L.CS diffcrents Etats de rAlIemag-ne
La Bavière. — Concordat bavarois.
156. La Bavière fut le premier État de l'Allemagne qui régla la situation religieuse de ses sujets cathohques par une convention avec le Saint-Siège. Plusieurs projets de traités avaient déjà été discutés de 180-2 à 1807, puis en 1814. Le 10 août 1815, lebarondeUseffelin^ chargé de nouveau de l'ambassade de Rome, reçut des lettres de créance et fut autorisé à entamer des négociations (déc). Elles commencèrent dansl'étéde 1816. Pendant ce temps, les représentants des anciens diocèses envoyèrent au roi un mémoire sur les besoins religieux, qu'ils firent également connaître à Rome . Hieffelin négocia avec le prélat Mazio, et reçut de lui, d'après les notes qu'il lui avait remises, un projet de concordat. Cette convocation rencontra de grandes difficultés. Le gouvernement bavarois prétendait maintenir le droit ecclésiastique qu'il avait lui-même introduit et que le Saint-Siège ne pouvait approuver ; il ne voulait qu'un seul métropolitain dans le pays, et le Saint-Siège en proposait deux ; il demandait que l'on reconnût au roi le droit de nommer pour toujours à tous les évêchés, dignités, canonicats, ce qui n'était pas aisé à obtenir de Rome. Il y avait encore d'autres divergences.
Cependant Montgelas, le tout-puissant ministre de Munich,
auteur de la lutte contre l'Église, fut congédié (2 février 1817). Le nouveau ministère montra de meilleures dispositions, et, le 5 juin 1817, Haeffelin fixa avec Consalvi les bases du concordat. Cependant la ratification éprouvait des difficultés à Munich ; plusieurs modifications furent demandées, et, le 7 septembre, une nouvelle instruction jeta dans un grand embarras le délégué, auquel on adjoignit le conseiller de légation Georges-Xavier Rechberg. Cette fois, le roi de Bavière obtint le droit de nommer à tous les archevêchés et évêchés, ainsi qu'aux canonicats, dans les mois qui appartenaient autrefois au pape ; cependant la Bavière maintint ses autres exigences, et le prélat Mazio se vit obligé de rompre les négociations (4 octobre).
Après de nombreuses difficultés , un nouveau projet de concordat fut rédigé en commun et envoyé (14 octobre) au roi. Quoique la Bavière n'eût pas obtenu tout ce qu'elle désirait, elle prit le parti, en réservant tacitement les anciens « droits du souverain sur l'Église », de ratitier le concordat à Munich (14 octobre. Il conserva la date du 5 juin, fut approuvé par le pape le 14 novembre et publié le 15 en consistoire. Le 6 avril 1818, Haiffelin reçut le chapeau de cardinal; plusieurs évoques nommés par le roi furent confirmés, après que la bulle de circonscription des diocèses bavarois eut été expédiée le 1" avril.
Projets antérieurs de concordats, de 1802 à 1806, 1814, du côté de la Bavière, dans Sicherer (§ 139), docum. 2, 4, 8, 10, 14; du côlé de Rome, 1806 et 1 807, ibid., docum. 9,11,13. Comp. (Hœfler) Conc . und Constitutions- Eid, Augsbourg, 1847; Gams, I, p. 472 et suir., 498 et suiv.; Mejer, zur Gesch. der rœm. -deutschen Frage, II p. 87 et suiv. (Rostock, 1871); Lang, Memoiren, II, p. 248. Négociations depuis 1815: Sicherer, p. 201 et suiv. Sur Sicherer, voy. Bist. -pol. EL, t. LXXII, p. 884 et suiv.; t. LXXIII, et ouvrages à consulter, Hdw., 1873. p. 426. Denkschrift der bayerischen BisLhumsvorstaende vom Juni 1816 nebst einigen hierauf bezüglichen Biùefen, Burghausen, 1851 (précédemment dans Mastiaux, Lit. -Ztg. für kath. Relig. -Lehrer, 1819; Intelligenzblatt, p. 103-119). Denkschrift an den hl. Stuhl, dans extrait de Hœfler, p. 44-46. Concordat du 15 juin 1817, ibid., p. 63-75; Sicherer, doc. 18; Verhandlungen im bayer. Ministeiùum Sicherer, p. 232-245. Instruction du 7 sept. : Hœfler, p. 77-79. Documents sur le concordat : Bull. Rom. Cont., XIV, 314 et seq., 320-322, 432-442. BuUe VU. — HisT. i>E l'Église. 19
de circonscription, ibid., XV, d7-3I. Cf. Nussi, p. 146 et seq.; Walter, Fontes, p. 204 et seq.; Bayer. Gesetzblatt, 1818, part. XVIII, p. 390 et suiv.; Roscov., Mon., Ill, p. 632-704; Niebuhr, dans Mej«r, Propag., 11, p. 379.
Constitution et serment constitutionnel.
157. Cependant la publication officielle en Bavière du concordat, attaqué par un grand nombre de gouvernements allemands, de protestants, de fébroniens et de libéraux, fut ajournée jusqu'à la proclamation de la nouvelle constitution du 26 mai 1818, dont le concordat ne devait former qu'un appendice subordonné. Le chevalier Anselme de Feuerbach, président delà cour d'appel à Ansbach, suscita toute une avalanche d'adresses protestantes, et fit dresser plusieurs articles de lois directement contraires aux assurances données à l'Église par le concordat. Malgré la promesse (article 16) que les lois et ordonnances opposées au concordat seraient supprimées, on fit entrer dans l'édit de religion la majeure partie des dispositions de l'édit du 24 mars 1809, qui contenait lui-même plusieurs articles de l'édit du 10 janvier 1803, et l'on prétendit n'admettre du concordat que ce qui était conforme à la constitution et à l'édit de religion . La nouvelle constitution fut publiée par fragments. Si les protestants ne furent ipas inquiétés; dans leurs droits, les catholiques furent d'autant plus consternés quand on leur demanda de prêter serment à ce qu'ils connaissaient comme à ce qu'ils ne connaissaient pas, car tous les suppléments de la constitution n'avaient pas encore paru. Le gouvernement suivait l'exemple donné par Napoléon dans les articles organiques. Plusieurs curés refusèrent le serment, d'autres le prêtèrent sous condition et en réservant les droits de l'Église. Joseph , prince-évêque d'Eichstsett , nommé archevêque de Bamberg, désapprouva franchement la conduite du gouvernement; le Saint-Siège s'en montra fort mécontent, et une commission fut chargée d'examiner la constitution bavaroise. La cour de Munich dépêcha à Rome un homme de confiance, le chanoine Helff'erich, pour calmer les inquiétudes. De son côté, HœfTelin remit une note officielle, datée du 27 septembre 1818, où il était dit que le roi exécuterait consciencieusement le concordat, que l'édit de rehgion ne servirait de règle qu'aux non-catholiques, que le
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serment prêté à la constitution n'obligerait à rien de contraire aux dogmes et aux lois de l'Église.
Pie VII publia cette déclaration (2 octobre), en consistoire et envoya le duc François Serra-Cassano, archevêque deNicée, en qualité de nonce à Munich, pour l'exécution du concordat. Mais à Munich, l'explication de Hseffelin fut rejetée, l'édit de religion déclaré la seule loi obligatoire de l'État, et le délégué secrètement réprimandé (7, H novembre). Le 13 janvier 1819, le cardinal Consalvi, dans une lettre à Hseffelin, réfuta sans réplique les raisons du gouvernement ; il écrivit au ministre, le comte Rechberg, tandis que Pie VII écrivait lui-même au roi. Il fut prouvé jusqu'à l'évidence que la constitution bavaroise était en opposition avec les principes du catholicisme comme avec le concordat, et l'on déclara qu'on ne pouvait prêter serment sans réserve à cette constitution. Le prince- évêque d'Kichstaett refusa de le prêter; le baron Lothaire- Anselme de Gebsattel, nommé à Munich, changea le serment absolu qu'il avait prêté par suite de l'allocution du 2 octobre, en un serment conditionnel, et le prêta sous cette condition qu'il ne regardait que l'ordre civil et n'obligeait à rien de contraire aux lois de Dieu et de l'Église, Plusieurs délégués ecclésiastiques le prêtèrent avec la même restriction, et le gouvernement s'en contenta.
Hœfler, p. H4 et suir,, 124 et suiv., 135 et suiv.; Sicherer, p. 257 et suiv., 277 et suiv., 287 et suiv., 303 et suiv.; Anselm Ritter von Feuerbachs Leben und Wirken, Leipzig, 1852, II, p. 84 et suiv., 111 et suiv., surtout lettre du 27 mars 1819. Cf. Hist.-pol. BL, 1852, I et II ; Eichstaetter Pastoralblatt, 1871, nr. 41-51 ; Roscov., III, p. 774-787, n. 607-617. Déclaration de Hseffelin, du 27 sept. 1818 ; Bull. Rom. Cont., XV, p. 120. Allocution du 2 oct., ib., p. 119 et s«q. ; Vering, Droit canon, § 32, p. 71 et suiv.
Déclaration de Tegernsee.
158. Le gouvernement bavarois essaya de trouver une formule qui, sans entamer la constitution, pût être acceptée de Rome. Il promit d'observer scrupuleusement le concordat, mais il ne voulut point donner de déclaration authentique, ce qui exigeait l'intervention des États. De nouvelles négociations
entamées en 1820 et J821 abontirent à la déclaration royale de Tegernsee (15 septembre 1821), où il était dit : Qnand la constitution fut publiée, le roi n'avait pas l'intention d'imposer une contrainte à la conscience de ses sujets catholiques ; le serment exigé d'eux ne regarde que les relations civiles et ne les oblige à rien de contraire aux lois de Dieu ou aux prescriptions de l'Église catholique ; le concoraat sera considéré et exécuté comme loi de l'État.
Sur le terrain de cet édit, qui ne souleva aucune objection dans les chambres, les catholiques continuèrent de prêter serment à la constitution. Le 23 septembre, le nonce promulgua dans l'église de Notre-Dame de Munich la bulle de circonscription, depuis longtemps publiée; le chapitre de la cathédrale fut établi le 28 octobre, et l'archevêque Gebsattel consacré le i" novembre. lien fut de même dans les autres diocèses. Il s'en fallait beaucoup assurément que cette situation satisfît aux vœux de l'Église ; les évêques étaient soumis au placet du gouvernement, et fléchissaient sous le poids de l'autorité exorbitante que la législation exclusive de l'État accordait au pouvoir civil même en matière purement ecclésiastique, ainsi que s'en plaignaient déjà en 1822 Frédéric, évêque de Wurzbourg, et d'autres évêques. Le conflit entre le concordat et l'édit de religion resta sans arrangement.
Sicherer, p. 316 et suiv.; Hcefler, p. 164-174; Eichstsetter Pastoralblatt, 1871, nr. 50, p. 210 et suiv.; l'édit de Tegernsee, dans Walter, Fontes, p. 212 et seq.
Le roi Louis 1er.
159. Le roi Louis I" (1825-1848), à qui Gœrres adressa au nom du prince-électeur Maximilien I""" un avertissement éloquent, avait des idées élevées; il était personnellement dévoué à la foi et faisait beaucoup pour les œuvres ecclésiastiques. Conformément à l'article 7 du concordat, il rétablit plusieurs couvents, et appela beaucoup d'ordres religieux, spécialement les bénédictins et les rédemptoristes ; il exerça dignement son droit de nomination aux sièges épiscopaux, releva l'art et la science ecclésiastiques, surtout dans Munich sa
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capitale, où les chaires de renseignement furent confiées à des catholiques éminents. On cultiva surtout l'architecture et la peinture religieuses, et la science catholique fut représentée par d'illustres savants tant indigènes qu'étrangers. La Société pour la propagation des bons livres catholiques s'opposait vigoureusement à l'invasion des ouvrages qui empoisonnent l'intelligence et le cœur, et la Société de Louis réveilla l'esprit de sacrifice en faveur des missions. Les sœurs des écoles, les ursulines, les visitaudines, les dames anglaises, s'occupaient de l'instruction de la jeunesse; les dames du Bon-Pasteur travaillaient à l'amendement des jeunes personnes qui avaient failli et à la préservation de celles dont la vertu était en péril.
Desévèques, tels que J.-M. Sailer, Wittmann, Schwaebl à Ratisbonne, Nie. Weis à Spire (depuis 1842), George-Antoine de Stahl à Wurzbourg (depuis 1840), Charles-Auguste comte de Reisach à Eichstœtt {depuis 1836), appliquaient fidèlement les principes du catholicisme. Cependant l'ancien système de la tutelle de l'État continuait de subsister sous les ministres Armansperg (jusqu'en 1832) et le prince QEttingen Wallerstein (jusqu'en 1837), et même sous M. d'Abel, personnellement bien disposé et qui prétendait relever l'Église uniquement par la tutelle de l'État.
Pendant les troubles de Cologne , le roi Louis se montra le protecteur de l'Église, laissa pleine liberté à la presse catholique, et autorisa en 1841 les relations avec Rome, qu'il aimait et qu'il visita souvent. Les protestants eux-mêmes tirèrent do grands avantages de la prospérité du catholicisme. Le mouvement orthodoxe trouva un puissant appui dans l'université d'Erlangen, et des savants remarquables parmi les protestants furent appelés de Bavière en d'autres pays. Cependant différentes mesures soulevèrent les plaintes des protestants, comme celle qui prescrivit aux militaires, en 1838, de faire la génuflexion devant le saint Sacrement ; on fit droit à leurs réclamations en 1845. On repoussa au contraire (1843 et 1845) la demande faite par le haut consistoire protestant, que la réception des mineurs dans l'Église catholique fût déclarée invalide: ainsi l'on était obligé, d'après le § 6 de l'édit de religion, de maintenir 'invalidité sous le rapport civil; l'autorité civile ne pouvait pas prononcer l'invalidité religieuse.
D'autre part, le roi trouva fort mauvais qu'à la mort de sa
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belle-mère protestante Caroline (1841), les évêques ne fissent pas les solennités funèbres usitées pour les princes catholiques ; il avertit qu'on se gardât des « exagérations », et publia ensuite plusieurs ordonuauces funestes à l'Église sous bien des rapports. Le 23 juin 4842, les autorités civiles reçurent l'ordre d'exercer une serveillance sévère sur les sermons de controverse et les écrits polémiques; l'ordinaire de Munich- Freising protesta contre cette mesure. La sonnerie des cloches dans les églises catholiques fut prescrite pour les enterrements des protestants, et il fut décidé qu'on nommerait les professeurs de théologie sans consulter l'évêque. Les chambres aussi s'occupaient beaucoup des affaires ecclésiastiques. Le prince Wrede produisit au Reichsrath cinq griefs contre les évêques ; ils furent réfutés par l'archevêque de Munich Lothaire- Anselme et rejetés par le Reichsrath. Le prince (Ettingen- Wallerstein les reprit sous une autre forme et les fit accepter par les chambres (1846).
J.-N. Sepp, Ludw. Aug. Kœnig von Bayern, Schaffouse, 1869; Gœrres, Churfürst Maxim. 1 an den Kœnig Ludw. v. B. bel seiner Thronbesteigung (Catholique, 1825, t. XVIII, p. 219 et suiv.). Cf. Hist.-pol. BL, t. IV, et Sion, 1830, du 6 nov., nr. 133; (Strodl), Kirche und Staat in Bayern unter dera Minister Abel und seinen Nachfolgern, SchafTouse, 1849; das Recht der Kirche und die Staatsgewalt in Bayern, ibid., 1832; Carl Fürst CEttingen-Wallerstein, Beitrcege zum bayerischen Staatskirchenrecht, Munich, 1846; Hist.-pol. Bl., t. XVII, p. 419 et suiv. Établissement des Bénédictins : Rheinwald, Acta bist, eccl., 183.Ï, p. 204 et suiv.; Bonner Zeitschrift, livrais. XIV, p. 238 et suiv.; livrais. XVIII, p. 202 et suiv.; Ludwigs-Missionsverein, Sion, 1839, nr. 11, 64; 1841, nr. 29. Üames du Bon-Pasteur, ibid., 1839, nr. 64, supplém.; 1840, nr. 134, suppl. Rétabhssement des libres relations avec Rome : Feuilles bist, et polit., t, VII, p. 593-627. La question de la génuflexion, ibid., t. XII, p. 744 et suiv.; Dœllinger, Sendschreiben an einen Landtagsabgeordneten, Munich, 1843; le même, der Protestantismus und die Kniebeugung, Ratisbonne, 1843. Autres docum. : Roscov., Mon., III, 871 et seq., 918 et seq.; Allg. Rel. und Kirchenfreund, 1843-1846.
Maximilien II. — Louis II.
160. Les dernières années du gouvernement de Louis, prince remarquable d'ailleurs, furent troublées par sa mal-
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heureuse passion pour la danseuse Lola Montez, élevée au rang de comtesse. A la suite d'un mémoire daté du 11 février 1847, on congédia le ministère Abel et l'on destitua plusieurs des professeurs les plus capables (Lasaulx, Moy, Hœfler, Phillips, Dœllinger). Les libéraux, devenus très influents, abusèrent de leur crédit contre les cathoUques zélés. Sous le ministère Maurer, les chaires furent surveillées par des espions, et l'enseignemeut théologique soumis à un contrôle plus sévère encore ; on défendit aux religieuses de faire des vœux solennels avant l'âge de trente trois ans.
Les miuistres se succédèrent rapidement. CEttingen-Wallerstein reprit la direction des affaires le 1" décembre 1847; mais il essaya d'enrayer un peu le mouvement. Le ministre Beisler procéda sans ménagement, et donna toutes ses faveurs à ceux qu'on appelait les « catholiques allemands » .
Le 21 mars 1848, Louis I" abdiqua la couronne et se livra tout entier, pendant vingt ans encore, aux beaux-arts et aux œuvres de bienfaisance. Son fils Maximilien II monta sur le trône au moment où la révolution commençait à devenir dangereuse; cependant elle perdit bientôt de sa force, non sans l'influence du clergé fidèle à ses devoirs, ainsi que le roi se plaisait à le reconnaître.
Les évèques réunis à Freising (l"-20 octobre 1850) exposèrent leurs griefs dans un mémoire; mais la réponse ministérielle se fit attendre jusqu'au 8 avril 1852 et ne leur donna qu'une satisfaction partielle. Ils remercièrent dans un second mémoire, daté du 15 mai 1853, et résumèrent leurs principales demandes. L'archevêque de Munich-Freising , comte Charles-Auguste Reisach, et son vicaire général, Frédéric Windischmann, déplaisaient au gouvernement : le premier échangea sa place, en 1854, contre celle de l'archevêque de Cologne, qui en 1856 fut appelé à Rome en qualité de cardinal.
Les négociations sur les séminaires et sur leur enseignement continuèrent encore dans la suite sans amener de résultat. Sous Maximilien II, âme généreuse (mort le 10 mars 1864), les protestants de l'Allemagne du Nord acquirent une grande influence, et reçurent des charges considérables ; ils contribuèrent beaucoup à diviser les catholiques, en attirant dans leurs rangs des membres importants du clergé, en leur inocu-
296 msToiRE DE l'église.
lant leurs principes et en les rendant odieux à la population. Sous le roi Louis II , des conflits plus sérieux éclatèrent entre le gouvernement et les évêqnes, qui souvent délibéraient en commun et déposaient leurs plaintes au pied du trône. Le 20 novembre 1873, les concessions de 1852 furent retirées, et la majorité catholique et patriotique de la Chambre fut ellemême incapable d'engager le gouvernement dans une autre voie.
Strodl, das Recht u. s. f., p. 358 et suiv., et Frédéric Windischmann, p. 21 et suiv.; Henner, die kath. Kirchenfrage in Bayern, Wurzb., 1854; Hist.-pol. Bl., t. L, p. 70 et suiv.; Archiv für kath. K.-R., t. VIII, surtout p. 70 et suiv., 401 et suiv.; t. XVIII, p. 220 ; Remling, Nikolaus, von Weis, Bischof von Speier, p. 134 et suiv.; Dumont, Leben und Schriften des card. von Geissei, I, p. 373 et suiv,; das Recht der Kirche in der Speierer Serainarfrage, Spire, 1865 ; Vering, Droit canon, p. 75 et suiv. ; le Mémoire de Freising, avec d'autres documents : Collect. Lac, V, p. 1161 et seq., H89 et seq.
La province ecclésiastique du Haut-Rhin . — Pragmatique religieuse de Francfort. — Négociations à Rome.
161. En mars 1818, les délégués de plusieurs princes protestants de l'Allemagne, du roi de Wurtemberg, des grandsducs de Bade, de Mecklembourg et de liesse, du prince- électeur de Hesse, etc., et enfin les délégués de quelques villes libres, se réunirent en conférences à Francfort-sur-le-Mein pour délibérer sur les affaires de l'Église catholique et sur les bases d'une convention avec Rome. Elles furent ouvertes (24- mars) par un discours du ministre wurtembergeois de Waugenheim, demandant que les États protestants de l'Allemagne s'unissent étroitement entre eux pour déjouer les « artifices de la curie romaine »,qui s'étaient révélés dans les conventions avec la France et la Bavière ; il conseilla d'adopter le droit ecclésiastique fébronien-joséphiste, avec son système épiscopalien, comme le « seul qui fût salutaire » pour l'Église catholique ; il proposa en même temps un travail intitulé : « Principes généraux d'après lesquels un concordat peut être conclu en Allemagne », qui fut pris pour base des discussions et délibéré jusqu'à la dixième séance (4 avril).
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 297
Déjà le rejet de l'élection de Wessenberg comme vicaire capitulaire de Constance avait servi de prétexte à de violentes déclamations contre Rome (15 mars 1817). On vonlaits'en tenir aux idées du droit ecclésiastique du gouvernement autrichien, du congrès d'Ems et du libéralisme religieux, et ne faire au pape et au concile de Trente que le moins de concessions possible. D'autres délibérations donnèrent le jour aux « bases générales d'un accord sur la situation de l'Église catholique dans les États de la Confédération germanique » ; elles furent aussitôt livrées à l'impression. Il ne s'agissait plus que de demander des instructions à chacun des États.
Il fut convenu dans le même temps (30 avril, dix-septième séance) qu'une « déclaration » des gouvernements était préférable à un concordat; elle serait présentée à l'approbation du Saint-Siège par une députation ; si l'on n'obtenait rien de Rome, on organiserait les évêchés sans le pape, avec les autorités ecclésiastiques encore existantes. Quelques gouveruements (comme Weimar et Lippe) se retirèrent, à cause de leurs relations avec la Prusse; d'autres déclarèrent qu'ils ne voulaient point se lier les mains. Sur ces entrefaites, les délégués de Wurtemberg, de Bade, des deux Hesses, de Nassau, d'Oldenbourg, de Francfurt, ayant reçu des instructions, modifièrent les bases et rédigèrent en latin une déclaration, qui devait être remise à Rome, puis un statut organique, où se trouvaient résumés les passages des bases qu'il ne paraissait pas convenable de communiquer à Rome (c'est de là qu'est sortie la pragmatique ecclésiastique), et enfin une instruction pour l'ambassade qu'on enverrait à Rome. Le 14 octobre (trentième séance), les délégués se séparèrent, pour se réunir de nouveau dans dix-sept mois seulement.
L'ambassade se rendit à Rome en février 1819. Elle se composait du baron Schnitz-GroUenbourg pour le Wurtemberg et du baron Tiirckheim pour Bade. Ces délégués, selon la remarque de Niebuhr, manquaient de tact et n'étaient pas assez d'accord entre eux. Leur « déclaration w, suivant ce qui avait été décidé dans les conférences, devait servir d'ultimatum. Ils demandaient que les princes protestants exerçassent une influence décisive dans les nomiuations aux emplois ecclésiastiques, ainsi que le voulait Bade, qu'ils eussent même le droit de nommer aux évêchés.
Le 10 août 1819, le cardinal Consalvi répondit par écrit que ces conditions étaient inacceptables et redressa une quantité de bévues ; il fit remarquer que la Déclaration renfermait des choses incompatibles avec la doctrine catholique, et il prouva qu'il en était de même des notes remises le 3 septembre par le baron de Schmitz-GroUenbourg : ces notes ne s'écartaient guëre de la Déclaration.
Une nouvelle conférence réunie à Francfort (30 septembre) se montra satisfaite des démarches maladroites du délégué ; elle n'entendait rien à la langue de l'ÉgUse et se figurait qu'il était au pouvoir du pape de faire telle ou telle concession. Les délégués demandèrent que si l'on n'acceptait pas leurs propositions, on leur indiquât un autre moyen d'organiser provisoirement l'Église catholique. Consalvi continua de développer les idées qu'il avait émises (24 septembre), expliqua ce qu'était une bulle de circonscription et énuméra les conditions matérielles sous lesquelles elle pouvait avoir lien.
Le 4 octobre, l'ambassade déclara qu'elle abandonnait la suite de cette affaire à ses commettants. Le doux Pie VII, dans l'audience de congé qu'il lui accorda le 8, exprima encore l'espoir que cette affaire serait résolue à l'amiable.
Münch, Concordate, II, p. 184 et suiv., 323 et suiv. (pragmatique ecclésiastique), p. 333 et suiv. (bases d'un accord), p. 367 et suiv. (notes du 3 sept. 1819); Glaubwürdige vorlaeufige Nachrichten von den Frankfurter Berathungen, léna, 1818; die neuesten Grundlagen der kath. Kirchenverfassung in Actenstücken und aechten Notizen, Stuttg., 1821; Cathohque, 1823, t. XVIII, p. 237 - 302; 1869, p. 298 et suiv. (conventions de l'État, du 7 oct. 1818 et du 8 févr. 1822). Sur la Déclaration, voy. Deutsche Blœtterfûr Protestanten und Katholiken, livrais. IV., Heidelb., 1840, p. 73;Roscov., Monum. caLh., III, p. 111-120, nota; ibid., p. 111-138, l'Esposizione de'sentimenti di Sua Santità (et Organon oder kurze Andeutungen, Augsb., 1829 f., p. 209; Münch, II. p. 378 - 409). — 0. Mejer, Propag., II, p. 385 - 414, et : das Veto der deutschen protest. Regierungen gegen kath. Bischofswahlen, Rostock, 1866; Longner, Darstellung der Rechtsverhseltnisse der Bischœfe in der ober oberrhein. Kirchenprovinz, Tüb., 1840; le même, Beilrsege zur Gesch. der oberrhein. Kirchenprovinz, Tüb., 1863; Brück, die oberrhein. Kirchenprovinz, Mayence, 1868, surtout p. 9 et suiv.; Vftring, Droit canon. § 38, p. 145 e: suiv.
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 29d
Bulle Provida solersqite. — Machinations des gouvernements. — Bulle Ad Dominici gregis custodiam.
162. On n'aboutit à aucun résultat : la Déclaration fut rejetée, et l'offre d'une bulle de circonscription, repoussée par la méûance, ne fut pas même discutée. Les délégués des gouvernements confédérés s'assemblèrent de nouveau à Francfort et continuèrent les conférences du 22 mars 1820 au 24 janv. 1821. Bade, qui avait changé de gouvernement (8 décembre 1818), prit cette fois une autre attitude: on engagea le public à se mettre en garde contre l'esprit de système et contre l'immixtion de l'élément politique; Schmitz-GroUenbourg, qui avait aussi profité de ses expériences, invita les doctrinaires rigides à la modération. On résolut d'abord de ne pas faire de réponse officielle aux actes de Rome datés du 10 août et du 24 septembre 1819, de charger quelques membres de l'assemblée de travailler à les « éclaircir », d'accepter le provisoire proposé par Rome, et, supposé qu'il dût en résulter un ordre de choses définitif, d'insister principalement sur l'établissement des diocèses (liont il n'était pas question dans la bulle du pape), soit dans un instrument de fondation, soit dans le « statut organique » (la pragmatique ecclésiastique). On ne voulait point de diocèses exempts, mais des évêques et un métropolitain. L'érection de Mayence en métropole fut surtout combattue par Nassau, dans la crainte qu'on ne réclamât peut-être les biens qui appartenaient autrefois à ce diocèse.
En mars 1821, le projet d'une organisation et les pièces relatives à la dotation furent envoyés à Rome. A la suite de cet envoi, Pie VII publia le 16 août la bulle d'érection pour la province ecclésiastique du Haut-Rhin. Fribourg-en-ßrisgau devint le siège de l'évêché de Bade et la métropole de toute la province ; févêché de Rottenbourg fut érigé pour le Wurtemberg ; celui de Mayence pour Hesse-Darmstadt; celui de Fulda pour la Hesse électoraleetà la fois pour Saxe- Weimar ; celui deLimbourg pour Nassau et la ville libre de Francfort. D'après une déclaration que fit alors le cardinal Consalvi, le Saint- Père n'avait donné la bulle de circonscription que pour ne pas laisser plus longtemps les catholiques de ces États sans évô-
ques ; il avait consenti malgré lui qu'une autre ville que Mayence fût érigée en métropole, et il s'étonnait de ne recevoir aucune réponse aux notes de 1819.
Les questions non encore décidées devaient l'être par une bulle particulière. L'exécuteur de la bulle fut le vicaire général de Mgr Keller, évêque d'Evara.
La conférence de Francfort se réunit le 16 octobre (cinquantième séance), et, malgré quelques objections, accepta la bulle. Cependant les cours en ajournèrent encore la publication ; l'essentiel pour elles était d'avoir des évêques. On fit une réponse vague au Saint-Siège (27 décembre), et les États décidèrent entre eux par une convention secrète, datée du 8 février 1822, que les nouveaux évêques et chanoines seraient tenus d'accepter la « pragmatique ecclésiastique». Les évêques désignés furent immédiatement invités à faire leur adhésion. Le vicaire général de Mgr Kempff, proposé pour Fulda, informale Saint-Siège de ce qui se passait. Le pape rejeta les sujets désignés et condamna la pragmatique (13 juin 1823). Les négociations furent interrompues , et renouées seulement par M. de Berstett, ministre-président de Bade, et par M. de Gennote, chargé d'affaires d'Autriche. Dans une note du 16 juillet 1825, le cardinal Somaglia remit un ultimatum en six articles, que les princes réunis adoptèrent enfin le 4 août 1826. Léon XII publia, le 11 avril 1827, une nouvelle bulle sur le mode futur des élections, sur les procès d'information, sur la juridiction des évêques et sur les séminaires.
Le 19 mai 1828, l'évêque Keller fut institué à Rottenbourg, et les autres évêques successivement. La « pragmatique ecclésiastique», légèrement modifiée, fut publiée le 30 janvier 1830 dans les différents États comme ordonnance civile, après l'installation des évêques. Cette ordonnance assujettissait le pouvoir ecclésiastique à la plus sévère tutelle, et, par l'étendue qu'elle donnait au placet, mettait en question la validité do toutes les lois de l'Église. Fulda seule fit une résistance énergique ; les autres évêques se soumirent. Dans la chambre du Wurtemberg, le baron de Hornstein (7 avril 1830) fit ressortir dans un excellent discours la contradiction qui existait entre l'ordonnance, soutenue par Wessenberg et consorts, et l'autononiie de l'Église , garantie par la constitution. Pie VllI (30 juin)
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blâma fortement les évêques de la province, qui s'jétaient tus quand ils devaient parler et l'informer. L'un d'eux (Burg, de Mayence), avait même participé à la rédaction de l'ordonnance. La plupart des évêques avaient perdu le sentiment de leur devoir. Le 4 octobre 1833, Grégoire XVI se voyait de nouveau réduit à déplorer l'état malheureux delà nouvelle province ecclésiastique. Nomination aux charges ecclésiastiques, éducation du clergé, biens d'Église, les gouvernements avaient tout envahi.
Brück, op. cit. et histor. Erœrterungeii über den wahren Rechstboden der oberrhein. Kirchenprovinz (Cathoüque, 1875, I p. 21 et suiv.) ; Longner, Mejer, Vering, 1. c. (§ 161). La bulle du 21 août 1821 : Bull. Rom. Cont., XV, p. 424 - 431. Const. 994 : Münch, II, p. 309 - 323 ; Walter, Fontes, p. 322 - 333 (ibid., p. 333 - 330, comme dans Münch, II, p. 410 - 413, la bulle du 11 avril 1827). Ordonnance du 30janv. 1830: Tüb. Quartalschr., 1830, p. 162 et suiv.; Philhps, K.- R., III, supplém., p. 38 et suiv. ; Walter, p. 330- 343. Discours de M. de Hornstein : Catholique, 1830, livrais, VIII, p. 217. Bref Pervenerat, 30 juin 1830, ibid., livrais. X, supplém. 10 ,■ Müller, Lexikon des K.-R., V, p. 161 et suiv.; Roscov., II, 292-295, n. 330; Walter, p. 343-348. Breî Quo graviora, 4 oct. 1833 : Catholique, août 1843, p. 131 ; Roscov., II, p. 340-343, n. 339. Voy. encore Catholique, 1839, févr., p. 147-159; Freiburger Diœcesanarchiv, t. II, p. 318; Lit. Rundschau, 1878, p. 261.
Situation religieuse à Bade.
163. Le premier métropolitain de la province ecclésiastique du Haut-Rhin, Bernard Boll, intronisé le 21 octobre 1827, était un homme tout à fait pacifique ; il fut condamné à entendre le nommé Schreiber, professeur de morale à la faculté théologique de Fribourg, attaquer la virginité et le célibat, tandis que le baron de Reichlin-Aleldegg défigurait l'histoire de l'Eglise et niait ouvertement la divinité de Jésus- Christ. Les représentations du métropolitain au grand-duc (25 juillet 1830) pour faire écarter ces deux professeurs, qui plus tard apostasièrent publiquement, demeurèrent infructueuses. Le 29 septembre 1835, l'archevêque pria le pape de lui permettre de résigner ses fonctions, qu'il ne pouvait plus remplir désormais, et mourut cinq mois après, le 6 mars 1836. En 1839 et
1840, le gouvernement badois, non content de refuser son concours au successeur de l'archevêque Ignace Demeter, pour réprimer les actes autiecclésiastiques de Dom. Kuenzer, curé de Constance, se fit le protecteur de ce dernier quand il fonda une société d'anticélibataires, avec l'aide de Fischer, professeur à Lucerne, qui vivait publiquement en concubinage. Les chambres, où régnait un libéralisme outré, et dont la majorité était imbue des idées de Rotteck et de Welker, donnèrent leur plein concours aux partisans du mariage des « prêtres » et de l'Association de Schaffouse. Kuenzer alla jusqu'à menacer l'archevêque (1839) de débats désagréables dans les chambres ; le haut conseil ecclésiastique usurpa la plupart des droits de l'archevêque et prit ouvertement parti contre lui.
Des pétitions adressées au grand-duc demandaient la suppression du célibat, et les États se prononçaient dans le même sens. Le droit ecclésiastique joséphiste était enseigné à Fribourg par le professeur Amman; des sociétés de musique exécutaient à l'église des chants profanes ; l'office divin était souvent célébré en langue allemande ; les sacrements, administrés par beaucoup de prêtres indignes. Le progrès de la corruption ne fut un peu ralenti que par la fondation d'un pensionnat supérieur pour les théologiens (1842), par les travaux de quelques prêtres et laïques bien pensants, les professeurs Hirscher, Staudenmaier , Busz, mais surtout par le baron d'Andlaw et par le troisième archevêque, Hermann de Vicari (né en 1772, docteur en l'un et l'autre droit, prêtre en 1797, évêque de Macra et coadjuteur en 1832, nommé archevêque de Fribourg après la mort de BoU, mais repoussé par le gouvernement, élu de nouveau et accepté en d842). L'archevêque Hermann fit prévaloir en 1845 les principes de l'Église sur les mariages mixtes.
Bader, die kalh. Kirche in Baden, Frib., 1860; Ketteler, das Recht und der Rechtsschutz der katb. Kirche in Deutschland, p. 26 et suiv.; Mœhler , Beleuchtung der Denkschrift für Aufhebung des Cœllbats (Ges. Sehr., I, p. 177-267) ; K. Alex. Reichlin-Meldegg, das Lebendeines ehemaligen katb. Priesters, Heidelb., 1874 (autobiographie passablement insignifiante de cet apostat, qui prit femme en 1832, et devint professeur de philosophie en 1839); Hist.-pol, Blœtter, t. XI, p. 229 et
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suiv., 291 etsuiv., 487 et suiy., 614 et suiv., 770 et suiv., et souvent ailleurs; Brück, die oberrhein. Kirchenprovinz, p. 160, 170 et suir., 2b8 et suiv., 215 et suiv.
Situation religieuse dans le Wurtemberg.
164. Dans le Wartemberg, la parole enflammée de Mœhler rendait à l'Église d'éminents services (jusqu'en 1835) ; tandis que le professeur Mack était écarté de l'université de Tubingue pour ses opinions sur les mariages mixtes. L'ordinaire de Rottenbourg ne sévissait pas contre les prêtres qui, oublieux de leurs devoirs, traitaient les mariages mixtes au gré du gouvernement, et il ne protégeait pas contre les pénalités et les mesures de rigueur les prêtres fidèles qui refusaient la bénédiction de l'Eglise quand les conditions requises n'étaient pas remplies. Enfin, le 13 novembre 1841, l'évèque Keller, dans une motion adressée à la seconde chambre, l'invitait à se prononcer en faveur de l'autonomie garantie à l'Église par la constitution. 11 demandait la liberté en ce qui concernait la surveillance, la haute direction du clergé et du séminaire ; une plus grande part dans la nomination aux charges ecclésiastiques, la libre administration des biens d'Église, la visite des doyens par l'évêque ou ses commissaires, la liberté dans la manière de traiter les mariages mixtes, la suppression des mesures pénales contre les prêtres qui se conformaient aux principes de l'Église, l'abolition des censures civiles contre les écrits théologiques, etc.
L'évêque, qui n'était pas même soutenu par sou chapitre, fut combattu par le ministre Schlayer et ne trouva aucun écho dans la seconde chambre. La première seule résolut, le 6 juin 1842, de demander au roi que la position de l'Église vis-à-vis du pouvoir civil fût déterminée avec plus de précision par des moyens opportuns. Cette demande n^eut point de suites. Le doyen de la cathédrale, M. de Jaumann, et les autres chanoines se conduisirent d'une façon si peu ecclésiastique, que Grégoire XVI se vit contraint (4 décembre 1843) de leur adresser de sévères réprimandes. Les évêques n'avaient pas même la permission de publier les actes du pape. Ces vexations réveillèrent le zèle des catholiques, qui combattirent au moins dans des brochures et des revues. L'évêque Keller mourut le 17 ooto;
bre 1845, brisé de corps et l'âme remplie d'un profond chagrin. Après sa mort, le chapitre nomma Strœbele, chanoine de la cathédrale, désiré par le gouvernement et dévoué aux catholiques allemands (8 janvier 1846) ; mais le Saint-Siège refusa de le confirmer. Dans une nouvelle élection, les suffrages tombèrent sur Joseph Lipp, curé d'Ebiiigeu (14 juin 1847), qui fut préconisé à Rome et sacré le 19 mars 1848. Lui aussi n'avait pas de plus grand désir que de vivre en paix avec le gouvernement ; et cette fois il pouvait compter sur le sentiment catholique raffermi et sur un meilleur avenir.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° i64.
Brück, p. 203 et suiv., 269 et suiv.; Catholique, févr. 1842, supplém., p. ex et suiv.; juin, suppl.; Hisl.-pol. Bl., livrais. VIII, p. 60 et suiv., 317 et suiv., 640, 702 et suiv.j livrais. IX, p. 268 et suiv., 447 et suiv., 521 et suiv,; livrais. X, p. 39, 316, 577, 632 et suiv.; livrais. XI, p. 57, 79, 223, 436, 620 et suiv. ; livrais. XVil, p. 190 et suiv., et ailleurs.
Hesse-Darmstadt. — Nassau.
165. Dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt, Mgr Burg, évoque de Mayence, s'était soumis sans réserve aux volontés du gouvernement. 11 obtint par la voie diplomatique la suppression du conseil ecclésiastique et du conseil scolaire, et établit du moins une situation plus tolérable. Bien que le séminaire de Mayence n'eût pas été dissous, on établit à Giessen, pour les candidats en théologie, une faculté distincte, qui devait aussi, suivant un accord conclu avec Nassau, servir pourLimbourg. La nouvelle faculté, placée sur un terrain défavorable, n'eut pas de succès. Le joséphiste Locherer (mort en 1837J y enseignait l'histoire de l'Église ; J.-B. Müller, de Bonn, privat- docent, un hermésien, exposait l'exégèse pendant six mois ; Luff, curé de Giessen et de l'école de Liebermann, traitait la morale : il eut peu d'influence. Staudenmaier, qui professait la dogmatique, se mouvait encore dans le cercle des idées de Hegel; il alla à Fribourg en 1837; après Müller, qui ne tarda pas à partir, Kuhn fut chargé de l'exégèse.
L'homme le plus considérable était Gaspard Riffel, professeur de morale en 1836, et d'histoire ecclésiastique en 1837 ; en 1841, il fut écarté par le gouveruemeut, à cause de la
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manière strictement orthodoxe dont il traitait l'histoire de la Réforme. Le clergé et les étudiants en témoignèrent hautement leur indignation, et prièrent l'évêque Leopold Kaiser de faire rouvrir les cours du séminaire de Mayence. Le faible évêque n'en fit rien, et la faculté garda le silence sur le départ de Riffel. La plupart des professeurs étaient des hommes insignifiants, comme Lœhnis, Kindhœuser (mort en 1843). Leopold Schmid enseignait depuis 1840 une dogmatique tout à fait inexacte et peu orthodoxe. Dans la ville protestante de Giessen, les étudiants se voyaient complètement entraînés hors de la vie ecclésiastique et emportés dans le tourbillon de la vie d'étudiants.
A Nassau, le gouvernement traita les affaires ecclésiastiques avec moins de ménagement sous les faibles évêques Jacques Brand (institué en 1827) et Bausch (mort en 1840). A la mort de ce dernier, le gouvernement obligea le chapitre de le remplacer par le curé Mohr; mais le Saint-Siège rejeta cette élection, procurée par l'intervention abusive du pouvoir séculier (17 septembre 1841). On choisit alors l'excellent curé Pierre- Joseph Blum (26 janvier 1842), qui fut reconnu par le Saint-Siège.
Catholique, Dec. 1841, suppl. ; Janr. 1842, suppl., et ailleurs; 1863, Mai, p. 540-560 (Zwœlf Jahre einer theol. Facultœt); Sion, 1842, nr. 46 et suiv.; Hist.-pol. Bl., t. VII, p. 296 et suiv.; t. IX «tX; Roscov., II, p. 423 et seq.; Brück, p. 161 «tsuiy.
Hesse électorale.
166. C'est à Fulda que l'esprit religieux s'était le mieux conservé. La cathédrale possédait un vaillant chapitre, présidé par de Kempff, doyen de la cathédrale. Kempff défendit vigoureusement les droits méconnus de l'Église, tant auprès du prince de Hesse qu'auprès du grand-duc de Weimar. Une ordonnance de 1830 fut accueillie par de sévères protestations, et le séminaire de Fulda demeura ce qu'il était auparavant. L'évêque Rieger, très âgé, ancien curé de Cassel (1828-1831), s'appuyait sur le doyen Kempff et sur le supérieur du séminaire, Komp, Son successeur Jean Léonard Pfaff (1832-1848) fut un des évêques les plus distingués de l'Allemagne, un excellent
vu. — HIST, DE L'ÉftLISE. 20
orateur et un champion infatigable de la liberté de l'Église ; sa persévérance fut couronnée de nombreux succès, et à la fin il n'y eut guère d'État en Allemagne où l'Église jouit d'autant de liberté que dans laHesse électorale.
Une loi édictée en 1843 portait que tous les enfants issus de mariages mixtes seraient élevés dans la religion du père, et invalidait les conventions faites au sujet de l'éducation des enfants. L'évêque protesta, et la loi, demeurée inexécutée, fut retirée en 1848.
Brück, p. 122, 131 et suiv., 291 et suiv.; Roscov., II, p. 209 et seq., 273 et seq.. 306 et seq., 601 et seq.
Négociations et conflits depuis 1848. — Lutte de l'archevêque Hermann.
167. Dès que les orages de 1848 (21 mars) eurent éclaté, l'archevêque Hermann de Vicari remit au gouvernement badois un mémoire sur les revendications de l'Église. Il resta non avenu. Le baron Guillaume-Emmanuel de Ketteler ayant été élevé sur le siège de Mayence (1850) après le rejet de l'élection de Leopold Schmid, les évêquesde la province résolurent de faire des démarches collectives auprès de leurs gouvernements ; dans le courant de mars 1851, ils leur envoyèrent un mémoire qui demeura longtemps sans réponse. Le refus de l'archevêque de faire célébrer, suivant ce qui se pratiquait au temps de l'ind'-fîérentisme, malgré la défense du Saint-Siège appuyée sur les canons, un office solennel pour le grand-duc Leopold, mort le 24 avril 1852, ce refus causa dans Carlsruhe un vif mécontentement. Si le gouvernement revint plus tard à une appréciation plus judicieuse de la situation et s'il cessa de protéger les ecclésiastiques en révolte contre leur archevêque, il ne continua pas moins d'accueillir avec froideur et méfiance toutes les démarches du digne métropohtain . En février 1853, Mg' de Vicari réunit autour de lui à Fribourg ses quatre évêques suffragants, et le 18 juin, comme ils n'avaient reçu que des réponses peu satisfaisantes, il publia de concert avec eux un deuxième et long mémoire où ils disaient, en s'appuyant sur des preuves rigoureuses, que, leurs demandes ayant été
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absolument dédaignées, ils se voyaient obligés d'exercer en fait les droits qu'on leur contestait. Déjà le 1" mai 1851, l'évêque de Mayence avait établi dans son séminaire des cours de théologie donnés par d'excellents professeurs.
L'archevêque Hermann ne demeura pas en arrière. Il engagea les membres du haut conseil ecclésiastique badois à mettre en pratique les principes énoncés par les évêques ou à résigner leur charge; sinon ils seraient excommuniés. Il fit également passer les examens pour l'admission au séminaire sans le concours des commissaires du gouvernement. Le 7 novembre 1853, le ministère nomma le directeur de la ville, Bürger, plénipotentiaire du gouvernement, décida que sa signature serait requise pour tous les actes de l'archevêque, sous peine de nullité, et menaça de peines graves les ecclésiastiques qui obéiraient à l'évêque. Le vaillant archevêque lança l'excommunication contre Bürger et les membres du haut conseil ecclésiastique, la fit proclamer du haut de la chaire, publia une lettre pastorale (11 nov.) qui rappelait les outrages infligés à l'Église dans le grand-duché de Bade et protestait contre cette violence, inouïe dans l'histoire, de placer un agent subalterne de la police à la tête du pouvoir ecclésiastique.
L'évêque de Mayence protesta de son côté, engagea les fidèles à prier pour le vieux métropolitain, qui reçut bientôt les condoléances des évêques et des fidèles de différents pays. Pie IX lui-même fit son éloge dans deux allocutions (19 décembre 1853 et 9 janvier 1854). Après de nouvelles usurpations du gouvernement badois, l'archevêque publia, le 5 mai 1854, sur l'administration des biens d'Ëglise, une ordonnance qui amena de sévères répressions dans les paroisses ; un procès criminel fut intenté à l'archevêque, accusé de désobéissance aux lois du pays et de parjure envers le prince. L'archevêque demeura du 22 au 30 mai prisonnier dans sa résidence. Des services de deuil furent célébrés dans plusieurs paroisses, et l'on redoubla de prières pour le métropolitain captif.
Réflexions contre l'offrande du sacrifice de la messe pour les souverains protestants défunts : voy. die kath. Zustsende in Baden, sect. I, p. 23 et suiv.; Catholique, 1828, livrais, iv; Beukerts Athanasia, Wurzb.,
1847, I; livrais. I; Dœllinger, Pflicht und Recht der Kirche gegen Verstorbene eines fremden Bekenntnisses, P>ib., 1842; Hist.-pol. Blœtter, t. IX, X. — Lieber, in Sachen der oberrheinischen Kirchenprovinz, Frib., 1853; die Wiedereinführung des canon. Rechts in der oberrhein. Kirchenprovinz, von einem Staatsmann, Stuttgart; Beleuchtung der Entschlieszungen der Regierungen der oberrhein. Kirchenprovinz auf die bischœfl. Denkschrift, Schaffouse ; das Recht der Kirche im bad. Kirchenstreit, Mayence (ces trois écrits en 1853); Hirscher, zur Orientirung über den derzeitigen Kirchenstreit, Frib., 1854; baron de Ketteier, das Recht und der Rechtsschutz der kath. Kirche in Deutschland, Mayence, 1854. Ouvrages des adversaires dans Warnkœnig, lieber den Conflict des Episcopates der oberrhein.; Kirchenprovinz, Erlangen, 1853 ; Lettre pastorale du 11 novemb. 1853, et autres documents dans Wurzb. kath. Wochenschr., 1853, II, p. 929 et suiv., 956 et suiv., 967 et suiv., 983 et suiv.; 1854, II, p. 457 et suiv.; Catholique, 1853 et suiv.; Zell, dans le Catholique, 1868, livrais, v.
Concordat badois et nouvelle loi ecclésiastique.
