‹ Histoire de l'église (volume 2)Chapitre 7 sur 10 · Tout à coup Napoléon (20 février 1815) sort de l'île · texte numérisé non relu

Tout à coup Napoléon (20 février 1815) sort de l'île

d'Elbe avec mille hommes de sa garde, arrive à Cannes sur le

territoire français (l"mars), groupe autour de lui ses partisans

et rentre dans Paris en qualité d'empereur (20 mars). Ces cent

jours d'un nouveau règne suffirent à l'audacieux Corse p3ur

jeter l'Église de France dans une nouvelle confusion. Napoléon

I rendit des décrets spéciaux pour exiler les ecclésiasti(juos

rentrés en 1814, tandis qu'il obligea les autres à prêter le ser-

'meiit de fidélité et à célébrer par des fêtes d'actions de grâces

ison nouveau retour. Le pape, consulté par quelques-uns,

chargea le cardinal Litta de leur donner une réponse négative.

'Plusieurs évoques de cour s'empressèrent autour de leur César

divinisé, et p'iblièrent de chalor.reuses lettres pastorales pour

prendre grâce au ciel de la faveur signalée qu'il faisait à la

France et à l'Europe en lui rendant le grand empereur : tels

urent les évêques de Besançon (Lecoz), d'Angoulême, de Dijon

vu. — msT. DE l'église. 13

et de Valence, anciens constitutionnels. Plusieurs ecclésiastiques, fidèles à l'Église, échappèrent par la fuite à la vengeance du despote.

Joachim Murât, de Naples, qui convoitait la possession de l'Italie, apprenant le retour de Napoléon, rompit avec les alliés et demanda au pape le passage pour ses troupes. Déjà même il s'apprêtait à le faire conduire prisonnier à Gaëte. Pie VII refusa, établit à Rome une administration intérimaire, et se rendit le 22 mars à Viterbe, puis à Florence, Pise, Sarzane et Gênes (3 avril), d'où il visita Savone et Turin. Pendant ce voyage il reçut partout des témoignages de l'amour et du respect le plus profond. Quant à lui, il était personnellement convaincu que tout cela n'était qu'un léger nuage qui bientôt se dissiperait. Murât, refoulé dans le territoire de Naples par les Autrichiens, se réfugia en France ; mais Napoléon ne voulut point entendre parler de lui. Le Saint-Père reprit au mois de mai le chemin de Rome et y arriva le 7 juillet, après une absence de soixante-dix-huit jours. A Rome, la consulte d'État avait fait conduire au château Saint-Ange le cardinal Maury , qui se prononçait ouvertement pour Napoléon. On allait ,lui faire son procès, mais il fut délivré par l'entremise de Consalvi. Il mourut le 11 mai 1817, avec la dignité de cardinal.

L'exil de Napoléon à Sainte-Hélène. — Sa mort.

93. Lei" juin 1815, Napoléon fit proclamer solennellement sur le Champ-de-Mars la nouvelle constitution. Barrai, archevêque de Tours, qui avait prononcé le 2 juin 1814 l'oraison funèbre de Joséphine, première femme de Napoléon, célébra l'office divin. L'empereur partit ensuite pour la guerre. Le congrès réuni à Vienne l'avait mis au ban de l'Europe, et les armées des alUés s'avançaient insensiblement vers le Rhin. Le général si souvent victorieux naguère fut battu près de Waterloo (18 juin), par les troupes alliées conduites par Blücher et Wellington ; il lui fallut de nouveau abdiquer. N'ayant pu s'évader dans le nord de l'Amérique, il fut emmené par les Anglais dans l'île solitaire de Sainte-Hélène, où il arriva le 15 novembre. Avant d'y mourir (5 mai 1821), il se réconcilia sincèrement avec l'ÉgUse.

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Pie VII, non content d'envoyer deux prêtres à son ancien persécuteur, s'employa auprès des monarques de l'Europe pour obtenir un adoucissement à sa captivité ; il offrit à Rome l'hospitalité à sa mère et à plusieurs membres de sa famille. Là vivait aussi le cardinal Fesch, dont les fonctions furent remplies jusqu'à sa mort par un administrateur, car il n'avait pas voulu résigner l'archevêché de Lyon.

Les alliés, après la bataille de Waterloo, étaient entrés une seconde fois dans la capitale de la France, Le second traité de Paris réduisit la France à ses anciennes limites de 1790 et lui imposa une indemnité de 700 millions. Quant à Rome, la rentrée des alliés et des Rourbons dans Paris lui valut la restitution d'une multitude d'œuvres d'art et de manuscrits qui lui avaient été enlevés.

Pacca, Voyage de Pie Vil à Gênes au prinlemps de 181Ö ; en allem : Reise Plus' VII nach Genua im Frühjahr I81ö aus dem ILal., Augsb., 1834. Alice, du 30 juillet 1815: Bull. Rom. Cont.,XliI, 377 et seq.; n.607; Garns, II, p. 360 et suiv. Mon ouvrage, Cardinal Maury, cap. x. — ■ Sentiment de Napoléon sur la divinité de Jésus-Chr., pensées inédites recueillies à Ste-Hélène par M. le comte de Monlholonet publiées par M, le chev. de Beauterne, éd. II, Par., 1842; ForLsyth-Seybt, Gesch. der Gefangenschaft iN'apoleons auf St. Helena, trad. de l'angl., 1853, surtout II, p. 72, 110 et suiv., 156 ; Beauterne, Ultimi Giorni di Napoleoneà S. Elena, Fir., 1862; Moreau, Exil et Captivité de Nap., Paris, 1863 ; les Confessions de l'empereur Naj). , petit mémorial écrit de sa main à Ste-Hélène, parvenu en Angleterre, traduit chez M. Murray, Londres, 1818, traduit sur le texte anglais, l'original ayant disparu, et augmenté de notes par Halbert (d'Angers), Metz, 1863; Holzwarth, Napoleon I und Plus VII, Mainz, 1872.

La Restauration.

94. De grandes transformations semblaient imminentes. Le mouvement intellectuel qui agitait les meilleurs esprits, réclamait une restauration à la fois politique et religieuse. Deux extrêmes étaient à éviter : la monarchie universelle et absolue d'un seul, et la liberté effrénée de la multitude ; la centralisation bureaucratique, le despotisme mécanique de l'État, tel qu'il existait au XVIII siècle, et l'engouement féroce des républicains de 1791 à 1796 pour la liberté. Chaque nation, chaque association autori-

sée devait garder ses droits historiques et se développer librement; il fallait établir entre les princes et les peuples des rapports intimes, fondés sur le sentiment réciproque du devoir, afin d'inaugurer un progrès gigantesque dans la vie publique. La religion aussi devait rentrer dans ses anciens droits et déployer son action bienfaisante pour moraliser les peuples, les ennoblir et les sanctifier; la foi devait triompher de l'incrédulité, la crainte de Dieu de Timpiété. Les horreurs de la Révolution, tant d'épreuves essuyées pendant les années de guerre devaient ramener à Dieu une multitude d'hommes ; ceux-là mêmes qui avaient grandi dans la haine de la religion, pouvaient se convaincre que les intérêts religieux ne sont pas pour une nation des intérêts secondaires, et qu'un gouvernement raisonnable et vigoureux ne peut y demeurer indifférent . On sentait depuis longtemps l'insuffisance du progrès purement intellectuel ; la nécessité de concevoir la religion d'une manière plus intime et plus profonde s'imposait même aux penseurs et aux poètes d'Allemagne, devenus à moitié païens : car la culture antichrétienne, la sagesse mondaine, « la prudence de la chair », avaient été trop souvent confondues.

Jamais peut-être la Providence qui préside au gouvernement du monde ne s'était révélée d'une manière aussi effroyable que dans les 32 années qui séparent 1783 et 1815. Les principes des encyclopédistes, des clubistes, des révolutionnaires, avaient abouti à l'anarchie et au despotisme, à la misère et à la corruption, ce qui ne fût jamais arrivé si les principes de l'autorité, de l'obéissance à la loi divine, si les doctrines et les commandements de l'Église avaient toujours prévalu. Chez plusieurs, il est vrai, on remarquait une connaissance exacte de la situation, le regret du passé et le dessein de se corriger à l'avenir ; mais ces bonnes dispositions manquaient d'énergie, elles n'étaient ni assez universelles ni assez durables. On fit quantité de choses qui eurent d'excellents résultats, mais elles ne suffisaient pas à beaucoup près. Les quelques tentatives d'une restauration vraiment efficace se révèlent dans l'établissement de la Sainte-Alliance, dans les travaux et les résultats du congrès de Vienne.

Leo, Univ.- Gesch., t. VI; Hist.-poL, BL, 1860,t. XLV; Hist. delaResauration (§ 90 et suiv.).

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La Sainte-Alliance.

93. Au second traité de Paris se rattache l'alliance à la fois poétique et politique contractée le 26 septembre 181S entre les trois monarques François I" d'Autriche, Alexandre I" de Russie et Frédéric-Guillaume III de Prusse. Voici la pensée dominante de cette convention : renoncer à la politique païenne suivie jusque-là, et faire prévaloir dans la conduite des États, au dedans comme an dehors, ce principe chrétien que tous les hommes sont frères et toutes les nations un seul peuple de Dieu ; considérer les préceptes du christianisme comme le premier principe de gouvernement. Cette « Sainte-Alliance» fut accueillie d'une part par tous les sarcasmes imaginables, qualifiée de machine inventée pour asservir les peuples, et, d'autre part, célébrée comme le triomphe de la foi chrétienne, comme un soleil bienfaisant après les rigueurs d'un long hiver.

Aux yeux d'un catholique, la Sainte-Alliance ne mérite ni ces railleries ni cet enthousiasme. Ce projet ne donnait du christianisme qu'une conception confuse, incomplète, obscure ; il avait sa source dans une abstraction stérile, qui méconnaissait ou dissimulait toutes les distinctions confessionnelles. Si l'on n'y parlait pas du christianisme sous sa forme vivante, si l'on se taisait sur l'Église, cela venait des dissidences religieuses qui séparaient les sectateurs du christianisme, dont les trois direc« tions principales (catholique, gréco-schismatique et protestante) étaient représentées par les trois monarques.

Le plan émanait de l'empereur Alexandre, dont les sentiments religieux avaient une forte empreinte de piétisme. C'était là l'expression la plus faible et la plus indécise de ce qui, après les événements et les expériences extraordinaires des dernières années, était senti et présumé, plutôt que vivement saisi, comme une nécessité morale. Comme cette idée n'avait pas de force vitale, que c'était une vue inféconde et impraticable, elle ne pouvait être née viable : aussi les princes cessèrent bientôt de s'enthousiasmer pour elle, et leurs dissensions intestines reparurent.

Déjà en 1840, trois puissances chrétiennes reconquéraient la terre sainte au profit des Turcs, tandis qu'elles voyaient d'un

œil tranquille les menées des souverains libéraux, qui çà et là foulaient aux pieds tous les principes chrétiens, détruisaient les institutions ecclésiastiques, spoliaient les biens de l'Église, persécutaient les chrétiens orthodoxes et favorisaient même les efforts de l'antichristianisme. Au lieu de tirer la religion de l'état de servitude où elle gémissait depuis bientôt deux siècles, au lieu de lui rendre la liberté nécessaire à l'entier développement de son énergie, les monarques continuaient de la laisser asservir, l'asservissaient eux-mêmes, et n'en tenaient que peu de compte dans leurs institutions politiques. Parmi les autres puissances invitées à faire partie de la Sainte-Alliance, la plupart y adhérèrent: Louis XVIll ne donna que son assentiment personnel ; l'Angleterre et le Saint-Siège firent des réserves, ce dernier parce que l'Église seule était appelée à poursuivre la tâche que se proposait la Sainte-Alliance. L'ère de la révolution n'était pas encore fermée.

Neueste Geschichte Buch, IV, p. 699 el suiv. Le Congrès de Vienne.

96. Le congrès de Vienne (depuis octobre 1814) n'entra pas davantage dans les questions vitales des peuples; il n'éleva pas une solide barrière contre les révolutions futures ; il ne fonda pas un nouveau système de ligue basé sur la justice. Partager échanger, négocier des lieues carrées avec un chiffre correspondant de population, ce fut là l'œuvre principale de cette brillante assemblée de diplomates; les intérêts dynastiques et particuliers prirent partout la première place. Quelques petits princes allemands, quelques États secondaires songeaient seuls à rétablir l'ancien Empire rumain ; l'Autriche elle-même ne s'en souciait point. On n'érigea point un tribunal suprême pour vider les différends des nations chrétiennes ; on n'établit pas même un premier tribunal pour la Confédération germanique : on se contenta d'nn tribunal restreint, pour décider les controverses qui surgiraient entre les membres de la confédération.

Le Saint-Siège recouvra les Légations, depuis longtemps convoitées par TAutrichc, et en général ses possessions situées en

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deçà du Pô ; mais la partie de Ferrare placée en deçà, le droit d'y avoir une garnison ainsi qu'à Comacchio, échurent à l'Autriche. Avignon et le comtat Venaissin furent livrés à la France sans nul dédommagement pour le Saint-Siège. La jalousie excitée par la puissance croissante de l'Autriche, l'influence même des grands Etats non catholiques, les dispositions hostiles de la population envers l'Autriche, la note classique de Consalvi en date du 23 octobre 1814: telles furent les causes qui amenèrent la restitution des Légations au Saint-Siège. Cependant^ comme on ne lui rendit pas pleine justice, le cardinal Consalvi protesta le 14 juin 1815 contre tout ce qui avait été résolu en opposition aux droits du Saint-Siège et de l'Église catholique. Cette protestation, Pie VII la confirma dans une allocution (4 septembre), tout en remerciant les puissances contractantes, y compris la Russie, l'Angleterre, la Suède et la Prusse, de leurs efforts pour faire reconnaître les droits du Saint-Siège.

Klnber, Acten des "Wiener Congresses in den Jahren 1814 und 1815, Erlangen, 1815 et suiv., 8 vol. et 1 vol. supplémentaire. Le même, Uebersicht der diplomatischen Verhandlungen des Wiener Congresses, Francf., 1816; Organon oder kurze Andeutungen über kirchl. Verfassungswesen derKatoliken in Deutschland, Augsbourg, 1830; Ueber die Plane Oesterreichs betr. der Legationen ; Reuchlin, Gesch. Italiens, I, p. 25, 28 et suiv., 35, 68 et suiv ; mon ouvrage, der Kirchenstaat, p. 189-192. Protestafion de Consalvi du 1 4 juin et Alloc. : Bull. Rom. Cont., loc. cit.,p. 398, 403 et seq. ; Klüber, t. IV, p.312 et suiv. ; t. VI, p.427 et suiv. ,442 ; Roscov., Mon., II, p. 96 et seq., n. 297.

Restauration dans les Etats de l'Ëglise.

97. Le Saint-Père s'efforça d'opérer, autant qu'il était en lui, une restauration effective sur le terrain civil comme sur le terrain ecclésiastique. Déjà en 1814 il avait travaillé avec ménagements et prudence à la réorganisation et à la réforme des États de l'Église. Le 13 mai, le délégué Rivarola avait aboli le Code civil français. Consalvi essaya de trouver un moyen terme entre l'ancien ordre de choses et celui qui avait été établi par la France : il restreignit les droits de réserve et la juridiction de

la noblesse, et établit, par un statut organique du 6 juillet 4816, un nouvel ordre de choses conforme à la situation présente. Los États de l'Église furent partagés, d'après les traditions historiques, en dix-sept délégations, et les communes reçurent une administration nouvelle, qui fut approuvée de M. Tournon, ancien préfet de France. La vente des domaines ecclésiastiques fut reconnue ; seules les résidences épiscopales et les maisons nécessaires aux ordres religieux furent restituées aux anciens propriétaires contre un dédommagement.

On conserva plusieurs institutions françaises, et l'on prit toutes les mesures nécessaires pour diminuer la dette de l'État, qui s'était accrue de 33 millions de scudi. Un nouveau code commercial fut publié en 1817, ainsi qu'un nouveau règlement de procédure civile, que Guizot appela plus tard une œuvre de sagesse. Cette rumeur propagée par les révolutionnaires qu'on avait, par une haine aveugle, aboli dans les États de l'Église tout ce qui provenait de la France et rétabli les anciens abus, était si peu fondée, que plusieurs partisans des vieilles institutions et la majorité du peuple accusaient Consalvi de faire trop peu de cas de l'ancien droit et de se jeter dans des innovations despotiques. Quant à la suppression de la conscription militaire, elle causa une joie universelle. On ne destitua que les fonctionnaires les plus compromis ; plusieurs même ne furent que temporairement suspendus de leur service, et déjà le '27 juillet 1814 une atnnistie était accordée,

OUVRAGES A Cö.NSLiLTER SUR LE N° 97.

Stiilul oigariûiue du 6 juillet 1816 : Bull. Rom. Cont., t. XIV, p. 47 et seq.; mou uuvr.ige, Ivifcheiistaat, p. 9, 30, 46 et suiv., 53, ö8 et suiv., iOo, 168.

Rétablissement de la Compagnie de Jésus,

98. La restauration religieuse devait commencer là même où la révolution antichrétienne avait inauguré son œuvre. La fausse politique des Bourbons avait arraché à Clément XIV la suppression de la Compagnie de Jésus, accomplie sans enquête préalable, sans consultation des cardinaux et avec une grande violence. Les jésuites ne s'étaient maintenus qu'en Russie. Les catholiques zélés se plaignaient partout de cotte iiijustice et de

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ses funestes résultats. Déjà en 1793 le duc de Parme et d'autres princes avaient exprimé le désir que l'ordre fût rétabli. Le 17 mars 1801, l'empereur Paul I" avait obtenu de Pie VII un bref qui le réintégrait formellement en Russie. La Providence avait réservé aux jésuites, dans cet empire schismatique, un asile qu'ils conservèrent jusqu'à ce qu'ils furent réhabilités dans toute la chrétienté. Ferdinand IV de Naples, jadis leur adversaire acharné, fit tout ce qui était en lui pour les favoriser, et il les obtint pour ses États en 1801. Le P. Joseph- Marie Pignatelli, né en 1737, d'une illustre famille espagnole, membre de la Compagnie depuis 1753, retiré pendant sa suppression dans nie de Corse, puis dans différentes villes d'Italie, en dernier lieu à Bologne, fut toujours profondément attaché à la Compagnie; il songea à y rentrer lors d'un voyage qu'il fit en Russie, et travailla au salut des âmes avec une ardeur infatigable.

Déjà en 1799 il était à la tête d'une petite maison de l'ordre instituée à Colorna, dans le territoire de Parme; il dirigea ensuite la province de Naples, qui venait d'être rétablie. Plus tard, il travailla à Rome dans les circonstiinces les plus difficiles et fut utile à un grand nombre de personnes. Il y mourut en 1811 eu odeur de sainteté, après avoir prédit le rétablissement complet de la Compagnie. Sa prédiction fut réalisée par la bulle solennelle du 7 août 1814, sur la demande unanime de l'univers catholique, sur les instances de plusieurs archevêques et évêques, sur l'avis de la plupart des cardinaux, en considération des avantages et des intérêts de toute l'Église. Ces intérêts, qu'on avait eus en vue en supprimant les jésuites, non seulement on ne les avait pas favorisés, mais on les avait gravement compromis, et le Saint-Père trouvait que ce serait devant Dieu un crime énorme^, dans des temps si malheureux, d'écarter plus longtemps du vaisseau de l'Église ces pilotes vaillants et expérimentés.

Le cardinal Pacca, témoin de ces deux événements, a décrit l'allégresse des Romains quand cette restauration eut lieu en août 1814, et il l'oppose à la douleur muette qui avait accueilli la suppression de l'ordre en août 1773. 11 ajoute que Pie VII avait eu dans sajeunessedes maîtres ennemis des jésuites, et que luimême (Pacca), l'exécuteur de la bulle, avait beaucoup plus

compilé les Lettres provinciales de Pascal. Dans les États de l'Église, les jésuites recouvrèrent les biens de l'ordre non encore aliénés et obtinrent pour les autres un dédommagement partiel et provisoire.

Les fils de Saint- Ignace se remirent vaillamment à l'œuvre, assurés que les persécutions ne leur feraient jamais entièrement défaut. Quand ils furent chassés de Moscou et de Saint- Pétersbourg (1815), puis de toute la Russie (1820), ils avaient déjà des maisons dans les États de l'Église, en Sardaigne, à Naples, en Espagne, en Angleterre, en Irlande, en France, en Suisse et dans le nord de l'Amérique. L'Autriche leur permit de bâtir un collège en Galicie.

Const. Sollicitudo omnium Ecclesiarum, 7 août 1814 ; Robiano, t. Il, p. 494-538; G. Boero, S. J., Istoria délia vita del ven. P. Gius; M. Pignatelli, d. G. d. G.,libri cinque. Revu i, 1857, avec documents; Pacca, Memorie storiclie, P. 111, p. 361, 362; Dallas-Kerz, Ueber den Orden der Jesuiten, p. 300 et suiv. ; Busz, die Gesellschaft Jesu, p. 1334 et suiv.

Derniers travaux et mort de Pie VII.

99. Les autres ordres et congrégations religieuses des deux sexes ne tardèrent pas à reparaître à Rome et dans les États de l'Église. Cependant le pape avait statué que chaque réguUer serait soumis à un examen sévère, car plusieurs avaient montré de la faiblesse dans les temps difficiles qu'on venait de traverser. Cet examen n'eut pas lieu partout, mais il produisit en somme d'excellents résultats'. Pie Vil donna aussi des marques particulières de sa bienveillance à l'Académie de la religion catholique, instituée en 1800 par Coppola, archevêque de Myre, ainsi qu'à l'Académie d'archéologie ; il lit rouvrir les collèges anglais, écossais et germanique, réorganiser la Propagande, ériger de nouvelles chaires à l'Université romaine. A Rome, Pie VII reçut la visite de plusieurs souverains : en ISIO, celle de l'empereur François ; en 1822, celle de Frédéric- Guillaume 111, roi de Prusse. La Russie, la Prusse et les Pays- Bas eurent les premiers auprès de lui des ambassades permanentes ; vinrent ensuite le Hanovre et le Wurtemberg.

Les derniers jours du pape furent encore attristés par la

société révolutionnaire des carbonari, contre lesquels il publia, le 12 septembre 1821, une bulle particulière, également dirigée contre d'autres sociétés secrètes, et ensuite par la révolution de Naples, qui détacha passagèrement Bénéveut et Pontecorvo des Etats de l'Église. Le 6 juillet 1823, le jour même où il avait été emmené captif quatorze ans auparavant, le noble pontife se rompit la hanche dans une chute qu'il fit en se levant de son secrétaire; il mourut des suites de cet accident le 20 août, âgé de quatre-vingt-un ans, après un pontificat de vingt-trois ans cinq mois et six jours, rempli d'alternatives de catastrophes lugubres et d'événements consolants, comme on en voit rarement dans l'histoire. Ce règne fut l'un des plus glorieux qu'aient enregistrés les fastes de l'Église. Pen de temps avant sa mort (le 16 juillet), l'antique et vénérable église de Saint- Paul-hors-les-Murs était devenue la proie des flammes.

Gams, II, p. 366 et suiv.; mon ouvrage, der Kirchenstaat, p. 153 et suiv. ; const. Ecclesiam a Jesu Chr., 13 sept. 1821.

Pontificats de Léon XII et de Pie VIII. — Léon XII.

100. Le 28 septembre 1823, après que l'Autriche eut donné l'exclusion à Severoli, ancien nonce à Vienne, quarante-neuf cardinaux portèrent leurs suffrages sur le cardinal Hannibal comte délia Genga, qui prit le nom de Léon XII. Né au territoire de Spolète le 22 août 1760, délia Genga fut nommé prélat en 1793 et consacré archevêque de Tyr. En 179i, Pie VI lui donna la nonciature de Cologne; mais, retenu loin de cette ville par les événements de la guerre, Hannibal résida à Cologne, près de Clément Wenceslas. Après avoir longtemps rempli cette charge, il fut nommé cardinal et évêque do Sinigagîia en 1816, puis vicaire du pape à Rome en 1820. il se distinguait par de grandes facultés, son expérience, un extérieur avantageux et sa sévérité sur les principes ecclésiastiques. Il nomma secrétaire Somagha, cardinal doyen octogénaire; vicaire de Rome, ^e cardinal Zarla; préfet de la Propagande après la mort du cardinal Litta, Consalvi, avec qui il avait eu autrefois des relations fort tendues. Consalvi ne remplit ces fonctions que dix

jours, et mourut le 24 janvier 1824, à l'âge de soixante-sept ans, profondément regretté.

Léon XII, peu de temps après son couronnement, fut atteint d'une grave maladie (5 octobre 1823) et reçut les sacrements des mourants. Cependant il se releva dans le courant de janvier 1824, et son gouvernement prit peu à peu une marche régulière. 11 établit aussitôt de nouvelles commissions pour s'occuper des réformes à introduire.

Dans son encyclique d'intronisation, datée du 3 mai 1824, il donna aux évêques de salutaires avertissements, les exhoria surtout à se mettre en garde contre la secte des philosophes, qui, sous le masque de l'humanité et du libérahsme, répandaient d'innombrables erreurs et ruinaient le bien des peuples; contre les indifférents, qui. en exaltant là tolérance, détruisaient la foi positive; contre les sociétés bibliques protestantes, qui répandaient en toutes '■"^^•ues l'Ecriture sainte dans des traductions falsifiées.

Gomme le grand jubilé de 1800 n'avait pu être célébré , Léon XII se réjouit de pouvoir l'annoncer pour i'amiée 1825. Il travailla lui-même avec beaucoup de soin à la bulle qui parut le 27 mai 1824. Le jubilé devait être en môme temps une fête d'actions de grâces pour la victoire remportée sur les ennemis du droit divin et du droit humain, une année de grâce et de réconciliation. L'affluenco des pèlerins à Rome dépassa toute prévision ; l'archiconfrérie do la Sainte-Trinité en reçut à elle seule 98,595 dans son hospice. A Noël 1825, le Saint-Père étendit l'indulgence du jubilé à tout l'univers catholique, et cette mesure eut d'excellents résultats. Le 13 mars 1826, Léon Xll s'éleva contre les francs-maçons et autres sociétés secrètes. Renouvelant les décrets do ses prédécesseurs, il rappela qu'ils avaient prévu à temps les grands périls que ces sociétés faisaient courir au trône et à l'autel; que les princes chrétiens, en dédaignant ces avertissements, avaient amené sur les peuples et les nations des calamités affreuses, qui les obligeaient encore à combattre pour leur propre conservation ; il renouvela l'excommunication contre les membres de ces sociétés et eu réserva l'absolution au Saint-Siège.

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Bull. Rom. Contin., t. XVI-XVIII; Artaud, Hist. du pape Léon XII, Paris, 1843, en allem, par Scherer, Schaffhouse, 1844; Neueste Gesch. der Kirche Christi, livre IV, p. 793 et suiv.; Robiano, t. IV,; Garns, II, p. 408 et suiv.; Crétmeau-Joly, l'Église rem., II, p. 54 et seq. Alloc. du I7noy. 1823: Catholique, 1824, supplém.I. Encycl. du 3 mai 1824, ibid., livrais. 7, p. 129. Testament de Gonsalvi : Crétineau-Joly, Mémoires du Card. Gonsalvi, I, introd., p. 181-198. Propositions de Gonsalvi à Léon XII: Hist. -pol. Bl., l. XII, p. 3o2. Gonst. Quod hoc ineunle sxculo, 27 mai 1824: Catholique, 1824, livrais 7, suppl. Quo graviora, 13 mars 1826 ; Yoy. Athanasia, Ztschr. für Pastoraltheologie, Wurzbourg, 1831, livrais. 28, p. 1; Roscov., Mon., Il, p. 240-254, n. 323.

Travaux de Léon XII.

