Histoire de l'église
JOO. L'Arabie était habitée par un grand nombre de tribus professant des religions diverses; on y rencontrait tous les degrés de civilisation au milieu d'une grande variété de climats (Arabie Déserte, Arabie Pétrée, Arabie Heureuse).
Il y avait, à côté de la population civilisée des villes, des Bédouins nomades , de grossiers ichtyopbages près du golfe Persique, et enfin une masse d'étrangers qui s'y étaient réfugiés, notamment des hérétiques chrétiens et des Juifs. Ce ni. — uisT. DE l'église. 1
qui prédominait, c'était le paganisme, surtout le culte des astres et l'emploi superstitieux des amulettes. Pour la plupart des Arabes, la Kaabade la Mecque était un sanctuaire national, originairement consacré au Dieu unique et suprême, et entouré plus tard d'une multitude d'idoles (360). On y rendait les honneurs divins à une pierre noirâtre que Dieu aurait donnée à Adam quand il sortit du paradis terrestre. Abraham, dont le fils Ismaël fut le premier ancêtre des Arabes, aurait fondé ce sanctuaire, restauré par les Amalécites.
Il y avait là un curieux mélange de coutumes païennes, juives et chrétiennes. L'Arabie du Nord renfermait une secte analogue à celle des esséniens, les hanyfes, précurseurs de Mahomet, qui se donnait lui-même le nom dehanyfe. Il y avait aussi, dès ce temps, des chants et des poésies arabes, mêlés d'idées monothéistes et chrétiennes. 11 est probable que ces idées chrétiennes servirent plus d'une fois à combattre les progrès de l'idolâtrie, avant que Mahomet se présentât comme l'auteur d'une nouvelle loi politique et religieuse et le fondateur d'un empire universel établi sur cette loi.
Alcorani text. univ. arab. et lat., éd. Maraccius, Patav., 1608, in-fol.; éd. Flügel, Lips., 1834; éd. Redslob, 1837 (en allemand, par Boysen. Halle, 177:3; par Wahl, Halle, 1828; par Ullmann, Crefeld, 1810); Abulfeda (quatorzième siècle); Annales Muslemici arab. et lat., éd. Reiske, Hafn., 1780, ."i vol. in- i-"; Hist. anteislamit. arab. et lat., éd. Fleischer, Lips., 1831 ; Vila Muhara. ar. et lat., ed Gagnier, Oxon., 1723, in-fol.
Chroniqueurs arabes et grecs.— Arabes : Abu-Zacarja, Vilae illustr. vir. , ed. Wüstenfeld, Gœlt., 1832; Gagnier, la Vie de Mahomet, Amst., 1732, t. II (en allemand, par Vetterlein, Kœthen, 1802, 2 vol.); Nœldeck, dans Herzogs Real. Encykiop., XVIII, 767 ; Dœllinger, Muham. Religion nach ihrer inneren Eiilwickclung und ihrem Einllus, Regensb., 1838; Lehrb.. I, 68; Weil, Muh. der Prophet, sein Leben und seine Lehre, Stutig., 1843; le mAme , Gesch. der ismaelit. Voclker übersichtlich dargestellt, ibid., 1866; le même, Gesch. der Chalifen, Munich, 1847; NVuslenfeld, das Leben Muh., nach Muh. Ibn-Ishak bearbeitet von Abd-el-Melik-Ibn-Hischam, aus den Hodschr. herausgegeben, Gœltingen, 1858; Muir, the Life of Mahomet, Lond., 1858; A. Sprenger, das Leben u. die Lehre des Muh., Berlin, 1861, 3 vol. (ibid., t. I, cap. i, sur les Hanyfes); Krehl, die Rehgion der vorislamit. Araber, 1863; Kremer, Gesch. der herrschenden Ideen des Islam., Leipsig, 1868; Poésies arabes avant .Mahomet. Nouveau Journal asiatique, II« série, t. XVI,
p. 38o, 497; IIP série, t. XII, p. 97; t. XHI, p. 292; Rohrbacher-Rump, IX, 49; Arnold, der Islam nach Geschichte, Charakter und Beziehung zum Christenthum, tibersetzt aus dem Engl,, Güterslohe, 1878.
Vie de Mahomet.
