edits contre le culte des images, jointe à l'établissement d'une nouvelle capitation , causa un soulèvement. Le. duc qui représentait l'empereur à Rome et qui, par son ordre, avait ourdi une conspiration contre la vie de Grégoire, fut chassé de la ville; l'exarque Paul qui marcha sur Rome dut se retirer devant les Romains et les Toscans en armes, et le pape fut obligé de se charger de toute l'administration civile de Rome. Les Italiens voulurent élire un nouvel empereur, mais il les en empêcha. Rome, la Pentapole (c'est-à-dire la confédération des cinq villes de Pésaro, de Rimini, de Fano, d'Umana et d'Ancône), Venise et Ravenne se soulevèrent à la faveur de l'assistance des Lombards et du patronage du pape et se choisirent des ducs; mais les Lombards étaient des alliés peu sûrs et des protecteurs dangereux. En effet, peu de temps après, Luitprand, leur roi, se présenta devant Rome, à la tête d'une armée , comme allié de l'exarque grec ; cependant le pape, dans une conférence qu'il eut avec lui, réussit à le faire consentir à la paix , et par sa médiation , elle se conclut aussi avec l'exarque.

Grégoire III (731-741), syrien de nation, se vit, sous le rapport spirituel, impliqué contre les Iconoclastes et sous le rapport politique, contre les Lombards dans la même lutte que son prédécesseur. Les légats qu'il envoya à Constantinople, y furent maltraités. Luitprand prenant pour prétexte le refus du pape de lui livrer Guidon, duc de Spolète, qui s'était réfugié à Rome, s'empara de quatre villes du duché de Rome et ravagea les terres du patrimoine de saint-Pierre. Il était évident que les choses n'en resteraient pas là; il ne l'était pas moins que Rome, menacée aussi du côté de l'Orient, succomberait sous les efforts de la puissante monarchie des Lombards, lorsque Grégoire s'adressa au victorieux Charles Martel, le puissant chef des Francs, en lui envoyant les clefs du tombeau

Î88 HISTOIRE DE l'Église.

de saiiU-Picrro cl en le conjurant de venir au secours de l'église de saint Pierre à laquelle les Lombards avaient enlevé les vases sacrés et les offrandes, Charles envoya à Rome des amhassadeurs, mais aucun secours effectif. Le syrien Zarharie 741-752), successeur de Grégoire, fut obligé de sacrilier le duc de Spolète, et à la suite d'une conférence qu'il eut avec Luilprand, on lui restitua les quatre villes elles terres du patrimoine de l'Église de Rome dont on s'était emparé, et on lui accorda la paix ou un armistice de vingt ans. A celte époque , Luilprand était le prince le plus puissant de toute l'Italie; le pape occupait le premier rang après lui; tous ceux qui étaient dans l'oppression, avaient ordinairement recours à lui; mais sa puissance n'était point basée sur la force des armes, mais sur l'éclat de sa dignité, sur les territoires considérables que l'Église romaine possédait dans toutes les parties de l'Italie et sur son extrême désintéressement. L'exarque de Ravenne n'avait que peu de pouvoir, et l'autorité de l'empereur était réduite à un simple titre. Quatre fois Zacharie sut par la force de son éloquence persuasive désarmer les rois des Lombards et les porter à épargner les provinces de l'Italie qu'ils menaçaient d'envahir. Une telle influence dénote l'esprit religieux de l'époque — d'une époque à laquelle les rois et les princes recevaient souvent l'habit de religieux des mains du pape. C'est ainsi qu'Ina, roi de Wessex, se rendit en 728 à Rome où il mourut après avoir mené une vie ascétique et s'être nourri du travail de ses mains; Unald, roi d'Aquitaine, l'y suivit en 745; en 747, Carloman, duc d'Austrasie et frère de Pépin, fut ordonné moine par le pape; en 750, Rachis, roi des Lombards, lit le même pas avec son épouse et sa lille, et bientôt après, Anselme, duc de Frioul, embrassa aussi l'état monasti([ue. Peu de temps avant sa mort, Zacharie, en ratifiant le changement de dynastie (pion avait décrété dans le royaume des Francs , lit un acte d'une haute importance sous le rapport ecclésiastique et politique; Burcard, évêque de Wurzbourg et le chapelain Fulrade y apportèrent la ratification

TROISIÈME ÉPOQUE. — CHAP. Ill, 489

du pape, dans laquelle il était dit que celui qui exerçait le pouvoir royal, devait aussi être roi. C'est ainsi que par le choix de la nation, par l'autorité du Siège apostolique, par le sacre des évéques et par la soumission des grands du royaume , Pépin fut élevé sur le pavois à Soissons le 1" mars 752, et Ghilpéric II, dernier et faible rejeton de la race Mérovingienne, termina ses jours dans un couvent.