101. Léon XII fit beaucoup pour les États de l'Église Le 5 octobre 1824, il publia un édit organique, diminua les impôts, réforma les douanes, et fit reviser la loi des hypothèques (30 janvier 1828). L'enseignement supérieur fut complètement renouvelé (28 août 1824), car il voulait faire prospérer la science en évitant les égarements de l'esprit et la corruption des mœurs. Léon XII apercevait clairement les dangers de l'enseignement païen, de la fausse philosophie et surtout du matérialisme, ainsi qu'il le prouva dans un discours prononcé à la réouverture de la Sapience (5 novembre 1824). Une congrégation des études, composée de plusieurs cardinaux et prélats, fut instituée pour diriger l'enseignement supérieur, tandis que les évêques demeuraient chargés de la surveillance de l'enseignement populaire. Dans les universités de premier ordre (Rome et Bologne), et non dans les autres, on établit un nombre minimum de professeurs et l'on fixa des règlements pour le professorat, le doctorat et les examens. On rendit aux jésuites le collège romain fondé par Grégoire XIII et dédié à saint Ignace, on avisa aux moyens de pourvoir à sa durée; on créa de nouvelles chaires pour la chimie, la physique et l'éloquence. Cet étabUssement compta bientôt un millier d'étudiants. Le collège irlandais et le collège germanique furent l'objet de la sollicitude particulière du pape.-

On se mit à l'œuvre pour reconstruire l'église de Saint-Paul,

en demandant les secours de la catholicité. Les rois de France et des Pays-Bas, l'empereur d'Autriche fournirent des subventions. De très sages mesures furent adoptées au sujet des couvents et des établissements de bienfaisance, que le pape allait souvent visiter à l'improviste; pour empêcher de mendier les personnes indignes et capables de travailler, supprimer les voleurs de grands chemins, exercer la police des mœurs, dont la sévérité donna lieu à une multitude de plaintes. De bons rapports furent établis avec les gouvernements étrangers ; des conventions particulières furent conclues relativement aux cathoUques de l'Allemagne, delà Suisse, des Pays-Bas et de l'Amérique du Sud ; plusieurs Églises schismatiques de l'Asie rentrèrent dans le giron de l'Église catholique. Le cardinal Somaglia, secrétaire d'Etat, âgé de quatre-vingt-quatre ans, eut pour successeur l'habile Thomas Bernetti (juin 1828). Après une courte maladie , Léon XII termina son actif et glorieux pontificat le 40 février 1829, à l'âge de soixante- neuf ans '.

Édit organisateur : Bull. Rom. Cont., t. XVI, p. 128-137; XVII, p. 3 et seq., 307,452et seq. Mou ouvrage, der Kirchenstaat, p. 10, 30, 59, 71 et suiv., 76. Const. Quod divina sapientia, 28 août 1824: Bull. Rom. Cont., t. XVI, p. 85 et seq. ; Analecta juris pontificii, 1855, Nov., p. 1730 et seq. ; de l'Instructiou publique dans l'État pontifical ; Gams, II, p. 455 et suiv.

' Chateaubriand j dans ses Mémoires, trace le portrait suivant de Léon XII, qu'il avait visité en sa qualité d'ambassadeur à Rome •

« Léon XII, prince d'une grande taille et d'un air à la fois serein et triste, est vêtu d'une simple soutane blanche; il n'a aucun faste et se tient dans un cabinet pauvra, presque sans meubles... 11 se sait très malade et se voit dépérir avec une résignation qui tient de la joie chrétienne: il mettrait volontiers, comme Benoît XIV, son cercueil sous son lit. Arrivé à la porte des appartements du pape, un abbé me conduit par des corridors noirs jusqu'au refuge ou au sanctuaire de Sa Sainteté. Elle ne se donne pas le temps de s'habiller, de peur de me faire attendre; Elle se lève, vient au-devant de moi, ne me permet jamais de mettre un genou en terre pour baiser le bas de sa robe au lieu de sa mule, et me conduit par la main jusqu'au siège placé à droite de son indigent fauteuil...

« ... Léon XII est grand travailleur ; il dort peu et ne mange presque point. II ne lui est resté de sa jeunesse qu'un seul goût, celui de la chasse, exercice nécessaire à sa santé. Il tire quelques coups de fusil dans la vaste enceinte des jardins du Vatican... » {Citation du traducteur.)

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 207

Pie VIII.

102. Léon XII eut pour successeur le cardinal François-Xavier Castiglione, de Cingoli, près de Cesena, favori de Pie VII, grand pénitencier, évêque de Frascati et préfet de la congrégation de l'Index, homme d'un vaste savoir, d'une haute piété, d'une humilité profonde. Pie YIII, — c'est le nom qu'il prit (31 mars 1829) — signala également dans son encyclique l'indifférence en matière religieuse, les menées des sociétés bibliques protestantes, les atteintes à la sainteté du lien conjugal, aux dogmes et aux institutions de l'Église, mais surtout les sociétés secrètes, comme les principales causes de l'affaiblissement de la religion, de la ruine de l'ordre politique et social. L'influence exercée par les francs-maçons sur l'enseignement et la jeunesse studieuse, la licence effrénée de la génération naissante lui apparaissaient comme les plus graves dangers et le pronostic de nouveaux orages, qui allaient effectivement éclater. Dans les États de l'Église, le vieux pontife porta un intérêt particulier à la classe indigente, diminua les impôts et tâcha de procurer aux pauvres des occupations en rapport avec leur condition. Il avait dans le cardinal Alboni, qui passait pour très favorable à l'Autriche, un habile secrétaire d'État.

Pie VIII eut la douleur de constater, comme son prédécesseur, que l'indulgence du jubilé, publiée d'abord pour Rome et ensuite pour toute la chrétienté, trouvait de l'opposition dans plusieurs villes ; mais il provoqua la restitution des biens enlevés aux Arméniens catholiques de Constantinople , si durement opprimés , et l'établissement d'un siège primatial. Il trouva un accueil favorable auprès de don Pedro, empereur du Brésil, qu'il avait engagé à supprimer l'esclavage et le commerce des esclaves ; il survécut à l'heureux événement de l'émancipation des catholiques d'Angleterre, ainsi qu'à la conquête de l'Algérie par les Français (juin 1830) : nouvelle perspective ouverte à l'Église dans le nord de l'Afrique. Dans l'affaire des mariages mixtes, il soutint résolument les principes de l'Église. Pie VIII prévoyait d'avance les calamités qu'amènerait en France la révolution de Juillet. D'une santé débile, il mourut le 30 novembre 1830, après un pontiûcat d'un

an et huit mois, au moment où le parti de la Révolution se ranimait en Italie et où le conclave rencontrait de nombreuses difficultés. 11 dura effectivement cinquante jours (14 déc. 1830, 2 février 1831).

Artaud, Vie du pape Pie VIU, Paiis, 1844; Crétineau-Joly, l'Église rom., II, p. 167 et seq. ; const. Traditi humilitati nostrse, 29 mai 1829, et l7i supremi Apostolatus fastigiiim, dans le Catholique, 1829, t. XXXIII, livrais. 8, p. 254 et suiv,, 261 et suiv.

Pontificat de Grégoire XVI. — Grégoire XVI et la Révolution. — Intervention de l'Autriche.

103. Le cardinal Maur Capellari fut élu à Rome le 2 février 1831 et prit le nom de Grégoire XVi. Né à Bellune (18 septembre 1765), il entra dans l'ordre des camaldules, dont il devint le général, fut employé à d'importantes négociations sons les deux derniers pontificats et remplit avec distinction la charge de préfet de la Propagande. Son ouvrage sur le Trmnphe du Saint-Siège témoigne de ses connaissances théologiques. Sévère à lui-même, indulgent aux autres, il était inflexible sur les principes ecclésiastiques. La situation critique du souverain pontificat, comme celle de la chrétienté en général, demandait un homme qui eût la fermeté et l'énergie des grands Grégoire. Grégoire XVI se rangea dignement à côté d'eux par la lutte presque incessante qu'il soutint contre les idées révolutionnaires, contre les radicaux affamés de persécution et contre le despotisme des potentats. 11 commença son règne laborieux avec une énergie inébranlable et une grande confiance en Dieu, au moment où la révolution s'étendait presque jusqu'aux portes de Rome, où les fonctionnaires pontificaux étaient expulsés de plusieurs villes, où des bandes armées exigeaient la renonciation du pape au pouvoir temporel. Ni les exhortations ni les prome.sses ne pouvaient ralentir la fièvre de liberté.

A la politique d'intervention de l'Autriche, le roi des Français Louis-Philippe opposait la politique de neutrahté, bien que les rebelles fussent appuyés par la France, sans en recevoir toutefois l'assistance qmi'on leur avait promise. Tandis que le secrétaire d'Etat Bernetti inclinait surtout à ce qu'on repoussât

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l'insurrection avec les forces donton disposait, fallùt-il attendre, le pape (13 février), pour mettre plus vite un terme aux désordres, demanda le secours de l'Autriche : elle intervint et dans les duchés qui lui étaient soumis et dans les Légations, malgré les menaces de la France, et comprima les rebelles (1831 et 1832). Louis-Philippe exprima au Saint-Père sa sympathie, fit arrêter en France plusieurs fuyards italiens, tout en protestant contre l'entrée des Autrichiens dans les Etats de l'Église, parce qu'elle nuisait au système politique de l'Italie et à l'indépendance du Saint-Siège. Jaloux de l'influence prépondérante de l'xlutriche en Italie, il demandait une amnistie étendue et des concessions libérales.

Mémorandum des grandes puissances, — Mesures du gouvernement pontifical. — Nouvelles tentatives de rébellion.

104. Quoique le cardinal Bernetti eût déclaré que des réformes administratives étaient préparées par le Saint-Siège, et que le nouveau pape en eût déjà proposé dans son mémoire daté du 16 mars, les puissances étrangères ne laissèrent pas de prendre cette affaire en main, et chargèrent leurs ambassadeurs à Rome de la vider (avril et mai 1831) d'une façon peu délicate. Ces conférences, auxquelles la France nppela le représentant de l'Angleterre (bien qu'il ne fût pas accrédité près du Saint-Siège et qu'elle se montrât favorable à l'insurrection), celui de l'Autriche, les ambassadeurs de Russie, de Prusse (Gagarin et Bunsen) et de Sardaigne (Croza), mais non celui de Naples, ces conférences eurent pour résultat : le mémorandum du 31 mai 1831, qui réclamait l'amnistie la plus étendue, l'admission des laïques à toutes les charges de l'État, des représentants élus dans les provinces et les communes, une garantie intérieure contre les changements qu'amenait le régime électoral, et l'extension à tous les États de l'Église des améhorations projetées pour les provinces détachées.

Des diplomates étrangers, peu familiarisés avec la situation du pays, s'ingéraient de prononcer sur le gouvernement pontifical, intervenaient entre le souverain légitime et des rebelles impossibles à contenter, et semaient ainsi des germes de mécontentement et de défiance ; et cependant Grégoire XVI, qui

avait signalé les débuts de son pontificat par des bienfaits, avait montré tant de douceur envers les rebelles, que le comte de Sainte-Aulaire, ambassadeur de France, croyait que cet excès de mansuétude pourrait devenir un jour dangereux pour le Saint-Siège.

Bernetti, lui, voulait sauvegarder l'indépendance du Saint- Siège sans blesser les puissances: Le Saint-Père, disait-il, prendra leurs vœux en considération et y satisfera dans la mesure du possible. Le pape ne pouvait accepter que ce qui lui semblait commandé par les besoins réels de son peuple et autorisé par sa position.

Les quatre Légations furent administrées par des laïques ; le 42 juillet, une amnistie générale fut proclamée et n'excepta que les trente-huit chefs des rebelles; les Autrichiens partirent et furent remplacés par des Suisses. Les 5 et 8 juillet, les 5 octobre et 21 novembre, des édits publiés sur la constitution communale, sur les communautés, l'administration des finances et de la justice, contenaient une foule d'améliorations réelles, mais supprimaient aussi plusieurs juridictions anciennes, telle que celle des Uditore del Santissimo.

Cependant le gouvernement pontifical ne dissimula pas que le pape n'adopterait point toutes les réformes qu'on lui suggérait, qu'il savait mieux que personne ce qui convenait à ses sujets et ce qui leur était dû. En 1832, quand la Révolution, fortifiée par les manœuvres de la diplomatie, releva la tête, l'Autriche, cette fois encore, se chargea de rétablir l'ordre. La France, jalouse de cette intervention (22 février 1832), fit occuper Ancône ; Bernetti protesta énergiquement. Bien qu'un accord eût été conclu sur l'évacuation de Rome (avril), la France y demeura encore pendant six ans, jusqu'en 1838, l'année même où les Autrichiens quittèrent les Légations, qui furent alors occupées par des troupes pontificales. Le Saint- Siège se ressentit fortement de la rivalité des deux puissances catholiques.

Le cardinal Bernetti, considéré par Metternich comme un adversaire de l'Autriche et du joséphisme, traité comme un ennemi par le roi de Juillet, abdiqua eu janvier 1836 ses fonctions de secrétaire d'État. Il fut remplacé par Louis Lambruschini, homme d'État non moins remarquable, mais considéré

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à Paris comme un partisan de l'absolutisme, un ennemi de toute concession libérale et un personnage désagréable, à cause des fonctions de nonce qu'il y avait exercées (1827-1830). Les intrigues des diplomates, les menées des conspirateurs, les idées révolutionnaires qui fermentaient dans les esprits, préparaient au pape des difficultés infinies.

Autres actes du gouvernement de Grégoire XVI.

105. Cependant l'ordre fut rétabli dans les finances ; on créa des établissements d'agriculture, on réorganisa les tribunaux, on publia un nouveau code de lois civiles (10 novembre 1834), on veilla à l'administration sévère de la justice, même à l'égard du clergé : Grégoire XVI fit décapiter au château Saint-Ange un prêtre piémontais nommé Dominique Abo (4 octobre 184.3). Rome, qui avait conservé sa tranquillité , fut embellie ; les universités, fermées pendant la révolution, se rouvrirent dans l'automne de 1833, et l'on y appela des hommes capables; le progrès des sciences et des arts fut favorisé autant que le permettait la modicité des ressources ; les fouilles d'antiquités furent continuées.

Si le gouvernement temporel de Grégoire XVI, quand la Révolution fut étouffée , usa de sévérité envers les libéraux, c'est que ce pape était parfaitement convaincu qu'aucun ménagement ne pouvait corriger l'esprit du radicalisme, qui profitait de toute concession obtenue pour en arracher de nouvelles ; les conspirations politiques tolérées par la France à Marseille, par l'Angleterre à Malte, rendaient le péril de nouvelles révolutions de plus en plus imminent. Au milieu des graves questions qui ne cessaient d'occuper le chef de l'Église, la prudence lui interdisait de sacrifier sa position de souverain temporel aux fluctuations incessantes du constitutionnalisme moderne. Si le pape, dont la vie privée était d'une rare simplicité et qui avait conservé le régime austère des camaldules, entendait beaucoup mieux les choses de l'Église que les affaires temporelles, il n'en avait pas moins le désir ardent d'améliorer partout la situation du peuple : aussi, dans ses voyages à Lorelte (30 août - 6 octobre 1841), à Anagni,àFrosinone et à Terracine

(mai 1843), fat-il accueilli par la population fidèle avec des acclamations enthousiastes.

Gouvernement ecclésiastique de Grégroire XVI.

106. Le gouvernement ecclésiastique de Grégoire XVI fut extrêmement remarquable. Dans son encyclique du 15 août 1832, il se prononça vigoureusement contre la fausse civilisation et l'esprit de nouveautés, contre la peste de l'indifférentisme, contre la prétention à une liberté illimitée des cultes, qui aboutit aux plus funestes erreurs, et il déclara qu'il demeurerait fermement attaché aux anciennes traditions et aux exemples de ses prédécesseurs. Il exhorta les évêques de Pologne et de Belgique à s'abstenii-'de toute immixtion dans la politique, fit ressortir la vocation sublime du sacerdoce et le devoir de l'obéissance envers l'autorité civile. Il condamna les erreurs d'Hermès, de Bautain et de Lamennais, la pratique abusive suivie en Allemagne dans les mariages mixtes, défendit sévèrement (3 décembre 1839) le commerce des esclaves, si déshonorant pour les peuples chrétiens, érigea un grand nombre d'évêchés nouveaux et de vicariats apostoliques, notamment celui de Gibraltar (1839), où il apaisa une controverse relative aux taxes ecclésiastiques entre le vicaire apostolique et les commissaires ecclésiastiques (1842); il agrandit la Propagande, choisit pour cardinaux les hommes les plus distingués, tels que Mezzofanti, l'incomparable linguiste (mort en 1849), et Angelo Mai, historien universel et archéologue (mort en 1854) ; il s'occupa activement de la reconstruction de l'église de Saint- Paul ; il fit des conventions avec Ferdinand II, roi de Naples (1834), avec Charles- Albert, roi de Sardaigne (1836 et 1841), ainsi qu'avec le gouvernement de Saint-Gall.

La Prusse et la Russie, l'Espagne et le Portugal, la Belgique et la Suisse, la France et l'Angleterre attirèrent également son attention. Il parla avec une liberté tout apostolique au puissant empereur de Russie Nicolas, lors de sa présence personnelle à Rome le 13 décembre 1845, et lui rappela qu'il y a dans l'autre monde un juge qui vengerait l'oppression sournoise de la religion catholique dans son empire. L'attitude imposante, la dignité calme et sereine du noble vieillard, son air majes-

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tueux, son caractère viril, ébranlèrent le monarque. Fidèle à ses principes jusqu'à son dernier soupir, aussi aimé et respecté de tous les vrais catholiques qu'il était haï et injurié par les radicaux de tous pays, Grégoire XVI passa à une vie meilleure le 1" juin 1846.

Nouvelles tentatives révolutionnaires

107. Le génie de la Révolution, qui ne se donnait aucun relâche en Italie, empoisonna les dernières années de ce grand pontife. Après une expédition malheureuse contre la Savoie (1834) et une tentative également avortée d'Angelo Brunetti (fameux plus tard sous le nom de Ciceruacchio), qui essayait d'exploiter l'année du choléra au profit du meurtre et du pillage, de nouveaux plans furent élaborés en 1843 et 1844 par Mazzini, Fabrizi, Ricciardi et Pepe, afin de révolutionner l'Italie; dans la Romagne, l'officier Ribotti et le médecin Muratori organisèrent une nouvelle insurrection, que les troupes pontificales étouff'èrent sans avoir besoin du secours offert par le roi de Naples, contre lequel les frères Bandiera firent une expédition en Calabre. Des congrès de savants italiens (à Pise en 1839, à Turin en 1840, à Florence en 1841, etc.), avaient, sous prétexte de travaux scientifiques, fomenté l'agitation politique.

Un médecin, le révolutionnaire Farini, dans son Manifeste de Rimini, engagea les princes et les peuples de l'Europe à donner leur appui aux réformes libérales. La Jeune Italie s'insinua jusque dans les assemblées qui s'occupaient des questions économiques. Le gouvernement de Toscane offrait un asile à tous les démagogues, excitant ainsi la rivalité du Piémont, qui ne tarda pas à le surpasser et prit dès le mois de mai 1846 une attitude menaçante contre l'Autriche. L'ouvrage de l'abbé piémontais V. Gioberti, sur la Primauté morale et civile des Italiens, imprimé pour la première fois en 1839, augmenté en 1846 d'une préface belliqueuse contre les jésuites, excita puissamment l'orgueil national, tout en ayant l'air d'exalter la grandeur de la papauté, A la mort de Grégoire XVI, on était à la veille d'une nouvelle et redoutable révolution.

Rheinwald, Acta bist, eccles,, 1833-1837, Hambourg, 1838-1840;

Bull. Rom. Cont., t. XIX et seq.; Roscov., Mon., II, 318 el seq.; Rom. Poiitifex, V, 229 et seq.; Moroni, Diz., t. XXXI, art. Gregorio XVI. L'ouvrage de Capellari: il Trionfo délia Santa Sede, parutpour la première fois àRome en 1799, puis à Venise en 1828 et souvent depuis; édition allem., Augsbourg, 1833, 2 part., Wagner, Leben und Politik des Papstes Gregor XVI, Sulzb., 1846; Fr. Bülau, allg. Gesch. der Jalire 1830" 1838, Leipsig, 1838; Garns, II, p. 495 et suiv. ; deReumont, Gesch. der Stadt rom., III, ii, p. 674 et suiv.; Crétineau-Joly, l'Égl. rom., II, p. 188 et seq., 207-210.; Mémoire de Bernetti du 16 mars 1831, dans le même; Mémoires du card. Consalvi, I, p. 37-43. Memorandum du 31 mai: Mémoires de Guizot, 1859, II, 432, pièces hist., n. XI; Coppi, Annali d'Italia, VIII, 143 et seq. Réponse de Bernetti : Gualterio, Documenti, I, p. 9i. Réformes dans les États de l'Église : Guizot, Mém., II, 436-444; Crétineau-Joly, l'Égl. rom., II, p. 200 et suiv., 211 et suiv.; 354 et suiv. ; mon ouvrage, der Kirchenstaat, p. 193 et suiv., 198 et suiv., 252 etsuiv. ; Dœilingpr, Kirche und Kirchen, p. 561-565; Reuchlin, Gesch. Ital., 1, p. 241 et suiv., 292-294; Géramb, Voyage delà Trappe à Rome, trad. allem., Aix-la-Chapelle, 1839, surtout p. 127. Concordats de Grégoire, dans Nussi, p. 254 et seq., 266, 269 et seq. Sur le vicariat apostol. de Gibraltar, Bull. Prop., V, 173, 207. Sur Mezzofanti, Hist.pol. Bl., t. X, p. 200 etsuiv., 271 etsuiv.; sur l'entrevue avec l'empereur Nicolas, ibid., t. XVII, p. 290 et suiv. Comp, der Ezar und der Nachsolger des hl. Petrus (par Sausen), Mayence, 1845.

Pontificat de Pie IJL.

Élection de Pie IX. — L'amnistie et les réformes. — Commencements de la révolution romaine.

108. Tout présageait de violents orages lorsque les cardinaux, au nombre de cinquante, entrèrent en conclaveau palais du Quirinal, le U juin 1846. Le 10, l'élection était déjà consommée. Le choix s'était fixé sur le cardinal Jean-Marie, comte Mastaï- Ferrelti, né à Sinagaglia le 13 mai 1792. Le nouveau pape avait fait partie en 1823 d'une mission dans le Chili, et dirigé à Rome le grand hospice de Saint- Michel. Nommé en 1827 archevêque de Spolète par Léon XII, il fut transféré à Imola, et, le li décembre 1840, élu cardinal des Saints- Pierre-et-Marcellin. Il prit le nom de Pie IX, en souvenir de Pie VII, qui avait été également évèque d'Imola. « Il apportait sur le siège pontifical les intentions les plus pures et un dévouement absolu

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 215

à sa vocation ; il se crut appelé à réformer l'administration du pays et à réconcilier les gouvernés avec les gouvernants. »

Cédant aux mouvements de son cœur noble et généreux, Pie IX voulut essayer d'une politique nouvelle, la politique de la douceur. A la place de Lambruschini, devenu odieux un beau matin, il nomma secrétaire d'État le cardinal Pasquale Gizzi, ancien nonce en Suisse et en Belgique, et donna dès le 17 juillet une amnistie très étendue, qui fut accueillie partout par des transports de joie. Avec une célérité qui excita des craintes dans plusieurs esprits, sa bonté paternelle accorda une foule de libertés et de concessions, qui furent accueillies à Rome, voire même dans tous les pays du monde, avec le plus vif enthousiasme. Plusieurs anciens révolutionnaires se jetaient aux pieds du pontife, repentants en apparence , vaincus en quelque sorte par un excès de bonté et de miséricorde. Mais un grand nombre des amnistiés n'étaient que des hypocrites et des traîtres. Ils s'appliquèrent, dans une succession de fêtes interminables, à travailler la multitude et à bercer le doux Pie IX dans une trompeuse sécurité ; organisant des collectes d'argent, ils fondèrent des associations populaires et des journaux, surtout depuis que la presse eut acquis une plus grande liberté d'allures (12 mars 1847).

Déjà des symptômes de révolution s'étaient révélés à l'occasion de la marche triomphale du 8 septembre 184C, de la convocation des notables des provinces en assemblée de consulte d'État le 19 avril 1817, de l'établissement des nouvelles commissions de réforme, de la création du conseil d'État et des nouvelles représentations communales. Ces symptômes ne firent qu'augmenter, et le secrétaire d'État se vit obligé de donner de sévères avertissements pour faire cesser des transports de joie qui ressemblaient à une ivresse; il donna clairement à entendre que le magnanime pontife voyait avec une sérieuse inquiétude les menées de ses admirateurs enthousiastes et de ses hypocrites panégyristes. Tous ces hosanna, tous ces hymnes au prince le plus célèbre de toute l'Europe, ne devaient servir qu'aux fins des conspirateurs radicaux , dont les libéraux modérés, les fanatiques politiques et les utopistes n'étaient eux-mêmes que les instruments. La révolution, depuis longtemps préméditée, fut ajournée cette fois par les mesures du pape, ou engagée

dans une voie nouvelle; mais elle ne perdit pas de vue son but, et, coufornaément aux instructions de Mazzini, elle mit tout en œuvre pour miner les fondements de l'ordre social.

Institution de la garde civique. — Les clubs.

109. Les avertissements paternels de Gizzi furent imputés au parti réactionnaire des Autrichiens, des grégoriens et des sanfédistes. Le mensonge, habilement propagé, d'nne conjuration de ce parti (15 -17 juillet 1847), mensonge opiniâtrement soutenu par une presse de plus en plus effrénée et par une infinité de pamphlets, servit de prétexte pour persécuter quantité de personnes haïes des démagogues comme pour instituer une garde civique, sui- disant afin de protéger le pape. Organisée à la hâte et au mépris de toutes les règles prescrites, elle devait servir à enlever toute sa force au gouvernement ; il ne s'agissait plus que de gagner l'armée régulière par des fêtes de confraternité, de corrompre d'où écarter les officiers rétrogrades. Les clubs dont Rome était envahie, et surtout le Cercle romain, dirigé par Ciceruacchio, fanatisaient le peuple, semaient partout le désordre et usurpaient de plus en plus l'autorité.

Le cardinal Gizzi, déjà impopulaire et découragé par la marche des événements, abdiqua le secrétarait d'État (tO juillet 1847) entre les mains de l'habile et zélé cardinal Ferretti, cousin du pape. Ce dernier réussit encore pendant six mois, grâce à son crédit personnel, à contenir les éléments en ébuUition, constamment agités par les voyages de lord Minto, par l'effervescence de la Toscane, par des querelles avec l'Autriche et par les bruits incessamment répandus de conspirations réactionnaires. Déjà les révolutionnaires applaudissaient à la victoire des radicaux de la Suisse ; déjà Mazzini exhortait de Paris le pape à se mettre à la tête du mouvement national (25 novembre 1847), sinon ce mouvement se séparerait de la croix et suivrait sa propre voie. Le pape lui adressa d'énergiques remontrances (17 décembre): il ne voulait céder, disait-il, qu'autant que sa conscience le lui permettrait ; il était résolu, même en face de la mort, à ne pas se laisser entraîner au delà. Les prières des rebelles s'étaient tournées en menaces,

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leurs demandes étaient devenues des ordres. On semblait destiné à revoir les événements dont la France de 1789 à 1793 avait été le théâtre.

Constitution romaine de Mars.

MO. Le 1" janvier 1848, Ciceruacchio prépara une démonstration dans le dessein de faire connaître les a exigences du peuple ». Le lendemain, ses hordes s'agitèrent contre les ministres, la police et les jésuites ; elles respectèrent encore le nom du pape, mais elles se déchaînèrent d'autant plus contre son gouvernement. Le cardinal Bofondi (depuis le 7 février) ne demeura qu'un mois au ministère, Antonelli trois mois, Ciacchi vingt-sept jours. La nouvelle que Naples venait de recevoir une constitution, la révolution de Février à Paris, les plaintes sur la négligence qu'on apportait dans l'armement des citoyens, enflammèrent encore davantage les esprits. C'est dans ces circonstances que parut la constitution du 14 mars 1848,

Le pape, réservant sa pleine souveraineté dans toutes les affaires concernant l'Église , accordait une représentation populaire à la fois délibérative et décisive, partagée en deux chambres, dont l'une serait nommée par lui, l'autre soumise à l'élection. Le collège des cardinaux demeurait une corporation indépendante à côté et au-dessus des deux chambres.