101. Mahomet (célèbre, digne de louange, désiré) naquit à la Mecque, vers 570, d'une branche des Koreischites, initiés au culte de la Kaaba. Il appartenait à la famille des Haschem. Sa vie a été embellie d'une infinité de légendes, et le noyau historique n'est pas facile à démêler parmi toutes ces additions successives. Privé de bonne heure de ses parents, élevé par son grand-père et son oncle, le jeune homme, d'une taille avantageuse, doué de talents, mais sujet à l'épilepsie, entreprit le négoce et entra en relations avec des Juifs et des nestoriens. Il se maria à l'âge de vingt-cinq ans avec une riche veuve, nommée Kadidscha, qui lui apporta une fortune considérable. Il ne se révéla comme prophète qu'à l'âge de quarante ans (vers 609). L'archange Gabriel, dont il aurait reçu des visions et des révélations, l'avait chargé, disait-il, de rétablir l'islamisme, c'est-à-dire la soumission à Dieu et le véritable culte d'Abraham. Il prétendait arracher ses compatriotes à l'idolâtrie, les amener à la connaissance du seul vrai Dieu, réunir en un peuple puissant les races hostiles et divisées de la Péninsule, et se placer lui-même à sa tête avec les droits d'un chef et d'un prophète envoyé de Dieu. Après avoir vaincu les premières difficultés, les succès qu'il remporta parmi ses compatriotes le rendirent plus audacieux : il déclara que sa religion allait supplanter tous les cultes qui avaient existé jusque-là, paganisme,. judaïsme et christianisme; qu'étant la dernière et la plus parfaite des révélations divines, elle devait régner seule par toute la terre. Il voulait être à la fois le Messie des juifs et le Paraclet des chrétiens : aussi rapportait-il à luimême divers passages de l'Ancien et du Nouveau Testament, Eabac.,i\i,'i\Jean,x\ ,'i.Ç>\ xiv, 16, et soutenait-il que les juifs et les chrétiens avaient rayé des saintes Écritures plusieurs textes qui le concernaient. Sa grande maxime était : « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. »
Les Grecs font dériver le mot Mahomet (de Khammada, loué) de iiEfîx),-jTo; et 7iapàx).rj'co;. 11 56 nommait proprement Abul-Kasem-
.i IIISTOIHE dp: l/ÉGLlSE.
Ibn-Abdallab. On fait venir le nom d'islam de salama = salvum esse, 4= conjugaison, se dévouer (à Dieu). La sure m, v. 183, parle des prétendues prédictions de la Bible sur Mahomet. Sur les rapports de î'isl.jm au christianisme, voyez Mœhler, Ges. Sehr., t. I, p. 349; Maier, riiristl. FJostandtheile des Coran (Freib. Ztschr. f., t. II, 34); Gerock, Versuch einer Darstellung der Christologie des Koran, Hamb., 1839; Grosse, Versuch, etc. (même titre), Gotha, 1840.
Doctrine de Mahomet.
d02. Mahomet, dans sa doctrine religieuse, représente l'unité do Dieu dans toute sa rigueur : il ne veut ni de la Trinité des chrétiens ni du polythéisme païen. Dieu, selon lui, est infiniment élevé au-dessus du monde; il exalte surtout sa puissance, qu'il place au-dessus de sou amour, tout en vantant sa miséricorde. Fataliste austère, il admet une prédestination ahsolument immuable pour toutes les actions et les destinées des hommes. Cette doctrine ne connaît point de rédemption, mais bien une révélation de Dieu par les prophètes Abraham, Moïse et Jésus- Christ, et surtout par Mahomet, le dernier des propliètes et le plus excellent. Le trône de Dieu est entouré de bons anges, formés de la pure lumière, notamment de l'ange de la révélation, Gabriel ; de l'ange gardien de la jeunesse, Mi(;bel ; du héraut de la justice, Israfil ; de l'ange protecteur et de l'ange de la mort. En face des bons anges sont les anges mauvais, dont l'un, Satan Eblis, séduit les hommes créés de la poussière, mais ne peut nuire aux fidèles.
Mahomet conserve les dogmes du jugement universel et de la résurrection ; il fait une peinture grossière du paradis et de l'enfer : les méchants sont condamnés à passer sur un pont aussi étroit qu'une lame de couteau, et tombent en enfer, où ils .subissent des peines éternelles, tandis que les bons goûtent en paradis toutes les voluptés imaginables et sont pourvus do femmes d'ime ravissante beauté. Mahomet conçoit les âmes humaiues comme des portions de l'essence divine. 11 méprise et maudit les autres religions, et attaque vivement la divinité do Jésus-Christ; il le dépeint d'après les récits apocryphes. Le mahomélisme est un mélange d'éléments persans, judaïques et chrétiens, une sorte de judaïsme aspirant à frauchir les limites d'un culte national et à devenir une religion univergello, judaïsme dépouillé de tout caractère typique et fi^ii-
l.LTTKS ET CONTROVERSLS RELIGICISi:?. ,i
ratif, superficiel et matérialisé par la prédominance d'une sensualité grossière. Il a emprunté des juifs la circoncision, qu'on devait recevoir à l'âge de treize ans.
Morale de Mahomet.
103. Sa morale est bien inférieure à celle du christianisme ; elle rejette l'amour des ennemis, et veut qu'on haïsse et extirpe de la terre quiconque n'admet pas le Prophète. Celui qiii tombe en combattant contre les infidèles, est assuré du paradis. Mahomet permet la pluralité des femmes : chacun peut en avoir quatre ; mais le Prophète et ses descendants n'étaient pas restreints à un nombre déterminé. La femme, dans le mahométisme, est profondément ravalée. Les devoirs qui incombent à chacun ne regardent que les œuvres extérieures, et sont complètement indépendants des sentiments du cœur. Parmi ces devoirs on remarque : 1° la prière journalière, qui s'appelle le chemin de Dieu (chaque croyant doit prier cinq fois le jour, les yeux tournés vers la Mecque); 2" le jeûne, qui conduit à la maison de Dieu ; 3" l'aumône, qui ouvre la porte pour aller à Dieu; ■i" le pèlerinage de la Mecque, qui doit se faire au moins une fois dans la vie; o° les fréquentes ablutions; 6° la participation à la guerre sainte contre les infidèles; 7" l'abstinence du vin; 8° la sanctification du vendredi, qui fut substitué au sabbat des juifs et au dimanche des chrétiens, mais demeura un jour ouvrable.
