Les méthodistes continuaient en général d'insister sur
la sainteté intérieure et de tendre à la perfection, principalement les wesleyens. Ils se disaient en société extraordinaire avec Dieu, se glorifiaient de leur mission divine et des dons de la grâce qui leur étaient départis, condamnaient l'usage de la raison dans les choses révélées, célébraient leur culte soit en totalité, soit en substance, d'après le règlement ecclésiastique ihi l'Église anglicane, et adoptaient Timmersion pour le baptême. Toute la communauté recevait la cène chaque dimanche d'après la liturgie anglicane, et il y avait assemblée générale tous les mercredis soir; la nuit du samedi était consacrée à des instructions, des chants et des prières. Les membres indisciplinés étaient punis de l'excommunication mineure.
Chaque commune était divisée en classes, et chaque classe en sections; plusieurs communautés formaient un cercle, ayant à sa tête un premier inspecteur; plusieurs cercles, en district. La conférence, qui se réunissait tous les ans, était la plus haute autorité. La principale tâche de la société consistait toujours à procurer l'éducation religieuse et morale des masses par l'enseignement, par des instructions animées, confiées souvent à des prédicateurs itinérants, à pratiquer en commun la bienfaisance, à évangéliser les païens, c'est-à-dire le plus souvent à persécuter les missionnaires catholiques, quelquefois par des procédés honteux. Les méthodistes visitèrent principalement l'Irlande et surtout le nord de l'Amérique. Whitefield mourut à Newbourg-Port en 1770. Quand John Wesley mourut à son tour (1791), sa secte comptait trois cent treize ecclésiastiques en Angleterre, cent quatre-vingt-dix-huit dans le nord de l'Amérique,en tout 130,000 partisans. Il laissa une multitude d'écrits. Le nombre des méthodistes allait sans cesse en augmentant, et avec lui les divisions de la secte. En 1700 déjà paraissaient les jampers (sauteurs), qui, par des soubresauts et des danses convulsives, prétendaient manifester au dehors l'Esprit-Saint qui les travaillait; puis les barkers (aboyeurs), dont le langage dégénérait en une sorte d'aboiement, etc.
Le aom de méthodistes est considéré comme une allusion à une école de mé lecine de ce temps : ü viendrait de ce que ses chefs auraient inventé une méthode nouvelle pour arriver au bonheur ; on le
Le schisme russe et le protestantisme. 559
fait dériver aussi d(3S procédés mélhodiqiios qu'ils observaient dans leurs pratiques religieuses.— Hauipson, Leben John Wesley's el Gesch. der Methodisten, trad.de l'anglais par iNiemeyer, Halle, 1793,2 vol.; Soutey, Leben J. Wesley's, d'aprèsl'anglais, par Krummacher, Hamb.,1828; Leben G. Whitefields, d'après l'anglais, par Tholuck, Leipzig, 1834 ; Jackson, Gesch. v. Unf., Forlg. und gegenw. Zustand der Methodisten, en allem., par Kuntze, Berlin, 18il ; Doi-ner, Gesch. der prot. IheoL, p. 513 et suiv. ; Schrœckh, VIII, p. 681 et suiv., IX, p. 536 et suiv. ; Baum, die Methodisten, Zürich, 1838 ; Taylor, Wesley and Method., Lond., 1859 ; Dœllinger, op. cit. p. 249 et suiv.
Les baptistes.
243. Les baptistes, qui surgirent eti Angleterre vers 1609. n'avaient aucun rapport avec les niennonites d'Allemagne et de Hollande. Ils n'acquirent quelque importance qu'après 1688. Ils donnaient le baptême aux seuls adultes, et seulement par immersion complète ; ils maintenaient rigoureusement les dogmes calvinistes sur Télection de la grâce et la justification, célébraient le sabbat en place du dimanche, et professaient souvent des doctrines antinomistes. Le parti principal «les baptistes calvinistes particuliers » donna lieu à cinq petites sectes, nées soit de l'aversion du calvinisme, soit à l'occasion de quelques points de controverse. En 1762, les baptistes formèrent à New- York une nouvelle communauté et se répandirent promptement en Amérique. Chaque communauté constituait un corps absolument indépendant. Ilsrejetèrentjtoute organisation religieuse, et n'avaient point de symbole déterminé. Dans le nord de l'Amérique, cette secte devint bientôt la plus nombreuse, surtout le parti do la libre volonté (depuis 1780). Elle fut renforcée par la secte des six principes, la secte du 7" jour, la secte de l'Église de Dieu, la secte des cupellistes et la secte des unitaires.