Mais déjà la révolution avait éclaté à Vienne (13 mars) ; la Lombardie se soulevait contre la domination autrichienne; le nord et le sud de l'Italie étaient emportés dans le mouvement. A Rome, il y eut plusieurs démonstrations contre l'ambassade d'Autriche et contre les jésuites; Pie IX, qui les avait pris sous sa protection en publiant un décret (29 février), se vit hors d'état de les arracher plus longtemps à la fureur des révolutionnaires : il leur conseilla lui-même de quitter la ville (30 mars). On voulait maintenant que le pape déclarât la guerre à l'Autriche. Obligé par les devoirs de son ministère à repousser celte demande (allocution du 29 avril), sa rupture avec la démagogie devint irrémédiable, et déjà l'on proposait dans les clubs de déclarer traître à la patrie ce Pie IX jusque-là divinisé. On profita de son refus pour lui enlever toute autorité et lui imposer le ministère du comte Terenzio Mamiani (4 mai), La surexcitation

fut encore accrue par la marche triomphale du philosophe Gioberti, surnommé le « Mirabeau des prêtres». Le catholicisme démocratique de Gioberti et ces attaques virulentes contrôles jésuites séduisirent plusieurs membres du clergé.

Les chambres s'ouvrirent le 5 juin 1848 ; on s'aperçut bientôt qu'elles étaient de simples instruments et que toute l'autorité était dans le Cercle populaire : c'était à lui plutôt qu'à son souverain que le ministre Mamiani obéissait. Ce dernier pensait que le pape devait se contenter de prier, bénir et pardonner, et se décharger de tout souci temporel. Les clubistes réclamaient hautement la république. Plusieurs de ces fougueux démagogues outrageaient publiquement la religion, et l'on en était venu à afficher aux églises celte inscription : « Mort au Christ ! Vive Barrabas 1 »

Coppi, Annali d'Italia, an. I^^fietseq. ; Acta Pli IX, Romse, 1854 et seq., 3 vol. ; Riancey, Recucu des Actes de Pie IX, Paris, 1853 et seq. ; Margolti, die Siege der Kirche ira ersten J;ilirzehnt des Ponliticats PiusIX, trad de l'ital. par le P. PiusGams, Innsbruck, 1857, 18G0; Marocco, Pio IX, Torino, 1861-1864 ; L. Veuillot, Pie IX; Ein cathol. Charakterbild, trad. du français, Vienne, 1865 ; Pius IX als Papst und Kœnig nach den Acten seines PonLiûcates, Vienne, 1865; Rütjes, Leben, Wirken und Leiden Sr. Heiligkeit, Oberhausen, 1868 et suiv.; Hulskamp, P. Pius IX in seinem Leben und Wirken, Münster, 1870; Wappmannsperger, Leben u. Wirken des Papstes Pius IX, Regensb., 1879. Sur les premières démarches du pape, voy. Dœllinger, l'Église et les Églises, p. 596 et suiv. Le radical Montanelli (Memorie suiritalia 1814- 1850, Torino, 1853, II, p. 51, 168) explique très nettement le sens qu'on attachait au mot «Evviva» adressé à Pie IX. Comp. Farini, lo Slato romano, II, 206, 211, 214, 224; Ranalli, del Riordinamento d'Italia, 1859, p. 298 ; Reuchlin, I, p. 297 et suiv., 307 et suiv. ; Dœllinger, p. 602 et suiv.; la Rivoluzione romana, Firenze, 1850, vol. le 7, 10, 11; Crétineau-Joly, l'Égl. rom., II, 429, 432, 442 et seq. ; mon ouvrage, der Kirchenstaat, p. 262 et suiv.; Nicom. Blanchi, il Cont, Camillo Cavour, document! edili e inediti, ediz. III, Torino, 1863. Sur Gioberti, voy. Montanelli, loc. cit., 11, p. 606 et seq., et en général mes Esquisses de la révolution romaine en 1848 (Hist.-pol. BL, t. XXV, p. 545 et suiv. ; t. XXVI, p. 32 et suiv.).

La révolution. — Fuite de Pie IX.

Hl. Cependant les victoires des Autrichiens en Lombardie, les succès de la réaction à Naples, l'opposition que Mamiani,

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET BANS l'JiGLISE. 219

détesté de tous les gens de bien, rencontra chez les conservateurs des chambres romaines, semblaient relever la cause de l'ordre. Après le comte Odoardo Fabbri (septembre 1848), le comte Pellegrino Rossi, ancien ambassadeur de France, retiré à Rome depuis la chute de Louis-Philippe, fut nommé ministre. Il entreprit avec une rare vigueur et une fermeté remarquable d'arrêter le flot de la révolution, déjà très avancée. Mais les chefs du parti du désordre, Sterbini, Ciceruacchio et consorts, résolurent l'assassinat d'un ministre qui leur était si dangereux ; ils soulevèrent la presse contre lui, corrompirent plusieurs officiers et gagnèrent les légionnaires qui revenaient de Lombardie. Le jour même (15 novembre) où il devait, par un discours soigneusement travaillé, ouvrir les chambres prorogées depuis le 2G août, Rossi, au moment où il montait l'escalier du palais de la Chancellerie, fut accueilli par des sifflets et des vociférations étourdissantes, et tomba sous le couteau d'un assassin, qui fut dès lors célébré comme un second Brutus par les radicaux et la presse révolutionnaire.

Le lendemain, les émeutiers se portèrent en armes vers le palais du Quirinal pour arracher au pape un nouveau ministère entièrement libéral ainsi que d'autres mesures. Ils assiégèrent Pie IX dans sa propre résidence, dressèrent une batterie, tuèrent d'un coup de feu le prélat Palma debout à une fenêtre, et, quand le Saint-Père eut rejeté leurs demandes , s'abandonnèrent aux derniers excès de la fureur. Les quelques troupes suisses qui défendaient vaillamment le palais, eurent bientôt succombé à la force, et déjà l'on mettait le feu aux portes, lorsque le pape, à une heure avancée du soir, consentit, pour empêcher une nouvelle effusion de sang, à une partie des demandes. Il protesta de la violence qui lui était faite, en présence des ambassadeurs accourus pour le défendre, et renvoya l'autre partie aux chambres.

Cette fois, la Société radicale du peuple, dirigée par Sterbini, prit les rênes du gouvernement ; les Suisses furent désarmés, la garde civique monta la garde dans le palais, et le pape devint le prisonnier de ses sujets. Il ne lui resta plus d'autre ressource que de chercher la liberté dans la fuite. L'évêque de Valence lui envoya la pyxide dans laquelle on avait autrefois porté le saint Sacrement à Pie VI, en lui disant qu'il attache-

rait peut-être quelque prix, lui l'héritier des vertus et des souffrances du grand Pie VI, à cette modeste relique.

Pie IX se résolut à partir, après avoir minutieusement concerté tous les détails de sa fuite avec les ambassadeurs de France et de Bavière (comte Spaur). Le 24 novembre, il arriva sur le territoire de Naples et trouva un refuge à Gaëte. La chrétienté tout entière prit une très vive part aux malheurs de Pie IX, en lui envoyant de nombreuses adresses et les subsides de sa charité. Plusieurs cardinaux avaient déjà quitté Rome avant le pape ; d'autres les imitèrent, à l'exception du vieux Mezzofanti. Le vice-gérant, Mgr Canali, patriarche de Constatinople, dirigea avec un courage viril le clergé de la capitale avilie de la chrétienté.

Hurter, Gesch. des am Grafen Rossi verübten Meuchelmords, Innsbruck, 1838; Farini, loStatorom., TT, p. +13; la Rivoluzione romana, 1. I, c. XII ; Reuchlin, II, i, p. 61, 08 et suiv., 108, 186; II, ii, p. 42 et suiv. Manifestations en faveur de Pie IX : l'Orbe cattolico a Pio IX, Pont. M., esulante da Roma, 1848-18Ö0, 2 vol., Napoli, 18ö0. Recueils semblables publiés plus tard : Schrœdl, Votum des Katholicismus u. kath. Weltconsens über die Wichtigkeit und Nolhwendigkeit der weltlichen Herrschaft des heiligen Stuhles, Fribourg, 186S; la Sovranità temporale de' Rom. Pontefici propugnala dal' suffragio dell' orbe cattolico, Roma, 1868 et seq., 7 vol. Ouvrages à consulter : Roscov., Rom. Pontifes, V, p. 1031 et seq.; Chilianeum, 1862, p. 33 et suiv., 109 et suiv.

La république romaine.

112. Une confusion épouvantable régnait dans tous les États de l'Église, mais principalement à Rome. Le Napoléonide Charles-Lucien, prince de Canino, convoitait la présidence de la future république romaine; mais il n'avait travaillé, de même que son rival Pietro Sterbini, que dans les intérêts de Mazzini, lequel avait propagé , avec des instructions très étendues (t5 novembre), ses idées sur l'Assemblée constituante, et prévoyait très justement que la prépondérance appartiendrait au parti extrême. En attendant, c'étaient les ministres de la Révolution qui conduisaient les affaires ; ils rejetèrent la commission gouvernementale établie par Pie IX, et envoyèrent

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 221

des députés à Gaëte pour demander le retour du pape sans conditions. Une junte d'État provisoire fut créée le H décembre 1848, et, le 29, on convoqua une assemblée constituante, composée de deux cents députés de tous les États de l'Église; elle devait se réunir le 5 février. Le terrorisme républicain régna pendant les élections, et le parti constitutionnel fut complètement battu.

Le 9 février 1849, la Constituante proclama l'abolition de la souveraineté temporelle du pape et l'établissement de la république, en répudiant les « mensonges constitutionnels ».L'avocat Armellini, ministre de l'intérieur, encensa le peuple, « l'unique souverain et le seul vrai Dieu ». A la commission executive, composée d' Armellini, Salicetti et Montée chi, succéda, le 29 mars, le triumvirat de Joseph Mazzini, Aurelio Saffi et Armellini. Une faction, recrutée parmi les anarchistes de tous les pays, avide de butin et gonflée de phrases sonores, terrorisa et avilit, sous le nom de république démocratique, le peuple «sou, verain » ; les églises furent pillées, les religieux et les prêtres tourmentés, et plusieurs, comme à San-Callisto, indignement assassinés. Des orgies dégoûtantes souillèrent le Capitole. Le jour de Pâques, Mazzini fit célébrer à Saint-Pierre un office solennel par l'abbé Spola, le théatin Ventura et le fameux Gavazzi, tandis que lui-même s'emparait du trône de Pie IX. Les biens de main-morte furent déclarés biens nationaux et envahis. On avait annoncé d'avance à l'univers que les pères de la république ne céderaient devant aucune intervention étrangère, qu'ils s'enseveliraient plutôt sous les ruines de Rome. Cependant Mazzini et consorts trouvèrent plus expédient de mettre en sûreté à Londres leurs personnes et les trésors qu'ils avaient pillés , lorsqu'il fut sérieusement question que les Français marchaient contre Rome sous la direction du général Oudinot (2 juillet 1849). Et pourtant Rome était défendue par le « héros » Garibaldi ! En moins de six mois, c'en était fait de la répubUque romaine.

Crétineau-Joly, II, p. 446 et seq., 457, 475, 479-487; la Rivoluzione romana, 1. 1, c. xii; 1. II, ci et seq.; Reuchlin, II, ni, p. 48 et suiv., 167; Dœllinger, p. 607.

Congrès de Gaëte. — Retour du pape à Rome.

113. Dès le 21 décembre 1848, le gouvernement espagnol avait invité les puissances catholiques à un congrès pour aviser aux moyens de rétablir à Rome la souveraineté du pape. Gioberti , ministre de Sardaigne , voulait que cette affaire fût considérée comme purement italienne ; qu'on exclût l'influence de l'étranger, surtout de l'Autriche; que la restauration fût accomplie par les troupes piémontaises et la constitution romaine conservée (6 janvier 1849). Mais il avait tort de prétendre qu'il existait dans les États de l'Église un fort parti constitutionnel, et sou attitude, surtout vis-à-vis de la Toscane, qu'il faisait mine de vouloir occuper, semblait très équivoque et propre à éveiller des inquiétudes. Le pape invoqua (18 février) le secours de l'Autriche, de la France et de Naples, à l'exclusion du Piémont, qui fut, peu de temps après, profondément humilié par la bataille de Novare (23 mars). Le roi Charles- Albert résigna le trône en faveur de son fds Victor-Emmanuel II, et mourut quelque temps après à Oporto (26 juillet) comme un exilé. Le ministère Gioberti avait été renversé dès le 21 février.

Le congrès relatif à la question romaine fut tenu du 30 mars au 22 septembre 1849 à Gaëte. Des rivalités éclatèrent entre les puissances : la France, revendiquant pour elle seule la gloire d'accomplir la restauration, empêcha les Espagnols et les Napolitains d'avancer ; mais elle ne put empêcher les Autrichiens de s'emparer-de Bologne. 11 fut beaucoup question d'imposer des conditions à Pie IX, mais on n'en fit rien ; les diplomates furent obligés de [reconnaître que le pape, récompensé par la plus noire ingratitude , avait tout fait pour contenter son peuple et était prêt à toutes les réformes salutaires.

Pie IX ne voulut rentrer dans sa capitale que comme souverain indépendant ; il institua dans Rome une commission gouvernementale de trois cardinaux, à laquelle le général Oudinot remit le pouvoir (pr août) ; il promit de corriger l'administration et donna au mois de septembre une amnistie, restreinte seulement par un petit nombre d'exceptions inévitables. Le pape rentra dans Rome le 12 avril 1850, au milieu des acclamations du peuple. De concert avec son secrétaire

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d'État, le cardinal Jacques Antonelli, qui garda ses fonctions jusqu'à sa mort (6 novembre 1876), il s'appliqua désormais à panser les blessures que la Révolution avait faites à son pays, et surtout à combler le déficit dans les fmances.

Les lois du 22 et du 24 novembre 1850, sur l'administration provinciale et municipale, satisfaisaient pleinement à toutes les exigences raisonnables. Le déficit, qui, lors de la chute de la république mazzinienne, s'élevait à 2 millions d/2 de scudi, fut progressivement diminué et cessa complètement en 1858. L'instruction, à laquelle participèrent aussi les jésuites rappelés, subit de sérieuses améliorations ; des édifices considérables s'élevèrent du sol, et la petite armée pontificale fut réorganisée autant qu'elle pouvait l'être sans trop grever le budget. Seulement, comme l'agitation était toujours entretenue du dehors, les Français continuèrent d'occuper Rome, et les Autrichiens les Légations. Ce fut là un prétexte pour ressasser les vieux griefs contre la domination des prêtres, bien que la Toscane (jusqu'en 1855) et Modène fussent exclusivement protégées par des troupes autrichiennes.

Crétineau-Joly, II, p. 438-466, 488, 489; Reuchlin, op. cit., p. 113, 164-173, 232 et suiv.; mon ouvrage, der Kirclienstaat, p. 208-212, 39 et suiv., 47 et suiv., 64; Margotti-Gams, p. 211 etsuiv.

Menées de la Sardaigne

114. L'esprit révolutionnaire était devenu trop puissant en Italie pour que l'on pût compter sur un repos durable. Dans le royaume lombard-vénitien ainsi que dans les duchés, la haine contre l'Autriche trouvait sans cesse un nouvel aliment et éclatait dans les circonstances les plus diverses. A Parme, le duc Charles III fut assassiné le 26 mars 1854 sur la place pubhque ; à Naples, le roi Ferdinand II, trop absolu dans son gouvernement, aigrissait de plus en plus l'opinion publique, tandis que l'Angleterre et la France y répandaient des ferments de révolution.

Mais le principal foyer de toutes ces intrigues, c'était le royaume de Sardaigne : poursuivant sans relâche ses projets

d'agrandissement, il offrait un asile aux démagogues du reste de la Péninsule et cherchait par la presse, par une nuée d'écrivains mercenaires, à discréditer le gouvernement légitime. Le constitutiounalisme continuait d'y dominer, et les ministres libéraux, appuyés par la majorité de la chambre, ne se faisaient aucun scrupule d'attaquer l'Église. Les anciens concordats furent positivement abrogés^ et l'on fit semblant d'en demander de nouveaux à Rome. Les dîmes furent supprimées, l'enseignement de plus en plus décatholicisé; les établissements ecclésiastiques, les couvents surtout, abolis; plusieurs biens d'Église spoliés, un grand nombre d'évèques bannis. Les évêques, les vrais catholiques, le Saint-Siège, protestèrent inutilement. Aux allocutions de 1850, 1852 et 1853, Pie IX fit succéder en janvier 1855 un long mémoire politique, où il rappelait toutes les injustices commises envers l'Église. Le Piémont songea à se venger.

Le ministre Camille Cavour, qui, par sa participation à la guerre de Crimée, avait pleinement conquis la faveur des puissances occidentales, souleva au congrès de Paris de 1856 la «question itahenne» , et produisit contre le gouvernement pontifical, à la grande joie des ennemis de l'Église, les pins violentes accusations. Les arguments déduits en faveur du pape par le comte de Rayneval, en son mémoire du 14 mai 1856, passèrent inaperçus; les grands succès qu'obtint Pie IX dans les voyages, pareils à des marches triomphales, qu il fit à Bologne et en d'autres villes, furent paralysés par de nouvelles machinations. L'Angleterre était favorable à un agrandissement du Piémont, et le souverain de la France, Napoléon III, était entré dès sa jeunesse dans le parti de la révolution italienne : on eut soin de lui rappeler souvent et publiquement ses anciennes promesses, même par les bombes d'Orsini (14 janvier 1858). A Plombières, dans le courant de juillet 1858, Cavour concerta avec lui la guerre contre l'Autriche et l'agrandissement de la Sardaigne, qui devait s'ensuivre. Bientôt ses agents secrets parurent dans les différentes villes, et les paroles que Napoléon adressa à l'ambassadeur d'Autriche le jour du nouvel an, inaugurèrent la guerre de 1859, si désastreuse pour l'Italie et la papauté. De son côté,

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le parti national italien réclamait de plus en plus hautemen l'unité politique de l'Italie.

Acta Pli IX, vol. Il, p. 1 et seq.; Hist pol.-Bl., t. XXXV et suiv. ; Mémoire du comte de Rayneva!, dans Maguire, Rom und sein Regent, Irad. de l'anglais, Cologne, 1861, p. 527etsuiv.; dansle journal «Deutschland», nr. 84-89, april 1837; Dœllinger, p. 609 et suiv. ; Reuchlin, II, ii, p. 245 et suiv. — Memorie documentate per lastoria délia rivoluzione italiana raccolte da Paolo Mencacci Romano, vol. I, Roma, 1879, surtout p. 95 et seq.; ibid., p. 101 et seq., les Actes du congrès de Paris en 1856. Brofferio dit que ce fut Napoléon III qui inspira la note de Cavour, I miei Tempi, Tor., 1860, c. xiv, p. 77 ; de la Rive, Récits et Souvenirs de Cavour, et de la Varenne, Lettres inédites de Cavour (tous deux, Paris, 1862);;Nicom. Blanchi (ci-dessus, § 108 et suiv.).

L'Expédition de 1859. — La Révolution dans les Légations.

115. Une rencontre entre deux puissances catholiques semblait imminente dans le territoire pontifical. Le pape proposa, le 22 février 1859, que ce territoire fût insensiblement évacué par les troupes étrangères, et demanda (26 avril) que la neutralité des États de l'Église fût reconnue par les deux puissances : TAutriche seule l'admit sans restriction. Les ambassadeurs du Piémont à Florence et à Rome avaient organisé leurs clubs ; les Napoléonides de la Romagne, les Pepoli et les Rasponi, à Rologne et dans le voisinage, avaient tout préparé pour une révolution. Près de là, en Toscane, l'insurrection éclata le 27 avril, avant que les Autrichiens eussent franchi la frontière de Sardaigne (29 avril). Le 12 mai, Napoléon III, l'allié de Cavour, se trouvait à Gênes ; le 23, le prince Napoléon, tout dévoué à la Révolution, était à Livoiirne. Le 4 juin, les Autrichiens furent battus près de Magenta, et Napoléon 111 entra dans iMilan (8). Quand les Autrichiens eurent évacué Bologne, la révolution éclata dans cette ville (12 juin) et proclama la dictature de Victor-Emmanuel. De même à Ravenne, Ferrare, Forli et autres villes. Pérouse s'insurgea le 14 juin, Ancône le 18.

Le Saint-Père, dans son encyclique du 18 et dans son allocution du 20 juin, constata que l'empereur des Français lui avait

vu. — HIST. DE l'église. 15

donné les assurances les plus précises en faveur du maintien de son pouvoir temporel, mais que son allié les foulait aux pieds au mépris de tous les droits des gens, et il prononça l'excommunication contre les usurpateurs. Les troupes parvinrent sans beaucoup de peine à ramener Pérouse sous l'obéissance du Saint-Siège (20 juin), et Ancône se soumit peu de temps après. Depuis la bataille de Solferino, l'insurrection demeura circonscrite dans les provinces de Ferrare, Ravenne, Bologne et Forli, et là même elle ne se maintint que par les troupes et avec l'argent de la Sardaigne. Le Piémont gouverna ces provinces (depuis le 14 juillet), par un commissaire extraordinaire (d'Azeglio). L'Assemblée nationale, qui s'ouvrit le 1" septembre, décréta la déposition du pape et l'incorporation de ses Etats au Piémont; le 8 décembre, Parme et Modène, qui, à l'exemple du gouvernement provisoire de Florence, avaient déjà précédemment (16-22 août) voté le détrônement des ducs et l'annexion au Piémont, furent réunies en État central sous le nom d'Emilie.

Les stipulations du traité de Villefranca (H juillet) et du traité de Zurich (10 novembre) demeurèrent lettre morte, et l'événement prouva que les protestations de Napoléon III et de Victor-Emmanuel n'étaient qu'hypocrisie. A Rome, l'ambassadeur de Sardaigne abusa tellement de sa position, que le 1" octobre on fut obligé de lui envoyer ses passeports. On avait préludé à la destruction des États de l'Église ; une seconde démarche allait bientôt suivre la première.

Séparation violente de l'Ombrie et des Marches.

116. Déjà le 6 janvier 1860, Victor-Emmanuel suggérait au pape d'accepter pour l'Ombrie et les Marches ce qui avait été fait pour les Légations, et les troupes pontificales étaient obligées de repousser des incursions dans ces provinces. Le pape, suivant les conseils de la France, avait recruté une vaillante armée sous les ordres de l'habile général Lamoricière ; elle fut surprise et décimée par les troupes sardes près de Castelfidardo et d'Ancône (18 et 30 septembre 1860). A la protestation officielle de la France contre cette invasion des Piémontais, réprouvée par le droit des gens, Cialdini opposa un entretien

LA RÉVOLUTION DANS L*ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 227

confidentiel avec Napoléon III à Chambéry; sous prétexte de fermer à Garibaldi l'entrée dans le sud de l'Italie, de rétablir l'ordre dans l'Ombrie et dans les Marches, le gouvernement de Turin envahit ces provinces, comme il avait envahi Bologne. Cette nouvelle spoliation fut, ainsi que la première, approuvée par le parlement de Turin. Après la conquête de la Sicile et de Naples, où François II, indignement trompé par le Piémont, combattit encore quelque temps pour son trône, l'unité italienne fut fondée et Rome proclamée, le 29 mars 1861, capitale du nouveau royaume d'Italie. C'était déclarer ouvertement que l'on songeait à s'emparer du dernier lambeau des États du pape. Si Napoléon III, à la vue des atteintes portées au droit des gens par la cour de Turin, avait rappelé son ambassadeur (sept. 1860), c'était uniquement pour sauver les apparences. Après la mort du ministre Cavour (6 juin 1861), ilrétablit les anciennes relations, reconnut le royaume d'Italie, et se réserva seulement de ne rappeler ses troupes de Rome que lorsque le pape et « l'Italie » seraient réconciliés, ou la sécurité du pape garantie. Les États de l'Église se trouvaient dès lors amoindris des quatre cinquièmes ; le pape restait chargé de la dette des provinces mêmes qu'on lui avait ravies, et entouré de toutes parts de son ennemi mortel. Il ne restait plus d'autre moyen pour subvenir au gouvernement spirituel et au gouvernement temporel que le Denier de Saint- Pierre : le monde chrétien l'acquitta généreusement.

Nouvelles conspirations.

117. A Turin, les ministres Ricasoli et Ratazzi continuèrent contre Rome leurs accusations et leurs intrigues, tandis que l'empereur des Français poursuivait ses hypocrites tentatives. Cependant Garibaldi se disposait à une nouvelle expédition aventureuse contre Rome, et les cathohques de France étaient dans un grand émoi : il fallut donc envoyer des instructions de Paris pour l'arrêter près d'Aspromonte (1862). Turin, de son côté, continuait de déclarer, notamment le 27 février 1863, que Piome était destinée à devenir la capitale du nouveau royaume d'Italie. La convention conclue le 15 septembre 1864 entre la France et l'Italie, à l'insu du pape, décida la translation du gouvernement de Turin à Florence : c'était une nouvelle étape

dans la direction de Rome ; il fut convenu aussi que les troupes françaises se retireraient de Rome dans un temps prochain. La convention, équivoque sur une foule de points, fut diversement interprétée par les deux contractants. Les conspirations allèrent leur train. Les propositions faites à Rome au printemps de 1865 par Vegezzi et en décembre 1866 par Tonello n'eurent point de suites.

A la fin de décembre, les troupes françaises sortirent des États de l'Église, où il ne resta que 10,000 hommes de troupes pontificales pour lutter contre la prépondérance de leur voisin. L'Autriche, après avoir été défaite par la Prusse, fut obligée de céder au Piémont le territoire vénitien. On comptait maintenant sur une insurrection des Romains ; mais la population demeura paisible, et le comité national romain déclina lui-même, le 9 avril 1867, toute participation dans les tentatives de mutinerie qui eurent lieu à cette époque. Ce calme dura neuf mois. On comptait aussi sur quelques bévues du gouvernement pontifical, mais il se montra avisé et énergique ; on comptait sur la trahison de l'armée pontificale, mais elle demeura inébranlable et repoussa vaillamment les assauts de Garibaldi; on comptait enfin sur l'approbation tacite de la France, mais la France se vit obligée, par la violation flagrante de la convention de septembre, comme par le point d'honneur et les réclamations pressantes de l'opinion publique, d'occuper de nouveau Civittà-Vecchia et autres localités, et d'agir contre les garibaldiens de concert avec les troupes pontificales.

La victoire de Mentana (3 novembre 1867) sauva encore pour quelque temps le petit État pontifical, et le gouvernement de Florence se vit forcé de revenir à la convention de septembre. Les négociations de 1868 ne donnèrent aucun résultat. L'événement prouva qu'aucune entente ne pouvait avoir lieu avec le pape, d'autant plus que le gouvernement de Victor- Emmanuel ne cessait de vexer l'Église, supprimait les ordres religieux, rendait le mariage civil obligatoire et déchristianisait l'enseignement, tandis que lui-même était en proie à la corruption morale et à la détresse financière.

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 229

Occupation de Rome.

118. Ce fut seulement quand la guerre eut éclaté entre la France et l'Allemagne (juillet 1870) et que la garnison française, forte de 5,000 hommes, eut été rappelée, que les désirs d'une occupation devinrent plus vifs à Florence. Après la catastrophe de Sedan (2 septembre) , les instances de la gauche déterminèrent les ministres sardes à déclarer qu'il y avait nécessité de franchir la frontière pontificale (7 septembre), quoique Visconti- Venosta eût, encore le 19 août, quahfié cette mesure de violation du droit des gens. Il fut décidé qu'on retirerait la promesse qu'on avait faite de revenir à la convention de septembre et qu'on résoudrait par la force ouverte la « question romaine », qu'on ne voulait autrefois résoudre que par des moyens moraux. Dans une lettre royale publiée le 8 septembre, la violence allait de pair avec l'hypocrisie.