La religion était mise tout entière au service de la puissance temporelle ; il n'y avait point de sacerdoce. Mahomet et ses successeurs immédiats faisaient eux-mêmes les prières du haut do la chaire et exhortaient les fidèles. Quand on éprouva le besoin d'établir des remplaçants, les scheicks devinrent prédicateurs; les khatibs, lecteurs du Coran ; les imams (plus tard) présidèrent aux prières journalières; les muezzins convoquèrent à la prière; les kany ins (sorte de portiers) surveillèrent la maison de prière (mosquée) ; les ulémas furent docteurs de la loi, juristes; les derviches, la plupart malpropres et fanatiques, étaient des espèces de moines. Le culte demeurait vide et sec; les images et les représentations figuratives étaient en horreur. Un mois tout entier, le ramadan, était destiné au jeûne, qui durait depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher.
Succès de Mahomet. — Sa mort.
104. Mahomet avait parfaitement saisi les particularités nationales de ses compatriotes, et l'ensemble de sa religion leur seyait à merveille : de là le nombre croissant de ses sectateurs. La première personne qui crut à sa mission, fut sa femme; vinrent ensuite son cousin Ali et son beau-père Abu-Bekr, puis d'autres proches et plusieurs habitants de la Mecque. En revanche, plusieurs membres de la tribu des Koreischites détestaient le Prophète et l'obligèrent de quitter la Mecque. La quatorzième année do sa carrière prophétique, le 15 juillet 622 (jour où commence l'ère mahométane, l'hégire, hedschra), il s'enfuit à Ilatschreb ou Jatreb, qui se nomma désormais la ville du Prophète (Medinet-al-Nabi, Médina). Favorablement accueilli, il y commença la guerre contre les Koreischites, pilla leurs caravanes et continua do répandre sa doctrine. Il s'empara même de la Mecque (029-630), et fit de la Kaaba, après l'avoir purgée de toutes les images qui s'y trouvaient, le centre de sa nouvelle rehgion. L'Arabie entière se soumit à sa domination. Il était à la fois le chef politique et le chef religieux de son peuple, double dignité qu'il transmit à ses successeurs (les califes), dont le gouvernement fut aussi absolu et despotique que le sien. Ils organisèrent une puissance militaire qui n'avait d'autre but que la conquête. Mahomet ne fut pas témoin du triomphe définitif de ses projets : il mourut du 7 au 8 juin 632.
Le Coran.
10.*). Déjà pendant sa vie, ses partisans avaient appris de mémoire ou copié ses instructions. Après sa mort, elles furent recueillies par son beau-père et successeur, le calife Abu-Bekr (632-031), et reçurent le nom de Coran, recueil {lerjenda}. Elles furent divisées en lli chapitres (sures), et les chapitres en versets (ajat). Pour le fond, on les divisait en doctrines de la foi et en doctrines des mœurs (Iman et Din). Elles constituent, à proprement parler, le début de la littérature arabe; elles ne manquent point de valeur poétique, mais révèlent une médiocre connaissance des choses positives, notamment du christianisme, dont la Trinité est conçue comme composée de trois êtres distincts : le Père, la Mère (le Saint-Esprit) et le Fils. Elles reflètent
le caractère de Mahomet, doué d'une grande audace, d'une imagination ardente et d'une haute opinion de lui-même. Sans être cruel de sa nature, Mahomet foulait aux pieds toute espèce de droit dès qu'il s'agissait d'exécuter ses plans, ne reculait pas devant l'hypocrisie, et était esclave de l'orgueil et de la volupté.
Les nombreuses contradictions du Coran ont occupé pendant des siècles les savants de son parti, et sont devenues une pépinière de sectes, malgré ce principe qu'il ne fallait pas tolérer deux religions dans un État, et nonobstant la puissance de jour en jour plus formidable des califes. Après la mort de Mahomet, plusieurs tribus arabes désertèrent l'islamisme; mais cette apostasie fut proraptement vengée, et plusieurs combats victorieux les ramenèrent de force à l'obéissance envers le Prophète. C'est à partir de là, sous Omar, que commencent les conquêtes à l'étranger (63 i). En présence d'une puissance militaire si étendue, les mahométans de l'intérieur, privés de cohésion, ne purent exercer qu'une faible influence sur la marche des événements.
Sectes de l'islaraisme.