Sous le pontificat d'Etienne II (752-757) , Aistulfe, roi des Lombards, en s'emparant de l'Exarchat, y compris la ville de Ravenne et la Penlapole, anéantit l'empire des Grecs dans la haute Italie. Il s'avança ensuite vers Rome, et après avoir violé, au bout de quatre mois, une paix qu'on avait conclue avec le pape pour l'espace de quarante ans , il imposa aux Romains une capitation, comme s'il eût déjà été réellement maître de Rome. En vain le pape avait demandé du secours à Constantinople; en vain il avait entamé des négociations avec Aistulfe àPavie, lorsqu'il accepta l'invitation des ambassadeurs francs de se rendre en France, et Aistulfe fut obligé de le laisser partir. Dans l'abbaye de saint Denys, Etienne sacra en 75 i, pour la seconde fois. Pépin et ses fils Charles et Carloman et lui accorda ainsi qu'à ses successeurs , le titre de patrice romain. Les empereurs, en donnant ce titre aux exarques, y attachaient ordinairement l'exercice du pouvoir impérial en Italie; le pape paraît l'avoir conféré en sa qualité d'évêque de Rome et de chef de la République romaine, et y avoir attaché particulièrement l'idée de protecteur de l'Église de Rome. Pépin, accompagné du pape, passa en 754 en Italie, et Aistulphe, renfermé dans Pavie, promit de ne plus inquiéter Rome et de rendre les villes dont il s'était emparé en dernier lieu. Violant ses engagements, il recommença la guerre en 755, et molesta Rome en faisant d'affreux ravages dans ses environs; mais Pépin que le pape avait de nouveau appelé à son secours, le contraignit de rendre à l'Église romaine les terres qu'il avait usurpées. Dès lors le roi des Francs donna à perpétuité à saint-Pierre, à l'Église ro-

iOO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

luainc et à ses évoques, ou, comme il est dit dans une lettre du pape, à saint-Pierre, à l'Éfflise et à la République romaine, c'est-à-dire aux papes qui depuis longlenips étaient les chefs effectifs de la République romaine, l'Exarchat qui comprenait les villes de Ravenne, de Rimini, de Pésaro, de Fano, de Césène, de Sinigaglia, de 1-orlinpopoli, de Forli, de Jési, de Comacchio et de Narin. La ville de Rome n'ayant pas été prise par les Lombards, ne pouvait naturellement pas être comprise dans cette donation ; mais le pape y est déjà regardé comme le souverain de Rome, et Pépin exhorta les Romains à lui obéir et ceux-ci promirent aussi de le faire. Pépin répondit aux ambassadeurs grecs qui lui demandaient de rendre l'Exarchat à l'empereur, qu'il avait entrepris cette guerre, non pour plaire à qui que ce fût, mais uniquement par respect pour saint-Pierre; toutefois l'établissement de l'Etat de l'Eglise en Italie fut tout autant l'ouvrage et le résultat des besoins de cette époque et des relations politiques de l'Italie. Le territoire de Rome, délivré de la domination des Lombards, ne pouvait plus subir le joug des Grecs qui, du reste, n'auraient pas pu s'y maintenir longtemps, encore moins sous un persécuteur de l'Église, tel que Constantin Copronyme. Depuis Grégoire le Grand , les papes seuls avaient empêché l'Italie de devenir la proie des Lombards; ils étaient les protecteurs naturels de la population de Rome contre tous les étrangers qui cherchaient à s'y établir contre le droit; sans doute que la donation de Pépin était entièrement conforme aux désirs de ceux qui y étaient compris, et la souveraineté effective des papes s'étendait déjà si loin dans ces contrées que plusieurs écrivains contemporains regardent cette donation connue une restitution. La situation de l'Italie exigeait absolument l'établissement d'une nouvelle puissance purement italienne, et à cette époque les éléments de cette puissance ne se trouvaient nulle part si ce n'est dans Rome et dans les papes. Dès lors les papes, comme souverains italiens, eurent les mêmes droits et contractèrent les mêmes obligations que les autres souverains

temporels, et qui découlent de la nécessité d'affermir et de conserver leur souveraineté au dedans et au dehors.

Sous le pontificat de Paul I [loi -161), frère du pape précédent, de nouvelles contestations s'élevèrent avec les Lombards, ceuv-ci n'ayant livré que quelques-unes des sept villes de la Pentapole et d'yEmilia qu'ils avaient promis de remettre, gardant toujours Imola , Bologne , Osima et Ancône et commettant différents actes d'hostilité contre l'Etat de l'Église. Des ambassadeurs francs se rendirent en Italie pour terminer le différend; la correspondance entre Paul et Pépin montre que le pape était véritablement souverain de Home, mais qu'il consultait le patrice Pépin dans toutes les affaires d'une haute importance. Pendant la dernière maladie de Paul , un laïque nommé Constantin fut élevé sur le Siège pontifical par son frère, le duc ïoton, qui employa à cet effet la force des armes , et il s'y maintint pendant un an. Le primicier Christophe et son fils Sergius le chassèrent de l'Église de Rome en 768. Un certain parti voulut ensuite mettre la tiare sur la tête du moine Philippe, mais celui-ci rentra bientôt dans l'obscurité du cloître. Enfin Etienne III (IV), prêtre et moine sicilien, fut élu pape par le clergé et par le peuple. En 769, il tint au Latran un nombreux concile auquel assistèrent aussi douze évéques francs et dans lequel on ordonna que désormais aucun laïque ne serait élevé immédiatement à la dignité pontificale. La ville de Rome était alors partagée en deux factions dont l'une était dévouée aux Francs et l'autre aux Lombards. Le roi Didier lui-même marcha au secours de cette dernière à la tète d'une armée, et il paraît que le pape suivit pendant quelque temps l'impulsion de cette faction et que c'est sous son inHuence qu'il adressa à Charles un rapport dans lequel il appelle Didier son fils chéri et assure que le roi a payé toutes les indemnités et fait toutes les restitutions (justitias B. Petri) que l'Église romaine avait à réclamer. Christophe et Sergius d'une part, et Paul Axiarlas, chef de la faction des Lombards, de l'autre, sont les premiers membres de celle longue série