Encouragée par M. d' Arnim, ambassadeur de Prusse, l'armée d'invasion, qui dépassait sept fois les forces de l'arméo pontificale, marcha contre Rome, bloqua la ville pendant cinq heures et lança des bombes contre le Vatican , même après que le Saint-Père, pour éviter une effusion de sang inutile, eut fait arborer le drapeau blanc. Ainsi, le 20 septembre 4870, Pie IX tombait de nouveau entre les mains d'une puissance ennemie. Les troupes, à leur entrée dans la ville, étaient suivies d'émigrés de Rome, et de bandes populaires recrutées dans toute l'Italie, prêtes à représenter le peuple romain au dehors et à intimider les habitants par leurs excès. Ces bandes eurent une part prépondérante dans le plébiscite du mois d'octobre.

La loi des garanties ne pouvait en aucune façon contenter les catholiques, qui souffraient de plus en plus de la profanation des choses saintes, de l'accroissement des charges, des innovations dangereuses. Les couvents et les églises furent employés à des fins profanes ; on envahit le Quirinal, habité par le pape, et l'abomination de la désolation régna dans le lieu saint. Le pape, la majorité du clergé et du peuple demeurèrent inébranlables en face de la révolution partie d'en haut ; de nombreux pèlerins accoururent au Vatican de toutes les contrées de la terre pour offrir leurs condoléances au grand^Pie IX et

recevoir de sa bouche des paroles de consolation et d'encouragement. Depuis le ministère des modérés, auquel succéda celui de la gauche, sous Nicotera et Depretis, vieux républicains (1876), le successeur des apôtres ne jouit pas même de la liberté de sa parole, et la presse religieuse fut bâillonnée. Rome et la chrétienté catholique eurent constamment à se plaindre d'une situation contre nature amenée par la force brutale.

Mon ouvrage cité, p. 174, 278 et suiv. ; puis, en outre : Die franzœs.sardinisclie Uebereinkunft vom i5 sept. 1864 Francf.-sur-M., 1864; Denkschrift und die an dem Papste und der kathol. Kirclie durch die Occupation Roms vollbrachte Gewaltthal, verfaszt im Auftrag der Katholikenversammlung in Fulda vom 12 od. 1870, Mayence, 1871 ; Hist.pol. Bl., t. XLV, XLVI, LXV et suiv., LXXIII, p. 772 et suiv. ; Documents sur l'invasion, dans Archiv für kath. K.-R., t. XXIV, p. XLixet suiv. ; t. XXV, p. XXXV et suiv. ; l. XXVI, p. lx et suiv. ; t. XXIX, p. xcix et suiv.; duc de Grammont, dans la Revue de France, 1878 ; le Monde, X1X<' année, n. 92.

Travaux de Pie IX en faveur de l'Église.

119. Sur le terrain ecclésiastique, le glorieux Pie IX a déployé une activité vraiment prodigieuse. Non seulement il a dépassé les vingt-cinq années, autrefois proverbiales, du gouvernement de saint Pierre, et célébré en juin 1871 le vingtcinquième jubilé de son pontificat, de même qu'en 1869 il avait solenuisé la cinquantième année de son sacerdoce ; il lui a été donné (1877) de célébrer comme évêque le même jubilé au milieu de l'enthousiasme croissant de la population cathohque.

Pie IX, malgré toutes ses épreuves, veillait incessamment à développer la vie catholique dans tous les pays de l'univers et à guérir les maux qui affligent notre siècle. Depuis sa première encyclique du 9 novembre 1846, il ne cessa d'exhorter les évêques à la vigilance et à la fermeté, à combattre les erreurs dominantes, à élever consciencieusement le clergé et à concerter leurs efforts pour agir en commun ; il leur servait lui-même d'exemple et de modèle.

Son activité apostolique s'est principalement signalée: 1° par raugmentatiou des métropoles, des évêchés etj des vicariats

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 231

apostoliques dans toutes les parties du monde; 2° par le rétablissement de la hiérarchie en Angleterre et en Hollande, et celui du patriarcat latin de Jérusalem ; 3° par la restauration des conciles provinciaux et des synodes diocésains en France, en Angleterre et dans plusieurs autres pays ; 4° par l'érection de nouveaux séminaires à Rome, mais surtout dans l'Amérique du Sud et du Nord ; 5° par les hommes distingués de toutes les nations qu'il a fait entrer dans le collège des cardinauN: (en Angleterre, Wiseman et Manning; en Irlande, le primat Cullen; dans l'Amérique du Nord, Closkey, archevêque de New-York ; en Allemagne, Melchior, prince-évèque de Breslau ; Jean de Geissel, archevêque de Cologne ; Jos. -Othmar Rauscher, archevêque de Vienne; le comte Ch. de Reisach, archevêque de Munich; le jésuite Franzelin, du Tyrol; dans le rite grécoruthénien, Michel Lewicki, archevêque de Lemberg ; en Croatie , George Haulik , archevêque d'Agram ; en France , les archevêques Mathieu de Besançon , Donnet de Bordeaux , Gousset de Reims, le bénédictin J.-B. Pitra, etc.); 6° par la conclusion de nombreux traités avec les gouvernements civils, comme en 1847 avec la Russie, en 4851 avec la Toscane et l'Espagne, en 1853 avec les républiques de Costa-Rica et Guatemala, en 1855 avec l'Autriche, en 1857 avec le Portugal, Naples et le Wurtemberg, en 1859 avec l'Espagne et Bade, en 1860 avec Haïti, en 1861 avec Honduras, en 1862 avec l'Equateur, Venezuela, Nicaragua et San-Salvador ; 7° par des allocutions et des encycliques vigoureuses contre les atteintes portées à l'Eglise en différents pays ; 8° par le grand nombre de béatifications et de canonisations accomplies pendant son pontificat ; 9° par une multitude de prescriptions liturgiques, parmi lesquelles on distingue de nouveaux offices insérés au Bréviaire romain et des avis concernant la célébration de la messe ; 10° par les encouragements donnés aux recherches archéologiques (dues principalement à Rossi), aux travaux théologiques conformes aux principes de saint Thomas ; 11" par des mesures salutaires pour la réforme des couvents.

Encycl. Quipluribus, Acta Pii IX, vol. I, p. 4-24; Pie IX comme pape et roi, surtout 5-12, 53-84. Les Concordats, dans Nussi, Convent., p. 273 et seq.; Alzog, K.-G., II, p. 520, n. 1.

120. Le pontificat de Pie IX fut principalement remarquable par les décisions données sur une foule de questions controversées, par la condamnation des doctrines contraires au dogme et à la morale. Dans son encyclique du 8 décembre 1864, Pie IX réprouva toute une série de doctrines erronées sur la foi et la raison, l'Église et l'État, le droit et la société ; et il y joignit un catalogue {Syllabus) de quatre-vingts propositions censurées, rangées sous dix rubriques, concernant le socialisme, le communisme, la franc-maçonnerie et les différentes erreurs du libéralisme moderne. Il est vrai que l'inintelligence de la langue ecclésiastique et des qualifications théologiques, et, plus encore, la mauvaise foi ont fait du Syllabus un véritable épouvantait ; mais il n'a pas moins rendu de grands services à la théologie, à l'Église, à la société tout entière, en faisant connaître le poison caché des fausses doctrines et en éveillant partout la vigilance. La pureté de la doctrine cathohque brilla avec d'autant plus d'éclat qu'elle fut garantie de tout mélange étranger.

Une des principales tâches de ce pontificat fut de démasquer et de vaincre le faux libéralisme. Dans sa lutte gigantesque entre l'autorité et la liberté, entre Dieu et le monde, l'Église eut surtout à soufTrir de l'aveuglement de ceux de ses fils qui, sous le nom de catholiques libéraux, suivirent une voie mitoyenne et essayèrent de concilier les principes de l'ÉgUse avec les principes de ses adversaires. Cette tendance prit des formes très diverses, en France, en Belgique, en Allemagne et en Italie, en cherchant des compromis entre l'autorité de l'Église et l'esprit du siècle, hostile à l'Église ; elle aboutit souvent à des équivoques et à des inconséquences, égara les esprits et affaiblit partout l'action des organes de l'Église.

SS. D. N. Pii P. IX Encycl. data die 8 dec. 1864 ad omnes cathol. antistites unacum Syllabo prœcipuorum errorum setatis nostree et actis pontif., ex quibus excerptus est Syllabus, Ratisb., Pustet, 1865; Roscov., Rom. Pont., VI, 204 et seq. ; Dupanloup, la Convention du 15 sept, et l'Encyclique du 8 décembre (trad. du franc., Wurzbourg, 1865); der Papst und die modernen Ideen, Vienne, 1864; Stimmen aus Maria- Laach über die Encycl., Frib., 1865-1867, 12 livrais.; Tosi, Vortesungen über den Syllabus, Vienne, 1865; mon Ouvrage, Kath. Kirche, p.

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS L'ÉGLISE. 233

806 et suiv. Organes des catholiques libéraux en France après l'Avenir de Lamennais (§ 2o9), d'ailleurs excellent: le Correspondant le Français, la Gazette de France; en Italie : la Rivista universale de Florence, etc. Comp. At (prêtre du Sacré Cœur de Jésus), le Vrai et le Faux en matière d'autorité, et la Liberté, d'après la doctrine du Syllabus, Tours, 1874; Civiltà cattolica, ott. 1874, ser. IX, vol. IV, p. 164 et seq. Voy. encore ci-dessous. § 358.

Asssemblées des évêques à Rome.

121. Ce pape, avec lequel les évêques des divers pays entretenaient des relations personnelles plus fréquentes que jamais, réunit quatre fois autour de lui l'épiscopat du monde catholique. Ce fut d'abord le 8 décembre 1834, alors que le pape résolut, par une décision dogmatique, la question, si longtemps agitée, de l'immaculée conception de la Mère de Dieu, ainsi que l'avaient demandé un grand nombre de conciles provinciaux, d'ordres et de corporations religieuses, et donna un nouvel essor au culte de Marie. Déjà, pendant son séjour à Gaëte, Pie IX avait sollicité, le 1" février 1849, l'avis des évêques et des théologiens, demandé des prières à tous les catholiques, et accueilli de toutes parts des arguments théologiques en faveur de cette pieuse opinion. Le 8 décembre 1834, en présence de plus de deux cents évêques accourus joyeux de toutes les parties du globe, Pie IX prononça que la bienheureuse Vierge Marie , par une grâce spéciale de Dieu, a été préservée de la faute originelle dès le premier instant de sa conception ; que cette doctrine, révélée de Dieu, doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles, suivant ce que les Pères du concile de Bàle avaient déjà voulu définir et ce que des milliers d'âmes souhaitaient depuis des siècles. La résistance à cette définition dogmatique fut extrêmement faible, autant du moins qu'elle se révéla au dehors. Seul, Thomas Braun, prêtre du diocèse de Passau, la combattit avec un nombre insignifiant de partisans. Le lendemain de la définition solennelle, Pie IX consacra, en présence de plusieurs évêques étrangers, la magnifique église de Saint-Paul, qui venait d'être reconstruite , et prononça une émouvante homélie.

Nouvelles assemblées des évêques à Rome.

122. Plus de trois cents évêques répondirent à une invitation

234f HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

du pape pour assister à la cérémonie de la canonisation des martyrs japonais et délibérer sur les atteintes successives portées au domaine de Saint-Pierre. C'était en 1862, le jour de la Pentecôte. Ces évoques remercièrent le Saint-Père, dans une touchante adresse, du courage sublime et de la persévérance avec lesquels il défendait les prérogatives du Siège apostolique, et ils déclarèrent que, dans l'état actuel du monde, le maintien du pouvoir temporel est nécessaire au libre exercice du souverain Pontificat. Cette adresse fut renforcée par des protestations venues de toutes les parties de l'univers contre les atteintes sacrilèges à la souveraineté du pape, et trouva de l'écho chez tous les fidèles catholiques. On canonisa le confesseur Michel de Sanctis, de l'ordre des trinitaires, Espagnol, mort en dßSo, et vingt-six martyrs japonais, parmi lesquels vingttrois franciscains et trois jésuites (1597) : exemple bien propre à affermir les fidèles dans la foi au milieu les persécutions, qui jamais ne font défaut.

Quand ensuite Pie IX invita les évêques du monde catholique à célébrer le dix-huitième centenaire du martyre des princes des apôtres Pierre et Paul, le 29 juin 1867, plus de cinq cents évêques et environ dix mille pèlerins répondirent à son appel, et cent villes d'Italie envoyèrent des députations offrir leurs hommages au noble vieillard. Ces témoignages d'affection se renouvelèrent le 11 avril 1869, quand le pape célébra la cinquantième année de son sacerdoce, puis en mai 1877, au jubilé de la cinquantième année de son pontificat. La personnalité attrayante de Pie IX, pleine de majesté et do douceur, la force et la chaleur de son langage enflammaient de plus en plus l'amour des fidèles catholiques pour leur père commun.

Acta Pii IX, vol. I, p. 162 et seq., 594 et seq.; Perrone, S. J., de Immaculato B. V, M. Conceptu, an dogmatico decreto definiri possit, Romse, 1853; Passaglia, de Immacul. B. V. M. Conceplu, Romse, 1854; Plus IX als Papst und Kœnig, p. 12 et siiiv.; Wiseman, Rom und der kalholische Episkopat am Pfingslfest, 1862, trad de l'angl. par Reusch, Cologne, 1862; A. Niedermayer, das Pfingstfest in Rom, Frib., 1862; Civiltà cattoliea, ser. V, vol. II, p. 705 et seq. ; vol. III, p. 513 et seq., 539 et seq.; P. Cari Brandes, der hl. Petrus in Rom oder Rome ohne Petrus, Einsiedeln, 1867; Hermann von Vicari, das Papst-

LA RÉVOLUTION BAAS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 235

thum in der Gesch., et Conrad Martin, Christenthum und Papstthum (lettres pastorales de 1867); Manning, das Centenarium des hl. Petrus und das allgemeine Concil, en allem., Mainz, 1 868; A. de Waal, Gedenkbleetter an die Jubelfeier des hl. Paters, Münster, 1870.

Lie concile du Vatican.

Préliminaires du vingtième concile œcuménique.

123. Depuis longtemps Pie IX roulait dans son esprit la pensée de remédier aux besoins exceptionnels de la chrétienté contemporaine par le moyen extraordinaire d'un concile général; le 6 décembre 1864, il en avait fait part aux cardinaux sous le plus rigoureux secret, en les invitant à lui donner leur avis, mûrement délibéré. Les cardinaux répondirent que, malgré les difficultés intérieures et extérieures, il était souverainement désirable, ou plutôt relativement nécessaire, de célébrer un concile œcuménique, où l'on exposerait avec clarté la doctrine catholique si souvent dénaturée et menacée, où l'on développerait d'une manière conforme aux besoins du temps la discipline affaiblie dans le clergé régulier et séculier, ainsi que dans le peuple chrétien, par les empiétements du pouvoir civil. Depuis le mois de mars 1865, une congrégation spéciale de cardinaux d'élite fut chargée d'en faire les préparatifs : elle était composée des cardinaux Patrizi, Reisach, Panebianco, Bizzarri, Caterini, auxquels on adjoignit les cardinaux Barnabo, Bilio, de Luca et Capalti. Elle fut appelée dans la suite commission centrale et directrice. Des évêques éminents, choisis dans toute la chrétienté, furent invités d'une manière confidentielle à désigner les matières qu'il convenait de traiter, et leurs rapports furent communiqués aux diverses commissions préparatoires, pour lesquelles on avait déjà fixé ses vues, non seulement sur les ecclésiastiques qui se trouvaient à Rome, mais encore sur le clergé des différentes nations.

Le 24 mai 1866, la commission directrice des cardinaux tint sa troisième séance. Mais les esprits étaient alors surexcités par la guerre d'Allemagne et d'Italie ; le drapeau de la France fut enlevé du château Saint-Ange, et la réunion du concile devint très problématique. Le pape lui-même était déjà presque entièrement à la merci de ses ennemis; il disait aux

officiers français qui se disposaient à partir (6 décembre) : « La Révolution viendra jusqu'ici », et annonçait aux cardinaux (24 décembre) des « temps tristes et difficiles». Cependant Pie IX demeurait inflexible et résolu au milieu des luttes et des contradictions qui ne manquent jamais dans toute grande entreprise. Il entendait marcher en avant, et, quand le moment serait venu, commencer cette grande entreprise, dùt-il abandonner à ses successeurs le soin de la terminer.

Son dessein, communiqué dans son allocution du 26 juin 1867 aux évêques assemblés autour de lui, fut accueilli par des marques de joie et de reconnaissance, et, le 29 juin 4868, il publia la bulle de convocation du concile du Vatican, semblable en plusieurs points à celle que Paul III avait donnée en 1542. Il devait l'ouvrir en personne le 8 décembre 1869, dans la basilique des Apôtres^ et sous la protection de la Mère de Dieu. Le pape adressa ensuite, pomme l'avaient fait d'autres papes en des circonstances analogues, de gracieuses invitations aux Orientaux séparés (8 septembre) et aux protestants (13 septembre 1868), en les adjurant de revenir à l'unité catholique, qui allait bientôt resplendir à Rome dans tout son éclat.

Opposition contre le concile. — Participation des princes

séculiers.

124. Le monde, surtout le monde incroyant et diplomatique, fut dans un grand émoi; il s'étonnait et s'effrayait à la fois de tant d'audace, dans la situation critique où se trouvait le Saint- Siège et en face de l'esprit du temps. L'annonce du concile concordait avec la brillante Exposition de Paris. On cherchait à découvrir le programme du concile, tantôt dans des articles isolés de journaux catholiques, tantôt dans les questions de discipline proposées aux évêques en juin 1867; on présumait des plans politiques dissimulés et d'une portée incalculable; on comparait cette velléité de concile au dernier souffle qui s'échappe d'un corps tombé en agonie, et la société malade réagissait dès le début contre ce remède inaccoutumé. D'une part, on traitait de chimère cet aréopage ecclésiastique réuni autour du pape? et, d'autre part, les déclarations des Chambres, les notes diplo-

LA RÉVOLUTIOK ©ANS L^IlTAt ET DANS l'ÉGLISE. 537

matiques, les productions envenimées de la presse, essayaient dès l'origine d'étouffer le concile qu'on redoutait. Les savants ennemis de l'Église, les arrière- neveux des gallicans et des fébroniens, les théoriciens du libéralisme, se voyant menacés dans la liberté de leurs opinions et de leur science, imploraient le secours de l'État contre les « machinations de Rome » .

On se rappelait les difficultés, les obstacles que la politique des cours avait autrefois suscités au concile de Trente; mais depuis, les temps étaient bien changés: l'État catholique avait disparu ; les princes temporels ne se croyant plus appelés à concourir à l'exécution des lois de l'Église, leurs délégués no joueraient plus guère au concile que le rôle d'observateurs envieux, d'intrus égarés dans un monde étranger, parlant une langue qu'ils ignoraient. Aussi la plupart des gouvernements avaient résolu de prendre en face du concile une attitude expectante ; la Bavière seule fit exception par sa dépêche du 9 avril 1869.

A Rome, dès le 9 mars 1865, les cardinaux interrogés par les souverains temporels sur la tenue du concile avaient refusé de répondre, tout en déclarant que le Saint-Siège, en publiant la bulle d'indiction, ferait les démarches opportunes ; et c'est ce qui eut lieu en 1868 pour tous les souverains représentés à Rome par des diplomates.

La question de leur invitation fut examinée en commun par le secrétaire d'État et par la commission centrale dirigeante, puis le 23 juin 1868 en présence du pape lui-même. Il fut décidé qu'il n'y aurait pas d'invitation expresse, mais que la bulle d'indiction ne mettrait aucun obstacle à l'assistance des princes, afin de montrer que le Saint-Siège, même dans les jours de combat, ne dédaigne point la bonne intelligence avec les souverains temporels. Du côté des Orientaux invités, surtout des photiens, comme du côté des protestants et de leurs chefs ecclésiastiques, les exhortations du pape furent accueillies par de nombreuses protestations; quelques-uns seulement les reçurent avec respect : en Allemagne, Reinhold Baumstark, qui se convertit peu de temps après ; en Angleterre, Pusey ; en France, Guizot.

Travaux de la commission centrale.

125. Les travaux préparatoires se poursuivaient à Rome malgré toutes les clameurs. En juillet 1867, la commission centrale institua cinq commissions distinctes pour les questions concernant le dogme et la discipline, les affaires ecclésiasticopolitiques, les ordres religieux, le rite oriental et les missions; une sixième fut établie plus tard pour le cérémonial. La commission centrale se réserva l'ordre des affaires et la haute direction. Elle nomma ensuite les consulteurs qui se trouvaient à Rome, lesquels furent confirmés par le pape et obligés au silence, et leur en adjoignit une foule d'autres pris dans différents pays. Ces commissions avaient déjà tenu des séances et déterminé leurs travaux, lorsque la commission centrale reprit, le 15 décembre 1867, ses délibérations interrompues par les troubles du dehors, et rendit plusieurs décrets importants. On invita ensuite au concile les évêques titulaires, les généraux d'ordres, les prélats d'ordres pourvus d'une juridiction quasi épiscopale, les abbés généraux et les abbés nullius, mais non les vicaires capitulaires.

11 n'y eut pas de controverse sur la nécessité d'une excuse légale pour les évêques absents et sur l'opportunité de la faire présenter par des procureurs, mais bien sur la question de savoir si les Pères avaient le droit de se faire remplacer au concile par des procureurs; le droit de voter fut refusé aux procureurs, mais on leur accorda une place dans les séances solennelles et la faculté de signer les actes. On vida aussi les questions de préséance : on reconnut aux primats le droit de siéger avant les évêques, sans préjudice des droits des autres ; pour les évêques, on se régla d'après la date de leur préconisation ; on recommanda le secret, on fixa le rôle des théologiens du pape et des théologiens des évêques, on choisit les officiants du concile, vingt-quatre sténographes, des interprètes pour les évêques orientaux ignorants de la langue latine. Il fut décidé que cinq juges seraient élus par les prélats dans un vote secret pour prononcer sur les excuses et les plaintes, sur la profession de foi qui devait être faite par les Pères, sur le titre du concile, sur les prières publiques et le jubilé (un décret du pape fixant

LA RÉ"«'^OLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 239

à ce sujet le H avril 1869), sur les mesures à prendre pour le cas où le Saint-Siège viendrait à vaquer pendant le concile.

Sur ce dernier point, la jjulle du 4 décembre 1869 se conforma entièrement aux exemples des papes précédents. Cette commission centrale, chargée de travaux considérables et très variés, avait pour secrétaire le savant Gianelli, archevêque de Sardes, ancien nonce du pape à Naples et plus tard cardinal. Le Saint-Père nomma secrétaire du concile le docte évèque de Saint-Hippolyte, Joseph Fessier, qui entra à Rome le 8 juillet 1869 et assista dès le 11 aux séances de la commission centrale ; il lui donna pour auxiliaire Mgr Louis Jacobini, qui avait témoigné de son habileté dans les affaires du concile.

Travaux des différentes commissions.

126. Les différentes commissions déployaient une activité remarquable ; leurs comités présentaient à la commission centrale les travaux qu'elles avaient accomplis, en même temps que des rapports et des projets de décrets. La commission des cérémonies, présidée par le cardinal Patrizi, régla les prières, le rite et l'ordre des séances. La commission dogmatique, sous le cardinal Biho, se réunit pour la première fois le 24 septembre 1867 ; elle détermina quelques principes à suivre relativement aux chapitres et aux canons , examina les erreurs répandues depuis le concile de Trente, et rédigea plusieurs projets de décrets importants sur les vérités générales de la foi et sur la doctrine de l'EgUse ; elle tint vingt-six séances avant l'ouverture du concile, et une autre après.

La commission des ordres religieux, dirigée par le cardinal Bizzarri, qui avait à sa disposition les rapports des généraux d'ordres et de plusieurs réguliers, ainsi que d'excellents règlements dressés naguère par le pape, produisit, après dix-sept séances, un code presque complet pour les ordres religieux. La commission des rites orientaux et des missions était présidée par le cardinal Barnabo ; après que quelques-uns de ses objets eurent été renvoyés aux Schemata relatifs aux ordres religieux et à la discipline générale, elle prépara des projets sur les rites et les missions en général, et tint avant le concile trente et une séances, et six autres après.

La commission de la discipline générale prit pour point de départ les décrets du concile de Trente et les compléta par les bulles subséquentes, les décrets des congrégations, les derniers conciles provinciaux, les rapports des évêques et la pratique en vigueur ; elle s'occupa de presque toutes les questions importantes du droit ecclésiastique, dans de nombreux rapports manuscrits ou imprimés et dans des projets de décrets. Bien que cette commission, dirigée par le cardinal Caterini, tînt plus de séances que toutes les autres (environ cinquante) .et que ses membres montrassent une application infatigable ; bien qu'on l'eût débarrassée des matériaux sur la restriction des censures afin d'alléger sa tâche, il fut bientôt démontré que tant de travaux, entrepris sur un si vaste terrain, ne pourraient s'achever avant l'ouverture du concile. Du reste, la marche des affaires ne permit de présenter aux évêques qu'une très faible partie des travaux, même achevés.

Quant à la commission ecclésiastico-poUtique, en vue de laquelle son président, le cardinal Reisach, avait offert un important travail comme pour lui servir de programme, elle n'avança que très lentement ; après les deux premières séances elle n'accepta plus de protocoles, parce qu'une grande partie des matériaux ne se prêtait pas à des décrets conciliaires, et qu'en général sa tâche semblait fort délicate. Le 4 octobre 1869, le président se rendit en Suisse pour des raisons de santé, et mourut le 22 décembre. Sous le cardinal Capalti, qui le remplaça, l'urgence des événements ne permit plus d'atteindre à aucun résultat pratique; les matériaux recueillis furent réservés pour des temps meilleurs, et la tentative qu'on avait faite renvoyée à une époque ultérieure, quand les peuples et les princes, les évêques eux-mêmes, encore enlacés dans plusieurs pays par les liens du pouvoir civil, se montreraient plus mûrs et mieux préparés pour ce grand ouvrage.

Difficultés du concile.

127. Jamais préparatifs aussi nombreux et aussi grandioses n'avaient encore été faits pour un concile; la salle, magnifiquement appropriée, s'étalait dans la plus vaste église de l'univers et attendait la plus nombreuse assemblée d'évêques qui se fut

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. â4l

jamais rencontrée. Cependant les espérances joyeuses étaient mêlées d'angoisses et l'on était en proie à de nombreuses incertitudes ; on se demandait même si les gouvernements permettraient aux évêques de se rendre au concile, si Rome leur offrait une sécurité durable, s'il ne se trouverait point parmi eux des partis brouillons, d'autant plus qu'un grand nombre devaient leur nomination à l'influence des souverains, que la presse les assiégeait de sollicitations pressantes, les mettait en garde contre les intrigues de la curie, des jésuites, etc., faisait appel à leur sentiment national et jetait le trouble parmi les fidèles.

La France, l'x^llemagne et la monarchie autrichienne étaient particulièrement inquiètes ; des savants en renom étaient à la tète des opposants, qui, sans point d'appui arrêté, s'en prenaient à des articles de revues catholiques, prédisaient que les évêques ne jouiraient d'aucune liberté, que le concile n'aurait pour but que la glorification personnelle du pape et la fabrication de dogmes entièrement nouveaux ; ils ne prêtaient aucune attention aux paroles rassurantes des évêques, telles que celles des évêques d'Allemagne réunis à Fulda le 6 septembre 1869'.

