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Histoire de l'église

J'ai cédé malgré moi aux sollicitations pressantes et souvent réitérées de mes amis et de mes auditeurs, qui me demandaient de publier un Manuel d'histoire ecclésiastique. Il y a quelque chose de vrai dans ce vieux dicton : Com^pendia sunt dispendia. Mon inclination m'aurait porté de préférence vers d'autres travaux depuis longtemps préparés, notamment vers un grand ouvrage sur l'Église et l'État, et sur une histoire approfondie de l'Église au dix- huitième siècle. Mais les égards dus à mes auditeurs, la persistance des demandes et cette considération que, malgré les bons travaux qui existent, un abrégé d'histoire ecclésiastique tel que je le concevais pouvait encore rendre d'utiles services, ont triomphé de mes hésitations.

Depuis plus de vingt ans que j'enseigne l'histoire de l'Église, j'ai fait sur une multitude de questions des recherches détaillées dans les sources; j'ai publié tantôt sous ma signature, tantôt en gardant l'anonyme, un assez grand nombre d'ouvrages et d'articles; j'ai 1. — HisT. DE l'Église. a

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recueilli de mes lectures une telle abondance de matériaux, qu'il m'est parfois difficile à moi-même de les revoir aujourd'hui.

Si je n'avais point de raison péremptoire de résister aux prières qui m'étaient faites, j'en ai d'autant plus de solliciter l'indulgence du lecteur dans le cas où le présent ouvrage ne répondrait pas entièrement à son attente. Je n'ignore point combien je suis demeuré éloigné de l'idéal qui flottait devant moi, car cet idéal ne peut être approximativement atteint que par des travaux successifs, par les efforts redoublés non d'un seul individu, mais de plusieurs hommes habiles et capables.

Je veux rendre compte en quelques mots du point de vue où je me suis placé dans la composition de cette histoire.

J'estime qu'en toute entreprise historique les vues personnelles de l'auteur doivent autant que possible demeurer à l' arrière-plan, et les faits occuper le premier rang; que les réflexions de l'auteur, les ornements oratoires doivent être laissés en grande partie à l'enseignement verbal. La tâche d'un manuel est d'aider les étudiants à se préparer aux leçons et à répéter ce qu'ils ont entendu ; il ne saurait remplacer la parole du maître; il doit leur mettre sous les yeux, comme aux autres lecteurs, sous une forme simple et qui facilite les vues d'ensemble, les événements les plus importants du passé ecclésiastique, les exciter

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à la réflexion et à l'étude. Or, le meilleur moyen d'atteindre ce but, c'est de ne jamais perdre de vue les sources et de grouper les faits, en les rattachant les uns aux autres par des liens soKdes : Facta loqv/untur. Je me suis appliqué de mon mieux à choisir pour cette construction les meilleurs matériaux qui m'ont été accessibles. Il s'agissait surtout ici de mettre sous les yeux du lecteur des choses avérées et hors de conteste, de lui offrir la quintessence des meilleurs travaux, et non pas de briller en étalant le fruit de mes propres recherches dans les sources; je devais prendre en sérieuse considération les œuvres les plus recommandables qui ont été exécutées sur chaque chapitre et sur chaque question particulière. La plupart de ces œuvres préparatoires roulent sur l'antiquité chrétienne ; ce qui a été fait jusqu'ici pour le moyen âge et pour les temps modernes m'a souvent paru insuffisant et réclamer des études plus longues et plus approfondies. Pour la première époque, qui occupe un si vaste espace, les travaux de Héfelé et de Dœllinger sont les plus remarquables. Si on peut appliquer à ce dernier ce que saint Jérôme disait d'Origène : Ubi bene, nemo melius^ on ne saurait dire de lui : Ubi maie nemo jpejus; car il a montré, jusque dans les aberrations de la fin de sa vie , à l'égard de l'Église qu'il avait autrefois si ardemment défendue, une noblesse d'attitude inconnue d'autres apostats. Les excellents travaux accomplis autrefois par ce savant demeurent

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acquis à la science catholique, et, de même que cette science n'a pas abhorré les magnifiques productions de la période catholique deTertullien, malgré sa chute dans le montanisme, de même elle ne renonce pas à profiter de ce qui s'est fait de remarquable chez elle par d'autres qui lui sont devenus plus tard infidèles.

Il faut aller beaucoup plus loin encore dans l'exploration des ouvrages existants ; il faut profiter de ce qui a été fait par des protestants amis de la vérité et familiers avec l'étude des sources. Sur une foule de questions, en effet, et malgré la diversité du point de vue où se placent d'ailleurs les catholiques et les protestants, il n'importe point que l'auteur d'un travail soit protestant ou catholique. On a vu de savants protestants porter sur des points nombreux et même très-importants un jugement plus exact et beaucoup mieux fondé que ne l'ont fait plusieurs écrivains catholiques, qui étaient de leur temps des théologiens d'une grande renommée.