do puissants ciloyons romains qui, dos ce niomonl et pendant des siècles, tantôt troul)l(Tent les papes dans l'evereiee de leur pouvoir temporel , tantôt cherchèrent même à s'emparer du Siège pontifical et à y élever leurs créatures ou leurs parents. On ignore si la lettre dans laquelle le pape prémunissait les deux rois francs Charles et Carloman contre l'union avec des princesses lomhardes que leur mère avait projetée et qu'ils ne pouvaient contracter qu'en répudiant leurs épouses légitimes, a été écrite avant ou après le rapport dont nous venons de parler. Quoiqu'il en soit , Charles épousa la fille du roi Didier, mais il la répudia bientôt après pour en épouser une autre, et l'on doit dire que la facilité avec laquelle ce prince violait en général la foi conjugale imprime sur sa vie une tache ineffaçable. Tout au commencement du pontificat d'Adrien /(772- 795) , les Lombards recommencèrent à attaquer l'Exarchat; Didier s'empara de plusieurs villes de ce pays , voulut contraindre le pape à couronner les fils de Carloman , ce qui aurait brouillé Adrien avec Charles , et le menaça de marcher sur Rome, en cas de refus. Le pape, à l'exemple de ses prédécesseurs , implora le secours du roi et patrice Charles , qui voyant que Didier ne voulait pas remplir les engagements qu'il avait dabord contractés de restituer tout ce qu'il avait usurpé, passa en 773 en Italie , et après avoir battu les Lombards , il confirma la donation de son père à Rome où il n'avait fait son entrée qu'après en avoir demandé la permission au pape. Au rapport d'Anastase , il ajouta à cette donation un grand nombre de provinces de l'Italie septentrionale et méridionale y compris l'île de Corse, les duchés de Spolète et de Rénévent. Mais le pape, outre l'Exarchat, le duché de Rome et celui de Spolète, n'ayant pas réellement possédé d'autres villes dans la suite, il paraît qu'à cette occasion Charles promit plus qu'il ne donna lors(jue les circonstances et ses projets vinrent à changer ; car après avoir fait prisonnier le roi Didier, il réunit le royaume des Lombards à la monanhie franque et prit désormais le titre de roi des Francs et des Lombards et de patrice

des Romains. Adrien reçut encore deux fois Cliarleniagne à Rome, d'abord en l'an 781, où le pape couronna ses deux fds, le jeune Pépin et Louis, le premier roi des Lombards, et le second roi d'Aquitaine ; ensuite en l'an 787, où Charles, après avoir soumis les Bénéventins , augmenta à Rome le patrimoine de saint Pierre de quelques villes enlevées au duc de Bénévent, ainsi que de six villes de la Toscane.

A Adrien succéda Léon III (795-816) que les Romains élurent pape d'une voix unanime. Il s'empressa de reconnaître le roi Charles comme patrice ou comme protecteur de l'Église romaine en lui envoyant les clefs de saint-Pierre (espèce de relique que les papes avaient fait faire en or mêlé avec la poussière du fer des chaînes de cet apôtre ) , et une bannière , et il le pria de charger un plénipotentiaire de faire prêter aux Romains le serment de fidélité. On ignore si c'est au pape ou au roi en sa qualité de patrice , qu'il fallait prêter ce serment. En 799, Léon fut attaqué, blessé dangereusement et jeté dans une prison par des gens armés qu'avaient instigués Paschal et Champel, neveux d'Adrien I; cependant il parvint à se sauver à Spolèle et alla implorer l'assistance du roi Charles qui se trouvait alors dans son camp près de Paderborn. Ce prince le reçut avec honneur, et il est possible que, dès ce moment, il se soit concerté avec lui sur son futur couronnement comme empereur. Léon , accompagné de plusieurs évéques et comtes francs , retourna ensuite à Rome , et les coupables furent envoyés en France. Charles se rendit lui-même à Rome au mois de novembre de l'an 800, et les ennemis du pape ayant intenté de graves accusations contre lui, et les évéques réunis en concile ayant déclaré qu'il ne leur appartenait pas de juger la conduite du Siège apostolique , le pape prêta de son propre mouvement le serment de purgation canonique. Le jour de Noël suivant, pendant que Charles était prosterné devant l'autel de saint-Pierre, le pape le couronna empereur des Romains aux acclamations de tout le peuple, et le sacra conjointement avec son fils Pépin. De cette sorte , l'Empire romain