168. Rendu à la liberté, l'archevêque Hermann (3 juin 1854) se justifia du reproche immérité d'avoir enfreint son serment de sujet (un tel reproche sonnait mal dans la bouche de démocrates qui, en 1848, s'étaient phis d'une fois montrés parjures envers le souverain, tandis que l'archevêque lui avait gardé une fidélité inviolable). Cependant le gouvernement badois, comprenant les suites fâcheuses de ses actes, envoya à Rome le comte de Leiningen et plus tjird le conseiller d'État Brunner ; les négociations durèrent fort longtemps ; on parvint cependant à s'entendre sur les articles préliminaires. D'après ces articles, on arrêterait le procès criminel intenté à l'archevêque et l'on supprimerait la procédure pénale contre le clergé ; les biens d'Église seraient administrés comme avant l'origine du conflit ; l'archevêque serait invité à surseoir provisoirement à l'exercice des droits controversés et ne nommerait que des administrateurs aux paroisses vacantes.
Le 28 juin 1859, enfin, le concordat fut arrêté. Rome, tout en sauvegardant les principes, avait montré toute la condescendance possible. Mais l'agitation des protestants et des cathohques seulement de nom, fortifiée par les défaites de l'Autriche en Italie, et vivement accentuée dems rassemblée de Durlach, fit rejeter
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la convention par les chambres (mars et avril 1860). Le gouvernement la remplaça par une loi ecclésiastique qu'il édicta de son propre chef et qui n'accordait nullement la liberté promise , tout en ayant égard à quelques parties de la convention.
Malgré les nombreuses adresses des catholiques badois , malgré les protestations de l'archevêque et du Saint-Siège, suivies d'un échange de lettres, la convention demeura lettre morte. En 1861, l'archevêque s'entendit avec le gouvernement sur l'administration des biens d'Église. Cependant de nouveaux conflits éclatèrent encore, principalement sur la question des écoles, et le vaillant pasteur demeura sur la brèche jusqu'à la fin de ses jours. Quand il mourut, le 13 avril 1868, âgé de quatre-vingt-quinze ans, de nouveaux conflits éclatèrent entre le gouvernement et le chapitre au sujet de la nomination d'un successeur. Le vicaire capitulaire et évêque in partibus Lothaire de Kübel se trouva également impliqué dans les plus rudes combats.
Concordat badois, dans Nussi, Convent., p. 330 et seq.; Brück, p. 47Ö et suiv.; Maas, die badische Convention und die Rechtsvorgœnge beim Vollzug derselben (Archiv für kath. K.-R., 1860-1861); Friedberg, der Staat und die kath. Kirche im Groszherzogthum Baden, Leipzig, 1874, 2^ éd. ; Vering, Droit canon (allem.), p. 160et5uiv. (avec citation denombreux ouvrages); le Gouvernement badois et le Chapitre de Fribourg, trad. dufrançais, Mayence, 1868; Archiv für kath. K.-R., t. XXI, p. 177 et suiv,, 477 et suiv.
Concordat de Wurtemberg et nouvelle loi ecclésiastique. — Hesse électorale depuis 1851. — Hessc-Darmstadt. — Nassau. — HohenzoUern.
169. Dans le Wurtemberg, l'évêque Joseph de Lipp avait conclu, le 19 décembre 1853, avec le gouvernement un accord qui fut ratifié de part et d'autre en janvier 1854. Il ne fut pas approuvé du Saint-Siège, soit parce que la tutelle de l'État y était maintenue en principe, soit parce qu'il empiétait sur les affaires réservées au pape. Le 8 avril 1857, Pie IX passa avec le roi de Wurtemberg une convention que celui-ci fit publier comme ordonnance civile, en réservant Tapprobation des États
(21 décembre). Mais la seconde chambre , à l'exemple de Bade, la rejeta le 16 mars 1861 par esprit de secte, et deaianda que la question religieuse fût vidée exclusivement par le pouvoir civil, ce qui eut lieu le 30 janvier 1862. Cette fois encore, les protestations du pape et de l'évêque furent inutiles. Le gouvernement demeura sur le terrain de la loi, l'évêque sur celui du concordat. Cependant la situation fut toujours bien meilleure qu'à Bade.
Le nouvel évêque, Charles-Joseph d'Hefele (depuis 1869), savant et circonspect, épargna aux fidèles, par son habileté, beaucoup de tracasseries. Si la constitution de 1851 mettait bien des entraves à son action, il demeura cependant, sans être inquiété par le gouvernement hessois, en possession de plusieurs droits dont l'exercice était contesté aux évêques de la province ecclésiastique. Depuis que la Hesse électorale (1866) est échue à la Prusse et que plusieurs districts de la Bavière ont été rattachés au diocèse de Fulda, l'évêque a partagé le sort de l'épiscopat prussien, et, après la mort de l'évêque Chris tophe-FIorent Kœtt (14 octobre 1873), il fut impossible à l'ÉgUse de lui nommer un successeur.
Le 23 août 1854, l'évêque de Mayence conclut avec le gouvernement de Hesse-Darmstadt un accord provisoire, qui ne roulait que sur les points les plus indispensables : il fut vivement attaqué par la seconde chambre de Darmstadt . L'évêque y renonça le 20 septembre 1866, et le grand-duc déclara (6 octobre) qu'il n'était plus en vigueur.
Quand en 1872 le ministère libéral parvint au pouvoir, il se modela sur les lois prussiennes de mai: il entrava de toute manière l'exercice des fonctions pastorales et le développement de la vie religieuse, pour lesquels le magnanime évêque de Kette- 1er (mort le 13 juillet 1877) avait déployé un zèle infatigable. A Nassau, l'évêque Pierre-Joseph Blum (depuis 1850) eut bien des luttes à soutenir, des affronts à essuyer. Le conflit ne cessa en partie qu'en 1861. Quand le duché et la ville libre de Francfort eurent été réunis à la Prusse, le fond ecclésiastique central fut assigné à l'administration ecclésiastique par convention du 20 octobre 1868, l'organisation du chapitre améliorée, et la situation de l'évêque devint sensiblement meilleure. Cet état, malheureusement, ne dura que jusqu'àfla législation de
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1872; l'évêque, menacé d'être déposé par l'État, se vit à la fin obligé de sortir de l'Allemagne (1876), après avoir reçu auparavant plus d'une marque de déférence du gouvernement.
Les principautés de Hohenzollern, assignées à l'archevêque de Fribourg , furent assujetties en 1838 à l'ordonnance du 30 janvier 1830, et ressentirent douloureusement la pression de la tutelle bureaucratique. Elles échurent à la Prusse par suite de la convention du 7 décembre 1849, et participèrent en 1850 aux bienfaits de la paix religieuse. L'administration des biens d'Église fut réglée en 1857 par un accord concerté entre le ministère prussien et l'archevêque, et couronnée en 1858 par un règlement plus précis. Mais ici encore la législation prussienne a notablement changé, depuis 1873, l'ancien ordre de choses.
Nussi, Convent., p. 321 et seq.; Würzb. kalh. Wochenschr., t. X, p. 8 et suiv., 24 et suiv. ; Flor. Riesz, die würtemb. Convention. Eine Studie, Frib., 1858; Golther, der Staat und die kathol. Kirche in Wurtemberg, Stutt., 1874; Vering, Droit canon (allem.), p. 152-160. Sur d'autres États, voy. Vering, p. 148 et suiv., 203 etsuiv.;Seitz, die kath. Kirchenangelegenheit im Groszherzogth. Hessen, Mayence, 1871. Sur Hohenzollern, Maas, dans Archiv für kath. K.-R., t. II, p. 493 et suiv.; t. III, p. 340 et suiv.; t. IV, p. 602 et suiv.
£,a Prusse.
Négociations de la Prusse avec Rome. — Bulle de circonscription.
170. La Prusse venait d'acquérir dans l'Ouest, comme autrefois dans l'Est, des territoires catholiques considérables. Depuis 1805, elle entretenait des relations diplomatiques avec le Saint- Siège; mais, tout en reconnaissant aux cathoHques les mêmes droits qu'aux protestants, elle essayait d'étendre sur eux sa suprématie épiscopale protestante et de déployer partout son autorité. Un ordre du cabinet, du 3 janvier 1816, interdit le Mercure rhénaii de Joseph Gœrres pour des articles qui étaient censés troubler la paix et surexciter les esprits, mais au fond à cause des sympathies de l'auteur pour la restauration de l'empire des Habsbourg.
312 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
Après la conclusion du second traité de Paris, le prince Hardenberg songea à régler les affaires religieuses de concert avec le Siège apostolique, et il envoya Niebuhr, membre intime du conseil d'État pour négocier à Rome. Niebuhr était assez clairvoyant pour comprendre la nécessité de restreindre les droits de majesté trop étendus que l'État exerçait sur l'Église catholique ; mais M. de Raumer, chargé de rédiger les documents, visait, ainsi que les vieux Prussiens, à asservir l'Église jusqu'à lui rendre toute liberté de mouvement impossible.
De 1815 à 1820, Niebuhr ne reçut plus aucune instruction relative à un concordat ; il se tint sur l'expectative et dut s'occuper d'abord d'établir l'inadmissibilité des prétentions des vieux Prussiens. Après de nombreuses délibérations, auxquelles participa le conseiller Schmedding, cathohque, mais entiché du système épiscopalien, il fut décidé à Berlin qu'on ne ferait point de concordat, mais qu'on s'entendrait au moyen d'une bulle de circonscription. Dès que les instructions furent arrivées, les négociations marchèrent rapidement, et, le 14 octobre 1820, on était d'accord sur la question principale. Les dernières difficultés furent aplanies pendant les quatre jours que le chancelier d'État Hardenberg passa à Rome (25 mars 1821).
La bulle, rédigée dans le courant de mai par le prélat Mazio, sortit de laDaterie le 16 juillet; elle fut reconnue le 23 août 1821 comme statut obligatoire pour les catholiques de Prusse par le roi Frédéric-Guillaume III.
Briefwechsel Niebuhrs, Hanib., 1839; Bunsen, Lebensnachricliten über B. G. Niebuhr, 111, p. 322 et suiv., 326; II, p. 116 etsuiv.; Mejer, Propag., II, p. 353 et sui-^., 444-497; Gœrres, Ges. Schriften, III, p. 374-396 ; Laspeyres, Gesch. und heutige Verfassung der kath. Kirche Preuszens, Halle, 1840; Histor.-polit. Bl., t. Y (1840), p, 270-288, 397-445, 530-549 (Niebuhr et Bunsen, diplomates à Rome). Cf. t. III (1839), p. 181-185, 568-590.
Nouvelle organisation des diocèses.
171. Tandis qu'on supprimait l'évêché d'Aix-la-Chapelle, établi par Napoléon, et le petit évêché de Corvey (sauf la collégiale d'Aix, qui fut maintenue), l'archevêché de Cologne, qui sub-
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE, 31 3
sistait encore dans l'ordinariat de Deutz, sur l'autre rive du Rhin, était pleinement rétabli, avec Trêves, Munster et Paderbon pour suffragants. A l'est, Gnesen et Posen furent réunis en un seul archevêché, comprenant l'évèché d'Ulm; mais ils conservèrent deux chapitres et une administration ecclésiastique séparée. Breslau et Ermland demeurèrent sous la dépendance immédiate du Saint-Siège. La dotation, à tout prendre, fut acceptable ; mais la promesse qu'elle consisterait en biensfonds ne fut pas remphe, pas plus qu'en Bavière.
Toutes les nominations aux sièges épiscopaux devaient être faites par le hbre choix des chanoines titulaires et des chanoines honoraires, avec obligation de s'assurer d'avance, ainsi que le portait un bref adressé aux chanoines et également concerté, que les candidats n'étaient pas des personnes désagréables au roi.
L'évêque d'Ermland, prince de Hohenzollern, fut chargé par Pie VII d'exécuter la bulle. Waldeck, Lippe-Detmold et le territoire de Schwarzbourg furent réunis au diocèse de Paderborn, tandis qu'une partie de Hombourg (Meisenheim) et la principauté oldenbourgeoise de Birkenfeld furent rattachées à Trêves. Sur les affaires extérieures des catholiques du grandduché d'Oldenbourg, un traité particulier fut conclu en 1837 entre la Prusse et cet État, sur la base de la bulle de circonscription. La partie nord de Saxe-Cobourg-Gotha échut à Paderborn et fut administrée par le clergé d'Erfurt; la partie sud appartint à Bamberg. Le Mecklembourg-Strélitz et d'autres districts furent annexés au vicariat apostolique (Breslau), de la Marche de Poméranie, et l'on assigna à l'évêque de Munster la collégiale d'Elten, qui appartenait précédemment à la mission hollandaise, puis Emmerich et cinq paroisses dans le hautcomté de Lin gen.
Const. De sainte animarum, 16 juillet 1821: Miïnch, Conc, II, 2S0- 296; A. Müller, Lexikon des K.-R., V, p. 164; Walter, Fontes, p. 239-262; G. Eichhorn, Grundseetze des K.-R., part. II, Anh., nr. 2. Bref aux chapitx'es: Journal hist. et lit. de Liège, t. III, livrais, xxxvi; Walter, p. 262 et seq.; Ordre de cabinet du 23 aoiit : Miinch, II, p. 296 et suiv. ; Walter, p. 264. Traité de la Prusse avec Oldenbourg: Rheinwald, Acta hist. eccl., 1837, p. 371.
Situation dos catholiques en Prusse.
172. La complète exécution de la convention fut retardée jusqu'en 1825, à cause de l'acquisition des bâtiments nécessaires et à cause des conditions posées par divers élus. On fit beaucoup pour l'enseignement : la faculté de théologie catholique de Bonn, le Hosianum pour le diocèse d'Ermland, l'académie de Munster, furent restaurés. Cependant une lourde oppression pesait souvent sur les catholiques : le gouvernement exerçait une influence exorbitante sur la nomination aux emplois ecclésiastiques, surveillait les relations des évêques avec Rome, censurait leurs circulaires et leurs lettres pastorales, adjugeait beaucoup d'églises catholiques aux protestants, témoignait au préjudice des catholiques une préférence sensible dans les hautes fonctions de l'État et de l'ai r.icö, ainsi que dans les établissements d'instruction : l'égalité promise était un vain mot.
Le roi Frédéric- Guillaume III, qui se considérait comme le protecteur du protestantisme, se croyait obligé d'entraver autant que possible les progrès du catholicisme ; il manifesta son aversion contre celui-ci dans une lettre à la duchesse de Kœthen, sa parente, qui venait, avec son mari, d'embrasser le catholicisme à Paris (24 octobre 1825), ainsi qu'en d'autres circonstances.
Dès 1821, le conseiller Schmedding, ancien avocat et professeur à Munster, caractérisait ainsi le point de vue prussien : « Le droit général (prussien) part de ce principe que le roi est la source de tout droit, meine du droit religieux, aussi bien chez les catholiques que chez les protestants. Ce principe de droit est l'âme de la législation prussienne en général et la base de toute l'administration. »
Venait ensuite la philosophie de Hegel, soutenant que l'idée de la toute-puissance de l'État, la notion d'un État parfait et absorbant l'Église, doit être inviolablement maintenue par la science. On faisait tout pour protestantiser les institutions du catholicisme, pour faire dépendre du pouvoir suprême de l'État chaque mouvement de vie de l'Église cathohque, et assurer la domination exclusive du protestantisme. Dans ses négociations avec Rome pour le concordat, la Prusse insista pour que les
paroisses catholiques établies dans les provinces protestantes ne fussent incorporées à aucun diocèse, mais formassent des districts particuliers de missions ; il ne voulait point de véritable union diocésaine, et il défendit, même après s'être concerté avec leprince-évèque de Breslau, la visite dans la Marche de Brandebourg. La Prusse espérait, au moyen des écoles, au moyen des fonctionnaires et des mariages mixtes, affaiblir graduellement le catholicisme dans les provinces catholiques ; l'indolence, la lâcheté, l'ambition, le respect humain de beaucoup de catholiques et du clergé lui-même semblaient de mille manières favoriser ce plan. Ouvrages a consulter sur le n° 172.
Beitraegezur K.-G. des 19 Jahrh., Augsb., 1835 (le soi-disant «Livre rouge))).Cf. Hist.-pol.Bl.,1838,t.I,p.281etsuiv. Ripostes (d'Ellendorf) : Diekatho].KirchePreuszens,Rudolst.,1837, et die kathol. Kirche in der preuszischen Rheinprovinz, Francf., 1838. — Zum preusz. K.-R., Schaffouse, 1838 ; Denkschrift über die Paritaet an der Universitaet Bonn, Frib. , 1862; Beleuchtung der Paritaet in Preuszen auf dem Gebiete des höh. und mittleren Unterrichts, ibid., 1862. Cf. Archiv für kathol. K.-R., VII, p. 332 et suiv.; IX, p. 169 et suiv.; X, p. 178 et suiv.; XV, p. 93 et suiv. Aversion de Frédéric-Guillaume III contre le catholicisme : voy. le Cathohque, 1826, t. XXI, p. 1-22; t. XXII, p. 206 et suiv. Sur la conversion au protestantisme de la princesse royale Elisabeth, voyez le rapport du prévôt N. Fischer de Sainte-Hédwige, du 15 oct. 1830; Feuilles hist. et polit.,t. LXXIV, p. 712 et suiv. Rapport de Schmedding, d'août 1821, dans Mejer, Propag., II, p. 355 et suiv. Influence de l'hégélianisme: Feuilles hist. et polit., t. VI, p. 81-91; Lettres allemandes, ibid., t. X (1842), p. 1 et suiv., 113 et suiv., 165 et suiv., 229 et suiv., 434, 665 et suiv.; Augsb. Allg. Ztg., 7 août 1841 ; de Schütz, ueber das Rirchenstaatsrecht in der preusz. Rheinprovinz, Wurzb., 1841; contre la réunion en diocèse des paroisses catholiques éparses : Mejer, Propag., II, p. 474-480.
Démêlés au sujet des mariages mixtes.
173. Déjà le protestantisme avait fait de si grands progrès parmi les catholiques de Silésie, qu'on voyait jusqu'à des prêtres passer au protestantisme ou entrer dans les loges des francs- maçons. Ici, comme dans les provinces de l'Est en général, une ordonnance du 21 novembre 1803 portait que tous les enfants issus de mariages mixtes suivraient la religion de leur père ; et comme les fonctionnaires, pour la plupart protestants, aimaient à épouser des catholiques, un très grand nombre d'enfants étaientjpar
là même engagés dans le protestantisme. Ces mesures ne rencontraient point de difficultés sérieuses. On trouvait aussi tout naturel que l'administration distincte des écoles catholiques fût supprimée et confondue avec l'administration de l'État ; là où il ne se trouvait qu'an seul représentant des intérêts catholiques, les dispositions de ce représentant étaient souvent fort équivoques.
Ce qui avait à peu près réussi dans la grande Silésie, on voulut l'exécuter aussi dans les provinces du Rhin et dans la "NVestphalie. Un ordre daté du 17 août 1825 étendit aux provinces de l'Ouest les dispositions de 1803 : les enfants nés de mariages mixtes devaient être élevés dans la religion du père, et il fut défendu de faire avant la conclusion du mariage des conventions au sujet de leur éducation religieuse. ïleureuse- "ment, le clergé du Rhin et de la Westphalie était plus consciencieux que celui de Silésie. Les curés refusèrent de bénir les mariages mixtes quand les époux ne promettaient pas d'élever leurs enfants dans le catholicisme, comme d'absoudre les époux qui se faisaient' marier par des prédicants non catholiques sans avoir remph cette condition. Le gouvernement cita des curés devant les tribunaux et demanda aux évêques de sévir contre eux.
Pour écarter ces inconvénients, les évêques, avec l'assentiment du roi, demandèrent en mars 1828 au pape Léon XII des instructions précises. Le 23 mars 1830, Pie VIII publia un bref, qui fut suivi le 27 d'une instruction du cardinal Albani. Le pape déclarait que les mariages mixtes sont illicites, mais valides, , quand même ils sont conclus sans l'observation de la forme du concile de Trente, et qu'il n'y a du reste aucun empêchement dirimant; il permit aux curés l'assistance passive après la proclamations préalable des bans et de plus la publication réitérée des censures de l'Eglise ; il donna aux évêques des pouvoirs pour dispenser in radice des mariages conclus jusquelà devant des ecclésiastiques non catholiques^ même dans les degrés défendus ; mais il recommanda au clergé de rappeler instamment aux époux catholiques les devoirs qui leur incombent relativement à l'éducation religieuse de leurs enfants.
Theiner, Zuslsende der kath. Kirche in Schlesien, Ratisb., 1852, 2 vol. ; Ritter, K.-G., t. II, p. 637 et suiv., 6^ éd. ; Hist.-pol. El., t. XI,
p. 444 et suiv. ; Germauia, 1873, nr. 172 et suiv.; Ad. Franz, die gemistchen Ehen in Schlesien; Festschrift der Gœrresgesellsch., Breslau, 1878. Bref Literis altero, 20, et instruction du 27 mars 1830 : Rheinwald, Acta hist. eccl., 1835, p. 15 ; Kunstmann, die gemischten Ehen, Ratisbonne, 1839, p. 247-257.
Manèges de la diplomatie prussienne.
174. Le Saint-Siège venait de faire toutes les concessions compatibles avec les immuables principes de l'Église ; alors commencèrent les manœuvres déloyales et artificieuses de la diplomatie. Le gouvernement prussien trouva que la désapprobation des mariages mixtes et l'injonction donnée au clergé de les dissuader étaient inacceptables; comme les évêques des provinces de l'Est avaient fait des concessions bien autrement étendues, le gouvernement se figura que le refus de nouvelles concessions était une tactique ultramontaine imaginée pour contrecarrer sa politique. Le bref et l'instruction furent donc retenus à Berlin; on attendit jusqu'en juillet 1831 pour les envoyer au secrétariat d'État par l'entremise du ministre résident, le chevalier Josias de ßunsen, en exprimant le désir que de nombreux changements fussent apportés au texte. Grégoire XVI déclara qu'il ne pouvait y consentir sans trahir ses devoirs. On imagina dès lors un autre plan. Bunsen demanda qu'on lui remît les deux documents pour les reporter à Berlin, où il se rendait. Après les avoir obtenus, il décida à Berlin l'archevêque de Cologne, comte Ferdinand de Spiegel, à contracter, le 19 juin 1834, un accord portant que la bénédiction religieuse serait la règle, et l'assistance passive une exception pour les cas rares et faciles à éviter ; que l'archevêque prendrait des mesures pour introduire, dans sa substance, la pratique des provinces de l'Est dans les provinces de l'Ouest, et interpréterait le bref de Pie VIII, contrairement à sa teneur, dans le sens de l'ordre de cabinet de 1825.
Au mois de juillet, les évêques de Paderborn, de Munster et de Trêves adoptèrent cet accord, non sans quelque hésitation. La crainte était pour beaucoup dans un ordre qui menaçait de bannissement les ecclésiastiques qui refusaient de procéder à la cérémonie du mariage. Cette convention absolument secrète eut lieu sans aucune formalité. Bunsen ne donna sa signature qu'en
réservant l'approbation du roi ; mais l'archevêque signa simplement et sans réserver de son côté l'approbation du pape. La contradiction entre le bref de 1830 et l'ordre de cabinet de 1825 était flagrante, et c'est dans ce sens que des instructions furent désormais adressées au clergé.
Clément-Auguste, archevêque de Cologne.
175. L'archevêque comte Spiegel mourut le 2 août 1835, et le doyen du chapitre, M. Hiisgen, fut chargé de l'administration du diocèse de Cologne en qualité de vicaire capitulaire. Il était plus dévoué au pouvoir civil qu'à l'Église. Le gouvernement désirait pour le siège archiépiscopal un homme qui acceptât d'une part la convention secrète et qui possédât de l'autre la confiance absolue du clergé. Cette dernière condition se rencontrait dans l'évêque coadjuteur de Munster, qui vivait très retiré, Clément- Auguste, baron de Droste-Vischering. Sur la première condition, il y avait d'autant plus lieu de douter, qu'étant vicaire général Clément-Auguste avait soutenu des luttes ardentes contre le gouvernement à propos des études théologiques, et montrait d'ailleurs des sentiments très orthodoxes. Le ministre d' Altenstein le fit sonder par le chanoine Schmiilling, et reçut une réponse fort discrète : Clément y faisait entrevoir l'idée qu'il maintiendrait l'accord exécuté dans les quatre diocèses conformément au bref de Pie VIIL Ignorant ce qui s'était passé, il croyait de bonne foi que les quatre vicariats généraux avaient agi d'après le bref. Le gouvernement prussien pressa son élection, qui eut lieu le 1" décembre. Il fut préconisé le 2 février 1836, et intronisé le 29 mai. Quand il eut pris une connaissance exacte du diocèse de Cologne, il se vit bientôt engagé dans un sérieux conflit avec le gouvernement prussien, tant à cause des doctrines de George Hermès qu'au sujet des mariages mixtes. Le ministère lui aurait facilement donné raison sur le premier point, s'il avait lui-même accordé le second. Mais un examen plus approfondi, les expériences que le nouvel archevêque venait de faire depuis son entrée en fonctions, le persuadèrent que cette convention ne s'accordait nullement avec le bref du pape.
Il envoya donc à Berlin une déclaration dont voici la substance : Quand la convention ne pourrait pas se concilier avec le
bref, l'archevêque se conformerait au bref, car il ne voulait pas s'exposer à la nécessité où s'était trouvé l'un de ses confrères dans la même affaire, de rétracter au lit de la mort ce qu'il aurait fait pendant sa vie. Le 10 novembre 1836, en effet, l'évêque de Trêves, Joseph de Hommer, avait mandé à Grégoire XVI, de son lit de mort, qu'il rétractait son assentiment à la convention secrète et à l'instruction qui l'avait suivie. C'est ainsi que le Saint-Siège avait connu l'état delà question et l'existence d'un traité dont Bunsen avait hardiment nié l'existence, qu'il déclarait moralement impossible, dans une réponse adressée le 15 mars au cardinal Lambruschini.
Captivité de Clément- Auguste.
176. Clément, ayant persévéré dans sa déclaration, fut emprisonné le 20 novembre 1837 et conduit à la forteresse de Minden. On l'accusa publiquement de parjure, de révolte contre les lois, d'alliance avec les partis révolutionnaires. La sensation profonde que la captivité de l'archevêque produisit dans le monde catholique, comparée au retentissement beaucoup plus faible qu'avaient eu les nombreuses incarcérations de cardinaux et d'évêques sous Napoléon I", était une preuve frappante du réveil de la conscience catholique pendant les vingt dernières années écoulées. L'émoi fut encore accru par l'énergique allocution prononcée par Grégoire XVI le 10 décembre : elle retentit dans l'Europe entière et jusqu'en Amérique. On voyait la délicatesse de conscience d'un évêque qui, injustement accusé et persécuté, plaçait l'obéissance ecclésiastique au-dessus de l'obéissance civile ; l'indépendance du domaine religieux attaquée par l'absolutisme de l'État, le catholicisme menacé par les assauts du protestantisme, les droits des cathoUques confisqués par la force.
Le gouvernement prussien se vit dans la nécessité de justifier sa conduite devant l'opinion publique ; mais le Saint-Siège, dans un écrit officiel du 4- mars 1838, le réfuta d'une façon péremptoire, et les publicistes catholiques, notamment Gœrres, puis les Feuilles historiques et politiques, fondées en 1838 par Phillips et Gœrres, défendirent victorieusement la cause du prélat captif. En 1838, les évêques de Munster et de Paderborn
déclarèrent encore qu'ils se retiraient de la convention de 1834. De son côté, le gouvernement prussien assura qu'il n'était jamais entré dans ses vues de peser sur la conscience des curés, et il retira son rescrit, du 3 mai 1837 : ce rescrit dépassait encore l'ordre de cabinet de 1825, car il ordonnait aux curés de l'arcliidiocèse de Gnesen-Posen de publier et de bénir sans condition les mariages mixtes.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LES N°» i 74-1 76.
Convention de 1834; Roscovany, de Matrim. mixtis, p. 248-255- Rheinwald, Repertorium, 1838 et 1839; Catholique, 1838, suppl.2, 4! Allocution Dum intima conficeremur, ibid., suppl. 1, p. 49 ; Rheinwald, Repert., 1837, p. 5; (J. Bunsen), Darlegung des Verfahrens der preusz* Regierung gegen den Erzbischof von Cœln, Berlin, 1838; (de Moy), die Darlegung des Verfahrens der preusz. Regierung gegen den Erzbischof von Cceln, beleuchtet aus dem Standpunkte der Geschichte, des Rechts und der Politik, Augsb., 1838; UrkundUche Darstellung der Thatsachen, welche der gewaltsamen Wegführung des Erzbischofs von Cceln vorausgegangen und gefolgt sind. Aus dem rœm. Staatssecretai'iat, en allem., ibid.; (M. Lieber), die Gefangennehmung des Erzbischofs von Cœln und ihre Motive, rechtlich erœrtert von einem praktischen Juristen, Francf.-sui'-M., 1837, sect. III; J. v. Gœrres, Athanasius, Ratisbonne, 1838 (4 éditions). Contre : P. K. Marheinecke, Beleuchtung des Athanasius von Gœrres, Berlin; H. Leo, Sendschreiben an Gœrres, Halle; J. G. Schlemmer, Gœrres und sein Athanasius (Nuremberg). Répliques : Gœrres, die Triarier H. Leo, Dr. P. Marheinecke, Dr. Bruno (Ratisbonne), 1838; J. Dœllinger, lieber die gemischten Ehen, Ratisbonne, 1838, 5« éd.; Kunstmann. op. cit. ; J. Ritter, Irenikon, Leipzig, 1840; Hist.-pol. BL, t. III, p. 181, 568; t. IV, p. 739 et suiv.; t. VI, p. 242, 290, 398 et suiv.; Stoeveken, Clemens August in seinem Leben, Wirken und Tode, dem deutschen Volke geschildert, Mayence, 1846. Sur ses travaux antérieurs : Tüb. Quartalschr., 1820, p. 511 et suiv.;
■M«' Martin, archevêque de Gnesen-Posen.
177. Le chapitre de la cathédrale de Cologne avait, par suite d'une fausse interprétation d'un texte de Boniface VIII, élu le vicaire général comme vicaire capitulaire et en avait informé le Saint-Siège. Grégoire XVI rejeta nettement cette nomination le 26 décembre 1837. Le vicaire général Hüsgen ne pouvait pas, comme tel, exercer les fonctions de vicaire capitulaire. Après sa mort, le chapitre élut le chanoine Müller; le
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 321
pape cassa l'élection et nomma le chanoine Iven vicaire général de l'archevêque.
En avril 1839, Clément- Auguste, malade dans la forteresse qui lui servait de prison, reçut la permission de se transporter dans une propriété de famille, à Darfeld, dans le territoire de Munster; mais il n'eut jamais la liberté d'administrer son diocèse.
Sur ces entrefaites, la lutte avait également éclaté dans l'archidiocèse de Gnesen-Posen au sujet des mariages mixtes. L'archevêque Martin de Dunin, inquiet de voir prévaloir ce qu'on appelait alors « la pratique modérée », avait proposé au gouvernement, dès janvier 1837, ou d'appliquer dans son diocèse le bref du 25 mars 1830 rendu pour les provinces de l'Ouest, ou de s'en tenir à la bulle de Benoît XIV adressée aux évêques de Pologne le 29 juin 1748, ou enfin de demander un nouveau règlement au chef de l'Église. Aucune de ces propositions ne fut agréée. L'archevêque s'adressa directement au roi (26 octobre 1837), mais il ne reçut pas de réponse satisfaisante (29 décembre).
Grégoire XVI ayant déclaré invalide toute pratique contraire au véritable sens du bref de Pie VIII, l'archevêque Martin, dans une lettre pastorale (27 février 1838), défendit à son clergé, sous peine de suspense, de bénir sans condition les mariages mixtes ; quand Jes exemplaires de sa lettre eurent été envoyés au clergé, il en informa le roi (10 mars). Le gouvernement essaya en vain de faire arrêter les exemplaires en circulation ; il somma l'archevêque de les retirer et le cita devant le tribunal de Posen. L'archevêque, dont Grégoire XVI loua la fermeté dans son allocution du 13 septembre 1838, récusa le tribunal civil comme incompétent. Le 23 février 1839, ce tribunal rendit un jugement qui condamnait l'archevêque rebelle à résigner sa charge, à subir une réclusion de six mois dans une forteresse, et à payer tous les frais ; il le déclarait de plus inhabile à remplir aucune fonction dans les États prussiens. Ce jugement fut transmis au roi avant d'être publié. Le roi manda l'archevêque à Berhn, où l'on essaya vainement de le gagner par de nouvelles négociations, après quoi le jugement fut publié le 25 avril. Le roi lui ut grâce de la réclusion dans une forteresse, mais il décida que le condamné ne pourrait vn. — HiST. DE l'église. 21
reprendre ses fonctions que lorsqu'on aurait avisé aux moyens de concilier l'exercice de sa charge avec les lois de l'État ; en attendant, l'évêque ne pourrait pas s'éloigner de Berlin. Ces moyens, on ne les trouva pas. L'archevêque sortit de Berlin, en laissant une lettre pour le roi. Rentré libre à Posen le 4 octobre 1839, il fut saisi le 6 et emmené à la forteresse de Colberg.
Sur c. m, de Suppl. neglig. praelat., I, 8 in 6°, voy. Permaneder, K.-R., I, p. 473, 1^« éd.; Schulte, Lehrb., 2« éd., § 58, p. 235. Contre l'écrit : das Metropolitancapitel zu Cœln in seinem Rechte, Cologne, 1838, voy. Hist.-pol. EL, t. II, livraison m, p. 158 et suiv. Sur l'affairede Posen, docum., dans le Catholique, 1838, suppl. 7-10; 1839, suppl. 3, 4, 12; 1840, suppl. 6, 7; Mimchener polit. Ztg., l"févr. 1839;Würzb. Bel. und K. -Freund, 1838 et suiv.; F. Pohl, Martin v. Dunin, Erzb. von Gnesen urfcd Posen, Marienbourg, 1843; Wilh. v. Schütz, Ueber die preusz. Rechtsansicht in den gemischten |Ehen, nebst Rechtfertigung und Vertheidigung des Erzbischofs von Gnesen und Posen, Würzb., 1839 ; Rintel, Vertheidigung dei Erzbischofs von Gnesen und Posen, p. 120 et suiv.; K. A. Hase, die beiden Erzbischœfe, Leipsig,
Belle conduite du clergé. — Le roi Frédéric -Guillaume IV.
178. Dans les diocèses de Gnesen-Posen, le clergé demeura fidèlement attaché à son archevêque. Les catholiques prirent le deuil; les orgues, la musique, les cloches, firent silence. Les évêques d'Ermland et de Culm renoncèrent, en des formes modérées, à la pratique usitée jusque-là; seul l'archevêque de Breslau, Leopold de Sedlnitzky, la maintint, et aima mieux résigner sa charge (fin 1840) ; il se retira à Berlin et embrassa le protestantisme (mort en 1871).
Cette fois, le clergé de Silésie appUqua résolument les principes ecclésiastiques tels que Pie VIII les avait formulés, ainsi que le faisait depuis longtemps le clergé des autres provinces. Le monde catholique était fier des deux confesseurs Martin de Dunin et Clément- Auguste; les douze évêques de l'Amérique du Nord (réunis à Baltimore en mai 1840) exprimèrent hautement dans une lettre leur assentiment et leur admiration.
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 3^3
Quand le roi Frédéric- Guillaume IV succéda à son père le 7 juin 18-40, chacun s'attendait à une évolution. Le noble monarque était fermement résolu à exercer la justice, même envers ses sujets catholiques, et à faire cesser les différends.
Une décision du 29 juillet permit à l'archevêque Martin de Dunin de retourner auprès de son troupeau éploré. Il arriva à Posen le 3 août et fut accueilli par les plus vifs transports de joie. Le 27 août, il prescrivit à son clergé, en l'exhortant à veiller au maintien de la paix, de s'abstenir de tout acte approbatif au sujet des mariages mixtes, puisque la loi civile défendait d'exiger des garanties pour l'éducation des enfants. En mars 1841, il l'engagea à ne se pas montrer trop sévère au confessionnal et à l'article de la mort envers ceux qui auraient contracté des mariages mixtes, attendu que les pécheurs ont besoin, pour se convertir, de la grâce de Dieu et de l'esprit de pénitence, et que la miséricorde de Dieu l'emporte de beaucoup sur Tinjustice des hommes. Cependant la pratique sévère demeura en vigueur. Martin de Dunin mourut le 26 décembre 1842, alors que plusieurs ordonnances du nouveau roi avaient déjà rassuré les catholiques. Le 1" janvier 1841, les évêques obtinrent la faculté de correspondre librement avec Rome. Le 12 février, une section particuhère fut établie au ministère des cultes pour les catholiques ; le gouvernement renonça à soumettre au placet les actes des évêques relatifs à des affaires purement religieuses, et l'Église obtint en général de nombreux adoucissements.
Histor.-pol. BL, t. VI, p. 428 et suiv.; t. VII, p. 161, 222, 278 et suiv.; t. VIII, p, 243 et suiv.; Selbstbiographie des Grafen Leopold v. Sedlnitzki, Berlin, 1872; Schreiben von zwœlf americanischen Bischœfen; Sion, 1840, Juillet, p. 874; Collect. Lac, III, p. 74 et seq. Lettre pastorale de l'archevêque Martin : Sion, 1840, nr. 111, 117; Catholique, 1842, Juillet, suppl., p. cxi et suiv.
Derniers jours de l'archevêque Clément-Auguste.
179. L'apaisement complet des troubles de Cologne semblait plus difficile. Frédéric- Guillaume IV s'opposait à ce que l'archevêque Clément-Auguste reprît l'administration de son dio-
cèse ; même après la démission du ministre d'Alstenstein, il fit de son abdication une condition delà paix. Le pape fut embarrassé : d'une part il désirait correspondre aux sentiments bienveillants du roi, d'autre part il ne pouvait pas abandonner le généreux champion des droits de l'Église. Après de nombreux pourparlers avec le comte Brühl, envoyé à Rome dans ce but, le Saint- Père chargea l'évêque d'Eichstœtt, Charles-Auguste, comte de Reisach, de se rendre auprès de l'archevêque.
Clément-Auguste déclara qu'il s'en remettait pleinement à la décision du pape. Déjà il avait recouvré sa pleine liberté en vert u d'une lettre publique, datée du d 5 octobre 1841, dans laquelle le roi affirmait qu'il n'avait jamais partagé l'opinion que l'archevêque eût trempé dans des intrigues politiques et révolutionnaires. Le Publicandum déshonorant lancé lors de la déportation de l'archevêque à Minden fut officiellement retiré.
La santé de l'archevêque se trouvant affaiblie, Grégoire XYI le décida à renoncer à l'administration personnelle de son diocèse, tout en demeurant archevêque de droit et de fait, et à accepter un coadjuteur avec future succession. Le choix tomba sur Jean de Geissel, évêque de Spire, qui fut nommé archevêque d'Iconium. Dans une lettre pastorale du 9 mars 1842, Clément-Auguste présenta lui-même à son troupeau le coadjuteur et administrateur du diocèse, déclarant que pour lui, à l'exemple de Moïse, il élèverait ses mains au ciel pour l'archidiocèse qui lui demeurait subordonné jusqu'à sa mort. Le noble pasteur épancha les sentiments de son cœur dans un écrit publié en 1843 sur la paix entre l'Église et les États. Dans un voyage à Rome, il reçut du Saint-Père l'accueil le plus bienveillant. Clément- Auguste mourut peu de temps après, le 19 octobre 1845. Le roi acheva de sceller l'œuvre de la paix, en fournissant des subventions considérables pour l'achèvement et la restauration de la magnifique cathédrale de Cologne et en accordant une plus grande liberté pour les élections épiscopales, qui devaient avoir lieu selon le mode établi pour les Pays-Bas en 1827.
Histor.-pol. Bl., t. VII, p. 753 et suiv.; t. VIII, p. 182 et siiiv.; Sien, 1842, nr. 32; Catholique, 1842, Févr., suppl., p. lxx et suiv.; Mai, suppl., p. Lxiii et suiv.; Gœrres, Kirche und Staat nach Abiauf der
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Coelner Irrung, Wissembourg, a., p. 1842; Clemens August von Droste, üeber den Frieden unter der Kirche und den Staaten mit Rücksicht auf die bekannte Berliner Darlegung, Munster, 1843; Stoeveken, op. cit. (§ 176).
Constitution prussienne et position plus favorable de l'Ëglise. — Retoxir au système d'oppression.
180. Dans les troubles qui accompagnèrent la révolution de 1848, les évêques et le clergé gardèrent une attitude rigoureusement conservatrice, et contribuèrent beaucoup à l'apaisement des esprits. Ce n'était pas en vain que l'archevêque de Posen (3 juin 1848) et tous les évêques (juillet 1849) avaient déposé au pied du trône leurs instantes supplications: les constitutions du 5 décembre 18-48 et du 31 janvier 1850 garantissaient l'autonomie à toutes les sociétés religieuses reconnues. Les premiers pasteurs, comme c'était leur devoir, profitèrent de la liberté reconquise ; les congrégations, les associations religieuses refleurirent, et des catholiques de talent se conduisirent vaillamment dans les chambres (Pierre et Auguste Reichensperger, Hermann de Mallinckrodt (mort en 1874). Si les catholiques ne furent pas mis sur le même pied que les protestants, s'ils restèrent soumis à maintes restrictions, notamment en ce qui regarde l'enseignement, en somme cependant la conduite du gouvernement envers ses sujets catholiques fut empreinte de bienveillance : leur position s'était sensiblement améliorée.
Cette situation se prolongea sous la régence du prince Guillaume pendant la maladie de son frère (1861) et pendant son propre règne (depuis 1862). Mais en 1869 un orage se préparait déjà contre les couvents; en 1871, Frédéric-Guillaume IV supprima la section catholique du ministère des cultes ; en 1872, une loi de proscription contre les jésuites et les congrégations analogues fut exécutée dans toute l'étendue de l'empire ; puis vinrent en 1873 les «lois de Mai», complétées par d'autres en 1874 ; elles supprimaient les articles de la constitution favorables à l'Église, introduisaient un ordre de choses intolérable à la conscience catholique, instituaient un tribunal laïque pour les affaires ecclésiastiques, visaient à séparer les catholiques du centre de l'unité et à faire prévaloir
la toute-puissance de l'État, à laquelle il ne fut plus même possible d'opposer ce mot des apôtres : « Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes ».
Dans cette rude épreuve, les évêques, le clergé et le peuple demeurèrent inébranlables : amendes, privation de traitement, prison, exil, destitution, persécution, rien ne put briser la résistance passive exigée par la loi de Dieu, et faire exécuter des lois que le chef de l'Église avait dû solennellement réprouver. Beaucoup de paroisses supportent vaillamment les sacrifices que leur imposent cette suppression du traitement do leurs prêtres, l'absence d'offices religieux, la privation des sacrements; elles ont en horreur les prêtres parjures ou seulement suspects; elles entourent d'un respect profond ces pasteurs fidèles qui, dénoncés pour refus des sacrements et ne pouvant se justifier sans violer le sceau de la confession, sont réduits à se laisser jeter en prison ; elles endurent avec une patience exemplaire un ordre de choses qu'on aurait cru impossible au dixneuvième siècle.
Die kath. Interessen in den preusz. Kammern d. J. 1833-54, Dusseld., 1854; die Lage der Kalholiken in Preuszen am Schlüsse der dritten Legislaturperiode, Dusseld., 1833 ; de Ketteier, die preusz. Gesetzentwürfe über die Stellung der Kii"che zum Staate, Mayence, 1873; Archiv für kath. K.-R., t. VIII, p. 123 etsuiv.; Vering, Droit canon (allem.), 1. 1., p. 77 et suiv.
Les petits États de l'Allemagne : Hanovre, Oldenbourg, Schleswig-Hostein.
481. Le nouveau royaume du Hanovre (qui appartenait autrefois au vicariat apostohque de la Saxe occidentale et inférieure, à l'exception de Nœrten et de Gœttingue, qui furent rattachés à la mission de iMayence) avait acquis Osnabrück, et aussi depuis 1815 Hildesheim, puis différentes parties du diocèse de Mayençe, surl'Eichsfeld. Tout cela faisait sentir le besoin d'une convention avec le Saint-Siège. Une ambassade partie pour Rome en 1 8 1 6 entama les négociations en 4817 avec le prélat Mazio. Sous M. d'Ompteda, les négociations firent peu de progrès, de même que sous M. de Reden (depuis 1820), car le Hanovre mettait en avant quantité de prétentions inacceptables pour le Saint-
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Siège. On finit, comme on avait fait pour la Prusse, par se contenter d'une bulle de circonscription, qui fut publiée par Léon XII le 26 août 1824.
Par cette bulle, le Hanovre obtenait les deux évèchés d'Osnabruck et d'Hildesheim, qui devaient être convenablement dotés. Ils étaient séparés par le Weser. Cependant celui d'Hildesheim, dont le prince-évêque François Egon vécut jusqu'au 11 août 1825, fut seul définitivement érigé. Osnabrück, insuffisament doté, n'obtint qu'un administrateur apostolique et un évêque in partiöus. L'érection définitive de l'évêché d'Osnabruck fut plusieurs fois sollicitée, notamment en mai 1846 ; elle n'eut lieu qu'en t8o8. Ce siège fut donné à Paul Melchers (plus tard archevêque de Cologne). Hildesheim attendit jusqu'en 1829 un nouvel évêque dans la personne de Godehard Osthaus. Cette Église eut également beaucoup à souffrir de l'oppression.
Jusqu'en 1848, toutes les demandes adressées au Saint-Siège durent passer par les mains du ministère ou de la légation royale. Une loi du 20 mai 1824 imposa à l'Église de nombreuses entraves : les consistoires institués pour les affaires ecclésiastiques furent des tribunaux purement civils; l'égalité confessionnelle, la liberté religieuse, garanties par la constitution du 6 août 1840, furent souvent violées ; le placet et le recours au pouvoir civil furent maintenus, mais rarement apphqués. En 1866, le Hanovre devint une province prussienne.
Oldenbourg fut rattaché au diocèse de Munster, mais obtint une officialité spéciale à Vechta. La constitution de 1852 garantissait le libre exercice de la religion et l'autonomie de l'Église ; quant à la collation des charges ecclésiastiques, des pourparlers furent entamés avec l'évêque Jean- George Müller (mort en 1870), et une convention conclue sous son successeur Jean-Bernard Brinkmann, en 1873. Le grand-duc se montra bienveillant et équitable envers les catholiques.
Dans le Schleswig-Holstein, au contraire, la situation des catholiques, jusqu'en 1863, fut tout à fait pénible; depuis 1867, les avantages de la constitution prussienne furent maintenus ; mais, à partir de 1873, il fallut supporter les inconvénients des nouvelles lois ecclésiastiques. L'évêque d'Osnabruck, vicaire apostolique du Nord, fut souvent, là comme à Hambourg et à Brème, [entravé dans l'exercice de sesîfonctions.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N* 18i.
Sur le Hanovre, voy. Mejer, dans Propag., II, p, 418-443; Vering (allem.), p. H8 etsuiv.; lahnWe Impensa Rom. Pontißcum, dans Mùnch, II, p. 297-308 ; MùUer, Leiik. d. K.-R., V, p. 109 et suiv.; Nussi, p. 222 et seq.; Walter, Fontes, p. 265-27 3 (ibid., p. 276,1a loi du 20 mai 1824). Sur Oldenbourg, Vering (trad. franc.), p. 230 et suiv. Sur le Schleswig- Holstein, ibid., p. 228 etsuiv.; Archivfür kath. K.-R., t. XV, p.447etsuiv. Gesch. der kathol. Gemeinden in Altona und Hamburg, Schaffouse, 1866.
Saxe-Weimar. — Royaume de Saxe. — Brunswick. — Waldeck et Lippe.— Mecklembourg.— Anhalt-Kœthen et autres principautés.
182. Dans le grand-duché de Saxe-Weimar , qui devait d'abord appartenir à Paderborn , mais fut ensuite rattaché à Fulda (1821), les affaires ecclésiastiques et scolaires des catholiques (7 octobre 1823) étaient exclusivement réglées par le gouvernement. Dans le royaume de Saxe, un ordonnance détaillée minutieusement du 19 février d827, réglait la position de l'Église catholique sans égard pour ses droits, ainsi qu'il devait arriver dans un pays où l'intolérance protestante est particulièrement florissante. Dans les pays héréditaires de Saxe, il y avait le vicariat apostoliques de Dresde, avec un évêque m partions (depuis I8l6) ; dans la haute Lusace, le doyen du chapitre de Saint-Pierre à Bautzen exerçait la juridiction épiscopale sous la dépendance de Prague. Depuis 1830, ce chapitre nommait régulièrement le vicaire de Dresde pour doyen, et réunissait ainsi dans une seule main l'administration ecclésiastique de la Saxe.
Au vicariat de Dresde appartiennent aussi les catholiques de Saxe-Altenbourg ; ceux de Meiningen, à l'évêché de Wurzbourg ; ceux de Lichtenstein, à l'évêché de Brixen ; ceux de Brunswick, au diocèse d'Hildesheim. Dans ce dernier pays, jusqu'en 1867, les catholiques n'avaient aucuns droits paroissiaux ; ils étaient tenus de payer des droits d'étole aux pasteurs protestants et de se soumettre à de nombreuses restrictions.