106. Malgré toute la conformité de la doctrine de Mahomet avec le génie national et la civilisation du peuple arabe, il y avait plusieurs questions qui divisaient les esprits dans les limites de ce système défectueux de religion, d'autant plus que le Coran fourmillait de contradictions. Ainsi, il y avait désaccord sur les successeurs de Mahomet dans le califat, sur la valeur de la tradition, .sur la prédestination divine de tous les événements, sur les fins dernières, -etc. Plusieurs considéraient Ali, le cousin de Mahomet, comme le premier saint après le Prophète, bien qu'il ne fût que son quatrième successeur (65,^-661), et ils ne pardonnaient point le meurtre commis sur sa personne (661). Ses partisans (les alites), qui le prenaient pour le vrai calife (imam, dans l'ancienne acception), étaient schiites, c'est-à-dire adversaires de la tradition (sonna, règle; sunnah, doctrine traditionnelle), comme sont aujourd'hui les Perses. Les sunnites, au contraire (comme les Turcs de nos jours), maintinrent la forme de la tradition telle qu'elle avait été établie deux cents ans après la mort du Prophète et telle qu'elle subsiste aujourd'hui. Un autre parti rejetait toutes les
8 HISTOIhJ: DE LECLISE.
preuves rationnelles dans les questions religieuses. Ces deux sectes étaient en même temps des factions politiques. Les schiites se divisèrent en ultraschiites et en schiites modérés. Les sunnites se partagèrent en Imnyfites (rationalistes), en malécites (traditionnalistes exagérés), en schafeites (partisans de la doctrine héréditaire et de la pieuse tradition islamite), et en hanbalites, qui croyaient que le Coran était incréé.
Plusieurs d'entre eux enseignaient que le Coran existait dès l'origine, déposé dans le septième ciel et gardé par un auge, sur une table d'une blancheur éblouissante, aussi longue que la distance qui sépare le ciel de la terre, et aussi large que l'espace qui s'étend de l'orient à l'occident. De temps en temps, sur l'ordre de Dieu, l'ange Gabriel en aurait chanté quelques fragments au prophète. Ces quatre sectes sunnites passaient encore pour orthodoxes. A côté d'elles, il y en avait une multitude d'autres qui s'éloignaient totalement de la doctrine du maître.
Weil, Hist. krit. Eiiileit. in deu Koran, Bielefeld, 1844; Geiger, Was hat Muh. aus dem Judenlh. aufgenommen? Bonn, 1833. Autres ouvrages sur le § 100.
107. Dans ce nombre plusieurs étaient rationalistes, tels que l°les kadris ou kadarites, qui niaient l'immutabilité du conseil de Dieu (kadr) en ce qui concerne l'incrédulité et le péché, et relevaient le libre arbitre; les motasilites (apostats, séparatistes), ([ui se nommaient eux-mêmes les confesseurs de la justice et de l'unité : cette secte n'était qu'une extension de la précédente et se morcela bientôt en vingt partis; les « frères de la pureté » (ichwan assafa), corruption de la dernière secte et composés de savants en quête de popularité.
2° D'autres étaient d'une orthodoxie outrée, tels que les dschabarites, suivant lesquels l'homme fait tout par contrainte (dschabar), en vertu d'une prédestination divine (par opposition aux kadris). Cette secte offre aussi de nombreuses nuances.
On a comparé les kadris aux pélagiens, les dschabarites mitigés auxserai-pélagiens, et les dschabarites rigoureux aux prédestinatiens. A l'encontre des motasiUtes, enseignant que Dieu
lATTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES. 9
n'a aucune propriété, les moschabithes ou séfatites lui attribuaient des propriétés analogues à celles de l'homme. Ils se partageaient aussi en rigoristes et en modérés : les premiers étaient proprement anthropomorphites ; les seconds défendaient simplement les attributs divins. 3° On rangeait parmi les antischiites : a. les kharedschites (apostats), qui se séparèrent d'Ali à cause d'un jugement qu'il avait rendu en opposition avec le Coran : ils croyaient que tout homme peut être admis dans le califat , et les disciples de Schebib n'en excluaient pas même les femmes; h. les rawendites, suivant lesquels l'esprit divin qui avait habité dans Mahomet pouvait se transmettre à d'autres; c. les mordschites, qui préféraient les sentiments aux actions, croyaient que la violation de la loi ne pouvait nuire à ceux qui avaient la foi, et que Dieu différait la punition des péchés jusqu'au jour de la résurrection; d. les waidites, aux yeux desquels tout péché mortel est une apostasie et encourt les peines de l'enfer. On comptait dix-neufsectes parmi les schiites. Chez les modérés, qui tenaient Ali pour le calife légitime, mais n'entendaient point le diviniser, on trouvait les imamites, les séïdites, les caïsanites, divisés entre eux sur le droit de succession au califat. Les ultraschiites (ghulat) divinisaient les califes, ravalaient Dieu au niveau de l'homme, enseignaient la transmigration des âmes et la présence corporelle de Dieu en tout lieu. Les ssabaïtes attendaient le retour d'Ali, dont ils faisaient une divinité; les khatabittes comprenaient environ cinquante sous-divisions et étaient anthropomorphites; les dschemachites expliquaient le Coran dans le sens allégorique, niaient la résurrection et soutenaient que l'esprit de Dieu avait passé d'Ali dans Dhuldschman. Les ghorabites enseignaient qu'Ali avait été l'égal de Mahomet, de la même manière qu'un corbeau ressemble à un corbeau, d'où vient que l'archange Gabriel les avait confondus entre eux. Les ismaélites ou karmates, partisans du plus grossier matérialisme, méprisaient toute autorité divine et toute révélation ; c'est d'eux que sortirent les Druses et les Assassines. Les sufis étaient panthéistes et quiétistes. On le voit, l'islamisme reproduit dans ses sectes diverses presque toutes les tendances d'opinions qu'on remarque dans les hérésies chrétiennes.