d'Occident fut rctal)li après une interruption de 325 ans et il ne passa pt)int des Grecs aux Francs, car les empereurs de Constanlino[)le continuèrent toujours à être reconnus comme tels par les papes et par les empereurs d'Occident. Mais l'em- ])ire de Constantinople qui devenait souvent la proie du premier a^enturier venu ou de ([U('l«[ue soldat larouche, et qui, jusqu'alors, avait plutôt maltraité et opprimé que protégé l'Eglise, ne pouvait plus en effet prétendre à la possession de l'Occident; aussi les Grecs avaient-ils traité les provinces de l'Italie , non comme les autres provinces de leur empire , mais en véritable pays conquis. Incapables de s'y maintenir et de les défendre contre les attaques des Lombards, ils avaient perdu leurs droits sur ces provinces. Quant à Rome et au ducbé de Rome , la souveraineté du pape s'y était consolidée déjà pendant le huitième siècle , et les papes n'avaient plus reconnu l'autorité des empereurs grecs qu'en faisant mettre leurs noms et l'année de leur règne dans les actes publics et frapper de la monnaie à leur coin, ce que les rois francs avaient aussi fait autrefois. Dès lors Charles devait être au-dessus de tous les rois et princes de l'Occident, et son autorité ne devait plus être subordonné-e à celle de l'empereur de Constantinople , mais être de niveau avec elle. Lui qui jusqu'alors avait été, en sa qualité de patrice, le protecteur de l'Eglise romaine, devait être désormais, comme empereur, tout à la fois son prolecteur et son avocat, et comme cette Eglise était destinée à répandre sa salutaire influence sur tous les peuples de la terre , non-seulement à son autorité se rattachait l'idée d'une prééminence sur tous les princes, mais aussi celle d'une domination universelle \imperium mundi) , au moyen de la(juelle il devait chercher à propager la Foi parmi les peuples qui étaient encore plongés dans les ténèbres du Paganisme et travailler en général au bicn-étre et à la conservation de l'Église. Sa souveraineté s'étendait naturellement aussi sur l'État de l'Église, mais sans préjudice de celle du pape ; le pape resta ce qu'il était , maître de Rome et du duché de ce nom et souverain de l'Exarchat. Cependant les

TROISIÈaiE ÉPOQUE. — CHAP. III. 495

derniers événements avaient suflisamnient prouvé qu'au milieu du bouleversement de ces contrées et de la lutte perpétuelle qui existait entre de puissantes factions, l'autorité temporelle des papes, abandonnée à elle-même , était incapable de se maintenir et que leur sécurité personnelle avait plutôt besoin de l'appui d'un puissant protecteur. C'est cette circonstance qui donna lieu au palriciat, et si, en qualité de patrice, Charles jouissait déjà à Rome et dans le territoire romain de la prérogative de protecteur et de la juridiction qui y était attachée, par suite de son couronnement il y ajouta aussi la souveraineté, en vertu de laquelle Rome fit, dès ce moment, partie de son empire. Mais le pape ne devint en aucune façon sujet de l'empereur, et quoique les Romains fussent obligés de lui prêter serment de fidélité, afin de le mettre à même d'exercer ses droits et sa juridiction de protecteur, ils ne le faisaient que sous la réserve formelle de la soumission qu'ils devaient au pape en sa qualité de souverain. On ne peut pas non plus admettre à priori que le pape, libre et indépendant jusqu'alors, ait voulu, en rétablissant de son propre mouvement la dignité impériale, s'imposer à lui-même et à ses successeurs un maître et un dominateur. Toutefois l'un et l'autre, le pape comme l'empereur, se trouvèrent depuis lors dans des rapports d'une dépendance réciproque; ils se prêtèrent mutuellement serment de fidélité, c'est-à-dire de soumission et de respect ; l'empereur ne fut revêtu de sa dignité qu'au moyen du couronnement et du sacre du pape ; le pape, de son côté, eut besoin de la protection de l'empereur comme il avait eu besoin autrefois de celle du patrice ; comme souverain temporel , il fut sous l'influence de l'autorité suprême de l'empereur et ne put parvenir à la dignité de souverain pontife qu'avec le consentement et l'approbation de l'empereur. Le pape Léon exerça lui-même tout au commencement de l'avènement de l'empereur Louis, successeur de CJiarlemagne , les droits de souveraineté, en faisant mettre à mort les auteurs d'une conspiration contre sa vie. Louis qui pouvait regarder cette conrlamnation comme

une infraction à sa jiiridiclion de proleclcur, envoya h ce sujet son neveu liernard , roi d'Italie, à Rome, mais les légats du pape qui, sur ces entrefaites, étaient venus le trouver, le tranquillisèrent à cet égard en lui exposant le véritable étal des choses.

//. Jusqu'à la mort de Sylvestre II, 1003.

Anastase, Thégan, Nithard, Pascuasii Radberti vila S. Adalhardi, in Bolland. ad 2 januar. Guilielmi vita Hadriani II et Stephani VI, dans Anastase. Les Annales de Fulde et de saint-Bertin.; Réginon. Flodoardi liber de Romanis Pontificibus [depuis 715 jus— quen 935), in Muratori scriptor. R. I. tom. III. p. II. Lcitprand. Herman.nus Co.ntractls. — Hi.ncmarl's de divortio Lotharii regis, opp. éd. Sirmond. 1, 557. — Auxilii liber super negotio Formosi, éd. Mabillon Analecta. Ejusd. libri II de ordinationibus a Forraoso faetis, éd. Bibl. max. P. P. t. XVII.