Dans la principauté de Waldeck aussi, la contrainte paroissiale protestante ne fut supprimée à l'égard des catholiques qu'en 1861. A Lippe-Detmold, les curés catholiques obtinrent l'exercice des droits paroissiaux en 1854. Dans iMecklembourg- Schwerin et Strelitz, les catholiques furent toujours fort à
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l'étroit, de même que ceux de Schwarzbourg-Rudolstadt, jusqu'en 1872 . Quand en 1825 le duc d' Anhalt- Kœthen embrassa le catholicisme, on y érigea un vicariat apostolique, administré par le nonce de Munich, dont le curé de Dessau devint le subdélégué. Lescatholiques eurent constamment de nombreux griefs à faire valoir sous les gouvernements protestants ; souvent les prêtres catholiques envoyés pour satisfaire à leurs besoins religieux étaient reconduits à la frontière par les gendarmes, comme en 1852 dans le Mecklembourg l'aumônier du baron de Kettenbourg (Holzammer, plus tard professeur) ; en 1857, le prêtre Bader, envoyé de Wurzbourg à Hildbourghausen, et chassé par le gouvernement de Meiningen. Il y avait plus de tolérance dans le duché de Saxe-Cobourg- Gotha : un conflit survenu en 1857 à propos de la prestation du serment par le curé de Gotha fut bientôt apaisé.
Sur Saxe-Weimar, Theol. Quartalschr., 1824, p. 506 et suiv., 727 et suiv.; Catholique, 1825, t. XVI, p. 259 et suiv.; Vering (allem), p. 136 et suiv. Sur le royaume de Saxe, ibid., p. 130 et suiv. Le mandat de 1827, dans Walter, p. 444 et seq.; Brunswick, Vering, p. 122-124; Waldeck, ibid., p. 129 et suiv.; Lippe-Detmold, ibid., p. 126-129. Sur Anhalt-Kœlhen, Mejer, Propag., Il, p. 506 et suiv. — Linde, Gleichberechtigung der Augsb. Confession mit derkath. Religion in Deutschland, Mayence, 1853; Hist.-pol Bl., t. XXX et XXXI. Sur l'affaire de Kettenbourg, Catholique, 1853, Juin, Cf. Würzb. kath. Wochenschr., 1857, t. IX, p. 225 et suiv.
Les États autrichiens.
Leopold II. — L'empereur François.
183. Dans les États autrichiens, Joseph II avait presque transformé l'Église catholique en Église schismatique et nationale. L'influence du pape y était singulièrement amoindrie; les rapports avec le Saint-Siège, les voyages à Rome étaient interdits aux évêques ; le placet s'étendait à tous les actes de l'Église. L'empereur Leopold II maintint le système qu'il trouva établi, tout en usant de plus de modération et d'égards, instruit qu'il était par les événements de Hongrie et de Belgique. Plusieurs des mesures les plus graves furent abolies; les
séminaires généraux disparurent, les séminaires diocésains furent rétablis ; le droit du pape en matière de dispenses de mariage fut reconnu dans une plus large mesure; la langue latine redevint la langue liturgique. Leopold, soucieux de maintenir la paix au dehors, obtint un traité avec les Turcs qui rétablissait l'ordre de choses existant avant la déclaration de guerre du 9 février 1788, et en 1791 il satisfit aux plaintes des protestants de Hongrie en renouvelant les édits de religion de 1608, 1647 et 1648.
La quarante-troisième année du règne de l'empereur François II (1792-1835) marqua le début de ces guerres formidables qui attirèrent toute l'attention vers le dehors et ne permirent plus de faire aucune modification importante : aussi la suprématie de l'État sur l'Église ne fit que s'affermir encore davantage ; la bureaucratie et le clergé faisaient cause commune ; on prenait les évêques parmi les conseillers ecclésiastiques et les rapporteurs des autorités civiles; la discipline, dans le clergé séculier comme dans le clergé régulier, tomba dans une profonde décadence ; les travaux scientifiques devinrent chez eux de plus en plus rares; l'état ecclésiastique encourut le mépris; la censure et autres mesures préventives étaient plus funestes qu'avantageuses à l'Église. Le prince de Metternich, ministre longtemps célèbre, dirigeait la politique étrangère, sans exercer sur la politique intérieure une influence salutaire. Le territoire autrichien demeura presque entièrement séparé du reste de l'Allemagne.
Situation du clergé autrichieu.
184. Le clergé autrichien, méprisé des hautes classes, devenait chaque jour plus difficile à recruter, et la discipline monastique était presque entièrement ruinée. En 1802, la chancellerie impériale, sans consulter l'épiscopat, rendit deux décrets dans le but de remédier à cet inconvénient. Il fut prescrit de multiplier les gymnases, les établissements de philosophie et de théologie, de fonder des bourses pour les étudiants en théologie, de faire de fréquentes visites, etc.; mais on conserva le plan d'études joséphiste, les anciens manuels antiecclésiastiques et le contrôle universel de l'État, En vertu
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de ce contrôle, l'empereur fixait le nombre de messes qu'un prêtre devait célébrer par an sans rétribution, en se basant sur l'étendue de son revenu. On obtint bien la cessation de quelques-uns des plus grossiers scandales et un plus grand nombre de candidats à l'état ecclésiastique ; mais on ne leur procura ni une meilleure éducation ni une plus grande estime.
On recommanda aux réguliers de porter l'habit de leur ordre et d'en observer les règles, mais « seulement quand elles ne seraient pas modifiées par les ordonnances du souverain », et sans préjudice de la défense de correspondre avec des supérieurs étrangers, ce qui n'était guère favorable au rétablissement de la discipline. En l'an 1810, le Manuel du droit ecclésiastique de Pebem, jusque-là obligatoire, fut aboli et remplacé par celui de Rechberger, qui considérait aussi l'Église comme une institution de l'État; il demeura en usage jusqu'en 1833. Le clergé était chargé de la surveillance des écoles du peuple, mais seulement comme fonctionnaire de l'État ; les évêques, et surtout les consistoires, organisés bureaucratiquement, dirigeaient les affaires scolaires, mais seulement d'après les ordonnances du gouvernement; ils avaient le droit de faire des rapports l'autorité civile (1804-1808). L'enseignement supérieur était dirigé par la commission des études.
Les bénédictins réfugiés de Saint-Biaise (Neugart, Boppert, etc.) s'appliquaient à entretenir l'amour des belles -lettres; les leçons de Frédéric de Schlegel, à Vienne, ne restèrent pas non plus sans influence ; on publia quelques excellents ouvrages sur l'histoire ecclésiastique et la théologie pastorale, mais en somme la vie intellectuelle laissait encore beaucoup à désirer.
Amélioration de la situation religieuse.
185. Les évêques de l'empire, malgré toute leur piété et leur savoir, ne se faisaient pas une idée exacte des maux de leur époque et n'avaient pas toujours le courage de les combattre ; ils tenaient plus ou moins à l'école joséphiste, dans laquelle ils avaient été nourris. L'empereur François était personnellement un excellent catholique, il aimait l'Église et honorait le clergé ; mais son ministre Colloredo ne voyait dans la religion qu'un moyen de diriger le peuple. Après le traité de 1815, l'empereur
s'intéressa davantage à la cause de la religion. Il fit ériger à Vienne (1815-1817) un établissement de hautes études pour former des professeurs et des supérieurs de séminaires, d'après les idées du vaillant curé Jacques Frint (plus tard évêque de Saint-Hippolyte) ; mais il fallut du temps pour en éliminer tout à fait les principes josépliistes.
En l'an 1816, les rédemptoristes furent admis à Vienne, comme plus tard, en 1820, les jésuites en Galicie, en Lombardie, puis aussi dans le Tyrol. Pendant le séjour de l'empereur à Rome en 1819, Pie VII lui remit uneespècedemémoire sur la situationreligieuse de ses États et sur les améliorations qu'il fallait y introduire. François prit l'avis de ses conseillers, et, comme ils répugnaient à toute innovation, il ne fit rien. Seulement on procéda avec plus de ménagement: les pèlerinages, les voyages à Rome furent tolérés ; en 1822, les évoques furent chargés de la surveillance de l'enseignement théologique et de la nomination des commissaires pour les examens des écoles supérieures; puis, en 1824, on leur permit de censurer les ouvrages de théologie. Beaucoup de livres suspects furent retirés des écoles, et l'autorité disciplinaire des évoques rencontra peu d'obstacles.
Réaction contre le joséphisme.
186. Si l'empire d'Autriche nourrissait dans son sein des poètes antichrétiens et des philosophes libres penseurs (Alfred Meiszner, M. Hartmann), il s'y formait aussi en silence une école strictement orthodoxe, qui réagissait contre le joséphisme. Elle était soutenue par la littérature et par le mouvement des autres pays, par les convertis Frédéric de Schlegel et Zacharie Werner, par les travaux de quelques prêtres (Pletz, le curé Wagner, l'évêque Frint), par les revues religieuses, par d'excellents ouvrages catholiques propagés par les méchitaristes. Le clergé de la cour réussit peu à peu à secouer une grande partie de ses lourdes chaînes, et dès 1833 l'empereur François P' s'intéressa vivement à la conclusion d'un concordat avec le Saint-Siège; mais les négociations entamées alors et continuées depuis échouèrent, car on partait de points de vue opposés et l'on ne put s'entendre sur les bases . L'empereur, profondément affligé de cet insuccès, recommanda instam-
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ment cette affaire à son successeur. Le Saint-Siège était prêt à condescendre à tous les vœux acceptables. Pie VII décora de la pourpre le frère de l'empereur, l'archiduc Rodolphe, archevêque d'Olmutz (1819), comme plus tard (1842) Grégoire XVI conféra la même distinction au prince Frédéric de Schwarzenberg, archevêque de Salzbourg. Le Saint-Siège se montrait également disposé, ainsi que le désirait l'empereur, à faire une nouvelle délimitation des diocèses de la Lombardo-Vénétie et d'autres pays .
Adam Wolf, Briefwechsel von K. Leopold II und Erzh. Marie Christine, Vienne, 1867; Mémoires de Consaivi (trad. allem.), p. 445; Boost, Neueste Gesch. von OEsterreich (1789-1839), Augsb., 1839; ßeidtel, Untersuchungen über die kirchl. Zustsende in den kaiserl. oesterr. Staaten, Vienne, 1849 (ibid., p. 306 et suiv.; les décrets de 1802); Gams, Neue Gesch. der Kirche Christi im XIX Jahrb., t. 1, p. 509 et suiv.; d'Eckstein, die Geistlichkeit in ihrem Verhaeltnisz zum œffentlichen Unterricht (Cathohque, 1828, t. XXVII, p. 11 et suiv., 268 et suiv.) ; die Neugestaltung der oesterr. Universitseten auf allerhoechsten Befehl dargestellt von dem k. k. Ministerium für Cultus und Unterricht, Vienne, 1833; Chilianeum, I, p. 197 et suiv. (sur St. -Biaise); Klein. Gesch. des Christenthums in CEesterreich und Steiermark, VII, p. 228 et suiv., 30ö et suiv. (sur J. Frint, évêq. depuis 1827) ; Rosenthal, Gonvertitenbilder, I, p. 89 et suiv., 152 et suiv. (sur Schlegel et Werner); Theol. Zeitschrift, de Frint (depuis 1808), continuée 1828- 1840 par Pletz. Cf. Vinc. Seback, Dr. Jos. Pletz, eine biographische Skizze, Vienne, 1841; Wiener Ztschr. für die gesammte iTheologie, de Scheiner et Heeusle, 1850 et suiv.; CEsterr. Vierteljahrschr. für Theol., de Th. Wiedemann, 1862 et suiv.
Situation particulière de la Hongrie.
187. En Hongrie, le joséphisme n'avait pas jeté d'aussi profondes racines qu'ailleurs, mais la discipline religieuse y était dans un triste état. Le 8 septembre 1822, avec l'assentiment de l'empereur, le primat Alexandre Rudnay réunit un concile national pour combattre la corruption des mœurs et l'impiété, qui menaçaient également l'État et l'Éguse. Depuis 1832, on discutait dans la diète sur la conversion d'une confession à l'autre : la chambre basse demandait qu'elle se fît sans aucune formalité ; la chambre haute voulait au contraire qu'on y mit des condi-
lions, afin d'empêcher les apostasies irréfléchies. Ce point de vue de la chambre des magnats fut encore maintenu dans la suite par les évêques (184-i).
On se plaignait aussi de la trop grande extension du placet, et le primat Kopacsy, après avoir pris l'avis de l'archevêque d'Erlau, déclara au chancelier comte Mailath qu'aucune loi ne s'opposait à la modification dixi placet (1843), mais seulement la pratique de la chancellerie. La question des mariages provoqua de grands troubles. Plusieurs comitats voulurent forcer le clergé catholique de bénir indistinctement toutes les unions de cette sorte, et ils imposèrent des amendes aux récalcitrants. Le primat combattit cette opinion et publia en 1841 une lettre pastorale qui fut vivement critiquée par les libéraux.
L'affaire de Cologne avait également produit une profonde sensation dans d'autres provinces de l'empire. Grégoire-Thomas Ziegler, évêque de Linz, fut le premier qui adressa à son clergé, le 22 mai 1838, une instruction contraire à l'édit de tolérance de Joseph II ; il ne permettait la bénédiction religieuse que lorsque toutes les conditions requises par l'Église avaient été remplies. La lutte était conduite avec ardeur. Le gouvernement, averti par l'exemple de la Prusse, permit aux évêques de s'adresser au pape et d'envoyer à Rome l'évêque Lonovics. Grégoire XVI s'en tint aux principes que Pie VIII avait notifiés aux évêques des provinces rhénanes. Comme l'instruction générale pour les États autrichiens ne semblait pas entièrement applicable à laHongrie, les prélats hongrois demandèrent un bref spécial, et obtinrent que la déclaration de Benoît XIV (1741) fut étendue à ce royaume. Au milieu de l'agitation des partis, l'empereur décida (4 juilletl843 et 25 mars 1844) que l'éducation reUgieuse des enfants issus de mariages mixtes serait abandonnée au choix des parents, et qu'aucun ecclésiastique ne pouvait être contraint d'accomphr des actes religieux à l'occasion de ces mariages.
Concile national hongrois de 1822 : Catholique, h. a., t. VI, p. 324- 346; Gams, I, p. 535-540. Négociations sur le changement de confession : Roscovauy, Mon., 111, p. 903-913; de Matrim. mixt., Il, 427 et seq. Sur le flacet, id., Monum., III, p. 688-698, n. 649-552. Ordre du comitat de Pesth et lettres pastorales du primat, du 19. nov. 1841 ; àligem. Rei.-und K.-Freund, 26, 29 janv. 22 mars 1842, nr. 8, 9, 23 ;
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Sion, 1841, nr., 7; Catholique, 1842, suppl. de janv. etdemars; Mailath, Neuere Gesch. der Magyaren, I, p. 238 et suiv ; die Religionswirren in Ungarn, Ratisb., 1843; Roscovany, de Matrim. mixtis, loc. cit.; Grégoire XVI, const. du 30 avril 1841 ; Schulte, Eherecht, p. 471 et suiv.; Kaiserk. (Kœnigl.) Décrète, Augsb. AUg. Ztg., 1844, suppl., nr. 139.
Ferdinand I««". — La révolution de 1848. — L'empereur François-Joseph. — Concordat.
188. L'empereur Ferdinand I" (1835-18-48) se montra, ainsi que son père, plein de déférence envers l'Eglise, mais la situation ne fut point modifiée sous son règne. La bureaucratie autrichienne suivit son ancienne ornière jusqu'à ce que la révolution du 13 mars 1848 envahît la capitale et renversât, avec l'ancienne administration civile, le système ecclésiastique de 1770.
La constitution du 25 avril 1848 garantissait la liberté de la foi et de la conscience comme le libre exercice du culte. Le principe de l'autonomie religieuse demeura intact, môme après que cette constitution eut été supprimée par une déclaration du ministère en date du 17 mai, qui faisait présager l'établissement en Autriche d'un Reichstag constituant. Le Reichstag fut dissous avant même d'avoir achevé ses travaux, par suite de l'abdication de Ferdinand (2 décembre 1848), auquel succéda sou neveu François-Joseph. Le ministère Schwarzenberg invita à se réunir à Vienne les évêques de tous les pays de la couronne dans lesquels les droits politiques accordés par la patente du 4 mars 1849 étaient en vigueur, pour entendre leurs propositions concernant les rapports futurs de l'Église avec l'État.
Le 29 avril, vingt-neuf évêques, renforcés plus tard do six autres, commencèrent leurs délibérations, et le 15 juin ils en transmirent le résultat au ministère. Par ordonnances des 18 et 23 avril 1850, le place t fut aboli, les relations avec Rome autorisées, le libre exercice du pouvoir disciplinaire et du culte, Finfluence légitime des évêques sur le haut enseignement assurés.
Le 18 août 1855, ;m concordat en trente-cinq articles, qui réglaient les plus importantes questions, fut signé par lo cardinal Viale Prela et par le prince- archevêque de Vieiü. • Joseph-Othmar Rauscher, ratifié par l'empereur (23 septembre;
et par le pape (3 novembre). Il fut suivi d'autres dispositions. Une assemblée des évêques autrichiens eut lieu à Vienne depuis le mois d'avril jusqu'au 16 juin 1856 pour l'exécution de ce traité ; le 8 octobre , une patente impériale rétablit la juridiction de l'Église en matière de mariage; puis, en 1858, une méthode d'enseignement théologique, conforme aux propositions des évoques, fut adoptée. La célébration des conciles provinciaux recommença à partir de 1859.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° i88.
Der Josephinismus und die kaiserl. Verordnungen rom 18 April 1850 in Bezug auf die Kirche, Vienne, 1851; M. Brühl, Acta eccles., Francf., 1851, livrais, i; Walter, Fontes, p. 276 et seq. Convention de 1855, ib., p. 280-302; Nussi, p. 310 et seq. ; Archiv, für kath. K.-R., t. I, livrais, iii, p. 180 et suiv. ; livrais, iv, p. 218 et suiv. ; livrais, yi, p. 365 et suiv.; t. VI, p. 176 et suiv. ; Feszler, Studien über das cesterr. Concordat, Vienne, 1856; Schulte, Kath. K.-R., I, p. 495 et suiv. Les conciles provinciaux depuis 1859 : voy. Collect. Lac, t. V, p. 1 et seq.
Attaques contre le concordat autrichien. — Renouvellement, de la lutte entre TÉglise et l'État. — Situation périlleuse des deux moitiés de l'empire.
189. Les ennemis de l'Église mirent tout en œuvre pour empêcher les effets de cette convention, pour la décrier et en faire ressortir les inconvénients.
La classe des fonctionnaires, élevés dans un milieu tout différent; une partie du clergé, imbu des idées joséphistes, suscitèrent de grandes difficultés. Les protestants, malgré les nombreuses concessions obtenues en 1860 et 1861 , se plaignirent qu'on attentait à leurs droits et provoquèrent en 1863 de nouvelles négociations avec Rome ; elles furent dirigées par l'évêque Feszler et n'aboutirent qu'en partie. La presse et le Reichsrath essayèrent par des lois civiles d'entraver l'exécution du concordat, qui ne fut appUqué que sur un petit nombre de points.
Le 25 mai 1868, l'empereur François-Joseph donna sa sanction à des {lois interconfessionnelles et scolaires tout à fait contraires aux dispositions du concordat. Pie IX s'en plaignit dans une allocution solennelle ; mais on continua de marcher dans cette voie, et, en 1870, le concordat fut complètement aboli.
La révolution dans l'état et dans l'églîsê. 337
La défaite de l'Autriche eu 1866; et la politique du ministre de Beust avaieut engeudré entre les pays cisleithaniens et les pays trausleithaniens un dualisme qui ne fit qu'accroître les dissentiments; des luttes religieuses et politiques de toute nature éclatèrent ; les ministres libéraux et les chambres travaillèrent à ressusciter le joséphisme, surtout par les lois ecclésiastiques présentées le 21 janvier 1874. L'épiscopat, encouragé par le Saint-Siège, fit d'inutiles protestations.
Compromise plus que jamais , entourée de mille dangers, l'ancienne monarchie des Habsbourgs entra en lutte avec l'Église , malgré tous les efTorts de celle-ci, notamment du cardinal J.-O. Rauscher (mort le 24 novembre 1875), pour conserver la paix avec l'État. Le libéralisme, mécontent de toutes les concessions qu'on lui faisait, ne s'inquiétait point des nationalités opprimées et des classes laborieuses de la société. Le panslavisme trouva de l'écho parmi les Slaves jaloux de l'indépendance des Hongrois , surtout parmi les Tchèques et les Ruthèues ; quelques-uns même inclinaient vers la religion du czar. La franc-maçonnerie, patentée en Hongrie, s'agitait aussi en deçà de la Leitha, et plusieurs pays delà couronne étaient travaillés par cet esprit révolutionnaire qui n'attend que le moment propice pour entrer en rébellion.
Histor.-pol. BL, t. XLIV, p. 929 et suiv.; t. XLVIII, p. 270 et suiv. ; Feszler, die Re vision des Concordats, Vienne, 1863; die jüngsten Verhandlungen zwischen der œsterr. Regierung und dem heil. Stuhle, Mayence, 1863; Archiv für K.-R., t. XIV, p. 170 et suiv.; t. XX, p. 157 et suiv.; t. XXII, p. 161 et suiv.; t. XXIV, p. 274 et suiv.; t. XXXI, p. 469 et suiv. ; t. XXXIl, p. 211 et suir. ; Vering, Droit^canon, § 40, p. 226-352 (allem.).
L'Italie.
La domination française en Italie.^
190. L'Italie avait, comme l'Allemagne, subi le joug de la France ; ses congrégations religieuses avaient été supprimées, la plupart de ses biens ecclésiastiques confisqués. Là aussi, les coutumes nationales devaient céder devant le mécanisme de l'administration française ; il fallait continuer l'œuvre com-
VU. — HIST. DE l'église. 22
mencéepar des ministres libres penseurs comme Taniicci et du Tillot, exploiter la population au profit de la tyrannie française. Les républicains français régnaient en maîtres et n'usaient d'aucun ménagement. Ils instituèrent des républiques sœurs : d'abord la république cisalpine et la république ligurienne ; puis, en 1798, la république romaine ; en 1799, à Naples, la république parthénopéeune. Le Piémont fut incorporé à la France le H septembre 1802 et divisé en six départements ; les dixsept évêchés furent réduits à huit, avec le siège archiépiscopal à Turin (l^' juin 1803). Néanmoins les revenus des neuf évêchés supprimés furent assignés en grande partie aux évêchés maintenus. Tous les évêques , invités, comme ceux de France , à résigner leurs fonctions , y consentirent, excepté Burongo, archevêque de Turin. Le roi légitime, Charles- Emmanuel IV, depuis longtemps restreint à l'île de Sardaigne, s'était retiré à Rome , avait abdiqué en faveur de son frère Victor-Emmanuel, et était entré dans la Compagnie de Jésus (1804). Comme lui, son frère n'eut que la Sardaigne. Sur le continent, tout était français.
En 1801, la Toscane fut donnée, sous le nom de royaume d'Étrurie, à l'infant Lodovico , prince héréditaire de Parme, puis réunie à la France en 1808 et transmise à la sœur de Napoléon, Elisa Bacciochi, à titre de grand-duché. La république ligurienne, qui en 1802 avait reçu de Paris une nouvelle constitution, fut incorporée à l'empire français en 1805. La république cisalpine, composée de la Lombardie, d'une partie de la Vénétie, des trois Légations pontificales, de Modène, Massa et Carrara (tandis que Parme étuit englobé dans la république française en 1801, donné avec Plaisance à Cambacérès, à titre de fief impérial, en 1806, et incorporé à l'empire en 1808), devint, à partir de l'alliance défensive du 21 février 1798, complètement dépendante de la'France. Elle reçut en 1802 Bonaparte pour président, Melzi pour vice-président , et s'appela désormais république italienne, jusqu'en 1805, où elle fut transformée en royaume d'Italie.
Là aussi (16 septembre 1803) un concordat fut passé avec le Saint-Siège sur le modèle du concordat français, mais plus favorable à l'Église en quelques points. La religion catholique fut déclarée religion de l'État; tous les évêchés existants,
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS L ÉGLISE. 339
à l'exception de deux, furent maintenus ; les libres relations des évêques avec Rome garanties, la suppression des fondations ecclésiastiques subordonnée au concours du Saint-Siège et la liberté des ordinations reconnue. Malheureusement, des décrets additionnels, imités des articles organiques français, y furent ajoutés en février 1804. : ils restreignaient sensiblement les droits de l'Église, supprimaient les couvents qui ne se consacraient pas au soin des malades et à l'enseignement, confisquaient quantité de biens d'Église et introduisaient une surveillance sévère de la part de l'État.
Neueste Gesch. der Kirche, livre II, p. 261 et suiv. ; livre III, p. 574 et suiv. ; Gams, II, p. 39 et suiv. ; Pietro Balan, Storia d'Italia, Modena, 1878, vol. VII, livre LI, p. 28 et seq. ; livre LU, p. 75 et seq.; Hisl.-polit. BliEtter, 1852, I, p. 282 et suiv.; Concordat italien, cidessus, § 69.
Les États de l'Église sous Napoléon.
191. A peine Pie Vil avait-il rétabli l'ordre dans les États de l'Église (1800-1808) et pansé maintes blessures reçues de la république, que sa déportation et son détrônement amenèrent de nouvelles calamités. L'État pontifical formait maintenant deux départements français ; un grand nombre de cardinaux et de prélats étaient prisonniers ; Rome avait perdu ses archives et une multitude d'œuvres d'art ; la conscription militaire française pesait lourdement sur la population, de même que le Code Napoléon, nullement fait pour elle. Le préfet napoléonien de Rome, Tournon (1810-1814), qui s'instruisait exactement de tout, rendit souvent justice au gouvernement pontifical si calomnié ; ses études de statistique fournirent la preuve que ce gouvernement, dans la plupart des cas, agissait très sagement et que sur une foule de points son administration était préférable à celle des Français.
La prétention de Napoléon, d'exiger le serment de fidélité apporta une affliction singulière aux États de l'Église. Trois évêques seulement (ceux de Pérouse, de Segni, d'Anagni) consentirent à le prêter; les autres, ainsi que les chanoines de Saint- Pierre et de Latran, et la plupart des curés s'y refusèrent énergi-
34Ö flISTOIRE DE L*ÉGUSË.
quement. C'est pourquoi les ecclésiastiques infirmes furent renfermés à San-Callisto, et les autres déportés; dix-sept évèchés et beaucoup de paroisses furent supprimés ou confiés à des personnalités dociles. Déjà en 1810 on fermait les couvents des deux sexes, et bientôt cette mesure s'étendit à l'ilalie entière. Toute tentative de résistance dans le peuple fut réprimée avec une sévérité sanglante, tandis que les francs-maçons se propageaient librement dans les États de l'Église et dans le reste de l'Italie.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N* i91.
Mémoires de Consalvi, p. 47 et suiv., 403 et suiv., trad. ail.; Pacca, Memorie stor., P. II; Tournon. Études stalistiqiies sur Rome et la partie occidentale des États romains, Paris, 1831, 3 vol.; mon ouvrage : der Kirchenstaat seit der franzœs. Revolution, Frib., 1860; Balan, loc. cit., livre LIV, p. 283 et seq.
Naples sous Joseph Bonaparte et Murat. — Les carbonari.
192. Naples ne resta que peu de temps en république : en 1799, le cardinal Ruffo expulsa les républicains et rétablit le gouvernement de Ferdinand IV. Napoléon, par décret du 27 décembre 1805, déclara que la dynastie des Bourbons, ayant rompu la neutralité, avait cessé de régner à Naples. Le roi Ferdinand s'embarqua pour Palerme, et ne conserva que la Sicile, sous la garantie de l'Angleterre ; la plus grande partie de la Calabre lui demeura également fidèle. Joseph Bonaparte fit son entrée à Naples le 13 février 180G; il assura l'Église de sa protection, parcourut une partie du pays, et, nommé roi sur ces entrefaites (30 mars), rentra en triomphe dans sa capitale (11 mai). Bientôt le cardinal Ruffo fut expulsé avec toute sa famille; beaucoup de personnes furent condamnées, les ordres religieux persécutés, les biens d'Église confisqués. En Calabre, il y eut des combats acharnés.
Quand Joseph eut été remplacé par Joachim Murat, jusquelà grand-duc de Berg (1808), la suppression des couvents suivit son cours, la juridiction ecclésiastique fut soumise à de nouvelles restrictions et l'instruction entièrement sécularisée. Le roi Murat ne commença à faire parade de ses sentiments religieux que lorsqu'il se fut séparé de son beau-frère Napoléon (nov. 1813).
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 3-41
Pendant la domination française, il s'était formé, sous le nom de carbonari , une société secrète politique, qui travaillait surtout à secouer le joug de l'étranger; elle avait beaucoup d'analogie avec les francs-maçons, et partait de cette idée que les institutions positives de l'Église et de l'Etat étaient, les unes surannées et inutiles, les autres funestes ; que le meilleur remède à toute espèce de tyrannie, c'est une confraternité générale et indistincte dans l'état de nature. Ses membres se nommaient carbonari, parce qu'ils tenaient leurs libres assemblées dans les âpres contrées des Abruzzes, pareils aux charbonniers, qui travaillent dans la solitude ; ils leur empruntaient leurs emblèmes, comme les francs-maçons empruntaient les leurs aux maçons. Au lieu de «loges», ils avaient des « huttes» {baraches) et des « places de vente » {vendite, ou ventes). Ils se servirent longtemps d'une langue mystérieuse, et même, à cause du peuple, de cérémonies religieuses.
Les mystères delà société étaient réservés à ceux qui avaient fait leurs preuves; un tribunal spécial jugeait les traîtres, et les délinquants échappaient rarement à la mort. Plusieurs jeunes gens sans expérience se laissèrent gagner, et les troupes mêmes de Murât aidèrent à propager cette société dans les Marches et dans les Légations. Le 14 mars 1814, les carbonari résolurent d'imposer une constitution par la violence. Le roi légitime, qui les voyait de très mauvais œil, les combattit avec toute la rigueur possible ; mais Murât, qui occupa Naples en 1815, se rattacha à eux et déclara (mars 1815) que l'heure de l'indépendance et de l'unité italiennes avait sonné. Au mois d'octobre 1815, quand Murât eut été pris et fusillé, les carbonari se bornèrent provisoirement à propager leur société en secret. A partir de 1818, ils eurent une « hutte » à Macerata, dans les Etats de l'Église, et plusieurs en Lombardie ; en Piémont, ils s'allièrent avec une société analogue, VAdelfia. Ils cherchaient à répandre partout leur influence, même dans le clergé; ils effrayaient les esprits en agitant le spectre des sociétés secrètes réactionnaires (les soi-disant sanfédistes), éveillaient par leurs écrits la haine contre la domination étrangère restaurée par le traité de Vienne, mais surtout contre l'Autriche, redevenue aussi puissante en Italie, et qui régnait sur la Lombardie, Venise, la Toscane, Parme et Modène, et préparaient ainsi des
secousses et des révolutions nouvelles. L'esprit clairvoyant de Consalvi apercevait l'abîme dès 1818; il prévenait — mais en vain — les princes et leurs ministres. La « Société de l'amitié catholique n, fondée en Sardaigne par le comte de Maistre, afin d'opposer une digue à l'invasion du mal par la prière et la propagation de bons livres, parut à Charles-Félix, roi de Sardaigne, un danger pour l'État. Quant aux Autrichiens de la Lombardie, ils étaient beaucoup plus effrayés de la prétendue « secte des consistoriaux », qu'on disait fondée parle cardinal Pacca et les jésuites, que de la franc-maçonnerie.
Gams, I, p. 224 et suiv., 603 et suiv. ; mémoires de Consalvi, p. 428 et suiv; Salvatore de' Renzi, Tre Secoli di rivoluzioni napoletane, Napoli, 1866; mon ouvrage: der Kirchenstaat, p. 153 et suiv., 242; John Murray, Memoirs of the Secret Societies of the South of Italy, Lond., 1821 ; Reuchlin, Gesch. Italie, Leipzig, 1859, I, p. 51 ; Wrightson, Gesch. des neueren Italiens, trad. de l'anglais, Leipzig, 1859, p. 1 et suiv. ; Crétineau-Joly, l'Éghse romaine, II, p. 77 et suiv.; ibid., p. 79-81; Lettrede Consalvi à Metternich, du4janv. 1818. Sur les craintes que le catholique comte'Solar délia Margarita (ministre de Sardaigne de 1835 à 1847) inspirait aux cours : Memorandum, c. II. Cf. encore les Carte segrete délia polizia austriaca, Capolago, 1851.
Concordats des princes italien».
-193. Cependant les princes qui avaient été rétablis dans leurs domaines essayèrent, de concert avec le Saint-Siège, de régler la situation religieuse dans leurs différents États. Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel I", avait, par les traités de 1814 et 1815, non seuleoient recouvré la Savoie et le Piémont, mais encore acquis Gènes. Pour ces raisons, jointes à la situation anormale de ses États, il chargea en 1817 sou ambassadeur à Rome, le comte Barbaroux, de négocier un nouveau concordat. A. la suite de ce traité, le nombre des évêchés dans les États du continent fut porté à dix-neuf, et celui des archevêchés fixé à trois: Turin, Gènes etVerceil; plus tard (1822), l'évéché d'Annecy fut également rétabli. De concert avec Charles-Félix, Léon XII régla en 1828 la question des biens d'Église. Dans le duché de Modène, Pie VU put ériger le diocèse de Massa et entreprendre une nouvelle division des diocèses (1821). L'Autriche obtint une nouvelle dé-
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 343
limitation de ses diocèses de la Vénétie et de la Lombardie (-1818 et siiiv.) ; le duché de Lucques fat également réorganisé et l'on y restaura les chapitres (1819 et suiv.). La Toscane, en sa qualité de seconde fille de l'Autriche, garda à peu près son ancien ordre de choses, et demeura joséphiste.
Rome conclut avec Naples, à Terracine, le 16 février 1818, un concordat en trente-cinq articles. La religion catholique fut déclarée la religion unique du royaume des Deux-Siciles; sa doctrine devait dominer dans toutes les écoles. Quelques évêchés en deçà du détroit furent réunis ; ceux qui étaient situés au delà furent augmentés. Les biens d'Église non encore aliénés devaient être restitués, mais il fut convenu que les possesseurs des biens aliénés ne seraient pas inquiétés. On reconnut à l'Église le droit d'acquérir des immeubles et à tous les sujets la faculté de correspondre librement avec le Saint- Siège. Le roi, de son côté, obtint le privilège do nommer aux évèchés, et le pape celui d'élire aux premières dignités ; la nomination aux abbayes et aux canonicats fut partagée entre le pape etl'évèque, d'après la série des mois; les ordres religieux (y compris la Compagnie de Jésus) furent rétablis; la dotation des évoques et des chapitres, comme la limite des diocèses, de nouveau régularisée.
Autant le noble Pie VII devait se réjouir de ces résultats, autant il dut être centriste du décret royal qui prononçait le maintien de la « monarchie des Deux-Siciles» sans parler du refus perse vérant de reconnaître les anciennes relations de vasselage, et conservait l'ancien despotisme de l'État dans les affaires religieuses; ce despotisme, du reste, subsistait encore dans la plupart des autres États de l'Italie et paralysait l'influence de l'Église.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE iN" 193.
Concoi'dat de la Sardaigne : Nussi, Conveat., p. 135-178. Cf. Munch, II, p. 743-747. Constitutions pour Modène : Bull. Rom. Cont., t. XIV, p. 3UÖ-398, 402-46Ö, const. 981, 1023; pour la Lombardo-Vénétie, ib., t. XV,p. 36-40, 176-178; const. 786, 844; pour Lucques, ib., p. 243- 244, 382-386, const. 887, 974. Concordat napolitain avec d'autres documents : Miincli, II, p. 708-729; Nussi, p. 178-188; Gams, II, p. 603 et suiv.
Insurrections à Naples et en Sardaigne. — Tentatives de révolte dans les États de l'Église (1820-1831).
194. La révolution espagnole qui éclata en 1820, fut pour les carbonari napolitains une occasion de soulèvement. Le 2 juillet de cette année, renforcés par des troupes fugitives de Nola, conduites par le lieutenant Morelli et l'abbé L. Minichini, ils marchèrent contre la capitale aux cris de : « Vive Dieu, le roi et la constitution ! » Les progrès rapides de la révolte obligèrent le roi Ferdinand P'', intimidé, de prêter serment à la constitution espagnole acceptée à la hâte (dès le 13 juillet). Le mouvement eut son contre-coup en Sicile, où il donna lieu à des scènes sanglantes; puis en Piémont, où la défection, commencée d'abord dans la garnison d'Alexandrie (dO mars 1821), se propagea à Turin (t2).
A la suite de ces désordres, Victor-Emmanuel abdiqua la couronne en faveur de son frère Charles-Félix. La junte révolutionnaire, qui jouait au gouvernement provisoire, prit le nom de Confédération italienne, et, sur les ordres des sociétés secrètes, introduisit également la constitution espagnole. Le congrès des souverains tenu à Troppau-Laybarh eut pour conséquence l'intervention de l'Autriche dans les deux États. Le général Frimont dompta les rebelles napolitains et fit arborer le drapeau autrichien sur les portes de Naples (24 mars) ; le général Bubna dispersa les insurgés en Sardaigne (8 avril).
Cependant la haine rodouljla contre l'Autriche et contre les gouvernements alliés à l'Autriche ; vinrent ensuite les menées de la presse, les calomnies, les enrôlements d'étudiants, d'artistes et de manœuvres, les assassinats politiques, les attentats contre les représentantsdu gouvernement, connue en 1826 contre le cardinal Rivarolaà Ravenne. Les carbonari dressèrent leurs (( huttes » au sein même de Rome. Ils exploitèrent en 1821» l'exécution des assassins soudoyés par eux, mais bientôt vénérés comme des martyrs ; ils répandirent de violentes accusations contre les gouvernements légitimes, même dans la presse de l'étranger, et gagnèrent à leurs desseins révolutionnaires jusqu'à des princes de haute maison, notamment les Napoléons déchus, parmi lesquels les fils de l'ex-roi de Hollande, Napoléon et Louis (plus tard Napoléon III).
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 345
mort de Pie YIII, qui avait fait une vive résistance aux conjurés, l'aîné avait même écrit au nouveau pape pour lui conseiller de renoncer à la souveraineté temporelle, l'assurant que son autorité spirituelle n'en serait que mieux affermie et que luimême serait vraiment adoré. Il mourut à Forli le 17 mars 1831.
Révolution de 1831.
195. La révolution de Juillet à Paris avait ravivé toutes les espérances des mécontents. Les promesses d'un grand nombre de Français, les révolutions de Belgique et de Pologne, les changements survenus sur le trône à Naples et en Piémont, la longue durée du conclave, les fausses nouvelles répandues à profusion, avaient provoqué en Italie une surexcitation fébrile. Le 4 février 1831, une révolte éclatait à Bologne; d'autres lui succédèrent à Urbino, Pesaro et Ferrare (9-14) ; Ancône ne se rendit aux insurgés (17 février) qu'après un blocus de plusieurs jours. Les duchés de Parme et iModène étaient également en insurrection ; des armes arivaient de France, et des officiers napoléoniens dirigeaient le mouvement.
Les idées de nationalité italienne n'étaient pus seulement entretenues avec ardeur dans les sociétés secrètes, mais encore, quoique d'une manière très clandestine, dans les écoles et dans la presse. Les écrits d'Ugo Fuscolo, de Giacono Leopardi, etc., réchauffaient renthousiasme des patriotes, qui voyaient dans la domination autrichienne et dans la papauté les principaux obstacles à l'unité et à la grandeur de l'Italie. Dos femmes mômes se passionnaient pour l'indépendance politique de la Péninsule ; des protestants étrangers et des membres des sociétés secrètes concouraient à accroître la fermentation.
A Rome même, la révolte trouvait peu de partisans ; les tentatives de rébellion échouèrent misérablement. Bologne était le principal fuyer de l'insurrection. Le comte Charles Pepoli, napoléonien, y joua un rôle considéra ijle ; Vicini, président du gouvernement provisoire, lança un manifeste calomniateur contre la « domination des prêtres réprouvée par la Bible », proclama la fin de leur règne et la réunion des Italiens en un seul État et une seule famille. Un jeune avocat fanatique, Joseph Mazzini, de Gênes, qui depuis 1828 travaillait dans le
journalisme avec Guerazzi, écrivit en 1831 la « Lettre d'un Italien à Charles-Albert » (de Sardaigne), auquel il laisait le choix entre devenir le premier des hommes ou le dernier des tyrans de. l'Italie. Cette lettre était comme l'avant-garde de son journal et de sa société « la Jeune-Italie ». Déjà la conflagration de la Péninsule menaçait de devenir universelle. (Voyez ci-dessus, § 103 et suiv.).
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 194 à 19o.
Farini, Storia dell' Italia dall' an. 1814, Torino, 1854, t. I, et lo Stato romano dal 1815 al 1840, Fir., 1851 ; G. Montanelli, Meniorie suir Italia 1814-1850, Torino, 1853 ; Ranalli, le Storie ilaliane, Fir., 1855; A. Manno, Informazioni sul vontuno in Piemonte, ricavate da scrittiinediti di Carlo Alberto, di Cesare Balbo e di altri, Fir., 1879, ediz. II ; Pepe, Storia délia l'ivoluzione napoletana (apologie personnelle). Voy. sur lui : Sybels bist. Ztschr., 1869, t. XXI, p. 37 et suiv. ; Reucblin, I, p. 156 et suiv., 185 et suiv., 221 et suiv.; Wrigbtson, p. 34et suiv,; Nicom. Biancbi, Storia documentata délia diplomazia europea in Italia dal 1814 al 1861, Tor., 1865; A. Coppi, .\nnali d'italia dal 1750^compilati, vol. YI-VIIl. — Balan, loc. cit., livre LVI, p. 480 et seq.;Crétiueau-Joly,t.II, p. 5, 27, 73, 98 et seq., 122 et seq., 187 et seq.; la Rivoluzione romana, Fir., 1850, Napoli, 1852, livret, c. v, xni; mon ouvrage : der Kircbenstaat, p. 219 et suiv., 242 et suiv. Sur J. Mazzini, voy. Civiltà cattolica, 20 aprile 1861, p. 163.
Naples sous Ferdinand II. — La Toscane. — La Lombardie.
196. L'Autriche écrasa l'insurrection en 1831 et 1832, et n'en fut que plus détestée. A Naples, Ferdinand II (8 novembre 1830- 22 mai 1859) maintint d'une main ferme et son indépendance vis-à-vis de l'étranger et son pouvoir absolu en face des nombreuses tentatives d'insurrection. Il s'appliqua avec beaucoup d'ardeur à relever son pays, introduisit de nombreuses réformes et honora l'Église, tout en prétendant exercer sur elle une influence décisive et conserver les vieilles traditions bourboniennes, notamment les privilèges de la moîiarehie des Dôux- Siciles. Les plaintes de l'épiscopat (décembre 1849) nefiirent admises qu'en partie ; Pie IX ne put abolir en 1856 que quelques-uns des abus les plu^ criants, et n'obtint en 1857 que quelques articles additionnels au concordat de 1818. Les discordes iutes-
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 347
tines, l'impuissance, le manque de tenue des partis libéraux, ne pouvaient que consolider le système de l'absolutisme. Son fils François II, entouré de traîtres et peu au courant des intrigues, ne pouvait guère résister à la guerre ouverte que lui faisait le Piémont, malgré tout l'héroïsme qu'il déploya dans la défense de Gaëte.
En Toscane, dont le gouvernement suivait une politique équivoque, les lois léopoldines continuèrent d'être en vigueur; quelques points seulement furent réglésen 1851 par une convention avec le pape. On usa de beaucoup de ménagement envers les efforts du libéralisme, sans parvenir à gagner les bonnes grâces de ses chefs.
Le joséphisme fut également maintenu dans le royaume lombard-vénitien ; il ne fut un peu tempéré qu'en 1855. Cependant les classes élevées et la population des villes se montraient toujours hostiles à la domination autrichienne; les brusqueries d'une foule d'employés, leur manque de tact alimentaient les haines; dans la campagne, au contraire, le peuple demeurait passablement tranquille. Parme, Modène, Lucques, placées sous la protection exclusive de l'Autriche, étaient également remplies de ferments de discorde. La guerre et la révolution romaine de 1848 et '1849 causèrent bien des désastres dans le nord et dans le centre de l'itahe. Le constitutionnaiisme était partout mis de côté; il ne se maintint qu'en Sardaigne, où il produisit depuis son adoption (octobre 1847) des fruits abondants.
Sur Ferdinand II, Hist.-pol. Bl., 1859, t. XLIV, p. 234 et suiv. ; Archiv, für K.-R., t. III, p. 367-372. Concordat de Toscane I8ol:Nussi, Rivoliizione roraana, I, 3, 10; II, 5, 6; mon ouvrage : der Kirchenstaat, p. 2ö4 et suiv.; A. Goppi, op. cit., vol. IX, X, Fir., 1809, 1800 (voy. sur lui Reuraont dans Syhels Ztschr., t. V, 1861, p. 99 et suiv.); Mencacci (ci-dessus, § 1 14), I, p. 15 et seq.
Conduite de la Sardaigne envers l'Église. — Royaume d'Italie. — Fin de la «monarchie des Deux-Siciles ».
197. En Sardaigne, dans le courant de mars 1848, on procéda d'une façon si barbare à l'expulsion des jésuites, que V. Gioberti en fut lui-même indigné : « Est-ce-là », s'écria-t-ii,
« votre générosité envers les droits sacrés du malheur? » L'Ordre fut définitivement expulsé le 25 août, ainsi que les Dames du Sacré-Cœur. Vint ensuite, le A octobre, une loi sur l'enseignement tout à fait hostile à l'Église. En 1849, commencèrent les hostilités contre l'archevêque de Turin , contre l'évêque d'Asti et aussi contrôle pape. En 4830, les lois Sicardi supprimèrent les immunités ecclésiastiques ; la juridiction spirituelle fut attaquée ; on emprisonna les archevêques de Turin et de Sassari, ainsi que plusieurs prédicateurs ; l'enseignement théologique fut réglé par le seul pouvoir civil (1851), le mariage civil introduit (1852) , l'économat royal apostolique complètement sécularisé (1833). L'année 183-4 fut marquée par les lois sur les couveuts; celle de 1835, par la suppression de l'Académie ecclésiastique de Superga, et les années qui suivirent 1836, par d'incessantes tracasseries contre les curés et les prêtres séculiers et par la spoliation des hiciis d'Église.
Grâce à la réunion, progressivement préparée depuis 1839, de l'Italie en une prétendue grande puissance sous le sceptre de la dynastie de Savoie, qui fut obligée de céder à la France sa terre natale, la législation et la constitution piémontaises prévalurent dans toute la Péninsule. On favorisa la propagandes protestante, on supprima les couvents, on confisqua les biens d'Église (loi du 7 juillet 1866), on introduisit le mariage civil, on étendit le devoir militaire au clergé, on érigea des écoles hostiles à l'Église, on perséruta les évoques et les prêtres. La presse catholique jouissait seule d'une plus grande hberté que dans d'autres pays soumis au même régime. Les ministres, qui se succédaient rapidement, allèrent jusqu'à réglementer le culte divin et reçurent quelquefois de sévères remontrances des tribunaux. On assistait aux plus étranges anomalies.
En Sicile, le dictateur Garibaldi, et après lui le délégat royal (ordinairement un général) poussèrent l'audace jusqu'à revendiquer les droits de légat-né, en vertu des privilèges de la « monarchie des Deux-Siciles » . Depuis 1860, on vit cet étonnant spectacle d'une Église attaquée au nom des pouvoirs que les papes conféraient aux légats, les décrets modérateurs du souverain pontife annulés et les plus horribles sacrilèges perpétrés. De là vient que Pie IX, par sa bulle du 28 janvier 1864, publiée le lOoctobre 1867, supprima complètemen lin « monarchie
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISË. 349
des Deux-Siciles » et régla selon le droit commun la procédure et les instances de la juridiction ecclésiastique. Le gouvernement protesta et prescrivit au juge ecclésiastique de la monarchie de continuer ses fonctions. Ms"" Cirino Rinaldi obéit, et se fit excommunier (-23 juillet 1868). Il trouva peu de partisans. Le gouvernement jugea à propos de renoncer totalement, par sa loi de garanties du i3 mai 1871, à cette monstrueuse légation. La révolution italienne , affamée d'argent et de territoires, pleine de haine contre l'Église, n'est pas encore à son terme ; elle continue ses orgies au milieu delà misère croissante du peuple, épiant les moments favorables et fières de ses puissants alliés.