Dœlliiiger, Muh. Rel., p. 79; Hist. pol. BL, 1847, t. XIX, p. 497-312; Hiickgaber, loc. cit., II, p. 436.
Moyens de propagande de l'islamisme.
108. Les moyens qui servirent à la propagation do Tislamisme furent le fer et le feu, non l'instruction et la persuasion. Dans le début, le Coran était le seul livre dont se servaient les Arabes. Cène fut que plus tard, principalement sous la dynastie des Abbassides, qu'ils cultivèrent les lettres, construisirent des écoles, traduisirent en arabe les écrits des philosophes, des mathématiciens et des médecins persans, syriens et grecs. Ce fut aussi à partir de ce temps que le doute, l'amour des nouveautés, l'esprit de secte, commencèrent à se répandre. Plus tard, à dater du neuvième siècle, les savants s'éprirent encore davantage de la culture grecque, et sortirent de l'isolement où leur peuple se tenait renfermé.
Dés le huitième siècle, les théologiens grecs s'occupèrent de la réfutation du Coran, mais sans succès important. On vit bientôt des chrétiens grecs passer dans le camp des Sarrasins (renégats). Quand l'empire romain d'Orient vivait en paix avec les califes, les Arabes étaient en grandes relations commerciales avec Constantinople, et leurs marchands y obtenaient des avantages signalés. C'est probablement depuis l'empereur Léon III qu'il leur fut permis de construire une mosquée dans la ville impériale. L'aversion réciproque ne fut jamais aussi prononcée que dans le premier siècle de l'hedschra ; plus tard, elle s'affaiblit insensiblement, malgré la multitude des guerres.
Traductions arabes par des Grecs : K. Renaudot, Hist. patriarch. Alex. Jacob., part. II, p. 274; Wenrich, de Auctor. gra;c. Versionibus et Comment, syriacis, arab., armenicis Comment.; Weil, Chalifen, II, p. 70, 80. 84. 281, 285, 370. Polémistes grecs contre les Arabes : 1" Jüan. [);imasc., Disput. Sarac. et christ. (Op., II, 4ü0, ed. Le Quien. Cf. de Ihcr., n. 100, ibid., I, p. 100); 2° Theodor. Abucara, Dial. c. Sarac. (Migne, Pair, gr., t. XCVII, p. li»28); 3" Gregor. Decapol., Scrni. hist. (Gallandi, Rihi. Pair., XIII, :ii3); 4« Nicolas Ryz., Dem. et Refut. cp. Agaren, et Refut. iibri Mab. (Migne, t. CV, p. 669, 807.) Sur l'auteur, voyez mon ouvrage, Pholius, II, 645; 5» Samon. Gaz., Disput, cum Achmet Sarac. de Euch. (Gallandi, XV, 225); 6" Barthol. Edessen c.
MuIiam.(Migne, t. CIV,p. 1383); 7° Eulhym. Zigab., Panopl.,lit. XXVIH, Disp. c. philos. Sar. (Mai, Nova Patr. Bibl., IV^ 443); 8» iNicet., Chron. de superstit. Saracen. (ibid., p. 432). Sur les renégats (chez les Grecs, (j.aYapt:;ovT£i;, [iaYapîTai, àpvÔTciTToi) et les mosquées de Constantinople, Theophan., p. 48i-, 540, éd. Bonn.; Constant. Porphyrog., de Adm. imp.. c. xxj, p. 101. Mon ouvrage, Photius, II. p. 599, 600.
Rôle de rislamisme dans le plan providentiel.
109. L'islam était pour le christianisme un élément de trouble et de dissolution ; et cependant il avait, lui aussi, sa place dans l'économie du plan divin.
l"* Il fut un châtiment pour les chrétiens dégénérés, surtout pour les Orientaux, qui lui frayèrent les voies par leur décadence morale, leurs divisions religieuses, leur profanation des choses saintes et le despotisme de leurs empereurs; mais il devait aussi 2° préparer à la civilisation les peuples les plus avancés dans la barbarie, notamment les Africains : ces peuples, qu'il fallait amener du fétichisme au monothéisme, avaient besoin, dans leur degré inférieur de culture, dans leur sensualisme brutal, de cette transition ou d'une transition analogue, pour arriver au christianisme. Ce passage pouvait être ménagé par le développement graduel d'une sorte de rationalisme. 3° Il semble aussi que la propagation et la prépondérance de l'islamisme, en élevant comme une barrière entre les chrétiens d'Occident et les peuples lointains de l'Asie orientale, le Japon et la Chine, en condamnant ceux-ci à l'isolement intellectuel, à une sorte de quarantaine, les empêcha de se familiariser avec le christianisme imparfait et corrompu qu'enseignaient les schismatiques et les hérétiques, principalement les monophysites et les nestoriens. Dieu, sans doute, voulait les réserver pour des temps meilleurs et une atmosphère plus sereine. 4° De leur côté, les peuples d'Occident avaient besoin d'être tirés de leur léthargie et de leur engourdissement, d'être élevés à un plus haut degré de culture, suivant ce qui arriva pour l'Espagne dans sa lutte avec la puissance nouvelle qui éclatait dans le monde. 5" Enfin l'Eglise, en se réservant un nouveau quoique tardif triomphe dans la destruction de l'islam, allait attester dans ce long combat son invincible soHdité. Après être restés quelques siècles au plus haut sommet de la puissance, les empires mahométans commencèrent à déchoir et durent
passer par bien des transformations. Quant à l'Église, si elle fit quelques pertes aux extrêmes frontières de son empire, elle se montra d'autant pins forte dans le centre de son action. 11 se conservait, même chez les musulmans, des prophéties qui annonçaient la future destruction de l'empire d'Osman par les chrétiens.