Etienne IV fut sacré au mois de juin de l'an 816. Ce pape n'occupa le siège pontifical que l'espace de sept mois. Menacé par les factions qui déchiraient Rome , il obligea aussitôt les Romains à prêter serment de fidélité à l'empereur. Il se rendit ensuite en France, où Louis le reçut avec tous les honneurs dus à son rang. Il se prosterna trois fois devant lui et se fit couronner empereur par lui à Reims, bien que dès l'an 813 il fût désigné par son père pour être son successeur et qu'il eût placé la couronne im[)érialc sur sa tète à la diète d'Ai\-la- Chapelle. Paschal I (817-824) fut sacré immédiatement après son élection, sans que, conformément au décret synodal de son prédécesseur, on eût attendu l'arrivée et la participation des commissaires de l'empereur. En conséquence, le pape fit faire à l'empereur ses excuses de ce qu'il avait ainsi méconnu son autorité, et celui-ci confirma les donations faites à l'Église romaine par Pépin et par Charlemagne. On peut d'autant plus douter de l'authenticité du diplôme qui existe encore

SOUS le nom de Louis le Débonnaire qu'outre la Sardaif^ne on comprend aussi dans cet acte de donation la Basse Italie et la Sicile qui appartenaient encore aux Grecs. Lothaire I , fils de Louis, que son père avait nommé co-régent en 817, se fit couronner empereur par le pape à Rome en 823. Deux des principaux Romains ayant ensuite été mis à mort sous prétexte d'être partisans de Lothaire, l'empereur envoya deux commissaires à Rome pour examiner cette affaire ; le pape conjointement avec trente-quatre évéques aflirma sous la foi du serment que ce meurtre avait été commis à son insu ; toutefois il prit les meurtriers sous sa protection, parce que ceux qui étaient tombés sous leurs coups s'étaient rendus à son égard coupables du crime de lèse-majesté, et l'empereur se contenta de cette explication. Eugène II (824-827), après que son élection eut été vivement contestée entre le peuple d'une part, et la noblesse et le clergé de l'autre, fut élevé sur le siège pontifical par la prépondérance de ce dernier parti. Les désordres que , dans ces derniers temps, la lutte continuelle des partis avait occasionnés à Rome, engagèrent Louis à y envoyer son fils, l'empereur Lothaire. De concert avec le pape, Lothaire obligea ceux qui avaient acquis des biens injustement confisqués à les restituer à leurs propriétaires légitimes; ensuite le peuple et le clergé prêtèrent aux deux empereurs be serment de fidélité, sauf la foi qu'ils avaient jurée au pape, et promirent de ne point consentir que le pape élu fût consacré avant qu'il ne fît, en présence d'un commissaire de l'empereur et du peuple, un serment pareil à celui que le pape Eugène avait prêté de son propre gré et qui consistait à rendre à l'empereur les honneurs qui lui étaient dus en sa qualité de protecteur de l'Église. La constitution qu'établit en même temps Lothaire fait voir clairement le rapport qui existait entre l'autorité de l'empereur et celle dont le pape jouissait à Rome : il y était défendu sous peine de mort de léser les personnes que l'empereur ou le pape prenait particulièrement sous leur protection ; il y était ordonné à tous les habitants d'obéir au pape , aux

i98 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

ducs et aux juj^cs qu'il nommait; chaque année des commissaires nommés en commun par le pape et par l'empereur devaient faire à ce dernier un rapport sur l'administration de la justice et sur la manière dont on observait celte constitution; les plaintes qu'on formait contre les ducs et contre les juges devaient être portées au pape, afin que, par l'entremise de ses nonces, il les destituât sur-le-champ ou qu'il les dénonçât k l'empereur; tous les biens enlevés au saint Siège devaient être restitués, et tous les ducs et tous les juges comparaître devant l'empereur à Rome, aiin qu'il apprît à connaître leurs noms et leur nombre et qu'il fût à même de les engager à remplir leurs devoirs ; enfin on y recommandait fortement à tout le monde d'obéir au pape en toutes choses. Le pape exerçait donc une souveraineté réelle à Rome et dans l'Etat de l'Église, et l'empereur, en sa qualité de protecteur de l'Eglise romaine, y jouissait d'une juridiction qui , à une époque où Rome était en proie aux factions et aux désordres qui en sont la suite, servait de soutien au pape même qui, sans cela, eut été facilement entraîné par l'un ou l'autre parti.

A Valentin , qui n'occupa le siège pontifical que fort peu de temps, succéda Grégoire IV (827-844). Comme, d'après l'ordre établi, il fallait, avant de consacrer le nouveau pape, attendre l'arrivée du commissaire de l'empereur, Grégoire, de même que Valentin, fut intronisé avant d'être consacré. Ce pape se vit impliqué dans la malheureuse querelle entre Louis le Débonnaire et ses lils, et dut contribuer malgré lui à son issue ignominieuse. Louis sentant son impuissance de gouverner seul son immense empire, l'avait partagé dès l'an 817, entre ses Ills du premier lit, de sorte qu'il avait associé Lothaire à l'empire et nommé Pépin roi d'Aquitaine et Louis roi de Bavière. L'élévation de Lothaire engagea Bernard, neveu de Louis le Débonnaire et roi d'Italie, à se révolter, mais cette lémèrilé lui coûta la vie en 818. Cependant ses propres lils se révoltèrent en 829 contre lui, après que, gouverné par Judith sa seconde femme, il cul fait sacrer Charles (appelé plus tard