Archiv fur kath. K.-R., t. XIII, p. 338; t. XXII, p. 175 ; t. XXIII, p. 338; t. XXV, p. cvi et suiv. Hist.-pol. BL, t. XXXV et suiv. ; Civiltà cattolica, ser. IV, vol V, p. 120 et seq., 254 et seq. Autres ci-dessus, §§ 114 et suiv.; Sentis, die Monai'chia Sicula, p. 227-244. Documents : Civiltà cattolica, 1868, ser. VII, vol. IV; ser. VI, vol. XII; ser. VIII, vol. II. Archiv für kath. K.-R., t. XXV, p. xcvni.
Li'Espag'ne.
Bouleversement de l'Espagne.
198. L'Espagne devint la proie de Napoléon par ses dissensions intestines sous son faible roi Charles IV (depuis 1789). A la place de ce prince gouvernait l'indigne favori Manuel Godoy, feld -maréchal depuis 1791, illustré par son mariage avec une infante et par le titre de « prince de la Paix » . Godoy, accusé de bigamie, fit expulser du pays le cardinal Lorenzana, homme d'un grand mérite; Despuig, archevêque deSéville; Musquiz, évêque d'Avila , qui voulaient l'accuser de ce crime auprès de l'Inquisition. Il prit différentes mesures funestes à l'Église, surtout aux couvents, gaspilla la fortune de l'Église et de l'État, augmenta la dette publique, et amena la ruine complète du commerce et de la marine espagnols. Déjà en 1806, le tout-puissant ministre, élevé au rang d'infant, voyait ses ressources épuisées et tâchait de se détacher de la France, qui tenait l'Espagne enchaînée parle traité de Saint-Ildefonse(1796) et l'étreignait déjà.
Napoléon, qui laissait tout faire afin de jouer ensuite le rôle de libérateur du pays, fit en 1808 avancer quatre armées,
en apparence contre le Portugal ; elles s'emparèrent des places les plus importantes, tandis que Napoléon continuait d'adresser à Charles iV des lettres amicales. Le peuple se figurait que Napoléon n'avait d'autre dessein que de renverser Gaudoy et de protéger l'héritier du trône, Ferdinand, gravement menacé par Gaudoy en 1807. Il assiégea le palais du favori en proférant des malédictions, et, le 18 mars 1808, obtint sa destitution.
Charles IV abdiqua inopinément le pouvoir en faveur de son fils Ferdinand VII, à la grande joie du peuple. Plus tard, les intrigues de la France arrachèrent au vieux roi une protestation antidatée du 21 mars, contre son abdication soi-disant obtenue par la force; et le jeune roi, dont les meilleures troupes étaient parties pour le Danemark au service de Napoléon, consentit, dans son inexpérience, à se rendre à Bayonne près de Napoléon, et y apprit par un décret impérial (20 avril) que la dynastie des Bourbons avait cessé de régner en Espagne. Plus tard. Napoléon obtint l'abdication formelle du père et du fils (5, 6 mai), et nomma (6 juin) son frère Joseph roi d'Espagne.
Ouvrages a consulter sur le n° 198.
Leo, Univ. -Gesch., V, p. 500 et siiiv. ; Pfeilschiffter, Denkwiïrdigk. aus der span. Revolution, Aschaffenb., 1836; le môme, die kirchlichen ZusLœnde in Spanien, Wurzb, 1842; Baumgarten, Gesch. Spaniens zur Zeit der franzœs. Revolution, Berlin, 1861 ; Sybels histor. Ztschr., 1863, I, p. 83 et suiv. ; Moroni, Dizionario, v. Spagna, p. 159 et suiv. ; Tejada y Ramiro, VII, 293 et seq. (Délibérations sur la réforme des réguliers et bulles du 10 sept. 1802 et du 15 mai 1804); Archiv für kath. K.-R., 1864, t. XII, p. 46-51; Mémoires de Consalvi, p. 439-443; Gams, H, p. 59 et suiv.
Le roi Joseph et la guerre de délivrance en Espagne.
1 99. Mais les Espagnols, déjà précédemment froissés par Murât dans leur orgueil national, se soulevèrent, avec l'aide de l'Angleterre, contre l'étranger qu'on leur imposait; le conseil de Castille lui refusa ses hommages ; les insurgés s'emparèrent de la flotte française à Cadix ; des juntes nationales furent créées à Sévilleet dans d'autres villes importantes partout; l'enthousiasme patriotique enflamma les esprits. Les Français avaient beau remporter des victoires : de nouvelles bandes se formaient
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 351
incessamment. En 1809, Saragosse soutint longtemps un siège héroïque. Le roi Joseph n'était obéi que là où il avait des troupes françaises à sa dispüsition. Il commit d'ailleurs une foule de maladresses : il fit célébrer les victoires des Français par des Te Deum, organisa tout sur le modèle de la France, imposa au clergé de lourdes contributions, réduisit des deux tiers le nombre des couvents, puis les supprima tous sans distinction (18 août 4809), ne donna aux religieux expulsés que des pensions dérisoires, et révéla dans tous ses actes la haine de la Révolution contre la vie catholique.
Les évêques et les chapitres reçurent l'ordre de se déclarer dans des adresses en faveur des principes gallicans ; mais peu y consentirent. Plusieurs de ces adresses furent interpolées et falsifiées. Un grand nombre d'ecclésiastiques de tout rang furent déportés en France. Cette mesure devait encore aigrir davantage les Espagnols . Dans le midi de l'Espagne, le clergé séculier et régulier excitait à la lutte le peuple opprimé.
Les Espagnols obtinrent des succès de plus en plus signalés, surtout depuis que WeUington fut venu à leur secours. La junte de Cadix avait notablement adouci pour son territoire le décret de la suppression des couvents; mais il y avait toujours quelques hommes isolés qui favorisaient les hostilités contre l'Église, et l'Espagne était inondée d'un déluge d'écrits pernicieux. La franc-maçonnerie y fut admise. Les expéditions des Anglais accrurent sensiblement le désordre, et répandirent ainsi en abondance les germes de futures révolutions . Le sentiment catholique était cependant encore assez vivace dans le pays pour qu'en 18121a constitution passablement intempestive de Cadix lui rendît hommage comme à une puissance de premier ordre, et reconnût dans son article 12 que l'ÉgHse catholique romaine est la seule véritable religion, qu'elle est et demeure la religion de la nation espagnole, qu'elle serait protégée par des lois sages et équitables, et l'exercice de tout autre culte interdit.
Mais le gouvernement constitutionnel de 1813 ayant pris quantité de dispositions préjudiciables aux droits de l'Église, le nonce du pape, Pierre Gravina, archevêque de Nicée, qui avait suivi lajunte royale à Cadix, envoyadu Portugal une protestation énergique en date du 4 janvier 1814. Sur ces entrefaites, Napoléon
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lui-même (il décembre 1815) avait dû sacrifier son frère Joseph et reconnaître Ferdinand VU comme roi d'Espagne.
De Pradt, Mémoires hist. sur la révolution d'Espagne, Paris, 1814; H. Baumgarten, Aus den span. Cortesvon 1810 (Sybels histor. Ztschr., 1859, III, p. 118 et suiv.); Castillo y Ayensa, Hist. de las negociaciones de Espana con la S. Sede, Madrid, 1859, vol. I, p. 152, 153 ; vol. II, p. 95 ; Manifesto istorico di D. Pietro Gravina, arcivescovo diNicea, sula sua condotta di Nuncio apostolico, Roma, 1824 ; Archiv für kath. K.-R., loc. cit., p. 31 et suiv.
Restauration de 1814. — Insurrectioa de 1820.
200. La réaction, qni commença avec le retour du roi légitime, reconnu même de son père (mars 1814), fut aussi suivie du rappel du nonce Gravina, qui fut accueilli avec honneur. Cette réaction satisfit, il est vrai, sur plusieurs points, aux devoirs de la justice ; mais elle fut aussi accompagnée de quantité de mesures sévères et imprudentes, dont on essaya, bien à tort, de rendre le clergé responsable. Le vieux despotisme reparut de nouveau ; la constitution de Cadix fut abolie, les cortès furent dissoutes, tout le système napoléonien fut écarté ; l'ancienne étiquette de cour, les ordres de chevalerie, l'Inquisition (qui cependant avait perdu beaucoup de son importance), furent rétablis. L'Église perdit plus qu'elle ne gagna; sa fortune fut sérieusement entamée et son action souvent paralysée par le pouvoir civil.
Les francs-maçons poursuivaient leurs menées. Les révoltes des colonies de l'Amérique du Sud et la révolution de 1820 en faveur de la constitution abolie ébranlèrent de nouveau profondément la monarchie, qui avait un si grand besoin de repos. Le 1" janvier 1820, des troupes insurrectionnelles proclamèrent le statut de la constitution de 1812, et beaucoup de villes se prononcèrent dans ce sens, de sorte que Ferdinand VII se crut obligé de le rétablir et de jurer qu'il l'observerait (7 mars 1821). Les nouvelles cortès publièrent différentes lois, qui furent vivement attaquées par le clergé; l'Inquisition fut encore une fois supprimée, huit cent vingt couvents abolis, les jésuites expulsés, deux évêques bannis, l'archevêque de Valence menacé de mort, le chanoine Vinuesa, chapelain du roi, cruellement assassiné en prison, sous prétexte d'hostilité à la constitution,
LA RÉVOLUTION DANS L*ÉTAT ET DANS l'ÉGLISË. 383
On voulut forcer les prélats nouvellement élus d'entrer en fonction sans avoir été approuvés par le pape; toute relation avec le Saint- Siège, tout envoi d'argent à Rome furent interdits. Le pape refusa de reconnaître comme ambassadeur Villanueva, janséniste et gallican fanatique, qui s'était publiquement prononcé pour des principes anticatholiques. Le nonce Giustiniani, archevêque de Tyr, qui avait énergiquement protesté contre les actes hostiles à l'Église, dut quitter Madrid, après avoir été abreuvé d'affronts (janvier 1823). La rage des exaltés, longtemps contenue, se déchaînait incessamment contre le clergé et surtout contre les ordres religieux.
Carnicero, la Inquisicion justamente restablecida, Madrid, 1816 (contre Llorente). Julian, Précis hist. des principaux événements qui ont amené la révolution d'Espagne, Paris, 1821; Hügel, Spanien und die Revolution, Leipzig, 1822; Gervinus, Gesch. des 19 Jahrb., II, p. 160 et suiv.; Archiv für K.-R.. loc. cit., p. 52 et suiv.; Wagner, ßiographieen kalh. Geistlicher des 19 Jahrh., p. 423 et suiv. (sur Vinuesa); Pfeilschilfter, Denkw., p. 140 et suiv.; Historia de la vida y reinado de Fern. VII, Madrid, 1842.
Intervention de la France. — Querelle sur la succession au trône d'Espagne.
201. La révolution espagnole inquiétait les autres puissances. Après les congrès de Troppau et de Laybach, le ministère constitutionnel de Madrid ayant refusé d'abohr la constitution démocratique, les ambassadeurs d'Autriche, de Russie, de France et de Prusse quittèrent le pays. A la suite d'une décision prise au congrès de Yérone (octobre 1822), les troupes françaises intervinrent en Espagne. Elles ne trouvèrent nulle part de résistance sérieuse (avril 1823), et furent souvent acclamées par des juntes royalistes. Le roi avec sa famille avait été emmené par les ministres et les certes, d'abord à Séville, puis à Cadix; le 27 septembre, les cortès se séparèrent et mirent le roi en liberté. Cadix fut (2 octobre) livrée aux Français, qui demeurèrent dans le pays jusqu'en 1828, pour affermir l'autorité royale. Ferdinand VII rétablit le régime de l'absolutisme tel qu'il existait auparavant. Ce régime, ainsi que le sévère châtiment des attentats commis, irrita encore plus les libéraux,
vu. — HIST. DE l'église. 23
â54 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
tandis que les catholiques rigides ( les « Apostoliques » ) étaient aussi très mécontents du système de gouvernement absolu et auraient volontiers élevé au trône le frère du roi, don Carlos. Les complications devinrent très sérieuses lorsque Ferdinand VII, après la mort de la reine Josépha en 1829, épousa sa nièce, Marie-Christine de Naples, qui lui donna une fille, Isabelle (10 octobre 1830). En vue d'une postérité (29 mars 1830), il supprima la loi salique, introduite par Philippe V (10 mai 1713), et rétablit l'ancien mode de succession au trône d'Espagne. Don Carlos protesta contre cette mesure; il fut appuyé par le propre frère de Christine, Ferdinand II de Naples, et par plusieurs cours européennes, par le clergé et les conservateurs du pays. Le roi lui-même hésitait de nouveau, et peu s'en fallut qu'il ne révoquât cette mesure; il en fut empêché par le ministère. On demanda à Grégoire XVI d^engager le clergé d'Espagne à obéir au roi; le pape le fit (5 mars 1833), mais seulement en termes tout à fait généraux et sans se prononcer sur la question de légitimité. Don Carlos se rendit avec sa famille en Portugal, et résista résolument aux ordres de son frère de reconnaître Isabelle II.
Miraflores, Memoria bist, legal sobre las leyes de succession à la Corona de Espana, Madrid, 1833 ; Zea Bermudez, la Vérité sur la question de succession, Paris, 1839; Zœpfl, die span. Successionsfrage, Heidelb., 1839; Castillo y Ayensa, loc. cit., vol. I, c. i, p. 1 et seq.; append., n. 2 et seq., p. 6 et seq.; Moroni, loc. cit., p. 182 et seq.; Arcbiv für K.-R., loc. cit., p. 57 et suiv.
Guerre civile et persécution de l'Église sous Christine.
202. A la mort de Ferdinand VII (29 septembre 1833), Isabelle, âgée de trois ans, fut proclamée reine, tandis que don Carlos prenait lui-même le titre de roi. La régence fut gérée par sa mère Christine. L'Angleterre et la France, qui étaient pour Isabelle, conclurent à ce sujet l'alliance du 22 avril 1834. Don Carlos fut chassé du Portugal, et les provinces basques et l'Aragon se levèrent pour soutenir sa cause. Christine se rattacha au parti libéral, soit dans Tarmée, soit dans la société civile, et lui fit des concessions de plus en plus étendues. Le nouveau gouvernement de Madrid demanda au Saint-Siège de
reconnaître formellement et de confirmer ses présentations ; mais, comme ses droits sur le pays étaient contestés et incertains, qu'ils n'étaient pas reconnus par l'Autriche, la Russie, Naples et la Sardaigne, Grégoire XVI ne pouvait y consentir. A Madrid on refusa d'accepter, comme étant contraires à la dignité de la couronne d'Espagne, les propositions de Rome sur le mode de nomination aux emplois. Les mauvais traitements, les outrages infligés au clergé furent mis sur le compte des passions révolutionnaires, que le pape était tenu de réprimer.
Quand le choléra éclata dans Madrid en 1834, les radicaux en rejetèrent la cause sur les couvents et suscitèrent contre eux une violente persécution. Des bandes de populace furieuse envahirent et saccagèrent les maisons religieuses et en massacrèrent les habitants. Déjà le peuple de la capitale était famiharisé avec les scènes d'horreur, et la sécularisation commençait. Ou rendit une foule de décrets contre le clergé; les évèques furent cités devant les tribunaux comme carlistes, et privés du droit de censurer les livres de théologie. On édicta des lois pénales contre les abus de la chaire et du confessionnal, on assigna les biens de l'Inquisition à la commission chargée d'éteindre les dettes de l'État, on supprima la Compagnie de Jésus (4 juillet 1835) et les autres couvents, sauf de rares exceptions (25 juillet, 11 octobre), et l'on confisqua leurs bieus.
Dans plusieurs vifies, les personnes appartenant à des ordres religieux furent vouées à des tortures et aune mort cruelles; on détruisit une infinité d'œuvres d'art, on vendit jusqu'aux vases sacres. Déjà le gouvernement avait de son propre chef régie la discipline des séminaires ; on discutait des plans relatifs à la séparation de l'Espagne d'avec Rome, et il fut décidé (22 février 1836) que nul ne pourrait désormais prêcher ni confesser sans l'agrément du pouvoir civil. L'autorité ecclésiastique n'était plus respectée. En vain Grégoire XVI, dans son allocution du 1" février 1836, protesta en termes sévères, quoique mesurés, contre la violence inouïe exercée envers l'Église.
Pirala, Hist. de la guerra civil, II, éd. Madrid, 1868 ; G. de Bonila, la Guerre civile en Espagne 1833 etsuiv., Paris, 1873; Histor. -polit. Blœtter, t. 111, p. 294 et suiv.; 402 et suiv., t. IV, p. 641 et suiv., 705
356 nïsTOiRE t)E l'église.
et siiiv. ; t. V, p. 43 et suiv,; t. VII, p. 488 et suiv.; t. VIII, p. 467 et suiv,; Catholique, t. LVIII, supplém., p. 19 et suiv.; t. LIX, p. 20 et suiv.; t. LX, p. 36, suppl.; Archiv für K.-R., 1864, t. XII, p. 385-404.,- Wiseman, Ges. Sehr., I, p. 301 et suiv.; Manual razonado de hist. y legislacion de la Iglesia, Madrid, 1833. Allocution du 1«» fév. 1836 : Annali délie scienze religiöse, t. Il, p. 245 ; Rheinwald, Acta hist. eccl., 1836, p. 4 et seq.; Castillo, loc. cit., t. I, ap., n. H, p. 149-152.
Aggravation des mesures contre le clergé.
203. Après la chute du ministre tyrannique Mendizabal (15 mai 1836), à la suite de la révolution de la Granja, qui remplaça le statut de 1834 par la constitution démocratique de 1812, la situation du clergé fut encore plus déplorable : on confisqua les revenus des ecclésiastiques qui demeuraient à l'étranger sans autorisation royale et ne résidaient pas dans leurs églises ; on ne leur fit point de pension ; on défendit aux évêques de leur conférer les ordres et de leur accorder des dimissoires ; la surveillance exercée sur toutes les fonctions sacerdotales dépassa toute mesure. Les relations officielles avec le Saint-Siège demeurèrent interrompues depuis le 27 octobre 1836 jusqu'au 7 janvier 1845.
Le 6 février 1837, un décret des cortès défendit de nommer aux emplois ecclésiastiques vacants. Les prélats non institués reçurent l'ordre d'administrer les diocèses qui leur étaient conférés parla reine ; les plus consciencieux s'y refusèrent et furent également persécutés. Souvent le peuple sortait des églises quand il y voyait entrer les intrus envoyés de Madrid, et il fuyait les prêtres approuvés par l'État . Non contentes de ratifier, sauf quelques réserves , la suppression de tous les couvents , les cortès supprimèrent, sans nulle compensation, toutes les dîmes, prémices et autres subsides fournis au clergé, et déclarèrent les biens d'Église propriétés nationales.
Pour ne pas rester en arrière de la révolution française, une junte particulière se chargea d'élaborer, sur le modèle de la constitution civile, un a projet de réforme du clergé » ; mais la reine régente lui refusa sa sanction (18 décembre 1837), et convoqua une nouvelle junte pour préparer un autre plan, attendu que les principes jansénistes et révolutionnaires n'avaient pas en Espagne d'assez profondes racines. Quoique
les changements de ministère fussent fréquents en 1838 et 1839;, les ministres Ferez de Castro et Lorenz Arrazola, chargés des affaires ecclésiastiques, demeurèrent en fonction jusqu'au mois de juillet 18i0. Le Saint-Siège fut en butte à de violentes accusations, surtout à cause des pouvoirs accordés aux prêtres qui exerçaient leur ministère sur le territoire des carlistes. On ne savait s'il fallait rompre définitivement avec Rome ou entamer de nouvelles négociations.
Négociations avec Rome.
204. Les succès militaires des partisans de Christine, favorisés par la trahison de généraux carlistes comme parleurs discordes, et surtout par le traité de Vergara (31 août 1839), devaient, dans l'opinion des hommes d'État espagnols, rendre le Saint-Siège tout à fait accommodant. Ils se trompaient. Julien Villalba, envoyé à Rome comme agent confidentiel, fut reçu par le cardinal Lambruschini (février 1840) avec politesse, mais avec réserve; le cardinal éluda toute question politique, mais il chercha à s'assurer des dispositions rehgieuses de l'agent. Viilalba négocia avec le prélat Capaccini, et comme il ne pouvait rien attendre de plus dans l'état incertain où se trouvait l'Espagne, il finit par demander qu'on revînt aux propositions du Saint-Siège précédemment rejetées. Malgré la résistance des ministres, qui laissaient leur agent dans l'inaction, et bien qu'il y eût alors vingt-deux sièges épiscopaux vacants, les fidèles catholiques espéraient pourtant un revirement dans le pays; d'excellentes feuilles catholiques paraissaient {la Religion, — le Catholique, — le Prophète).
La loi du 16 juillet 1840, qui maintenait l'Église et le clergé séculier en possession de leurs biens et fixait une dotation, était d'un heureux augure. Malheureusement, elle ne fut sanctionnée que quelques heures avant l'explosion d'une révolution nouvelle, qui rejeta toutes choses dans le chaos. Devant la poUtique hésitante des moderados, les progressistes avaient gagné un terrain considérable , et ils ne tardèrent pas à avoir la majorité dans les certes. Ils la perdirent de nouveau après la dissolution de celles-ci. Pour la recouvrer, ils organisèrent l'insurrection de septembre, qui fit d'Espartero le ministre président. La reine mère dut renoncer à la régence et quitter le pays (12 octobre 1810).
Ouvrages a consulter sur les n"** 203-204. Gams, III, p. HO et suiv,, 158 et suiv.; Archiv für kath. K.-R., p. 404 et suiv., 416 et suiv.
Recrudescence de la persécution sous Espartero.
205. Le gouvernement d'Espartero se signala par une multitude d'actes de violence contre l'Église. Les juntes insurrectionnelles dans les provinces expulsèrent les évèques et les curés; les auditeurs de la nonciature furent illégalement suspendus, de nouvelles cures érigées sans l'intervention de l'autorité spirituelle, les vicaires capitulaires remplacés par des administrateurs nommés par le gouvernement, et dont la plupart étaient des hommes tout à fait antireligieux, comme le janséniste Valentin Ortigosa. Après de nombreuses protestations, le vice-gérant du tribunal de la nonciature, Ramirez de Arellano, fut destitué et chassé du royaume, le tribunal luimême fermé (29, 31 décembre 1840). Cette mesure offensante, on voulait que le pape l'approuvât et consentît à de nouvelles négociations, tandis qu'en attendant, à Madrid, on prenait des dispositions pour exécuter « les réformes nécessaires ». Guizot lui-même, sollicité d'intervenir, blâma la conduite du gouveruement espagnol. Dans une seconde allocution, Grégoire XVI (1" mars 1841) fit le récit des divers attentats commis contre l'Église elles frappa de nullité ; il loua le zèle de l'épiscopat et d'un grand nombre de fidèles.
Le gouvernement d'Esprirtero essaya, par une réponse aussi énergique que possible, d'échapper aux conséquences de l'impression que ce langage avait produite sur les catboliques d'Espagne, L'allocution fut envoyée à la haute cour de justice, et, quand la sentence eut été rendue, un décret du duc régent (28 juin), précédé d'un exposé du ministre de la justice José Alonzo, ordonna qu'un manifeste serait rédigé contre l'acte du pape, dont tous les exemplaires devaient être détruits, de même que toutes les pièces non revêtues du placet.
Le mépris qu'on affichait contre les « vaines mesures de la cour de Rome » offrait un frappant contraste avec la fureur presque ridicule dont on poursuivait un , document connu de
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 38d
l'univers entier. Le manifeste du ministre Alonso (30 juillet) était dans sa substance absolument schismatique ; revendiquant pour l'État le domaine tout entier de le discipline, il ne laissait à l'Église que le dogme, accusait la cour de Rome de mettre la religion au service des passions politiques, de persécuter l'innocente Isabelle, d'attaquer de la façon la plus téméraire l'indépendance du pouvoir civil, de dissimuler les plus perfides invectives contre la nation espagnole sous les dehors d'une douleur hypocrite, de chercher à précipiter l'Espagne dans une guerre civile et religieuse. Le ton passionné, les exagérations trop évidentes et les grossières méprises de ce manifeste l'empêchèrent de produire les effets qu'on en attendait.
Allocution du l" mars 1841 : Diario di Roma, 1841, n. 21 ; Annali délie scienze religiöse, XII, 237; Sion, 1841, nr. 31 ; Roscovany, II, 416-423; Castillo, loc. cit., t. I, ap., n. 18, p. 223-229. Manifeste du gouvernement espagnol, ib., ap., n. 19, p, 230-243; deutsch Relig.- Freund, 1841, nr. 71 et suiv., p. 519-521; Sion, Août 1841, nr, 98, suppl., nr. 84. Cf. Hist.-pol. BL, t. VIII, p. 467-471. Delà doctrine, des droits et des malheurs de l'Église d'Espagne, ou l'Allocution de N. T. S. P. Grég., du 1''' mars 1841, vengée des déclamations hypocrites et calomnieuses du Manifeste publié au nom du gouvernement espagnol. Par le P. Magin, Turin, 1841.
Interruption des relations avec Rome.
206. Les relations avec Rome furent complètement interrompues; le pape rejeta les demandes d'Ortigosa, et de son côté le gouvernement de Madrid fit revivre l'ancien décret contre le clergé : il déclara de nouveau que ses biens étaient la propriété de la nation et continua de les aliéner (2 septembre). Il rendit de nouvelles ordonnances sur les paroisses, exila un grand nombre d'ecclésiastiques, y compris l'évêquedePampelune, fit emprisonner treize membres du chapitre de Saragosse qui avaient expressément repoussél'administrateur intrus, et finit même par exiler des prêtres qui s'étaient laissé entraîner dans le mouvement.
Le projet de loi schismatique en iA articles présenté par le ministre Alonso le 20 janvier 1842 excita l'horreur
même au sein des cortès ; il fourmillait d'erreurs sur l'histoire ecclésiastique et le droit canon, et posait cette alternative : ou le gouvernement abdiquera sa souveraineté et se soumettra aveuglément à la cour romaine, ou il remédiera luimême aux besoins de l'Église; il fallait donc, dans cette dernière hypothèse, livrer tous les documents pontificaux, interdire sous des peines graves qu'aucune demande fut adressée à Rome, supprimer les réserves, régler par la loi civile les empêchements de mariage, etc.
Le 22 février, Grégoire XVI exhorta toute la chrétienté à faire des prières pour l'Espagne et accorda l'indulgence du jubilé. Sa circulaire fut également interdite sous des peines rigoureuses, comme un « acte provocateur destiné à favoriser la politique de don Carlos ». Cette mesure fut vivement combattue par les feuilles religieuses, par le Catholique de Madrid, par la Religion de Barcelone, par des écrivains tels que Jacques Balmès (mort en 4848) et Donoso Cortès (mort en 1853), par un grand nombre d'évêques et de prêtres. Dans l'univers catholique on priait avec ardeur pour l'Espagne. Le secrétaire d'État du pape répondit en termes dignes et sévères (16 juillet) à un mémoire officiel de Villalba (6 mai); mais le gouvernement d'Espartero ne fit rien pour entamer de véritables négociations, et les hostilités religieuses en Espagne suivirent leur cours.
Archiv für K.-R., loc. cit., p. 423-429. Projet de loi d'Alonso : Caslillo, Ap., 20, p. 245-252. Circulaire Catholicae reliyionis causa, 22 fév. 1842, ib., Ap., n. 22, p. 255-259. Cf. n. 23, p. 259-260; Diario di Roma, h. a., sup])!., n. 16; Annali délie scienze relig., XIV, 86 ; Roscovany, II, p. 429-433; Catliolique, 1842, Avril, suppl., p. xvi et suiv. Notes espagnoles et romaines confidentielles du 6 mai et du 16 juillet 1842 : Caslillo,!, p. 294-305, en espagnolet en allemand dans Arcliiv für kath. K.-R., 1865, t. XIII, p. 91-106.
Chute d'Espartero. — Gouvernement de Narvaez. — Négociations avec Rome.
207. Depuis le bombardement de Barcelone (3 décembre 1842), le « duc de la Victoire » avait perdu bon nombre de ses partisans et s'était attirébien des haines. Lescortès, réunies le 3 avril 1843, lui
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 364
firent une vigoureuse opposition : elles furent dissoutes (26 mai), etTonnommaun nouveau cabinet, composéd'hommesdétestésdu public. Le général Narvaez, profitant du mécontentement delà nation, se rendit de Paris en Espagne, se mit à la tète des insurgés des provinces de l'Est et entra tranquillement dans Madrid le 24 juillet. Espartero partit pour l'Andalousie avec quelques troupes et se réfugia en Angleterre. Dans les nouvelles certes (octobre iSiS), les moderados l'emportèrent; Isabelle II fut déclarée majeure (novembre). Par là pour la première fois la période des bouleversements sembla terminée. La reine Christine revint ; son secrétaire particulier, don Castillo y Ayensa, fut choisi pour représenter l'Espagne auprès du Saint-Siège.
Narvaez inaugura son gouvernement par plusieurs actes de justice : les ecclésiastiques expulsés purent rentrer dans le pays ; les évèques, plus libres dans leurs mouvements, obtinrent la faculté de nommer aux emplois vacants, de conférer les ordres, d'approuver les prédicateurs et les confesseurs (19 juillet 184-4); enfin, la vente des biens d'Église fut suspendue (26 juillet). Le nouvel agent de l'Espagne à Rome, dont les instructions ne furent rédigées que le 30 mai 1844, commença dans le courant de juillet ses négociations confidentielles avec le sous- secrétaire d'État Santucci. Il y avait de grandes difficultés à surmonter, d'autant plus que le ministère de Madrid était loin de se rendre compte de l'état des choses. Ce fut le 7 janvier 1845 seulement que le cardinal Lambruschini remit à l'ambassadeur les bases préliminaires qui devaient précéder l'ouverture des négociations.
La reconnaisance d'Isabelle ne faisait l'objet d'aucun doute, et du reste les exigences du Saint-Siège étaient d'une nature purement ecclésiastique. Il demandait : i° une explication sur le serment qu'il fallait prêter à la constitution : ce serment ne devait obliger à rien de contraire aux lois de Dieu et de l'Église (comme eu France et en Bavière) ; 2« le pape réclamait dès maintenant le droit de pourvoir à l'administration canonique de quelques diocèses vacants ; 3° l'Église jouirait du droit de propriété et on lui rendrait les biens non encore aliénés; 4° on assurerait au culte et au clergé une dotation convenable et indépendante ; 5° on éliminerait des sièges épiscopaux les personnes jugées indignes parle Saint-Siège ; 6° on reconnaîtrait
la liberté des évêques en matière ecclésiastique, et 7° on prendrait des mesures pour rétablir les ordres religieux. Castillo porta lui-même à Madrid ces préliminaires, les fit accepter et reçut de nouvelles instructions. Revenu à Rome en qualité d'envoyé plénipotentiaire, rien ne l'empecbait plus désormais d'arriver à une prompte solution. Le concordat, composé de quatorze articles, fut signé le 27 avril 1845.
Moroni, loc. cit., p. 194 et seq.; Archiv, t. XII, p. 429 et suiv.; t. XIII, p. 393 et suiv. Documents d'après Castillo, ibid., t. XIV, p. 2H-252. Cf. Catholique, 1844, nr. 15 et suiv.; llist.-pol. Bl., t. XIV, p. 209 et suiv.
Madrid refuse de ratifier le concordat.
208. Madrid, sous des prétextes futiles et inattendus, refusa de le ratifier. Soit influence de la diplomatie française, soit que le ministère fût revenu à ses premiers errements, celui-ci prétendit qu'un n'avait pas agi conformément à ses vues. L'envoyé Castillo, qu'on laissa à Rome jusqu'en sept. 1847, eut la satisfaction, après tous les ennuis qu'on lui avait ménagés, de voir l'Espagne obligée par le cours des événements de revenir aux premières bases. Les modérés de 1845, qui n'avaient aucun principe stable, ne voulaient point entrer dans une voie qui les forçât de répudier les traditions de Tancien despotisme royal et de renoncer aux conquêtes de la révolution moderne ; ils les faisaient aller de pair et suivaient un système de bascule.
Les lois des 6 juin, 6 juillet et 22 septembre 1845 maintenaient rigoureusement le placet, et la constitution revisée no fut rien moins que satisfaisante. A Rome, on avait déjà désigné comme nonce le prélat J.-Fr. Brunelli ; mais le rejet du concordat l'empêcha de partir pour Madrid. Le vice-gérant du tribunal de la nonciature, rétabli sur ces entrefaites, fut chargé d'administrer les affaires. Le nonce Brunelli n'arriva à Madrid que lorsque le gouvernement eut donné par écrit les garanties exigées par le Saint-Siège ; il fut reçu avec pompe en mai 1847. Plusieurs évoques furent préconisés en 1848. Pendant la révolution romaine, l'ambassadeur d'Espagne, Martin ez de la Rosa,
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 363
défendit les droits du pape, et en 1849 l'Espagne envoya des troupes contre les républicains de Rome. Aussi Pie IX, dans son allocution du 20 mai 1850, donna des éloges et exprima sa reconnaissance au gouvernement d'Isabelle H.
Allocutions du 17 déc. 1847 et du 20 mai 1850 : Acta Pli IX, vol. I, p. 70-72. 226, 227; Moroni, p. 197 et seq.; Archiv, für kath. K.-R., 1866, t. XV, p. 169-185.
Concordat de 1851.
209. Une loi du 8 mai 1849 ayant aplani les difficultés, le nonce Brunelli entama de nouvelles négociations, et une convenen quarante-six articles fut arrêtée à Madrid, le 16 mars 1851, entre le nonce et le ministre Manuel Bertran de Lis : elle garantissait le maintien de la religion catholique, l'inviolabilité des droits des évêques, une nouvelle circonscription des diocèses, la suppression de l'exemption des évèchés, l'organisation définitive des chapitres, les anciens droits de nomination des monarques espagnols, le rétablissement des séminaires, l'entretien du clergé et du culte, et pour l'Église la libre capacité d'acquérir.
Apres quehjues débats, la nouvelle convention fut approuvée par les cortès, puis ratifiée par Pie IX (5 septembre 1851). Dans une circulaire du 17 mai 1852, le pape recommanda aux évêques espagnols de concerter leurs efforts, de défendre la liberté de l'Église, de tenir des conciles provinciaux et des synodes diocésains, et de surveiller avec soin renseignement de la jeunesse. Les ordres religieux furent hbres de fonder de nouvelles maisons. Brunelli, archevêque de Thessalonique, rendit comme nonce d'éminents services jusqu'à son entrée au sacré collège (1853). Sa mémoire est restée en bénédiction chez les Espagnols. Les relations entre le pape et l'Espagne devinrent très intimes, les séminaires refleurirent, et la restauration religieuse fit de rapides progrès.
Acta Pii IX, vol I, p. 293-341 (ibid., p. 361-365, 1 écrit du 17 mai 1852) ; Tejada, loc. cit., p. i-c ; Annali délie scienze relig., ser. II, t. X, p. 250 et seq.; Nusi, Conv., p. 281 et seq.; Archiv für kath. K.-R., t. XVI, p. 186etsuiv.
Révolution de 1854. — Restauration partielle.
210. Cette restauration, malheureusement, allait être bientôt interrompue. De nouveaux orages étaient annoncés par la licence de la presse périodique, que les évêques combattaient énergiqucment; par les discussions véhémentes des cortès et les fréquents changements de ministère depuis 1853. Dans le courant de janvier 1854, la fermentation s'était sensiblement accrue à Madrid comme dans les provinces; le 20 février, une insurrection éclatait à Saragosse; au mois de juin, les généraux O'Donnell et Dulce se révoltèrent ; le 17 juillet , la révolution était victorieuse à Madrid. Espartero, ce vieil ennemi de l'Église, fut rappelé, et forma avec O'Donnell, Alohso et J. Pacheco, un nouveau cabinet.
La reine fut réduite à signer une proclamation déshonorante et qui ressemblait aune confession (26 juillet 1854). Les progressistes, redevenus tout-puissants, renouvelèrent les scènes de 1837 et 1841 : ils exigèrent la suppression des jésuites et des réguliers en général, l'amortissement complet, la fermeture des séminaires et l'abolition du concordat. Nouvelles persécutions des évêques et du clergé, vaines protestations de l'épiscopat et du chargé d'alTaires du Saint-Siège A. Franchi. L'ancienne législation antirehgieuse fut peu à peu remise en vigueur.
Pie IX, dans le consistoire du 26 juillet 1855, fut contraint d'élever de nouveau la voix contre la vente des biens d'Église, contre la défense de conférer les ordres et de recevoir des novices, contre la transformation des établissements ecclésiastiques en établissements laïques et contre les nombreuses infractions du concordat. Cetie fois, le gouvernement n'osa point interdire sous peine de châtiment de propager l'allocution, et il n'usa point en général des mêmes rigueurs que précédemment. Les cortès montrèrent une grande faiblesse ; des insurrections de carlistes se produisirent dans les provinces basques. Depuis le mois de janvier 1856, les chances d'accommodement du différend avec l'Église augmentèrent de plus en plus, et dans le courant de juillet Espartero fut renversé par O'Donnell (comte de Lucena). Tandis que les troubles continuaient, on essaya de
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 365
neutraliser autant que possible les mesures tyranniques du précédent régime, on noua des négociations officielles avec Rome, on renvoya los cortès constituantes, on rétablit la constitution de 1845 en y ajoutant un acte additionnel en seize articles, on suspendit la vente des biens du clergé séculier, on publia un nouveau décret sur la nomination aux charges ecclésiastiques, on restitua aux jésuites leur maison de Loyola, on manifesta le désir d'être équitable envers l'Église et d'établir des relations amicales avec le pape.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 2i0.
Histor.-pol. BL, t. XXXIV, livrais, v-vr; Archiv für kath, K.-R., loc. cit., p. 197 et suiv. Allocution du 16 juillet 1835 : Acta Pii IX, vol. II, p. 441 -4 i6; Archiv, p. 204 et suiv.
Nouveau concordat de 1859.
211. Quand Narvaez eut reparu à la tête du ministère (12 octobre 1856) et se fut entouré presque exclusivement d^ vîonservateurs, le concordat de 1851 fut remis en vigueur (14 octobre) ; on permit aux évèques de conférer librement les ordres, aux couvents de religieuses de recevoir des novices, et l'on supprima la défense de n'enseigner la théologie que dans les séminaires. Ëspartero avait interdit la bulle de 1854 relative à l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, toujours si hautement vénérée en Espagne; le ministre de la justice invita (1" décembre) les évêques à célébrer par une fête solennelle l'anniversaire de ce dogme, qui intéressait si vivement le pays.
Le 4 avril 1857, Alex. Mon remettait à Rome ses lettres de créance comme ambassadeur d'Espagne, et le 1" mai le discours du trône mentionnait le rétablissement des bons rapports avec le Saint-Siège. Cependant le pape hésitait à donner trop vite des induits in sanationem, afin de ne pas paraître encourager à de nouvelles spoliations des biens d'Église. Le ministère se montrait sur plusieurs points irrésolu et équivoque. Rientôt, en octobre 1857, Narvaez donna sa démission; Isabelle était devenue le jouet de ses ministres, qui se succédaient rapidement les uns aux autres : au mois de septembre 1858, on comptait quarante-sept ministres dans un espace de vingt cinq ans.
Les cortès, après avoir été souvent prorogées, furent définitivement dissoutes. Cependant la question de la dotation de l'Église n'était pas encore résolue, et le pape devait y insister par-dessus tout. Plus la détresse financière de l'État et la misère du peuple allaient croissant, plus on parlait du bienêtre général; les radicaux demandaient l'amortissement |complet. Une nouvelle convention en vingt-deux articles fut conclue à Rome le 25 août 1 859 ; elle devait servir de supplément au concordat de 1851. Ou convint que le clergé séculier aurait des inscriptions non transmissibles, sur la dette consolidée de TÈtat à trois pour cent, ainsi que d'autres revenus, afin de lui offrir au moins, autant que le permettaitl'état fâcheux du trésor public, quelque compensation aux pertes qu'il avait subies. La nouvelle convention fut publiée comme loi de l'État le 14 janvier 1860. Mais les deux concordats ne furent pas pleinement exécutés, et la guerre du Maroc, en 1860, absorba de nouveau des sommes considérables.
' Depuis septembre 1833 jusqu'en septembre 1858, dans un espace de 2Ü ans. il y eut en Espagne M élections générales, 27 législatures, 3778 sessions des chambres, 47 ministères avec 529 ministres, 500 constitutions, 5 révolutions victorieuses , 1500 soulèvements partiels. Estatistica del Personal y vicisitudes de las Gortes y del Mmisterio de Espana desde el 29 de Setiembre de 1833 hasta el 11 de Set. de 1838, en que se disolviô el Congreso de los üipulados (par les directeurs du Diario de las Sesiones), Madrid, 1838, pag. 656, in-4". — (Jonv. 1859 : Archiv für katli. K.-R., t. VII, p. 392 etsuiv.; Nussi, Gonv., p. 341 et seq.; Tejada y Kamiro, VII, p. ci-cvi; Archiv, t. XV, p. 208 et suiv.
Nouvelles émeutes, — Chute de la reine et autres révolutions.
212. L'Espagne entendait toujours se comporter en nation catholique. Les discours du trône du 8 novembre 1861 et du 1" décembre 1862, les réponses du sénat et du congrès, ie rejet de la proposition faite en 1863 et 1864, tendante à obtenir la reconnaissance du royaume d'itaUe, reconnaissance qui ne fut arrachée à la reine qu'en 1865 et qui fut suivie de nombreuses protestations, donnèrent lieu à des manifestations
LA ßeVOLUTTON DANS l'ÉTAT ET DANS L*ÉGLISE. 36?
catholiques non équivoques. Une nouvelle circonscription et augmentation des diocèses , préparée depuis 1861 ; l'activité des ordres religieux , d'ailleurs très restreint et soumis à un règlement sévère ; le zèle du clergé, enflammé d'une nouvelle ardenr; le concours prêté aux établissements religieux par de fervents laïques, élevèrent jusqu'en 1865 l'Église d'Espagne à un haut degré de prospérité.
Malheureusement, les troubles politiques recommencèrent avec la nouvelle émeute militaire qui éclata sous la direction de Prim (3, 4 janvier 1866); plusieurs ministères furent successivement renversés. Le 12 juillet 1866, après le renvoi d'O'Donnell, Narvaez redevint premier ministre; en août 1867, il étouffa les émeutes fomentées par Prim, mais il mourut le 23 avril 1868, et le trône d'Isabelle perdit son meilleur appui.
Le 19 septembre 1868, une insurrection éclatait déjà à Cadix. Après la bataille d'Alcolea (28), Isabelle dut se réfugier en France (30 septembre), et le maréchal Serrano fit son entrée à Madrid (3 octobre). L'Église se ressentit immédiates: ont des suites de la révolution : le 12 octobre, M. Ortiz, ministre de la justice , supprima les maisons des jésuites ; au mois de septembre 1869, sous le gouvernement de Serrano, le nombre des archevêchés et des évêchés fut arbitrairement réduit. Dans l'été de 1869, l'Espagne reçut une nouvelle constitution. Comme on demandait au clergé d'y prêter serment, les prélats espagnols réunis à Rome (26 avril 1870) protestèrent contre cette exigence. Les soulèvements républicains, les guerres civiles, les désordres de toute nature, suivirent leur cours dans ce malheureux pays, même sous le roi Araédée de Savoie, qui, d'après l'arrangement de Prim, résidait depuis 1871 à Madrid. Amédée, après avoir souvent changé de ministres, se vit enfin dans la nécessité d'abdiquer, le 11 février 1873. Même situation pendant la république qui lui succéda et sous le fils d'Isabelle, Alphonse XII, élevé enfin à la royauté. Alphonse fit son entrée en janvier 1875, devint bientôt le jouet des ministres et des partis, et réprima avec l'aide de l'étranger la levée de boucliers légitimiste qui, dans les provinces basques, en insurrection depuis 1872, se mintint victorieuse depuis ijuillet 1874 jusqu'en février 1876, sous \ô vaillant champion de la légitimité, don Carlos. Le nouveau gouvernement libéral essaya de s'affermir aux yeux
368 fîlSTOIRE DE l'église.
du peuple en demandant de nouveau un nonce pontifical. Quand il l'eut obtenu, il se mit au-dessus des concordats, opprima les évêques, et, en même temps qu'il voulait imposer par la force l'unité politique, travaillait à détruire l'unité religieuse.
Archiv, t. XXVIIl, p, 172; t. XX[X, p. 30. — Baumstark, M. Ausflug nach Spanien im Frühjahr 1867, Regensh., 1868; il Diritto di Carlo VII al trono di Spagna, dimostrato per via storica e legale dal conte del Pinar, versione dal francese, Venezia, 1 873; baron de Schroetter, die Thronfolgeordnung in Spanien und das Recht Carls VII, Berlin, 1875. — Giviltà cattol., VIII, 2, p. 103; vol. III, p. 498; vol. IV, p. 303 et seq., ser. IX ; vol. V, p. 107, 221 et seq.; vol. IX, p. 383 et seq.; vol XI, p. 471 et seq.
LiCS ré|iubli<iues de l'Amérique du Sud et des Indes occidentales.
Soulèvement des colonies espagnoles dans l'Amérique du Sud.
213. Les contrées de l'Amérique du Sud, à l'exception du Brésil, étaient demeurées des colonies espagnoles. L'Espagne, à tout prendre, s'était beaucoup plus intéressée au sort des Indiens que ne le firent jamais les puissances protestantes. Cependant le mélange des Européens avec les indigènes (créoles) amollit bientôt la partie intelligente de la population, et la souveraineté de l'Espagne fut sérieusement compromise par la suppression de l'ancien système commercial, par l'ouverture des ports aux autres nations, par les inconvénients qu'entraîna l'expulsion des jésuites, par l'invasion de la francmaçonnerie, et enfin par les idées qui dominaient dans l'Amérique du Nord.
Déjà en 1783 et en 1806, on remarquait des tentatives d'insurrection ; elles se multiplièrent depuis l'invasion française en Espagne en 1808, alors que les Mexicains renvoyèrent sans plus de façon leur nouveau vice-roi en Europe. Les fonctionnaires royaux furent bientôt expulsés d'un grand nombre de villes. La révolte, commencée dans la province de Caracas, se poursuivit dans le Venezuela (1810), puis au Paraguay (t8U) et à Mexico (1812), qui proclama une constitution reconnaissant encore le roi Ferdinand VIL Quand ce prince abolit en 1814- la constitution de Cadix, la plupart des colonies se tournèrent
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 369
contre lui. Cependant, de 1815 à 1817, l'autorité royale, à de rares exceptions près, fut rétablie, grâce surtout à la rivalité des villes.
Quant au Chili, il conquit sous San-Martin (1817-1820) la liberté au prix de longs combats ; Martin fit nommer dictateur son compagnon d'armes O'Higgins. Bolivar, Paez et Piar organisèrent de nouvelles insurrections et s'emparèrent de Bogota; Bolivar réunit Venezuela et la Nouvelle- Grenade à d'autres territoires pour former la république de Colombie ; il mit un terme, par la bataille décisive de Aayacucho (9 décembre 1824), à la domination espagnole, sauf quelques débris, et devint dictateur de la Bolivie, du Pérou et de la Colombie.
Mais, parvenu au faîte de la puissance, le « libérateur » renonça à l'attitude désintéressée et patriotique qu'il avait gardée jusqu'alors, et s'aliéna un grand nombre d'esprits par son ambition et son égoïsme. Le Pérou se sépara en 1827, la Bolivie en 1828. Les émeutes continuelles décidèrent le dictateur à concevoir des plans monarchiques. En 1829, Venezuela se détacha de lui et de la Colombie ; et en 1830, ces deux États se séparèrent à leur tour. Bolivar mourut proscrit, en quelque sorte, par eux. Les États de l'Amérique du Sud devinrent de plus en plus la proie de la révolution et de l'anarchie, et TÉglise eut beaucoup à souffrir. L'histoire de ces États n'est qu'une longue suite de guerres civiles et de soulèvements, de restaurations avortées ou passagères, de persécutions et de réconciliations avec l'Église.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 2d3.
G. Gervinus, Gesch. des 19 Jahrb., t. III, Anh., et t. IV; Baluffi, Das vormals spanische Amerika, trad. de l'italien, Vienne, 18i8; Moroni, Diz., V. Spagna, t. LXVIII, p. 175 et seq.; v. Messico, t. XLIV. p. 294 et seq.; Pruvonena, Memorias y Documentos para la historia delà independenciadel Peru y causas del mal exito que ha tenido esta. Obre postuma, 2 vol., Par., 1858; Ch.Calvo, Annales bist, de la révolution de l'Amérique latine, 3 vol. Par,, 1864; G. Ferry, les Révolutions du Mexique, et Vidal y Rivas, Biographie du général Sant' Anna (tous deux à Paris, 1864); Mexiko, histor. Skizze von einem k. k. Officier, Vienne, 1864. Sur les travaux de l'Espagne dans l'Amérique du Sud, voyez les témoignages dans Marshall; les Missions, 111, p. 415 et seq.; Hübner, Spaziergang um die Welt, III, p. 9 ; Augsb. AUg. Zeitung, 25 mal 1873, Hauptblatt.
ZIO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Attitude du Saint-Siège.