^ Jamais, disaient ces évêques, jamais un concile œcuménique n'exprimera une doctrine nouvelle, qui ne soit pas contenue dans l'Ecriture ou dans les traditions apostoliques; lorsque l'Église porte un décret en matière de foi, elle ne proclame pas un nouveau dogme, elle ne fait que mettre dans une plus claire lumière une vérité ancienne et primordiale, et la défendre contre de nouvelles erreurs.

Jamais, jamais un concile œcuménique ne proclamera un dogme qui soit en contradiction avec les principes de la justice, avec le droit de l'État et de ses magistrats, avec la civilisation et avec les vrais intérêts de la science, ou avec la juste liberté et le bonheur des peuples.

En un mot, le concile n'exposera aucun principe nouveau, ni aucun autre que ceux qui sont déjà gravés dans votre cœur par votre foi et par votre conscience, que ceux qui ont été tenus comme saints pendant des siècles par les peuples chrétiens, et sur lesquels reposent et ont toujours reposé le bonheur des États, l'autorité des magistrats, la liberté des peuples, en même temps qu'ils sont le fondement de la vraie science et de la vraie civilisation

Et pourquoi pouvons-nous dire ces choses avec une telle assurance et une telle conviction? Parce que nous sommes certains, par la foi, que Jésus-Christ demeure tous les jours avec son Église jusqu'à la fin du monde, que le Saint-Esprit ne l'abandonne jamais, qu'il la dirige en tout et la conduit en toute vérité, de sorte qu'elle est et qu'elle demeure VU. —HIST. DE l'église. 16

242 fflSTOIRE DE L'iOLISB.

Plus l'ouverture du concile était proche, plus les ennemis publics ou secrets de l'Église se déchaînaient contre le pape et le concile. Quelques catholiques devinrent chancelants et se laissèrent intimider. Cependant les évêques affluaient de plus en plus à Rome : il en venait de l'Asie, de l'Afrique, de l'Australie, du nord et du sud de l'Amérique, des différentes contrées de l'Europe. Leur nombre dépassa 700.

Première et deuxième sessions.

128. Ainsi qu'il l'avait précédemment annoncé. Pie IX, le 8 décembre 1869, ouvrit le concile par une allocution émouvante et un office splendide. Passavalli, archevêque d'Iconium, prononça le discours d'apparat. L'ouverture du concile fut proclamée et la prochaine session indiquée pour le 6 janvier 1870; les évêques, selon l'usage traditionnel, devaient y faire leur profession de foi solennelle. Avant cette seconde session, sept congrégations générales furent tenues sous la présidence des cardinaux désignés par le pape; on nomma les juges des excuses et des controverses, ainsi que les membres des trois premières députations; on régla différentes questions de forme et l'on distrib ua un grand nombre de documents. Dès le 28 décembre, la discussion fut ouverte sur le premier schéma dogmatique ; plusieurs orateurs y prirent part. Après qu'il eut été renvoyé à la députation de la foi, qui tint désormais plula colonne et le fondement de la vérité, contre laquelle les portes de l'enfer ne pourront jamais prévaloir; parce que, enfin, nous croyons et nous savons que, lorsque les successeurs de Pierre et des apôtres, c'està-dire le pape et les évêques, sont régulièrement assemblés en concile œcuménique pour décider dans les choses de la foi et des mœurs, ils sont, par la Providence et par l'assistance de Dieu, mis à l'abri de toute erreur. De même que le Christ est le même hier et aujourdui , et dans l'éternité, et que sa parole ne passera jamais, même quand le ciel et la terre auront passé, ainsi son Église demeure toujours la même et en elle demeure perpétuelle et invariable la vérité du Christ. Nous ne craignons donc pas qu'un concile universel puisse manquer dans ses décisions à la vérité traditionnelle, qu'il puisse altérer d'une façon quelconque dans son essence la constitution de l'Église établie par Dieu luimême : ce serait méconnaître la force des promesses divines faites à la sainte Église et l'eflficacité de la grâce divine qui la soutient... .. [Citation du traducteur.)

sieurs séances, des propositions sur la discipline furent discutées dans la neuvième congrégation générale, le 10 janvier 1870. Le 14 janvier (10° congrégation générale), on nomma la commission pour les missions. Le secrétaire engagea l'assemblée à ne pas trop se hâter de livrer à la publicité les propositions du concile, et pria les orateurs de mettre plus de brièveté dans les discours.

Plusieurs prélats se sentant trop à l'étroit dans les règlements qu'on avait établis, des évêques français, puis des évêques allemands et autrichiens demandèrent des changements. Les anciens conciles généraux n'avaient point laissé sur la marche des affaires de règlement qui fit autorité,, et le grand nombre des membres du concile, la différence des situations ne permettaient pas de suivre le concile de Trente; heureusement la commission centrale dirigeante avait depuis longtemps étudié cette affaire. Comme la diversité des vues et des usages de chaque pays, comme aussi les anciens exemples pouvaient donner lieu à des débats interminables et absorber un temps précieux, elle avait décidé, le 20 et le 27 juin 1869, que le Saint- Père, faisant usage de son droit incontestable, établirait l'ordre des affaires sous forme de constitution apostolique publiée avant Touverture du concile, et c'est ce qui eut lieu par décret du 27 novembre. Chaque point fut consciencieusement examiné ; l'on convint que le pape avait le droit formel de faire des propositions, mais qu'on laisserait aux évêques la faculté de présenter par écrit des demandes opportunes et bien motivées, pour l'examen desquelles le pape établirait une commission spéciale.

Les projets de décrets distribués précédemment devaient être discutés et votés provisoirement dans des congrégations générales tenues sous la présidence de cinq cardinaux délégués, puis votés en dernier ressort et publiés en session solennelle. Chaque schéma fut imprimé et envoyé aux Pères pour être examiné. Celui qui voulait prendre la parole à ce sujet devait l'annoncer aux présidents. Quand il y avait divergence d'opinions, les présidents renvoyaient le schéma à celle des quatre commissions qu'il concernait, et cette commission pouvait de nouveau appeler des théologiens et les consulter. On avait congervé le fond de la procédure de Trente.

Les théologiens de second ordre qui figuraient au concilie de Trente, furent remplacés par les commissions préparatoires et par les théologiens du concile ; au catalogue de questions sur une matière déterminée, on substitua des projets de décrets déjà élaborés; au lieu des commissions que les présidents nommaient pour chaque décret en nombre facultatif, les Pères choisirent eux-mêmes des députations permanentes ayant le même nombre de membres (24) pour les choses de la foi, de la discipline, des réguliers et des missions.

Comme le concile du Vatican comptait trois fois autant de membres que celui de Trente, les longues et fastidieuses discussions étaient à craindre; cependant la commission centrale, voulant laisser à chacun sa pleine liberté, attendit que les circonstances fissent connaître quelles limites il convenait de fixer aux orateurs. Il était indispensable d'emprunter quelques-uns de ses rouages au mécanisme parlementaire, bien que les conciles ne puissent être comparés aux chambres d'un parlement.

Suite du règlement du concile.

129. La majorité décidée des Pères approuva complètement les mesures .adoptées par la congrégation des cardinaux et se plaignit des lenteurs de plusieurs membres du concile, notamment pendant les vingt-huit congrégations générales tenues jusqu'au 21 février 1870. Quant à la minorité, elle usait largement de la liberté de la parole, et ne négligeait rien pour faire prévaloir ses griefs. Un décret rendu le 20 février par les cinq cardinaux présidents et approuvé par le pape acheva de fixer le règlement : les Pères devaient, dans un temps déterminé, présenter par écrit, au secrétaire du concile et par lui à la députation qu'elles concernaient, leurs remarques et leurs propositions sur les projets qui leur étaient soumis; la députation reviserait le schéma d'après ces remarques, et il serait ensuite distribué avec un rapport de la députation sur les changements proposés et acceptés. On discuterait d'abord le schéma en général, puis ses diverses parties. Les orateurs remettraient par écrit leurs amendements aux présidents.

Les membres de la députation pouvaient obtenir la parole après un ou plusieurs discours ; les présidents devaient re-

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dresser les écarts des orateurs. Quand la liste des orateurs serait épuisée, ou qu'une demande serait présentée par dix membres au moins, la discussion serait close, en vertu d'un décret rendu à la majorité des voix. Dans la congrégation générale, le vote avait lieu tant sur les corrections examinées par la députation et présentées à tous les membres du concile, que sur le texte même des projets. Dans cette votation, on pouvait adhérer avec des restrictions qu'on présentait par écrit {placet jiixta modum), tandis que dans la session solennelle on ne pouvait voter que par oui ou par non.

Une nouvelle opposition s'éleva contre cet ordre des affaires revisé, mais elle ne provenait guère que de la sixième partie des Pères; de nouvelles pétitions furent répandues, mais ne trouvèrent pas d'écho auprès de la majorité, ce qui n'empêcha pas les représentants de la minorité d'affirmer dans la presse que leur sentiment, « étant plus exact », devait prévaloir.

Les congrégations générales, interrompues depuis le 22 février, ne furent reprises que le 18 mars ; le schéma de la foi, revu par la députation dogmatique, qui sur ces entrefaites avait tenu quatorze séances, fut soumis à une nouvelle délibération : elle dura jusqu'au 19 avril (quarante-sixième congrégation générale) et occupa en outre plusieurs séances do la députation. Le projet relatif aux vérités générales et aux plus grossières erreurs de notre temps fut corrigé après de longs et pénibles travaux, tandis que le thème sur l'enseignement du pape, qui devenait de plus en plus l'objet de l'attention générale, augmentait encore la surexcitation.

La question de l'infaillibilité du pape.

130. Les prélats et les théologiens clairvoyants avaient compris dès le début qu'un concile œcuménique réuni au dix-neuvième siècle ne pouvait pas s'empêcher de condamner le gallicanisme et le fébronianisme, et qu'il devait notamment se prononcer avec clarté sur l'enseignement infailhble du pape. Parmi les cardinaux, deux seulement avaient, en 1865, émis leur opinion sur cette vieille controverse, tandis que plusieurs évêques éminents de France, de Belgique, d'Angleterre, d'Espagne, de Hongrie et d'Allemagne, la faisaient ressortir dans

Mß HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

leurs notes. Dans la commission dogmatique préparatoire, cette controverse fut discutée les 11, 18 et 25 février 1869. On convint à l'unanimité que l'infaillibilité du pape parlant ex cathedra pouvait être définie comme dogme de foi. Cependant tous les consulteurs, un seul excepté, furent d'avis de ne pas proposer l'affaire au concile,' si les évêques ne faisaient pas eux-mêmes une proposition dans ce sens, et c'est pourquoi on ne s'en occupa point lors de la préparation du schéma sur le pape (22 avril). On se contenta, en prévision de ce cas (18 juin), d'élaborer un schéma particulier, qui toutefois ne fut pas terminé.

En 1869, plusieurs évêques, notamment Mgr Manning, archevêque de Wesminster , soutinrent dans des ouvrages spéciaux la nécessité de bannir une fois pour toutes de l'Église les erreurs du gallicanisme et du fébronianisme, qui avaient déjà fait tant de ravages dans le corps de l'Église, conduit à la négation des plus importantes vérités et engendré des divisions ; ils demandaient qu'on opposât à ces erreurs la doctrine franchement orthodoxe, telle qu'elle avait été énoncée déjà par les théologiens les plus autorisés et par tant de conciles provinciaux, en l'appuyant sur les définitions de Lyon (1274) et de Florence, sur l'Écriture et la tradition. Cette doctrine, au surplus, avait été déjà énoncée en termes suffisamment clairs dans l'adresse remise au pape en juillet 1867 par quatre cent quatre-vingt-cinq évêques, entre lesquels figuraient les archevêques de Paris, Reims, Gran, Olmutz, Colocza, Cologne, les évêques d'Orléans, Grenoble, Saint-Gall et Mayence. Aussi déjà en décembre 1869 un grand nombre de Pères avaient projeté une motion relative à cette définition, laquelle au 13 janvier contenait beaucoup de signatures, dont le nombre en ce mois augmenta encore de quatre cents.

Cette proposition souleva dans le concile et hors du concile un violent orage. Tandis que plusieurs évêques s'élevaient avec force contre l'opportunité de cette demande, d'autres, plus ou moins entachés de principes gallicans et fébroniens, combattaient le fond même de la proposition ; de son côté, la presse hostile l'attaquait et la dénaturait de mille manières.

Le 12 janvier 1870, plusieurs évêques allemands, autrichiens et français demandèrent au pape, dans deux requêtes, que cette

LA RÉVOLUTION Di^S L'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 247

proposition ne fût pas soumise au concile. La même demande fut faite (15, 18 janvier) par un grand nombre d'évêques de l'Amérique du Nord et de l'Orient, qui invoquaient surtout la raison d'opportunité. Cette théorie émise par Mgr Maret , évêque titulaire français, dans un ouvrage sur le concile : que le pape était obligé d'adhérer au décret de la majorité des Pères, avait d'abord trouvé beaucoup d'écho; mais l'opposition, se voyant en faible minorité, la laissa complètement tomber, et la remplaça par cette doctrine, nullement fondée en théologie et en histoire, que l'unanimité morale était requise pour les décrets dogmatiques , et qu'en face d'une portion notable d'évêques dissidents on ne pouvait rien définir. Cette question suscita une multitude d'écrits : car la majorité se hâtait de réfuter les brochures distribuées par la minorité.

Négociations sur le débat relatif à l'infaillibilité.

131. Ainsi qu'on pouvait le prévoir, la commission chargée de l'examen des propositions rejeta la demande de la minorité, offensante pour la majorité du concile, et approuva la proposition de celle-ci. Le 6 mars, on ajouta au schéma sur TÉghse déjà distribué le projet d'un chapitre supplémentaire. Ce chapitre, basé sur le deuxième concile de Lyon et sur la formule du pape Hormisdas, énonçait, d'après le concile de Florence, que le pape, en vertu d'une assistance divine particulière, est infaillible dans les choses de la foi et de la morale.

Tandis que la majorité était d'avis qu'il fallait s'occuper immédiatement de cette proposition, précisément à cause de l'opposition violente qu'elle rencontrait, et la faire passer avant toutes les autres matières, les cardinaux présidents hésitaient devant les dangers que l'opposition leur faisait pressentir, de sorte que plusieurs prélats zélés les accusèrent de trop de condescendance. Les évêques de la minorité, désireux de faire ajourner la proposition, sollicitèrent et obtinrent la prolongation du terme pendant lequel ils devaient présenter leurs observations , et demandèrent le maintien de l'ordre des chapitres tel qu'il se trouvait dans le projet sur l'Église. Ils présentèrent, soit isolément, soit en commun, des avis et des remarques, tantôt pour combattre l'opportunité, tantôt pour

affaiblir los preuves de l'infaillibilité du pape, en même temps qu'ils répandaient contre elle des écrits où l'on rencontrait parfois des opinions déjà censurées par l'Église.

On cherchait à intimider les défenseurs de la vieille doctrine soutenue par les écoles catholiques ; on trouvait mauvais que le pape les louât et les encourageât par des brefs , comme, par exemple, le bref adressé à dora Guéranger, abbé de Solesmes (13 mars). C'est pourquoi la majorité présenta en avril une nouvelle requête ainsi conçue : « Comme on propage chaque jour, et avec un empressement de plus en plus visible, des écrits par lesquels la tradition catholique est attaquée, la dignité du concile abaissée, les consciences des fidèles troublées, les dissidences qui régnent même parmi les évêques augmentées, la paix et l'unité de l'Église encore plus gravement compromises; comme, d'ailleurs, le moment approche où il sera peut-être nécessaire de suspendre les séances du concile (à cause des chaleurs de l'été), et qu'ainsi il y a lieu de craindre que la question qui agite les esprits ne demeure sans solution... nous demandons que le schéma sur Tinfaillibilité du souverain pontife soit soumis sans aucun retard aux délibérations du concile. »

Près de quatre cents évêques déléguèrent dans ce but quelques-uns de leurs membres aux cardinaux et au pape lui-même. Le 29 avril, Pie IX^ après avoir entendu les cardinaux, agréa leur demande. Les évêques l'en remercièrent le jour même, et avec d'autant plus de joie qu'il venait d'opposer un remède efficace au mal qui allait s'aggravant jusqu'à l'excès, à la joie des ennemis de l'Église, aux angoisses des fidèles, au péril de la foi : car l'infaillibilité du pape était devenue un signe de contradiction, et sa prérogative était souvent attaquée de telle sorte qu'on atteignait jusqu'à la primauté de Pierre et de ses successeurs. C'était là une raison décisive de se hâter.

Troisième session. — Autres négociations.

132. Cependant le schéma revisé sur la foi catholique était mùr pour la discussion. Il fut accepté solennellement le 24 avril (dimanche in alöis), dans la troisième session publique, par tous les Pères qui se trouvaient présents (six cent soixante-sept; plusieurs étaient rentrés dans leurs diocèses pour la fête de

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 249

Pâques , d'autres se trouvaient indisposés et quelques-uns étaient morts), puis approuvé par le pape et publié. La constitution Dei Filius, après une introduction qui se rattache aux travaux du concile de Trente et roule sur les erreurs du panthéisme, du naturalisme et du rationalisme, comprend quatre chapitres : 1° sur Dieu créateur de toutes choses; 2° sur la révélation ; 3° sur la foi ; 4° sur les rapports de la foi et de la raison. A ces chapitres sont annexés plusieurs canons où il est fait allusion aux erreurs de Baïus, Bautain, Hermès, Frohschammer, etc. Aucun décret disciplinaire ne fut publié, parce qu'aucun des quatre projets présentés et souvent discutés dans les congrégations générales n'avait encore abouti. Ces décrets avaient trait aux évêques et aux synodes, aux sièges épiscopaux vacants, à la conduite des clercs et au petit catéchisme.

Immédiatement après la troisième session, ce dernier sujet fut repris dans la quarante-septième congrégation générale- (26 avril), d'après le projet revisé touchant l'uniformité de catéchisme, désirée surtout en France et dans l'Amérique du Nord ; il fut discuté jusqu'au 4 mai (quarante-neuvième congrégation générale), dans des rapports de commission et des discours.

Le dernier jour, le projet fut adopté par quatre cent quatrevingt-onze voix sur cinq cent quatre-vingt-onze votants et rejeté par cinquante-six ; quarante- quatre proposèrent des amendements, qu'ils présentèrent par écrit; la commission de discipline en fit un rapport le 13 mai, mais il n'y eut plus de vote définitif. La question dogmatique se présenta dès lors au premier plan, et le même jour (cinquantième congrégation générale), Mgr Pie, évêque de Poitiers, fit un rapport sur la première constitution de r Église de Jésus-Christ, après que la députation pour les choses de la foi eut examiné avec soin différentes formules.

Le 18 mai, plusieurs prélats français, allemands et autrichiens avaient remis aux cardinaux présidents une protestation contre l'interversion de l'ordre du premier schéma en faveur de la question de l'infaillibihté, tout en sachant bien que dans l'état actuel des choses on ne pouvait plus donner suite à leur demande sans offenser la majorité.

âoO HISTOIRE DE L'ÉGLISE-

Discussion du projet sur le pontife romain.

133. La députation de la foi avait déployé une ardeur infatigable, examiné diverses formules, apprécié les objections soulevées. La discussion générale sur le schéma du pontife ix)main, divisé en quatre chapitres, fut ouverte le 14 mai (cinquante et unième congrégation générale) par le vieux cardinal vicaire Patrizi. L'orateur rappela les témoignages de l'Eglise romaine sur l'inerrance des décisions dogmatiques du pape, et releva les malentendus qui avaient eu lieu à ce sujet. Dans les quatorze réunions qui eurent lieu (52 - 64), soixante-cinq orateurs parlèrent pour ou contre le projet, et les divergences commencèrent à paraître. Les deux partis luttèrent avec habileté et avec chaleur, et empiétèrent déjà sur la discussion particulière. Cette raison, jointe aux redites nombreuses et fatigantes qui s'étaient déjà produites, décida le 3 juin la majorité, qui dépassait le chiffre de cent cinquante et qui fut renforcée encore par des adversaires mêmes du décret, à demander la clôture de la discussion générale et l'ouverture des débats particuliers.

Cette demande ne fut repoussée que par quatre-vingt-un membres. Les débats spéciaux absorbèrent vingt-deux congrégations générales (65- 86, du 6 juin au 16 juillet); l'introduction et les trois premiers chapitres du projet n'occupèrent que peu de temps, mais il n'en fut pas de même du quatrième chapitre, sur lequel cinquante-sept orateurs prirent la parole : près de cent amendements furent présentés, en partie par la majorité, désireuse de complaire à la partie adverse.

Plusieurs orateurs des deux partis renoncèrent enfin à prendre la parole, pour ne pas répéter ce qui avait été dit tant de fois, et ne pas ajourner la clôture des débats ; on la désirait d'autant plus vivement que le concile, malgré la demande d'un grand nombre, avait refusé de se proroger, tout en permettant à quelques-uns de partir pour des raisons importantes. Le 13 juillet, six cent un membres présents votèrent sur l'ensemble du schéma ; quatre cent cinquante et un donnèrent leur plein assentiment ; soixante-deux firent des réserves ; quatrevingt-huit le rejetèrent. Parmi ceux qui donnèrent une adhésion conditionnelle, juxta modum, il y en avait plusieurs qui de-

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 251

mandaient une rédaction plus accentuée. Leurs propositions furent encore examinéesdansla députation dogmatique, et deux furent acceptées, notamment celle-ci : que les définitions dogmatiques du pape sont irréformables en elles-mêmes, non en vertu de l'assentiment de l'Église (comme le voulaient les gallicans). Il s'agissait de caractériser en termes précis le représentant de l'infaillibilité de l'Église et de ne pas laisser de place libre aux interprétations des gallicans. Il fallait terminer la lutte qui existait dans l'Église entre les diverses opinions, après que la théologie libérale s'était permis de nombreuses manifestations hostiles au Saint-Siège, et que le mal s'était révélé dans toute son étendue. Il convenait que la question fût soumise à un examen approfondi , Ubrement débattue et vidée enfin par un concile œcuménique.

Sur ce point, les travaux de l'oppositiou conservent leur valeur; ils sont pour les contemporains et pour la postérité une preuve que cette grande question a été examinée et retournée dans tous les sens, qu'on y a fait usage de toutes les ressources humaines qui peuvent aider à la découverte de la vérité. Tantôt les évêques ont donné la première place aux idées générales ; tantôt ils se sont appesantis sur des questions de détail, sur des passages de la ßible et des Pères, sur des faits historiques, sur des expressions théologiques. Les évêques eux-mêmes, tant qu'une définition n'est pas intervenue, usent de la liberté d'exprimer leur opinion, que les papes leur ont reconnue (page 21 et suiv.) ; ils manifestent les idées qu'ils tiennent de leur éducation, des écoles d'où ils sont sortis, du caractère de leur pays; ils participent aux inconvénients et aux avantages de leur temps.

Objections et solutions.

134. Parmi les discussions multiples et approfondies que suscita cette aff'aire, nous relèverons les suivantes : a) La minorité disait : « On ne doit riendéfinir dogmatiquement sans une nécessité extérieure pressante.»— Cette nécessité, répondait-on, existe présentement , puisque la primauté elle-même est si violemment attaquée : la définition, qu'on disait inopportune, est rendue nécessaire, à) a Ce que Jésus-Chist n'a pas lui-même

énoncé^ ne peut devenir l'objet d'un dogme.» — Et cependant il est de dogme que l'extrême-onclion est un sacrement, que la messe est un sacrifice, que Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie en vertu de la transubstantiation, quoique les Évangiles ne contiennent aucune parole de Jésus-Christ qui s'y rapporte, c) On trouvait que la doctrine attaquée n'était pas suffisamment motivée dans les Evangiles. — Et cependant les paroles prononcées par Jésus-Christ sont d'une grande précision ; les passages qui prouvent la primauté prouvent aussi, d'après l'interprétation traditionnelle de TEglise, l'inerrance de son chef, et saint Matthieu, xvi, 18, en démontrant la perpétuité et l'infaillibilité de l'Église , démontra en même temps celle de Pierre, son fondement, d) L'obscurité prétendue de la tradition sur ce point est éclairée par les témoignages innombrables des Pères et des conciles, comme par la formule du pape Ilormisdas ; la définition n'apparaît que comme le développement et le commentaire de ce qui est implicitement contenu dans les anciens conciles et explicitement déclaré par les derniers conciles particuliers, e) Si le mot « infaillible » n'est ni dans la Bible ni conforme à l'ancien langage de l'Église, on en peut dire autant de 1' « horaousion » ; le mot « infaillible » est le signe de reconnaissance et de ralliement des catholiques actuels, comme celui d' « homousion » l'était pour les catholiques du quatrième siècle, f) « Toutes les objections, toutes les difficultés scientifiques ne sont pas encore résolues. » — Si l'on avait voulu attendre qu'elles le fussent, on n'aurait point encore aujourd'hui de définition sur la Trinité et l'Incarnation, pas même sur le canon de la Bible ; de plus, les conclusions d'une science, quelle qu'elle soit, qui sont contraires à la doctrine générale de l'Église, sont d'autant plus voisines de l'erreur, que cette doctrine résulte plus manifestement des sources de la révélation. Entre ces sources et la véritable science, il ne peut y avoir de vraie contradiction, comme l'enseigne la constitution dogmatique sur la foi catholique, unanimement acceptée, g) Les exemples de Libère, d'Honorius, de Formose et d'autres papes n'ont rien à voir ici ; on n'a jamais prouvé qu'une erreur ait été établie par une définition ex cathedra, h) S'il est possible qu'un pape, ainsi qu'on l'avoue, apostasie la foi comme personne privée, cela n'a rien de commun avec

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 253

l'infaillibilité officielle conférée au docteur suprême pour le bien des fidèles; l'assistance que lui a promise Jésus- Christ ne lui permettra jamais de sanctionner l'erreur, i) Ce don est un attribut divin, et non l'impeccabilité, comme on voudrait le faire croire. De même que les monotliélites ne pouvaient concevoir qu'il y eût dans l'unique personne de Jésus-Christ une volonté divine et une volonté humaine, sous prétexte que celleci n'exclut pas la possibilité de pécher : ainsi les adversaires ne peuvent pas comprendre que dans la personne du pape la fragilité humaine se concilie avec la prérogative de l'infaillibilité ; ils empruntent à la première leurs objections contre la seconde, tandis qu'elles appartiennent à des domaines différents : la fragilité est de l'ordre naturel; l'infaillibilité, de l'ordre surnaturel (Valerga). k) On prétend que le décret en question rendra les conciles superflus et dépouillera les évêques de leurs fonctions de juges ; on se trompe : le pape, avant de décider, doit employer tous les moyens humains et ordinaires dont il dispose, et les conciles font partie de ces moyens ; les évêques, qu'il entend et consulte, restent les premiers juges de la foi dans leurs diocèses; ils peuvent juger avec indépendance, encore que la décision finale appartienne au pape, lequel, en sa qualité de chef vivant, ne peut jamais être séparé de la totalité des évêques. /) On craint que des malentendus n'aigrissent les gouvernements temporels, que les Orientaux et les protestants ne soient effrayés, qu'il ne se produise des schismes au sein même de l'Église, etc. — Ces dangers, d'après les expériences faites par d'autres évêques (ceux de Westminster, d'Utrecht, de Malines, le patriarche Hassoun) sont nuls ou exagérés, et là où ils existent, ils ne sont pas comparables au péril de voir l'autorité ecclésiastique céder aux menaces de la politique et des savants, de voir la pureté de la foi compromise. Il y eut aussi des divisions après les conciles de Nicée, d'Éphèse, de Chalcédoine; mais la vérité et la lumière ne sauraient jamais être un malheur.

Quatrième session.