Th. Chosby, the Hist. of the english Baptists, Lond., 1738-1740, 4 vol. ; Gox and J. Hoby, the Baptists in America, New- York, 1836 ; Dœllinger, op. cit., p. 256 et suiv., 336 et suiv.
Presbytériens unitaires et calvinistes.
244. Parmi les corporations religieuses non épiscopaliennesdo l'Angleterre, celle des presbytériens avait éi6 la plus puissante j
860 HISTOIRE DE L*ÉGLTSE.
mais, au dix-huitième siècle, un changement de doctrine la fit presque entièrement disparaître. Les plus remarquables théologiens du parti, Richard Baxter et Daniels Wiliams, avaient démontré avec tant de force les contradictions du dogme calviniste sur la justification et ses funestes conséquences pour la morale, que la plupart des communautés abandonnèrent cette doctrine et devinrent arméniennes. C'était rompre le lieu qui faisait la cohésion de la communauté, et établir un principe de dissolution. Au dix-huitième siècle, plusieurs d'entre eux adoptèrentl'arianisme, recommandé alors par quelques théologiens et même par l'Église officielle, et aboutirent naturellement ausocinianisme. Ainsi naquirent les communautés d'unitaires qui , après avoir rejeté la plupart des dogmes fondamentaux du christianisme, descendirent au niveau où se trouvent maintenant en Allemagne les libres communes, tandis que les presbytériens demeurés calvinistes se fondirent avec les indépendants, qui au dix-septième siècle s'étaient séparés des presbytériens, pour suivre le principe de la parfaite indépendance de toutes les communautés et n'en faire qu'une simple association .Ce parti sefortitia des adhérents de Whitefield, et demeura longtemps très fidèle au dogme calviniste. Il en fut de même des méthodistes calvinistes de Wales, qui formaient à part une secte nombreuse. Dans la suite, l'orthodoxie calviniste disparut aussi de plus en plus parmi les indépendants.
Ibid., p. 247 et suiv., 255.
Les swedonborglens.
Swedenborg.
245. L'Église de la Nouvelle Jérusalem eut pour fondateur le fils d'un évêque protestant, Emmanuel Swedenborg, conseiller suédois. Doué de talent et de perspicacité, très versé dans les travaux des mines, dans les mathématiques et la physique, sur lesquels il composa des ouvrages estimés de son temps (mort en 1772). Swedenborg était convaincu qu'il entretenait des relations avec le monde des esprits et qu'il en recevait des éclaircissements sur toutes les questions religieuses.
Depuis 1743, il se figura qu'il était favorisé de visites et d'inspirations d'en haut, qu'il était en commerce intime et instructif avec les âmes des défunts et autres esprits. Il se vantait d'avoir été plusieurs fois en paradis et eu enfer, et d'avoir été appelé de Dieu non seulement à connaître les mystères particuliers de la Bible, mais à inaugurer un âge de l'Église nouveau et impérissable, et à restaurer le christianisme primitif. Il fonda une société d'exégèse et de philanthropie, la Nouvelle Jérusalem, à laquelle il adonné une liturgie . distincte.
De la Suède, où elle comptait environ 2,000 membres, la société se répandit en Allemagne, en Angleterre et en Amérique. Elle puisait sa règle dans les écrits du fondateur. Comme Swedenborg était un caractère irréprochable, ses apparitions d'esprits sont moins le fruit de l'imposture que la suite d'un état extatique, du magnétisme animal et d'une inagination surexcitée. Il prétendait avoir reçu dans le ciel sa mission directement de Dieu ; le second avènement du Christ promis dans l'Évangile devait se réaliser en lui. Cet avènement n'était autre que le règne spirituel et universellement victorieux de sa vérité et de son amour parmi les hommes. 11 datait du 19 juin 1770 le commencement du nouveau royaume de Dieu sur la terre. Le premier jour où son grand ouvrage serait consommé, le Christ enverrait les apôtres à travers le monde céleste des esprits pour annoncer la joyeuse nouvelle qu'il commençait dès lors à régner pour toujours et que les prophéties s'accomplissaient. {Dan., vra, 13 et suiv. ; Apoc, XI, 15). Ce nouveau système, fruit d'une réaction vigoureuse contre le dogme protestant de la justification, considéré comme immoral (aussi Swedenborg n'avait-il trouvé dans le ciel ni Luther, ni Mélanchthon, ni Calvin), n'était qu'une théosophie rêveuse, avec un fort mélange d'idées rationahstes, qui sapait toutes les bases du christianisme.