214. Le pape Léon XI[ tourna toute son attention vers les nouvelles républiques et leurs diocèses orphelins. Il demanda à la cour de Madrid ou de ramener les colonies à son obéissance ou de prendre des mesures qui permissent au Saint-Siège de pourvoir aux sièges épiscopaux vacants. Madrid ne fit rien, et se montra fort mécontente quand le pape nomma d'abord des vicaires apostoliques, puis, comme il ne reconnaissait point aux nouveaux gouvernements le droit de présentation et ne voulait pas toucher aux droits du roi, quand il nomma des évoques de sa propre autorité. L^Espagne ne s'apaisa que plus tard, quoique le Saint-Siège eût déclaré qu'en négociant sur les affaires religieuses avec des gouvernements de fait, il n'entendait préjudicier à aucun droit.
En 1823, Léon XII envoya au Chili, à titre de vicaire aposto. lique, le prélat Muzi, accompagné de l'abbé Mastaï (§ 108) en qualité à'uditore; il l'autorisa (23 juin) à consacrer évêques m partions, avec des titres particuliers, deux ou trois sujets capables. Le 21 mai 1827, le même pape nomma aux archevêchés de Santa- Fé-de-Bogota, dans la Nouvelle-Grenade, de Caracas en Venezuela, ainsi qu'aux évêchés d'Antioquia, Quito, Santa-Marta et Guenca. Le Saint-Siège ne reconnut pas ces nouvelles républiques, sujettes à de continuels changements, avant que l'Espagne eût définitivement renoncé à ses prétentions.
Note pontificale du 16 juillet 1842, dans Castillo (§ 199), I, p. 298 et seq.; Archiv, fur K.-R., t. XII, p. 56. Léon XII, 23 juin 1823, Bull. Rom. Cont., t. XV, p. 610, n. 1096; Grégoire XVI, 7 août 1831, ib., t. XIX, p. 38-40, const. 38.
Nouvelle-Grenade.
215. C'est en 1835 seulement que Grégoire XVI reconnut la république de la Nouvelle-Grenade; il reçut son chargé d'affaires, y envoya un nonce et érigea en 1836 un nouvel évêché, la Nouvelle- Pampelune. Les relations,dela république avec l'Église
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prirent une tournure amicale; les jésuites furent rappelés dans le pays. Cependant les querelles des partis ne tardèrent pas à se rallumer. En avril 1845, les ecclésiastiques, même les évêques, furent complètement assujettis aux tribunaux civils, et on leur interdit, eu cas d'accusation, d'exercer aucune fonction spirituelle. Grégoire XVI s'en plaignit aussitôt au président. Pie IX, en 1847, renouvela les mêmes plaintes et en ajouta beaucoup d'autres. Les dîmes furent abolies, les biens d'Eglise spoliés, y compris ceux des séminaires ; les jésuites et plusieurs autres religieux furent expulsés ; on essaya de faire apostasier les religieux, on supprima toute juridiction ecclésiastique, on prit les mesures les plus arbitraires pour la nomination aux paroisses et aux canonicats, on transforma la jurisprudence sur le mariage. La liberté illimitée des cultes et la licence elfrénée de la presse formaient un singulier contraste avec l'intolérance religieuse et la rage de persécution dont la révolution de 1851 lit preuve contre l'Église. Pie IX, dans son allocution du 27 septembre 1852, dépeignit les rudes épreuves que traversait l'Église dans ce mallieureux pays ; il exalta la fermeté apostolique de l'arcbevêque de Santa- Fe-de-Bogota, Ms'^ Emmanuel-Joseph de Mosquera, qui résistait vaillammeutà ce pouvoir tyranuique. Le vicaire capitulaire d' Antioquia, instrument docile du gouvernement, usurpa sur les droits de l'archevêque. Celui-ci ayant annulé ses ordonnances, ou séquestra ses biens et on l'exila, sans égard pour son etat de maladie, il mourut pendant son voyage à Rome, le 10 décembre 1853. Les évêques de Carthagene et de laiNouvelle-Pampelune, ainsi que le vicaire capitulaire de Santa-Marta, demeurèrent également inébranlables. Plus tard, le gouvernement se rapprocha de l'Éghse et lui donna une satisfaction partielle. La guerre civile de 1859 entre le parti constitutionnel et le parti federahste remit tout en question. En 1861, le pays était en pleine révolte ; Panama voulut se rendre indépendant, et une constitution fut pubhée à Bogota pour la Nouvelle-Grenade, qui prit derechef le titre &' Etats-Unis de Colombie. On ne visait à rien moins qu'à l'asservissement complet de l'Eglise; non seulement les jésuites, mais encore la plupart des éveques furent expulsés. Le pape se vit obhgé d'élever les plus énergiques protestations (30 septembre 1861). En 1803, l'évêque de Panama Edouard Yasquez combattait encore vaiUamment
3l'3 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
pour la liberté del'Église. Un revirement se produisit de nouveau. En juin 1868, le nouvel archevêque Vincent Arbelaes célébrait un concile avec les sept évêques de sa province, et une feuille hebdomadaire catholique était fondée. Cependant bien des conditions manquaient encore pour que l'Église put continuer son œuvre sans entraves. A Cauca, le plus au midi et le plus vaste des neuf États confédérés, les Indiens n'avaient pas de service religieux régulier. L'évêque de Pasto demanda vainement à la chambre des députés de rétablir les missions de Mocoa et de Caqueta, où il envoya l'oratorien Zambrano et le curé Santa-Cruz (1872). Là comme ailleurs, les libéraux, gonflés de phrases humanitaires, ne se souciaient point des enfants des Indiens et ne songeaient guère à les civiliser.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 2i5.
Moroni, t. Spagna, p. 184 et seq. Greg. XVI, 1834 : Bull. Rom. Cont., t. XIX, p. 617 et seq. AUoc. du 24 septembre 1832 : Acta Pii IX, Tol. l, p. 383 et seq.; Roscovany, Mon., t. IV, p. 920-929, n. 858; Allg. Zeitung, 19 sept. 1839, suppl.,23 oct. et 19 déc. 1861; Civiltà cattolica, 19 Ott. 1861, ser. IV, vol. XII, p. 229; le Monde, 1863, n. 82; Laacher Stimmen, 1871, IV, p. 355; Kath. Missionen, 1874, p. 200 et suiv.
Venezuela.
216. A l'est de la Nouvelle-Grenade, se trouve la république de Venezuela, qui, depuis sa séparation violente d'avec l'Espagne, ne fut pas moins visitée par la guerre civile et tomba dans une décadence profonde. Les dominicains, les franciscains, les augustins, l^s jésuites et les capucins avaient civilisé le pays; mais les désordres, les luttes incessantes entraînèrent la ruine des maisons religieuses et des établissements d'instruction, ou les réduisirent à un état de langueur ; le retrait des dotations aurait suffi pour amener ce résultat. Dans cinq cent soixantecinq paroisses de la république, on ne comptait en 1855 que cent dix écoles; le peuple était profondément corrompu; des repris de justice s'étaient emparés des emplois les plus élevés de la république. Ce fut au milieu des plus graves difficultés que Sylvestre Guevara administra depuis 1852 l'archevêché de Caracas. Il eut dès le début de violents démêlés avec le président; mais, sous un gouvernement plus favorable à l'Eglise, il devint
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son plénipotentiaire à Rome, et conclut, le 26 juillet 1862, un traité qui stipulait des compensations pour les dîmes supprimées et s'occupait de la conversion des indigènes encore païens; il ne fut pas pleinement exécuté.
Le général Guzman Blanco, nommé Presidenten avril i 870, était un ennemi juré de l'Eglise : il exila le fidèle administrateur, l'archevêque Guevara (septembre 1870), qui se rendit à la Trinité, et il exigea des évêques de Merida, de la Guyane et de Barquisimiento qu'ils demandassent sa déposition à Rome, sous prétexte qu'il ne résidait pas. Les évêques s'y étant refusés, l'on rendit contre eux de très sévères décrets (janvier 1 873) . La j uri sprudence de l'Église sur le mariage fut abolie, le mariage civil introduit, le mariage des prêtres autorisé, la déposition de l'archevêque proclamée, l'évêque de Merida exilé, l'administrateur provisoire de la métropole institué par le délégué apostolique près Haïti empêché dans l'exercice de ses fonctions, les couvents et les séminaires supprimés, les églises profanées.
Guzman Blanco, qui s'était fait proroger par des chambres complaisantes à la présidence pour quatre autres années, conféra plusieurs canonicats à des francs-maçons et détermina l'évêque delà Guyane, Joseph-Manuel Arroyo, à se laisser nommer par lui archevêque (26 mars 1874) et à mépriser toutes les remomtrances du pape. Les loges étaient toutes-puissantes : beaucoup d'ecclésiastiques furent condamnés à la prison ou à l'exil ; la décatholicisation faisait force progrès. Il fut défendu au clergé d'enseigner, aux églises d'acquérir des biens; le budget des cultes et la liberté de la chaire furent supprimés. Cependant la population témoignait hautement son indignation : à partir de 1875, le président ralentit les hostilités contre l'Église et sollicita la médiation du délégué du pape près Haïti. Celui-ci se rendit lui-même en Venezuela et finit par apaiser le différend. Le gouvernement retira ses dernières lois, permit le retour des ecclésiastiques exilés et assura un revenu annuel à Tarchevêque Guevara. Celui-ci, pour ne pas être un obstacle à la réconciliation, avait volontiers renoncé à la métropole qu'il occupait depuis vingt-quatre ans. Le 29 septembre 1876, le pape préconisa un nouvel archevêque de Caracas et un nouvel évêque de Merida.
Le Venezuela comprend aussi une partie de la Guyane, avec
un évêché distinct, tandis qu'une autre partie appartient à des gouvernements européens. Il y a des vicariats apostoliques soit dans la partie anglaise, où depuis 1825 le dominicain Hynks était curé des esclaves noirs ; soit dans la partie hollandaise, où le P. Grove apparut comme l'ange de la charité dans une effroyable épidémie : la première (Demerary) fut assignée en 1858 au jésuite Jacques Etheridge ; la seconde, en d 865, au rédemptoriste J.-B. Swiiikels. Dans la partie française (Cayenne) il n'existe qu'un vicariat apostolique. Depuis 1852, un grand nombre de jésuites y travaillèrent de nouveau; plusieurs gagnèrent la fièvre jaune en donnant des secours spirituels aux déportés et en sauvant une multitude d'âmes.
Katholische Missionen, 1874, p. 213 et suiv. ; 1875, p. 71 et suiv. ; 1876, p. 175 ; 1877, p. 23 et suiv. Concordat de 1862 dans Nussi, p. 356 et seq. Sur la Guyane, v. Gams, III, p. 722; Wittmann, I, p. 136; Marshall, III, p. 82 et suiv.
Equateur.
217. L'Equateur, qui avait longtemps appartenu au Pérou, puis, avec Venezuela et la Nouvelle- Grenade, avait fait partie de la république de la Colombie, fut aussi durant plusieurs années un foyer de libéralisme antireligieux. Les troubles, les bouleversements y continuèrent même après qu'il fut devenu un Etat indépendant (1830). La liberté absolue des cultes fut proclamée, des écoles protestantes s'ouvrirent à Quito, les sociétés secrètes s'étendirent au loin. Après le gaspillage des biens des jésuites, le pays n'eut presque plus d'écoles et ne posséda que des églises dévastées. Garcia Moreno, formé en Europe, de bonne heure professeur de chimie à Quito, fut véritablement le bienfaiteur de son pays. Malgré toutes les calomnies de ses ennemis, qui l'accusaient de vouloir livrer à l'empereur Napoléon III la république aux abois, il parvint en 18.59 à secouer le joug de la soldatesque, dirigée par Robbes, Urbina et Franco. Depuis 1861 président de la république, il travailla avec énergie et prudence à relever le pays sous le double rapport matériel et moralj^chargea son ambassadeur à Rome de conclure un concordat .avec„le Saint-Siège (26 septembre 1862), s'apphqua à
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réformer i'instruction, restaura les écoles, où il appela aussi des jésuites allemands, encouragea le zèle des missionnaires dans l'œuvre de la conversion des Indiens encore sauvages, et éleva en peu de temps le pays à un degré inespéré de prospérité. Les chambres, sur sa proposition, votèrent des subsides au chef de rÉglise privé de ses États ; partout, en un mot, l'excellent président donnait le plus bel exemple de respect pour la religion.
En 1863, l'archevêque de Quito célébra un concile provincial, puis un autre en 1869. Aux évêchés de Cuenca (1786), Guayaquil (1838) et Riobamba (1848), on ajouta ceux de Loja et d'Ibarra et le vicariat apostolique de Napo. Le peuple était content et heureux sous son chef vraiment catholique. Mais, poursuivi par la haine des libéraux incrédules, ce grand homme de bien fut assassiné le 6 août 1875; cet odieux attentat fut suivi, en mars 1877, de l'empoisonnement de l'archevêque Joseph- Ignace Checa (depuis 1868).
Gams, III, p. 700 et suiv. Allg. Ztg., 8 juillet 1859, suppl. et 28 avril 1860, suppl. Convent. 1862, ap. Nussi, p. 349 et seq.; Schneemann, dans les Laacher Stimmen, 1871, p. 94, 121 etsuiv., 207et suiv.; Katholische Missionen, 1875, p. 195 et suiv,, 217 et suiv.; Civiltà cattolica, 6 nov. 1875, ser. IX, vol. VIII, n. 609, p. 157 et seq.
Bolivie. — Buenos-Ayres. — Paraguay. — Uruguay.
218. La république de Bohvie possède, sous la métropole de Charcas ou la Plata, à Chuquisaca, les évêchés de la Paz et de Santa-Cruz de la Sierra; Pie IX y joignit l'évêché de Cochabamba, qui obtint en 1857 le très actif Raphaël Satinas. Les franciscains y exerçaient leur ministère sur une vaste échelle. Cet État eut bien des traverses à essuyer au dedans comme au dehors sous les présidents Belzu et Cordova, notamment une guerre avec le Pérou, qui ne se termina qu'à la chute du président Echenique. Cependant le calme était loin d'être rétabli. La métropole de Charcas comprenait également l'évêché de Buenos-Ayres, dans le territoire du même nom ; Pie IX, sous l'épiscopat de Marian Escaldo (qui en était évêque depuis 1854),
l'érigea en archevêché (1865), et lui soumit comme suffragants les diocèses de Cordova-de-Tukuman, Juan-de-Cuyo, Salta (depuis 1806) et le diocèse de Parana, nouvellement érigé. A cette nouvelle métropole se rattache encore l'évêché de l'Assomption, établi dans la république du Paraguay, et auparavant suffragant de Charcas. Réoccupé en 1844, il eut beaucoup à souffrir sous le tyrannique dictateur Francia (1814- 1840) et le président Lopez (1844 et suiv.) ; il se releva un peu sous l'ancien coadjuteur Em. - Antoine Palacios, nommé évêque en 1865.
L'Uruguay fut longtemps disputé entre le Brésil et la république Argentine, puis devint un État autonome; mais il ne put maintenir son indépendance qu'à l'aide de l'étranger, particuhèrement avec le secours du Brésil. Il n'avait pas d'évêchés propres, bien que beaucoup d'immigrants catholiques d'Italie, d'Espagne, de France, fussent venus s'y fixer. Une préfecture apostolique fut érigée à Montevideo.
République Argentine.
219. On ne vit jamais un Etat aussi inconsistant, sous le rapport de ses habitants comme sous le rapport de sa situation intérieure, que les États delaPlataou la Confédération Argentine, formée des treize provinces qui avaient adhéré au pacte fondamental de Saint-Nicolas. Les changements de formes politiques et de cons'itutionsy étaient extrêmement fréquents. Le dictateur Rosas (1835-1852) avait gravement affaibli, ou plutôt presque entièrement ruiné la vie ecclésiastique. Quelques États, en se séparant de Buenos- Ay res, avaient obtenu des avantages auxquels ils renoncèrent en y retournant. Depuis qu'Urquiza eut ouvert à tous les peuples navigateurs l'accès du fleuve du Parana et de ses affluents, les influences étrangères devinrent de plus en plus puissantes. Les jésuites furent tantôt bannis, tantôt rappelés : c'est là, du reste, dans la plupart des États de l'Amérique du Sud, le signe caractéristique auquel on reconnaît les dispositions hostiles ou favorables à l'Église. Quand l'archevêque de Buenos-Ayres Frédéric Anairos voulut rendre à la Compagnie de Jésus son ancienne église, des bandes furieuses se ruèrent sur la maison des jésuites, et plusieurs
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personnes furent blessées (28 février 1875). Là comme ailleurs, le fanatisme libéral s'efforce de comprimer par la force brutale toute expansion de la vie catholique.
Ouvrages a consulter sur les n°* 218-219. Gams, III, p. 712 etsuiv.; AUg. Zeitung, 1, 2 oct. 1839, suppl.; Universel, 16 juin 1861; Bull. Rom. Cent., t. XIII, p. 2 et seq., const. 416, d. d. 27 mars 1806; Kath. Missionen, 1875, p. 111 et suiv., 219.
Chili. — Pérou.
220. Les jésuites, rappelés en 1843, évangélisaient le Chili à côté des franciscains et autres ordres religieux. Sans échapper à la persécution, ils s'y maintinrent plus longteoips que dans d'autres États. Le Chili possédait de plus un clergé généralement estimé, qui se recrutait dans les meilleures familles du pays, et une presse catholique florissante. L'archevêque de Santiago du Chili a pour suffragants les évêques de la Conception de Coquimbo ou Serena, et de San-Carlo, de Ancud, dans l'île de Chiloe. La république eut de fréquents démêlés avec le Pérou, puis avec les États de la Plata; en 1866, elle s'allia avec le Pérou et fit la guerre à l'Espagne. Plusieurs révolutions intestines furent heureusement étoufTées, par exemple, celle de 1859 par le président Montt. Son million et demi d'habitants fut renforcé à l'extrémité méridionale de la république par des immigrants d'Allemagne, pour lesquels les jésuites allemands exercèrent le saint ministère et fondèrent des écoles. Quand, en 1856, l'autorité civile accepta une plainte de deux chanoines contre l'archevêque en matière religieuse et voulut le punir par l'exil, la population indignée fit une telle résistance, que le gouvernement se vit contraint de reculer et les chanoines récalcitrants de se soumettre. Le président Joaquin Perez et les chambres accordèrent des subventions aux évêques qui se rendirent à Rome pour le concile en 1869. Federico Erraruriz, nommé président en 1871, donna des preuves éclatantes de ses sentiments catholiques.
Au Pérou, la situation était encore plus indécise. Dans ce pays, l'archevêché de Lima a pour suffragants Arequipa, Chachapoyas ou Maynas (1806), Cuzco, Guamanga, Huanuco, Trurillo et Puno. On n'a jamais pu y faire disparaître tous les vestiges des anciennes mœurs chrétiennes : les Péruviens sont
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restés hospitaliers, ennemis de l'hérésie, avides d'instruction. Il y avait encore dans le pays des prêtres distingués, comme le P. Plaza, qui travaillait dans les Andes depuis 1801 ; Pierre Ruiz, évêque de Chachapoyas (1858) ; Ramon Ortiz, Esquibias et autres, auxquels les voyageurs même protestants n'ont pu refuser leur admiration.
En 1832, Grégoire XVI chargea Joseph Sébastien, évêque d'Arequipa, de la visite des diocèses, alors pour la plupart orphelins. Mais les guerres avec les États voisins , le conflit avec l'Espagne (1864), la nouvelle révolution issue du traité de paix (du 22 janvier 1865) qui renversa le président Pezet, l'insécurité générale dont furent victimes en 1859 même des ambassadeurs étrangers, la faiblesse ou le mauvais vouloir des gouvernements sans cesse renouvelés, puis l'immense pénurie des prêtres, àlaquelle les franciscains et lesjésuites ne pouvaient pas remédier, eurent le plus fâcheux effet sur le développement des Péruviens, malgré tous les eflbrts d'une excellente presse catholique pour relever leur moral. Pie IX put en 1865 pourvoir un grand nombre de sièges épiscopaux, et en 1871 envoyer un délégué catholique, qui fut bien accueilli.
"Wittmann, I, p. 187 et suiv.; Gams, III, p. 707 et suiv.; Marshall, Würzb. kath. Wochenschrift, \ 857, t. IX, p. \ 53-156; Allg. Zeitung, 17sept. 1859, 6 avril 1860 ; CivilLà cattohca, \'I, vol. III, p. 119 ; vol. V, p. 539; vol. VII, p. 506 et seq.; Laacher Stimmen, 1872, livrais. VII, p. 84-86; Kath. Missionen, 1874, nr. 4; Marshall, III, p. 66, 110 et suiv., 118-121; Greg. XVI, 13 nov. 1832, Bull. Rom. Cont., t. XIX, p. 149-154; Civiltà cattolica, V, 2, p. 228 ; VI, o, p. 119; vol. V, p. 633; Laacher Stimmen, 1871, p. 355.
Amérique centrale.
221 . L'assemblée constituante des cinq États de l'Amérique centrale (Guatemala, Nicaragua, San-Salvador, Honduras et Costa- Rica), qui siégea de 1823 à 1824, étaitimbue d'idées révolutionnaires : elle suscita de nombreuses difficultés à l'épiscopat et aux fidèles. Mais, la répubhque de l'Amérique centrale ayant été dissoute enl838-39, l'ÉgUse acquit une plus grande liberté de
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mouvement dans plusieurs des cinq États qui la composaient. En 1843, les jésuites furent rappelés dans le Guatemala, les couvents rétablis. Le 7 octobre 1853, l'excellent président Raphaël Carrera conclut avec le Saint-Siège un concordat qui stipulait la liberté des relations avec Rome, de l'enseignement religieux et de la juridiction épiscopale; les biens d'Église furent soumis à l'impôt, et les affaires civiles des clercs déférées aux juges séculiers ; les évêques durent prêter serment au président.
Un concordat tout semblable fut conclu le même jour avec la république de Costa-Rica, qui en 1851 avait reçu de Pie IX son premier évêque de Saint-Joseph en la personne d'Anselme Lorente ; il devint, comme les autres évêques de l'ancienne Amérique centrale, sufTragant de l'archevêque de Guatemala. Ces évêques étaient : l'évêque de Nicaragua, dans la république de ce nom, laquelle conclut aussi en 1861 un traité aveclepape ; l'évêque de Comayagua, dans la république d'Honduras, qui en fit autant ; l'évêque de San-Salvador, dans l'État libre de ce nom, dont la convention avecRome est datée du 22 avril 1862.
Mais ces concordats demeurèrent souvent lettre morte. Les influences anglaises, qui prévalaient dans le pays, firent exiler en 18591e président Morade Costa-Rica ; de fréquents désastres, comme en 1854 le tremblement de terre de San-Salvador, qui renversa même la cathédrale, arrêtèrent les progrès de la vie religieuse. Nicaragua, longtemps ravagée par les guerres civiles, fut visitée en 1855 par l'aventurier nord-américain Walker, qui établit un nouveau président et porta de nombreux décrets d'exil. Des sectaires arrivèrent de l'Amérique du Nord. D'autre part, des catholiques belges vinrent avec des jésuites remphr les fonctions de pasteurs et se fixèrent à Saint-Thomas, dans la baie d'Honduras; des prêtres capables déployèrent pour la conservation de la foi catholique une remarquable activité.
Civiltà cattolica, févr. 1856, n. 141, 142; Augsb. Allg. Zeit., 3, 6, 20 oct. 1839. Concordats, dans Nussi, Conv., p. 2'J7 et seq., 303 et seq., 349 et seq.. 367 et seq., 381 . Cf. Acta Pli IX, vol. 1, p. 553 et seq.
Mexique.
222. Le Mexique fut aussi traversé par bien des vicissitudes. En 1820, le vice-roi Apodaca refusa de reconnaître la constitution des cortès et déposa le général Amigo. Le général Augustin Iturbide, investi du commandement, déclara (24 février 1821) le Mexique indépendant de l'Espagne , força le vice-roi d'abdiquer et se fit proclamer lui-même empereur sous le nom d'Augustin I". Mais la résistance de plusieurs généraux contraignit le Napoléon de l'Amérique du Sud d'abdiquer en mai 1823 et de partir pour l'Europe ; sa tentative de restauration échoua en 1824, et l'on publia une constitution analogue à celle de l'Amérique du Nord. Une nouvelle émeute dans la capitale (30 novembre 1828) porta le général Guerrero à la présidence; l'expulsion de tous les Espagnols fut décrétée, et Guerrero, vainqueur des Espagnols (16 septembre 1829), abolit l'esclavage. Bustamante s'éleva contre le gouvernement, mais il fut réduit le 10 décembre 1832 à conclure un armistice et à se soumettre.
La présidence fut conférée au général Antonio Lopez de Sant'Anna, qui trempa dans toutes les révolutions, gouverna sous des formes diverses, même en qualité de dictateur et avec le titre de « Hautesse », et avec le droit de se choisir un successeur. On discuta vivement sur la république fédérale ou unitaire; la seconde triompha en J837, la première en 1846. Les chefs des partis et les généraux de l'armée, peu disciplinée, provoquèrent de fréquentes insurrections ; des provinces entières se détachèrent, comme le Yucatan en 1841 ; le Texas, le Nouveau- Mexique, la Californie, furent perdus pour l'Amérique du Nord ; le désordre était en permanence. Aussi les réguliers, dominicains, franciscains, augustins, chargés de l'administration des paroisses, s'étaient écartés de la discipline monastique.
Déjà en 1831 Grégoire XVI leur nommait un visiteur apostolique dans la personne de François- Paul, évêque d'Angelopolis ; mais le gouvernement s'opposa à toute réforme. Jaloux de l'influence du clergé, il supprima tous les couvents (1833), sécularisa les missions, confisqua leurs biens au profit de l'État,
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enleva aux Indiens tout moyen de civilisation et dénonça l'obéissance au pape. Coups d'État, révoltes militaires, conspirations de toute espèce, tels sont les événements qui précédèrent la chute du dictateur Sauf Anna (1855).
Plus tard, les désordres empirèrent encore sous Ignace Comonfort et Benito Juarez. Lorsque, chargés l'un et l'autre de la haine des soldats, des négociants et des propriétaires, détestés du clergé, ils durent prendre la fuite, et que le dernier s'étabht à Vera-Cruz, le général Félix Zuloaga fut élu dans la capitale (1858), et bientôt remplacé par Michel Miramon.
Les années 1858 à 1861 furent signalées par des guerres entre les gouvernements de Mexico et de Vera-Cruz ; les deux partis s'emparèrent des biens d'Église et même de la fortune des étrangers : de là une alliance de l'Angleterre, de la France et de l'Espagne, en vue de protéger leurs nationaux. Le 11 janvier 1861, Juarez entrait dans la capitale, repoussait insolemment les demandes des puissances européennes, luttait à la fois contre les différents chefs de partis du pays et contre les troupes européennes. L'Espagne et l'Angleterre ne tardèrent pas à se retirer, quand l'alliance avec la France eut été rompue. Juarez se procura l'assistance des États-Unis dans la guerre contre la France, publia (30 août 1862) de rigoureux décrets contre le clergé, auquel il interdit aussi le costume ecclésiastique. Le 30 septembre 1861, le pape avait déjà réclamé contre le bannissement arbitrairedesévêques, dont la plupart s'étaient réfugiés à Rome, contre les cruautés; commises sur les personnes appartenant à des ordres religieux, contre le pillage des églises et contre la législation des tyrans mexicains, remplie de haine contre la religion.
Les Français au Mexique.
223. Les succès des armes de la France semblaient annoncer des temps meilleurs pour le Mexique. Sous la conduite de Forey, les Français se portèrent en avant d'Orizaba, et, en mai 1863, s'emparèrent de la place importante de Puebla. Bientôt après, la capitale faisait sa soumission, et le général Bazaine y entrait le 7 juin. Une junte gouvernementale fut instituée,
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ayant à sa tête le nouvel et habile archevêque Pelagio-Antonio Labastida, les généraux Salas et Almonte, tous hommes éminemment religieux.
L'étendue des diocèses du pays décida Pie IX (46 mars 1863) à entreprendre une nouvelle circonscription. Des dix évêchés existants, deux (Michoachan et Guadalaxara) furent érigés en métropoles, et l'on institua sept nouveaux sièges épiscopaux : ainsi le Mexique eut trois archevêchés et quinze évêchés.
La nouvelle junte gouvernementale convoqua une assemblée de notables, qui résolut, conformément au vœu de Napoléon III, d'établir un empire placé sous l'archiduc Ferdinand-Maximilien d'Autriche (lOjuillet). En attendant, le général français Bazaine, favorable aux libéraux et aux protestants, maintint les décrets sur le culte et les lois de spoliation édictés par Juarez, et fit tant quel'archevêque Labastida dut sortir du conseil de régence (11 novembre 1863). Peu de temps après (26 décembre), tous les évêques du pays envoyèrent une protestation collective aux généraux Salas et Almonte.
Le 10 avril 1864, le frère de l'empereur d'Autriche déclara qu'il acceptait le trône impérial, et, muni de la bénédiction du Saint-Père , il entra le 12 juin à Mexico . Mais aucun changement .essentiel ne fut apporté dans la politique suivie jusque-là ; les républicains et les juaristes devaient se réconcilier avec les partisans de l'intervention et les monarchistes aux dépens de l'Église, contenter surtout les créanciers français, maintenir la législation eu vigueur.
L'empereur Maximilien (10 déc. 1864) reçut le nonce Megha, mais il exigea, au mépris des avertissements du pape (du 18 octobre), des stipulations inacceptables , notamment le maintien des décrets sur le culte et des lois de spoliation rendus par Juarez eu juillet 1859, puis le rétablissement de l'ancien absolutisme espagnol en matière ecclésiastique. Le nonce s'y étant refusé, l'empereur rendit lui-même des ordonnances dans ce but (27 décembre), introduisit le placet (7 janvier 1865), publia des décrets sur les biens d'Église sécularisés et sur la liberté des cultes (26 février). Aux évèque» qui joignirent leurs protestations à celles du nonce , le gouvernement impérial reprocha (9janvier) d'ignorer la situation des allaires, et rejeta toute la faute de la nécessité où l'on se trouvait sur les lenteurs
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 383
du Saint-Siège romain et sur la conduite du nonce. Ce dernier renouvela ses protestations et partit le l""" juin 1865.
Le jeune empereur subissait de plus en plus l'influence des libéraux ; il n'avait aucun égard pour le clergé et voyait sa situation empirer chaque jour , car Juarez continuait de se maintenir dans une partie du territoire et recevait des renforts de l'Amérique du Nord. Nulle paix dans le pays, nulle sécurité, nulles ressources en argent.
Napoléon IIl, bien que l'impératrice du Mexique eût elle-même imploré son secours dans l'été de 1866, abandonna à son sort l'empire érigé par lui et rappela les troupes françaises. Le nouvel empereur, de jour en jour plus resserré, songea bientôt à retourner en Europe et ne se décida à rester que sur les instances de ses partisans. Il résolut de convoquer un congrès qui déciderait du sort du Mexique. Entouré de traîtres, il tomba au pouvoir du président républicain Juarez, qui le flt fusiller, malgré l'intervention de la diplomatie étrangère (19 juillet 1867). La persécution, le pillage des biens d'Église sévirent avec un redoublement de force sous le despotique Juarez (mort en 1872). Après de courtes intermittences, l'œuvre de destruction fut poursuivie jusqu'à la complète séparation de l'Église et de l'État ; l'enseignement religieux fut banni des écoles, les sœurs de la Charité furent expulsées, et il ne dépendit pas des gouvernants que le catholicisme ne fût radicalement extirpé dans le Mexique.
Voy. ci-dessus, § 213. Greg. XVI, consl. 33, Bull. Rom. Cont., t. XIX, p. 33-33. Bemerker zum Würzb. Relig. -Freund, 1834, nr. 3, p. 40; Marshall, III, p. 226 et suiv.; Würzb. Kath. Wochenschrift, 1854,1, p. 288 et suiv. ; Clémente de Jesus Munguia (évêque de Michoachan), Defensa Eccles. en el Obispado de Michoachan desde fines de 1835 hasta principios de 1858, o seaColeccion de representaciones y protestas, Mexico, 1838,4 vol. 2; Civiltà cattolica, 1861, ser. IV, vol. XII, p. 229 Cf. ib., 1839^ I, p. 311 ; 1860, I, p. 141 ; 1862, vol. I, p. 750; vol. Il p. 249, 637 j vol. III, p. 124; 1863, vol. V, p. 126; vol. VI, p. 270, 627 vol. VII, p. 123, 636, 760; vol. VIII, p. 234; 1864, vol. IX, p. 635; X, p. 116 XI, p. 118; XII, p. 629; 1863, ser. VI, vol. I, p. 731 et seq.; II, p. 115 III, p. 240, 387; 1866, vol. VII, p. 757 ; VIII, p. 746; IX, p. 379, 506; X, p 249, 736; XI, p. 231,630. Le Monde, 24 janv., 19 fév., 14 mars 1864, etc.; Kath. Missionen, 1875, p. 107 et suiv., 194 et suiv.
Indes occidentales.
224. Les Français, les Anglais, les Hollandais, les Danois et les Suédois firent des conquêtes dans les îles des Indes occidentales et supplantèrent les Espagnols; un grand nombre de nègres y furent importés, la population primitive fut presque entièrement détruite. Des aventuriers français s'étaient établis à Haïti (Hispaniola, Saint-Domingue) , et en 1697 la partie la plus fertile, celle du nord-ouest, était cédée à la France. Dans la partie espagnole, l'archevêché de Saint-Domingue, toujours debout, avait pour suffragant Porto-Rico, dans l'île de ce nom (avec les îles Vierges). L'université de Saint-Domingue, érigée par Benoit XIV en 1747 et confiée aux jésuites, tomba bientôt après la destruction de cet ordre. La répubUque dominicaine, où dominaient les créoles, déclara, le 8 mars 1861, sous le président Sant'Anna, qu'elle se réunissait à l'Espagne; elle s'en sépara dans la suite. Depuis 1862, l'archevêché demeura longtemps vacant; les nègres retombèrent dans le paganisme. Dans la partie française, plus considérable, les « Droits de l'homme » avaient suscité contre le gouvernement une insurrection de possesseurs de plantations, puis contre ceux-ci une insurrection de mulâtres et de nègres, que le lieutenant Mauduit réprima d'une façon barbare. En mai 1791, les hommes libres de couleur avaient obtenu les droits actifs de citoyens : les nègres, se voyant frustrés de leurs droits, se soulevèrent en masse, amenèrent la ruine de l'île et préparèrent les voies à de nouvelles révolutions.
Les affaires religieuses étaient également dans une profonde confusion. Le prélat Glori de Macri, député comme vicaire apostolique pour Haïti, fut accusé de menées politiques par le président de la république et expulsé (1822-1823). Grégoire XVI nomma en 1833 l'évêque Jean England en qualité de délégué pour l'île, et y envoya en 1842 l'évêque Rosati de Saint- Louis à titre de visiteur. Cet État de mulâtres et de nègres fut pendant sept ans un empire gouverné par le nègre Soulouque, qui prit le nom de Faustin 1" ; il tenta inutilement de subjuguer la république voisine de Saint-Domingue et essuya plusieurs défaites. Soulouque exprima le désir de s'entendre avec le Saint-Siège; mais quand le pape lui eut envoyé l'arche-
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 385
vêque Vincent (Spaccapietra), il posa des conditions si exagérées, que cette mission, ainsi que l'avouait Pie IX le 19 décembre 1853, devait nécessairement échouer.
Lorsque la république fat rétablie après la chute de Soulouque, le président Fabre GeiTrard dépêcha à Rome en 1859 un délègue, Pierre Faubert, qui conclut un traité le 28 mars 1860. A la suite de cet accord, un archevêché fut érigé dans la capitale Port-au-Prince et reçut plus tard quatre suffragants (Gonaives, les Cayes, Cap Haïtien et Port-de-Paix); deux ou trois restèrent longtemps vacants, car la convention ne fut qu'imparfaitement exécutée. Une grande disette de prêtres continuait de régner ; deux séminaires seulement furent établi, et plusieurs paroisses demeurèrent privées de pasteurs. 11 n'y avait que quatre-vingt-cinq ecclésiastiques pour une population de 900,000 catholiques ; la religion était absente des écoles, la franc-maçonnerie très puissante parmi les fonctionnaires ; les plus mauvaises productions de la presse française étaient au loin répandues. Le prêtre tyrolien Rucher commença dès 1875 la publication d'un bulletin religieux à Haïti. Les sœurs de Saint- Joseph s'adonnaient à l'instruction des jeunes personnes du sexe.
Gams, m, p. 1\'6 et suiv. Sur Saint-Domingue, Allgem. Ztg., 28 avrU 1861^ Civiltà caltolica, 17 août 1861, n. 274, p, öU et suiv.; Acta Pii IX, vol. I, p. 0Ö9 et seq. Son université : Benoit XIV, 14 sept. 1747, Bull. Bened., éd. Venet., t. II, p. 148; Staeudlin, Tzschirner et Vater, Kirchenhistor., Archiv, 1823, livrais. n[. Délégat pour Haiti : Bull. Rom. Cunt., t. XIX, p. 214 et seq., 382 et seq. AUoc. du 4 déc. 18ü3 : AcLa Pii IX, loc. cit. Convention de Haïti: iNussi, p. 346-348; Kath. Missionen, 1873, p. 21 et suiv.; 1873, p. 145 et suiv., 137 et suiv.; 1876, p. 199.
Antilles espagnoles et Antilles françaises.
225. Les Antilles espagnoles étaient dans une situation meilleure, notamment Cuba, qui avait pour métropole Santiagode-Cuba (1803), avec l'évèché de la Havane au nord-ouest. Dans les derniers temps cependant, les insurrections, les ravages de la guerre, la crainte que cette île opulente n'échût à l'Amérique du Nord, avaient aussi fort compromis la vie reli- VII. —fflST. DE l'église. 25
gieuse. Il y avait en outre Saint-Jean de Porto-Rico,. et l'île de la Trinité, placée sous la domination de l'Angleterre. Cette dernière possède l'archevêché de Port-d'Espagne (Spanish- Town), érigé par Pie IX. Des conciles provinciaux y furent tenus en 1854, sous la présidence du délégué Spaccapietra, et en 1867, sous la présidence de Louis-Hyacinthe Gonin, nommé archevêque en 1863. Ces conciles s'occupèrent surtout de l'administration des sacrements et de la discipline du clergé. Au dernier prirent part l'évêque du Roseau, dans l'île anglaise la Dominique (l'eudiste Charles Poirier), et le vicaire apostolique de la partie hollandaise du Surinam (le rédemptoriste J.-B. Swinkels) ; les vicaires apostoliques de Curaçao et de Demerary furent empêchés.
L'île de la Trinité était évangélisée par les dominicains, qui s'occupaient également des Indiens émigrés. Un orphelinat catholique fut établi dans la capitale. Dans l'île de la Jamaïque, conquise par les Anglais, et d'où le catholicisme fut presque entièrement extirpé, les jésuites, sous le vicaire Pierre-Jacques Dapeyron, eurent de grands succès, de même que dans la petite île la Barbade.
Dans les Antilles françaises, la Martinique et la Guadeloupe, qui comptaient cent-quarante mille catholiques, des préfectures apostoliques ont été érigées ; Pie IX en a fait des évêchés relevant de la métropole de Bordeaux.
Cuba : Plus VII, 24 nov. d803, Bull. Rom. Cont., t. XII, p. 97-99, const. 253; Gains, II, p. 79. Concile de la Trinité : Collectio Lacensis, t. m, p, 1089 et seq.; Katholische Missionen, 1873, p. 153etsuiv. Puerto- Rico : Pius VII, 28 nov. 1816, ßulLr. Rom. Goût., . XIV, p. 233-235, const. 704.
Portagral et Brésil.
La famille de Bragance dans le Brésil. — Séparation du Brésil et du Portugal.
226. Le prince Jean régnait en Portugal depuis 1792, à la place de sa mère Marie-Françoise, atteinte d'une maladie mentale. Il obligea le pape, en 1805, à lui faire de sérieuses représentations au sujet de ses ordonnances antireligieuses. Le
La révolution dans l'état et dans l'église. 387
Portugal avait également subi l'invasion française ; au mois de janvier 1808, la famille royale s'était réfugiée au Brésil. Déjà depuis 1786, cette riche colonie, gagnée par l'exemple de l'Amérique du Nord, aspirait à l'indépendance. Après la découverte en mars 1 789 d'une conspiration dans la province de Minas, et d'une autre qui fut étouffée à Bahia en 1798, la fuite de la maison royale servit admirablement les desseins des partisans de la séparation. Dès son arrivée à Bahia, l'infant Jean fut salué empereur du Brésil par la population ivre de joie, ce qui était d'une grande importance pour l'avenir. La présence seule de la cour élevait le Brésil au-dessus d'une simple colonie. Les ports furent ouverts à tous les pavillons, et le Brésil déclaré empire en 1815. Cayenne, militairement occupée par les Portugais depuis 1809, retourna à la France. Après la mort de sa mère (26 mars 1816), Jean VI fut proclamé roi, et continua de résider dans le Brésil. E,ii mars 1817, les menées des Portugais et des Brésiliens provoquèrent dans la garnison de Pernambuco une émeute, qui fut étouiiée le 20 mai.
En Portugal, le désir de voir rentrer la famille royale devenait de plus en plus vif, surtout depuis que le mouvement constitutionnel de l'Espagne, en 1820, s'était aussi propagé dans ce pays. Il y eut également, dans le courant de janvier 1821, du tumulte dans le Brésil. La maison de Bragance se trouvait placée entre deux trônes chancelants ; la translation de la cour aurait amené dans le Brésil la démocratie au pouvoir. A Lisbonne, la régence était constamment menacée de soulèvement aux cris de : « Le roi et les cortès ! » Les Anglais, qui s'étaient emparés de plusieurs places, étaient détestés du peuple.
Bans un manifeste daté du 18 février 1821, le roi promit aux deux pays une constitution particulière, et annonça le départ pour l'Europe de l'héritier du trône, don Pedro. Une révolte de la garnison portugaise à Rio obligea le roi, par un décret antidaté de deux jours (24-26 février), de sanctionner d'avance la constitution que les cortès allaient établir à Lisbonne. Le 26 juin, le roi partit avec sa famille pour Lisbonne, ne laissant au Brésil que son lils aîiiè don Pedro. Les Brésiliens étaient en minorité dans les chambres portugaises, et la majorité désirait qu'on rétablit chez eux ce qui existait avant 1808 (recolonisation) ; on préluda à cette mesure par le décret du 29 décembre
1821 . Quand ce décret parvint au Brésil, une révolution éclata, et don Pedro se mit à sa tète ; il refusa de se rendre à Lisbonne ainsi qu'on le demandait, convoqua à Rio, le 19 juin 1822, une assemblée législative pour le Brésil, et se fit couronner empereur le 12 octobre 1822. La séparation entre le Brésil et le Portugal était définitivement consommée.
Mémoires de Consalvi, p. 443 et suiv,, éd. allem. ; Historia gen. do Bi'azil por un socio do lustituto historico du Brazil, natural de Sorocaba (Francisco Adolplio de Variihagen), Rio de Janeiro, 1854-57, 2 vol.
Jean VI et don Miguel. — Disputes pour la succession au
trône.
227. Jean VI, en arrivant à Lisbonne, s'était presque vu condamné à l'impuissance. Au lieu des trois États qui existaient anciennement, les révolutionnaires demandaient une chambre unique; ils enlevèrent à la couronne le droit de veto, exilèrent la reine, le patriarche de Lisbonne, l'archevêque de Braga, et confisquèrent les biens de plusieurs personnes notables. L'infant don Miguel, qu'ils essayèrent vainement de gagner à leurs projets, se mit vaillamment à la tête de ses braves soldats pour combattre les menées anarchistes, et devint le restaurateur de l'ordre; mais il se vit désormais en butte à la haine et aux persécutions des francs-maçons, déjà très puissants dans le pays. Son frère don Pedro, qui avait d'abord promis à son père fidélité absolue et haine à la révolution, se posa ouvertement en ennemi du Portugal et intrigua contre don Miguel, qui essayait toujours d'amener une entente amiable entre le roi et don Pedro.
Le roi Jean était entouré de traîtres qui, abusant de sa candeur et de son irrésolution, essayaient de l'indisposer contre son fils don Miguel, qui lui était entièrement dévoué. Et c'est ainsi que l'infant, redouté des révolutionnaires, reçut l'ordre de voyager (1824) et séjourna désormais à Vienne. Le roi, affligé de son absence, songeait à le rappeler, lorsqu'il vint luimême à succomber — probablement de mort violente — (1 0 mar s 1826). Un décret vivement attaqué parut alors, qui instituait une régence chargée de gouverner jusqu'à l'arrivée du légitime
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 389
héritier du trône. La régence négligea de convoquer les trois états pour décider de la succession au trône, ainsi que le voulait la constitution, et envoya une députation au Brésil pour offrir ses hommages à l'empereur don Pedro. Celui-ci, après s'être déclaré roi de Portugal, octroya une nouvelle constitution, renonça ensuite à la couronne en faveur de sa fdie ahiée doua Maria da Gloria, et lui destina pour futur époux son frère don Miguel, qui fut investi, en attendant, de la régence du royaume.
Chute du roi don Miguel.
228. Uu grand nombre de Portugais résolus considéraient ces actes comme illégaux et entachés de nullité; la majorité du peupleet une partie de l'armée se prononcèrent pour don Miguel. L'Angleterre envoya le général Clinton avec des troupes au secours du gouvernement, qui s'employait pour don Pedro. Don Miguel arriva à Lisbonne le 22 février 1828; il promit de ne pas résister à la volonté de son frère, tant qu'un tribunal compétent n'aurait pas prononcé sur ses droits. Le peuple salua l'infant par des cris de joie, et la plupart des corporations lui envoyèrent des délégués ; on le conjurait de supprimer la constitution octroyée et de prendre le titre de roi.
Le peuple, révolté de plusieurs attentats odieux commis par la franc-maçonnerie, aspirait à secouer un joug devenu intolérable. Don Miguel, dans une proclamation, adjura le peuple de demeurer calme jusqu'à ce que les trois étals du royaume eussent pris une décision. Les états se réunirent, malgré les efforts des révolutionnaires, et firent la déclaration suivante : D'après le droit public du Portugal, don Pedro, en sa qualité de souverain étranger, ne saurait devenir roi de Portugal ; ses actes de souveraineté dans ce royaume sont nuls, don Miguel est le seul roi légitime.
Don Miguel accepta donc la couronne, supprima la constitution octroyée, s'efforça de panser les blessures de son pays, et protégea, par conviction personnelle, les droits de l'Église. Les libéraux calomnièrent ce noble prince et le traitèrent de tyran; la France et l'Angleterre intriguèrent contre lui. Son frère, expulsé du Brésil en 183 i , se fit le centre des efforts révo-
lutionnaires, et fut puissamment soutenu par l'Angleterre et la France. Don Miguel n'avait pour lui que l'affection de son peuple. Il se conduisit dignement et refusa de renvoyer don Carlos d'Espagne, considérant comme son devoir de lui assurer le droit d'asile. Si la couronne doit tomber de ma tête, disait-il, elle tombera sans être souillée par la lâcheté. Partant de Terceira, don Pedro s'empara de Porto le 9 juillet 1832, de Lisbonne le 24 juillet 1833, et força son frère d'évacuer le pays. Ce noble prince, à qui la plus grande partie de la nation en était attachée, passa le reste de sa vie exilé à Rome, et dernier lieu en Allemagne (mort le 14 novembre 1866).
Persécution de l'Eglise sous don Pedro.
229. Une ère extrêmement douloureuse, et qui rappelle les jours de Porabal, allait s'ouvrir pour l'Éghseet pour le peuple catholique. Tout était au pouvoir des libéraux, depuis que dona Maria da Gloria avait été'proclaraée reine sous la régence de son père. Don Pedro chassa les jésuites rétablis par don Miguel, confisqua les biens de la plupart des couvents, exila du pays le cardinal-prononcé, abolit les ordres de chevalerie ecclésiastique, déclara vacantes toutes les prélatures conférées par Rome sur la présentation de don Miguel, destitua les évêques, emprisonna une multitude d'évèques et de prêtres, dont plusieurs furent horriMement maltraités.
Une commission spéciale fut instituée pour la réforme de l'Église, et l'on défendit à tout ecclésiastique d'administrer les sacrement sans l'autorisation du pouvoir civil. Les procès ecclésiastiques furent renvoyés aux tribunaux civils, le tribunal de la nonciature renversé, tous les bénéfices réservés au gouvernement. Les couvents, les hospices et les collèges furent supprimés et leurs biens adjugés au fisc; les dîmes furent complètement abolies. Le clergé, privé des pensions que lui avait promises le gouvernement, endura les dernières extrémités. Le Portugal semblait rivaliser avec l'Espagne dans sa fureur de persécution contre l'Église, et il s'en fallut de peu que le gouvernement de Lisbonne ne l'emportât, car il avait réussi à inculquer les principes de la franc- maçonnerie à la majeure
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 39l
partie du clergé. Le patriarche Patricius de Silva, de l'ordre des Augustins, eut la faiblesse de consacrer les évêques nommés par don Pedro et non confirmés par le pape. Grégoire XYI, après d'inutilesremontrances, se plaignit ouvertement, dans ses allocutions du 30 septembre 1833 et du 1" août 1834, de la persécution qui sévissait contre l'Église, et menaça les auteurs des censures ecclésiastiques.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LES N°ä 227-229.