135. La crainte des dangers qu'ils redoutaient détermina encore plusieurs évêques de la minorité à conjurer le pape de ne pas publier le décret, ou du moins de l'ajourner à des temps

plus favorables, alors qu'on pourrait le publier en même temps que les autres décrets relatifs à l'Église. Cette tentative ayant échoué, plusieurs résolurent de partir avant la session solennelle et de renoncer à leur droit de vote. Le 17 juillet, cinquante-cinq évêques de l'Allemagne, de l' Autriche-Hongrie et de l'Amérique du Nord écrivirent au Saint-Père pour lui rappeler qu'ils persévéraient dans leurs vues et lui transmettre leur résolution de ne pas assister à la session, afin de n'être pas obligés de réitérer leur non en sa présence. Cette protestation mettait fin à la résistance.

Dans la quatrième session solennelle, le 18 juillet 1870, tous les évêques présents, au nombre de 535, déposèrent un placet; deux seulement firent exception, l'un de Sicile, et l'autre de l'Amérique du Nord, mais ils ne tardèrent pas à se soumettre. 11 y avait donc en réalité unanimité parfaite. Pas un Belge, pas un Hollandais, pas un Espagnol, Portugais et Sud-Américain ne fit défaut dans ce placet ; l'Angleterre, l'Irlande, la France et l'Amérique du Nord étaient largement représentées parmi les votants. Plus de deux cents évêques qui n'étaient plus présents à Rome se joignirent encore à eux dans la suite. Pie IX, salué par des acclamations de joie après qu'il eut sanctionné le concile par sa bulle Pastor œternus, disait dan^ une courte allocution : « L'autorité suprême du pape ne supprime pas les droits des évêques ; elle les appuie au contraire et les affermit. Que celui qui juge maintenant dans l'émotion sache que Dieu ne réside pas dans la tempête, mais dans le calme et la sérénité (III Reg., xix, 11 et seq.) ; qu'il se souvienne de son ancienne profession. Puisse le Seigneur, qui seul opère des choses grandes et merveilleuses, éclairer les esprits et pénétrer les cœurs des hommes, afin que tous soient un avec le représentant de Jésus-Christ, qui les aime tous d'un ardent amour et désire être en union avec eux, afin que tous combattent les combats du Seigneur et amènent le triomphe de la vérité ! »

Parmi les membres du corps diplomatique, on ne remarquait dans la salle du concile que les ambassadeurs de Belgique, de Hollande et de quelques répubhques de l'Amérique du Sud ; les ambassadeurs des grandes puissances et des autres États s'étaient abstenus. Quand on se rappelait les grandes difficultés

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suscitées aux Pères de Trente par les gouvernements temporels presque à chaque démarche des orateurs, on regrettait peu cette absence. Mais il était vraiment édifiant de voir l'enthousiasme des fidèles, dont plusieurs étaient venus de loin et attendaient ce jour avec impatience.

Suspension du concile.

136. Sous le poids de la chaleur de l'été et en présence de la guerre franco-allemande, le nombre des prélats qui se trouvaient à Rome diminua rapidement, car il n'était guère croyable que de longues délibérations pussent avoir lieu avant l'automne. Cependant près de cent quatre-vingts Pères, la plupart Orientaux ou trop éloignés de leur pays, restèrent à Rome. Un nouveau projet de loi disciplinaire sur les missions apostoliques fut soumis à leurs délibérations, un autre relatif à la vacance des sièges épiscopaux, et un troisième sur la conduite des clercs. Mais on n'eut plus le temps de rendre des décrets. Quand Rome fut tombée au pouvoir des Piémontais, le pape, par décret daté du 20 octobre 1870, ajourna le concile à des temps plus heureux, alors qu'il aurait recouvré sa liberté, sa sécurité et son repos, et que l'Église serait délivrée de tant de commotions.

Le fruit le plus important du concile fut d'avoir donné le coup de mort au vieux gallicanisme et abrité l'autorité du magistère enseignant contre les prétentions de la fausse science. Ceuxlà mêmes d'entre les évêques de la minorité qui avaient le plus combattu la définition, y adhérèrent ensuite, et, malgré toutes les tentatives, aucun ne voulut consentir à se mettre à la tête d'un parti contraire au concile : ce parti ne compta que quelques prêtres et les laïques qu'ils avaient entraînés.

Acta et Décréta SS. et cœcum. Concilii Vat., Friburgi Brisg., 1870 et seq., fascic. I etil; das œkumeu. Concil. Stimmen aus Maria-Laach., N. F., Fribourg, 1869 et suiv.; das œkumenische Concil, Pei'iodische Blaetter, Regensburg, 1869 et suiv.; Civiltà cattolica, 1869-1871, en divers endroits; Archiv für kath. K.-R., t. XXIII et suiv. ; Actes et Bist, du Conc. de Rome, premier du Vatican, publ. sous la direction de Victor Fiond, Paris, Abel Pilon, éd., ouvrage de luxe en 8 volumes (il a

peu de valeur historique) ; Cecconi, Histoire du Concile universel du Vatican, d'après les Actes originaux, trad. de l'ital. en allem, par Molitor, Ratisbonne, 1873 (trois autres vol. ont paru en italien en 1878-1879); Historisch-politische BIsetter, t. LXV, p. 707 et suiv.; t. LXVî, p. 500 et suiv. ; l'évèque Martin, die Arbeiten des vaticanischen Conçus, Paderborn, 1873, avec Omnium Conc. Vatic, quse ad doctrinam et disciplinam pertinent, document, collectio, ib., 1873 ; l'évèque Feszler, das vaticanische Concil, dessen seuszere Bedeutung und innerer Verlauf, Vienne, 1871 ; Roscov.,Rom. Pontif., t. VH; Rolfus, Kirchengeschichtliches in chronologischer Reihenfolge von der Zeit des letzten vaticanischen Concils bis auf unfere Tage, I sect., Mayence, 1877; de Schœtzler, die ersten Glaubensbeschlüsse des vaticanischen Concils, Fribourg, 1870, etc. Adversaires du concile : lord Acton, zur Gesch. des vaticanischen Concils, Munich, 1871 ; Friedberg, Sammlung der Aclenstücke zum ersten vaticanischen Concil, Tübingue, 1871 ; Fxüedrich, Monumenta ad illustrandum Concilium Vatic. , Noerdlingen, 1871, 2 vol. ; le même, Tagebuch, wsehrend des vaticanischen Concils geführt, ibid., eod. an. (là-dessus, cf. Merkle, dans Augsb. Pastoralblatt, 1872, nr. 2-7; mon ouvrage, Kath. Kirche, p. 1003 et suiv.); le même, Gesch des vaticanischen Concils, Nœrdlingen, 1877, t. I (cf. Hist.-pol. Bl., 1877).

Contre-coup et progrès de la révolution dans les différents pays.

L'empire d'Allemagne et la confédération allemande. — Ëtat de l'empire d'Allemagne.

137. L'ancien empire d'Allemagne avait depuis longtemps perdu son éclat. L'empereur était complètement éclipsé par les princes territoriaux et surtout par la puissance de la Prusse ; les seigneurs ecclésiastiques, quoique souvent imbus de l'esprit du temps, étaient menacés dans leurs possessions et leurs droits par la convoitise des souverains temporels ; partout régnaient le désordre et la confusion. Voltaire et son école exerçaient une influence prépondérante sur les classes élevées; la science protestante, le fébronianisme, l'aversion pourle Saint-Siège^ avaient pris racine dans une portion notable du clergé ; le faste, l'amour des plaisirs avaient envahi plusieurs cours ecclésiastiques, les chapitres de cathédrales et de collégiales, presque exclusivement composés des fils de la noblesse, et même d'un grand nombre d'abbayes et de couvents, dont les membres faisaient

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souvent partie de la société des illuminés ou de la franc-maçonnerie.

La population allemande se montrait plus attachée aux mœurs héréditaires ; mais elle était souvent tiède et indolente, égarée par ses pasteurs. Le catholicisme n'avait point de crédit ; le paganisme d'un Gœthe, le pouvoir magique des idées de liberté, l'esprit de mécontentement, pénétraient de plus en plus dans les différentes classes de la société. Les souverains, si tyranniques d'ailleurs, ne faisaient rien pour conjurer le danger; les orages mêmes qui se préparaient en France ne les faisaient point réfléchir, ou plutôt ils travaillaient eux-mêmes à la destruction du vieil empire. L'alliance prussienne formée par les princes en 1785 travaillait déjà à l'établissement d'un État fédératif sous l'hégémonie de la Prusse et en dehors de l'empereur. La diète de l'empire ne se soucia point de la défection du cercle bourguignon et du territoire de Liège, et n'appuya que faiblement les princes allemands, si gravement atteints par la suppression du système féodal.

Quand déjà les Français s'emparaient de plusieurs villes du Rhin et y étabhssaient la république (1793), la Prusse se prononça contre l'empereur, qui demandait un armement général ; les cercles plus éloignés ne s'inquiétaient point du péril que couraient les autres États alliés. En vain François II, en 1795, adjura-t-il une dernière fois les princes de l'empire, au nom de Dieu et de la patrie, de remplir loyalement les devoirs qui leur étaient imposés par le hen de l'empire et par les lois, d'affronter les dernières extrémités plutôt que de signer dans une paix honteuse l'opprobre de l'Allemagne et la ruine de la constitution impériale.

Déjà la Prusse avait secrètement pourvu à ses intérêts, et, par le traité conclu à Bàle avec la république française, le 5 avril 1795, détaché l'Allemagne du Nord de l'Allemagne du Sud, où pénétrèrent ensuite les armées françaises. En 1796, le duc de Wurtemberg et le margrave de Bade conclurent avec la France un traité secret, par lequel ils trahissaient l'empereur et l'empire et se faisaient en récompense garantir une quantité de biens ecclésiastiques. Un souffle de corruption précédait partout les malheurs qui allaient éclater.

Pacca , Mémoires historiques sur son séjour en Allemagne, J786- 1794, trad. de l'ital., Aiigsb., 1832; Neueste Gescli., livre II, p. 205 elsuiv.; III, p. 568 et suiv. ; IV, p. 674 et suiv. ; Robiano, t. III, p. 58 et seq.; Boost, Gesch. der Ref. und Revol. in Deutschi., Augsb., 1844; K, A. Menzel, N. Gesch. d. D., Breslau, 1847, XK, n, p. 160 et suiv., 246 et suiv.; W. Menzel, die 120 Jahre von 1740 bis 1860, t. III; Klein, Gesch. von Mainz wtehrend der ersten franzœsischen Occupation, iVIayence, 1861. Traité de Wurtemberg et de Bade, 1796 : Ami de la religion, 1 9 et 22 août 1854. La sécularisation des principautés ecclésiastiques était déjà mise en perspective par la France en 1796; elle fut exigée à Rastadt en 1797 et accordée en 1798 par la députation de l'empire. Correspondance de Napol., vol. III, 383 et seq., n. 2303 et seq.; Il, 497.

Le traité de Lunéville.

438. Les fautes des princes, l'incapacité des généraux, différentes causes intérieures et extérieures rendirent mallieureuse pour l'Allemagne la guerre qu'elle eut à soutenir avec la république française ; les succès remportés en 1799 parle duc Charles, qui organisa le Landsturm, furent annulés en grande partie par la bataille de Marengo, et la prépondérance de la France fut défluitiveiuent assurée par le traité de Lunéville (9 février 1801). Par ce traité, l'empire d'Allemagne cédait à la France, sans aucun dédommagement, toutes les possessions ecclésiastiques et séculières de la rive g.mche du Rliin, avec les provinces belges et les fiefs de l'empire situés en Italie : ainsi non seulement tous les princes héréditaires qui perdaient des domaines au delà du Rhin, mais encore des princes italiens (ceux de Toscane et de Modène) et le prince de Nassau-Orange, devaient être dédommagés dans le reste de l'Allemagne par des biens ecclésiastiques sécularisés — comme les États protestants le réclamaient depuis longtemps à grands cris — et par la remise d'un certain nombre de villes impériales libres. C'était peu que l'Église fût spoliée de toutes ses possessions au delà du Rhin : il fallait encore indemniser de ce côté- ci les souverains temporels qui avaient subi des pertes ; de l'autre côté il fallait dédommager jusqu'à des princes qui se retiraient de la lutte pendant que ses auteurs y persévéraient fidèlement, pour

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s'allier avec l'ennemi de l'empire, qui tantôt donnait des couronnes et tantôt les reprenait, jusqu'à ce que le lien de l'empire, anéanti de fait, se brisât aussi extérieurement.

Le traité portait expressément que les pertes de l'empire n'étaient pas considérées comme des pertes pour les différents princes qui en faisaient partie, mais comme des pertes pour l'ensemble, et qu'elles seraient collectivement supportées. Aussi la masse des pertes aurait dû être répartie sur la totalité de l'ancien empire ; tous les princes du haut Rhin (c'était déjà une injustice de ne dédommager que les princes héréditaires) devaient perdre quelque chose de l'étendue de leurs domaines, et la perte totale devait être égalisée par la cession de tous les États encore subsistants de l'empire.

L'empereur annonça le traité à la diète de Ratisbonne (21 février) et en demanda la ratification, en disant que la guerre ne cesserait qu'à ce prix. L'empire ratifia ce traité le 6 mars. L'empereur repoussa la prière que lui firent les petits États de l'empire de se charger lui-même de l'arrangement (26 juin) : devant l'attitude de la France, il ne voyait pas la possibilité de rendre justice aux princes ses alliés. Lorsque le prince- électeur de Cologne, Maximilien,! qui était en même temps prince-évêque de Munster, vint à mourir (27 juillet), la France et la Prusse s'opposèrent à toute élection nouvelle; cependant les deux chapitres élurent l'archiduc Victor-Antoine.

L'empereur, tout en blâmant la Prusse de sa conduite illégale et de sa protestation, empêcha cependant l'archiduc d'entrer en fonctions, pour ne pas troubler l'affaire du dédommagement. La députation de l'empire (Mayence électorale, Bohême, Saxe électorale, Brandebourg, Palatinat bavarois, Wurtemberg, Hesse- Cassel, le grand maître de l'ordre Teutonique), créée en octobre 1801 pour traiter la question de dédommagement, dépendait entièrement de la volonté de Bonaparte, qui voulait détruire la prépondérance politique de l'empire d'Allemagne. Plusieurs princes, avides d'agrandissement, abandonnèrent la décision au ministre de France Talleyrand et à ses agents. Talleyrand conclut des traités particuliers avec la Prusse, le Wurtemberg, Nassau-Orange ; la Russie les approuva (16 juillet 1802), sauf quelques restrictions pour Oldenbourg et Mecklenbourg. Alors les troupes prussiennes s'emparèrent d'Hildesheim et de

Î60 msTOiRE DE l'église.

Goslar; celles de la Bavière, de la principauté de Passau.

L'empire trahi ne connut qu'au moment de leur exécution les mesures prises par les maîtres qui disposaient de lui. François II déclara que ses intentions concernant les dédommagements avaient été déjouées par les négociations des cours allemandes avec la France et la Russie. L'Autriche s'opposa à une plus grande extension de la Bavière ; mais la Prusse prit encore d'autres territoires à Munster et à Mayence.

La députation de l'empire allait commencer, en août 1802, ses travaux à Ratisbonne, lorsque la France et la Russie intervinrent ouvertement comme médiatrices, s'immiscèrent dans toutes les affaires intérieures, favorisèrent les princes allemands qui (comme ceux de Prusse et de Bavière) avaient conclu avec elles des traités particuliers, et jugèrent en maîtres toutes les démarches de la députation, qui se vit à la fin complètement à la merci des étrangers.

Leo, V, p. 382-388; K. A. Menzel, p. 317 et suiv.; Haeusser, II, p. 334 et suiv., 375 et suiv.; Thiers, Hist. du Consulat, t. IV, livre XV; Mémoires du chevalier de Lang, II, p. 53 ; Gams, I, p. 311 et suiv.

Reoez de la députation de l'empire.

139. Non seulement le recez de la députation de l'empire, du 25 février 4803 (ratifié par l'empire le 24 mars, par l'empereur le 27 avril avec d'importantes réserves), sécularisa et partagea toutes les fondations, abbayes et couvents qui relevaient de l'empire immédiatement ou médiatement, mais toutes les affaires de ce genre furent mises à la disposition des souverains. D'après le § 3o, tous les biens des fondations, des abbayes et des couvents situés dans les anciennes comme dans les nouvelles possessions, protestantes ou catholiques, sur l'emploi desquels rien n'avait été expressément décidé, devaient être à la libre et complète disposition des souverains, soit pour subvenir au culte, aux écoles et autres établissements d'utilité publique, soit pour alléger leurs finances, avec réserve d'une dotation permanente pour les églises cathédrales, « qui devaient être conservées », et d'une pension pour les ecclésiastiques sécularisés. On donnait ainsi à la plupart des princes protestants de l'em-

LÀ RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 261

pire le privilège formel de spolier l'Église catholique, bien que les protestants ne fissent à peu près aucun sacrifice. Il y a plus : tandis qu'on enlevait aux catholiques leurs couvents, ceux des protestants étaient maintenus, bien qu'ils n'eussent plus aucune signification religieuse. On commit une injustice plus grande encore en donnant à plusieurs États (la Prusse, Bade, la Bavière, Hesse-Darmstadt, Hesse -Cassel) beaucoup plus qu'ils n'avaient perdu. Un bon tiers de toutes les fondations aurait pu être conservé. On dédommagea également des princes qui n'avaient rien sacrifié, tels que ceux du Hanovre, du Brunswick, d'Oldenbourg; et tandis qu'on indemnisait jusqu'à une obole près les princes héréditaires, le maximum et le minimum de la pension assignée à ceux qu'on dépouillait de leurs légitimes possessions ne furent fixés qu'en termes généraux : on s'en rapporta à la générosité des occupants, qui se montrèrent fort parcimonieux. Quant à la nouvelle dotation des diocèses et des chapitres, ils n'y songèrent point; ils cherchèrent au contraire à s'enrichir par de nouveaux pillages dans les trésors des églises.

Sur les deux rives du Rhin l'Église d'Allemagne, autrefois la plus riche de la chrétienté, perdit 1719 milles carrés, plus de trois millions d'habitants et un revenu qui dépassait vingt et un millions de florins (non compris les couvents); joignez-y les actes de vandaUsme et de profanation commis dans plusieurs églises, les vases sacrés, les ostensoirs, les ornements confisqués et vendus aux Juifs, le pillage et le gaspillage des plus riches bibliothèques et des joyaux d'églises. Les commissaires de Bade et de Bavière, chargés de cette œuvre de destruction, se signalèrent surtout par leur brutalité et leur violence. Tandis que , conformément à l'édit de tolérance de Joseph II (1782), la rehgion devenait de pins en plus libre, que la Prusse et le Wurtemberg proposaient à la députation de l'empire d'accorder la tolérance universelle des cultes, les catholiques étaient aujourd'hui asservis dans leurs propres pays non moins que dans les territoires protestants.

Dès le 26 août 1801, malgré la résistance des anciens États, la Bavière avait autorisé l'établissement des prolestants, et le 10 août 1803, elle publiait un édit de tolérance très étendu. Montgelas, ministre libre penseur,, foula aux pieds sans aucun

ménagement les droits des habitants catholiques ; dans la principauté de Wurzbourg, nouvellement occupée, les protestants Paulus et Fuchs furent appelés dès 1803 à la Faculté de théologie, bien qu'il n^y eût point d'étudiants protestants ; puis, en 1804, Martini y fut appelé de Rostock et Niethammer d'Iéna, pour former avec les professeurs catholiques une section « de la science divine ». Les candidats du sacerdoce furent contraints, sous les yeux et malgré les protestations au prince-évêque détrôné, l'archevêque George-Charles de Fechenbach, d'assister aux leçons de ces nouveaux professeurs. Le rationalisme semblait définitivement triompher.

Protokoll der auszerordentlichen Reichsdeputation zu Regensburg, 2 vol., avec 4 opuscules d'appendices, Ratisbonne, 1803. Le recez dans Walter, Fontes, p. 138-180. Avis de la diète de l'empire du 24 mars et décret impérial du 27 avril, ibid., p. 180-186. Gaspari,der Deputationsrecesz mit Erlaeuterungen , Hambourg, 1803; Schmidt, Gesch. der Deutschen, continuée par Milbiller, part. XXI, p. 286 et suiv.; Hof, das deutsche Reich vor der franzœsischen Revolution und nach dem Frieden 'von Luneville, II, append., p. 34 et suiv.; Harl, Deutschi, neueste Staatsund Kirchen-Veränderung, Berlin, 1804; Onymus, ueber das Verhaeltnisz der deutsch, kath. Kirche, Wurzbourg, 1818; Organon oder kurze Andentungen über das kirchl. Verf. -Wesen der Katholiken Deutschi., Augsb., 1830. R. . . 0., Beitr. zur neuesten Gesch. der deutsch -kath. Kirchenverfassung, Strasb., 1830 ; Busz, Urkundl. Gesch. des National und Territorialkirchenthums, Schaffouse, 1851, p, 776 et suiv.; G. v. Schmid, die saecularisirten Bisthümer Deutschi., Gotha, 1858. Sur les pertes de l'Église cathol. en Allemagne, Kliiber, Uebersicht der diplomatischen Vei'handlungen des Wiener Congresses, Francforl-sur-M., 1816, sect. III, p. 404; Menzel, p. 307 et suiv. La Prusse perdit 48 milles canes *, avec 127.000 habitants et 1.400.000 florins de revenu ; elle obtint en retour 235 1 12 milles carrés, avec 558.000 habitants et 3.808.000 florins (Munster, Paderborn, Hildesheim, plusieurs abbayes, la portion d'Erfurt-Eichsfeld qui appartenait àMayence). Le Palatinat bavarois, contre une perte de 255 milles carrés, avec 800.000 habitants et 5 millions de florins, obtint en dédommagement 290 milles carrés, 800.000 habitants et plus de 6 millions de florins. Baden perdit 8 milles carrés, 25,000 habitants, 240.000 florins, et reçut 59 li3 milles carrés, 237.000 habitants, 1 miflion li2 de florins de revenu. Le Wurtemberg perdit 7 milles carrés, avec 800.000 habitants, 336.000 florins, et obtint

* Le mille allemand vaut 7 kUomètres 408 mètres. (Note du trad.)

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29 milles carrés, HO. 000 habitants, 700.000 florins. Hesse-Darmstadt perdit 13 milles carrés, 46.000 habitants, 390.000 florins, et obtint 95 li2 milles carrés, 124.300 habitants, 733.000 florins de revenu. Hes^e-Cassel perdit 3,4 de mille carré, 2.300 habitants, 30.000 florins, et obtint 4 1^2 milles carrés, 13.000 habitants, 60.000 florins de revenu et la dignité électorale. Sur l'exécution de la sécularisation, voy. Die kathol. Zustsende in Baden, Ratisb., 1841 et sniv., II sect. ; Catholique, 1847, nr. 48etsuiv., 56-38; Menzel, p. 343 el suiv.; Gams, I, p. 304 et suiv., 403 et suiv. Sur la liberté du culte, voy. Gaspari, loc. cit., I, p. 210, 214 et suiv.; Mejer, Propag., II, p. 339 et suiv. — La Bavière sous le ministère Moutgelas. .Allemagne, 1S13 ;Fingerlos). Wozu sind die Geistlichen da? Landshut, 1803. Freimülhige Darstellung der Ursachen des iMangels an Geislüchen, ein Gutachten der kath. Facultset zu Landshut, Ulm, 1817;' Carl Fürst Oeltingen-Wallerslein, Beitrsege zum bayer. Kirchenstaatsrecht, 1846, p. 243 elsuiv.; (Hoefler), Concordat und Conslit.-Eid der Katholike nin Bayern, Augsbourg, 1 847, p. 6 ; Sicherer, Staat und Kirche in Bayern, Munich, 1874, p. 24 et suiv.; Menzel, p. 370. En 1 803, Wurzbourg avait pour professeurs de théologie : l^Onyme; 2° Fr. Berg (histoire de l'Église depuis Charlemagne jusqu'à Luther); 3° Paulus (encyclopédie de la théologie. Évangile selon saint Jean); 4° Eyrich (morale d'après Geishiittner) ; 3° Fuchs ; G" Schlosser dogmatique et langues orientales). Martini fut nommé professeur d'histoire ecclésiastique et de littérature orientale ; Niethamer, professeur de morale et de philosophie religieuse. Autres détails dans les Actes de la Faculté théologique de Wurzbourg. Voy. encore Ruland, Séries profess. theol., Wirceb., p. 205 et seq.; Reichlin-Meldegg, H. Eberh. Gottlob Paulus und seine Zeit, 1833, I, p. 35 i, 363 et suiv. ; Menzel, p. 344 et suiv.; Hist.-pol. Bl., 1832, II, p. 161, 181 ; Gams, I, p. 493 et suiv. Sur la nouvelle organisation de l'université de Wurzbourg, voy. Wegele , die Reform der Universität Würzburg (Rectoratsrede) , Wurzbourg, 1863; Schwab, Fr. Berg, p. 361 et suiv. Là-dessus, Ilist.-pol. Bl., 1863.

Charles de Dalberg.

140. Le premier rang dans le clergé d'Allemagne était alurs occupé par Ciiarles-Théodore-Antoine-Marie baron de ûalberg. Né en 17-44, il avait étudié l'un et l'autre droit à Gœttingue et à Heidelberg, la théologie à Worms, à Mannheim et àMayence. Il visita Rome, Vienne, Salzbourg, la France et les Pays-Bas, devint en 1772 conseiller intime et gouverneur d'Erfurt. Quoiqu'il fût déjà chanoine de Mayence, de Wurzbourg et de \yorms, il demeura longtemps sans recevoir le sacerdoce. Il entretint des

relations suivies avec Gotha et Weimar, et s'appliqua principalement aux sciences politiques et aux belles-lettres. Cœur droit et bienveillant, enthousiasmé pour la civilisation, le bonheur des hommes et les beaux-arts, il se laissait aisément séduire à tout ce qui avait les apparences d'une noble tentative, au point de se faire agréger parmi les illuminés et les francs-maçons. Il était souvent consulté par François-Louis, prince-évèque de Wurzbourg, et il enrichit la bibliothèque de l'université, dont il fut le recteur à plusieurs reprises.

En 1787, Dalberg devint coadjuteur de l'archevêque de Mayence, puis coadjuteur de Worms et de Constance (1788). Alors il se fit ordonner prêtre à Bamberg par François-Louis, et ensuite évêque par le prince-électeur de Mayence (le 31 août 1788, il fut préconisé à Rome archevêque de Tarse). Les princes protestants, la Prusse surtout, eurent une grande part à son élévation. La vie ecclésiastique l'occupait médiocrement; mais il encourageait d'autant plus les poètes et les savants ; il avait une vénération particulière pour Schiller, qu'il vit à léna en 1789. Lorsque les orages de la révolution française approchèrent et qu'en 1792 le prince-électeur s'enfuit de Mayence, on attendit en vain que le coadjuteur allât prendre possession de ses droits ; il demeura à Erfurt. Pendant la guerre de 1796, Dalberg séjourna à Constance. Il y succéda le 14 janvier 1800 au prince-évêque défunt, et le 25 juillet 1802 à l'électeur de Mayence, dont le territoire était au pouvoir de la France.

Dalberg avait d'abord travaillé à ce que la sécularisation n'atteignît que les couvents ; quand il eut échoué, il essaya de sauver, dans sou propre intérêt, les trois principautés électorales. 11 rechercha ensuite la protection du premier consul et se vit de plus en plus lié à sa cause. Cette protection lui valut le maintien de sa souveraineté temporelle, tandis que les principautés de Cologne et de Trêves furent complètement anéanties. Il en fut de même de l'autorité temporelle des évêques de Bamberg, Wurzbourg, Eichstœtt, Freising, Munster, Hildesheim, Paderborn, Osnabrück, Trente, Brixen, Passau, Constance, Liège et Salzbourg. Dalberg obtint le grand bailliage de Mayence, la principauté d'Aschaflfenbourg, puis le chapitre et la ville de Ratisbonne, outre plusieurs principautés, Wetzlar, l'octroi de la navigation du Rhin, en tout le revenu d'un

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million de florins. Le siège de Mayence fut transféré à la cathédrale de Ratisbonne ; à ce siège devaient être attachées ies dignités de prince-électeur, de chancelier de l'empire, d'archevêque et primat d'Allemagne (à l'exception de la Prusse et de l'Autriche). Dalberg fut au comble de la joie, car il était le seul, avec le grand maître de l'ordre de Saint-Jean, le grand maître de l'ordre Teutonique et six villes libres, qui eût conservé son influence. Ratisbonne fut remise le 1" décembre 1802 au prince- électeur archichancelier, qui gouverna avec douceur en qualité de vassal de la France.