Dogmatique de Swedenborg.
246. Swedenborg ne rejetait pas seulement la justification protestante et la prédestination de Calvin, mais encore les dogmes delà Trinité, du péché originel, de la mort expiatoire
de Jésus-Christ et de la résurrection de la chair. Il enseignait l'unité des personnes divines, et mettait le dogme de la Trinité au niveau du trithéisme et de l'athéisme. Selon lui, le vrai Dieu de l'Ancien Testament avait adopté l'humanité en Jésus- Christ ; l'opération de ce Dieu -homme, qui agit incessamment pour nous régénérer, c^est le Saint-Esprit, la vérité divine ; le terme de « Fils » ne se rapporte qu'à l'humanité adoptée.
La Trinité se compose de trois objets dans un sujet unique : ce sont trois attributs ou révélations de la seule personne divine. Cette thèse fourmille de contradictions. La chute, pour les individus, consiste dans l'abus personnel de la liberté ; les enfants reçoivent de leurs parents un principe de corruption, mais qui ne dérive pas du premier homme. Les progrès incessants du mal sur la terre ont eu la plus funeste influence sur le monde des esprits ; ils ont tellement agrandi l'empire du démon, que ses sectateurs ont empiété sur le domaine des bienheureux et menacé de l'entraîner dans l'abîme.
Le Dieu fait homme a délivré les bons esprits de l'envahissement des démons ; il a séparé les bons des méchants, rendu les vertus divines accessibles à l'homme, établi des rapports entre le fini et l'intini.La rédemption consiste dans l'assujettissement Ide l'enfer, la restauration de l'ordre dans ie ciel, la rénovation de i'ÉgUse sur la terre, qui forme un tout avec les ordres des esprits dans l'autre monde.
Des deux sacrements, celui du baptême ouvre la porte de l'Église ; celui de la cène, la porte du ciel. Dans la cène, on reçoit l'humanité divinisée, un aliment spirituel, qui transmet la charité et la sagesse. Pour ceux qui en sont dignes, Dieu est présent au dedans et au dehors : au dedans, par son amour et sa vérité ; au dehors, par sa toute-présence, qui est la condition de l'existence des êtres. Aux indignes, il n'est présent qu'extérieurement. La cène n'a point de rapport avec la mort de Jésus- Christ et la rémission des pèches. Après la mort, les âmes arrivent dans un espace qui Hotte entre le ciel et l'enfer ; peu à peu elles se sentent invinciblement attirées vers les esprits qui leur ressemblent, et arrivent ainsi, les unes dans le ciel, les autres en enfer, les autres dans un lieu de purification et de perfectionnement, à moins qu'elles ne soient absolument incorrigibles. Les païens et les Turcs n'en sont pas exclus,
L'autre monde ressemble complètement au monde présent : il y a des palais, des maisons, du temps, de l'espace. Les peuples et les individus conservent leurs particularités : les Hollandais, par exemple, demeurent commerçants ; seulement, tout s'y fait d'une manière plus spirituelle qu'ici-bas. Les corps ne ressuscitent point, ils sont remplacés par des corps nouveaux.
Swedenborg partage l'histoire du monde en quatre périodes (églises) : la période antédiluvienne, la période asiatico-africaine (jusqu'à l'invasion de l'idolâtrie), la période mosaïque et la période chrétienne. Cette dernière se subdivise en période anténicéenne, kquelle conservait encore la doctrine de la Nouvelle Jérusalem ; en période grecque, période romano-catholique et période protestante. Celle-ci a déjà atteint son terme, et les temps inclinent de nouveau vers leur origine, vers le christianisme primitif. Swedenborg assurait qu'il avait assisté, en 1757 , au jugement dernier. Du Nouveau Testament il n'admet que les quatre Évangiles et l'Apocalypse. Dans l'explication de la Bible, il se livre à des allégories arbitraires. Des preuves, iln'enfournit pointou n'en fournit que de très faibles. Il connaît par l'histoire de l'Église l'histoire des dogmes. Il y a chez lui quantité de choses mesquines, puériles, aventureuses. Et cependant sa doctrine a trouvé jusqu'à nos jours, même parmi des savants renommés, des partisans fanatiques. (Tafel, dans le Wurtemberg).