J.-G.-C, la Question portugaise, et Bordigné, la Légitimité portugaise, Par. ,1830; die Portugies. Legitimitaetsfrague, Cologne, 1854; Hist.-pol. Blsetter, 1844, t. XIII, p. 348 et suiv.; t. XXXIV, p. 681 et suiv.; 1865, t. LV; puis t. LVII,LXI;Augsb.Allg. Zeitung, 20-24 août 1837, 19 juillet 1854; Würzb. Relig. und K.-Freund, 1834; Bemerker, nr. 2, p. 29 et suiv.; Grégoire XVI, 28 juin 1833, De restauranda relig. disciplina in monasteriis Port., ad Alex. card. Justinian., in Lus. pronuntiuin : Bull. Rom. Cont., t. XIX, p. 244-247. Allocution du 30 septembre 1833 et août 1834: Catholique, Dec. 1833, supplém., p. 45; Oct. 1834, supplém., p. 8; Roscovany, t. II, p. 336-340, 363-366, n. 338, 342; Bull. Rom. Cont., 1. c, p. 276 et seq., 381 et seq.
La reine Marie. —Don Pedro V et Louis 1er.
230. Don Pedro, flétri comme spoliateur des biens de l'Église et comme persécuteur, mourut le 24 septembre 1834. Sa fille fut déclarée majeure et commença de régner. Elle fut mariée à un prince de Cobourg. Le pays, sous le rapport commercial et politique, était vassal de l'Angleterre. La constitution trouva peu de partisans parmi le peuple et ne fit qu'accroître les divisions sur le terrain religieux. Les francs-maçons dominaient dans les chambres comme dans les ministères, et la police poursuivait quiconque refusait d'avoir des relations avec les évêques non confirmés par le pape. L'Église de Portugal semblait devenue la proie du schisme. Les évêques, dont plusieurs résidaient à l'étranger, eurent encore souvent à protester contre les lois de l'État en matière ecclésiastique , comme le fit de Rome en 183.5 Mgr Fortunat, évêque d'Evora. Ce futen 1840 seulement que le vicomte de Carreira et le chargé d'afTaires chevalier J.-P. Mingueis de Carvalho, qui remit à Grégoire XVI
une lettre de la reine (du 7 août 1838), rétablirent les relations avec le Saint-Siège.
En 1841, le prélat Capaccini se rendit à Lisbonne pour asseoir les bases d'un concordat. Bien qu'il ne fût pas question de restituer les bieus enlevés à l'Église, les négociations traînèrent en longueur. En 1843 cependant, le pape confirmâtes évêques nommés par la reine, notamment le patriarche de Lisbonne (Guillaume-Henri de Carvalho, cardinal eu 1846, mort en 1857), et fît entrevoir d'autres préconisations. Les intrigues des francs-maçons, qui prédominaient, empêchèrent la conclusion d'un accord définitif . Le joug de Pombal pesait lourdement sur l'Église, et il y eut toujours une grande disette de prêtres depuis la destruction des ordres religieux. Toutes les tentatives pour ramener le roi légitime échouèrent, entre autres celle de 1846, étouffée par l'Espagne en 1847. Quant à l'idée de réunir le Portugal avec l'Espagne (Union ibérique), elle rencontra également une vive résistance.
En 1850, Pie IX nomma cardinal l'archevêque d'Evora, Pierre- Paul de Figueredo (mort en 1856), et en 1858 le nouveau patriarche de Lisbonne, Emmanuel-Benoît Bodriguez. Pendant la minorité de dom Pedro V (jusqu'au 16 septembre 1855), qui avait succédé à sa mère Marie (morte le 15 novembre 1853), la régence fut déférée à son père, Ferdinand de Cobonrg, qui conserva également (depuis le 11 novembre 1861) une grande influence sous Louis l" , son second fils. Les évêques ayant reçu la défense formelle de se rendre à Borne, où le pape les avait invités, Pie IX leur adressa, le 13 juillet 1862, une lettre pleine de sévères reproches ; il blâma leur excessive faiblesse en face du pouvoir civil , leur apathie et leur défaut de vigilance. Cependant il y avait encore parmi les catholiques d'excellents publicistes, qui défendaient vigoureusement la liberté de l'Église. Deux évêques portugais assistèrent au concile du Vatican. A l'université de Coïmbre, on recommençait à se prononcer ouvertement en faveur de l'infaillibilité du pape, et en 1877 le patriarche de Lisbonne se mit à la tête des pèlerins de Bome.
Sion, 1833, p. 833; Roscovany, t. III, p. 858-861, n. 642; Castillo, Hist., II, en, p. 24, 25, nota (ib., p. 64, 65, notai, lettres delà reine et
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 393
de son époux, en espagnol) ; Moroni, 1. c, p. \9i; Allg. Ztg., 1843, nr. 127 ; 1844, nr. 37; A. B. Freib. Kirchenblalt, 1844, p. 13 et suiv. Lettre du pape, du 13 juillet 1862 : Civiltàcattolica, 18 ott. 1862, n. 302, p. 232 et seq.; Roscovany, Rom. Pont., IV, 454 et seq.; Del nuovo Codice pénale del regno di Portogallo, primo rapporto al governo di Portog., uella commissione di Revisione del Codice pénale (avec les notes de Bonneville et B. Veratti), Modena, 1862. Littérature portugaise: Silva, Dictionario bibliographico Portuguez, Lisb., 1858 et seq., 7vol. Presse catholique: 1) Naçao, de Lisbonne, organe des légitimistes; 2) Dirito, à Porto; Uniao cath., à Braga; 4) Bern publico, et 5) Fe cath., à Lisbonne ; 6) Os Filhos de Maria, à Braga.
Le Brésil sous l'empereur don Pedro II. — Lutte de l'Église contre les francs-maçons.
231 . L'empire du Brésil eut généralement le même sort que le Portugal . Après l'abdication de don Pedro I", son fils Pedro II, né en 1825, fut proclamé empereur en avril 4831, demeura en tutelle jusqu'en 1840, et fut couronné le 18 juillet 1841. Léon XII, sur le désir de don Pedro I", avait donné des évêques aux Églises du Brésil . La population ( six millions et demi de catholiques) se montra attachée au Saint- Siège, notamment en 1834-, lors de la controverse sur la nomination anticanonique de l'évêque delà capitale. La métropole San-Salvador deBahia (depuis 1670) eut d'abord neuf, puis onze évêchés sufTragants : Saint-Sébastien ou Rio de Janeiro, Olinda (Pernambuco),San-Luiz en Maranhao (depuis 1677), Marianne, Belem ou Para, Cubaba, Goyas (depuis Grégoire XYl), Saint- Paul, Saint- Pierre, Diamantino et Fortalezza (dernièrement érigé par Pie IX).
Depuis l'expulsion des jésuites, l'œuvre de la conversion des tribus indiennes, encore sauvages, fut continuée par les lazaristes, trop peu nombreux. 800,000 Indiens, vivant en famille, menaient sous des chefs spirituels une vie régulière, et s'adonnaient même en partie à des travaux d'art et de science. Il y avait des confréries {irmandades) pour fonder et restaurer des églises, pour construire des établissements de bienfaisance et pourvoir à toutes les œuvres de charité chrétienne; ces œuvres, depuis que l'empire jouissait, du moins au dedans, d'une
grande tranquillité, à partir de 1844, se développèrent rapidement. Depuis 1830, il existe dans le sud du pays, à Rio Grande do Sul, des colonies allemandes, parmi lesquelles des jésuites de même langue (environ 18) exercent le saint ministère. Saint-Léopold, le chef-lieu, possède depuis 1871 une feuille populaire catholique rédigée en allemand, outre un établissement d'instruction avec un pensionnat; des sœurs du tiers ordre de Saint-François y ont été appelées en 1872 pour instruire les jeunes filles.
Les sectes, de temps en temps favorisées parle gouvernement, eurent peu de succès ; mais il n'en fut pas de même des francsmaçons, qui s'insinuèrent dans les nombreuses confréries religieuses et profanèrent de mille manières le culte catholique. Ils gagnèrent jusqu'à des ecclésiastiques, qui prononcèrent des sermons maçonniques, et furent protégés par les loges contre leurs évoques. L'évêque d'Olinda, Vital- Antoine- Gonçalves d'Oliveira, de l'ordre des capucins, leur résista vigoureusement dans ses lettres circulaires du 21 novembre 1872 et du 2 février 1873 ; il finit par lancer l'interdit sur les confréries mutines, qui avaient sciemment nommé des francs-maçons pour supérieurs. Il fut accusé devant le conseil d'État, pour abus d'autorité, et sommé inutilement par celui-ci de retirer ses censures. L'épiscopat brésilien, consulté par le pape, se prononça en faveur de l'évêque persécuté (22 juin 1873).
Le gouvernement essaya en vain, par l'envoi d'un délégué spécial à Rome, d'obtenir un blâme contre les évêques. Le 1" janvier 1874, l'évêque d'Olinda fut incarcéré, puis condamné à quatre ans de travaux forcés, que l'empereur réduisit à quatre années de prison. Le même sort atteignit l'évêque de Para, Antoine da Macedo Costa, Le gouvernement n'avait négocié avec Rome que pour sauver les apparences. Rome rejeta cette excuse que la franc-maçonnerie brésilienne n'était pas comprise dans les bulles qui condamnent les sociétés secrètes, et loua la fermeté des deux prélats, auxquels adhérèrent bientôt une foule de catholiques. Cette persécution eu réveilla beaucoup de leur assoupissement et suscita d'énergiques protestations de fidélité envers l'Église. La chute (24 juin 1875) du ministère franc-maçonnique do Rio Branco, établi en 1871, arrêta les progrès de la persécution religieuse ; les évêques et les
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ecclésiastiques condamnés recouvrèrent la liberté. Le 26 août i 876, le pape avertit de nouveau les fidèles de se mettre en garde contre les menées des loges, qui n'attendaient qu'une occasion plus propice pour recommencer la lutte dans de plus vastes proportions.
Gams, III, p. 191 et suiv.; Wittmann, I, p. 143 et suiv.; Wiseman, das Ansehen des heil. Stuhles in Südamerika (Abbandlungen über verschiedene Gegenstsende, Ratisbonne, 1854, t. II, p. 253 et suiv.) ; Würzb. kath. Wochenschr., 1856, VII, p. 73 st suiv.; Marshall, lU, p. 96-99 (sur la mission des Indes) ; Kath. Missionen, 1873, p. 47 et suiv.; 1875, p. 23 et suiv., 64 et suiv.; Laacher Stimmen, 1871, p. 94; 1874, livrais, x, p. 361-383; Civiltà cattolica, IX, 12 (1876), p. 488 et seq.
Delg-Ique et Hollande.
La domination française dans les Pays-Bas.
232. Les Pays-Bas avaient subi l'invasion française de 1792 à 1795. Dans la Hollande aussi, les constitutions de 1798, 1801, 1805 et 1806 avaient accordé la liberté absolue de religion. L'empereur Napoléon nomma en mars 1806 son frère Louis roi de Hollande. Depuis lors on fit davantage pour les catholiques; cependant le rétablissement de l'évêché de Herzogenbusch n'eut pas de suites durables . Dès 1810, Napoléon obligea son frère d'abdiquer en faveur de son fils mineur; mais il ne donna à celui-ci que le grand-duché de Berg, tandis qu'il réunissait la Hollande à la France. Les promesses de Napoléon n'aboutissaient jamais. Le 26 avril 1810, il décida que le département des Bouches-du-Rhin formerait un diocèse, et y nomma un évêque qui ne fut pas approuvé par le pape. Les catholiques, qui souffraient depuis si longtemps, surtout de la confiscation de leurs églises, de l'exclusion des emplois et de la loi scolaire du 3 avril 1806, ressentirent durement la colère du farouche dictateur. L'évêque de Gand, prince Maurice de Broglie (depuis 1807), qui s'était attiré son courroux en défendant au concile de Paris en 1811 les droits du pape, fut arrêté et envoyé en exil. Sur un ordre de Napoléon, quelques ecclésiastiques élurent, le 22 juillet 1813, M. de la Brue, vicaire capitulaire du diocèse, le même que Napoléon avait nommé évêque. n ne fut pas reconnu par la majorité du clergé, à qui l'on in-
fligea les plus brutales punitions. Près de cent cinquante séminaristes, qui avaient courageusement résisté à l'intrus, furent incorporés dans les régiments et emmenés à Wesel. Au mois de mai 1814,trente-huitd'entre eux reçurent la permission de rentrer dans leur pays. Le joug du tyran pesait lourdement sur les ecclésiastiques fidèles à leur devoir.
Mémoii'e sur la situation des catholiques dans les Pays-Bas depuis leur émancipation en 1798 jusqu'à nos jours, par un électeur des Pays-Bas, trad. du français, Cologne, 1850; Mejer, Propag., II, p. 97 et suiv.; Robiano, Continuation de l'Hist. de l'Église de Bérault-Bercastel depuis 1721 jusquen 1830, t. II ; Gams, III, p. 243 et suiv.; Histor.pol. Bl., t. XVI, p. 646 et suiv.; t. XVII, p. 63 et suiv.; t. XXX, p. 6ö8 et suiv.; Civiltà cattolica, 3 oct. 1863, p. 114; A. v. Dosz, Belgische Seminaristen unter Napoleon (Stimmen aus Maria Laach, 1873, t. V, p. 433 et suiv.).
Le roi Guillaume 1er.
233. La réunion des provinces belges à l'ancienne Hollande, sous Guillaume I" de Nassau-Orange, en qualité de roi des Pays-Bas, porta de nouvelles blessures à l'Église catholique, et un nouveau projet de constitution, du ISjuillet 1815, inquiétait sous plusieurs rapports les consciences. Quand les évoques exprimèrent leur regret qu'on ne les eût pas consultés sur les articles relatifs à la religion, quand ils revendiquèrent dans leurs requêtes au roi et dans leurs lettres pastorales les droits de l'Église et firent entendre hautement leurs griefs, le gouvernement protestant les poursuivit pour cause de désobéissance et de révolte et confisqua leurs publications. Un décret du 10 mai 1816 donna force de loi aux articles organiques français. Le serment à la constitution, repoussée par les évoques ainsi que par le Saint-Siège (19 mars 1816), comme contraire aux principes catholiques, fut rigoureusement exigé ; on persécuta les ordres religieux.
Le supérieur de la mission hollandaise, qui séjournait à Munster, fut, à l'occasion d'une visite, reconduit par les gendarmes au delà de la frontière. Une commission exclusivement composée de laïques et présidée par Gobeau, un ennemi de
l'Église, fut instituée à Bruxelles pour le règlement des afTaires ecclésiasti(jucs. Afin de protestantiser de plus en plus les catholiques, on et iblit en Belgique (septembre 1816) trois universités presque unijnement occupées par des protestants ; on supprima la plupart des établissements catholiques, et dans les gymnases mêmes (athénées) on n'employa guère que des maîtres réformés : c'est à eux que furent généralement conférés tous les emplois importants dans le gouvernement. Ni les représentations des évêques, ni celles de la presse catholique, soumise à une étroite surveillance, ne furent écoutées.
Bien plus, en 1817, le prêtre de Foère, rédacteur du Spectateur belge, fut condamné à deux ans de prison ; le courageux évèque de Gand, à la perte de tous ses droits civils et à l'exil, et pendu en effigie à un poteau infâme entre deux malfaiteurs. En 1818, le gouvernement exigeadu chapitre de Gand qu'il reconnût la vacance du siège, et, sur son refus, fit mettre sous scellés tous les papiers du vicaire général, expulsa celui-ci et retira leur traitement à tous les ecclésiastiques nommés par l'é /êque.
On défendit aux couvents de recevoir des novices ; les séminaristes furent astreints au service militaire ; les prêtres fidèles à leur devoir, emprisonnés ou destitués, et les prévaricateurs largement récompensés. Ms"" Moritz, évêque déposé (mort en 1821), invoqua inutilement, dans un long mémoire, la protection du congrès d'Aix-la-Chapelle.
Mémoire des évêques au congrès de Vienne, 8 oct. 1814, eu français, dans Münch, Conc, II, p. 423-434; lat., dans Roscovany, Mon., II, p. 185 et seq. Jugement doctrinal des évêques des Pays-Bas sur le serment prescrit par la nouvelle conslitulion (par les évêques de Gand et de Tournay, et les vicaires généraux de iMaliiies et de Liège) : Münch, II, p. 434-441; lat., Roscovany, 1. cit., 183-191, n. 315. Note de Consalvi, 19 mars 1816, ib., p. 734-756, nota. Autres renseignements dans Felders, Neues Magazin, 1813, t. II, p. 338; 1817, 1. 1, p. 163; Mastianx, Kath. Lit.-Zeit., 1820, II, p. 273 et suiv.; I, p. 321 et suiv. Mémoire de l'évêque de Gand au congrès d'Aix-la-Chapelle, 1818-1819: Roscovany, t. III, p. 733-774, n. 606.
398 ËiSTOiRE DE l'Église.
Détresse croissante des catholiques. — Prog^rès de l'opposition en Belgique.
234. La persécution continuait de sévir contre les catholiques, tandis que des perturbateurs fugitifs ou chassés de la France recevaient le meilleur accueil. On supprima les associations catholiques, celles-là mêmes qui n'avaient pour but que la propagation des livres d'instruction et d'édification (surtout en d823). Le 14 juin 1825, parurent deux décrets sur l'instruction publique, qui défendaient d'ouvrir des écoles sans l'autorisation du gouvernement, attribuaient à l'État la nomination de tous les maîtres ainsi que la surveillance des écoles, ordonnaient la fermeture des établissements non autorisés, en particulier des séminaires épiscopaux, et obligeaient tous les aspirants au sacerdoce à fréquenter des cohèges philosophiques, organisés tout à fait dans le sens des ennemis de l'Église.'
Les évèques protestèrent contre ces mesures ; le clergé refusa de concourir à leur exécution. Le gouvernement ne laissa aux jeunes théologiens que le choix entre le coUège philosophique et la caserne; il exclut de toutes les places ceux qui avaient étudié la philosophie ailleurs, ferma tous les étabUssements catholiques et lit ouvrir son cohège philosophique à Louvain (17 octobre 1825). Ce collège fut abhorré des catholiques belges, qui l'évitèrent autant que possible. Le prince Méan, évêque de Liège, désigné comme archevêque de Malines par le gouvernement, déclina les fonctions de procureur et refusa son concours. On avait eu beaucoup de peine à recruter un petit nombre de professeurs.
En Belgique, l'opposition allait se fortifiant soit par les mesures prises contre les catholiques, soit par l'aversion qu'on avait pour la Hollande. Le flegme des Hollandais et la vivacité des Belges, le despotisme des uns et la vie corporative comme l'amour de la liberté chez les autres, les idées catholiques et les idées calvinistes étaient incompatibles. Le gouvernement accorda aux deux pays le même nombre de députés (55), bien que les deux millions de Hollandais eussent dû avoir quarantedeux députés, et les trois millions et demi de Belges, soixantehuit; le clergé fut exclu de la représentation populaire, et l'on imposa aux Belges une part de la dette énorme qui pesait
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISÉ, 399
sur le gouverneQient hollandais. En 1826, les états belges manifestèrent hautement leur désaccord avec le gouvernement.
Catholique, 1823, t. X, livrais, xii, suppl.,p. xlii etsuiv.; 1825, t. XVIII, livrais, ii, suppl. 12, p. xxxiii et suiv.; t. XIX, p. 83 et suiv. (par Goerres) ; Tüb. Qiiartalschr., 1826, p. 7 et suiv.; Smets Kath. Zlschr. z. Cœln, t. I, nr. 2; Artaud-Scherer, P. Leo XII, p. 277.
Négociations relatives à un concordat.
235. Le roi Guillaume avait dès 1815 garanti les droits de rÉghse catholique et promis un concordat qui serait soumis à l'approbation des états. Sur ce dernier point, on avait entamé des négociations avec Rome, d'abord par l'entremise du comte Reitihold, ensuite par celle du comte de Celles, mais sans empressement et en posant des conditions inacceptables. Aujourd'hui, en face des dispositions qui dominaient dans lo pays, on insistait au moins pour l'adoption des points dont on était convenu. Un accord intervint le 18 juin 4827 à Rome, et fut ratifié par le roi le 27 juillet.
Le concordat français de 1801, en vigueur dans les provinces du Sud, fut étendu aux provinces du Nord; trois évêchés nouveaux (Bruges, Amsterdam et Herzogenbusch) furent ajoutés aux anciens (Liège, Namur, Gand et Tournay). Malines demeura métropole. Chaque diocèse aurait son chapitre et son séminaire ; le chapitre nommerait l'évêque, et, quand une première liste aurait été rejetée, il en présenterait une seconde ; cependant le roi pouvait rayer de la liste les personnes qui lui étaient moins agréables. La bulle de circonscription fut publiée comme loi civile en même temps que le concordat. Cet événement excita une grande joie parmi les catholiques. L'habile prélat Capaccini fut chargé de l'exécution. Mais le ministère y opposa une foule de difficultés : il essaya de maintenir la fréquentation obligatoire du Collège philosophique, déclaré inadmissible par Léon XII ; il voulut conserver ses précédentes ordonnances, et soumettre le tout à l'approbation des états. De nouvelles divisions éclatèrent. Cependant le nouvel évêque de Namur (17 uo-
AOÙ HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
verabre 4828) pnt prêter serment au roi, et les évêques de Liège, de Gand, de Tournay, furent confirmés.
A Amsterdam, deux nouvelles églises furent construites et Ton pritdes mesures pour ériger un séminaire. L'obligation de fréquenter le collège philosophique fut supprimée en 1829 pour les candidats au sacerdoce, mais remplacée par d'autres dispositions onéreuses, puis remise en vigueur. Le baron Pelichy de Lichtervelde, animé de sentiments rehgieux, fut nommé directeur général de la commission du culte catholique, en rem placement de Gobeau. Les évêques purent rouvrir leurs séminaires et y recevoir les candidats qui avaient étudié la philosophie à l'étranger. Cependant le parti calviniste-orangiste parvint à empêcher l'exécution du concordat et à contrecarrer les intentions bienveillantes de Guillaume l^^La presse cathoUque était singulièrement aigrie ; la raideur des ministres hollandais, la nouvelle imprudence qu'ils commirent eu appelant de Fribourg à Liège Ernest Münch, cet ennemi de Rome, qui, dans son ignorance des affaires du pays, jetait encore de l'huile sur le feu par son journal l'Universel, imprimé aux frais du gouvernement, tout en un mot préparait la révolution qui en septembre 1830 allait séparer la Belgique de la Hollande.
Mejer, Propag., II, p. 98-100; Münch, II, p. 455 et suiv. (ibid., p. 461-467, la const. Quod jumdiu, 17 août 1827); Nussi, p. 233 et seq.; Catholique, novembre 1827, p. 203 et suiv.; Boscovany, II, p. 266-270, n. 326. Circulaire du ministre de l'intérieur, d'oct. 1827, etc. : Münch, II, p. 452-457; A. Müller, Lexik, des K.-R., Wurzb., 1830, I, p. 352- 384. Concordat: K. -Zeitung für Kalh. und Protest., 1829, nr. 24; Catholique, t. XXXIII, p. 24 et suiv., suppl., t. XXXIV, p. 25 et suiv.; Hist.pol. Bl., t. LXVI, p. 413. Sur Ernest Miiach à Liège, voy. Augsb. Allg. Zeit., 3 janv. 1866, suppl., p. 42.
Révolution belge.
236. L'archevêque François-Antoine, prince de Méan, adressa, le 13 décembre 1830, au congrès national belge une requête pour demander que la nouvelle constitution reconnût la liberté de l'Église. Les catholiques décidés avaient le droit de peser dans la balance. La constitution du 25 février 1831 garantit le
LA REVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. AOi
libre exercice du culte, le droit d'association et la liberté d'enseignement. Les évêques en firent immédiatement usage : ils fondèrent des établissements d'enseignement supérieur, qui par le nombre de leurs élèves éclipsèrent bientôt les collèges des villes; ils confièrent l'enseignement primaire à des corporations religieuses, érigèrent des séminaires, et puis instituèrent à Malines (1834) une université catholique, qui s'ouvrit à Louvain en 1835 et qui compta bientôt de nombreux élèves; elle servit de contrepoids à l'université libérale de Bruxelles et aux universités de l'Etat établies à Gand et à Liège. Des pensionnats florissants, destinés à la jeunesse des hautes classes, furent dirigés par les jésuites, et de nouveaux couvents s'élevèrent de toutes parts. La Société des bons livres et une foule d'associations religieuses rendirent de précieux services. On s'occupa beaucoup des missions chez les infidèles, sans néghger les missions populaires et les exercices spirituels. Le cardinal Engelbert Sterx, archevêque de Malines (mort en 1867); van Bommel, évoque de Liège; Malou, évêque de Bruges (érigé en 1834) ; de Ram, premier recteur Je l'université de Louvain (mort en 1865), déployèrent un zèle infatigable.
Requête de l'archevêque de Malines, 1830 : K.-Hist. Bemerker z. Wùrzb. Allg. Relig.-Freund, 1831, p. 57; Catholique, t. XXXIX, p, 386 et suiv.; Roscovany, II, p. 313-317, n. 334; Thonissen, la Belgique sous le règne de Leopold I, Liège, 1855-38, 4 vol.; Th. Juste, les Fondateurs de la monarchie belge. Joseph Lebeau (né en 1794, mort en 1863, avocat, publiciste, historien), d'après des documents inédits, Bruxelles, 1863. Circulaire des évêques sur la fondation de l'université catholique : Catholique, Juillet 1834, p. 80 et suiv.; Janv. et Mars 1833, p. 74, 271; Bonner Ztschr., hvrais. ix, p. 189 et suiv.; Roscovany, Mon., II, p. 576-584, n. 384, 385; Relig. und K.-Freund, Avril et Jum 1834, nr. 26; Bemerker, nr. 23; Hist.-pol. Bl.,t. VIII, p. 501 et suiv.; t. IX, p. 792 et suiv.; Kath. K. -Zeitung, par Hœninghaus, 1839, nr. 72 ; de Ram, Synodicumbelgicum, seu nova et absoluta coUectio synodorum tam provincial., quam diœces. archiep. Mechlin., t. I, Mechlin., 1828; t. II, 1833; t. III, Antwerp.; t. IV, Gandav.; l'Annuaire de l'université cath. de Louvain, 1836 et seq.; Revue cathol., éditée par des professeurs de Louvain.
vn, — msT. DE l'égltse. 26
Luttes en Belgique.
237. Dans la séparation rigoureusement maintenue entre l'Église et l'État, et sous l'empire de la liberté générale, l'opposition des catholiques et des libéraux prit un caractère violemment accentué ; ces derniers, la plupart francs-maçons et attachés aux principes de la révolution française, favorisaient de leur mieux les progrès de l'incrédulité ; c'est dans leur sein que se formèrent les solidaires, qui rejetaient hardiment toutes les consolations religieuses. Le roi Leopold I", prince de Saxe-Cobourg (1831-1865), indifférent en matière de religion, tâchait de maintenir l'équilibre entre les deux partis. Quand, le 19 avril 1839, le jeune État eut accepté les vingt-quatre articles de la part de la Hollande, sous la garantie des grandes puissances, et obtenu une complète autonomie politique au dehors, le roi essaya de plus en plus, sans y réussir complètement, de se soustraire à l'influence des deux partis. Le ministère entièrement libéral Devaux-Rogier (depuis avril 1840) était déjà forcé au bout d'un an de céder la place au ministère catholique Nothomb, et la liberté de l'enseignement fut maintenue. Comme déjà précédemment (1837) la presse athée s'était déchaînée contre l'Église à propos de l'excommunication lancée par l'évêque de Liège contre les francs -maçons, ainsi elle le flt avec plus d'animosité encore contre la loi de bienfaisance de 1857. Des émeutes de rues amenèrent la retraite du ministère catholique. Les procès scandaleux (comme le procès de Buck en 1864) étaient avidement recherchés ; la jeunesse élevée dans les universités libérales affichait pubhquement son impiété et se targuait des principes les plus condamnables, ainsi qu'on le vit au congrès des étudiants de Liège en 1866. Les catholiques résistèrent vaillamment aux attaques multiples dont ils étaient l'objet, soit dans la presse périodique, soit dans les chambres. Ils avaient pour chefs : de Theux (mort en 1874), Anethan, Nothomb, Dechamps et Malou ; ils remportèrent aussi de nouvelles et importantes victoires électorales et rentrèrent au ministère. Le congrès des catholiques à Malines en 1863 témoigna d'un grandiose développement de la vie catholique.
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 403
Oppelt, Hist. de la Belgique, 1830-1860, Brux., 1861 ; le Livre noir, ib., 1837. Lettres de Belgique, dans Hist. -pol. BL, t. VI, p. 193 etsuiv., 269 et suiv.; t. VII, p. 627 et suiv.; t. VIII, p. 45 et suiv., 210 et suiv., 411 et suiv., 501 et suiv., 731 et suiv.; t. IX, p. 783 et suiv.; Freiburger K.-Blatt, 4857, nr. 5. 6; Würzb. kath. Wochenschr., 1857, t. IX, p. 411 et suiv.; der Procesz de Buck vor dem Richterstuhl der Wahrheit.; Niedermayer, Mecheln u. Würzburg (tous deux à Frib., 1865). Sur le congrès des étudiants en 1866, Hist. -pol. Bl., t. LVI, p. 843 et suiv.
Les catholiques de Hollande. — Rétablissement de la hiérarchie. — Jansénistes.
238. En Hollande , malgré toutes les persécutions qu'ils avaient autrefois endurées de la part des calvinistes et des jansénistes, les catholiques formaient encore les deux cinquièmes de la population. Us avaient sept archipresbytérats et quatre cent trois stations. Un internonce était accrédité à la Haye et dirigeait les missions ; l'évêque in partibus de Curium, baron de Wykers-Cooth, exerçait les fonctions pontificales. Le relèvement de la Belgique avait ramené le territoire hollandais, sous le rapport ecclésiastique , à l'ordre de choses existant en 1795. Quelques prêtres zélés avaient travaillé, non sans peine, au maintien de la foi parmi les catholiques, notamment le pieux Raynal de Cahors (mort en 1822), et le vice-supérieur Ciamberlani, revenu depuis 1823.
La situation des cathohques s'améliora à partir du règne de Guillaume II (7 octobre 1840). Des négociations furent entamées avec le nonce Capaccinien 1841, et des vicariats apostoliques érigés, en particulier à Luxembourg, qui précédemment avait appartenu, partie à Trêves, partie à Liège, fut ensuite administré par Namur, et se trouvait maintenant placé sous le vicaire apostolique Laurent, qui, établi pour le Nord allemand, mais repoussé de Hambourg, résida le plus souvent à Aix-la- Chapelle, d'où il administra son diocèse ; il y avait aussi des vicariats à Herzogenbusch pour le Brabant septentrional, à Bréda et à Limbourg.
La nouvelle constitution de 1848 proclama la liberté absolue des cultes, et en 1851 le ministère hollandais déclara qu'il ne
mettait aucun obstacle à l'organisation des évêchés. Mais lorsque Pie IX rétablit la hiérarchie en 1853 (l'archevêché d'Utrecht, les évêchés de Harlem, Herzogenbusch, Bréda, Roermond), une vive opposition surgit, soit du côté du gouvernement, soit du côté des calvinistes fanatiques; cependant elle fut bientôt apaisée, et en 1855 déjà les évêques de Hollande célébraient un concile provincial. Ils avaient surtout à se plaindre des lois scolaires de 1851 et 1863, qui excluaient des écoles de l'État tout enseignement confessionnel et obligeaient les catholiques d'établir des écoles privées, en même temps qu'il leur fallait concourir à l'entretien des écoles gouvernementales. Les couvents, qui devenaient chaque jour plus nombreux, avaient déjà précédemment obtenu la permission de fonder des succursales et de recevoir des novices.
Dans le Luxembourg, le provicaire apostolique devint évêque titulaire en 1870. Le schisme janséniste subsistait encore. Kn 1802, Pie VU avait réprouvé la consécration de l'évêque d'Harlem, accomplie par l'archevêque schismatique d'Utrecht, Jacques van Rhyn, que Pie VI avait refusé en 1797. Dans l'année 1858 , où Ton comptait cinq mille quatre cent vingtneuf jansénistes, l'archevêque Jean de Santen mourut âgé de quatre-vingt-cinq ans; il eut pour successeur, le 7 juillet, Henri Loos, qui fut également répudié par le Saint-Siège. Ces jansénistes protestèrent contre les définitions dogmatiques de 1854 et 1870; mais ils ne réussirent qu'à provoquer chez les catholiques du pays une adhésion d'autant plus étroite à l'autorité de l'Église.
Mejer, Propag., II, p. 102-lOG; Catholique, 1823, Févr., suppl., p XVII et suiv.; 1863, I, p. 356 et suiv.; Histor.-pol. Bl., t. LXVI, p. 413 Cf. t. LXVII-LXIX. Pie IX, const. Ex qua die : Acta Pii IX, vol. I, p 416 et seq.; Ami de la religion, 22 mars, 9 avril, 1833. Note de l'am bassadeur de Hollande du 10 mai, et Réponse du cardinal Autonell du 1*=' juin 1833 : Roscovany, t. IV, p. 944-935; Acta et Décréta sjnodi prov. Ultraject., Sept. 1863 ; Coll. Lac, t. V, p 723 et seq. Question scolaire : Hist.-poi. Bl., t. LXVII-LXIX. Couvents : Catholique, 1863, I, p. 336 et suiv. Évêché de Luxemb. : Archiv für kath. K.-R., t. XXXVI, p. 336 et suiv. Jansénistes : Bull. Rom. Cont., t. XI, p. 422 et seq.; Civiltà cattolica, 4 sett. 1858, ser. III, vol. XI, n. 203, p. 637.
LA RÉVOLUTION DANS L^ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 405
La Suisse.
La Suisse depuis 1797 jusqu'à 1815.
239. La Confédération suisse formait un mélange bizarre de petits États, séparés les uns des autres par de nombreuses divergences, reliés extérieurement par la diète et le Vorort dirigeant, mais du reste complètement souverains. Les cantons primitifs, gouvernés démocratiquement par de braves catholiques, enfants des montagnes, conservèrent longtemps leur antique simplicité ; tandis que dans les grands cantons, la plupart réformés, où florissaient le commerce et l'industrie, les villes avec leurs riches patriciens et les institutions aristocratiques prédominaient. Il yavait, surtout dans celles-ci, une foule de mécontents qui se rattachaient aux idées républicaines de France, favorisaient l'incrédulité et la licence des mœurs. L'invasion française de 1797 accrut la misère.
En 1798,1a «répubhque helvétique indivisible» fut établie sur le modèle de la république française. La vie corporative disparut, l'Église catholique fut spoliée ; le nonce, chassé du pays (9 mai) par des hussards fiançais, n'y rentra qu'en septembre 1803; les liens de la Suisse occidentale avec l'Église de France furent brisés.
Plus tard, Napoléon imposa silence aux disputes des partis; son acte de médiation de 4803 transforma la Suisse en un État fédératif, restitua quelques biens, mais posa les bases d'une foule de dissentiments religieux, qui, après sa chute, allaient éclater avec im redoublement de violence. Le traité fédéral du 7 août 1815 réglait surtout les relations mutuelles des cantons (22) comme États, et ne tenait que peu de compte de leurs intérêts religieux. Cependant l'assemblée fédérale s'occupa de l'égalité des droits des deux puissances, et, sur la demande du nonce, la stabilité des fondations et des couvents catholiques fut placée sous la garantie de la Confédération (art. 12). Déjà ils avaient été plus d'une fois menacés, et l'on allait plus tard organiser contre eux un violent assaut.
Tüb. Theo). QuarUlschr., 1819-1821 ; K.-Histor, Archiv, par Stœu-
dlin, Tzsrhirner et Vater, 1823, livrais, ii, p. 52; Mûnch, Conc, II, p. 470etsuiv., 687 et suiv.; Mejer, Propag., II, p. 126 et suiv., 132 et suiv.; Snell, Dociimentirte pragmat. Erzœhlung der neueren kirchl. Beraenderungen in der kath. Schweiz, 1803-1830, 2* éd., Mannheim, 1751 ; Urkunden zur Gesch. des reorganisirten Bisthums Basel, Aarau, 1847; M. Kothing, die Bisthumsverhandlungen der schweizerischconstanzischen Diœcesanstsende von 1803-1862, Schwyz, 1863 (avec documents).
Vicariat apostolique. — Évêchés suisses. — Translation de l'évêché de Bâle à Soleure.
240. Plusieurs fois déjà, mais surtout de 1803 à 1805, on avait exprimé le désir qu'un évêché distinct fût établi dans la Suisse allemande et séparé de Constance. Cette demande fut présentée au pape, le 16 avril 1814, par Uri, Lucerne et d'autres cantons. Le 7 octobre. Pie VII prononça la séparation de ces États diocésains d'avec Constance et nomma vicaire apostolique Gœldlin, prévôt de Tieffenau. Plusieurs cantons étaient opposés au provisoire, au vicariat apostolique, et voulaient un évêché national ; mais ils se jalousaient entre eux et se montraient fort réservés sur la question d'argent. Divers projets furent discutés, entre autres celui qu'on avait déjà émis précédemment, d'ériger le siège épiscopal au couvent d'Eusiedein ; mais ni le clergé séculier ni le couvent lui-même n'étaient de cet avis.
Après la mort de Gœldlin (1819), le prince-évêque de Coire, Charles-Rodolphe, fut chargé du vicariat par le pape. Cette fois encore, il y eut des mécontents parmi les cantons. Lucerne obtint d'être provisoirement placée sous la juridiction de Bâle, et reçut unprovicaire. Quant aux petits cantons, ils demandaient qu'on les rattachât définitivement au diocèse de Coire ; leur projet de convention, daté du 7 janvier 1823, ne fut pas agréé à Rome, mais la réunion avec le diocèse de Coire fut prononcée. Le 2 juillet 1823, Saint-Gall fut également érigé en évêché, mais, sons le prince-évêque Charles- Rodolphe, réuni à Coire jusqu'à sa mort (23 octobre 1833). L'évêque de Bàle vivant à l'étranger. Pie VII lui donna provisoirement à titre de coadjutenr pour Berne, Bâle, Soleure, Argovie, le prévôt Glutz-Ruchti, résidant à Soleure (mort en 1824).
Après de longues négociations. Léon XII transféra, le 5 mai
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1828, l'évêché de Bàle à Soleure pour Berne, Lucerne, Zug, Soleure, auxquels vinrent encore s'ajouter jusqu'en 1830 les cantons d'Argovie et de Thurgovie, puis Bâle et Zurich.
Les catholiques de Genève étaient placés en 1819 sous la juridiction de 1 evêque de Lausanne et Genève (Pierre- Tobie Yeuni), qui résidait à Fribourg ; il y avait en outre l'évêché de Sion pour le canton de Vaud.
Dans la Suisse italienne (canton du Tessin), l'archevêque de Milan et l'évêque de Côme exerçaient la juridiction spirituelle. La nonciature apostolique était encore à cette époque comme le centre des évèohés suisses exempts. Le canton de Schwytz fut depuis 1 824 définitivement réuni au diocèse de Coire; Schafouse fut, en 18-41, par l'entremise du nonce, provisoirement annexée au diocèse de Bàle; Uri, Unterwald, Glaris, Appenzell, Zurich, demeurèrent sous l'administration provisoire de l'évoque de Coire.
Pie \U,Inter midtipHces, 20 se^it. iS\9; Archiv für kath. K.-R., t. XVU, p. 196; t. XXIX, p. S^ et suiv. Bref pour Genève, eod. d. : Bull. Rom. Contiu., XV, p. 370 et seq., n. 962. Érection de l'évêché de Saint- Gall au lieu de l'ancienne abbaye supprimée le 8 mai 1803 (par contre, bref du 12 juin 1816 : Felder, Neues Magazin für kath. Religionslehre, 1817, U, p. 54 et suiv. ;• Roscovany, t. 111, p. 716-723, n. 600-602) par Pie VII, 2 juillet 1823; Müller, Lexik, des K.-R., 2« éd., t. V, p. 114- 119. Correspondance du gouvernement des Grisons avec l'évêque de Coire à ce sujet, en juin 1824 : Tüb. Theol. Quarlalschr., 1824, p. 700; Roscovany, t. Il, p. 270-273, n. 327. Réunion du canton de Schwytz au diocèse de Coire : Léon XII, 15 déc. 1824; Tüb. Theol. Quartalschr., 1825, p. 367; Bull. Rom. Cont., t. XVI, p. 286-289, const. 74; Kothing, p. 266-268. Convention de LéonXII avec quatre cantons, du 26 marsl828: Müller, I, p. 364 et suiv.; Münch, II, p. 690 ; Nussi, p. 242-246 (ibid., p. 246- 2.52, aussi la Const. Inter prœcipua du 3 mai). Pie VIII, const. De sainte aniiïKU'um, 23 mars 1830, sur l'accession d'Argovie et de Thurgovie, ibid., p. 252-254. Sur les évêchés suisses, voy. Relig. -Freund, 11 mars 1834; Bemerker, n. H, p. 133 ; Geograph, und Rist. Kirchenstatistik der Schweiz von einem kath. Geistlichen, Schaffouse, 1845 (doyen de cathédrale); L. v. Mont u. PI. Plattner, das Hochstift Chur und der Staat, Coire, 1860. Lettre de l'évêque de Lausanne et Genève, datée de Fribourg, 25 février et 26 mai 1823, au gouvernement de Fribourg, contre la méthode d'enseignement mutuel dans les écoles primaires (CathoUque, 1823, livrais, xi, p. 129-157).
Luttes religieuses en Suisse.
241 . Jusqu'en i 830, la Suisse jouit d'une tranquilité relative ; les établissements d'instruction demeuraient séparés sous le rapport confessionnel ; les droits et les biens de l'Église — sauf quelques mesuresdespotiques dans certains cantons — étaientrespectés. Dans cette année même, la presse et les conseils du gouvernement commencèrent contre l'Eglise une lutte qui devint chaque jour plus ardente, dans laquelle les protestants irrités et les catholiques incroyants ou libéraux eurent la prépondérance. Journaux, pamphlets, almanachs, rivaUsaient de zèle pour calomnier le pape, le nonce et le clergé, insulter aux doctrines et aux usages catholiques, attaquer avec les armes des jansénistes et des encyclopédistes les ordres religieux, et principalement les jésuites, qui depuis 1818 possédaient à Fribourg un collège florissant.
Un professeur de Lucarne, Fischer, qui vivait ostensiblement en concubinage, publia une Gazette ecclésiastique imwe7'selle der Allemagne et de la Suisse, où il surpassa tout se qui se disait de plus dévergondé à cette époque de rationalisme. Dans la plupart des cantons on enseignait un droit public ecclésiastique joséphiste, entremêlé de mesquines chicanes contre les évêques. Plus le radicalisme gagnait de terrain, plus on dénaturait les constitutions cantonales, plus aussi l'Église devenait asservie dans ce pays de liberté. Des avocats ambitieux, des médecins, des maîtres d'école, des réfugiés politiques, donnaient le ton et ne faisaient qu'aviver les anciennes discordes. Des scènes sanglantes se passèrent à Bâle en 1831 et amenèrent la séparation de Bàle-Ville et de Bâle-Campagne.
La constitution fédérale revisée en 1832 supprima complètement les anciennes garanties accordées aux couvents et aux fondations religieuses; en outre, on accorda aux étrangers un droit de libre établissement qui inquiéta fort les cantons catholiques, car il ne dépendait plus du consentement de chaque État particulier.
Le clergé profita de la liberté de la presse pour instruire le peuple catholique et le mettre sur ses gardes, pour défendre les intérêts de l'Église, qui avait hâté la conversion de
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Charles-Louis de Haller, professeur de droit public (né à Berne en 1768, catholique en 1820). Les intérêtsdel'Église furent soutenus depuis 1832 par la Gazette ecclésiastique de Suisse; à Lucerne, le chanoine Geiger (mort en 1843), les professeurs Gügler (mort en 1827) et Widmer (mort en 18-44) déployèrent une activité salutaire. Les radicaux attribuèrent le rejet de la nouvelle constitution fédérale à l'influence exercée par le clergé dans les assemblées de Lucerne (8 juillet 1833). L'exemple de Lucerne fut suivi par les autres cantons catholiques et par plusieurs cantons mixtes. On songea à se venger du clergé, dans le sein duquel se trouvaient plusieurs traîtres qui méditaient une séparation d'avec Rome et une réforme de l'Église. La propagande des écrits irréhgieux devenait chaque jour plus active.
Séparation des diocèses de Coire et de Saint-Gall.
242. Après la mort du prince-évêque de Coire et de Saint- Gall, le nouveau gouvernement de ce dernier canton prononça de son propre chef la séparation de ce double diocèse (28 octobre 1833), supprima le chapitre récalcitrant de la cathédrale (19 novembre) et confisqua ses biens; tandis qu'à Coire le gouvernement des Grisons s'emparait du temporel et suscitait de nombreuses difficultés au vicaire capitulaire Jean-George Bossi. Le nonce apostolique protesta vainement auprès du grand conseil de Saint-Gall, lequel considérait comme hors de vigueur la bulle du 2 juillet 1823 contre la violation des traités et le mépris du chef de l'Église. Le grand conseil institua Népomucène Zürcher administrateur du diocèse de Suint-Gall, et lui fit livrer par la force les archives épiscopalcs. Bossi, vicaire capitulaire de Coire, ayant été nommé par Grégoire XVI en mars 1835 évêque des Églises unies de Coire et de Saint-Gall, on lui barra le chemin de la résidence et l'on demanda la dissolution du double diocèse ; elle fut. prononcée par décret consistorial du 23 mars 1836. Pierre Mirer, doyen de Sargans, fut nommé provisoirement vicaire apostolique de Saint-Gall, et des négociations furent entamées au sujet de l'établissement d'un évêché distinct dans cette ville. Le concordat relatif à cet objet, arrêté le 7 novembre 1845 seulement, ne fut exécuté et la bulle d'érection publiée qu'en 1847. Jean-George Bossi demeura
évêque de Coire, et reçut pour coadjuteur en 1843 Gaspard de Cari, qui lui succéda en 1844.
Hurter, die Befeindung der kalh. Kirche in der Schweiz, Schaffouse, 1842; Tüb. Quartalschr., 1821 et suiv.; Henne, Geschichll. Darstellung derkirchl. Vorgaenge und Zustsende der kalh. Schweiz von 1830 bis auf unsere Tage, Mannheim, 1851 (selon Mejer, Propag., II, p. 139 N., compilation assez insignifiante et peu utile); Kothing, p. 347 et suiv. Noten des Nuntius Erzbischof Philipp von Carlhago, 10, 22 novemb. 1833 et 8 févr. 1834 : Schweizerische K.-Ztg., Lucerne, 1833, p. 781; 1834, p. 273; AUg. Relig. und K.-Freund, Janv., Févr. 1834, nr. 13, 14 (cf. ibid., Bemerker, nr. 16, 19); Roscovany, IÏ, p. 243- 352, 369-377 ; Würzburger Religions-Freund, Kirchencorrespondent, 30 août 1842, nr. 35. Conveuuon de 1845: Nussi, p. 269-272; Kothing, p. 361 et suiv. Sur Jean-Fierre Mirer (né en 1778, prêtre en 1800, vicaire apostolique depuis 1836), voy. Relig. -Freund, 17 nov. 1846, nr. 92, « der erste Bischof von St. Gallen ».
Les articles de la conférence de Bade. — Discussion au sujet du serment du clergé.
243. Pendant les négociations relatives à la dissolution du double diocèse de Coire — Saint-Gall , les gouvernants républicains multipliaient leurs projets. De Lucerne on proposa d'ériger Bâle en une métropole qui comprendrait Coire et Lucerne, et permettrait de se passer de Rome. Le 20 janvier 1834, les représentants de divers cantons réunis sous la présidence d'Edouard Pfyffer, dressèrent les quatorze articles de la soi-disant conférence de Bade, qui subordonnaient complètement TÉglise à l'État, entamaient sérieusement la jurisprudence de l'Église sur le mariage, attentaient aux droits de la primauté, menaçaient les fondations et les couvents dans leiu^ existence. Cesarlicles devaient former la base de la législation future en matière ecclésiastique. Le peuple catholique réclama dans de nombreuses pétitions ; révoque de Bâle, Joseph-Antoine Salzmann, protesta (10 avril 1835); Grégoire XVI rejeta les articles dans une circulaire énergique adressée aux évèques de Suisse (17 mai).
Cependant les quatorze articles furent introduits par les gouvernants dans plusieurs cantons (Berne, Bàle Campagne, Thurgovie, Argovie, les maintinrent même comme le droit
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. H\
en vigueur). Dès le mois de juin 1834, ils furent adoptés en Argovie, où la prestation du serment aux lois de l'État exigée du clergé produisit de grands désordres. La formule prescrite pour le serment était la même qui avait été présentéeen 1832 au clergé du canton de Berne avec l'assentiment de l'évêque, et que le Saint-Siège n'avait approuvée qu'avec cette restriction : « En tout ce qui n'est pas contraire à la religion catholique et aux lois de l'Église. »
L'évêque s'étant alors soumis, le clergé avait prêté le serment sous cette restriction (17 septembre 1833). Cette fois encore l'évêque lui-même la fit valoir en face du gouvernement d'Argovie (12 novembre 1833). Dans le canton de Glaris, en 1836, la minorité catholique se vit complètement asservie par les protestants, des communes catholiques furent militairement occupées.