Cet ouvrage s'adresse aux commençants, non aux érudits. De là une grande sobriété dans le choix des matériaux. Déplus, comme la BihliotTièque théologique, dont cette histoire fait partie, comprendra une histoire de la littérature théologique, une histoire des dogmes et une archéologie, auxquelles se rattacheront des aperçus sur l'histoire de l'art, je devais n'empiéter sur ces domaines que dans la mesure du nécessaire, et laisser à d'autres le soin de les exploiter.

PRliFACE. IX

Il m'a paru utile, au contraire, de m'arrêter plus qu'on ne le fait d'habitude aux controverses théologiques et aux rapports de l'Église et de l'État, d'apprécier l'action que le Saint-Siège apostolique exerce sur l'Église tout entière, en l'étudiant du centre à la circonférence, puis de la circonfécence au centre, et en parcourant les différents États. L'histoire de l'Église, de nos jours surtout, peut à peine se séparer de l'histoire politique, et ü est souvent nécessaire d'exposer celle-ci pour donner l'inteUigence de l'autre. Je crois en outre que l'histoire de la civilisation devra, dans les ouvrages de ce genre qu'on écrira dans la suite, occuper une place beaucoup plus considérable. J'en ai fait ici un essai ; mais comme elle occuperait un espace beaucoup trop considérable dans les limites que j'ai assignées à cette Histoire de l'Église, je n'ai pu cette fois exécuter mon dessein dans de plus larges proportions.

Les nombreuses citations de sources et d'ouvrages à consulter sont souvent, quand elles figurent dans le texte, une gêne pour le lecteur. Mais comme on avait le droit de les exiger, qu'elles sont même indispensables aux étudiants, j'ai cru devoir, ainsi que les notes, les séparer du texte et les publier dans un volume spécial, en les accompagnant au besoin de remarques critiques *.

' Dans notre édition française, nous avons cru plus commode pour

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J'ai fait en sorte que ces suppléments pussent être complétés avec le temps, et formassent le début d'une •historiographie non-seulement générale, mais détaillée sur toutes les questions qui offrent quelque importance. Plus encore que les deux volumes destinés aux commençants, ils feront connaître les études de Tauteur. Ce travail achevé, et s'il me reste des forces suffisantes, j'ai le dessein de publier une Revue d'histoire ecclésiastique, demandée depuis longtemps, où j'insérerai des documents et des ouvrages inédits, de grandes dissertations, et j'essaierai de mettre à exécution le projet dont je viens de parler \

Outre les tables particulières à chaque volume, le dernier renfermera une table générale par ordre alphabétique.

Puisse ce travail réaliser le bien que j'ai eu en vue et contribuer, dans une époque de si rudes épreuves pour l'Église, à ce que ses ministres et ses enfants, raffermis et consolés par son passé glorieux, demeurent inébranlables dans la foi et la charité.

l'auteur.

Wurzbourg, dans le Carême de 1876.

le lecteur d'insérer ces notes et observations critiques après chacun des numéros auxquelles elles se rapportent. [Note du traducteur.)

1 Suivent quelques détails matériels relatifs à Timpression de l'édition allemande ; nous n'avons pas à nous y arrêter.

{Note du traducteur.)

Nous trouvons dans deux revues importantes de l'Allemagne les appréciations suivantes sur l'Histoire de l'Église du cardinal Hergenrœther. {Note du traducteur.)

« La richesse du fond, la précision des détails, l'élévation du point de vue, l'exactitude, la sagacité et la profondeur du jugement, universellement reconnues, font de cet ouvrage une des expositions les plus considérables de l'histoire de l'Église que nous possédions en Allemagne. Il serait difficile de trouver son pareil parmi les pubUcations de cette étendue. »

[Feuille pastorale de l'archidiocèse de Cologne, 1878, n° 8.)

« Si nous voulions en quelques mots caractériser l'ouvrage d'Hergenrœther dans ses traits principaux, nous dirions qu'il est le résultat d'études poursuivies pendant de longues années et appuyées sur de nombreuses connaissances. Ces études ont eu pour point de départ un amour sans bornes pour lÉglise, et elles offrent de nombreux matériaux pour l'entretenir et le cultiver. L'auteur ne pouvait donc manquer d'atteindre, sans effort ni contrainte, l'un des buts les plus élevés et les plus consolants : faire nettement ressortir l'identité de l'Église à toutes les époques avec l'Éghse primitive, et montrer que le germe des institutions ecclésiastiques se retrouve dans toutes les phases de leur développement. »

[Feuilles historiques et politiques, 1878, livraison 2.)

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