Charles le Chauve) qui venait de naître, roi de Souabe, de Rhétie et d'une partie de la Bourgogne et qu'il eut donné trop de pouvoir à Bernard , comte de Barcelone , qui avait des relations intimes avec Judith. Une sédition, dirigée par Lolhairc et par Pépin eut pour résultat que l'empereur tomba en 829 entre leurs mains ; toutefois il fut rétabli à la diète de Nimègue en 831 par suite d'une réaction qui s'était opérée dans les dispositions de la nation. Cependant Louis n'écoutant que les inspirations d'une femme fort inirigante et ne songeant qu'à combler de plus en plus son fils Charles de faveurs, donna lieu à une nouvelle révolte. Dès lors les trois fds du premier lit se liguèrent et marchèrent contre leur père; des prélats très-influents, Agobard de Lyon , les abbés Wala et Hélisachar et Ebbon de Reims lui-même qui jadis avait eu tant d'attachement pour l'empereur, approuvèrent et appuyèrent leur entreprise. Grégoire IV crut que sa prérogative et son devoir lui commandaient de s'interposer comme médiateur et comme pacificateur dans une lutte également funeste à l'État et à l'Église. Le vieil empereur voulait ôter la couronne impériale à Lothaire que le saint Siège avait couronné empereur d'après le désir de Louis le Débonnaire , et qui jusqu'alors avait administré l'Italie en qualité d'empereur ; c'est ce qui engagea le pape , qui ne pouvait point y donner son consentement, à embrasser plutôt le parti de Lothaire que celui de son père; d'un autre côté, le pape s'étant rendu en AUemage à la suite de Lothaire, se lit encore soupçonner davantage de lui être attaché. Avant son arrivée le bruit courait qu'il voulait excommunier ceux d'entre les évéques qui étaient encore fidèles à Louis et qui refusaient de se soumettre à ses trois (ils; c'est ce qui excita ces évéques à dire que s'il venait pour les excommunier, il s'en retournerait lui-môme excommunié. Les deux armées étant sur le point d'en venir aux mains près de Colmar, le pape quitta l'armée des alliés pour se rendre auprès de l'empereur et pour traiter avec lui de la paix; mais, sur ces entrefaites, la plupart des partisans de Louis se laissèrent gagner par

les arlifices de ses fils. Grégoire qui , quelques jours après , retourna dans leur cainj), pour leur communiquer le résultat de la conférence qu'il avait eue avec Louis, y fut retenu, et le bruit qui se répandit que le pape ne retournerait plus au camp de l'empereur, fut le signal d'une défection presque générale qui força le vieux et faible empereur à se soumettre à ses fils. Grégoire dut s'en retourner à Rome avec de vifs regrets d'avoir prêté la main à une action aussi infâme, sans avoir tranché le nœud de la dilïicullé. Cependant Louis fut renfermé, par ordre de son (ils Lothaire , dans le monastère de Saint-3Iédard de Soissons et ensuite déposé à la diète de Compiègne. Afin de l'exclure pour toujours des fonctions civiles et militaires, Ebbon, archevêque de Reims , lui conseilla de se soumettre à la pénitence publique et de s'avouer publiquement coupable de tous les péchés qu'il avait commis. 3Iais l'indignation générale que fit éclater en cette circonstance l'abus de la religion et la manière indigne dont on traita le vieil empereur firent que Louis et Pépin armèrent contre Lothaire. Louis fut solennellement rétabli ; Ebbon de Reims renonça à sa dignité d'archevêque et Agobard de Lyon fut déposé de l'épiscopat.

Sergius II (844-847) fut consacré immédiatement après son élection à l'insu de l'empereur Lothaire et dans l'absence du commissaire impérial, probablement parce qu'un diacre nommé Jean avait cherché à s'emparer de vive force du siège pontifical. Lothaire en fut tellement indigné qu'il envoya à Rome son fils Louis à la tête d'une armée qui ravagea les terres de l'Église comme un pays ennemi. Le pape reçut le roi sur les degrés de l'église de saint-Pierre et ne lui fit ouvrir les portes qu'après qu'il eut donné l'assurance qu'il n'avait aucune intention hostile. Ensuite il le proclama roi des Lombards , mais il s'opposa énergiqucment à ce que les principaux de la ville prêtassent au roi le serment de fidélité, prétendant (|uc cette prérogative appartenait à l'empereur seul. Léon IV (847-855) fut consacré dans des circonstances difliciles, puisque Rome même était menacée de la part des Sarrasins , et c'est pour cette raison qu'on n'at-

lendit pas le consentement de l'empereur ; toutefois on protesta qu'on ne prétendait point déroger à la lidélilé qui lui était due. L'empereur Lothairc lui envoya en 850 son fils Louis 11 pour recevoir de ses mains la couronne impériale. En Tan 853, Alfred, fils d'Étli(;lwolf, roi d'Angleterre, se rendit aussi à Rome où le pape le sacra roi et l'adopta en même temps comme lils. Une opinion fabuleuse place entre Léon IV et son successeur immédiat Benoît, le pontificat prétendu de la papesse Jeanne dont aucun auteur ne fait mention depuis le neuvième jusqu'au onzième siècle. Cette fable a été insérée pour la première fois, dans le treizième ou quatorzième siècle, dans les chroniques de Marianus Scotus et de Martinus Polonus; elle n'a aucun fondement historique et on ne l'invoque plus guère que comme un paradoxe.