Le 23 octobre 1837, le gouvernement décida que les ecclésiastiques qui, dans l'espace de quatorze jours, ne prêteraient pas serment à la nouvelle constitution, sans condition ni réserve, seraient destitués de leurs charges. Ms^'Bossi, évêque de Coire, invoquant l'exemple de Berne et d'Argovie, qui ne s'opposaient pas au serment conditionnel, protesta énergiquement (6 novembre) contre cette exigence, d'autant plus qu'elle irait jusqu'à obliger les prêtres à violer le secret de la confession. Beaucoup d'ecclésiastiques furent maltraités, destitués, bannis; les relations avec l'évêque, supprimées; les sœurs mêmes de la Charité considérées comme un péril pour l'État.
Dans le canton de Berne, huit mille catholiques avaient protesté contre les articles de la conférence de Bade : ils furent réduits au silence par des bataillons réformés. Là, comme en Thurgovie, à Saint-Gall, à Soleure, les étabhssements d'instruction furent radicalisés; on dressa l'inventaire des cou vents, puis on les pilla et on les abolit. A Lucerne, les meilleurs ecclésiastiques furent écartés des chaires de l'enseignement, et remplacés par des gens sortis de l'école de Fischer, qui passa plus tard au protestantisme avec ses collègues PfyflTer et Knobel. Malgré les protestations de l'évêque, quelques curés fnrent éloignés par la force; on contesta au nonce la juridiction ecclésiastique, et on l'obligea de se réfugier à Schwytz . Les écoles reçurent une organisation passablement païenne; la foi positive
subit de graves atteintes même parmi les protestants, et Zurich appela dans son sein David Strauss, ce renégat de Jésus-Christ (1839).
Roscovany, II, p. 551-358, nota, de Rom, Pont., IV, 128 et seq.; Hurter, I, p. 237 et suiv., 273 ; Wiïrzb. Relig. und K.-Freund, 28 févr. 1834; Bemerker, nr. 9, p. 97. Petitions contre : Schw. K.-Zlg., 1834, p. 641, 361, 536; Roscovany, 1. c, p. 530-576, n. 381-383. Protestation de l'évêque Salzmann : Rheinwald, Acta bist, eccl., sa^c. XIX, an. 1833, p. 96; Roscovany, 1. c, p. 589-592, n. 387; Relig.-Freund, 1833, livrais, v; Bemerker, nr. 19. Lettres du pape: Riieinwald, p. 3; Roscovany, 1. c, p. 378-387. Sur la validité des articles renouvelés le 20 septembre 1836 : Archiv für kath. K.-R., t. XVII, p. 241 ; Catholique, t. LXI et LXII ; Mœhler, Schreiben über die Vei'bseUnisse und Zustœnde der Schweiz, 1836 (Ges. Sehr., II, p. 253 et suiv.). Protestation de l'évêque de Bâle, 12 nov. 1835 : Rheinwald, p. 176; Roscovany, p. 593 etseq,n. 388. Protestation de l'évêque de Coire, 6 nov. 1837 : Rheinwald, 1837, p. 143; Roscovany, p. 614-627, n. 395. Plaintes du nonce: Kirchencorrespondent, 19 déc. 1843, nr. 51 . Sur l'appel de Strauss à Zurich : Histor.-pol. EL, 1839, t. III, p. 321-348; Gelzer (Prot.), die Slrauss'schen Zerwürfnisse in Zürich von 1839; zur Gesch. des Protestantismus, Hambourg, 1842.
Assaut contre les couvents de Saint-Gall et d'Argovie.
2-44. L'attaque contre les ordres religieux fut surtout organisée à Saint-Gall, où elle amena la suppression du couvent de Pfaelfers le 9 février 1838; puis dans le canton d'Argovie, où les biens des couvents furent placés en 1836 sous une administration civile, et on leur défendit de recevoir des novices. Le 21 janvier 1841, la suppression de tous les couvents était décrétée. Dans ce canton le directeur du séminaire, Keller, un incrédule, était l'oracle en matière religieuse; là on en vint jusqu'à destituer le curé de Wohlenschwyl, Stockriiann, parce qu'il refusait de bénir un mariage entre frère et sœur. On apostait des espions autour des chaires et l'on soimiettait le clergé à une rigoureuse inquisition. Près de sept millions de biens ecclésiastiques furent pillés. Le nonce du pape Gizzi et l'ambassadeur d'xVutriche comte Bombelles protestèrent éuorgiqueraent contre cette impudente violation de la constitution fédérale
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT Et DANS l'ÉGLISE. 413
(art. 12) e! contre ces injustices flagrantes à l'égard des couvents; les supérieurs des couvents d'Argovie réfutèrent dans un mémoire toutes les accusations du gouvernement radical.
En face du mécontentement général, la diète avisa le gouvernement d'Argovie qu'il eût à arranger cette affaire d'une façon équitable (15 mars 1841). Là-dessus le grand conseil du canton rendit (19 juillet) un décret qui permettait la rentrée aux religieuses de trois couvents et assurait aux couvents d'hommes supprimés la jouissance de leurs pensions ; mais il était loin de compenser les injustices commises. Les religieuses expulsées ne purent rentrer qu'en 184.3. Les biens des plus riches couvents furent destinés à couvrir les frais de l'occupation militaire, à subvenir à des œuvres ecclésiastiques et scolaires et aux pensions. Dans d'autres cantons aussi, on avait déjà commencé l'inventaire des couvents, comme dans le Tessin en 1842. Cependant la plupart des cantons firent trêve pendant quelque temps à la guerre qu'ils livraient aux ordres religieux.
Déjà le 21 février 1807, Pie VII avait vivement engagé le gouvernement de Lucerne à ne pas supprimer le couvent de Rathhausen, fondé en 1245, et d'autres couvents. Roscovany, Mon., II, p. 143-149, n. 304, 303. Ibid., p. 393-400, la réclamation du nonce auprès du canton deSaint-Gall, d. d. Schwytz, 19 févr. 1838, d'après Schweiz. K.- Ztg., 1838, p. 220. Décret pour Argovie, 13 janv. 1841 : Archiv für kath. K.-R., 1865, t. XIV, p. 381 et suiv.; Lettres de la nonciature, 26 juin 1836 (Schweiz. K.-Ztg., 1836, p. 492; Roscovany, II, p. 387- 393) des 2! janv. etl9 mars 1841 (Relig. -Freund, Kirchen correspondent, 1841, nr. 19. Cf. ibid., nr. 32, du 10 août 1842, et 5, 19 déc. 1843, nr. 49, 51). Décret pontitical du I" avril 1842 (ibid., 24 mai, h. an., nr. 21 ; Schweiz. K,-Ztg., h. an., p. 305; Roscovany, II, p. 433-435, n. 358). — Die Katholiken desAargau's und der Radicalismus, eine Denkschrift, 1843; Hurter, I, p. 597 et suiv; le journal « Deutschland » du 28 nov. 1856. Sur le canton de Thurgovie, Archiv für K.-R., 1. c, p. 382- 384; sur le Tessin, Kirchencorrespondent, 8 mars 1842, nr. 10. Cf. aussi Hist.-pol. Bl., 1838, t. II, p. 179-184, 295-306; 1839, t. IV, p. 204- 219, 281 et suiv.; t. VII (1841), p. 216 et suiv., 422 et suiv., 539 et suiv., 691 et suiv.; t. VIII, p. 224-242, 337 et suiv., 440 et suiv.; Tiib. Qiiartalschr., 1841, p. 447 et suiv.
AU HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Réaction des catholiques. — Expéditions de corps francs. — Suppression du Sonderbund et de la liberté religieuse.
245. Sur ces entrefaits, les catholiques, voyant leur position de plus en plus menacée, se groupèrent plus étroitement autour du nonce apostolique. Pierre-Tobie, évèqne de Lausanne et Genève, défendit en 1835 contre le gouvernement de Fribourg, et en 1837 contre celui de Berne, l'indépendance du ministère ecclésiastique ; dans le conseil de Soleure, un membre catholique éminent s'éleva avec force contre le placet (13 novembre 1835). Le clergé du canton de Lucerne, quand il fut question de reviser la constitution,, fit parvenir ses vœux au gouvernement (1840) : il rejetait surtout les articles de la conférence de Bade «t la loi du placet, demandait une entente sur les mariages mixtes, le maintien des fondations et des couvents, et la direction religieuse de l'éducation.
En 1841, la constitution cantonale fut aussi transformée dans le sens conservateur. L'évêque de Bàle, ainsi que le pape Grégoire XYI, qui en fut informé, se félicitèrent de ce succès, et le nonce retourna à Lucerne en 1842.
A la tète de l'opposition cathoUque se trouvait le conseiller Joseph Leu d'Ébersol, un simple campagnard, qui travailla à la restauration des couvents et ramena à Lucerne les jésuites, qui depuis 1836 enseignaient aussi avec succès à Schwytz. Plusieurs ecclésiastiques qui avaient adhéré jusque-là à la conférence de Bade, se rétractèrent, notamment Christophe Fuchs, professeur de théologie et chanoine de Saint-Léonard (17 décembre 1841). Le radicalisme, effrayé des périls qui menaçaient sou pouvoir, voulait emporter de vive force ce qu'il ne pouvait obtenir par les voies légales.
Quand la Compagnie de Jésus s'étabht à Lucerne (24 octobre 1844), la presse se déchaîna contre le « gouvernement des jésuites » et organisa dès le 1" décembre une expédition de corps francs. Lucerne, ayant à sa tête Siegwart Müller, et les cantons catholiques se levèrent hardiment et repoussèrent deux fois les corps francs.
Les radicaux méditèrent une vengeance : le 19 juillet 1845, Joseph Leu tombait sous le fer d'un assassin soudoyé,
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Jacques Müller, qui avoua son crime et fut exécuté le 31 janvier 1846. Lucerne, sérieusement menacée par les cantons protestants, forma avec les cantons catholiques l'alliance dite du Sonderhund, dontlatlissoliitiou fut prononcée le 20 juillet 1847 parla diète radicale, sous la présidence d'Ochsenbein. Les sept cantons catholiques protestèrent, et, confiants dans leur bon droit, affrontèrent généreusement les hasards de la guerre. Mais leurs calculs furent déjoués par la neutralité de l'étranger et par la maladresse des chefs ; en novembre (1847) ils succombaient sous la prépondérance de leur ennemi. Contribution de guerre onéreuse, suppression de la plus grande partie des couvents, profanation deo églises, abolition de toute liberté religieuse, tel fut désormais le sort de la Suisse cathohque.
Pierre-Tobie,évèque de Genève-Lausanne, 3 nov. 1835etl3juilletl837: Schweiz. K.-Ztg., 1833, p. 861 el suiv.; Rheinwald, an., 1837, p. 223; Roscovany, t. III, p. 861 et seq., n. 643; t. II, p. 622 et seq., n. 394. Votum eines Mitgliedes der Commission für die Placetgesetzo iaSolothurn, 13 nov. 1833. Schweiz. K.-Ztg., 1836, nr. 1 ; Roscovany, II, p. 395-600, n. 389. Pétition du clergé de Lucerne, 7 nov. 1840 : Schweiz. K.-Ztg., h. an., p. 733; Roscovany, p. 634-643, n. 397. Lettre du gouvernement de Lucerne à Grégoire XVI, du 23 août, et réponse du pape, du l"déc. 1841 : Schweiz. K.-Ztg., 1841, p. 643; 1842, p. 187; Roscovany, p. 643-647, n. 398, 399. Lettre de l'évêque de Bâle, du 22 mars, K.-Korrespondent, 11 mai 1841, nr. 19, et 29 nov. 1842, nr. 48. Sur le collège de Schwytz, voy. Catholique, 1836, t. LXII, p. 38 et suiv.; sur celui de Fribourg, ibid., 1834, t. LIV, p. 34 et suiv. Hist.-pol., Bl. t. VI, p. 38 et suiv., 210 et suiv.; Kurier, I, p. 597 et suiv.; Piccolomini, Analekten über das Pensionat und Collegium der Jesuiten in der Schweiz, Ratisb., 1843. — Siegwart Müller, Rathsherr Joseph Leu von Ebersol, Altdorf, 1863. La même, der Kampf zwischen Recht und Gewalt in der schweizerischen Eidgenossenschaft. Ibid., 1864. Hist.pol. BL, t. XVII, p. 370 et suiv., 363 et suiv.; t. XVIII, p. 579 et suiv. Crétineau-Joly, Bist, du Sonderbund, Paris, 1850, 2 vol. Bluntschli, der Sieg des Radisealismus über die kath. Schweiz, Schaffouse, 1830. Erlebnisse des Bernhard Ritter v. Mayer, weiland Staatschreiber und Tagsatzungsgesandter des Cantons Luzern, Vienne, 1873, t. I. Suppression des couvents à Lucerne, décret du 13 avril 1848 : Archives du droit canoncath., t. XIV, p. 384-386.
416 ÖlSTOlIlE DE L^ÈGLISE.
Lutte de l'évêque Marilley.
246. Le nonce fit de vaines protestations (26, 31 décembre 1847) contre les actes de violence exercés dans les cantons du Sonderbund, contre l'expulsion des curés cauoniquement institués, la profanation des églises, la suppression des couvents et les décrets par lesquels le canton du Valais faisait peser sur le clergé et les couvents les frais de la guerre (décrets que l'évêque de Sion avait lui-même vivement blâmés), soumettait tous les biens du clergé au contrôle de l'État, supprimait les immunités, enlevait tous les droits de collation à l'abbaye de Saint-Maurice et à son abbé l'évêque de Bethléem, ainsi qu'à l'hospice du Saint-Bernard.
La constitution fédérale revisée le 13 septembre 1848 ne contenait pour l'Église aucune garantie ; la liberté des cultes ne tournait qu'à son détriment ; tout visait à une centralisation plus grande et à l'afTaiblissement de la souveraineté cantonale- La Suisse offrait un asile aux brouillons de tous les pays, tandis qu'elle persécutait indignement les catholiques indigènes. Druey, président de la Confédération, déclarait ouvertement (3 mai 1850) que la politique n'était pas tenue de se conformer aux lois de la morale et de la justice.
Les cinq cantons qui composaient le diocèse de Lausanne et Genève (Genève, Fribourg, Vaud, Berne, Neuchàtel), formèrent, lois août 1848, sous le nom de concordat, un accord concernant la position de l'Église catholique vis-à-vis du pouvoir civil; l'évêque devait être tenu de s'y soumettre sous les peines les plus sévères. Le placet serait requis pour toutes les publications ecclésiastiques, et l'évêque, nommé désormais par les délégués des gouvernements, prêterait serment aux lois des cinq cantons ; les statuts synodaux seraient modifiés conformément aux lois civiles, et des commissaires laïques assisteraient aux examens des aspirants aux ordres sacres, sans parler de plusieurs autres prescriptions.
Le pape et l'évêque Etienne Marilley devaient nécessairement protester, car ces mesures étaient en opposition flagrante avec toutes les lois de l'Église. Déjà précédemment (1820), le Saint- Siège n'avait permis au clergé de Genève de prêter le serment
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d'obéissance aux lois de l'État que parce que le gouvernement avait fait la déclaration expresse qu'il n'entendait obliger le clergé à rien de contraire aux lois fondamentales de la foi catholique et aux commandements de l'Eglise ; en 18-4-i, il avait désapprouvé la convention imposée à l'archevêque Yenni, bien moins contraire aux droits de l'Église que ce « Concordat des Cinq » .
L'évêque Marilley dut également s'élever contre un projet de loi du canton de Fribourg qui excluait l'Église de toute participation à l'enseignement, et il publia contre le serment exigé du clergé une lettre pastorale (15 septembre 1848), que le président Schaller l'invita par trois fois à retirer.
Accusé de rébellion, l'évêque fut emmené de Fribourg par la force (25 octobre) et renfermé au château de Chillon. Une conférence diocésaine des cinq cantons, réunie à Fribourg, décréta : Etienne Marilley n'a plus aucune fonction épiscopale à exercer dans le diocèse; le séjour dans les cinq cantons lui est interdit ; le conseil d'État de Fribourg prendra les mesures nécessaires pour l'administration provisoire du diocèse. On n'eut égard ni aux prières des catholiques demandant la délivrance de leur évèque, ni aux protestations du chargé d'affaires du Saint-Siège, ni aux démarches des autres évèques auprès de la Confédération pour faire rentrer leur vaillant confrère (1850). Mgr- Marilley, consolé par Pie IX, continua du sein de l'exil à diriger sou clergé. Ce ne fut qu'en décembre 1852 que les gouvernements de Genève et de Fribourg s'avisèrent d'entrer en négociations. Avant de les entamer, le Saint- Père exigea que l'évêque fût rappelé et qu'il fût sursis à Fexécution des lois hostiles à l'Église. Les gouvernements s'y refusèrent, et le prélat si douloureusement éprouvé ne rentra à Fribourg qu'en 1856.
Protestation du nonce, archevêque de Colosses, 27, 31 déc. 1847: Roscovany, t. IV, p. 497, 498, 501-503, n. 748-750. Protestation de l'évêque de Sion, 29 déc, ibid., p. 498-501, n. 749. Sur l'abbé de Saint-Maurice, évêque de Bethléem, privilège de Grégoire XVI de 1840: Bull. Propag., V, 196-202. Documents sur le projet concerté le 15 août 1848 : Schweiz. K.-Ztg., 1848, p. 5, 13, 16, 23, 45; 1849, p. 2- 23; Catholique, 1848. p. 597, 613; Roscovany, t. IV, p. 503-562, n.751- 770; Schweiz. K.-Ztg., 1849-1853; Roscovany, 1, c, p. 563-593, n. 771 vn. — msT. DE l'église. 27
et seq., 782; Hist.-pol. BI., t. XXXI, p. 744 et ?uiv.; Ami de la religion, 1849-1836.
Luttes dans le canton du Tessin.
247. Plusieurs conflits avaient également éclaté dans le canton du Tessin. Depuis 1845, le gouvernement s'immisçait dans la direction des séminaires et des couvents. Il expulsa des séminaires les supérieurs nommés par l'archevêque de Milan, empêcha les curés institués par lui de prendre possession de leur charge, et fournit à l'archevêque de nombreuses occasions de plainte. Les résistances à la juridiction des prélats lombards devenaient chaque jour plus vives et trouvaient un appui dans la Confédération. Le 22 juillet 1859, toute juridiction étrangère fut déclarée supprimée sur le territoire suisse ; les mesures prises pour exécuter ce décret soulevèrent de nombreux conflits. Les évèques suisses s'offrirent vainement (30 juillet 1865) à intervenir dans les négociations avec le Saint-Siège: les gouvernants entendaient tout régler par eux-mêmes. Ils avaient sécularisé renseignement public, placé le culte sous la surveillance sévère de la police, supprimé les établissements ecclésiastiques, accordé aux communes le droit d'instituer et de destituer les curés, aboli les fêtes selon leur fantaisie, établi enfin un régime ecclésiastique de leur façon. De lourdes amendes furent imposées à ceux qui recevraient l'évêque, correspondraient avec lui, publieraient les actes émanés de l'ordinaire ou du Saint- Siège. En 1870, les paroisses de Poschiavo et de Prusio furent annexées au diocèse de Coire avec l'assentiment du pape ; mais la persécution continua dans le reste du canton, jusqu'à ce que des élections meilleures eussent amené dans les corps politiques un revirement partiel (1876).
Catholique, 1846, p. 141; Schweiz. K.-Ztg., 1845 et suiv., 1865, nr. 29; Roscov., t. II, p. 701-711, n. 405; t. III, p. 926-928, n. 661; Relig.- Freund, Kirchenkorrespondeut vom 15 Nov. 1842, nr. 46 (convention entre l'Autriche et la Confédération au sujet des vingt-quatre places libres au séminaire de Saint-Borromée, à Milan); Salzburger K. -Blatt, 1864, ûr. 7, p. 51; 1865, p. 14, 140; Augsb. Allg. Ztg., 1°' déc. 1860; Histor. -polit. Blaetter, t. XXXVII, p. 787 et euiv.; t. XXXVIII, p. 168 et
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suiv.; Tessin, Puschlaw und Brus im Verband mit den lombardischen Diœcesen, St. Gallen, 1861; Archiv für kath. K.-R., t. XVII, p. 197 et suiv., 352; t. XXV, p. 168 et suiv.; t. XXVI, p. 150 et suiv.
Lutte dans le canton de Genève.
248. Un célèbre orateur de la chaire, M. Gaspard Mermillod, curé de Genève et vicaire générai de l'évêque, avait été nommé par Pie IX auxiliaire de l'évêque Marilley pour le canton de Genève, avec le titre d'évèque d'Hébron (2:2 septembre 1864). Le conseil d'Etat de Genève, informé de cette nomination par Mgr Marilley. avait pendant sept ans tolère, sans l'inquiéter, le nouvel évéque auxiliaire, qui depuis 18öo était seul chargé de la direction de ce canton.
Le conseiller d'État Carteret, devenu le chef du gouvernement sur ces entrefaites, se donna pour principale tâche de fermer les écoles catholiques, de supprimer les congrégations enseignantes et d'expulser Tevèque Mermillod. Il y réussit. Le 30 auùt 1872, Mgr Mermillod fut invite à s'ubsteuir de toute fonction épiscopale, puis déposé le 20 septembre ; on lui retira même la paroisse qu'il avait conservée jusquo-la. Depuis que Mgr Marilley (23 octobre) avait entièrement renonce à l'administration de Genève et au titre honoriüque d'évèque de cette ville, le Saint-Siège avait nommé Mgr Mermillod vicaire apostolique de Genève pour un teaips indétcrunné (10 janvier 1873). La publication illégale du bref amena des poursuites contre le clergé ; le conseil de la Confédération, consulté, décida (le 17 février) que Mgr Mermillod serait banni de la Suisse jusqu'à ce qu'il eût renoncé à l'exercice de la juridiction que le pape lui avait conférée. L'évêque fut arrêté le même jour et conduit au delà de la frontière française. 11 se fixa au presbytère de Ferney, fut souvent visité par ses diocésains, qui le regrettaient amèrement et protestaient à grands cris. Une loi d'organisation, adoptée le 23 mars 1873, déclara tous les curés révocables et soumis à la nomination des paroissiens. Les prêtres qui refusèrent le serment furent chassés de leurs postes, et remplacés par des prêtres apostats (comme l'ex-carme Hyacinthe Loyson), auxquels on alla jusqu'à Uvrer l'église de Notre- Dame, construite avec les dons de la chrétienté cathohque.
Ouvrages a consulter sur le n° 248.
P. C. Rohner, die Lage der kath. Kirche zu Genf Archiv für K.-R., 1873, t. XXIX, p. 79-H8; t. XXX, p. 41-63 (avec les documents) ; ibid., l. XXXV, p. 246 etsuiv.; t. XXXVI, p. 62 et suiv.; Bist. -pol. Blaetter, t. LXXI et LXXII; Receveur, la Liberté relig. et les Événements de Genève, Paris, 1874; Mémoires de l'abbé II.-J. Crelier à la cour d'appel et de cassation du canton de Berne, Porrentruy, 1872; le même, l'Ours devenu pasteur, ou la Persécution bernoise, Paris, 1874; Die Kirchenverfulgung in der Schweiz, besonders in Genf und im Bisth. Basel. Protestschrift der schweizerischen Bischoefe, Soleure, 1873.
Persécution des évêques de Saint-Gall et de Bâle.
249. Les affaires n'allaient pas mieux dans la Suisse allemande. A Saint-Gall, la majorité radicale opprimait de mille manières la minorité catholique; l'Etat s'adjugea le droit, sous le nom de déplacement, de destituer les curés (18 mars 1848), et cette mesure, renforcée du prétexte d' « abus de la chaire et du ministère pastoral », fut exécutée sans le concours de l'évêque (1850), Mgr Mirer, qui protesta énergiquement contre ces dispositions. La loi confessionnelle du 16 juin 1855 suscita de grands embarras. Une entente concertée entre les deux partis principaux donna lieu à la constitution cantonale du 11 octobre 18t)l, à la loi sur l'éducation et à l'organisation des affaires de la confession catholique (mars 1862). Le nouvel évêque, le savant J .-Ch. Greith (depuis 1863) se plaignitdans plusieurs mémoiresdu joug intolérable qui pesait sur l'Église, notamment depuis 1873.
Plus rigides encore furent les mesures des gouvernements faisait partie du diocèse de Bàle : ils interdirent les lettres pastorales qui déploraient les spoliations commises contre le Saint-Siège (Bàle-Campagne, 1861), condamnèrent l'encyclique pontificale du 8 décembre 1864 (Thurgovie, 1865), défendirent de fonder de nouvelles congrégations, décidèrent que les curés seraient élus et révoqués par les communes, et toutes les lois de l'Église soumises à la votation du peuple (constitution de Thurgovie de févr. 1869); ils imposèrent aux catholiques une organisation ecclésiastique essentiellement protestante, et uù il ne restait plus de place pour l'évêque (organisation ecclésiastique de Thurgovie du 23 octobre 1870) ; ils continuèrent
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de supprimer les couvents par la force brutale (Zurich contre Rheinau, 1862). La disette des prêtres devenait chaque jour plus sensible.
L'évêque jCharles Arnold (depuis 1855) était enfin par venu, en 1858, à conclure un accord relativement à l'entretien d'un séminaire à Soleure. Ce séminaire était sans doute peu conforme aux exigences de l'Église; mais, faute de mieux, il avait ses avantages. L'évêque Eugène Lâchât (depuis 1863) en faisait l'objet de toute sa sollicitude, lorsque, à la fin d'août 1869, la conférence diocésaine décréta la suppression du séminaire, et l'accomplit le 2 avril 1870, sans avoir consulté l'évêque.
Mgr Lâchât, privé des moyens de former des prêtres, résolut d'établir une maison à ses frais et en informa les Etats diocésains (29 septembre). Les États s'y opposèrent, et prirent des mesures tellement violentes, qu'ils semblaient viser à la ruine totale du catholicisme. En 1870 et 1871, le gouvernement d'Argovie publia, pour la fête d'actions de grâces, des proclamations qui attentaient gravement à la foi catholique ; il déposa les curés qui refusèrent de la lire ou l'accompagnèrent d'observations; il supprima la collégiale de Saint-Martin à Rheinfeld, défendit de pubher les mandements pour le carême, soumit le clergé à des élections périodiques, régla de son propre chef la situation des vicaires, empiéta même sur le terrain de la foi et rejeta le dogme de l'infaiUibilité doctrinale du pape.
En novembre 1872, la conférence diocésaine, à l'exception de Lucerne et de Zug, qui s'abstinrent, demanda compte à l'évêque de l'acceptation et de la proclamation du « nouveau dogme», et le somma de retirer l'excommunication lancée contre les ecclésiastiques qui le rejetaient. M?'" Larhat repoussa ces prétentions (16 décembre). Alors les États diocésains réunis prononcèrent la déposition de l'évêque (29 janvier 1873). Expulsé de Soleure le 17 avril, Mgr Lâchât se rendit à Lucerne. Le chapitre de la cathédrale fut dispersé le 23 décembre 187-4.
Dans le .Iura bernois, les ecclésiastiques fidèles à leur évêque furent emprisonnés et exilés, des prêtres apostats et perdus de mœurs furent institués comme curés d'État et les cathohques frustrés de leurs églises; le culte même privé fut soumis à des entraves. Des résistances amenèrent l'occupation
4'22 fiiSToiRE DE l'Église.
militaire. Les gouvernements protestants de Berne et de Zurich se conduisirent en vrais despotes: ils remirent les églises catholiques aux néo-protestants et favorisèrent de mille manières leurs prédicants forains. Les droits des catholiques, garantis par la constitution, étaient foulés aux pieds,
Protestation de l'évèque Mirer, 28 juillet 1850 : Schweiz. K.-Ztg., 1850, p. 289; Roscov., Mon., t. IV, p. 573-578, n. 775. Lois confessionnelles: Wiirzb. kath. Wochenschrift, 1855, t. V[, p. 536 et suiv., 551 et suiv., 570 et suiv.; Denkschrift gegen das confessionnelle Gesetz vom 16. Juni 1855 an den groszen Rath, St-Gall, 1855; die Lage derkalh. Kirche unter der Herrschaft des Staatskirchenrechts im Canton St. Gallen, ibid., 1858; Denkschrift des Bischofs Greith, 9 déc. 1873, St-Gall, 1874; Archiv für kath. K.-R., t. III, p. 719 et suiv.; t. VIII, p. 97 et suiv., 337 et suiv. Sur la situation du diocèse de Bâle en particulier : Attenhofer, Archives ci-de?sus, 1865 et suiv. t. XIV, p, 372 et suiv.; t. XV, p. 371 et suiv.; t. XVI, p. 388; t. XVII, p. 241 ; t. XIX, p. 66; t. XX, p. 50; t. XXIII, p. 73; t. XXIV, p. 145; t. XXVI, p. 1 et suiv. Sur Thurgovie, ibid., t. XVII, p. 254 et suiv.; t. XXV, p. 170 et suiv. Sur la suppression du couvent de Rheinau, en 1862 par Zurich, ibid., t.VIlI,p. 223 etsuiv.; Ilistor. -polit. Bl., t. XL, p. 473 et suiv. — Actenmeeszige Beleuchtung der Bisth. Basel'schen Seminarfrage, Soleure, 1870; Archiv, t. XXIII, p. 85 et suiv.,- t. XXIV, p. 186 et suiv.; t. XXV, p. 178 et suiv.; t. XXVII, p. 268; t. XXVIII, p. 34 et suiv., 73 et suiv. Die Unterdrückung der kath. Religion und Kirche durch die Staatsbehœrden im schvrcizerischen Canton Aargau. Bischœfliche Denkschrift, Einsiedeln, 1872; Archiv., t. XXVII. p. 219 et suiv.; Keiser, die neuesten Versuche, die kath. Kirche in der Schweiz zu knechten, Lucerne, 1871 ; Archiv, t. XXIX, p. 73 et suiv.; Hist.-pol. Blœtter» t. LXXI, LXXll ; t. LXXllI, p. 82 et suiv., 241 et suiv.; J. Amiet, die staalskirchliche Frage der Abberufung des hochw. Bischofs von Basel Eugen Lachat, Fribourg, 1873.
Recours au conseil fédéraL
250. Le conseil fédéral, dépositaire des plaintes réitérées des évêques, du nonce du pape, des paroisses catholiques, ne ut rien en faveur du droit méconnu. Déjà une loi fédérale de 1862 avait déféré aux juges civils les plaintes en séparation des mariages mixtes, aboli l'éligibilité du clergé au conseil national (1865), renouvelé l'article delà constitution qui ex-
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puisait les jésuites et les ordres affiliés aux jésuites (1874). La plupart des recours furent rejetés; on approuva les mesures arbitraires des gouvernements cantonaux ; on blâma tout au plus, mais sans les supprimer, quelques décrets de bannissement contraires à la constitution.
Déjà le représentant du pape était traité comme un étranger importun et hostile, et tous les actes du Saint-Siège étaient regardés comme suspects. Pie IX avait souvent exhorté les évêques, les prêtres et les fidèles à la persévérance, et déploré dans ses allocutions la servitude qui pesait sur l'Église. Dans sa circulaire du 21 novembre 1873, il condamna les derniers attentats dans les termes les plus explicites : on eu prit occasion pour expulser l'internonce (janvier 1874) , malgré les protestations de l'épiscopat. Il devenait chaque jour plus évident qu'on visait à détacher complètement du Saint-Siège les catholiques de la Suisse, cette portion de troupeau de Jésus Christ si chère pourtant au Saint- Père, ainsi que Pie IX le disait dans l'encyclique du 23 mars 1875. Mais, s'il fut donné au radicalisme d'entasser ruines sur ruines, il ne parvint pas à étouffer le sentiment catholique.
Archiv für K.-R., t. VII, p. 308 et suiv.; t. XV, p. 80; Keiser, die kirchlich politischen Fragen bei der eidgenœssischen Bnndesrevision von 1871, Lucerne, 1872. Pie IX à l'évèque de Sion, 28 nov. 1830: Roscov., IV, 582 et seq. Allocution du 26 juillet 1855 : Acta Pii IX, vol. II, p. 446; du 23 déc. 1872 : Archiv, t. XXIX, p. 8 et suiv. Encycl. du 21 nov. 1873, ibid., t. XXXI, p. 186 et suiv.; du 23 mars 1875, t. XXXIV, p. 149 et suiv. — Voy. encore : la République despotique et la République démocratique, par un vieux patriote, Doulopolis, 1865.
La France.
Louis XVIII.
251. En France, la paix avait été dictée par les alliés et le trône des Bourbons relevé. Cependant le calme n'était pas encore rentré dans les couches inférieurs de la population. Les jeunes hommes qui avaient été formés durant la période révolutionnaire, entraient dans la vie publique. Sur les questions politiques et rohgieuses il existait ulo multitude de partis : anciens royalistes et républicains, jacobàns, bonapartistes, cons-
titutionnels, vieux croyants, croyants à la mode, incrédules de toute nuance. Les idées de 1789 s'étaient incarnées dans une foule d'intelligences. Cette fermentation des esprits eut une grande influence à l'étranger. Les troupes des alliés qui avaient séjourné en France, transportèrent en d'autres pays le poison qui y circulait.
Louis XYIII, né en 1755, quatrième fils du dauphin mort en 1765, et de Marie-Joséphine, princesse de Saxe, avait, depuis 1791 jusqu'en 1814, erré en pays étranger. Il n'avait renoncé aux idées des philosophes à la mode qu'à l'école du malheur; mais ses sentiments religieux demeurèrent ce qu'ils étaient, superficiels, bien qu'il s'efforçât, d'après les anciennes traditions de sa famille, de donner à l'Église une plus grande autorité et de faire disparaître les divisions. Sans dessein arrêté, trop assujetti à son entourage, il avait pour ministre Talleyrand, qui se rangeait toujours du parti victorieux. Depuis le 4 juillet 1814, Louis XVIII avait octroyé une constitution qui établissait deux chambres, la responsabilité des ministres, la liberté de la presse, le vote annuel des impôts, la tolérance de toutes les confessions dissidentes, à coté du catholicisme, reconnu comme religion de l'État.
Cette « charte » devait être le terrain commun où les divers partis, sans être satisfaits, pourraient se mouvoir pacifiquement l'un à côlé de l'autre, problème dfflcile à résoudre. Aux insultes grossières, souvent accompagnées d'insurections et de tumultes dont la religion était l'objet, on n'apportait qu'un faible remède, et les missionnaires, malgré tout leur zèle, étaient honnis et calomniés ; on alla jusqu'à demander à la chambre des députés de leur défendre la prédication, et ils furent souvent exposés à perdre la vie. La France était inondée de pamphlets antichrétieus, contre lesquels la Société catholique pour la propagation des bons livres, sous la direction du duc de Montmorency, ne pouvait réagir qu'avec d'extrêmes difficultés. Le clergé était pauvre et peu respecté, A la fin cependant, les chambres permirent de nouveau à l'Église de recevoir des donations et des legs en biens-funds, et en 1817 le roi offrit une somme pour améliorer la situation matérielle du clergé.
Nettement, Histoire de la Restauration, 8 vol., Paris, 1863; Viel- Castel (même titre), Paris; Grétineau-Joly, l'ÉgUse rom., vol. II, p. 1
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 425
et seq.; Boost, Geschichte von Frankreich, p. 322 et suiv.; Neueste Gesch., livre IV, p. 635 et suiv.; Gams, II, p, 348 et suiv.; III, p. i et suiv.
Nouveau concordat.
252. Sous le nouveau gouvernement, quatorze évêques et plusieurs curés qui n'avaient pas résigné, réclamèreat leurs anciens postes. Il y avait des évêques et des prêtres constitutionnels qui ne s'étaient soumis qu'en apparence au concordat de 1801, puis des prélats nommés par Napoléon, qui n'avaient pas été canoniquement institués. De plus, la séparation de la Belgique et des provinces rhénanes d'avec la France rendait nécessaire une nouvelle circonscription dans plusieurs diocèses. Il fallait trouver les moyens de remédier cà la disette croissante du clergé, écarter les scrupules qu'éveillait dans plusieurs prêtres le serment exigé par la nouvelle constitution, supprimer enfin les divergences qui existaient au sein du clergé luimême. Plusieurs royalistes voulaient forcer le roi de rétablir le despotisme gallican, tandis que les jacobins montraient la plus grande ardeur pour le maintien des articles organiques, qui furent effectivement conservés. Des commissions spéciales furent instituées en 1814 et 1815, pour aviser aux moyens les plus opportuns de régler la situation religieuse. Des négociations pour un concordat avec Rome furent d'abord entamées par l'ambassadeur de Persigny (ancien évêque de Saint-Malo), qui resta longtemps sans instructions et n'eut aucun succès, ensuite par le comte de Blacas.
Louis XYIII écrivit aux évêques qui n'avaient pas encore résigné, de se soumettre au Saint-Siège. Cinq d'entre eux, qui résidaient à Paris, entre autres l'ancien archevêque de Reims, déclarèrent dans une lettre remarquable du 8 novembre 1816 qu'ils se soumettaient sans réserve au Saint- Père ; ceux qui étaient encore en Angleterre, firent une réponse indécise et demeurèrent oubliés. Plusieurs évêques nommés par Napoléon, mais non confirmés, se retirèrent après qu'on leur eut assigné une pension.
Le 11 juin 1817, le nouveau concordat (1.4 articles) fut signé par le cardinal Consalvi et le comte Blacas d'Aulps. Il rétablissait le concordat de Léon X (1516), abolissait celui de 1801, en
même temps que les articles organiques de 1802, en tant qu'ils étaient contraires à la doctrine et aux lois de l'Église ; les évèchés supprimés le 29 novembre 1801 seraient rétablis, et leur nombre serait fixé ultérieurement d'un commun accord ; les diocèses nouvellement érigés et leurs titulaires seraient conservés, sauf de rares exceptions ; une nouvelle circonscription aurait lieu, et les évèchés, les chapitres de cathédrales, les séminaires et les paroisses seraient dotés en biens-fonds et en rentes sur l'État (1). Pour rassurer les catholiques, l'ambassadeur de France déclara au Saint-Siège, au
(») Concordat de 1817.
Art. 1". Lo concordat passé entre le Souverain Pontife Léon X et le roi de France François I" est rétabli.
Art. 2. En conséquence de Tarticle précédent, le concordat du iö juilet 1801 cesse d'avoir son effet.
Art. 3. Les articles dits organiques qui furent faits à l'insu de Sa Sainteté et publiés sans son aveu, le 8 avril 1802, sont abrogés en ce qu'ils ont de contraire à la doctrine et aux lois de l'Église.
Art. i. Les sièges qui furent supprimés dans le royaume de France par la bulle de Sa Sainteté du 29 novembre 1801 seront rétablis en tel nombre qu'il sera convenu d'un commun accord comme étant le plus avantageux pour le bien de la religion.
Art. 3. Toutes les Églises archiépiscopales et épiscopales du royaume de France érigées par la bulle du 29 novembre 1801 sont conservées, ainsi que leurs titulaires actuels.
Art. 6. La disposition de l'article précédent relative à la conservation desdits titulaires actuels dans les archevêchés et évêchés qui existent actuellement en France, ne pourra empêcher des exceptions particulières, fondées sur des causes graves et légitimes, ni que quelques-uns des titulaires actuels ne puissent être transférés à d'autres sièges.
Art. 7. Les diocèses, tant des sièges actuellement existants que de ceux qui seront de nouveau érigés, après avoir demandé le consentement des titulaires actuels et des chapitres des sièges vacants, seront circonscrits de la manière la plus adaptée à leur administration.
Art. 8. Il sera assuré h tous lesdits sièges, tant existants qu'à ériger de nouveau, une dotation convenable en biens-fonds et en rentes sur l'État, aussitôt que les circonstances le permettront, et en attendant il sera donné à leurs pasteurs un revenu suffisant pour améliorer leur sort. Il sera pourvu également à la dotation des chapitres, des cures et des séminaires, tant existants que de ceux à établir.
9. Sa Sainteté et Sa Majesté Très Chrétienne connaissent tous les maux qui affligent l'Église de France; Elles savent également combien la prompte augmentation du nombre des sièges qui existent maintenant sera utile à la religion : en conséquence, pour ne pas retarder un avantage aussi éminent, Sa Saintet^publiera une bulle pour pî'océder
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nom du roi, le 15 juillet 1817, que le serment qui devait être prêté à la nouvelle charte ne se rapportait qu'à l'ordre civil et n'obligeait à rien de contraire aux lois de Dieu et de l'Église. Pie VII, qui avait immédiatement écrit (12 juin) aux évêques de France au sujet de la nouvelle circonscription des diocèses, ratifia le concordat (19 juillet), publia la bulle de circonscription (27), annonça en consistoire ce qui venait d'avoir lieu (28 juillet 1817), et donna à plusieurs évêques le pouvoir d'instruire les procès d'information des nouveaux évêques.
Artaud, Pie VII, vol. II, I, ch. ixii, xxxi-xxxvi, p. iW et suiv., 202 et suiv. Lettre des cinq évêques, 8 nov. 1816 : Bull. Rom. Cont.,t.XIV, p. 376 et seq. Concordat de 181 7, ib., p. 363-365 ; Nussi , p. 1 53 et seq. Cf. Roscov., t. m, p. 617 et s., n. 577 ; en franc, dans Münch, II, p. 34- 56. Déclaration de l'ambassadeur du 15 juillet : Bull., loc. cit., p, 377. Décrets du pape : Vineam, 12 juin: Bull., 1. c.,p. 322 et seq.; Roscov., III, p. 624 et seq., n. 580. Const. Vbi primum, 19 juillet: Bull., p. 363- 369; Commissa divinitiis, 27 juillet, ib., p. 369-375. Alloc. Ex quo Sedi, 28 juillet, ib., p. 362 et seq. Cf. Roscov., 1. c, p. 619-624, n. 578, 579 ; p. 616, n. 576. Facultés accordées aux évêques, 29 juillet : Bull., p. 378.
Rejet du concordat. — Augmentation des diocèses. 253. La France catholique se réjouit des nouveaux évêques
sans retard à l'érection et à la nouvelle circonscription des diocèses.
Art. 10. Sa Majesté Très Chrétienne, voulant donner un nouveau témoignage de son zèle pour la religion, emploiera, de concert avecle Saint- Père, tous les moyens qui sont en son pouvoir pour faire cesser, le plus tôt possible, les désordres et les obstacles qui s'opposent au bien dô la religion, à l'exécution des lois de l'Église.
Art. 11. Les territoires des anciennes abbayes ûiles nullius seront unis aux diocèses dans les limites desquels ils se trouveront enclavés à la circonscription.
Art. 12. Le rétablissement du concordat qui a été suivi en France jusqu'en 1789, n'entraînera pas celui des abbayes, prieurés et autres bénéfices qui existaient à cette époque. Toutefois, ceux qui pourraient être fondés à l'avenir seront sujets aux règlements prescrits par leditconcordat.
Art. 13. Les ratifications do la présente convention seront échangées dans un mois, ou plus tôt, si faire se peut.
Art. 14. Dès que lesdites ratifications auront été échangées. Sa Sainteté confirmera par une bulle la présente convention, et elle publiera aussitôt une seconde bulle pour fixer la circonscription des diocèses.
(Citation dv. traducteur.)
qu'elle venait d'obtenir. Mais le ministère rencontra bientôt de grandes difficultés pour l'exécution du concordat. Un projet de loi élaboré par les chambres maintenait les maximes gallicanes concernant le recours au pouvoir civil et le placet, revendiquait le droit de nommer aux évêchés comme un droit inhérent à la couronne, demandait l'abolition du concordat de 1801, l'érection de sept archevêchés et de trente-cinq évêchés nouveaux. La chambre, où dominaient les libres penseurs et les bonapartistes, trouva excessif le nombre de ces nouveaux évêchés, et prétendit que le concordat menaçait les libertés gallicanes, et que l'alliance du clergé avec les Bourbons compromettait les conquêtes de la grande révolution.
Le gouvernement, en face de cette résistance, retira son projet de loi avant qu'il fût soumis à la discussion. Pie VII, qui avait exprimé son étonnement de ce que le projet de loi fût contraire au texte du concordat, fût justement blessé de l'attitude des ministres français ; cependant il consentit à de nouvelles négociations, qui offrirent de nombreuses difficultés. Quarante prélats français ayant assuré qu'ils se soumettraient pleinement aux décisions du souverain pontife (30 mai 1819), le pape prit des mesures provisoires, que le roi accepta avec une vive reconnaissance. On put alors pourvoir à plusieurs sièges vacants; le 8 octobre 1819, le cardinal dePérigord fut autorisé comme archevêque de Paris, La convention fut provisoirement suspendue.
En 1820, le prélat Macchi arriva à Paris en qualité de nonce, et les pouvoirs relatifs aux procès d'information furent retirés aux évoques. La juridiction fut réglée dans plusieurs diocèses. Enfin, le -4 juillet 1821, une loi était acceptée qui autorisait le gouvernement à faire les démarches nécessaires pour augmenter le nombre des évêchés. De nouvelles negciations furent entamées avec Rome Le nombre des archevêchés, fixé à quatorze, et celui des évêchés, à soixante-six , fut agrée par une bulle du 6 octobre 1822. On érigea ensuite des séminaires et des établissements d'instruction, afin de combler les vides du clergé. Comme le cardinal Fesch ne pouvait pas rentrer en France, on nomma à Lyon un administrateur pontifical, dont les vicaires généraux (depuis 182i) pourraient continuer les fouctiuns après sa mort.
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Dupin, Manuel du droit public ecclésiastique français, p. 233, 504oOT; Lequeux, Jus can., Par., 1844, t. IV, p. 330; Pistolesi, Vita di Pio VII, t. IV, p. 177; Bellomo, Continiiazione del Bercastel, t. II, p. 168- 173; Artaud, 1. c, ch. xxxvi-xxxviii, p. 204-263. Lettre des évêques à Pie VIT, 30 mai 1819, avecla réponse du pape, 19 août: Münch,II, p. 98- 113. Allocution du 23 ooût 1819 : Bull. Rom. Cont., t. XV, p. 238-240, n. 885; en français dans Münch, II, p. 113-120. Bulle aux évêques Dominici g7xgis,2ö août : Bull.,1. c, p. 240 et seq., n. 886; Roscov., III, p. 625 et seq., n. 581. Déclaration de trois cardinaux, huit archevêques et environ vingt évêques, du 30 sept. : Münch, II, p. 1 13-113. Lettres de Louis XVIII et du ministre comte Decazes à Consalvi, 5 et 17 sept. 1819; Mémoires du card. Consalvi, t. 1, p. 108-112. Décrets du pape de mai 1820 : Bull. Rom. Cont., t. XV, p. 319 et seq., const. 934-936, 973, 977, 978. Bref du 12 avril 1822 sur la suppression de l'archevêché de Vienne et de la métropole d'Albi : Bull. Rom., 1. c, p. 604 et seq., n. 1088 et seq. Bulle de circonscription Pato'nœ chantatis, & oct. 1822: Bull., 1. c, p. 577-383, n. 1074 ; Roscov., III, p. 627, 628, n. 582. Léon XII en faveur de Lyon, 21 septembre 1824 : Bull. Cont., XVI, p. 118, coust. 59.
Réveil du seutiment religieux.
254. La vie religieuse renaissait progressivement en France. Louis XYIII rétablit l'abbaye de Saint-Denis avec une dotation de deux cent quarante mille francs ; les dons des fidèles à l'Église allaient se multipliant ; les élèves affluaient dans les séminaires, et le nombre des prêtres grandissait d'année en année. Les idées catholiques avaient des représentants dans la littérature : le spirituel comte Joseph de Maistre, ambassadeur de Sardaigne à Saint-Pétersbourg (mort en 1821); l'évêque Boulogne, célèbre orateur de la chaire ; le philosophe deBonald (mort eu 1840), l'évêque Frayssinous (mort en 1841), l'abbé de La Mennais (né eu 1 781 j , défendaient l'Église et ses institutions avec beaucoup d'esprit et d'habileté, tandis que Lamartine, dans plusieurs de ses poésies, entretenait l'esprit religieux. J.-B. Robinet rétracta en 1820 son ouvrage de la Nature; l'helléniste Pierre Larcher et d'autres encore revinrent à la foi cathoUque. Méprisant les railleries, les prêtres de la Mission, rétablis en octobre 1816, se chargèrent, sous la surveillance des
évèqties, d'administrer les nombreuses paroisses privées de pasteurs; leur centre était le Calvaire du mont Valerien, aux portes de Paris. Les congrégations de Saint-Lazare et du Saint-Esprit travaillèrent aussi avec succès à l'éducation du clergé. Les trappistes reparurent dans le diocèse de Nantes ; les couvents de femmes, surtout ceux des ursulines, se vouèrent à l'éducation des jeunes filles.