Swedenborg, Arcana cœleslia ia verbo Domini détecta una cum mirabilibus, quse visa sunt in mundo spirituum, 1749 et seq., t. IV ; éd. Tafel, Tub., 1833 et seq., t. lit. Vera cbrist. religio compl. univ. theol. nov. EccL, Amst., 1771 ; éd. ïafel, Tub., 1857, t. II, en allem., ibid ; Tafel, Gœttl. Offenbarung, trad. du latin, Tiib., 1823 et suiv., 7 vol. Le même, Swedenb. Lehre mit Rücksicht auf die einwürfe gegen sie, Stuttg,, 1843 ; le même, die Gœttlichkeit der hl. Schrift oder der tiefere Schriftsinn, Tüb., 1838 ; Dorner, p. 662 et suiv.; Mœh- 1er, Symbolique, II ; Tüb. theol. Quartalschr., 1830, IV ; J. Gœrres, Em. Swedenb. u. s. Verhceltnitz zur Kirche, Spire, 1828.
La littérature théolog'iqne.
En Angleterre.
247, Les ouvrages théologiques s'étaient insensiblement mui-
ti plies. En Angleterre, les théologiens essayaient de justifier la constitution épiscopale légalement établie ; Pearson (mort en 1686), qui s'occupait de l'histoire de l'ÉgUse et de l'histoire des dogmes, la vengeait des attaques de Saumaise (mort en 1653) et des presbytériens. Tout en adoptant la suprématie royale, les théologiens cherchaient à sauvegarder l'iodépendance del'Église à l'égard de l'Etat, malgré la prétendue identité de leur chef réciproque: tel fut Guillaume Beveridge, versé dans les langues orientales, dans le droit canon et la thélogie, mort évoque de Saint-Asaph en 1708. La constitution presbytérienne écossaise, représentée par l'assemblée générale qui se tenait annuellement à Edimbourg et se composait des députés de quinze synodes provinciaux, trouva peu de représentants dans la science.
Parmi les anglicans célèbres nous nommerons encore : l'éditeur de la Polyglotte de Londres, Brian Walton (mort en 1661), 'archevêque Usher (mort en 1656), l'orientaliste John Lightfoot (mort en 1675), l'évêque John Fell (mort en 1686), Spencer (mort en 1696), l'archevêque Bingham (mort en 1708); J.Mill, critique du texte de la Bible (mort en 1707), et Kennicott, professeur à Oxford (1766 et 1780); George Bull, historien des dogmes (mort en 1710), fameux par son Apologie de la foi de Nicée; Henri Dodwell, d'un savoir varié (mort en 1711); Cave, historien de la littérature (mort en 1713); Grabe, Allemand anglicanisant (mort en 1712), comme ascète et prédicateur ; Brunyau (mort en 1688), Richard Baxter (mort en 1691), Tillotson, Sterne, Blair.
Pearson, Critici sacri (avec son frère Richard, mort en 1670) ; Expositio Symboli apost. ; V. et N. T. gr. cum prœf.; Vindicios Epist. S. Ignatii Anl. ; Prolegom. in Hieroclem ; Annales Cyprian. ; Annal. Paul. ; Lect. in Acta Ap.; Dissert, de série et successione episcoporum ; 0pp., Lond., 1688. Beveridge, Synodicon seu Pandectse canonum SS. Apostol. et Conçu., Oxon., 1672, in-f". (Proleg., p. v et seq., ses principes sur l'Église et l'État). De linguarum orientalium prsestantia et usu, cum Grammatica syriaca ; Codex canonum Eccl. primitivee vindicatus et illustratus, Lond., 1678; Institut, chronolog. libri II; Thés, theol. etc. Jak. Usher, Annales Nov. et Vet. Test. ; Hist. Gotteschalchi, 1631 ; Antiquit. Eccl. britan.; Not. in Epist. PP. apostol. 0pp. polem. et hist. — Fell, 0pp. S.Cypr.,etc.; Bull, Defensio fidei Nic6Bnfie(nov. ed.,Ticini,
i784) ; Harmonia apostolica ; 0pp., éd. Grabii, Lond., 1703, in-f° ; Hist. litter. script, eccl. a Chr. nalo usque ad sœc. XIII; Bingham, A, IG, 6. Sur d'autres, voy. les auctionnaires et les ouvrages bibliographiques : Cave, Tabula scriptor. eccl. ; Chartophylax eccles.