Après la mort de Léon, Benoît III (855-858) fut élu pape d'un consentement unanime. L^ne faction dont Arsène, évéquc du Gubbio , était l'âme et qui était soutenue par les députés de l'empereur, se prononça en faveur du cardinal-prêtre Anastase que Léon avait déposé dans un concile ; mais la fermeté avec laquelle les évêques, le clergé et le peuple persistèrent à ne vouloir reconnaître d'autre pape que Benoît, obligea enfin les députés de l'empereur de sacrifier Anastase, et de cette sorte Benoît fut consacré solennellement en leur présence. Après lui, Nicolas 7(858-867) fut élu, sacré et couronné (pour la première fois) en présence de l'empereur Louis IL Étant allé peu de temps après rendre visite à l'empereur dans son camp près de Rome, celui-ci tint la bride de son cheval l'espace d'un trait d'arc. Il occupa le siège pontifical dans des conjonctures bien critiques et eut à soutenir une lutte opiniâtre contre la corruption des grands et contre la vénalité des prélats — lutte dans laquelle il triompha et qui servit à étendre sa puissance. Le puissant empire des Francs avait perdu son ancienne splendeur; les indignes descendants de Charlemagne s'étaient brouillés au sujet du partage de ses états; la bataille de Fontenai en 841 avait détruit le prestige de l'autorité impériale; elle avait

502 HISTOIRK DK l'kGLISE.

rompu l'unité do l'onipire dont cette autorité était le soutien et le représentant, et moissonné la fleur de la noblesse franque; et par le traité de Verdun de 813 on substitua à l'ancienne monarchie quatre royaumes indépendants, à savoir l'Aquitaine sous Pépin, la Neustrie sous Charles le Chauve, l'Allemagne sous Louis et l'Italie avec la Bourgogne et la Provence sous Loliiaire. Peu de temps avant sa mort, en 855, Lolhaire avail de nouveau partagé ses étals entre ses trois Ills, de sorte (jue Louis II avait obtenu Tllalie, Loliiaire II le pays qui de lui reçut le nom de Lotharingie ou Lorraine et qui s'étendait entre le Rhin , l'Escaut et la Meuse, et Charles la Provence. Le faible et voluptueux Lolhaire voulut quitter sa femme Thielberge pour épouser Valdrade; il l'accusa en conséquence d'avoir commis avant son mariage un inceste avec son frère le chîrc Hubert; mais un de ses serviteurs ayant soutenu pour elle l'épreuve de l'eau bouillante, elle fut déclarée innocente. Cependant peu de temps après Lothaire essaya de nouveau de lui fiiire avouer son crime ; Thielberge succomba enfin sous les efforts de son adversaire et s'avoua coupable en 8G0 dans un concile composé de plusieurs évé([ues entièrement dévoués au roi. Elle fut obligée de renouveler cet aveu dans une diète tenue à Aix-la-Chapelle et condamnée ensuite à faire une pénitence publique. Mais Thielberge s'était déjà antérieurement adressée au pape pour le prier de ne point ajouter foi à un aveu qu'on lui avait extorqué, llincmar, archevêque de Reims, entreprit de défendre Thielberge dans un ouvrage particulier dans lequel il disait en même temps que, dans une pareille malière, on était obligé d'attendre la décision du Siège aposl()li(iue, et le pape répondit lui-même à Adon, archevêque de Vienne, qui l'avait consulté sur cet objet, en lui disant qu'on ne pouvait point répudier une femme pour un délit qu'elle avait conunis avant son mariage. In second concile qui se tint à Aix-la-Chapelle en 8(")2 el auquel assistèrent Gonlliier, archevêque de Cologne el Thielgaud, archevêque de Trêves avec les évêques de Metz, de Verdun, de Toul, de Tongres, d'L trecht

et (le Strasbourg, tous instruments serviles de la volonté du roi, permit à Lolhaire d'épouser Yaklrade. Sur ces entrefaites, ïhietiierge qui avait trouvé un asile dans les états de Ciiarles le Chauve, avait imploré la protection du pape en protestant de son innocence, et Charles lui-même engagea son neveu de soumettre son divorce au jugement du pape et des évoques. Nicolas, à qui Lothaire lui-même demanda avec un zèle hypocrite des légats pour la tenue d'un nouveau concile, désigna à cet effet la ville de Metz où devaient se réunir, outre les prélats de la Lorraine, plusieurs évéques de la Provence, de la Neustrie et de l'Allemagne. Mais, ayant appris que Lolhaire avait prévenu la décision du concile et qu'il avait efl'ectivemcnt épousé A^aldrade, il exhorta dans une lettre circulaire, les évéques de France et d'Allemagne à prononcer conjointement avec ses légats à Metz une sentence canonique contre Lothaire qu'il menaçait de l'excommunication. Cependant les légats du pape se laissèrent séduire par Lothaire, et le concile de Metz finit en 803 par justifier le roi, en faisant entendre que Yaldrade avait reçu sa foi avant Thietherge, et par charger Gonthier et Thietgaud de se rendre à Rome pour soumettre au pape les motifs de cette décision. Nicolas qui avait été informé aussi par les évéques de Neustrie de ce qui s'était passé, assembla aussitôt un conci le à Rome où il déposa les deux archevêques qui venaient d'y arriver, cassa les décrets du concile de Metz et menaça également les autres évéques de la déposition , à moins qu'ils ne demandassent pardon et qu'ils ne se soumissent au saint-siége. Gonthier et ïhielgaud allèrent trouver l'empereur Louis à Bénévent, et en lui représentant la manière dont le pape s'était conduit envers son frère comme un affront qui rejaillissait aussi sur lui, ils surent si bien lui faire épouser leur querelle qu'il vint aussitôt à Rome. Ses gens se jetèrent sur le peuple qui faisait une procession ordonnée par le pape, et le pape se sauva lui-même dans l'église de Saint-Pierre. Mais la mort subite d'un soldat qui, dans ce tumulte, avait brisé et jeté la sainte croix dans la boue et une maladie dont

oOi UlSTOIRE DE l'église.