Un grand nombre de prêtres séculiers créèrent d'excellentes institutions, et donnèrent des soins particuliers à certaines classes de la société, tels que les petits savoyards, les ouvriers allemands de Paris, dont le cbillre s'élevait souvent à vingt mille, et auxquels l'abbé Lœweubrœck, de la Lorraine, se consacrait avec un zèle infatigable ; les jeunes gens sortis de prison, pour lesquels l'abbé Fr.-X. Arnoux, de Niort, éleva un établissement de correction et de refuge, où il s'occupait à la fois du salut de leurs âmes et de leur avenir temporel.
La France ne tarda pas à fournir aussi une foule de nouvelles congrégations religieuses et d'excellents missionnaires. Mais une œuvre principalement utile à la chrétienté, ce fut l'Association de la propagation de la foi, établie à Lyon, (juand, en J822, le vicaire général de Mo^ Dubourg, évêque de la Nouvelle-Orléans, arriva dans cette ville aün d'y recueillir des aumônes pour ce pauvre diocèse, douze hommes se réunirent (3 mai) et formèrent le plan, qui fut bientôt approuvé par tous les évèques, d'une vaste association pour le soutien des missions dans toutes les parties de la terre. Cette association, approuvée par le pape et par 'e roi, se propagea rapidement, et en 1845 elle avait déjà trouvé quatre millions de francs. Elle fut imitée dans d'autres pays.
Les couvents de femmes se multipliaient à vue d'œil : en 1814, on en comptait deux mille deux cent deux, et, en 1825, six mille. Les frères des Écoles chrétiennes reprirent leurs travaux et comblèrent un vide immense. Comme on n'avait pas pu étabur les écoles gouvernementales décrétées par la Convention (13, 14 sept. 179J), Napoléon avait déjà permis aux frères do rentrer en 1801 ; leur centre fut d'abord à Lyon, puis à Paris depuis 1821 .
La Mission pour la conversion des pécheurs (une branche de la Société des prêtres do la Mission), fondée au
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE . 431
mont Valerien en 1815 par Tabbé Legris-Duval , fonctionna avec succès jusqu'en 1830. Au milieu des faiblesses, des corruptions et des misères que la grande révolution avait laissées dans la vie sociale, en face du progrès du prolétariat, les congrégations religieuses n'avaient qu'une tâche à remplir : montrer que l'Église, notre mère commune, compatit à toutes les infortunes et que dans son amour elle offre une planche de salut à tous les naufragés ; travailler à ramener dans son sein tous ceux qui s'étaient laissé séduire par les passions et les sophismes.
Œuvres de Joseph de Maistre ; du Pape, Paris, 1820, 2 t. (eu allem, par M. Lieber, Francf., 1822); de l'Église gallicane, Paris, 1821 (en allem, par Klee, Francf., 1824) ; les Soirées de St-Pétersbourg, ou Entretiens sur le gouvernement temporel delà Providence, Paris, 1821, 2 t. (en allem, par M. Lieber, avec dissertations de Windischmann, Francf., 1825). — Œuvres de M. de Boulogne, Paris, 1826 et seq., 8 t. (en allem, par Rsesz et Weis, Francf., 1830 et suiv., 4 vol.)
— Œuvres de M. de Bonald, Paris,1817etseq., 21 t. En outre, Démonstration philosophique du principe constitutif de la société, Paris, 1830.
— Frayssinous, évêque d'Hermopolis, a donné : Défense du christianisme, conférences aux Carmes et à l'église de St-Sulpice, 1803, 1809, 1814, 1822 nouv. éd., Par., 1836., 3 t. (en allem., Pesth, 1830, 4 part.)
— La Mennais, Bibliothèque des dames chrétiennes (depuis 1820); Essai sur l'indifférence en matière de religion, Paris, 1817 et seq. ; Défense de l'Essai, Paris, 1821 et seq.; delà Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil, Paris, 1825 ; Mélanges, ib., 1826. Cf. S. -M. Peigne, La Mennais, sa vie intime à la Chesnaie, nouv. éd., Paris, 1864. Cf. Neueste Gesch., p. 705 et suiv.; Pflanz, Ueber das relig. und kirchliche Leben in Frankreich, Stuttg., 1836; Catholique, 1827, suppl. v, p. 24.
Activité des ônnemis de l'Église. — Charles %.
2o5. Les jacobins et les libres penseurs luttaient de toutes leurs forces contre cette recrudescence de la vie religieuse. Depuis 1817, ils publièrent, sous un format commode et à bon marché, des éditions de Voltaire et autres coryphées de l'incréduUté, et les répandirent jusque dans les dernières classes de la société. Les journaux concoururent au même but, et de nouveaux romans vinrent enrichir la httérature des jacobins.
43â HISTOIRE DE L*ÉGLISE.
L'opposition redoubla de violence lorsque Charles X eut succédé à son frère Louis XVIII (mort le 19 septembre 1824): car il se rattacha encore plus étroitement à l'Église, et il le témoigna publiquement en se faisant sacrer à Reims. Des luttes sérieuses éclatèrent entre les royalistes et les constitutionnels, entre les amis et les adversaires de l'Église. On parla de complots contre la constitution ; l'émigration, la féodalité, la contre-révolution servirent de mots d'ordre et de spectres à la Révolution. Le Journal des Débats, rédigé par Bertin ; les chansons démocratiques de Déranger, exercèrent une grande influence sur les Français impressionnables. Charles X considérait la restauration encore imparfaite du catholicisme comme une nécessité impérieuse pour le pays et comme le plus ferme appui de son trône; mais il ne fut pas toujours assez prudent dans le choix des moyens, et il était encore imbu des principes gallicans. Les efforts qu'on fit pour étayer la royauté par la religion suscitèrent à celle-ci de nouveaux adversaires et éveillèrent d'autant plus les soupçons, qu'il se trouvait dans l'entourage du roi des hypocrites qui prêtaient le flanc à la satire, tandis que le clergé, n'ayant pas reçu toute la culture désirable dans les tristes jours do la révolution, péchait souvent par excès de zèle.
Les voltairiens trouvaient partout des prétextes d'attaques : les processions leur semblaient des démonstrations provocantes, et les privilèges du clergé une atteinte à la constitution. La suppression par Charles X de la censure, qu'on trouvait si onéreuse, fut accueillie avec joie ; mais la presse retourna aussitôt contre l'autorité les vieilles armes du sarcasme et du mensonge. En 1825, fut adoptée une loi sur le sacrilège, qui devait mettre l'Église à l'abri des insultes et des outrages. En 1826, une nouvelle loi fut édictée pour réprimer les abus d'une presse efl'réuée; mais elle subit tant de changements dans la première chambre et trouva tant de résistance parmi les députés, que le ministère la retira. Le premier ministre, l'habile M. de Villèle, blessa la vanité de Chateaubriand, homme d'un génie é minent et dont les brillantes qualités oratoires profitèrent souvent à l'opposition, qui travaillait à la chute des Bourbons. La presse devenait chaque jour de plus en plus passionnée. Le milliard d'indemnité accordé aux émigrés , les faveurs que la cour
témoignait au clergé, la remise de quelques séminaires aux jésuites, servirent de prétexte aux plus violentes attaques.
Thureau-Dangin, le Parti libéral sous la Restauration, Paris, 1876; Hist.-pol. Blsetter, t. IX, p. 35 et suiv.; Hist. de la Restauration, par un homme d'État, Brux., 1831-1833, dO vol.; Leo, VI, p. 5i2et suiv.; Ritter, II, p. 554 et suiv.; le prince de Polignac, Études historiques, politiques et morales, trad. du français, Ratisbonne, 1846, 2 vol. Allocution de Léon XII sur la mort de Louis XVIII, 21 mars 1825 : Bull. Rom. Cont., t. XVIII, p. 307-309, n. 83.
Attaques contre les jésuites. — Condescendance du gouvernement, — Nouvelle attitude du roi.
256. En mai 1826, l'évêque Frayssinous, ministre des cultes, eut l'imprudence de révéler à la tribune que sept petits séminaires étaient dirigés par les jésuites. Soudain des cris d'alarme retentirent contre le gouvernement, et l'on invoqua les lois édictées contre la Compagnie et non encore abolies. A. la vérité, il fut démontré, après une sévère enquête, que ces jésuites avaient été appelés par les évoques, qu'ils pouvaient être renvoyés à tout instant, qu'ils dépendaient exclusivement de la juridiction des évêques, qu'ils ne formaient point une corporation, par conséquent qu'aucune des anciennes lois n'avait été violée. Mais les clameurs redoublèrent; on insista sur les dangers qu'une poignéede jésuites faisait courir à la France, et la populace de Paris fut poussée aux derniers excès de la fureur contre les jésuites.
Tandis que le roi passait en revue la garde nationale de Paris (29 avril 1827), un bataillon de la dixième légion s'écria : « Vive le roi 1 A bas les ministres I à bas les jésuites 1 » Ces cris, répétés par d'autres, ne cessèrent qu^après le départ du roi. La presse faisait des variantes sur ce thème : « La charte n'est pas une vérité , les Bourbons n'ont rien appris ni rien oublié I ». Et le peuple finissait par croire ce qu'il entendait tous les jours. Devant des dispositions si hostiles, le ministère Villèle fut contraint de se retirer.
Sous le ministère Martignac, le gouvernement entra dans la voie des concessions et livra insensiblement tous les boulevards de la royauté. La commission chargée de faire une enquête sur les établissements d'instruction se prononça en majo-
rite en faveur des jésuites; mais le ministère s'associa à la minorité et décida le roi à rendre les ordonnances du 16 juin 1828, qui organisaient la haute inspection de l'université de Paris, avec les privilèges que Napoléon y avait attachés dans le but de détruire toute indépendance de la science ; elle excluait des établissements ecclésiastiques les jésuites, qui ne pouvaient pas s'attendre à être reconnus par l'université, et rendait ces établissements inaccessibles à quiconque ne voulait pas entrer dans rétat ecclésiastique. Les évèques firent des remontrances (1" août) dans un excellent mémoire, et s'adressèrent au pape. Le roi en fit autant ; et, comme il dépeignit la position embarrassante où il se trouvait, Léon XII exhorta les évèques à se confier dans les bonnes et pieuses dispositions du roi. Comme Charles X, après de nouvelles concessions, devenait plus difficile, le ministre lui recommanda de faire un voyage dans la province la plus libérale, l'Alsace, pour se convaincre que le peuple méritait une plus grande somme de libertés. L'accueil fut très joyeux, l'effet ne répondit pas à l'attente du ministre. Charles X semblait reprendre du cœur, et comme il ne voyait pas dans les Chambres la véritable expression de la volonté populaire, il se refusa à de nouvelles concessions. Le ministère Martignac, ne pouvant plus rien offrir à la gauche puissamment organisée, fut forcé de démissionner en 1829 : c'était la rupture du dernier lien entre le roi et la seconde chambre. Désormais les ministères allaient se succéder plus rapidement.
Daudet, le Ministère de M. de Martignac ; Woeste, la Restauration et le Ministère Martignac; Revue générale, mars 1876; Eug. Rendu, de l'Instruction secondaire, et spécialement des Écoles ecclés., Paris. 1842; H. de Riancey, Hist. critique et législ. de l'instruction publ. et de la liberté de l'enseignement en France, Paris, 1840 (1844); Robiano, IV, p. 212-219; Scherer, Leben Leo's XU, p. 414. Mémoire des évèques, l"aoiit 1828: Catholique, 1828, déc, p. 298; Theiner, Gesch. der geistl. Bildungsanstallen, p. 476; Roscov., II, p. 273-292, n. 329.
Ministère Polignac. — Dissolution et réélection de la chambre des députés libérale. — Révolution de Juillet.
257. La situation empira encore lorsque Charles X rappela de Londres, où il était ambassadeur, le prince de Polignac, son favori, pour former un ministère. Polignac avait refusé autrefois d'accepter la charte et était extrêmement impopulaire. Son ministère était qualifié d' « impossible » . Le parti libéral se concentra dans la capitale et noua des relations avec les départements. Bientôt il se forma, pour le refus de l'impôt, des associations qui prirent un caractère menaçant. Le ministère Polignac employa une foule de moyens pour calmer l'opinion publique ou pour l'intimider ; mais la presse et la majorité de la Chambre n'en devinrent que plus hardies. La conquête même de l'Algérie, en couvrant la royauté d'une gloire nouvelle, n'arrêta pas la victoire des gauches. Le 2 mars 1830, deux cent vingt et un députés envoyèrent une adresse au roi pour se plaindre du ministère. Les chambres furent prorogées, et le 16 mai la seconde chambre fut dissoute.
Les deux cent vingt et un députés furent réélus et renforcés par d'autres révolutionnaires. Alors Charles X publia les six ordonnances du 26 juillet 1830, qui supprimaient la liberté de la presse, prononçaient derechef la dissolution des chambres et octroyaient une nouvelle loi électorale. Elles furent le signal de la révolution. Louis-Philippe, duc d'Orléans, comblé de faveurs par Charles X, la dirigeait en secret et aspirait au trône.
Dès le 27 juillet, la lutte s'engagea dans Paris; le 29, on prononçait la déposition du roi légitime, qui se voyait forcé de quitter le pays. La seconde chambre modifia la constitution en ce qui le concernait. Le 7 août, Louis-Philippe d'Orléans fut proclamé « roi des Français », après qu'il eut accepté la nouvelle charte par un traité formel avec la nation. Le roi par la grâce de Dieu fit place au roi citoyen institué par le peuple souverain : c'était la république sous le manteau de la monarchie. Le fils de Philippe-Égalité, ce héros de la révolution, monta sur le trône de saint Louis par la grâce de la Révolution, et réussit, grâce à ses habiles calculs de marchand, à s'y maintenir pendant près de dix-huit ans.
Prince de Polignac, etc. (§ 2S3) ; Crétineau-Joly, l'Église rom., II, p. 1 et seq., 172 et seq. ; Hist. de Louis-Phil. d'Orléans, Paris, 1862 ; Louis Blanc, Hist. de dix ans, t. I, p. 291 et seq.; Guizot, Mémoires pour servira l'hist. de mon temps, Paris, 1838 et suiv.,t. II ; Nettement, Hist. de la littérature française sous le gouvernement de Juillet, Paris, 1835; Voost, Neueste Geisch. Frankreichs, p. 344; Scharpff Vorlesungen über die neueste K.-G., I, p. 67 etsuiv.; Gams, III, p. 72 et suiv.; Bauer, dans les Stimmen aus Maria-Laach, t. X, p. 298 et suiv.
Le roi citoyen Louis-Philippe. — Excès dans Paris.
258. Louis-Philippe conserva, par l'entremise de Talleyrand, puis de Guizot , la bonne intelligence avec les puissances étrangères, surtout avec les puissances non catholiques , notamment par le principe de non-intervention et de reconnaissance des faits accomplis. Au dedans les partis continuaient de subsister : les orléanistes avaient contre eux les légitimistes, profondément aigris ; les bonapartistes, toujours turbulents ; les républicains, exaltés, renforcés des communistes et des socialistes, qui trouvaient les résultats de la révolution de Juillet tout à fait insuffisants, puisqu'elle n'avait pas ramené les heureux jours de la république : aussi considéraient-ils comme des traîtres les deux cent vingt et un députés qu'ils élevaient naguère jusqu'aux nues. Ils faisaient en même temps la propagande de la liberté à l'étranger, en Pologne, en Allemagne, en Belgique, en Italie et en Espagne. Le parti de la guerre repoussait le principe de non-intervention ; le clergé s'éloignait de la nouvelle dynastie, dont il avait d'autant moins à attendre qu'elle était plus vantée par ses ennemis.
Du reste, le roi citoyen se montrait plein de froideur et de rudesse envers l'Église '. La nouvelle charte ne disait plus que
^ La scène suivante, racontée par les Annales de philosophie chrétienne (juillet 1848), donnera une idée des dispositions de Louis-Philippe envers l'Église. En 1846, les autorités de Paris avaient été reçues en audience à l'occasion de la fête du roi. L'archevêque, MgrAffro, dans son discours, osa dire que «l'Église réclamait la liberté et non la protection». Louis-Philippe, choqué de ce langage, empêcha l'insertion du discours au Moniteur.
L'année suivante (1847), à l'occasion du jour de l'an, l'archevêque prévint
la religion catholique était la religion de l'État, mais seulement « la religion de la majorité des Français ». Les évêques hésitaient à prêter au nouveau roi le serment de fidélité et à faire réciter pour lui les prières de l'Église en la forme accoutumée. Pie YIII déclara (29 septembre d830) qu'on pouvait prêter le serment dans le sens des explications données à Rome le 15 juillet 1817 par l'ambassadeur de France, et réciter les prières de l'Église. Cependant les libéraux demeurèrent antipathiques au clergé, dont la plupart des membres étaient légitimistes.
Quand les légitimistes, le 14 février 1831, firent célébrer, dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, un service funèbre pour le duc de Berry assassiné, la populace, échauffée par le carnaval, se précipita dans le lieu saint, abattit la croix et se livra aux actes du plus sauvage vandalisme; le lendemain, elle démolit le palais de l'archevêque, Mgi' de Quélen. L'église Sainte-Geneviève fut de nouveau convertie en Panthéon, et le clergé voué à la raillerie et au mépris. L'Église ne se ressentit
la reine qu'il offrirait ses vœux au roi, mais qu'il ne prononcerait pas de discours, pour ne pas s'exposer à un nouvel affront. La reine, dans l'espoir de tout concilier, ménagea une entrevue entre le roi et l'archevêque.
« Le roi », raconte celui-ci, « me reçut dans son salon, et, comme c'était son habitude, il me tira à part et me conduisit dans l'embrasure d'une fenêtre, où il me fit asseoir et s'assit lui-môme. Là, nous fûmes quelque temps à nous regarder eu silence. A la fin, je pris la parole et je lui dis : « Ayant su que le roi désirait me parler, je me « suis rendu avec empressement à son invitation. » — «Moi, » dit le roi, « je n'ai rien à vous dire; c'est vous, m'a-t-on dit, qui voulez me parler, « et je suis prêt à vous écouter. » — « Eh bien ! le roi doit savoir le sujet « de ma visite : comme je ne veux pas m'exposer encore à l'affront qui « m'a été fait lors de la dernière présentation, je me propose de venir « offrir mes vœux pour la santé du roi à la tête de mon clergé, mais je « ne ferai pas de discours. » — « Ah ! je vois, c'est une nouvelle attaque « que vous dirigez contre moi; je croyais que toutes nos discussions « étaient finies, et il paraît que vous voulez encore recommencer. Si j'ai « empêché que votre discours fût publié, c'est que vous vous étiez « permis des conseils inconvenants. » — « J'en demande bien pardon au « roi, mais ni mes intentions ni mes paroles ne pouvaient avoir ce sens : « demander la liberté et non la protection, est peut-être la demande la « plus modérée que puisse faire l'Église. » — « Et moi je ne l'entends pas « ainsi..; avec vos demandes et vos journaux, vous jetez le trouble partout.»
« Et, passant de suite à une autre question : « Ainsi, par exemple, je « sais qu'il y a peu de temps vous avez rassemblé un concile à Saint-
nullement des bienfaits de la nouvelle constitution, et les premières nominations d'évêques que fit le roi de Juillet excitèrent à un haut degré le mécontentement des fidèles catholiques.
Mêmes ouvrages; puis Bonner Zeitschr. livrais.; m, p. 204 et suiv., Bellamare, M. de Quélen pendant dix ans, Paris, 1843; Catholique, 1833, Oct. Pie VIII à l'archevêque de Quélen : AUg. Relig.- und K.-Freund, 1830, p. 680; Roscov., II, p. 295-297, n. 335.
Le Journal l'Avenir.
259. Dans cette crise nouvelle qui commençait pour l'Église, plusieurs écrivains catholiques de talent, tels que l'abbé de La Mennais,qui rappelle Tertullien; l'abbé Lacordaire, grand orateur de la chaire; l'abbé Gerbet et le comte de Montalembert, se réunirent pour fonder, sous le titre de l'Avenir, avec cette devise : « Dieu et la Liberté », un journal qui défendrait résolument les intérêts de l'Église, même contre le gouvernement (depuis octobre 1830). Ce journal, par sa hardiesse et la vigueur
« Germain. » — « Ce n'est pas un concile que nous avons rassemblé ; mais « quelques évêques, mes sufFragants et mes amis, sont venus me voir, « et nous avons traité de différents points de discipline ecclésiastique. » « — « Ah! je le disais bien, que vous aviez formé un concile; sachez « que vous n'en avez pas le droit. »
« Jusqu'à ce moment, » poursuit l'archevêque, «j'avais répondu au roi « avec beaucoup de déférence, et évitant presque de le regarder; mais « à ce mot j'élevai mes yeux, et, les fixant sur les siens, je lui dis avec « fermeté : « Pardon, Sire, nous en avons le droit, car toujours l'Église « a eu le droit d'assembler ses évoques pour régler ce qui pouvait être
< utile à leurs diocèses... » - « Ce sont là vos prétentions, mais je m'y « opposerai. D'ailleurs, on m'a dit aussi que vous aviez envoyé un ambas- « sadeur au pape; je sais même que c'était pour lui demander la permis-
< sion de faire gras le samedi. » — C'est vrai. Sire, nous avons envoyé « un ecclésiastique (M. l'abbé de la Bouillerie), faire quelques demandes « au pape; mais cela même est dans les droits de tous les fidèles, et à « plus forte raison des évêques. » — « Et qu'est-ce que vous lui avez de- « mandé encore ? je veux le savoir. » — « Si c'était mon secret, je le « dirais tout de suite au roi; mais ce n'est pas seulement le mien, c'est « encore celui de mes collègues, et je ne puis le dire au roi... »
« A ces mois, le roi, rouge de colère, se leva brusquement, me prit
par le bras et me dit : « Archevêque, souvenez-vous bien que l'on a
« brisé plus d'une mitre... » — Je me levai à mon tour en disant :
« Cela est vrai. Sire; mais que Dieu conserve la couronna du roi, car
« on a vu briser aussi bien des couronnes. »
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 4.39
de son langage, fit une profonde impression non seulement en France, mais à l'étranger ; il trouva de l'écho, puis de la résistance dans le clergé, à cause des principes qu'il soutenait. Il réclamait surtout la liberté de l'Église, nécessaire à l'accomplissement de sa mission, mais il avait le tort de trop mêler la liberté politique à la liberté religieuse, comme lorsqu'il écrivait (17 janvier 1831) : « La cause de l'Église et celle des peuples sont, par leur nature même, une seule et même cause. Qu'est-ce que la liberté en fait de dogme, de morale et de discipline, que l'Église réclame ? Traduisez ces mots dans la langue politique : vous trouverez l'affranchissement de l'intelligence et de la conscience. » Il trouvait aussi que l'unique moyen d'affranchir l'Église était de la séparer complètement de l'Etat : non seulement l'Église devait être délivrée du joug qui pesait sur elle depuis Louis XIV; elle devait vivre dans l'indigence, ne recevoir aucun traitement du pouvoir civil et abandonner l'État à son propre sort. Ce droit-là devait être aussi nettement formulé dans la nouvelle constitution qu'il est gravé dans l'instinct des peuples et dans les plans de la Providence : c'est ainsi qu'on ouvrirait à la France une nouvelle ère politique et religieuse. L Avenir soutenait en outre qu'on doit chercher la certitude de la vérité et de la réalité des choses, non dans la raison individuelle, mais dans la raison générale, dans le sens communs (sensiis communis.)
Un grand nombre d'évêques et de vieux ecclésiastiques sentaient le péril de ces doctrines qu'on voulait leur imposer avec la plus grande insistance, et ils craignaient d'autant plus une nouvelle scission dans le clergé, que l'école de La Mennais traitait ses adversaires de gallicans et s'appuyait sur le Saint- Siège, L'Ami de la religion ne tarda pas à combattre cette école, et notamment son faux système philosophique. La Mennais croyait s'être aperçu que Rousseau avait également réussi dans ses ouvrages à démontrer l'erreur et la vérité, et il en concluait que la raison individuelle n'est capable que !de détruire et non d'édifier, par conséquent qu'il faut chercher ailleurs le principe de la certitude. Ce principe, on le trouve dans la raison générale, dans le consentement de tous les peuples. Comme l'Ave?ür passait de plus en plus pour hétérodoxe , les éditeurs en suspeadirent la publication en no-
verabre 1831, et se rendirent à Rome pour soumettre leurs doctrines au jugement du Saint-Siège.
Catholique, 1831, Janv. ; 1833, Sept., suppl., p. xli; Dec, suppl., p.xxxvir ; 1834, Févr., suppl., p. xsv et suiv.; Mars, suppl., p. li etsuiv.; Bonner Zeitschr., livrais, xix, p. 177.; Roscov., Rom. Ponlif., IV, 120 et seq., 1038 et seq.
Décision papale contre l'Avenir. — Chute de La Mennais.
260. Le pape Grégoire XVI rendit, le lo août 1832, une décision qui condamnait les principes de r Avenir, et notamment la séparation de l'Église et de l'État, comme également funeste à la religion et au salut des peuples, qui réside dans la concorde des deux puissances. Le journal fut interdit dans tous les diocèses; les éditeurs se soumirent et supprimèrent complètement leur publication. Plusieurs évêques dressèrent un catalogue des erreurs de La Mennais ; et le pape, à qui ils l'envoyèrent, loua leur zèle (1833) et demanda à Lamennais une déclaration positive. On lui présenta dans ce but une formule de souscription, qu'il signa (11 décembre 1833). Mais on n'avait que trop de motifs de suspecter la sincérité de cette soumission. La Mennais publia bientôt les Paroles dun croyant, puis d'antres brochures acrimonieuses, où se révélaient les égarements passionnés de cet auteur, qui essayait d'établir par l'Évangile le droit de la Révolution. Grégoire XVI condamna, le 25 juin 1834, ce livre « de peu d'étendue, mais d'une grande perversité ». La Mennais, délaissé de Gerbet et autres, se sépara de l'Église et passa sans réserve dans le parti démocratique ; il se déchaîna avec fureur contre le Saint-Siège et contre le gouvernement des d''Orléans, se fit le champion du panthéismeet de la Révolution, siégea bientôt parmi les plus sanguinaires démagogues, et devint par son orgueil insupportable à ses propres amis. 11 mourut âgé de soixante-treize ans, le 27 février 1854, sans s'être réconcilié avec l'Église. Ses amis de la première heure ne le suivirent pas dans sa chute, mais ils eurent encore longtemps à combattront tous leurs vieux préjugés.
Encyclique Mran" 1J0S, lu août 1832: Bull. Rom. Cont., t. XIX. p. 126-132, const. 107; Roscov., II, 318 et seq., n. 355; Denzinger, Enchir.,
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p. 430 et seq., n. 119, 1473 et seq. Lettre du card. Pacca du 16 aoiit : Œuvres complet. deF.deLaMennais, Brux., 1839, t. II, p. 551; Roscov., loc. cit., p. 329 et seq., n. 336. Censure de 36 propositions exti'aites de divers écrits de M. de la Mennais, Toulouse, 1836. Bref de Grégoire XVI à l'archevêque de Toulouse : Roscov., t. III, p. 847-857, n. 640, 641 . Brefs du 5 cet. et du 28 déc. 1833, ib., t. II, p. 352-361, not.; Rom., Pont., t. IV, p. 120 et seq., 1038 et seq. Contre les Paroles d'un croyant, Paris, 1833, encyclique de Grégoire XVI Singulari nos, 23 juin 1834 : Catholique, Sept. 1834, p. 323; Bull. Rom. Cont., t. XIX, p. 379-381, const.226; Roscov., Mon., t. II, p. 352 et seq., n. 341 ;Denzinger, Enchir., 432 et seq., n. 120. — Bautain Réponse d'un chrétien aux Paroles d'un croyant, Strasb., 1834; Ch. Faider, Paroles d'un voyant à M. de La Mennais, Brux., 1834; Paroles d'un croyant, parl'abbé de La Mennais quand iletait croyant, Brux., 1835; B. Hock, ßonnerZlschr., livrais. xx, p. 103- 126. Cf. livrais, x, p. 143 et suiv.; liv. xi, p. 192 et suiv. ,0n a encore de La Mennais les Affaires de Rome et Correspond, dans ses Œuvres posthumes, Parisj 1859, des revues et des journaux, l'xVvenir, et depuis 1848 le Peuple constituant. — Sur la chute de La Mennais, voy. Gerbet» l'Abandon du principe vital de l'Église et de l'Etat, trad. du franc. Augsb., 1839; Rio, Épilogue à l'histoire chrétienne, II, Paris, 1870, p. 176 et seq. Voy. encore Jarcke, Vermischte Schriften, I, p. 208 et suiv.
Meilleurs rapports du roi de Juillet avec le clergé.
261. En répudiant la doctrine de la séparation de l'Église et do l'État, le pape avait rendu un grand service au roi des Français. Louis-Philippe ne voulut pas se montrer ingrat. Insensiblement il montra plus de sollicitude pour le clergé, et le clergé à son tour se rapprocha du trône. Les missions, les congrégations religieuses vouées à l'instruction du peuple prospérèrent à souhait, et, en 1841, on comptait dans les écoles deux mille cent trente- six frères et dix mille trois cent soixante etonze sœurs. Une foule d'associations pieuses, composées de gens du monde, se propagèrent, notamment la société do Saint-Vincent de Paul pour le soulagement des pauvres; les chaires, illustrées par les jésuites Rosaven et Ravignan (plus tard par le P. Félix), par le dominicain Lacordaire, par les abbés Bautain, de Bonnechose, Dupanloup , attiraient de nombreux auditeurs; les catholiques possédaient d'excellents journaux, et l'Académie française elle-même rendait hommage à la religion et à ses représentants. Les évêques veillaient à la pureté de la doctrine et à la conduite du clergé, donnaient fréquem-
ment des exercices spirituels et se rattachaient plus étroitement à Rome.
Le gouvernement confia en 1841 aux sœurs de la Charité la surveillance des prisonniers du sexe féminin, s'occupa des besoins religieux des soldats catholiques, surtout dans les colonies, et dota l'évêché d'Alger. Sur quelques points seulement des différends surgirent entre Tépiscopat et le pouvoir civil , comme sur la nomination des succursalistes , et principalement sur la liberté d'enseignement, sur les principes antichrétiens qui dominaient dans les établissements supérieurs de l'État et le monopole de l'université de Paris.
Des laïques catholiques, tels que le comte de Montalembert et Louis Veuillot, réclamèrent la liberté d'enseignement ; les évoques se joignirent à eux. La loi sur l'enseignement, présentée aux chambres en 1844, fut vivement blâmée par les catholiques; Montalembert l'attaqua avec une rare éloquence, mais sans pouvoir encore triompher. Le gouvernement, désireux de conserver les bonnes grâces des libéraux, ferma, pour leur complaire, cinq noviciats de jésuites ; mais les libéraux demandaient l'expulsion de tous les jésuites, et Thiers prononça contre eux un violent discours (2 mai 1845). Montalembert les justifia d'une manière brillante (12 juin). D'excellentes apologies parurent, et l'épiscopat se prononça en faveur de l'ordre attaqué. Grégoire XVI ne voulut pas consentir à ce qu'ils fussent éloignés de France, mais il autorisa le général à dissoudre les cohèges et les noviciats, après quoi il fut permis aux jésuites de continuer individuellement en France l'exercice de leurs fonctions comme prêtres séculiers (lettre du général, du 14 juin 1845).
Catholique, 1841, Févr.,suppl,,p,Letsuiv.;Juinet Od.; 1842,Janv. et Mars; 1843, Févr., suppL; Histor. -polit. Blœlter, t. X. Les journaux français: Amidelareligion, Union catholique, Univers, Correspondant, Université catholique. Controverse sur la condilion des desservants : Hist.-pol. BI., t. XV, p. 453 et suiv,; t. XVI, p. 377 et suiv., ö49 et suiv.; Raimund, dans Archiv. für kath. K.-R., t. XXI, p. 423 et suiv.; t. XXII, p. 54 et suiv. Discussion sur la liberté d'enseignement : Hist.-pol. Bl., 1843, t. XII, p. 211,307-332, 719 et suiv.; Dieringer, Kath. Ztschr. für Wissenschaft und Kunst, 18i4, p. 93 et suiv., 129 et suiv., 261 et suiv.; Catholique, 1844, p. 5 et suiv.; 89 et suiv.; Montalembert, du Devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement,
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Paris, 1843 (en allem., Mayence, eod. an.) ; L. Veuillot, Liberté de l'enseignement, ibid.; le journal la Liberté comme en Belgique, par le marquis de Regnon; Henry de Riancey (§ 236). Staudenmaier; dans Freib. Zeitschr. für Theol.,t. XIII ; Bonner Ztschr., N. F., V,livrais. ni, iv; Gams, III, p. 98 et suiv. Lettre du cardinal archevêque de Lyon au recteur de l'Académie, du 1 1 cet. i 843, et son Mémoire à la chambre des pairs, de 1844 : Roscov.,Mon,II. p. G73-694, n. 402,403. Sur lesjésuites, Ravignan, de l'Existence et]de l'Institut des jésuites, Paris, 1844; Crétineau-Joly, Hist. de la Comp, de Jésus, t. VI, p. 444 et seq., 510 et seq.
La révolution de Février. — Les dangers de la république. — Les journées de juin 1848.
262. Louis-Philippe s'appuyait principalement sur la bourgeoisie aisée, sur les riches propriétaires et sur leurs intérêts ; cependant il échappa avec peine aux tentatives d'assassinat dirigées contre lui. Dans la mêlée ardente des partis, les ministres se succédaient rapidement, les hommes les plus considérables s'usaient vite, et le système constitutionnel révélait au grand jour ses imperfections. Un quatrième ordre, celui des travailleurs, s'élevait de plus en plus contre la bourgeoisie, rêvant le partage égal du travail et de la propriété : c'était là le meilleur allié des républicains en expectative. Le prolétariat, qui faisait à Paris d'effroyables progrès et qui était tombé dans un entier abrutissement ; les hommes en blouse, descendants des vieux sans- culottes, faisaient déjà des démonstrations menaçantes, et tenaient, malgré la défense officielle, leurs fameux banquets d'ouvriers.
Sans tenir compte de ces éléments dangereux, fortifiée encore par la victoire du radicalisme suisse (1847), la gauche de la chambre des députés, conduite par Odilon ßarrot et Thiers, poussa l'opposition contre le ministère Guizot jusqu'à une hostilité ouverte, dans le seul but d'arriver elle-même au pouvoir : une nouvelle révolution éclata en février 1848. La famille royale s'enfuit en Angleterre, et la France retomba en république. L'ancienne opposition s'aperçut, à son grand étonnement, que la Révolution, non contente de renverser le trône et la dynastie ainsi que la droite de la Chambre, la renversait aussi elle-même, qu« le prolétariat affamé et aigri courbait sous son
drapeau rouge la France civilisée, se préparait aux plus affreuses saturnales et allait provoquer une lutte désespérée contre tous ceux qui possédaient. Le général Cavaignac réîablit l'ordre avec une main de fer, et le clergé lutta vigoureuse ; ent contre l'anarchie. La bataille durait depuis trois jours dans les rues de la capitale (juin 1848), lorsque l'archevêque de Paris, Denys Affre, se présenta dans le faubourg Saint-Antoine au milieu des insurgés, portant des paroles de paix et de concorde. Il tomba victime de son dévouement , et fut glorifié par le Saint-Père dans une allocution solennelle (11 septembre).
Ouvrages au § 237. Crétineau-Joly, l'Église romaine, vol. If, p. 420 et seq. ; H. de Riancey, Mons. Affre, archevêque de Paris, esquisse Liograph., Paris, 1849. Alloculion de Pie IX, H sept. 1848 : Acta Pu IX, vol. I, p. 100 et seq.
Le prince Napoléon président. — Renouvellement des conciles. — L'empereur Napoléon III.
263. Charles-Louis Bonaparte, né en 1808, fils de lex-roi Louis de Hollande (mort en 1846) et de la reine Hortenso, neveu de Napoléon P"", ne tarda pas à obtenir la présidence de la république française, et apparut comme un sauveur au milieu des plus graves dangers. Il tâcha de s'affectionner le clergé en intervenant en faveur du Saint-Père, en faisant voter la loi du 15 mars 1850 favorable à la liberté d'enseignement, en augmentant le traitement des ecclésiastiques, en favorisant les congrégations elles sociétés rehgieuses, en allégeant les chaînes que faisaient peser sur l'Église la législation civile entachée de gallicanisme.
Dès le mois de février 1849, le nouvel archevêque de Paris, Ms"" Sibour, de concert avec d'autres évêques, demandait au pape d'approuver la célébration d'un concile plénier de tous les évêques de France, assurant que l'État n^y mettrait plus d'obstacle. Pie IX répondit de Gaëte (17 mai) qu'un tel concile n'était pas encore opportun et qu'il n'était pas certain que les autres prélats y adhéreraient, mais qu'il était fort désirable que les conciles provinciaux fussent renouvelés dans toute la France. Sans perdre de temps, les archevêques de Paris, Reims,
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Tours et Avignon convoquèrent des conciles provinciaux, qui furent encore célébrés la même année; vinrent ensuite, en 1850, les conciles d'Albi, Lyon, Rouen, Bordeaux, Sens, Aix, Toulouse, Bourges, et en I80I je concile d'Auch. Leurs décrets portaient sur la hiérarchie, les synodes diocésains, l'unité dogmatique et liturgique, les études ecclésiastiques, les sacrements, la sanctification du dimanche, la conduite du clergé dans l'exercice de ses fonctions et dans les affaires politiques , les confréries et les associations, en un mot, sur les plus graves questions de la vie religieuse. Lorsque, après le coup d'État du 2 décembre 1851, le président, devenu Napoléon III, rétablit l'empire et l'entoura d'un nouvel éclat, l'Église fut encore plus favorisée : le Panthéon redevint l'église Sainte-Geneviève, plusieurs églises furent restaurées ou rebâties ; de nouveaux évêchés, des paroisses nouvelles furent dotés ; l'aumônerie militaire fut réorganisée ; les intérêts catholiques en Orient devinrent l'objet d'une sollicitude particulière.
Œuvres de Napoléon lit, Paris, 1854 et seq., 1865, 1866 ; Hist.-pol. Blsetter, t. XLVIII, p. 1 etsuiv., 106 et suiv.; Kath. Wochenschr., 1854, t. IV, p. 596 ; Arcb. für kath. K.-R., t. XXIII, p, 359 et suiv. Nouveaux conciles en Fïance : Coll. Lac, t. IV, Frib., 1873.
Extinction progressive du gallicanisme.
264. Le vieux gallicanisme subsistait encore dans la France officielle, malgré l'évolution qui s'était faite dans les idées et dans les événements. Napoléon I", par décret du 25 février 1810, avait fait de la Déclaration de 1682 une loi universelle de l'empire. Sous les Bourbons, qui la rangeaient parmi les traditions de leur famille, la cour royale de Paris déclara, le 3 décembre 1825, qu'elle avait toujours été considérée en France comme une loi de l'État. La dynastie de Juillet et le second empire la conservèrent : le conseil d'État faisait usage de l'appel comme d'abus contre les lettres pastorales des évêques ; les juristes continuaient de parler des « libertés gallicanes », et l'État revendiquait un « droit d'inspection et de surveillance sur tout ce qui se passe dans l'Église sous des formes terrestres », Le cardinal de la Luzerne et d'autres
avec lui défendaient encore avec le meilleur zèle du monde le gallicanisme légèrement modifié. Mais son inconsistance et son caractère hétérodoxe furent mis au grand jour par de Maistre, LaMennaiset Bouix; plusieurs ecclésiastiques acquirent la conviction que depuis son origine la fameuse Déclaration n'avait eu pour effet que de restreindre la liberté de l'Église.
En 1826, plusieurs évêques donnèrent à entendre qu'ils ne retenaient que le premier des quatre articles, à savoir la distinction du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir civil, et l'indépendance du second à l'égard du premier; mais on évitait de qualifier ces articles d'hérétiques et de schismatiques. Quand la dynastie de Juillet essaya d'introduire dans les séminaires le Manuel de droit ecclésiastique gallican du procureur général Dupin, les évêques, surtout le cardinal de Bonald à Lyon, firent une résistance victorieuse. Ce dernier, contre la lettre pastorale duquel fat appHqué l'appel comme d'abus (9 mars 1845), maintint toutes ses censures en invoquant la bulle Auctorem fidei. Le vieux gallicanisme fut de plus en plus éliminé de l'enseignement théologique, combattu dans la presse aussi bien que dans lesconciles tenus depuis 1849, qui se prononçaient nettement en faveur de l'autorité suprême et de renseignement infaillible du pape.
Dans ses nominations d'évêques, le gouvernement de Napoléon 111 ne tint plus aucun compte du gallicanisme ; il ne fit point obstacle aux voyages des évêques à Rome. Cependant il laissa subsister une foule de lois restrictives, et notamment les articles organiques, qui furent encore appliqués çà et là contre des évêques déplaisants, comme en 1857 contre l'évêque de Moulins.
Décret de Napoléon de 1810 : Dupin, Manuel, p. H 9. Cf. Archiv für kath. K.-R., t. I, p. 418 et suiv.; t. XI, p. 33 ; t. XVIII. p. 218. Décret de la cour royale de Paris, 1825 : Dupin, p. 120. Déclaration des évêques de France de 1826: Affre, Essai sur la suprématie temporelle du pape, Paris, 1829, p. 500. Controverse sur le Manuel de Dupin : Gams, III, p. 103 et suiv. Appel d'abus contrôle card. de Bonald, 1845 : Dupin, p. 543 et seq. Lettre du cardinal au ministre des cultes : Schweiz. K.-Ztg., 1845, p. 190; Roscov., II, p. 694-701, n. 404. On trouve aussi de nombreux détails dans le gallican La Borde, de l'Église gallicane,
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Paris, 1833; Hist.-pol. Blaelter, t. XLVIII, p. 655 et suiv., 992 et sniv, ; Archiv für K.-R., t. VlII, p. 387 et suiv.
Essor de la vie religieuse. — Dernières années et fin de Napoléon III. — Troisième république française.
265. La vie religieuse prenait chaque jour en France de nouveaux développements. Les conciles provinciaux de Reims sous le cardinal Gousset (1853, 1857) et de Bordeaux sous le cardinal Donnet (1853, 1856, 1859 et 1868); les lettres pastorales des évêques et leurs synodes diocésains ; les journaux catholiques pariaitement dirigés; le dévouement des congrégations et des sociétés religieuses, par où la France brillait à la tête de toutes les autres nations de la chrétienté ; le grand nombre de missionnaires qu'elle fournissait ; son attachement inviolable au Saint-Siège, qui se révéla notamment par l'adoption de la liturgie romaine, produisaient les meilleurs résultats. Sur les questions politiques, il est vrai, les catholiques ne parvinrent pas à s'unir: on comptait le parti des légitimistes (Berryer, Poujoulat, Nettement, Laurentie, Henry de Riancey, Capefigue), et le parti des bonapartistes, auquel L. Veuillot, dans ï Univers, et une portion notable du clergé furent longtemps attachés ; les catholiques libéraux, représentés par le Correspondant, dirigé avec talent par Montalembert, Lenormant, de Broglie, Cochin, se posaient en ennemis irréconciliables d'un régime qu'ils traitaient de liberticide.
Les événements empêchèrent le morcellement complet des forces catholiques ; la bienveillance de Napoléon III pour l'Eglise ne dura qu'autant qu'il crut avoir besoin de ses services. Il changea d'attitude à partir de l'attentat d'Orsini (lijanvier i848)et de la guerre contre l'Autriche (1859). Déjà en 1860 Napoléon III donnait à entendre, par la plume de La Guéronnière, qu'il fallait restreindre la souveraineté du pape au Vatican et à son jardin. Ms'' Pie, évêque de Poitiers, ayant répondu par une lettre pastorale énergique (1861), l'appel comme d'abus fut employé contre lui et sa lettre supprimée. Le gouvernement prit des mesures contre la société de Saint- Vincent de Paul, suscita toute sorte de tracasseries aux ordres religieux, attaqua le Syllabus publié en 1864, et prit une attitude hostile contre le
pape, incessamment menacé par le Piémont, Il ne fallut rien moins que la fermeté et l'opposition des catholiques français pour empêcher le gouvernement de Napoléon de céder aux demandes de la Sardaigne en lui livrant Rome, et pour l'obliger à envoyer en 1867 un corps auxiUaire contre les garibaldiens.
La cour de Napoléon donnait un triste exemple en favorisant elle-même le luxe et l'immoralité; elle organisa contre le concile du Vatican l'opposition gallicane, qui trouva un nouvel appui dans les lettres et les notes menaçantes du comte Daru.
Déjà un schisme était imminent, lorsque Napoléon III entreprit contre la Prusse cette guerre qui devait lui être si funeste, et rappela les troupes françaises qui se trouvaient encore dans les États de l'Eghse. Le 2 septembre 1870, il en était réduit à se livrer dans Sedan au roi Guillaume, et, le 9 janvier 1873, il mourait exilé en Angleterre. La France adopta de nouveau le régime républicain, sous la présidence de l'ambitieux Adolphe Thiers, auquel succéda, en mai 1873, le maréchal Mac-Mahon. Les tentatives pour restaurer la monarchie légitime échouèrent. Après la répression de la hideuse insurrection de la Commune, en 1871, qui coûta la vie à Ms^ Darboy, archevêque de Paris, et à plusieurs ecclésiastiques , il resta encore bien des ferments d'anarchie, qui n^eurent que trop d'influence sur les affaires publiques et menacèrent Tarmistice politique conclue le 20 novembre 1873 sous la forme du septennat.
Situation religieuse en France.
266. Cependant les vrais catholiques ne se lassaient point de travailler dans l'intérêt de la religion. Depuis l'annexion de Nice et de la Savoie (1860), la France comptait dix-sept provinces ecclésiastiques et trente-six millions de catholiques. Les évêchés de Metz et de Strasbourg furent annexés à l'Allemagne en 1871. Les dominicains, les capucins, les jésuites, les bénédictins, les chartreux, les trappistes, les lazaristes, les sulpiciens, les frères des Écoles chrétiennes et une multitude de congrégations nouvelles se consacraient au saint ministère, à l'enseignement, au soin des malades, à la prière et au travail manuel ; l'immense majorité des jeunes filles était élevée par des rchgieuses.
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La lutte devint extrêmement difficile pour les catholiques. Les souvenirs du passé, la résurrection du voltairianisme, la littérature frivole des romans (George Sand, Alexandre Dumas, Eugène Sue), le matérialisme et le panthéisme chez plusieurs savants, le communisme dans les masses, le défaut de religion dans une portion notable de gens cultivés, pour qui la Vie de Jésus d'Ernest Renan (1863) tenait lieu d'Évangile, les obscénités de la poésie populaire , l'immoralité du théâtre, ofTraient les plus grands obstacles à la renaissance du catholicisme. Et toutefois les faveurs particulières que la France a reçues du Ciel, le zèle des prédicateurs et du clergé, les exemples donnés par un grand nombre de cœurs magnanimes, les désastres qui ont affligé plusieurs parties du territoire, l'armée elle-même et les hautes classes ont puissament relevé la France, et il n'est pas douteux qu'elle sortira d'une révolution nouvelle intacte et purifiée comme l'or dans la fournaise.
Les tentatives pour introduire la liturgie romaine demeurèrent sans résultat au XVII^ et au XVIII^ siècle, d'autant plus que le gouvernement français y faisait une vive résistance. Durand de Maillane, sur l'art. 41 des libertés de l'Église gallicane, t. II, p. 38-40. Grégoire XVI déclara, le 6 août 1842 (Moniteur, 4 août 18 '»3; Dupin, Manuel, p. 350), qu'il s'associait en cela aux désirs de Pie V, mais que, dans les conjonctures difficiles où l'on se trouvait, il ne voulait pas insister sur l'abolition de la liturgie gallicane ; il ne laissa pas toutefois de donner de grands éloges à un évoque qui, dans des circonstances plus favorables, avait fait cette démarche. Mais, en 1849, le concile de Paris lit part à Pie IX de la joie qu'il éprouvait de voir qu'on penchait de plus en plus à adopter la liturgie romaine (Coll. Lac, t. IV, p. 33) ; celui d'Auch en fit autant en 1851 (ibid., p. 1197). Pie IX en félicita l'épiscopat français (ib., p. 191). — Montalembert, des Intérêts cathol. au XIX« siècle, Paris, 1852 ; Busz, Reform im Dienste der kath. Geistlichkeit Deutschlands, p. 355 et suiv., 401 et suiv. ; Hettinger, Die kirchl. und socialen Zustœnde von Paris, Mayence, 1852; Lettres de Mme Swetchine (morte en 1857), publiées par M. de Falloux ; Lettres inéd. ; Correspondance du P. Lacordaire et de Mme Swetchine, éd. par le même; du même, Vie de Mme Swetchine, Paris, 1858; Daniel, Mme Swetchine, sa vie et son influence religieuse;
Vil. — HÎ8T. DE L*ÉGLISE. 29
Naville, Mme Swelchiae; Richard, Mme Swetchine et le comte de Maistre, Bordeaux (tous trois en 1864); Correspondance d'Eugénie deGuérin, éd. Trébutien, Paris, 1861 ; Récit d'une sœur, Paris, 1870, 23"^ éd. ; Journal de famille, par Mme Craven, née de la Ferronnays. Voyez là-dessus le Monde, l'Univers et le Correspondant.