La littérature théologique en France, en Hollande, en Suisse.
248. La Hollande avait reçu du Polonais Makowski (mort en 1644) un établissement d'institution scolastique, situé à Franeker : c'est de là que sortirent les théologiens dogmatiques les plus éminents, principalement Gisbert Voëtius (mort en 1676), champion de l'orthodoxie ; il fit interdire Descartes et adopta la théorie rigide de l'inspiration. La théologie fédérale, florissante depuis Coccéius, développa la doctrine de l'alliance de Dieu avec les hommes avant et après le péché, et essaya de transformer le calvinisme rigide. Hermann Witsius appartenait à cette école. Les théologiens de Hollande se partageaient en Voétiens et en Coccéiens, Frédéric Spanheim, à Leyde (mort en 1701), cultiva l'histoire ecclésiastique; Vitringa (mort en 1716) et Henri Venema (mort en 1787), la philologie, l'exégèse et l'archéologie. La Hollande possédait aussi deux savants de la Suisse : Jean Leclerc, de Genève (Clericus, mort en 1736), connu pour ses nombreux ouvrages et pour sa critique rationaliste, et Jean-Jacques Wetstein, de Bâle (mort en 1754), célèbre par ses études bibliques.
Chez les calvinistes français et hollandais, la famille des Basnage s''est principalement signalée par ses travaux littéraires. Benjamin ßasnage (mort en 165:2), prédicateur à Charenton, composa un traité sur l'Église ; l'aîné de ses fils (mor en 1691) prêcha à Zutphen; le plus jeune, Henri (mor ton 1695), fut avocat au parlement et auteur d'ouvrages sur l'histoire et le droit; le fils de ce dernier, Jacques (mort en 1723), devint historiographe des États de Hollande, composa pour les réformés de France des instructions sur l'obéissance due au roi, des ouvrages sur Tliistoire ecclésiastique et sur l'histoire profane, des sermons et des écrits de controverse, et fut en discussion notamment avec Bossuet.
Son frèro Henri de Beauval et son cousin Samuel étaient également des écrivains de marque; ce dernier s'est signalé
en outre par des travaux de critique et d'histoire ecclésiastique, surtout dans sa lutte contre Baronius. Le prédicant Jurieu (mort en 1713) fut, ainsi que Saurin, célèbre comme orateur de la chaire ; il écrivit contre Bossuet, Maimbourg et autres catholiques, et fut un des théologiens les plus militants. De même que Blondel, Dumoulin, Mornay, Saumaise, attaquaient la primauté, Aubertin, Claude et Daillé s'en prenaient aux dogmes de l'Eucharistie et de la Pénitence. Beausobre et Lenfant publièrent le Nouveau Testament en français et d'autres ouvrages historiques.
En Suisse, Turretin à Genève (mort en 1737), renommé comme théologien dogmatique et polémiste; Jean - Jacques Hottinger, de Zurich (1652-1735), comme théologien ; Jean-Henri Hottinger(1620-1667), comme orientahste et historien de l'ÉgUse. Ce furent Turretin et Heidegger qui donnèrent à la Suisse (1675) la nouvelle « formule de consentement helvétique ».
Basnage, A, 27; Biographie univers., t. III, p. 493; Journal des savants, 1693, p. 35; 1695, p. 474; 1707, p. 761 et seq. Spanlieim, Venema, Hottinger et autres. A, § 27 ; Beausobre, I, § 141 ; J.-H. Heidegger, Breviarium hist. vitee J.-H. Heideggeri, Zurich, 1698, avec les remarques de L. Gasp,, maître de cour, sur sa fin, avant ses Exercitat. biblicœ, 1699 ; L. Meister, Berühmte Züricher, Bâle, 1782. De Heidegger : Demonstratio de Aug. Conf. cum fide Reform, consensu, 1644; Manuductio in viam concordiee Protestantium eccles., 1686.
La littérature théologique en Allemagne.