l'empereur se vil lui-même attaqué, le (irent hienlôl ehan^ior de résolution; il prêta l'oreille au\ représentations du pape et quitta Rome. En vain Cionlhier lit <lé[K)ser par son frère llilduin sur le tombeau de saint-Pierre une protestation conçue on termes fort injurieuv; en vain Gonthier et Thietgaud engagèrent les autres évèques Lorrains à résister d'un commun accord à Nicolas qu'ils accusaient de se dire Apôtre entre les apôtres et de se faire empereur de tout le monde; ils cherchèrent même à se procurer un appui dans Photius que le pape avait déposé à celte époque. Lothaire écrivit lui-même au pape une lettre dans laquelle il protestait de sa soumission au saintsiége, s'offrit à se r<'ndre en personne à Rome et ne fit qu'intercéder pour Gonthier et pour ïhietgaud. Adventius, évêque de Metz, et Francon, évêque de Tongres, furent les premiers qui prièrent le pape de leur pardonner leur faute ; Thielgaud luimême s'abstint de remplir ses fonctions épiscopales; les rois Louis et Charles le Chauve envoyèrent, à l'invitation du pape, des embassadeurs à leur neveu pour l'exhorter à faire cesser le scandale que son divorce causait dans l'Église, et Lothaire, d'après le conseil des évèques du royaume, chassa lui-même Gonthier de son diocèse. Mais celui-ci s'en vengea , en allant à Rome où il dévoila au pape, tout ce tissu de mensonge et de violence. Arsène, légat du pape, menaça Lothaire de l'excommunication , à moins qu'il ne se séparât de Valdrade et qu'il ne reprît sa femme Thietberge. Lothaire, craignant que ses oncles ne prissent son excommunication pour prétexte pour attaquer ses états, promit tout, mais il rappela bientôt Valdrade qui avait promis de suivre le légat à Rome afin d'y faire pénitence, ce qui engagea le pape à l'excommunier en 8GG. Lothaire accusa ensuite ïhietberge d'adultère, alin de la faire condamner à mort, et cette malheureuse femme s'adressa même au pape pour le supplier de lui permettre de se séparer de Lothaire et de se retirer dans un couvent; mais Nicolas, aussi inébranlable qu'infatigable, écrivit à Thietberge, aux évèques de la Lorraine, à Lothaire et à Charles le Chauve, exhortant

ihacun en particulier à remplir son devoir dans ceUc cireonstance. Pendant que Lothaire, dans les termes les plus respectueux , donnait au pape l'assurance que depuis le départ du légal il n'avait plus vuVaIdrade, Thietherge, pour se soustraire aux mauvais traitements auxquels elle était constamment en proie, se réfugia dans les états de Charles le Chaude. Sur ces entrefaites, le pape vint à mourir.

Nicolas ne montra pas moins de caractère et d'énergie dans d'autres circonstances. Jean, archevêque de Ra venue, maltraitant et dépouillant avec une tyrannie insupportable les églises et les habitants de Ravcnne, d'jiïmilia et de la Pentapole, le pape l'invita à un concile à Rome, et Jean ne s'y étant pas présenté, il l'excommunia. Jean implora l'assistance d(; l'empereur qui envoya avec lui des ambassadeurs à Rome» mais le pape se rendit lui-même à Ravenne à la sollicitation des principaux habitants, ordonna de restituer tous les biens usurpés \^ïv Jean ou par son frère, et Ji'an, se voyant abandonné de l'empereur lui-même qui l'avait renvoyé au pape, fut enfin obligé d'aller une seconde fois à Rome et de se soumettre aux conditions qu'il plut au pape de lui prescrire. Les contestations qui s'élevèrent entre ce pape et Hincmar appartiennent à l'histoire de la constitution de l'Église.

Lorsque Jr/mn // (807-872) fut élu pape, les commissaires de l'empereur qui se trouvaient précisément à Rome, témoignèrent leur mécontentement de ce qu'on ne les avait pas invités à c<^tte cérémonie, mais on les apaisa en leur disant qu'on avait négligé de le faire, afin que, dans la suite, on ne pût point faire valoir comme une prérogative de l'empereur que non-seulement ses commissaires fussent présents au sacre, mais aussi à l'élection des papes. Adrien marcha si bien sur les traces de son grand prédécesseur que ses adversaires lui donnèrent le nom de Nicolaïtc. Lothaire qui se flattait de trouver le nouveau pape plus souple que Nicolas, lui adressa aussitôt une lettre très-flatteuse, par laquelle il le priait de le reconnaître comme son fils; aussi Thietberge fut-elle obligée

Page 1