Fr. V. Schlegel, Philos, der Gesch., II, p. 69-91 ; Dœllinger, p. 140. Prophéties sur la chute de l'empire des Osmans, dans Ludov. Domenichi, Profezie dei Maomettani, Firenze, 1348.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Des Rajiports de l'islamisme à l'Évangile ' .
Je me demande, dit le profond Moehler, si le christianisme ne s'élèvera pas de nouveau, dans toute l'Asie, en face du mahométisnie ; s'il ne montrei'a point, là aussi, sa pui.ssance régénératrice ; s'il ne répandra pas, avec les vraies notions de l'humanilé, une science vivante, et n'inspirera pas dans la suite aux États asiatiques un esprit nouveau, plus dou.x à la fois et plus élevé.
Pour répondre à cette question, je veux étudier à fond la nature de l'islamisme et rechercher notamment quelles idéesil se forme du christianisme. Quand il fit son apparition dans le monde, quand il s'efforça de se créer des partisans et des amis, il dut se prononcer sur le christianisme et marquer la place qu'il entendait prendre à côté de lui. Mahomet, on le sait, ne s'appuyait pas sur les seules armes de la force : il a déposé dans un livre ses impressions, ses vues, ses pensées sur Dieu, sur le monde, sur l'homme et sur toutes les affaires auxquelles il était mêlé. J'ai découvert dans ce livre une grande variété de vues sur Jésus-Christ, sur l'Évangile et le christianisme. Je vais donc exposer le résultat de mes recherches et montrer quel est, d'après le Coran, le rapport de Jésus-Ciu'ist à Mahomet, de l'Evangile à l'islamisme.
Bapports extérieurs de Jésus-Christ à Mahomet, de l'Évangile à l'islamisme, d'après le Coran.
On ne trouve point, dans le cours de l'histoire, de forme religieuse qui n'ait essayé de se donner une hase historique et qui n'ait prétendu qu'elle avait été préparéo dans un passé lointain. Par un instinct naturel, tous les nouveaux cultes religieux cherchent à conoilier ce qui parait le plus opposé : satisfaire aux nécessités présentes et marcher avec le siécio, tout en prétendant remonter à la plus haute antiquité.
' Voyez Mœhler, Mélanrfes, t. I, p. 318 ot suiv.
I/ISLAMISME ET l'ÉVANGII-K 13
Ce fait implique une aversion innée pouz' l'arbitraire en matière religieuse et le besoin de cbercber une base plus solide que les idées individuelles, au-dessus desquelles l'homme est incapable de s'élever: ce qui prouve évidemment la nécessité d'une révélation divine. Ce fait prouve en outre que l'homme se méfie naturellement des idées religieuses qu'il s'est lui-même formées, et qu'il lui faut une autorité supérieure. Ainsi l'homme trouve dans son propre fond la nécessité d'une révélation divine, et l'on voudrait que Dieu n'eût pas satisfait à ce besoin naturel!
On a souvent remarqué que l'homme, tout en niant cette organisation de son être, la reconnaît en pratique et y revient malgré lui. C'est une vérité constante que ceux de nos contemporains qui rejettent l'autorité de Jésus-Christ invoquent son autorité même pour le répudier. Us interprètent souvent ses discours et ceux de ses apôtres contre toutes les lois du langage, de la logique et de l'histoire, pour se donner artificiellement une autorité apparente, qu'ils préfèrent à celle qui s'ofl're d'elle-même.
Mahomet aussi sentait le besoin de se donner et de donner à sa doctrine une base liistorique, afin démontrer que l'islamisme, malgré son apparente nouveauté, s'adaptait parfaitement à la séi'ie des autres révélations.
Quand il promenait ses regards sur son pays, l'Arabie, le judaïsme et le christianisme devaient lui sembler un terrain propice à ses vues. Les partisans de ces deux sociétés'religieuses étaient si nombreux et si puissants, qu'ils se disputaient le trône des Hamyares, non sans un légitime espoir de pouvoir le garder, et ils y élevaient tour à tour des rois attachés à leurs principes. Les juifs, les chrétiens, la population encore païenne du pays, les ismaélites, vénéraient le même ancêtre, Abraham; ces derniers assuraient même qu'il avait fondé avec Ismaël le grand sanctuaire d'Arabie, la Kaaba de la Mecque. Ils donnaient au patriarche le même nom que les chrétiens :. ils l'appelaient dans leur dialecte Ibrahim, au lieu d'Abraham.