249. En Allemagne, les luthériens rigides ne voulaient tolérer que leur formule de concorde. Les plus fameux auteurs dogmatiques, Abr. Calov, Kœnig, Hollaz, Baier, défendaient, sans esprit et sans goût, l'orthodoxie luthérienne, avec une scolastique qui était loin de valoir l'ancienne, et avec la philosophie d'Aristote, autrefois si dédaignée. Buddée, à léna, no suivait dans ses institutions ni Mélanchthon ni Chemnitz. L'exposition et la démonstration des dogmes étaient défectueuses et arides ; l'éducation, raide et étroite. On n'employait de la Bible que les textes qui servaient à la polémique. La prédication se traînait dans des longueurs fastidieuses ou éclatait en
virulentes sorties; les mœurs, malgré la rigidité de l'orthodoxie, étaient grossières. Tout ce qui n'était pas strictement luthérien était réputé d'hérésie. Conrad Schlüsselbourg, surintendant de Stralsund, avait inséré parmi les hérétiques, dans son volumineux catalogue des hérésies, les calvinistes, les flaciens, les majoristes, les servétiens, les intérimistes et les jésuites.
La polémique fut surtout cultivée, d'après G. Calixte (contre le sacrifice de la messe et le célibat), et Calov (contre les sociniens), par Walch, Baumgarten, Schubert, de Mosheim (1693- 1765). La morale fut traitée par Conr. Durr à Altdorf, Gebh. Meier et Henri Rixner à Helmstadt, Miller et Mosheim ; la théologie biblique, par Âug. Hunnius, Luc Osiandre, Hoe de Hœnegg (commentaires sur l'Apocalypse}, Abr. Calov, Aug. Pfeiffer, Bengel, Salomon Deyling, J.-Chr. Wolf, Érasme, Schmidt, Jean Taruow, Dietrich Hackspan, Martin Geier, Sébastien Schmidt, Birch, Matthaei, Greisbach. André Eisenmenger, à Heidelberg (mort en 1704), se fit un nom par ses études sur le Talmud.
L'histoire eut pour organes Kortholt, Fttig, Sagittarius, de Seckendorf, C. Cyprien (mort en 1745), Gottfr. Arnold (mort en 1714), Mosheim, .J.-G. Walch (mort en 1775), puis Jean- Albert Fabricius, professeur de rhétorique à Hambourg (mort en 1736), qui travailla sur la patrologie, l'histoire de l'Église et l'histoire de la littérature, la dogmatique et l'exégèse, et fit preuve d'une étonnante application.
A. Calov, mort en 1686, Systema locor. theol. und Biblia illustrata ; Kœnig, à Rostock, mort en 1664,Theo]ogia positiva acromalica. Autres ci-dessus. A, § 28. Hortigs, Hdd. der K.-G., continué par Dœllinger, II, ii,Landsliut, 1828, § 210, p. 922 et suiv.; Dorner, Gesch. der prot. théologie; Lücke, Narratio de J.-L. Moshemio, Gœtting, 1837. De J., A. Fabricius : Codex apocryphus N. T. ; Cod. pseudepigra{»h. V. T.; Salutaris Lux Evangelii; Delectus argumentorum pro relig. christ.; Oi»p. Hippol. et Philastr. ed.; Bibliotheca graeca und Biblioth. latina.
Les missions protestantes.
250. Les différentes sectes du protestantisme montrèrent d'abord peu de zèle pour la conversion des païens: leurs prédl-
cateurs n'avaient pas beaucoup de goût pour cette œuvre difficile, et, malgré toutes les ressources matérielles que déployèrent la Hollande, l'Angleterre et le Danemark, les succès furent extrêmement médiocres. Les premiers luthériens et calvinistes prétendaient qu'ils avaient assez d'idolâtres autour d'eux sans aller en chercher dans les pays étrangers. L'Angleterre voulut, dans l'intérêt de sa domination dans les colonies de rAméri([ue du Nord, faire des indigènes des chrétiens. John Eliot y prêcha depuis 16i6, et en 1649 il se forma une société anglicane pour la propagation du christianisme. Une autre association plus étendue fut étabhe à Londres en 1794. Les herrnhuters et les méthodistes, qui obéissaient à une impulsion intérieure, firent plus que les anghcans; mais ils n'avaient pas le talent de plaire à des hommes grossiers et sauvages.