Ouvrages a consulter sur le n» 140.

Zapf, Joh. von Dalberg, B. von Worms, Augsbourg, 1796, p. 16 et suiv.; A. Krœmer, C Th. von Dalberg, 1817; Jacob Müller, Carl Th. von Dalberg, der leszle Fürstbischof, Wurzbourg, 1874; Perthes, Polit. Zustœnde und Personen in Deutschland zur Zeit der franzœs. Herrschaft, 2« éd., Gotha, 1862, I, p. 303, 307, 317; le même, das Leben des Ministers Freiherrn von Stein, I, p. 37 et suiv., 46, 58 et suiv., 320; Correspondance de Dalberg avec Clément-Wenceslas de Trêves, dans M. Lieber, in Sachen der oberrehein. Kirchenprovinz, Frib., 1853, p. 130 et suiv.

Vaines tentatives de Rome pour régler les affaires ecclésiastiques.

d41. Le pape avait tout essayé pour conjurer la ruine imminente de l'Église en Allemagne. Le 2 octobre 1802, il supplia le nouveau prince-électeur Dalberg de veiller avec soin au maintien de la liberté et de la sécurité dont l'Église avait joui jusqu'alors dans l'empire d'Allemagne. Mais il s'aperçut bientôt que c'était la diplomatie qui avait transféré le siège de Mayence à Ratisbonne, et qu'elle décidait des choses de l'Église sans même consulter le pape. Pie Vil publia plusieurs brefs dans l'intérêt des catholiques d'Allemagne, représenta au princeélecteur de Bavière les nombreux griefs de l'Église contre les atteintes portées à ses droits dans les États de l'électeur (12 février 1803), et invoqua l'appui du premier consul pour la réorganisation de l'Église en Allemagne; mais il ne fut point écouté. Dalberg trouvait son intérêt dans cette confusion, et le pape se vit obligé de sanctionner une partie des dispositions du recez de la députation de l'empire.

On parlait en Allemagne d'un nouveau concordat avec Rome; Maximillien de Bavière voulait, avec la médiation de la France, conclure un concordat pour lui seul, tandis que l'empereur demandait un concordat pour l'empire, ce qui était aussi le vœu du Saint-Siège. Le 29 janvier d803, un bref pontifical interdit à l'archichancelier Dalberg d'exercer aucune fonction en qualité d'évêque de Mayence et de primat d'Allemagne, avant que le Saint-Siège eût donné une solution. Cependant l'évêque de Ratisbonne, Joseph Conrad, étant mort sur ces entrefaites (en avril), Pie VII le nomma administrateur temporaire de ce diocèse (15 juillet). Le prince- électeur de Bavière s'opposait également à ce qu'il fût confirmé comme évêque déflnif. Le pape voulait envoyer un légat à Ratisbonne pour arranger les affaires ecclésiastiques, el Dalberg lui-même était favorable à un concordat avec l'empire. Un projet fut donc présenté à Severoli, nonce à Viennf^ ; mais ce dernier le trouva contraire aux principes de l'Église, et le Saint-Siège y répondit par des contre-propositions. Comme Dalberg , mais non la cour bavaroise , avait participé aux délibérations de Vienne, on reprit à Munich l'idée d'un concordat particulier, et l'on envoya à Rome dans ce but le baron de liai ffelin, évêque de Chersonèse.

En février et en mars 4804, des négociations eurent lieu à Ratisbonne entre le représentant du pape et le plénipotentiaire de l'empreur, de Frank, et le conseiller de Dalberg, Kolborn, Malheureusement, les bases du traité étaient inacceptables pour le Saint-Siège, et les négociations échouèrent. Dans l'automne de J 804 , Dalberg eut à Mayence une entrevue avec l'empereur Napoléon, qui l'intimida complètement et l'attira dans ses projets. Il se rendit ensuite à Paris pour le couronnement de l'empereur : là il voulut conclure un concordat avec le pape, mais le Saint-Siège crut inconvenant d'entamer cette affaire sans la participation de l'empereur d'Allemagne. Le 1" février d805, il obtint du pape l'érection de Ratisbonne en métropole, mais non sa reconnaissance comme primat d'Allemagne, et il s'en retourna « mécontent des Romains ». Le pape avait donné ses pleins pouvoirs au nonce H. délia Genga pour négocier le Concordat; Napoléon aurait voulu confier cette affaire à Bernier , évêque d'Orléans, mais Pie Vil s'en tint à sa décision. Une nouvelle guerre entre l'Autriche et la

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 267

France suspendit encore une fois le règlement des questions ecclésiastiques.

Pie VII, 2 oct. 1802 : Notizie delmondo, 1803, n. 75; Neueste K.-G., I, p. 214. Autres brefs, Augsb. AU. Ztg., 18, 20 févr. 1803 : bref à Clém.-Wencesl. de Trêves, Deutsche Volksballe, 8 juin 1853; brefs à Mai de Bavière, 12 févr. et 19 nov. 1803 : Roscov., Mon., II, p. 80. Concordat et serment constitutionnel des catholiques de Bavière : Suppi., p. 177-187 ; Sicherer, 1. c, documents nr. 3, 5, p. 11 et suiv. Bref à Napoléon, 4 juin: Artaud, 1. 1, p. 413,420. Bref à Dalberg, 8 oct. 1803: Roscov., de Matrim. mixtis, II, p. 86 et seq. Cf. Pistolesi, Vita diPio VII, t. I, p. 224 et seq.; Mémoires du card. Consahi, II, 296 et seq., éd. allem., p. 454 et suiv.; Mejer, zur Gesch. der rœmischdeutschen Frage, I, p. 201 et suiv., 212 ; Sicherer, 1. c, p. 54 et suiv , 65 et suiv., 89 et suiv,; Notes sur les conférences de Paris, ibid., document 6, p. 18 et suiv. Bulle In universalis Ecclesiœ : Bull. Rom. Cont., t. XTI, p; 261-266.

Chute de l'ancien empire d'Allemagne, — Confédération du Rhin.

142, L'Allemagne était profondément déchue. L'empereur n'avait plus de force, sa charge était réduite à un vain titre ; de;ià vint que François II (11 août 1804) prit la quahfication d'empereur héréditaire d'Autriche. Les princes de l'empire ne prirent aucune part à la guerre contre la France en 1805. Leur chef, c'était Napoléon, et c'est avec lui que la Bavière, Bade et le Wurtemberg conclurent des alliances. Cet abandon de l'empire n'étonnait personne; la Prusse, qui suivait une voie à part, demeura inactive même après que les troupes françaises eurent violé son territoire. Les victoires de Napoléon et le traité de Presbourg (26 décembre 1805) obligèrent l'Autriche à reconn aître les mesures de Napoléon en Italie, à céder la Vénétie et autres territoires. La Bavière et le Wurtemberg, en récompense du secours prêté à l'étranger contre l'empereur, reçurent un roi; Bade, un grand-duc; la Bavière obtint le Tyrol avec le Vorarlberg, Brixen et Trente, Passau, Eichstaitt, Lindau, Ausgbourg, et plus tard le territoire d'Anspach ; mais elle cédait Wurzbourg, à titre de grand-duché, à Ferdinand, autrefois duc de Toscane, et depuis prince-électeur

de Salzbourg (qui échut à l'Autriche avec Berchtesgaden) ; le Wurtemberg et Bade obtinrent le Brisgau, qui appartenait auparavant à l'Autriche, puis Ortenau et Constance.

En rentrant en France , Napoléon maria son beau-fils Eugène avec la princesse bavaroise Augusta-Amélie : le mariage fut bénit à Munich le 15 janvier 1806 par Dalberg, à qui Napoléon reprocha en termes amers ses accès de patriotisme allemand. Le chancelier, froissé, depuis longtemps menacé par les autres princes ses collègues, pressé de toutes parts d'accepter un coadjuteur , essaya de regagner les bonnes grâces de Napoléon en dressant le plan d'une nouvelle organisation des affaires allemandes (19 avril 1806). Dalberg proposait de réunir en une confédération nouvelle, sous le protectorat de l'empereur des Français, tous les princes d'Allemagne, à l'exclusion de l'Autriche et de la Prusse, et demandait en même temps le cardinal Fesch pour coadjuteur, persuadé que c'était là le meilleur moyen de garantir sa souveraineté. Napoléon entra dans ce plan ; le Saint-Siège, l'empereur et l'empire le rejetèrent.

Pendant l'été, les rois de Bavière et de Wurtemberg déclarèrent qu'ils rompaient leurs relations avec l'ancien empire, et formèrent avec le chancelier, Bade et d'autres princes, la Confédération du Rhin , sous le protectorat de l'empereur Napoléon. Dalberg reçut, en sa qualité de prince- primat, la présidence de la Confédération , la ville de Francfort , son territoire et autres droits de souveraineté. Le 1" août, après que le roi de Suède se fut lui-même détaché de l'empire, que la Prusse n'avait cessé d'attaquer sans aucun ménagement, la Confédération fut proclamée, etlesaint-empire romain, quidurait depuis mille ans dans la nation allemande , définitivement aboli. Le 6 août 1806, François 11 abdiqua la dignité impériale, et déclara le peuple allemand pleinement affranchi de toutes ses obligations envers l'empire, qui fut dès lors divisé en trois parts (Confédération du Rhin, Prusse, Autriche).

Correspondance de Napoléon, t. XI, 9C, n.9087; 269, n. 9302, 9305; Leo, V, p. 4i4 et suiv., 434 et siiiv.; Bïilau, Gesch. Deutschi, von 1806-1830, Hambourg, 1842; Plank, Betrachtungen über die neuesten Veraenderungen in den Zustsenden der kath. Kirche Deutschi., Hano-

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISK.

rre, 1808. — K. A. Winkopp, Der rheinische Bund, I, p. 4o et suiv.; Sicherer, p. 108 et suiv. ; Perthes, I, p. 333 et suiv.; Mejer, I, p. 226 et suiv.

Nouvelles tentatives de concordat.

143. Le 17 mai 1806, Pie VII avait accrédité le nonce délia Genga auprès de la diète de Ratisbonne ; délia Genga y arriva le 24 juin pour entamer les négociations. Mais les délégués commencèrent à élever des difficultés sur la forme du bref, et, quelque temps après, quand la Confédération eut été formée, la diète fut complètement dissoute. Le roi de Bavière, qui avait chargé Haeffelin de présenter mwq pimctation à Rome, fit entamer des négociations avec le nonce. Mais les points de vue étaient trop différents, les États allemands changeaient trop souvent de possesseurs, tout était trop chaos et confusion pour qu'on put rien entreprendre de sérieux ; aussi l'année 1807 se passa-t-elle encore sans résultats. Il en fut de même dans le Wurtemberg, où le roi se montrait bienveillant, tandis que le ministre Mandesloh semait des difficultés. Le nonce fut enfin rappelé. Napoléon n'entendait point que la Bavière et le Wurtemberg fissent des concordats en dehors de son concours et de sa direction.

Cependant la Prusse orgueilleuse, après avoir contemplé d'un œil satisfait les défaites de l'Autriche, avait été profondément humiliée par le conquérant corse, surtout à la bataille d'Iéna (14 octobre 1806). Erfurt, Halle, Wittenberg, furent pris, et le prince-électeur de Saxe dut renoncer à son alliance avec la Prusse (23 octobre). Napoléon entra dans Berlin (24), d'où la famille royale venait de fuir pour gagner Kœnigsberg et de là Memel. Le traité de Tilsit (9 juillet 1807) enleva à la Prusse toutes ses possessions à l'ouest de l'Elbe, les provinces polonaises acquises depuis 1772, Dantzig et plusieurs districts. L'électeur de Saxe, promu à la royauté depuis le 20 décembre 1806, entra dans la Confédération du Rhin (15 novembre 1807). Le 24 juillet 1807, à Francfort, Napoléon avait invité le primat Dalberg à se rendre à Paris pour y régler le statut fondamental de la Confédération du Rhin et le concordat. Dalberg se mit en route (11 août), mais n'eut aucun résultat. Tout ployait sous la volonté de l'homme de fer.

Napoléon voulut pendant quelque temps qu'un concordat général, embrassant toute la Confédération du Rhin, fût arrêté sous ses yeux à Paris, et que l'Allemagne tout entière fût placée sous la haute direction du complaisant primat. Quand sa querelle eut éclaté avec le pape, Napoléon provoqua la rupture des négociations entamées après tant de difficultés par les cardinaux Bayanne et H. délia Genga (1808). Pendant la captivité du pape, il ne pouvait plus être question de concordat.

Bref du 17 mai 1806 : Neueste K.-G., p. 380; Gams, II, p. 400 et suiv.; Archives hist. et polit., Paris, 1819; Organon (§ 139), p. 6 etsuiv. ; Sicherer, p. 112 et suiv.; Mejer, Propag., II, p. 368, und die Concordatsverhandlungen Wùrtemb. im. J. 1807. Là-dessus, Hist.-pol. Bl,, 1859, t. XLIII, p. 997 et suiv.; Mémoires du card.ConsaIvi, II, 302, éd. allem., p. 460; Pacca, Mém., I. 94 et seq.; Haussonville, II, 378,387 et seq.

Changements territoriaux.

444. L'Allemagne obéissait complètement à Tempereur des Français. En 1807, Napoléon institua pour son frère Jérôme, avec des territoires pris dans le Hanovre, le Brunswick, la Hesse-Cassel et la Prusse, le nouveau royaume de Westphalie, une satrapie de la France, un nouvel État de la Confédération du Rhin, exclusivement soumis à l'administration française, que plusieurs autres princes de la Confédération adoptèrent pour leur propre compte. Le prince-primat ordonna l'introduction dans ses États du Code Napoléon (septembre 1809). Après que Dalberg, en mars 1808, eut quitté Paris, où il avait, au grand scandale des fidèles, bénit le mariage de Jérôme (séparé de sa première femme par l'autorité de Napoléon) avec la princesse Catherine de Wurtemberg, il assista dans Erfurt (septembre 1808), à l'entrevue des empereurs de France et de Russie. Il eut beaucoup de peine à sauvegarder sa position. Le 22 avril 1809, il publia, au nom de la Confédération du Rhin, une proclamation contre l'Autriche, qui s'engageait de nouveau dans une guerre malheureuse avec le tout-puissant César et fut obligée de céder d'importants territoires à la France, à la Russie, au Wurtemberg et à la Bavière (14 octobre). D'autres changements territoriaux succédèrent à ceux-là.

En 1810, Dalberg fut obligé de laisser l'octroi de la navi-

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 271

gation du Rhin à Napoléon et Ratisbonne à la Bavière, et reçut en retour Fulde et Hanau, avec le titre de grand- duc de Francfort, qui devait échoir après lui, non au cardinal Fesch, mais au prince Eugène, le beau-fils de l'empereur. 11 ne devait plus y avoir désormais de souveraineté spirituelle.

iNapoléon ne cessait d'accuser le pape de laisser TÉglise d'Allemagne en désordre pour des raisons purement humaines, pendant que lui-même rendait toute réorganisation impossible. Il se croyait maintenant en droit d'agir comme suzerain de l'Allemagne, et il trouvait dans Dalberg, qui réformait tous ses États sur le modèle de la France et proposait - même d'étendre le Concordat français à la Confédération du Rhin, un instrument propre à ses desseins. Quand Napoléon réunit le nord de l'Allemagne à la France (13 déc. 1810), il y introduisit le Concordat de 1801. Le seul avantage qu'en retirèrent les catholiques, fut d'obtenir dans quelques endroits, comme à Hambourg (1811), des ecclésiastiques.

Correspondance de Napoléon, l. XVIII-XX ; Jak. Müller (§ 140), p. 70 et suiv.; Mejer, Propag., II, p. 36a, 369 ; Dewes, Gesch. der kath. Gemeinden in Hamburg und Altona, p. 273, 371; die kath. Relig.- Uebung in Mecklenburg-Schwerin, léna, 1852, p. 46 et suiv.

Direction des diocèses dans le nord de l'Allemagne. — Breslau.

145. A Paderborn, à Hildesheim et dans le vicariat apostolique du Nord, le gouvernement du prince-évèque François Égoa de Furstenberg fut conservé, de même que celui du baron Ltinning dans le petit diocèse de Corvey. Dans le diocèse d'Osnabrück, l'ancien vicariat général, l'officialité et le chapitre, déjà organisés en vue d'un gouvernement non catholique, furent maintenus, ainsi que les autorités ecclésiastiques constituées par Mayence à Erfurt et dans l'Eiclisfeld. A Munster, le vicaire général Clément-Auguste deDroste- Vischering exerça ses fonctions jusqu'en 1811 ; puis Napoléon confia l'administration au doyen du chapitre, le comte Spiegel de Desenberg, qu'il avait nommé évêque, avec le titre de « vicaire général capitulaire » . Parmi les diocèses dépendants

272 HiSTomi DE l'église.

de la Prusse, celui qui se maintint le plus longtemps fut la principauté -évêché de Breslau, qui conserva sa brillante organisation sous le prince-évêque Joseph-Christian, prince de Hohenlohe-Waldenburg-Barteustein. L'édit de sécularisation lancé contre les chapitres et les couvents n'y parut que le 19 novembre 1810; il répandit partout la consternation. L'ancien chapitre de la cathédrale fut dissous, et, le 8 juin 1812, le roi nomma un chapitre nouveau sans l'autorisation du pape ; le gouvernement lui promit de nouveaux statuts. Les chanoines ainsi institués se trouvèrent dans une position fâcheuse, et l'évêque coadjuteur C. de Schimonsky pria à plusieurs reprises le prince-évêque de demander la confirmation du pape. Élu vicaire capituiaire après la mort de celui-ci, il alla secrètement à Vienne pour se faire nommer vicaire apostolique. Sa nomination obtenue, il n'en ut aucun usage pubhc.

Mejer, Propag., II, p. 370 et suiv.; Gesch. Preuszens vom Hubertsburger Frieden bis zur zweiten Pariser Abkunft, 1819, U, p. 46 et suiv. — Tlieiner (plus haut, VIII, § 195) ^ Ritter, K.-G., 6, sect. II, p. 538-542 ; Hist.-pol. Bl., t. XI, p. 444 et suiv.

Cologne, Trêves, Mayence , "Wurzbourg, Spire, vicariat de Dalberg, "Wesseuberg.

146. Les catholiques se trouvaient dans la plus désolante situation. Les évêques qui mouraient n'étaient point remplacés, et les chapitres disparaissaient successivement. Cologne était vacant depuis la résignation de l'archevêque Antoine (1802), et le diocèse administré par le vicaire général Caspers de Deutz. Le comté de ReckUnghausen avait une ofûcialite particulière ; l'archiduché de WestphaUe possédait le vicariat général d' Arnsberg et l 'ofûcialite de Werl. Ce qui restait de l'ancien diocèse de Trêves, fut d'abord administré par l'officialité de Coblentz, qui depuis 1794 s'était réfugiée à Limbourg-sur-la-Lahn; il le fut plus tard par le curé d'Ehrenbreitstein, J. de Ilommer, en qualité de vicaire apostolique.

Mayence, qui appartenait maintenant à la France, possédait un excellent évoque en la personne de Joseph -Louis Colmar (1802-1818) ; il érigea un séminaire, préserva la cathédrale

LÀ RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 273

d'une ruine iminineute, et se conduisit en vrai pasteur dans ces temps difficiles.

A Wurzbourg, George-Charles, prince-évêque détrôné (mort en 1808), coadjuteur, et depuis 1805 évèque de Bamberg, travailla avec son coadjuteur Grégoire Zirkel à la conservation de la foi catholique gravement menacée. Après sa mort, le chapitre s'adressa au nonce de Lucerne, qui possédait alors, comme celui de Vienne, des pouvoirs très étendus. Le chanoine de Staufenberg (mort en 1813) fut nommé vicaire apostolique, puis remplacé parle coadjuteur Zirkel (mort en 1817). Bamberg eut Frédéric de Grosz (depuis 1812). Le grand-duc Ferdinand agissait souvent de concert avec le vicaire général ; cependant, maigre les objections de Zirkel, il introduisit, au lieu du Catéchisme de Canisius, le Catéchisme du P. Gilles Jais, qui laissait beaucoup à désirer. Bade et le Wurtemberg demandèrent au prince-primat de détacher de ce diocèse l'ancien territoire de Wurzbourg, et de l'assigner aux vicariats de Bruchsal et d'EUwangen; Dalberg se rendit à leur désir, tout en réservant au pape le démembrement définitif.

L'archevêque de Spire, comte Walderdorf, remplit ses fonctions à Bruchsal jusqu'au 21 avril 1810 ; après sa mort, on y établit un vicariat sous la direction de Balberg. De tels vicariats, Dalberg eu avait encore à AschafTenbourg, Katisboune, Worms et Constance. Constance eut pour vicaire général, depuis 1800, Jacques-Heuri de Wessenberg, qui introduisit une foule de nouveautés antiecclésiastiques, exempta, moyennant une faible redevance, le clergé de la récitation du bréviaire, favorisa l'idée d'une Église nationale allemande, et trouva beaucoup d'appui auprès des libres penseurs ; ses partisans l'exaltaient outre mesure. Niebuhr (3 janv. 1818) lui trouvait peu d'intelligence et de pénétration ; il n'avait ni les talents, ni les connaissances, ni cette dignité de caractère nécessaires pour faire face au protestantisme épiscopalieu et réformer l'Église catholique d'Allemagne.

Sur Colmar, voy. Remling, Neuere Gesch. der Bischœfe von Speier, Spire, 1867; sur Wurzbourg, Reininger, die Weihbischœfe von Würzbui'g (Archiv des hist. Ver. für ünterfranken, 18ôa, t. XVIII, p. 292 et

vn. — HIST. DB l'Église. 18

suiv.), et Schwab, Franz Berg, p. 340 et suiv., 451 et suiv., 48i. — Wessenberg auf der K-ehrseite, Germanien, 1818; die kathoL Zustsende in Baden mit urkundl. Beilagen, Regensb., 1843, sect. I, p. 31 et suiv.; Longner, Gesch. der oberrhein. Kirchenprovinz, p. 151 et suiv.; Beck (apostat du sacerdoce) ; Frhr. I. H. v. Wessenberg, Fribourg, 1862 (panégyriste exclusif); Beitr. zum Lebensbilde Wessenbergs im Freib. kath. Kirchenblatt, 1862, p. 277, 28b, 301 et suiv.; Werner, Gesch. der kath. Theol., p. 348 et suiv. Jugement de Niebuhr dans Mejer, Propag., II, p. 396.

Bade. — Wurtemberg.

447. La population catholique de Bade, depuis les nouvelles acquisitions, comprenait les deux tiers de la population totale. Elle était régie par six évêchés : Constance, Spire, Worms, Mayence, Wurzbourg, Strasbourg. Les parties du diocèse de Strasbourg situées à l'est du Rhin furent réunies à Constance. Le lien diocésain était encore reconnu en 1803; mais on publia plusieurs édits aggravants, d'où sortit, le 1-4 mai 1807, un nouvel édit de religion dans le sens de la suprématie de l'État sur l'Église. Cette suprématie était exercée par une commission ecclésiastique catholique établie à Bruchsal, et par une conférence catholique du conseil secret : il restait peu de chose à faire aux vicariats généraux de Bruchsal el de Constance. Les catholiques étaient tellement opprimés, que Napoléon lui-même (particuUèrement le 12 février 1810) fit envoyer à Carlsruhe des notes menaçantes et que le ministre Marschall dut enfin se retirer. Il eut pour successeur un catholique, le baron d'Andlaw.

Le clergé était d'visé et en partie dégénéré, ûereser, Haeberlin, ennemi du célibat, et d'autres encore, favorisés par les innovations de Wessenberg, travaillaient à décatholiciser peu à peu la population. Le l""' juillet 1811, un office funèbre eut lieu pour feu le grand- duc Charles-Frédéric, protestant, et M«"" Neveu, prince-évêque de Bàle, n'hésita pas à le célébrer lui-même. On était obligé de lire dans les églises des formules de prières rédigées par des luthériens.

Dans le Wurtemberg aussi, la plupart des catholiques dépendaient de Constance; presque toutes les affaires des catholiques étaient dirigées à EUwangen par le gouvernement du haut

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 275

pays, et par le conseil ecclésiastique, catholique et royal, remplacé depuis 1806 par le conseil ecclésiastique. Tout était soumis au placet et à la surveillance du gouvernement. Les usages catholiques, les jours de fête furent supprimés, les couvents entièrement abolis. En 1808, le roi Frédéric avait dépêché à Rome le conseiller ecclésiastique Keller pour entamer des négociations; il l'envoya de même à Paris en J811 ; mais le despotisme de Napoléon fit tout échouer. L'ancien électeur de Trêves, Clément-Wenceslas, vécut jusqu'en 1812 ; vers la fin de sa vie, il se donna beaucoup de peine pour réorganiser l'Éghse cathoUque en Allemagne. 11 remphssait les fonctions d'évêque d'Augsbourg et de prévôt d'ËUwangen. En cette dernière quahté, il exerça la juridiction sur plusieurs cathoUques du Wurtemberg. Après sa mort, pendant que le vicariat d'Augsbourg était administré par le baron de Sturmfeder, le roi Frédéric et le primat Dalberg érigèrent à Ellwangen un vicariat particulier, qui fut définitivement assigné à François- Charles de Hohenlohe, ancien coadjuteur d'Augsbourg et évêque de Tempe, malgré l'opposition qu'y fit d'abord le primat ; le nonce de Lucerne (17 septembre 18U2) autorisa unb subdélégation provisoire du vicaire capitulaire d'Augsbourg, mais non un vicariat permanent. L'autorité civile institua le vicaire général et lui adjoignit quatre conseillers; cette disposition fut reconnue parle primat.

Beaucoup d'ecclésiastiques, peu favorables à l'illuminlsme propagé par Werkmeister et consorts, avaient des doutes sérieux sur la légitimité de cette institution; plus tard (mars 1816), Pie VII revalida ce qui avait été fait, nomma vicaire apostolique l'évêque de Tempe, et provicaire le conseiller Keller, qui reçut également la consécration épiscopale. Au lieu des évêques, qui deveuaientchaquejour plus rares — àEichstsett, leprince-évêque Joseph comte de Stubenberg survécut à la chute de Napoléon, de même que Leopold, prince-évêque de Passau, réfugié en Bohême; les évêques de Corvey, dllildesheim et de Paderborn, et enfin Dalberg — les princes érigeaient en vicariats généraux les collèges organisés en forme de bureaux .

La Situation catholique à Bade (§ 146); riposte deNebenius, sous le même titre (contre elle, la seconde dissertation de l'ouvrage cité); Hist.-

pol. Bl., 1841, t. VllI, p. i et suiv., 138 et suiv., 294 et suiv., 358 et suiv., 544 et suiv., 697 et suiv.; t. IX, p. 428, 446, 543 et suiv.; Bader, die kath. Kirche in Baden, Fhbourg, 1860; Friedberg, der Staat und die kath. Kirche im Groszherzogth. Baden, Leipzig, 1871; Lang, Sammlung der würtemb. kath. Kirchengesetze, Tubingue, 1836,2 vol.; Maurer, Uebersicht der für die kath. Geistlichkeit in Wurtemberg bestehenden Gesetze, Wangen, 1837; Vogt, Kirchl. Verordnungen für das Bisthum Rottenburg, Rottenbourg, 1863; Mejer, Propag.,11, p. 368; Gams, II, p. 405-428.

Ëpiscopat autrichieu. — Luttes dans le Tyrol.