Que ne pouvait-on pas entreprendre avec le souvenir vivant de cette commune origine? Mahomet, en se rattachant à l'histoire juive et chrétienne, pouvait espérer de réunir en sa personne les trois branches d'un même tronc séparées en partie depuis des milliers d'années, et de rétablir ainsi la paix et la concorde. Malgré la communauté des anciennes traditions religieuses entre les Hébreux, les chrétiens et les Arabes, la Péninsule n'avait pas moins été ébranlée pendant tout le sixième siècle par des secousses, des luttes violentes, qui venaient de l'opposition religieuse des trois partis. Les juifs et les chrétiens n'avaient pas seulement affermi leur puissance par des immigrations, des colonies nombreuses, mais aussi par des conversions d'indigènes.
H HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Ainsi, leur existence était déjà traversée par une foule d'inconvénients, que subissaient ceux qui demeuraient attachés aux coutumes traditionnelles, et ces inconvénients renaissaient continuellement.
Si les juifs et les chrétiens étaient un objet de haine pour les anciens croyants, ils n'étaient pas eux-mêmes unis entre eux. Dsunovas, le prince des juifs, fut attaqué par le roi chrétien des Abyssiniens, non seulement parce qu'il accabloit d'impôts les fidèles, selon, le récit de Procope ', mais parce que des milliers de ceux-ci payaient de la vie leur fidélité à leur religion et refusaient d'embrasser le judaïsme. Abraham lui-même , roi chrétien donné aux Hamyares par le nagusch des Abyssiniens, ne sut pas se concilier laffection de tous les partis. Ainsi, en défendant les pèlerinages à la Kaaba, il aigrit tellement les esprits, que Chosroés trouva des partisans dans l'Yémen, et fit de ce beau pays une pi'ovince de Perse.
Mahomet invoqua donc l'Évangile et les livres de l'Ancien Testament, il s'en servit pour donner la même antiquité aux idées nouvelles qu'il proclamait, et montrer qu'il avait raison de rajeunir ce qui était ancien, tout en nourrissant l'espoir de devenir ainsi le médiateur des Arabes divisés entre eux. Si Mahomet avait conçu d'une manière toute générale le rapport qui existait entre lui et l'histoire judéo-chrétienne, il aurait été dans le vrai : car sans Moïse, sans les prophètes et Jésus- Christ, Mahomet serait inconcevable : la substance du Coran est tirée tout entière de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mais il envisagea ce rapport dans un sens beaucoup plus étroit : selon lui, les prophètes et Jésus-Christ avaient formellement annoncé sa venue; ils l'avaient proclamé dès les temps les plus lointains pour l'envoyé de Dieu. Et comme on ne trouvait rien de pareil dans l'Écriture, il disait que les juifs et les chrétiens en avaient rayé les textes qui le concernaient. Par la manière dont il s'exprime, il semble convaincu que les anciens voyants l'avaient eu en vue et annoncé à la postérité comme le dernier des prophètes.
Dans le Coran, en eiTet, il ne pai'lc pas en détail de l'imposture des juifs et des chrétiens; il l'expose comme un fait connu, et il déplore amèrement de se voir ainsi dans l'impossibilité d'établir clairement aux yeux du monde entier sa dignité de prophète. 11 reproche aux juifs et aux chrétiens de s'être laissé corrompre par leurs chefs, et d'avoir, pour un gain sordide, supprimé ce qui le concernait. Ça toujours été la coutume des juifs, dit-il, de tuer les prophètes, et il n'est pas étrange qu'ils aient altéré leurs Écritures pour se débarrasser de lui. Quant aux chrétiens, ils reconnaissent Mahomet dans les Écritures aussi certainement qu'un père reconnaît les traits de son fils ; mais ils l'ont renié par
' De Belto peisico, 1, vi, -10.
l'islamisme et l'évangile. 1,")
corruption de cœur. Il recourt à toutes les adulations, surtout à l'égard des moines, pour leur faire livrer les trésors secrets de la Bible ; il les menace, eux et les juifs, des châtiments divins les plus sévères, s'ils ne montrent les prophéties qu'ils retiennent cachées.
Les partisans de Mahomet étaient tellement convaincus du rapport prophétique qui existait enti'e l'islamisme et l'Évangile, qu'ils entreprirent de prouver scientifiquement que l'Ancien et le Nouveau Testament n'existaient plus dans leur forme primitive. Quelques-uns, il faut l'avouer, l'ont fait avec beaucoup de sagacité et de savoir; d'autres se sont efforcés d'établir que les passages prophétiques relatifs à Mahomet ne font pas défaut dans l'Ancien et le Nouveau Testament, et ils sont arrivés, par des interprétations mystiques et allégoriques, à démontrer aux Orientaux que ce fait n'était pas du moins invraisemblable. Ils invoquaient le Paraclet promis par Jésus-Christ, et qui serait apparu à Mahomet; puis la parabole des ouvriers de la vigne, qui, pour avoir été appelés à difféx'entes heures du jour, ne laissent pas de recevoir la même récompense : les premiers appelés sont les Hébreux; les seconds, les chrétiens; les troisièjnes, les mahométans.