Frédéric IV, roi de Danemark (1699-1730), fonda une mission pour la ville et le territoire de Tranquebar, que la compagnie commerciale du Danemark dans les Indes orientales possédait déjà en 1620. N'ayant pas trouvé dans son pays les missionnaires qu'il désirait y envoyer, il s'adressa à Auguste-Hermann Franke, de Halle, qui lui dépêcha deux théologiens, Barthélémy Ziegenbalg et Henri Plütschau. Ils arrivèrent à Tranquebar en 1706, apprirent le portugais et le tamoulien, et baptisèrent trente-cinq païens. En 17H, Frédéric iV érigea pour cette mission un autre établissement, qui fut plus tard augmenté par Christian VI (1736). En 1714, un collège composé de conseillers ecclésiastiques et laïques fut fondé à Copenhague pour les missions. Ziegenbalg traduisit le Nouveau Testament en tamoulien. On prétend qu'en 1778 le nombre de ceux qui furent baptisés dans le territoire de Tranquebar s'élevait à 15,743. Cette mission en produisit quatre autres : à Cuddalore, Calcutta, Madras et Tirutschinapalli, dans le territoire de Madaure.
Des missionnaires danois évangélisaient également les esclaves nègres dans les îles danoises de Saint- Thomas, Sainte- Croix, Saint -Jean, aux Indes orientales. Une école de missionnaires fut préparée à Drontheim pour les Lapons, dont la plupart étaient encore païens. Dans la partie de la Laponie qui appartenait à la Suède, Frédéric I", roi de Suède, essaya d'extirper le paganisme : il ordonna à tous les Lapons, sous peine de mort, de prouver qu'ils fréquentaient les églises et recevaient
la cène. Le Groenland fut de nouveau cherché en 1721, et l'on y établit une mission. Hans Égède, curé de Norvège, y travailla avec le concours des colons danois et de son gouvernement. A Halle, le professeur Callenberg (1728) créa un institut pour la conversion des juifs et des mahométans; il n'eut que peu de succès. En Abyssinie, la mission de Pierre Heyling, de Lübeck (1633), avait eu quelques avantages passagers. Il en est de même d'autres tentatives faites par les Anglais.
G.-C. Knapp, Gedrsengter Abrisz einez' allg. prot. Missionsgesch. (Nt-îie Geschichte der evang. Missionsaustalten, Halle, 1816, st. 66); Gesch. der Ausbreitung des Christenthums unter den Heidenvœlkern Südafrika^s, Berlin, 1832; J.-H. Braun, Beitrsege zur Gesch. der Heidenbekehrung, 4 part., Altona, 1835-1841 ; K.-G. Schmidt, Kurzgefaszte Lebensbeschreibung merkwürdiger evang. Missionnaere, 6 opuscuL, Leipzig, 1 836-1842; Steger, die Protest. Missionen und deren gesegnetes "Wirken, 2^ éd., Hof, 1844 et suiv. ; J. Wiggers, Gesch. der evang. Missionen, Hamb. et Gotha, 1843, 2 vol. ; Walch, Neueste Religions-Gesch., V, p. 119 ; YHI, p. 231 et suiv.; de Einem, K.-G. des 18 Jahrb., I, p. 97 et suiv.; Herzogs Realencyklop, IX, p. 559 et suiv.; Eliot, Chr. Commonwealth orthe risingKingdom of J. Chr., 1632 et seq., 2 t. in-4°; Mather, Eccles. bist, of new England, Lond., 1702 et seq. ; Acta bist, eccl., XT, 1 et seq. ; XV, 230 et seq. ; G.-H. Loskiel, Gesch. der Miss. der evang. Brüder unter den Indianern in Nordamerika, Barby, 1789; A.-H. etG.-A. Franke, Berichte der deenischen Missionarien in Ostindien, Halle, 1708-1772. — A.-G. Rudelbach, die Finnisch-Lappische Mission (Knapp, Christoterpe, 1833, p. 299 et suiv.); Hans Egede, Nachricht von der grœnlœndischen Mission, Hamb., 1740 ; Paul Egede, Nachrichten von Groenland, 1721-1788, Copenhague, 1790 ; Missionen der evang. Brüder in Groenland und Labrador, Gnad., 1831, 2 part.; Acta bist, eccl. nostri temp., 11, p. 711 et suiv. — Voy. N. Wiseman, die Unfruchtbarkeit der protestantischen Missionen, traduct. allem., Augsbourg, 1833.