148. L'Autriche comptait un plus grand nombre d'évêques; cependant, après la mort du cardinal Batthiany (1776-1799), la charge de primat de Hongrie demeura vacante jusqu'en 1808, et pendant dix ans après la mort de l'archiduc Charles-Ambroise (1809). Vienne eut d'excellents archevêques dans le cardinal Migazzi (mort en 1803) et dans Sigismond, comte Hohenwarth (mortenl820); Venceslas-Léopold,évêquedeLeitmeritz (en 1814 archevêque de Prague, mort en 1830), était également un homme très recommandable. Cependant la plupart des évêques avaient été élevés dans les principes du despotisme gouvernemental inauguré par Joseph II. Salzbourg, qui, après bien des vicissitudes, finit par échoir à l'Autriche, demeura vacant. Le clergé, pendant les guerres de Napoléon, se trouvait dans la situation la plus pénible. 11 en était de même dans le Tyrol, rattaché à la; Bavière en 1806. Les fonctionnaires bavarois, infectés du rationaUsme qui dominait sous Montgelas et exerçait de grands ravages même parmi les protestants orthodoxes, insultaient à la croyance du peuple catholique, et la législation était absolument hostile à l'Église. En 1807, le priiice-évêque de Brixen, comte Lodron, adressa ses plaintes au Saint-Siège et en reçut des renseignements sur les efforts que faisait le pape pour y remédier. Les exigences inacceptables du gouvernement bavarois s'opposaient à toute espèce de concordat. Peu de temps après, les princes-évêques de Trente et de Goire furent expulsés, et l'on défendit à leurs diocésains de correspondre avec eux. Les curés étant nommés par le pouvoir civil, le peuple évitait avec soin d'assister à leurs oftices. L'opposition alla si loin, qu'en 1809 les Tyroliens orga-

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 277

nisèrent une formidable insurrection contre les Bavarois et les Français ; ce fut une véritable guerre de religion. Après la victoire remportée par l'archiduc Charles près d'Aspern (21 mai 1809), André Hofer, secondé par Antoine Stœger, etc., se mit à la tête de quatre cents hommes, qui bientôt s'élevèrent jusqu'à mille. Martin Teiner dirigeait les habitants de l'Oberinnthal ; Joseph Speckbacher, ceux de l'Unterinnthal. Le capucin Haspinger se signala dans cette rencontre ; les Bavarois et les Français eux-mêmes subirent de grandes pertes.

Par le traité du 1-i octobre 1809, Napoléon garantit l'amnistie aux Tyroliens, s'ils se soumettaient. Déjà ils étaient sur le point de céder aux avis de Vienne, qui les y excitait, lorsqu'ils changèrent de résolution à la vue des dangers qui menaçaient leur pays (15 novembre). Ils résistèrent pendant huit mois à un ennemi supérieur en nombre, et finirent par succomber à la force. Le 20 janvier 1810, les Français arrachèrent le vaillant Hofer de sa cabane construite dans les Alpes, et le fusillèrent à Mantoue (20 février). Cette fois, le gouvernement bavarois se conduisit avec prudence ; mais les fautes commises étaient irréparables: le Tyrol retourna sous le sceptre de l'Autriche. Quand le clergé de la partie tyrolienne qui appartenait au diocèse de Salzbourg dut prêter le serment de fidélité à Napoléon, et qu'il le prêta en effet, à l'exception du prêtre Hagleitner, on vit paraître la secte des manhartiens, qui ne voulut avoir aucune relation avec ce clergé, et déclara que tous les partisans de Napoléon étaient excomuniés. La secte ne disparut que lorsque ses chefs eurent entrepris le voyage de Rome (1825).

Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 148.

Garas, II, p. o09 et suiv. — Bartholdy, der Krieg der Tyroler Landleute i. J. 1809, Berlin, 1814; Leo, V, p. 579 et suiv., 613 et suiv.; Denkwürdigkeiten aus der Gesell. Sùddeutschlands (v. Besnard, Reperlorium für kath. Leben, Landshut, 1843, nr. 8-12); Albert Jaeger, zur Vorgesch. des Jahres 1809 in Tirol (Sitzungsberichte der Wiener Akad., 1832, t. VIII, p, 240 et suiv.); J. Rapp, Tirol im Jahr 1809, Innsbruck, 1832. Jugement des protestants sur Montgelas : voy. Thomasius, das "Wiedererwuachen des evangel. Lebens in derluther. Kirche Bayerns, Erlangen, 1867. Niebuhr écrivait le 22 novembre 1817 au ministre prussien des affaires extérieures : « Il ne faut pas oublier, du

reste, les incroyables tracasseries que toutes les religions ont eues à subir en Bavière sous le comte Montgelas.» Et il dit ailleurs (Hist. de l'ère de la Révolution, en allem., II, p. 213): « Montgelas exécute d'une façon indigne les dispositions du recez de la députation de l'empire. » (Mejer, Propag.,II, p. 378 et suiv.,366, 368), Voyez en outre Sicherer, p. 142 et suiv., 182 et suiv.; A. Für, die Manharter, ein Beitrag zur Gesch. Tirols im 19 Jahrh., Innsbruck, 1851 ; Garns, II, p. 521-

Triste situation des catholiques. — Guerres de délivrance.

149. Les catholiques étaient opprimés dans toute l'étendue de l'empire; un grand nombre étaient gouvernés par des princes protestants, qui avaient maintenant la prépondérance : leurs diocèses étaient orphelins, leurs plus belles institutions abolies, le clergé et le peuple livrés à la barbarie ou à la corruption, les relations avec le chef de l'Église supprimées ; partout l'ennemi acharné du catholicisme régnait en maître absolu. Tout espoir de restauration semblait avoir disparu avec l'ancien empire et avec les électeurs catholiques.

La décadence rehgieuse de l'Allemagne avait presque partout entraîné la décadence politique ; cette fois, ce fut le relèvement politique qui précéda le relèvement religieux. Les peuples asservis, ayant à leur tête les Tyroliens et les Espagnols catholiques , s'étaient insurgés contre le césarisme français ; aujourd'hui, les Allemands du Nord se levaient à leur tour, enflammés par des patriotes tels que Schiller, Scharnhorst et le baron de Stein ; les princes mêmes qui devaient à Napoléon leur puissance, abandonnèrent le tyran qu'ils avaient si fort redouté jusque-là. Dalberg seul, qui ne pouvait se persuader que l'étoile du géant pâlirait jamais, lui demeura attaché. Quand la bataille des nations, hvrée près de Leipzig (16-18 octobre 1813), eut mis un terme à la domination napoléonienne, Dalberg, dans une lettre au roi de Bavière, renonça à son duché de Francfort en faveur d'Eugène, beau-fils du roi ; mais les alliés le soumirent à l'administration centrale des pays conquis.

Ouvrages a consulter sur le n° 149.

Yoy. les ouvrages cités au § 140 et suiv.

LA RÉVOLUTION DANS L^ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 279

Congrès de Vienne. — Mémoires.

150. Les catholiques d'Allemagne espéraient que le congrès de Vienne remédierait à leur détresse, d'autant plus qu'on avait recouvré tous les pays pour la compensation desquels l'Église avait été victime d'un si énorme pillage, et que les promesses du recez de l'empire en 1803 leur étaient favorables à bien des égards. Il est vrai que les princes n'étaient guère préoccupés que de leurs intérêts dynastiques, et que les hommes de la presse, à l'exception de Joseph Goerres, ardent patriote, ne s'appliquaient qu'à les servir. Les diplomates se souciaient médiocrement des questions religieuses, et beaucoup d'ecclésiastiques, dépourvus de courage et d'énergie, n'avaient pas une connaissance exacte du mal. Le seul représentant légitime de l'Église au congrès de Vienne fut le cardinal Consalvi. A côté de lui, on voyait le vicaire général de Constance, Wessenberg, représentant de Dalberg, qui l'avait nommé coadjnteur, mais que Rome avait refusé; puis le doyen de la cathédrale de Worms, de Wambold, membre du chapitre de Mayence à Aschaffenbourg; Helfferich, prébendier de la cathédrale de Spire, et enfm Schies, ancien syndic du chapitre de Saint-André à Worms, plus tard conseiller de la haute cour et avocat à Mannheim.

Ces trois derniers, qui se nommaient orateurs, remirent au congrès, dès son ouverture, au nom de vingt-cinq prélats et chanoines, un mémoire rédigé le 30 octobre 1814 ; ils y dépeignaient l'état déplorable du clergé sécularisé depuis 1803, les nombreuses injustices dont il avait été victime, l'état de viduité des diocèses et des chapitres, les empiétements sur le dogme et la discipline, l'éducation antirehgieuse du jeune clergé; ils demandaient que les dispositions du recez de la députation de l'empire fussent insérées comme loi obligatoire dans les Actes de la nouvelle Confédération, comme ils l'avaient été dans les Actes de la Confédération du Rhin, et que les ecclésiastiques sécularisés fussent expressément garantis contre de nouvelles vexations.

Les orateurs présentèrent en outre le tableau des Églises d'Allemagne pillées et orphelines, réclamèrent leurs posses-

sions et leurs droits anciens, assurant que l'Église userait de toute la condescendance possible relativement aux biens d'Église non encore aliénés et pouvant être rachetés; ils demandèrent enfin qu'on dotât les évèchés, les séminaires et les paroisses. Le 17 novembre, le cardinal Consalvi remit au président du congrès, le prince de Metternich, une note où il se plaignait au nom du Saint- Père de la façon inouïe dont on avait agi depuis 1803 envers l'Église catholique en Allemagne, et demandait instamment qu'elle rentrât en possession de ses droits et de ses biens, et qu'on rétablît le saint-empire romain comme centre de l'unité politique.

Dans une autre requête, présentée le 1" mars 1815, les trois orateurs demandèrent en outre que l'on consultât les représentants naturels de l'Église, les évêques; ils prouvèrent que la sécularisation était nulle en droit, en s'appiiyant sur ce principe que, lorsqu'une propriété a été injustement ravie, on exige avant tout la réintégration du légitime possesseur ; ils firent remarquer que les conditions posées par le recez de 1803 n'avaient pas été remplies.

Le 27 novembre 1814, Wessenberg présenta pour son compte personnel un mémoire, dans lequel il décrivait l'état déplorable de la religion en Allemagne, rappelait qu'on n'avait pas rempli les conditions du recez, et exprimait, au nom des catholiques allemands, le désir que la constitution, les droits et les biens de leur Église fussent, par des dispositions expresses, insérées aux Actes du congrès, et cela dans les termes que voici : « Il sera pourvu à l'érection canonique, à la dotation et à la sécurité légale de l'Église catholique et de ses diocèses dans toute l'étendue de l'empire d'Allemagne, par un concordat qui sera arrêté au plus tôt avec le Saint-Siège; préparé par la haute autorité fédérale, il formera après sa conclusion une partie intégrante de la constitution et sera placé sous la protection de la haute autorité fédérale. »

Wessenberg demandait que les évêchés d'Allemagne ne formassent qu'un seul tout, placé sous un primat; qu'on maintînt autant que possible les évèchés et les chapitres des cathédrales, tout en se réservant de rectifier les limites des diocèses, de transférer d'anciens sièges épiscopaux et d'en ériger de nouveaux, de consacrer à leur [dotation et à celle des établisse-

ments qui s'y rattachent les biens d'Église encore existants, do les doter avec des biens-fonds librement administrés par les évêques. Il demandait aussi que l'Église ne fût pas entravée dans son action.

Dans un second mémoire, Wessenberg proposait que les Actes du congrès assurassent aux évêques et aux chapitres des cathédrales les mêmes droits qu'aux États provinciaux, le même rang et les mêmes prérogatives qu'aux États laïques et médiatisés de l'empire. Dans un troisième mémoire, il renouvela ses propositions et en fit d'autres encore sur l'étendue de la dotation des archevêques, des évêques et des chapitres.

Travaux de Dalberg et de "Wessenberg. — Actes du Congrès

de Vienne.

151. A la fin de 1814., un écrit composé à l'instigation du primat Dalberg parut sous ce titre : Idées sur i organisation de rÉglise allemande, eii vue du futur concordat. Il révélait assez clairement le projet d'une Église nationale et les vues du congrès d'Ems. « L'Allemagne, une par sa civilisation, sa langue et ses usages », devait ne former qu'une seule Église ; l'édifice religieux de ce pays, n'ayant qu'une forme unique, devait aussi n'avoir qu'un seul archevêché.

D'un autre côté, un écrit de Wessenberg, publié en avril 1815, tout à fait semblable au premier pour le fond des idées : V Eglise Allemande, — projet en vue de sa réorganisation, demandait deux archevêchés, Salzbourg pour le Sud et Munster pour le Nord; mais il voulait au-dessus d'eux, sans préjudice de leur juridiction, un primat qui résiderait à Mayence ou à Ratisbonne, et aurait surtout pour mission de protéger l'Église d'Allemagne contrôles attaques, soit des autorités civiles, soit des curiahstes romains. Ces vues schismatiques de Wessenberg et de son mandant devaient nécesairement être combattues par le cardinal Consalvi; les trois orateurs les repoussèrent également.

HelfTerich de Spire était persuadé que l'institution d'un primat allemand romprait les liens étroits qui rattachaient l'Allemagne à l'Église catholique, et aurait pour résultat l'asservissement des évêques par les princes temporels. Le congrès, de son côté, s'abstint constamment de répondre à ces mémoires .

il disposa des anciens biens de l'Église situés audelà du Rhiu et recouvrés depuis, comme il avait fait en \ 803 pour ceux qui étaient situés en deçà, et abandonna l'Église à la générosité de chaque prince. Tous les efforts de Wessenberg pour faire admettre dans les A.ctes du congrès un article tendante donner à l'Église catholique en Allemagne une conformation uniforme échouèrent. Il est vrai que l'Autriche et la Prusse avaient admis dans leur projet que l'Église recevrait, sous la garantie du congrès, une constitution qui sauvegarderait ses droits et ses moyens nécessaires d'existence; mais la Bavière et le Wurtemberg , jaloux de leur souveraineté , insistèrent pour la suppression de l'article. Les trois orateurs le repoussèrent aussi à leur point de vue (29 mai 1815), notamment parce que l'Église catholique devrait ainsi se contenter d'espérances lointaines et indéterminées, et qu'on ne disait pas qui lui donnerait sa constitution; une telle prérogative ne pouvait appartenir à un prince, surtout à un hérétique.

L'article fut donc rejeté, et l'on se contenta d'ajouter dans les Actes du congrès cette proposition, qui devint l'article 15 : « La divergence entre les trois partis religieux chrétiens (le mot trois fut omis dans la suite, et il en résulta une multitude de controverses) dans les pays et les territoires de la Confédération germanique ne peut donner lieu à aucune distinction dans la jouissance des droits civils et politiques. » Comme les possessions du prince-primat Dalberg, à qui l'on se contenta d'assigner un revenu annuel de cent mille florins, furent également partagées dans le congrès, l'Église catholique se trouva encore plus appauvrie qu'auparavant. Dalberg, qui, à partir de 1814, passa le reste d3 sa vie à Ratisbonne (mort le 10 février 1817), essayaencore une fois, mais inutilement, par l'entremise de Wessenberg, d'obtenir de la diète fédérale de B'rancfort que les affaires de TÉglise catholique fussent considérées comme affaires fédérales; la réorganisation ecclésiastique demeura réservée aux différents États de la Confédération, bien que le pape lui-même désirât traiter avec la Confédération.

Le Saint-Siège avait également fait des réserves sur lés pertes que l'Église catholique avait essuyées en Allemagne, tout en exprimant l'espoir qu'en présence des bonnes dispositions souvent manifestées par les princes allemands, les affaires reli-

gieuses des catholiques pourraient être réglées conformément aux principes de l'Église. Cet espoir ne fut pas complètement déçu, bien que les représentants de l'État vis-à-vis de l'Église fissent tous leurs efforts pour entraver les bonnes intentions des princes en face des besoins urgents de l'Église, pour donner au traité conclu avec le Saint-Siège une couleur conforme à leurs principes ou pour en empêcher les effets par des clauses restrictives. Daus la plupart des États allemands, à l'exception de la Prusse, qui n'avait que des intérêts provinciaux, et de l'Autriche, qui n'approuva que des « diètes provinciales de postulats», on établit des constitutions pour chaque province. Le système constitutionnel semblait à plusieurs le meilleur moyen de remédier à la situation embarrassée des divers États; mais il donna lieu souvent à des mésintelligences entre les princes et les États. Les décrets de Carlsbad en d819 et les Actes de Vienne en 1820 avaient pour objet de protéger le pouvoir monarchique contre ces innconvénients.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LES N° loO-tSI.

Ad. Thiers, le Congrès de Vienne, nouv. éd., Paris, 1864; (Badisclie), Denkschr. über das Verfahren des rœm. Hofes bei der Ernennung des Generalvicars von Wessenberg zum Nachfolger im Bisthum Constanz, Carlsruhe, 1818 ; Mejer, zur Gesch. der rœmisch-deutscheu Frage, II, I, p. 72. Cf. I, p. 394, 447; Menzel, XII, i, p. 620 et suiv. ; Mémoires des trois orateurs, dans Klüber, Actes du Congrès de Vienne, Erlangen, 1815, 1. 1, livrais. II, p. 28, 80; t. IV, livrais. III, p. 290; Roscov., Mon., II, p. 172-183, n. 313, 314. Note de Consalvi : Klüber, t. VI, p. 437-446. Mémoire de Wessenberg, ibid., t. IV, p. 299-307. Mejer, I, p. 446 et suiv., 488.; II, i, p. 37 et suiv.; Archiv für kath. K.-R. 1863, t. IX, p. 339 et suiv.; J. Müller, Dalberg, p. 96-101; Sicherer, p. 200 et suiv.; Werner, p. 354 et suiv.

Défenseurs de l'Ëglise.

452. En Allemagne, les principes catholiques étaient attaqués par les protestants et parles francs-maçons, parles fébrouiens et par Wessenberg. Contre ces derniers, il se forma une société d'hommes qui s'efforcèrent d'être en toutes choses catholiques comme le pape, et de faire revivre les doctrines du Saint-Siège, même dans la littérature. Ils échangeaient

entre eux une correspondance active. Leur chef fut Eucharius Adam, officiai du prince-évêque Joseph d'Eichstœtt. Ils comptaient dans leurs rangs : Grégoire Zirkel, évêquecoadjuteur de "Wurzbourg; Rupert Kornmann, prélat de Prifling; Joseph- Antoine Sambuga, précepteur de Louis, prince héritier de Bavière; Luppurger, prieur des chartreux, les canonistes de Bamberg François-André Frey (ancien fébronien) et François Stapf; Charles Egger, curé de Kleinaitingen ; François-Joseph Schmid, négociant d'Augsbourg ; les trois « orateurs» du congrès de Vienne. Les cathoUques avaient à déplorer la perte d'une multitude d'anciennes universités, telles que Bamberg (depuis 1808), Dillingen (depuis 1809), Mayence et Cologne.

Dans le Haut-Rhin, les tendances schismatiques l'emportaient, et n'étaient guère combattues que par Gaertler, conseiller intime du grand-duché de Bade. Une seule chose pouvait consoler les catholiques : on avait établi peu à peu dans les divers États, mais seulement après 1830, en suite de conventions avec le Saint-Siège, de nouveaux diocèses nettement circonscrits, où la succession hiérarchique était garantie.

Projet de Zirkel concernant la fondation d'une société littéraire, dans Reininger (§ 146), p. 324 et suiv. La Franc-Maçonnerie dans le diocèse d'Eichsteedt (Pastoralblatt des Bisthums Eichstœt, 1865, p. 219 et suiv.); Fclders Literaturzeitung, publiée ensuite par K. A. Fr, v. Mastiaux, surtout 1819; Longner, Beitr. zur Gesch. der oberrhein. Kirchenprovinz, Tubingue, 1863, p. 263 et suiv.; Kornmann, die Sibylle der Religion aus der Welt und Menschengesch, Munich, 1813; le même, die Sibylle der Zeit aus der Vorzeit, ibid., 1814; Sambuga, Sammlung verschiedener Gedanken über verschiedene Gegenstsende, etc., éd. Stapf, 1818. Voy. encore Friedrich, Gesch. des Vatican. Conçus, I, p. 178 (très partial).

Renaissance progressive de la vie catholique.

153. Il restait encore de graves et nombreuses blessures à cicatriser dans l'Allemagne catholique. L'Église, asservie par une bureaucratie sans entrailles, n'avait que de faibles ressources matérielles; elle était obligée de lutter contre l'indifTérence et la fausse science de plusieurs de ses membres. Les

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 285

livres de piété respiraient encore la religion humanitaire, et dans ce nombre les Heures de dévotion de Zschokke (1825) étaient le plus recherché. La foi positive avait pour adversaires la Revue d'Ulm, les Feuilles libérales de Pflanz, les Feuilles soi-disant catholiques de Fischer, ainsi qu'un grand nombre de professeurs, tels que Reichliug-Meldegg et Schreiber à Fribourg. La vie et les idées cathohques ne faisaient que peu de progrès parmi le clergé et les laïques.

La conversion au catholicisme du comte Frédéric-Léopold de Stolberg (1800) fit une grande sensation; Woss et Gleim le poursuivirent de leurs railleries; Herder et Jacobi attribuèrent cette démarche à une maladie mentale. L'Histoire de la religion de Stolberg, où respire l'amour de l'Église, qu'on calomniait ; son caractère attrayant, son urbanité lui gagnèrent un grand nombre de partisans ; il entraîna à sa suite toute une phalange de convertis, très haut placés dans le monde savant. Les vives attaques dont ils furent l'objet, les sermons et les écrits publiés à l'occasion du jubilé de la Réforme en 1817, tirèrent plusieurs cathohques de leur assoupissement et suscitèrent de leur part des ripostes vigoureuses dans les livres et dans les revues. Joseph Gœrres écrivit dans le Catholique des articles pleins de verve ; des romanciers catholiques firent revivre l'intelligence du moyen âge, qu'on avait perdue, et la Symbolique de Mœhler recommença la série des chefs-d'œuvre de la science ecclésiastique. La conscience catholique fut surtout réveillée par les événements de Cologne en 1837, par le pèlerinage de Trêves en 1844, et par le mouvement de « TAllemagne cathohque »,

Stolberg, Abfertigung der Schmeehschrift des Hofraths Vosz, Hambourg, 1820; (Geiger), Stolberg und Dr. Paulus zu Heidelberg, Majence, 1821 ; Freiburger Kircbenleiikon, XII, p. 1055; Rosenthal, Convertitenbilder aus dem XIX Jahrb., Schaffouse, 1865 et luiv., 3 toL, avec suppl.; Roscov., Rom. Pont., IV, 526 et seq.; Constantin Christ, Beleuchtung der neuesten Reformationspredigten. Ein Beitrag zur Toleranz, Ratisbonne, 1845; Beda Weber, Gartons aus dem deutschen Kirchenleben, Mayence, 1858; Catholique, 1870,1, p. 1 et suiY.

Révolution de 1848.

154. La révolution accomplie en France au mois de février 1848 jeta l'Allemagne dans une grande fermentation. Devant les cris de liberté, le pouvoir civil demeurait irrésolu et inactif, tandis que l'Église intervenait pour modérer les esprits et veiller à la conservation de l'ordre.

L'Assemblée nationale de Francfort garantit la liberté à toutes les sectes; elle disait dans ses Droits fondamentaux : « Chaque société religieuse règle et administre librement ses affaires. » Elle ne pouvait donc pas refuser l'autonomie à l'Église catholique, et cependant elle trouva moyen de la vexer, en supprimant quelques ordres religieux ; du reste, elle ne donna point de garanties suffisantes. Le mot de liberté n'avait de sens précis que dans la bouche de l'Église. Dix-neuf évêques allemands se réunirent à Wurzbourg (21 octobre- 16 novembre 1848) pour délibérer sur la situation, ils adressèrent des conseils au clergé et aux fidèles, ainsi qu'un mémoire aux gouvernements, où ils réclamaient la liberté pour l'enseignement ecclésiastique, pour la collation des ordres, pour le libre exercice du culte et les œuvres de bienfaisance, le droit d'administrer les biens ecclésiastiques , de correspondre avec le Saint-Siège et avec les fidèles. Les évêques formulèrent ensuite leurs demandes particulières dans des requêtes à leurs gouvernements respectifs.

Négociations des évêques assemblés en 1 848, dans les Archives du droit canon catholique, t. XXI, p 172 et suiv.; au complet dans la Collectio Lac, l. V, p. 959 et seq. Dumont, Schriften und Reden von Joh. card. von Geissei, Cologne, 1869 et suiv., 3 vol., surtout t. I; Remling, Card, von Geissei, Spire, 1873; Brück, Adam Franz Lennig, Mayence, 1870, surtout p. 116 et suiv.

Dissolution de la Confédération germanique. — Nouvel empire d'Allemagne. — Le conscience catholique se fortifie.

155. La diète de la Confédération germanique, rétablie après la défaite de la Révolution, ne contenta personne; cependant elle était encore, dans les circonstances où l'on se trouvait,

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 287

une institution précieuse pour l'unité de l'Allemagne. La guerre entre la Prusse et l'Autriche eut pour résultat d'exclure l'Autriche de l'Allemagne et d'établir la Confédération de l'Allemagne du Nord (1866) ; la guerre entre la Prusse et la France amena l'établissement d'un nouvel empire d'Allemagne protestant, sous Guillaume Je"", roi de Prusse (1871). Le nouvel empire ne réalisa pas les espérances qu'il faisait concevoir à plusieurs catholiques, et justifia les craintes de ceux qui entrevoyaient dans cet agrandissement de puissance un changement d'attitude envers l'Église catholique et l'aurore de cruelles épreuves pour les cathohques fidèles.

Cependant une vie active s'était développée parmi eux depuis 1846 : ils avaient une presse plus nombreuse à la fois et plus habile qu'auparavant; étroitement unis entre eux par différentes associations depuis 1848, ils tinrent en plusieurs villes des assemblées générales, dont la vingt-quatrième fut celle de Munich, en 1876.

Des orateurs populaires pleins de talent s'élevèrent dans les Chambres comme au dehors pour affermir la conscience religieuse et réfuter les accusations soulevées contre les réprésentants de l'Église. Les évêques, fréquemment réunis sur le tombeau de Saint-Boniface à Fulda, délibérèrent sur les intérêts généraux de la religion, et publièrent des lettres pastorales où respirait une vigueur tout apostolique ; ils encouragèrent les retraites pastorales et les missions populaires , firent refleurir les corporations religieuses et s'occupèrent du rétablissement des conciles. Un concile provincial fut célébré à Cologne en 1859. Le nombre des associations religieuses allait croissant; la foi, la piété, la bienfaisance, prenaient partout un si joyeux essor, qu'elles furent bientôt en état de résister aux plus rudes épreuves.

Les associations d'ouvriers catholiques, fondées depuis 1846 par Adolphe Kolping, qui s'éleva de la condition d'ouvrier à la dignité du sacerdoce, se maintinrent malgré toutes les attaques, et furent imitées hors de l'Allemagne. Il en fut de même des réunions de Saint-Vincent et de Sainte-Éhsabeth, des sociétés des missions, pour la propagation des bons livres, pour le rachat et le baptême des enfants païens, des casinos catholiques.

L'année 1876 vit paraître la Société de Gœrres pour la culture de la scienco parmi les catholiques d'Allemagne. Quant à la Société des catholiques de Mayence, établie sous la direction du baron Félix de Loe pour repousser les attaques contre la liberté et les droits des catholiques, elle fut obligée de se dissoudre en février 1876, à la suite des mesures prises par le gouvernement prussien.

Die kath. Presse Deutschlandi, Fribourg, 1861 ; die Groszmacht der Presse. Ein Wort für unsere Tage, Ratisbonne, 1866; Molitor, die Organisation der kalb. Tagespresse, Spire, 1867; Amtl. Baricbt über die eilfteGeneralversammhing der Katb. Deutcblands, Fribourg, 1860, p. 15 - 35. Voyez les rapports sur les autres assemblées générales jusqu'au 25 (Wurzbourg, 1877).

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