Mais leur principal argument est dans ce texte du Deutéronome. ch. xxui : « Le Seigneur est venu du Sinaï, il s'est révélé de Séir et il nous est apparu de Pharan. » Or, disent les théologiens arabes, de même que Sinaï signifie la révélation mosaïque, et Séir, en Galilée, la révélation chrétienne; de même Pharan, qui est dans la chaîne des montagnes arabiques, signifie l'islamisme*.
Quand on se l'appelle le rôle important que les montagnes jouaient dans toute l'antiquité relativement à l'origine des religions, avec quelle piété les Indiens (sans parler de l'Olympe des Grecs) allaient en pèlerinage à Maru et aux sources du Gange, d'où émane le culte de Brahma; le respect dont les Perses entouraient l'Albordi, les Égyptiens les montagnes qui forment les cataractes du Nil; le culte que les Phrygiens rendaient à Cybèle, la bonne mère des montagnes, on comprend que les Orientaux aient pii trouver dans ces heureux passages des arguments victorieux en faveur de la dignité prophétique de Mahomet.
Dès que Mahomet admettait que Jésus-Christ l'avait annoncé, il croyait à Jésus-Christ comme prophète et à l'Évangile comme parole de Dieu. Aussi le Coran parle-t-il toujours de l'Évangile avec le plus grand respect, comme d'un livre qui contient des enseignements divins extraordinaires; et quand il expose les conditions requises pour acquérir les faveurs de Dieu, il exige expressément qu'on reconnaisse, avec le Coran, les Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament.
^ Voyez Ludov. Maraccio, Prodromus ad refutationem Alcorani, Patav., 1698, part, in-fol., IS et seq.
1(> nisToiRK DE j/i';glise.
En assignant une telle place à l'Évangile, Mahomet ne saurait complètement méconnaître la haute dignité de Jésus-Christ. Cependant il nie sa divinité, et il croit que la doctrine de l'Église n'a point de fondement dans kl Bible, mais qu'elle a contre elle les paroles les plus expresses de Jésus-Christ. Quand Jésus-Christ, dit-il, appelle Dieu son Dieu, il se sert des mômes expressions que lorsqu'il l'appelle 7iùtre Dieu : il est donc avec Dieu dans le même rapport que les créatures. D'autres arguments de Mahomet contre la divinité de Jésus-Christ reposent sur cette vue erronée, que les chrétiens attribuent à Dieu l'acte de la génération charnelle, ce qui est incompatible avec la nature divine : Dieu, dit-il, n'a point de femme, par conséquent point de fils. Mahomet, dans sa polémique, partait de ce principe, que le bonheur des époux n'est parfait que lorsqu'ils ont des enfants : or, disait-il, les chrétiens attribuent à Dieu les mômes nécessités qu'aux pères et aux mères, tandis que Dieu se suffit éternellement à lui-même.
On voit par là quelles idées Mahomet se faisait de la Trinité. Selon lui, les personnes divines, telles que les entendent les chrétiens, sont le Père, la Mère et le Fils, et il leur reproche d'honorer trois dieux.
Cependant, tout en rejetant la divinité de Jésus-Christ, son respect pour l'Écriture sainte lui impose des bornes qu'il n'ose pas franchir. Selon le Coran, Jésus-Christ est le plus grand des prophètes qui ont paru avant Mahomet ; il n'est pas le produit des forces de la nature, et il est resté exempt de tout péché. Les théologiens mahométans ajoutent même que sa mère n'a pas connu le péché '. Dans le Coran, Jésus-Christ est communément appelé le Fils de Marie ; ce qui signifie en même temps, d'après les commentateurs arabes, qu'il a été engendré d'une manière tout extraordinaire : car lorsque les Orientaux veulent distinguer nettement un homme d'un autre homme, ils citent à la fois son nom et celui de son père ; or, dans le cas présent, il est dit simplement que Jésus est fils de Marie, parce que le Coran ne reconnaît pas Joseph pour son vrai père.
Le Coran attribue à Jésus-Christ une infinité de miracles; Mahomet lui en impute même qui ne sont pas consignés dans les Évangiles. Le Christ est à ses yeux une personne si sublime, qu'il trouve indécente la peinture que les Évangiles font de sa mort, et il la remplace par un récit emprunté aux fables des anciens gnosliques : il dit, par exemple,
' Sure iir, v. 45, rannonciation de Marie est ainsi rapportée : « Cum dixerunt angeli : O Maria, cerle annunciat tibi Deus Verbum ex se; nomen ejus erit Christus Jesus, tilius Marise; conspicuum in hoc mundo et in futuro saeculo, et ex approximalis Deo. » Vers. 4, 7 : « Respondit (Maria) : Domino mi, quomodo eril mihi proies, et non tetigil me liomo? Dixit angehis : Sic Deus créai quod vult ; cum decreverit rem, profeclo Uicel illi : Esto ; et eril, et est.»